Ca fait très longtemps que je veux me plonger dans la littérature japonaise. On entend beaucoup parler de Murakami depuis ces dernières années, je vais commencer avec lui. Il est né en 1949, pile poil pour pouvoir entrer dans mon Challenge : écrivains nés entre 1800 et 1950 !

INCIPIT

Un texte parfait, ou ce que l'on pourrait qualifier comme tel, ça n'existe pas. Pas plus que n'existe un désespoir parfait. (Ecoute le chant du vent)

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RESUME

Ecoute le chant du vent : En plein été, au bord de la mer, non loin de Tokyo, le narrateur, un jeune étudiant en biologie de vingt-et-un ans philosophe quotidiennement avec son ami, surnommé le Rat, au comptoir du J's Bar, en buvant des bières. Il vit une courte liaison avec une jeune fille un peu mystérieuse et se remémore ses amours passées.

Flipper, 1925 : Le narrateur, le Rat, une histoire d'amour avec des jumelles, des flippers. 

MON AVIS

Deux courts romans. Style sobre, concis, phrases courtes, beaucoup de références musicales. On se rapproche de ce style d'écriture contemporaine que je ne prise guère. Mais là, ça va. Sans doute parce que Murakami est né avant ma date fatidique, 1950 ! C'est loin d'être désagréable. Et c'est même amusant lorsqu'on a lu la préface (voir ci-dessous), où l'auteur explique comment il est venu à ce mode d'expression.

Au fil de la lecture, il se dégage quelque chose de frais, de poétique, parfois fantaisiste, voire fantastique, souvent mélancolique, mais tout ça en notes très légères, ténues. Une pincée d'absurde, un poil d'humour. Ca m'a parfois fait penser à Boris Vian... mais mes souvenirs de Vian sont lointains ; il faut que je le relise avant de faire de telles affirmations. Affaire à suivre.

Au début, je n'étais pourtant pas tellement convaincue. Le genre de livre "moderne" que je n'aime pas : on raconte sa vie, on se regarde le nombril, on ne sait pas bien où veut en venir l'auteur, et d'ailleurs veut-il en venir à quelque chose ? Et puis, petit à petit, surtout avec Flipper, 1973, je me suis laissée prendre par cet irrésistible charme.

A noter que Dans Flipper, 1973, bien qu'à un moment Murakami dis "Ceci est un roman sur les flippers"... il n'en est finalement que peu question. C'est surtout dans la seconde partie (et encore, ça reste relativement accessoire), avec une séquence finale, dans un hangar, qui rappelle Stephen King !

Je veux maintenant lire au plus vite la trilogie 1Q84 ! Puis, sûrement, les autres...

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Écoute le chant du vent est le premier roman de l'écrivain japonais Haruki Murakami, paru le 23 juillet 1979 au Japon. Ce premier livre, qui obtient le Prix Gunzō, concours organisé par une prestigieuse revue japonaise, est suivi de Flipper, 1973 puis de La chasse au mouton sauvage, qui forment ce que certains nomment « la trilogie du Rat ». 

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On trouve, déjà, dans Écoute le chant du vent, le style et l'ambiance propres aux livres de Murakami : une porosité entre l'univers onirique et la réalité ainsi qu'une écriture simple, populaire, qui s'attache à des événements irréels contés par un narrateur réaliste.

Ce petit roman philosophique est aussi un prélude initiatique vers l'univers fantastique de l'auteur, une introduction aux œuvres plus étoffées comme Chronique de l'oiseau à ressort, 1Q84.

Ce n'est que trente-sept ans après leur première publication, qu'Haruki Murakami autorise la publication à l'étranger de ses deux premiers romans. Écoute le chant du vent ; suivi de Flipper, 1973, sort en France le 14 janvier 2016 chez Belfond. 

La préface de l'ouvrage, datée de juin 2014, est rédigée par Haruki Murakami lui-même. Il indique que, jeune patron d'un café-club de jazz, il n'a que peu de temps. Il se lance alors dans l'écriture. Ces deux romans sont écrits sur la table de sa cuisine... À ce titre, l'auteur les dénomme, dans cette préface, Écrits sur la table de la cuisine et les désigne comme des « romans de cuisine ».

