Un livre bouleversant. Hautement recommandable.

INCIPIT

Un jour de janvier de l'an 1941, un soldat allemand, jouissant d'un après-midi de liberté, se trouvait seul, en train de flâner dans le quartier de San Lorenzo, à Rome.

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LE DEBUT

Seconde Guerre mondiale. Ida, d'origine juive, mais baptisée catholique par ses parents par "prudence", est veuve, institutrice et élève son garçon, Nino. Elle vit dans la terreur que l'on découvre ses ascendances juives, tout en manifestant une grande empathie, une grande curiosité, pour ce peuple qu'elle connaît mal et qui souffre des premières mesures d'exclusion. Un jour elle est violée par un soldat allemand dont elle va avoir un enfant. Nino est étonné mais ne pose pas de question ; sa mère a peut-être eu une aventure, cela ne le regarde pas. Il adopte ce petit frère sans problème, mais son statut de "bâtard" leur impose de lui forger une histoire : il est le fils d'une parente, qui ne pouvait l'élever. La vie devient de plus en plus dure dans l'Italie en guerre...

MON AVIS

Un petit peu long à démarrer, avec quelques pages d'histoire pure, un peu déconcertantes, mais voulues par l'auteur (et qui constituent une excellente révision), puis la présentation détaillée des parents d'Ida... Il faut finalement attendre le viol pour que l'action démarre vraiment. Si je puis dire... En tout cas, ensuite on ne lâche plus l'affaire. C'est un immense roman, violent et tendre à la fois, tragique et drôle souvent. Le destin d'Ida et de ses enfants nous captive...

Un détail m'a intriguée : le narrateur connaît les personnages... au fil du récit, il dit "on m'a même affirmé que..." ; "je me souviens, c'était un jeudi..." ; "ça, je l'ai appris de Nino..."... Pendant tout le livre je me suis demandée qui était cette personne qui racontait l'histoire, si proche (puisque'elle connaît les moindres détails... y compris les sentiments d'Ida) et si éloignée (elle ne dit jamais son identité et n'apparaît dans aucune scène). Je pensais avoir la solution de l'énigme à la fin, mais non, rien. Effet de style. Je me suis imaginée que peut-être il s'agissait d'un (mauvais) ange gardien... ou de Dieu, qui contemple ses créatures.

Les deux, trois pages d'histoires reviennent régulièrement. Elles permettent de situer l'action dans le contexte général, mais ceux que cela ennuie ne sont pas obligés de les lire.

Le roman présente deux parties : la guerre, où la petite famille vit difficilement, dans la misère et la débrouille, mais dans un certain bonheur ; puis l'après-guerre, dans une Italie qui se cherche (République, agitée par anarchistes ou communistes) où la paix revenue devrait apporter l'apaisement mais c'est le contraire qui se produit ; les séquelles mènent nos personnages vers la tragédie.  

Les personnages sont merveilleusement attachants, à commencer par le petit Useppe, qu'on a envie de prendre dans ses bras ! Son amour pour sa mère, pour son grand frère, un amour réciproque dans les deux cas ; sa solitude aussi... tout est bouleversant. Le petit se cherche un père : son frère, puis les amis de son frère, mais aussi son chien Bella.

Les pages se tournent les unes après les autres. On a hâte de savoir comment va finir toute cette histoire. Je ne vous le cache pas, ce sont des tragédies qui nous attendent. Et la maladie d'Useppe m'a été insupportable !

Le titre est magnifique : c'est l'histoire d'Ida et de ses fils, au sein de l'Histoire de l'Italie (pages en italique), au sein de l'Histoire de l'Europe, en pleine guerre mondiale. D'ailleurs les derniers mots du livre sont : Et l'Histoire continue... Avec son même lot de drames, de sottise humaine, de menaces, comme on peut le constater tous les jours encore aujourd'hui.

