Je n'avais lu que La vie devant soi, d'Emile Ajar, il y a bien longtemps, parce que c'était la mode. C'était joli, mais ça ne m'avait pas beaucoup marqué. Un roman comme un autre, facile. Tout ce que je reproche à la littérature d'aujourd'hui. Je découvre un auteur qui manie la langue française avec brio, terriblement attachant, réaliste, qui pose sur le monde un regard ironique et mélancolique.

INCIPIT

C'est fini. La plage de Big Sur est vide et je demeure couché sur le sable, à l'endroit même où je suis tombé.

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RESUME

Romain Gary fait le récit de son enfance et de sa jeunesse auprès de sa mère, ancienne actrice russe portée par un amour et une foi inconditionnels en son fils. L'histoire, pleine d'humour et de tendresse, raconte la lutte sans trêve qu'elle mène contre l'adversité, l'énergie extravagante qu'elle déploie pour qu'il connaisse un destin grandiose et les efforts de Romain, qui est prêt à tout pour faire coïncider sa vie « avec le rêve naïf de celle qu'il aime ».

MON AVIS

Un roman autobiographiqu très agréable à lire, avec un style magnifique, simple mais extrêmement bien tourné, de l'humour et de l'autodérision (j'adore !). L'auteur nous conte une enfance et une jeunesse hors du commun, et surtout une mère absolument extraordinaire, dévouée, fantasque et pragamatique tout à la fois. Même les passages où il raconte ses aventures pendant la Seconde Guerre mondiale - qui auraient pu être un peu ennuyeuses (je n'aime pas la guerre) - restent très lisibles puisque parsemés de pointes d'ironie et d'humour.

De son enfance, j'ai été marquée par deux épisodes : celui où il mange n'importe quoi (insectes vivants, etc... jusqu'à une chaussure en caoutchouc !) pour gagner l'amour d'une petite fille ; et le jeu de la mort au bord de la fenêtre... absolument terrifiant !

A noter : de très très nombreuses références (écrivains, héros de la guerre...) où l'auteur se plaît d'ailleurs à modifier l'orthographe, ou pas - c'est selon son bon vouloir - et même à imaginer certains... Farceur, avec ça.

La fin est inattendue, terriblement émouvante.  

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Romain Gary enfant

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

La Promesse de l’aube est un roman autobiographique de Romain Gary paru en 1960. Le livre a été adapté au cinéma par Jules Dassin en 1971 et par Eric Barbier en 2017, ainsi qu'au théâtre.  

C'est avant tout un roman sur l'amour maternel. Le récit est selon Romain Gary « inspiré d'éléments autobiographiques mais non autobiographique ». Le véritable objet du livre n'est pas tant de retracer la vie de l'écrivain que de rendre hommage à sa mère, qui est à ce titre le personnage principal du roman, C'est son amour et son ambition pour son fils qui vont le porter au-delà de tout ce qu'il aurait pu espérer pour lui-même (Gary mènera une carrière militaire et diplomatique sous les honneurs et est le seul écrivain à avoir reçu deux fois le prix Goncourt, dont l'un sous le pseudonyme d'Émile Ajar).

Elle croit en un destin extraordinaire pour son unique fils, nourri de tous ses espoirs déçus d'ex-actrice exilée : « Tu seras un héros, tu seras général… ambassadeur de France ». Cet amour maternel à la fois exubérant et constructeur est le point d'ancrage du livre. Les nombreux contrastes entre les émotions du jeune Gary (à la fois gêné, plein de rancune et de gratitude pour sa mère) et du narrateur adulte (dont le regard rétrospectif et nostalgique est à prendre en compte) font de ce roman un des récits les plus émouvants jamais écrit sur l'amour maternel et la fidélité d'un fils.

Cette citation illustre bien la signification du titre de l'œuvre. La promesse est double : c'est celle que la vie a faite à Romain en lui offrant dès son plus jeune âge un amour passionné et inconditionnel : promesse que la vie ne tient pas, puisqu'il ne rencontrera jamais plus une femme capable d'un tel amour. Mais c'est aussi la promesse du fils à la mère : il se doit de remplir ses attentes, de devenir écrivain et célèbre. Il se consacre pleinement à la réalisation du dessein maternel et finira par devenir Consul Général de France et écrivain célèbre, malheureusement trop tard pour que sa mère puisse le voir.

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Film La promesse de l'aube, 2017

Concombres salés dits à la russe 

L'auteur nous en parle à longueur de pages, c'est son péché mignon ! J'ai voulu en savoir plus.

Ils utilisent une espèce de concombre dont les fruits sont plus gros que nos cornichons mais plus petits que nos concombres. Ils sont lavés et séchés, rangés dans un bocal verticalement, en glissant entre eux des feuilles de cassis, brins d’aneth, ail, feuilles de chêne, laurier et grains de poivre. Puis on verse de l'eau bouillante salée et on ferme. Ils se conservent ainsi un bon mois. On les appelle des "ogourtsy".

MES EXTRAITS FAVORIS

Avec l'amour maternel, la vie vous fait, à l'aube, une promesse qu'elle ne tient jamais. Chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je me connais en vrais diamants. 

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Je crois qu'elle cherchait à recréer ainsi autour d'elle un monde qu'elle n'avait jamais connu autrement qu'à travers les romans russes antérieurs à 1900, date à laquelle la bonne littérature s'arrêtait pour elle.

