Un de mes préférés... sans doute parce que ça se passe chez un parfumeur et que ce milieu me fait rêver. Mais il n'y a pas que ça dans César Birotteau...

INCIPIT

Durant les nuits d'hiver, le bruit ne cesse dans la rue Saint-Honoré que pendant un instant ; les maraîchers y continuent, en allant à la Halle, le mouvement qu'ont fait les voitures qui reviennent du spectacle ou du bal.

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LE DEBUT

César Birotteau, parfumeur enrichi par ses découvertes qui font fureur, et auquel on va remettre la Légion d'honneur, décide de transformer sa maison bourgeoise en véritable palais pour donner à la fin de l'année 1818 un bal à l'occasion du retrait des troupes d'occupation de France. Ses dépenses somptuaires, qui effraient sa femme et son fidèle employé Anselme Popinot (secrètement amoureux de mademoiselle Birotteau), lui donnent un vertige d’ambition qui l’amène à risquer toute sa fortune. Le notaire Roguin flaire en Birotteau une dupe potentielle et il l’entraîne dans une affaire de spéculation immobilière dans le quartier de la Madeleine à Paris. Birotteau a en effet besoin d’argent car les travaux de transformation de sa maison et le nouveau train de vie qu’il veut y mener ont sérieusement entamé son patrimoine...

MON AVIS

Ce roman est entièrement centré - comme son titre l'indique - sur le personnage de César, naïf, comique malgré lui, tragique aussi. Et il est merveilleusement décrit par l'auteur qui éprouve pour lui, on le sent, une immense tendresse. Le lecteur aussi. Car ils sont si nombreux ces gens manipulés par d'autres, plus retors, malhonnêtes, sans scrupule... Les enthousiasmes de César, son amour pour sa femme et sa fille, nous enchantent ; ses revers de fortune nous consternent ; la régularité avec laquelle il rappelle à chacun qu'il a été blessé le 13 vendémiaire, pour défendre la monarchie, ce dont il est très fier, nous amuse. Un excellent Balzac, un de mes préférés.

Mais il y a le baron de Nucingen... LA faute de goût de mon cher Balzac. J'adore sa prose, je la vénère, je l'idolâtre. Mais cet accent alsacien du baron, qu'il a voulu rendre à l'écrit est absolument abominable (et on retrouve le personnage dans plusieurs romans de la Comédie humaine). C'est illisible, c'est énervant. Exemple : Afec sa leddre, vis affez tan mâ mêsson ein grétid ki n'ed limité ke bar lais pornes te ma brobre vorteine. Vous avez compris du premier coup ? Vous êtes super intelligent. Moi il faut que je m'y reprenne à trois ou quatre fois. Traduction : Avec sa lettre, vous avez dans ma maison un crédit qui n'est limité que par les bornes de ma propre fortune. Et CA M'EXASPERE ! Je déteste le baron Nucingen. Qui d'ailleurs est détestable, de toute façon... comme tous les banquiers aux yeux de Balzac.

Tout le reste est si magnifiquement écrit... je me redis encore et encore, que, en dépit de mes velléités de devenir écrivain, jamais je n'aurais pu parvenir à ce niveau de ciselure des phrases, de justesse du vocabulaire. Du moins pas au niveau de qualité que j'ambitionnais...

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

César Birotteau est publié en 1839. Il fait partie des Scènes de la vie parisienne de La Comédie humaine.

Le titre de l’œuvre est en réalité singulièrement plus long : Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau, parfumeur, adjoint au maire du deuxième arrondissement de Paris, chevalier de la Légion d’honneur (ce qui résume la trame du roman), d'où son autre titre, plus courant : Grandeur et décadence de César Birotteau.

Comme souvent dans les romans de Balzac, le sujet a été emprunté à un fait réel, l’auteur ayant pris pour modèle un certain Bully, parfumeur de son état, qui inventa une lotion de toilette vinaigrée à laquelle il donna son nom. L’officine de Bully sera mise à sac lors du soulèvement populaire de 1830 et l’homme ruiné. Il passera de longues années à rembourser ses créanciers et meurt dans le plus grand dénuement à l’hôpital.

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Balzac y a rajouté une affaire de spéculation, transformant l’histoire en un véritable roman d’aventures, dans lequel César Birotteau est le type même du petit-bourgeois des années 1830, pur produit d'une classe sociale avide de reconnaissance, d’honneurs, dont l’ambition est d’accéder aux plus hautes sphères du monde parisien.

Toujours prompt à souligner la cruauté du monde, l’auteur se plaît tout de même à donner une vision émouvante de ce personnage naïf. Et surtout il met en relief les qualités de courage et de persévérance à travers le généreux Popinot, employé de César Birotteau et son futur gendre.

MES EXTRAITS FAVORIS

L'amour est une passion essentiellement égoïste. Qui dit égoïsme, dit profond calcul. Ainsi, pour tout esprit frappé seulement des résultats, il peut sembler, au premier abord, invraisemblable ou singulier de voir une belle fille comme Césarine éprise d'un pauvre enfant boiteux et à cheveux rouges. Néanmoins, ce phénomène st en harmonie avec l'arithmétique des sentiments bourgeois. L'expliquer sera rendre compte des mariages toujours observés avec une constante surprise et qui se font entre de grandes, de belles femmes et de petits hommes, entre de petites, de laides créatures et de beaux garçons. Tout homme atteint d'un défaut de conformation quelconque, les pieds-bots, la claudication, les diverses gibbosités, l'excessive laideur, les taches de vin répandues sur les joues, les feuilles de vigne, l'infirmité de Roguin et autres monstruosités indépendantes de la volonté des fondateurs, n'a que deux partis à prendre : ou se rendre redoutable ou devenir d'une exquise bonté ; il ne lui est pas permis de flotter entre les moyens termes habituels à la plupart des hommes. Dans le premier cas, il y a talent, génie ou force : un homme n'inspire la terreur que par la puissance du mal, le respect que par le génie, la peur que par beaucoup d'esprit. Dans le second cas, il se fait adorer, il se prête admirablement aux tyrannies féminines, et sait mieux aimer que n'aiment les gens d'une irréprochable corporence.

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Mon cher César, n'oublie pas au milieu de tes chagrins que cette vie est une vie d'épreuves et de passage ; qu'un jour nous serons récompensés d'avoir souffert pour le saint nom de Dieu, pour sa sainte Eglise, pour avoir observé les maximes de l'Evangile et pratiqué la vertu : autrement les choses de ce monde n'auraient point de sens.

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Les événements imprévus de la vie sont la vis du pressoir, nous sommes le raisin, et les banquiers sont les tonneaux.