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Elsa Morante

Le livre a été un succès, mais il a aussi été controversé, et je n'ai rien trouvé à ce sujet. Je fais donc ma propre analyse. Elsa Morante, au fur et à mesure de son récit, constate que les juifs partent dans les camps dans une sorte d'indifférence générale ; ils sont vus comme des parias, et les "aryens" sont la "normalité" à laquelle Ida aurait voulu ressembler ; elle se sent réellement inférieure en tant que juive. A leur retour des camps, on évite de regarder les juifs, on ne les écoute pas parler... C'est choquant, en 1974, lorsque le livre est paru. Mais c'était bien la réalité, que tout le monde voilait, se cachait ; on sait aujourd'hui que le témoignage a effectivement été verrouillée. L'homme n'a guère de compassion. Il a fallu très longtemps pour que la parole se libère (voir plus loin interview de Simone Veil). Par ailleurs, les propos de l'auteur (au travers de David principalement) sur Dieu et Jésus sont assez anticonformistes ; là aussi, les puristes n'ont sans doute pas apprécié !

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA  

Publié en 1974, ce roman est considérée comme le plus connu des oeuvres d'Elsa Morante. Bien qu'immense succès, il est en même temps critiqué et controversé. L'auteur a passé trois ans à l'écrire et voulait qu'il soit publié directement en édition de poche pour être accessible à tous. Ce qui fut fait.

Situé dans la Rome de la Seconde Guerre mondiale et immédiatement après la guerre, le roman est aussi une fresque sur la Seconde guerre mondiale, vue par les yeux des protagonistes et d'une population blessée.

La "race aryenne"

La « race aryenne » est un concept de la culture européenne qui a eu cours à la fin du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe siècle. Il dérive de l'idée selon laquelle les premiers peuples parlant les langues indo-européennes et leurs descendants jusqu'à l'époque moderne auraient constitué une sous-race, supérieure, de la race caucasienne. Dans son application la plus connue, le nazisme, il est affirmé que les premiers Aryens ressemblent aux représentants des peuples nordiques. Les théoriciens du racisme affirment la supériorité de ces types « nordiques » et des civilisations anglo-saxonnes et les placent au sommet d'une pyramide, dont la base correspond aux peuples d'Afrique noire.

L'idée d'une race pure, la race indo-européenne ou aryenne, dont les nazis prétendent rechercher la pureté, n'est que l'un des aboutissements ultimes de théories pseudo-scientifiques du XIXe siècle cherchant à expliquer les inégalités sociales, ou encore à fonder la légitimité du colonialisme et de la ségrégation par la question des races, de l'eugénisme et du darwinisme social. La persécution des Juifs, avec l'application de la Solution finale, des Tziganes et des autres minorités dites « inférieures », instaurée par l'Allemagne nazie, ainsi que le réarmement et la conquête militaire de l'Europe, se veulent justifiés par la nécessité d'assurer la suprématie de la « race aryenne » prétendue supérieure.

En 1859, Charles Darwin publie L'Origine des espèces, livre dans lequel il explique le mécanisme de la sélection naturelle qui permet, lors de changements environnementaux, aux individus d'une espèce animale adaptés aux nouvelles conditions de survivre et procréer alors que les autres sont condamnés à ne pas avoir de descendance. Peu de temps s'écoule avant qu'Herbert Spencer, un autre Anglais contemporain de Darwin, décide d'appliquer l'idée de sélection des plus aptes aux individus et sociétés humaines. D'autres suivent, tels Arthur de Gobineau ou Ernst Haeckel, fondateur du Deutscher Monistenbund (Ligue moniste allemande), qui contribuera à l'élaboration de la doctrine biologico-politique des nazis.

Pourtant, ces nouvelles théories, que l'on appelle darwinisme social, n'ont que peu à voir avec les théories de Darwin, et relèvent d'une mauvaise interprétation de celles-ci. En effet, Darwin ne définit pas a priori les plus adaptés, les meilleurs du point de vue de la reproduction. Il constate plutôt a posteriori que certains individus, aidés par leurs caractéristiques physiques, ont plus de descendants que d'autres. Il définit alors ces individus comme étant les mieux adaptés. En effet, favoriser tel ou tel individu n'est donc pas constater sa supériorité, c'est au contraire la nier puisque les individus réellement supérieurs n'auraient pas besoin qu'on les favorise. Mais l'idée originale de survie des individus adaptés est graduellement transformée en survie des individus supérieurs, pour finalement devenir domination des individus supérieurs.