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Pas plus bête qu'un autre, je sais qu'une telle affirmation ne manquera pas d'être interprétée comme il se doit, c'est-à-dire à l'envers, par ces frétillants parasites suceurs de l'âme que sont les trois quarts de nos psychothérapeutistes, actuellement en plongée. Ils m'ont bien expliqué, ces subtils, que si, par exemple, vous recherchez trop les femmes, c'est que vous êtes, en réalité, un homosexuel en fuite ; si le contact intime du corps masculin vous repousse - avouerai-je que c'est mon cas ? - c'est que vous êtes un tout petit peu amateur sur les bords, et, pour aller jusqu'au bout de cette logique de fer, si le contact d'un cadacre vous répugne profondément, c'est que, dans votre subconscient, vous êtes atteint de nécrophilie, et irrésistiblement attiré, à la fois comme et comme femme, par toute cette belle raideur. La psychanalyse prend aujourd'hui, comme toutes nos idées, une forme aberrante totalitaire ; elle cherche à nous enfermer dans le carcan de ses propres perversions. Elle a occupé le terrain laissé libre par les superstitions, se voile habilement dans un jargon de sémantique qui fabrique ses propres éléments d'analyse et attire la clientèle par des moyens d'intimidation et de chantage psychique, un peu comme ces racketteurs américains qui vous imposent leur protection.

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L'humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage ; je lui dois mes seuls instants de triomphe sur l'adversité. Personne n'est jamais parvenu à m'arracher cette arme et je la retourne d'autant plus volontiers contre moi-même, qu'à travers le "je" et le "moi", c'est à notre conditions profonde que j'en ai. L'humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l'homme sur ce qui lui arrive. Certains de mes "amis", qui en sont totalement dépourvus, s'attristent de m voir, dans mes écrits, dans mes propos, tourner contre moi-même cette arme essentielle ; ils parlent, ces renseignés, de masochisme, de haine de soi-même, ou même, lorsque je mêle à ces jeux libérateurs ceux qui me sont proches, d'exhibitionnisme et de muflerie. Je les plains. La réalité est que "je" n'existe pas, que le "moi" n'est jamais visé, mais seulement franchi, lorsque je tourne contre lui mon arme préférée ; c'est à la situation humaine que je m'en prends, à travers toutes ses incarnations éphémères, c'est à une conditition qui nous fut imposée de l'extérieur, à une loi qui nous fut dictée par des forces obscures comme une quelconque loi de Nuremberg. Dans les rapports humains, ce malentendu fut pour moi une source constante de solitude, car, rien ne vous isole plus que de tendre la main fraternelle de l'humour à ceux qui, à cet égard, sont plus manchots que les pingouins.

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Je n'avais aucun talent pour la peinture. A chaque coup de pinceau, cet art suprême me renvoyait dédaigneusement à mes chers romans. Depuis, je comprends les graphomanes : j'ai appris à mes dépens qu'une vocation, une inspiration profonde et irrésistible, peuvent s'accompagner d'un manque total de don. Jamais je n'avais connu pareille giserie créatrice, et jamais pourtant l'évidence de l'échec artistique ne fut plus implacable. Je continuai pendant quelque temps à vider des centaines de tubes de couleurs, comme pour me vider moi-même. En deux ans, je ne réussis à terminer qu'un seul "tableau". Je l'accrochai au mur, parmi d'autres, et lorsque le grand critique américain Grinberg vint me voir, il s'arrêta longuement devant mon oeuvre, avec un intérêt évident. "Et celui-là de qui est-ce ?" Je répondis astucieusement : "Oh c'est un jeune peintre que j'ai découvert à Milan." Son expression dvient encore plus admirative. "Et bien, mon vieux, pour une merde, c'est une vraie merde."

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Et cependant le mot "athée" m'est insupportable ; je le trouve bête, étriqué, il sent la mauvaise poussière des siècles, il fait vieux jeu et borné d'une certaine façon bourgeoise et réactionnaire que je ne peux pas définir, mais qui me met hors de moi, comme tout ce qui est satisfait de soi et se prétend avec suffisance entièrement affranchi et renseigné.

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Je juge les régimes politiques à la quantité de nourriture qu'ils donnent à chacun, et lorsqu'ils y attachent un fil quelconque, lorsqu'ils y mettent des conditions, je les vomis : les hommes ont le droit de manger sans conditions.

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L'appel du général de Gaulle à la continuation de la lutte date du 18 juin 1940. Sans vouloir compliquer la tâche des historiens, je tiens cependant à préciser que l'appel de ma mère à la poursuite du combat se situe le 15 ou le 16 juin - au moins deux jours auparavant. De nombreux témoignages existent sur ce point et peuvent être recueillis aujourd'hui encore au marché de la Buffa.

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J'ai même rendu de grands services à l'humanité. Une fois, par exemple, à Los Angeles, où j'étais alors Consul général de France, ce qui impose évidemment certaines obligations, en entrant un matin dans le salon, j'ai trouvé un oiseau-mouche qui était venu là en toute confiance, sachant que c'était ma maison, mais qu'un coup de vent, en fermant la porte, avait emprisonné entre les murs pendant toute la nuit. Il était assis sur un coussin, minuscule et frappé d'incompréhension, peut-être désespéré et perdant courage, et il était en train de pleurer d'une des voix les plus tristes qu'il me fut jamais donné d'entendre, car on n'entend jamais sa propre voix. J'ai ouvert la fenêtre et il s'est envolé et j'ai rarement été plus heureux qu'à ce moment-là et j'ai eu la conviction de ne pas avoir vécu en vain.

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