Moins connu, mais indispensable pour les fans de Jane.

INCIPIT

Emma Woodhouse, belle, intelligente, douée d'un heureux naturel, disposant de larges revenus, semblait réunir sur sa tête les meilleurs dons de l'existence ; elle allait atteindre sa vingt-et-unième année sans qu'une souffrance même légère l'eut effleurée.

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LE DEBUT

Emma Woodhouse habite la belle demeure de Hartfield, avec son père âgé, légèrement hypocondriaque et veuf, entourée d’amis fidèles, tel Mr Knightley, son beau-frère, propriétaire du riche domaine voisin de Donwell Abbey. Son ancienne gouvernante, Miss Taylor, vient d'épouser un veuf fortuné, Mr Weston, dont le fils a été élevé par son oncle et sa tante, les Churchill, avec qui il vit à Enscombe, dans le Yorkshire. Emma, persuadée d’être à l'origine du mariage de Miss Taylor, et d'avoir des talents d’entremetteuse, décide alors de faire épouser son amie Harriet par Mr Elton, vicaire. Mais pour ce faire, elle doit la détourner de son penchant pour Robert Martin, un jeune fermier plein de mérite...  

MON AVIS

J'ai une énorme tendresse pour Emma ! Ses certitudes, sa prétention charmante, ses gaffes : j'adore la voir se planter complètement dans ses plans !

Pourtant, ce roman ne se dévoile pas facilement. Si l'on n'y prête pas une véritable attention, on aura l'impression qu'il se passe nettement moins de choses que dans Orgueil et Préjugés ou Raison et sentiments, que c'est même un peu ennuyeux et c'est sans doute pour cela que cette oeuvre d'Austen est moins connue et moins apprécié. Mais le charme, l'intelligence et l'humour de Jane Austen sont bel et bien là. Ce livre doit se lire "attentivement" pour bien évaluer ce qu'il se passe réellement ; alors il se révèlera d'une grande richesse. D'une part il décrit avec minutie la vie de province, avec presque l'emploi du temps complet des personnes de la haute et petite bourgeoisie du début du XIXe : le thé, les visites aux voisins, aux amis, les bals, la musique, les jeux de société, l'art de la conversation... mais aussi les vicissitudes de la météo, les voyages (pas très loin, car il n'y a que le cheval pour vous aider), les maladies (à une époque où un simple rhume peut mal se terminer...) qui compliquent parfois cette vie qui semble bien tranquille ; et d'autre part, Emma et sa manie de "marier" les gens finit par nous prendre dans ses propres filets : elle se trompe sur toute la ligne, ignore ses propres sentiments et... le jeu consiste, pendant toute la lecture, à voir si l'on est meilleur qu'elle en tant qu'entremetteur ! Le texte est plein de petits indices qui nous permettent de ne pas prendre, comme Emma, les fausses pistes ! En grande romantique... j'ai pour ma part eu tout bon !

Je trouve ce livre brillant tant il est subtil et bien écrit !

Et si vous aimez... je vous conseille le film avec Gwyneth Paltrow, dont la joliesse et l'élégance innée conviennent parfaitement au personnage.

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CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Emma est publié anonymement (A Novel. By the author of Sense and Sensibility and Pride and Prejudice) en décembre 1815. Le roman, au travers des tentatives de l'héroïne pour faire rencontrer aux célibataires de son entourage le conjoint idéal, peint avec humour la vie et les problèmes de la classe provinciale aisée à la fin de la période georgienne. Emma est considérée par certains austeniens comme son œuvre la plus aboutie.