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Film de 1985 - Etrange choix d'acteurs : Ida est décrite comme une femme très ordinaire, pas vraiment belle, et Useppe est blond aux yeux bleus

Arthur de Gobineau (1816-1882) soutient, dans son Essai sur l'inégalité des races humaines de 1855, que la « race » indo-européenne supposée est l'ancêtre de toutes les classes dirigeantes d'Europe, et notamment de la noblesse française, dont il est issu.

Son ouvrage n'a qu'un caractère rétrospectif et pessimiste (Gobineau constate le déclin manifeste des anciennes classes dirigeantes, dans le nouveau contexte plus démocratique). Il séduit des milieux cultivés sans causer de désagrément à quiconque. Il faut dire qu'à l'époque, l'inégalité des races humaines parait démontrée à beaucoup d'Européens par l'unification colonisatrice du monde, que les colons d'origine européenne semblent en passe de pouvoir achever.

En 1871, Ludwig Geiger, juif allemand et fils du rabbin Abraham Geiger, émet l'idée que l'Europe centrale abrite le foyer de la race aryenne. En 1878, Theodor Poesche fait paraître Les Aryens : Une contribution à l'anthropologie historique. Il place l'origine des populations indo-européennes dans les marais de Rokitno, en Russie occidentale, où l'albinisme est fréquent. Il attribue aux Aryens les caractéristiques des populations nordiques.

Entre 1883 et 1891, Karl Penka utilise le terme Aryen dans un sens linguistique et l'étend dans une large acceptation de race et de culture. S'appuyant sur les différentes disciplines scientifiques de son époque, il popularise l'idée que les Aryens ont émergé en Scandinavie et qu'ils peuvent être identifiés par des caractères physiques propres aux populations nordiques (cheveux blonds, longue tête et yeux bleus), malgré les polémiques que ses écrits provoquent.

Gerald Henry Rendall fait connaître ces idées en Angleterre en 1889 avec son ouvrage The Cradle of the Aryans. En 1899, Houston Stewart Chamberlain, gendre de Wagner, soutient, dans sa Genèse du XIXe siècle, que la race supérieure décrite par Gobineau n'a pas cessé d'exister, et qu'elle subsiste à l'état pur en Allemagne et en Europe du Nord.

Or, de nombreux Allemands adhèrent, parallèlement, au pangermanisme. Aussi accueillent-ils comme une bénédiction le message de l'Anglais Chamberlain. D'autant plus que, pendant la Guerre de 1914-18, celui-ci se fait naturaliser allemand. Il est l'un des principaux inspirateurs d'Hitler.

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Les pouponnières du IIIe Reich, future élite aryenne ; des enfants dont les parents ont soigneusement été choisis (volontaires ou pas)

L'anthropologue français Georges Vacher de Lapouge, anticlérical et socialiste militant, développe la théorie raciste de Gobineau. Darwiniste convaincu et persuadé de la victoire des Aryens sur les juifs, il publie en 1899 le texte de ses cours sous le titre : L'Aryen, son rôle social, sous-titré « cours libre de science politique, professé à l'Université de Montpellier (1889-1890) », qui a fourni les éléments fondateurs de l'antisémitisme nazi. À partir de ses travaux d'anthropologie, il théorise sa vision raciste du monde. Il oppose la race blanche, aryenne, dolichocéphale, porteuse de grandeur, à la race brachycéphale, « inerte et médiocre ». Classant et hiérarchisant les races humaines, il détermine plusieurs types en Europe :

  • l’Homo europeus, grand blond (anglo-saxon ou nordique), protestant, dominateur et créateur ;
  • l’Homo alpinus, représenté par l'Auvergnat et le Turc, « parfait esclave craignant le progrès » ;
  • l’Homo contractus, ou méditerranéen, enfin, incarné par le Napolitain et l'Andalou, appartenant aux races inférieures.