Considéré par Sir Walter Scott comme annonciateur d'un nouveau genre de roman plus réaliste, Emma déconcerte tout d'abord ses contemporains par la description minutieuse d'une petite ville de province, où pas grand-chose n'arrive en dehors des événements de la vie quotidienne de la communauté. Un autre aspect essentiel est celui du roman d'apprentissage, l'apprentissage de la vie par Emma elle-même, qui, malgré la vivacité de son esprit, peine tant à comprendre les sentiments des autres et les siens propres. D'autres aspects du roman, relevés plus tardivement, peuvent aussi surprendre, tels que son caractère de « roman policier sans meurtre » (qui aime Emma en secret ? qui aime-t-elle sans s'en rendre compte ?), que seule une relecture approfondie permet d'apprécier pleinement.

L'écriture a démarré juste avant la publication de Mansfield Park, en mai 1814, dont Jane Austen corrige encore les épreuves tout en  travaillant déjà à son nouveau roman. À défaut de rencontrer les faveurs de la critique, Mansfield Park est un succès auprès du public, puisque tout le tirage est épuisé en à peine six mois, apportant à son auteur les gains les plus importants qu'elle ait tirés jusque-là d'un seul roman.

En novembre 1815, James Stanier Clarke, le bibliothécaire du Prince régent, invite Jane Austen à Carlton House et lui apprend que le Prince régent, le futur George IV, admire ses romans et en garde un exemplaire dans chacune de ses résidences ; il lui conseille alors de dédier sa prochaine œuvre, Emma, au Régent. Si Jane Austen n'apprécie guère ce haut personnage, il lui est difficile de repousser la requête. Le bibliothécaire, fort imbu de son importance, fait alors à la romancière une série de recommandations, dont elle tirera plus tard une petite œuvre satirique intitulée Plan d'un Roman, selon de petits conseils de diverses origines, présentant les grandes lignes du « roman parfait ».

Mais Jane Austen conçoit naturellement son nouveau roman à son idée, en mettant en place une intrigue quasi policière, menant le lecteur sur de fausses pistes, et place tout un tas d'indices pour que le lecteur découvre la réalité des sentiments de chacun avant la fin. Ou pas ! En effet, l'histoire est contée au travers des yeux de son héroïne, et tout ce qu'Emma ne remarque pas n'est pas non plus perçu par le lecteur.

À la fin de l'été 1815, Jane Austen part à Londres avec son manuscrit, accompagnée de son frère Henry, pour qu'il l'aide à négocier avec les éditeurs les droits du roman.

Le roman paraît sous le format habituel composé de trois tomes.

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Jane déclare à propos de son personnage, Emma : « en dehors de moi, personne ne l'aimera vraiment ». De fait, le livre déconcerte : « il n'y a pas d'histoire dans ce roman ». Parmi les amis de l'auteur, certains émettent l'avis que l'histoire est « trop naturelle pour être intéressante ». Walter Scott apprécie, lui, sa peinture réaliste de la vie ordinaire. Dans le Quarterly Review, il consacre au roman la critique la plus importante écrite du vivant de Jane Austen. S'il trouve à l'œuvre quelques défauts, il les attribue à ses « détails minutieux », et note que l'intrigue en est encore plus ténue que celles de Sense and Sensibility ou Pride and Prejudice. Mais il y voit justement un ouvrage annonciateur d'un « nouveau genre de roman », « adapté à l'époque moderne » :

Emma est un roman où la hiérarchie des classes a une grande importance. Après l'élite de la petite ville qu'incarnent les Knightley et les Woodhouse, on rencontre ceux dont la profession (le terme déjà donne le ton : l'élite ne travaille pas) fixe la respectabilité : le clergé, puis les commerçants et les fermiers. Emma elle-même a une idée très précise de cette hiérarchie, et son amitié pour Harriet Smith ne l'empêche pas de lui rappeler régulièrement l'infériorité de sa condition... 