Au début, l'Italie fasciste ne prône ni le racisme, ni l'antisémitisme, bien que certains fascistes soient déjà racistes et antisémites. Avec les Lois raciales fascistes, le racisme devient un racisme d'État. Des journaux antisémites naissent, comme La difesa della razza.

L'existence d'une telle race, douteuse et sans fondement scientifique, s'oppose aux simples observations de la morphologie. En effet, pour appliquer de façon cohérente la législation nazie, il aurait fallu, eu égard au concept de races, séparer ceux qui ont des cheveux blonds, des yeux bleus et un nez droit, de ceux qui ont des cheveux bruns, des nez busqués, des yeux bruns, etc. Or beaucoup de non-juifs, d'Allemands et de membres du parti nazi, appartiennent au second groupe... Selon une plaisanterie en vogue, le pur « Aryen » est « blond comme Hitler, svelte comme Goering, et grand comme Goebbels ».

À la suite notamment de Georges Vacher de Lapouge, certains scientifiques nazis prétendent identifier les Aryens en utilisant comme critère des proportions particulières du crâne. Les lois hitlériennes disposent que l'on se fonde sur la religion, la couleur de peau ainsi que sur la nationalité des grands-parents et non sur des critères tels que le seul indice céphalique pour déterminer l'appartenance à la race aryenne : on décide que ceux qui ont des grands-parents chrétiens sont réputés aryens. Quant à ceux dont trois des quatre grands-parents sont juifs, ils sont réputés de « race » juive et traités en conséquence.

À l'origine de la théorie des races, un conflit oppose les partisans de l'existence d'une race humaine unique (monogénisme), particulièrement le philosophe Kant et l'anthropologue et biologiste Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840), et les tenants d'une diversité des races humaines (polygénisme), qu'il s'agisse du philosophe et naturaliste Christoph Meiners ou du physicien et biologiste Samuel Thomas von Sömmerring.

Certains ont tenté de définir scientifiquement des races au sein de l'espèce humaine, notamment en considérant la structure génétique des populations. Cependant, les races ainsi définies manquent de pertinence, et leur utilisation en tant qu'unités biologiques est rejetée par les scientifiques. 

Le concept de « race aryenne » est aujourd'hui abandonné par la majorité de la population, alors même que celui de « races » est contesté pour ce qui concerne les divisions de l'espèce humaine. Il continue d'être utilisé par des groupes extrémistes se réclamant de la supériorité de la race aryenne (skinhead nazis, néonazis, Ku Klux Klan, hitlérisme, etc.).

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Hitler et Mussolini

L'Italie pendant la Seconde Guerre mondiale

L'Italie a très mal vécu le traité de Versailles, le manquement envers le pacte scellé provoque l'indignation italienne, de manière presque unanime. On parle de trahison et de « victoire mutilée » car les Alliés n'ont pas respecté les promesses faites durant le conflit concernant l'attribution des territoires et cela favorise l'agitation nationaliste et l'ascension de Mussolini.

Sur la lancée du mécontentement créé par les difficultés économiques et sociales de l'après-guerre, on assiste en 1922 à la conquête du pouvoir par le fascisme. À partir de 1926-27 l'Albanie entre graduellement dans la sphère d'influence de l'Italie, c'est seulement en avril 1939 qu'elle est occupée militairement et qu'on lui impose comme souverain Victor-Emmanuel III. Trois ans auparavant (mai 1936) l'Éthiopie est tombée sous la domination italienne. Le 1er novembre 1936 l'Italie trahie et l'Allemagne humiliée à la suite de la Première Guerre mondiale décident de former l'alliance militaire de l'Axe Rome-Berlin.

En 1940, l’Italie est l'alliée de l'Allemagne dans la Seconde Guerre mondiale contre la France et le Royaume-Uni, déclarant ensuite en 1941, avec le Japon, la guerre aux États-Unis et à l'Union soviétique. À la suite du débarquement allié en Sicile en 1943, le régime fasciste s'effondre, l'Italie se range aux côtés des alliés contre l'Allemagne. Les derniers fascistes créent la République sociale italienne, alors que de nombreuses Républiques partisanes éphémères se créent. En 1945, les forces nazies et fascistes sont défaites : l'armée allemande en Italie capitule le 25 avril 1945. Cette date est, depuis, un jour férié en Italie.

En 1946, un référendum institutionnel décide l'abolition de la monarchie et la naissance de la république, avec une nouvelle constitution qui entre en vigueur le 1er janvier 1948.

Mussolini

Benito Mussolini, né le 29 juillet 1883 à Dovia di Predappio et mort le 28 avril 1945 à Giulino di Mezzegra, est un journaliste, idéologue et homme d'État italien.

Fondateur du fascisme, il est président du Conseil du Royaume d'Italie, du 31 octobre 1922 au 25 juillet 1943, premier maréchal d'Empire du 30 mars 1938 au 25 juillet 1943, et chef de l'État de la République sociale italienne de septembre 1943 à avril 1945. Il est couramment désigné par le terme « Duce », mot italien dérivé du latin Dux et signifiant « Chef » ou « Guide ».

Il est d'abord membre du Parti socialiste italien et directeur du quotidien socialiste Avanti ! à partir de 1912. Anti-interventionniste convaincu avant la Première Guerre mondiale, il change d'opinion en 1914, se déclarant favorable à l'entrée en guerre de l'Italie. Expulsé du PSI en novembre 1914, il crée son propre journal, Il Popolo d'Italia (Le peuple d'Italie) qui prend des positions nationalistes proches de celles de la petite bourgeoisie. Dans l'immédiate après-guerre, profitant du mécontentement de la « victoire mutilée », il crée le Parti national fasciste en 1921 et se présente au pays avec un programme politique nationaliste, autoritaire, antisocialiste et antisyndical, ce qui lui vaut l'appui de la petite bourgeoisie et d'une partie des classes moyennes industrielles et agraires.

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Dans le contexte de forte instabilité politique et sociale qui suit la Grande Guerre, il vise la prise du pouvoir en forçant la main aux institutions avec l'aide des paramilitaires et l'intimidation qui culminent le 28 octobre 1922 avec la marche sur Rome. Mussolini obtient la charge de constituer le gouvernement le 30 octobre 1922. En 1924, après la victoire contestée des élections et l'assassinat du député socialiste Giacomo Matteotti, Mussolini assume l'entière responsabilité de la situation. La série de lois fascistissimes lui attribue, à partir de 1925, des pouvoirs dictatoriaux et fait de l'Italie un régime à parti unique.

Après 1935, il se rapproche du régime nazi d'Adolf Hitler avec qui il établit le pacte d'Acier (1939). Convaincu d'un conflit à l'issue rapide, il entre dans la Seconde Guerre mondiale au côté de l'Allemagne nazie. Les défaites militaires de l'Italie et le débarquement des Alliés sur le sol italien entraînent sa mise en minorité par le Grand Conseil du fascisme le 24 juillet 1943 : il est alors destitué et arrêté par ordre du roi. Libéré par les Allemands, il instaure en Italie septentrionale la République sociale italienne. Le 25 avril 1945, alors qu'il tente de fuir pour la Valteline déguisé en soldat allemand, il est capturé par un groupe de partisans, qui le fusillent avec sa maîtresse Clara Petacci. Leurs corps sont livrés à une foule en colère et pendus par les pieds au carrefour de Piazzale Loreto à Milan.

L'anarchie

L’anarchie désigne l'état d'un milieu social sans gouvernement, la situation d’une société où il n’existe pas de chef, pas d’autorité unique, autrement dit où chaque sujet ne peut prétendre à un pouvoir sur l’autre. Il peut exister une organisation, un pouvoir politique ou même plusieurs, mais pas de domination unique ayant un caractère coercitif. L’anarchie peut, étymologiquement, également être expliquée comme le refus de tout principe premier, de toute cause première, et comme revendication de la multiplicité face à l’unicité.