Cependant, derrière la rigidité sociale impliquée par cette hiérarchie, le roman fait apparaître des nuances, des subtilités, des changements dans le statut des uns et des autres, qui dessinent au contraire une société en pleine évolution. En effet, nombre de personnages du roman ont changé de statut social ou sont en train d'en changer. Indépendamment du cas de Harriet Smith, fille illégitime de « quelqu'un » – ce qui laisse ouvertes toutes les suppositions qu'Emma peut souhaiter faire sur son rang social – s'entrecroisent ici Mrs Elton, exemple caricatural de nouveau riche, Mr Elton, satisfait de son nouveau statut de prêtre de la ville de Highbury, Miss Bates, fille de notable et aujourd'hui dans la pauvreté, ou les Cole, en train de changer de catégorie sociale, grâce à la réussite financière de leur entreprise londonienne. Mr Weston est d'une famille qui « au cours des deux ou trois dernières générations, n'a cessé de progresser vers plus de distinction aristocratique et de fortune à la fois ». Quant à Mrs Weston et à Jane Fairfax, ce sont l'une et l'autre des ladies parfaitement accomplies, pourtant contraintes de se placer comme gouvernantes pour gagner leur vie, n'étant pas nées riches.

Cette évolution en cours se retrouve sur le plan géographique : en effet, situé tout près de Londres, Highbury est en passe d'être incorporée dans la banlieue. Mais à l'époque où se situe le roman, le développement des faubourgs de Londres était encore à venir, puisqu'il n'intervient qu'à partir des années 1820. La distance à laquelle se situe alors la grande ville – 16 miles – est telle qu'il faut y consacrer une journée entière pour y faire un aller et retour : Emma note que sa sœur Isabella, qui vit à Londres, est trop loin pour lui rendre visite quotidiennement. Mais avec le développement des voitures hippomobiles, de plus en plus confortables, Frank Churchill n'hésite pas à y aller pour une simple coupe de cheveux et Mr Weston peut aller à Londres pour ses affaires et en revenir le jour même pour passer la soirée avec ses amis.

MES EXTRAITS FAVORIS

Il faudrait pour me faire changer d'avis, que je rencontrasse quelqu'un de très supérieur à tous ceux que j'ai eu l'occasion de voir jusqu'ici (M. Elton naturellement est hors de caus) et à dire vrai je ne désire pas rencontrer ce phénix : je préfère ne pas être tentée. Je ne puis que perdre au change et si je me décidais à me marier, j'en aurais probablement du regret ensuite. [...] Je n'ai aucune des raisons habituelles qui incitent les femmes à se marier. Si je m'éprenais de quelqu'un, alors ce serait tout différent ; mais jusqu'à présent je suis demeurée indemne et je crois vraiment qu'il n'est pas dans ma nature de m'enthousiasmer. Sans le mobile de l'amour, je serais bien sotte d'abandonner une situation comme la mienne : je n'ai besoin ni d'argent, ni d'occupations, n'importance sociale ; bien peu de femmes mariées sont aussi maîtresses dans leur intérieur que je le suis à Hartfiels ; je ne puis espérer tenir ailleurs une place plus prépondérante ; suis-je sûre de trouver chez un autre homme une approbation aussi complète de tous mes actes que celle que je trouve chz mon père ? [...] Ne vous tourmentez pas, Harriet, je ne serai jamais une vieille fille pauvre ; et c'est la pauvreté seule qui rend méprisable aux yeux du public l'état de célibat ! Une femme seule avec un petit revenu est assez souvent ridicule ! Mais une femme seule nantie de bonnes rentes est toujours respectable et rien ne s'oppose à ce qu'elle soit aussi intelligente et aussi agréable que n'importe qui. Cette distinction n'est pas aussi injuste qu'elle paraît au premier abord, car un revenu mesquin contribue à rétrécir l'intelligence et à aigrir le caractère.

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Elle était véritablement convaincue dans cet instant qu'Harriet était des deux la créature supérieure. Elle aurait voulu lui ressembler. Il était un peu tard pour devenir simple d'esprit et ignorant, mais elle prit la résolution d'être humble et modeste et de modérer son imagination pour le reste de sa vie.

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Un bal sans souper assis fut jugé contraire à tous les droits de l'homme et de la femme.