Polysémique, le terme anarchie s'entend sous des acceptions, non seulement différentes, mais absolument contradictoires. Employé péjorativement, comme synonyme de désordre social dans le sens commun ou courant et qui se rapproche de l’anomie, il l'est aussi comme un but pratique désirable à atteindre comme c’est le cas pour les anarchistes.

En 1840, Pierre-Joseph Proudhon est le premier à se réclamer anarchiste, c'est-à-dire, partisan de l’anarchie, entendu en son sens positif : « La liberté est anarchie, parce qu'elle n'admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l'autorité de la loi, c'est-à-dire de la nécessité ». En 1987, Jacques Ellul précise : « plus le pouvoir de l'État et de la bureaucratie augmente, plus l'affirmation de l'anarchie est nécessaire, seule et dernière défense de l'individu, c'est-à-dire de l'homme ».

Pour les anarchistes, l’anarchie est l'ordre social absolu, grâce notamment à la socialisation des moyens de production : contrairement à l'idée de possessions privées capitalisées, elle suggère celle de possessions individuelles ne garantissant aucun droit de propriété, notamment celle touchant l'accumulation de biens non utilisés. Cet ordre social s'appuie sur la liberté politique organisée autour du mandatement impératif, de l'autogestion, du fédéralisme libertaire et de la démocratie directe. L'anarchie est donc organisée et structurée : c'est l'ordre moins le pouvoir.

En 1850, Anselme Bellegarrigue publie L'Anarchie, journal de l'ordre. Pour ses partisans, l’anarchie est donc organisée et structurée : c’est selon les mots d’Élisée Reclus « la plus haute expression de l’ordre ».

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Témoignage de Simone Veil - Extraits d'une intervieuw de Paris Match janvier 2005

Tous ces événements que vous avez vécus appartiennent à votre quotidien ? 

Oui... Parfois une odeur, celle des corps brûlés qui empestaient l'atmosphère au camp, une lumière particulière, celle très vive des projecteurs, ou des fils de fer barbelés comme j'en ai vu autrefois en Afrique du Sud, beaucoup de choses m'évoquent le camp. Mais c'est surtout dans ma conception de la vie, dans ma façon de voir les gens que cela m'a complètement changée... Pas forcément, d'ailleurs, dans le pessimisme. Plutôt dans le cynisme. Je choque quand je dis cela, mais j'ai toujours le sentiment que ceux qui n'ont pas vécu cette horreur n'ont rien compris... et qu'ils s'en moquent ! Je ne pense pas qu'il y ait une vraie compréhension et une vraie prise en compte. On dit : "C'est affreux, c'est épouvantable, etc." mais on ne comprend pas qu'ils ont vécu dans un autre monde totalement déshumanisé. On a sur eux des jugements à l'emporte- pièce insupportables.

Quelle incompréhension avez-vous ressentie ?

Par rapport à ça, on nous demande de témoigner et on nous pose souvent des questions absurdes, voire intolérables. Quand je suis rentrée, j'ai passé quelque temps au mois d'août 1945 dans une maison de repos en Suisse... Un vestiaire était mis à notre disposition, car nous n'avions plus rien à nous mettre. Des jeunes femmes venaient et s'exclamaient : "Ah, comme ma robe vous va bien !"... Cela me faisait immanquablement penser au livre de Romain Rolland dans lequel il évoque la femme de ménage à laquelle on donne les culottes des enfants et à qui l'on dit que ça va bien... Une fois, nous étions allées à Lausanne. Une femme m'avait emmenée parce que ça faisait bien de promener une déportée. Elle me posait des questions sur ma famille, sur ce que nous avions vécu, espérant toujours entendre le pire. Et soudain : "Est-ce vrai que les SS faisaient mettre les femmes enceintes par des chiens ?"... C'est horrible ! Comment peut-on poser des questions pareilles ?... En Suisse, j'avais de la famille, du côté de ma tante. Des gens très gentils. Comme on ne trouvait rien en France, ils m'avaient emmenée choisir, pour mes soeurs et moi-même, des vêtements commodes, agréables. Et ils m'avaient acheté une petite montre Tissot, très ordinaire. Je n'avais plus rien quand je suis rentrée d'Auschwitz et j'étais ravie avec ma petite montre... A la douane française, ils m'ont demandé d'où venaient ma montre et les chaussures que j'avais aux pieds. Ils ont voulu me les faire payer... Ils m'ont fait déshabiller et fouiller, alors que je n'avais comme seul papier d'identité que ma carte de déportée, et qu'ils ne pouvaient donc ignorer ma situation. Je me souviens que, dans les années 50, mon mari a été nommé en Allemagne, où il avait trouvé un poste au consulat. Je jouais un peu les jeunes filles de la maison et un haut fonctionnaire français regarde mon bras. Mon tatouage se voyait plus que maintenant... "C'est votre numéro de vestiaire ?" m'a-t-il demandé... Mon mari m'a retrouvée dans un coin en train de pleurer. Même si je passe là-dessus, je vis avec mes blessures, ces vexations que nous avons eues quand nous sommes rentrées. C'est aussi une des raisons pour lesquelles nous avons hésité à parler...

Les gens ne vous écoutaient pas ?

Ils écoutaient, mais ils en voulaient toujours plus, ou bien nous interrompaient très vite parce que ça ne les intéressait pas.

MES EXTRAITS FAVORIS

- La véritable anarchie ne peut pas admettre la violence. L'idée anarchiste est la négation de la violence. Et le pouvoir et la violence ne font qu'un...

- Mais sans la violence comment l'Etat anarchiste pourra-t-il se faire ?

- L'anarchie nie l'Etat. Et si le moyen doit être la violence, pas question. Ce sera trop cher payé. Dans ce cas, l'Anarchie ne se fera pas.

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Ida évitait de trop s'éloigner de la bourgade, afin de ne pas laisser Useppe seul ; mais la nécessité de lui apporter quelque chose à manger la contraignait à des périples désespérés. Même le fameux magot de ses économies cousu dans son bas avait fondu avec les dépenses de marché noir, et Useppe aussi, comme les autres enfants, avait son petit ventre un peu ballonné. Maintenant, chaqu fois qu'elle se rendait à la Paierie pour toucher sa mensualité, Ida sentait carrément ses jambes se dérober sous elle, s'attendant que l'employé lui annonce avec indignation : "Tout droit à la paie est suspendu pour les infâmes métisses comme toi."

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La chambre à gaz est l'unique point de charité du camp de concentration.

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La pauvre lutte d'Ida contre la faim, qui depuis plus de deux ans la maintenait sous les armes, était parvenue maintenant au corps à corps. Cette unique exigence quotidienne : donner à manger à Useppe, la rendit insemble à toute autre stimulation, à commencer par celle de sa propre faim. Durant ce mois de mai elle vécut pratiquement de salade et d'eau, mais ce peu lui suffisait, et, même chacune des bouchées qu'elle avalait lui semblait gaspillée parce que soustraite à Useppe. Parfois, pour lui soustraire moins encore, elle songeait à faire cuire pour elle-même des morceaux d'écorce ou des feuilles quelconques, ou même, des mouches ou des fourmis : c'était toujours du solide... Ou encore à ronger des trognons trouvés dans les ordures ou à arracher l'herbe qui poussait sur les murs des ruines.

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On raconte qu'une tigresse, dans une solitude glacée, se soutint avec ses petits en léchant, quant à elle, la neige et en distribuant à ses petits des lambeaux de chair qu'elle s'arrachait du corps avec les dents.

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Quand on voyait passer l'un de ces revenants, on n'avait pas de mal à les reconnaître du premier coup d'oeil, et les gens se disaient l'un à l'autre : "C'est un juif". A cause de leur poids dérisoire et de leur aspect étrange, les gens les regardaient comme s'ils avaient été des caprices de la nature. Même ceux qui étaient grands avaient l'air petits, et ils marchaient, courbés, d'un pas long et mécanique, comme des marionnettes. A la place des joues, ils avaient deux creux, beaucoup d'entre eux n'avaient à peu près plus de dents et sur leurs crânes rasés, un duvet plumeux, semblable à celui des bébés, s'était depuis peu remis à pousser. Leurs oreilles saillaient de leurs visages émaciés, et dans leurs yeux enfoncés, noirs ou marron, ils ne semblaient pas refléter les images présentes autour d'eux, mais une sorte de ronde de figures hallucinatoires, comme une lanterne magique de formes absurdes tournant éternellement. Il est curieux que certains yeux conservent visiblement l'ombre de Dieu sait quelles images, jadis imprimées, Dieu sait quand et où, sur leurs rétines, telle une écriture indélébile que les autres gens ne savent pas lire - et souvent ne veulent pas lire. Ce dernier cas était celui qui se produisait en ce qui concernait les juifs. Et ceux-ci apprirent vite que personne ne voulait écouter leurs récits : certains cessaient de les écouter dès les premiers mots, d'autres les interrompaient rapidement sous un prétexte quelconque, et d'autres encore les écartaient carrément en ricanant, comme pour leur dire : "Frère, je te plains, mais en ce moment j'ai autre chose à faire." De fait, les récits des juifs ne ressemblaient pas à ceux des capitaines de navire ou d'Ulysse, le héros, de retour dans son palais. Ils étaient des figures aussi spectrales que des nombres négatifs, en dessous de toute vision naturelle et incapables de susciter même la plus humble sympathie. Les gens voulaient les éliminer d lurs journées, comme dans les familles normales on élimine la présence des fous ou des morts. 

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L'humanité, de par sa nature, tend à se donner une explication du monde dans lequel elle est née. Et c'est là ce qui la distingue des autres espèces. Chaque individu, même le moins intelligent et le dernier des parias, se donne dès son enfance une quelconque explication du monde. Et il s'arrange à vivre dans celle-ci. Et sans elle il sombrerait dans la folie. Avant de rencontrer Santina, Nello D'Angeli s'était proposé sa propre explication : l'univers est un lieu où tout le monde est l'ennemi de Nello D'Angeli. Son seul recours contre tous, sa normalité pour s'adapter, c'est la haine. 

***

La nature appartient à tous les vivants, tâcha-t-il de nouveau d'expliquer d'une voix enroué, "elle était née libre, ouverte, et EUX [les bourgeois] ils l'ont comprimée et ankylosée pour la faire entrer dans leurs poches. Ils ont transformé le travail des autres en titres de bourse, et les champs de la terre en rentes, et toutes les vraies valurs de la vie humaine, l'art, l'amour, l'amitié, en marchandises à acheter et à empocher. Leurs Etats sont des banques d'usure, qui investissent le prix du travail et de la conscience d'autrui dans leurs sales affaires : fabriques d'armes et d'immondices, louches manigances, vols, guerres homicides !  Leurs fabriques de biens de consommation sont d'affreux Lager d'esclaves, au service de leurs profits...

***

Quand il est apparu en Judée, le peuple n'a pas cru que c'était le vrai Dieu qui parlait, parce qu'il se présentait sosu l'aspect d'un pauvre gars et non sous l'uniforme des autorités. Mais s'il revient, il se présentera sous un aspect encore plus misérable, en la personne d'un lépreux, d'une petite mendiante difform, d'un sourd-mut, d'un gosse idiot. Il se cache dans une vieille putain : trouvez-moi ! et toi, après t'être servi de cette vieille putain pour tirer un coup, tu la laisses là ; et une fois en plein air, tu cherches dans le ciel : "Ah Christ, ça fait deux mille ans que nous attendons ton retour !" "Moi, répondit-il du fond de ses tanières, "Je ne vous ai JAMAIS quittés. C'est vous qui me lynchez ou, pis encore, qui passez sans me voir, comme si j'étais l'ombre d'un cadavre en train de se putréfier sous terre. Moi je passe tous les jours mille fois près de vous, je me multiplie par vous tous autant que vous êtes, ms signes emplissent chaque millimètre de l'univers, et vous autres, vous ne les reconnaissz pas et prétendez attendre Dieu sait quels autres signes vulgaires."

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La beauté [est] un truc pour nous faire croire au paradis, alors qu'on sait que nous sommes damnés dès notre naissance.