Toujours dans cette préface, Murakami révèle que bien que Japonais et vivant au Japon il trouve sa langue natale un peu trop touffue pour s'exprimer. De ce fait il décide d'écrire en anglais, langue qu'il ne maîtrise que partiellement en raison d'un vocabulaire restreint. Puis il traduit en japonais et réadapte éventuellement. Le narrateur trouve ainsi le style qui lui convient ; il a le sentiment d'écrire de façon claire, sans artifice et en allant à l'essentiel. Il traduit alors ses deux premiers romans en japonais.  

Flipper, 1973 est son deuxième roman, paru en 1980 au Japon.

Ultérieurement Murakami ajoute deux autres livres à cette trilogie.

La Nouvelle Gauche au Japon et les révoltes étudiantes (1968)

La Nouvelle gauche est un mouvement politique japonais, constituée de plusieurs groupes reprenant les idées de la Nouvelle gauche occidentale (gauche et extrême-gauche). Elle se démarque des partis de gauche plus anciens, légitimisés, comme le Parti communiste japonais et le Parti social-démocrate. Elle commence à se faire entendre dans les années 60.

A cette époque, en effet, le gouvernement japonais fait face à une montée progressive d'un sentiment de défiance de la part du milieu universitaire, alors que l'activisme politique y est généralement strictement interdit. Le 15 juin 1960, 100 000 personnes, réunies par la puissante centrale étudiante Zengakuren, manifestent devant le Bâtiment de la Diète nationale contre le traité de sécurité nippo-américain. Le 8 octobre 1967, en tentant d'empêcher le premier ministre Satō d'aller au Viêt Nam (où des troupes japonaises sont engagés auprès de l'armée américaine), les manifestants se heurtent aux forces de police, et Hiroaki Yamazaki étudiant de 19 ans de l'Université de Kyoto est tué. Depuis 1965, les frais d'inscription à l'université ont augmenté, poussant les étudiants à faire des piquets de grève pour protester.

La mobilisation étudiante s'organise : le 15 janvier 1968, une manifestation pour empêcher le départ du porte-avions Enterprise rassemble les différentes tendances du mouvement étudiant (les trotskistes Kakumaru, les Jeunesses communistes et démocrates, le front étudiant anti-impérialiste, le Front socialiste de libération...). Le même mois, les étudiants de l'université Chūō se mettent en grève, bientôt suivis par les autres universités. Le 15 avril 1968, la révélation d'un détournement de 2 milliards de yens par l'administration de l'université Nihon provoque un scandale ; les étudiants demandent l'autogestion étudiante aux autorités. En l'absence de réponse, ils occupent l'université et la paralysent, obligeant le président de Nihon à négocier. Le 23 mai 1968 a lieu la première manifestation au sein de l'Université Nihon ; le mouvement débouche sur la création le 27 mai d'un comité de lutte inter-campus à l'université. L'université Tōdai est elle aussi occupée par les étudiants. Le 20 octobre 1968, l'Agence de Défense du Japon est assiégée par le syndicat des étudiants socialistes. Le 21 octobre 1968 est célébrée la « journée internationale contre la guerre » (du Viêt Nam). Des émeutes ont lieu à Shinjuku, protestant contre l'acheminement du napalm vers le Viêt Nam, passant par les bases américaines du Japon ; il est procédé par les forces de l'ordre à 734 arrestations. Le même soir, 20 000 étudiants partent manifester avec des cocktails Molotov devant l'ambassade des États-Unis.

Le 18 janvier 1969, 8 500 policiers prennent d'assaut le Hall Yasuda de l'université Tōdai pour lever les barricades mises en place par les étudiants, qui occupent l'université depuis six mois. 768 arrestations sont effectuées. Le 28 avril 1969, c'est le « jour d'Okinawa » : 100 000 personnes manifestent en faveur de la rétrocession d'Okinawa et de l'annulation du traité de sécurité nippo-américain ; 956 personnes sont arrêtées. L'évacuation de Tōdai et l'échec dans la lutte contre le traité de sécurité sonnent le glas du soutien de la population envers le mouvement étudiant. Celui-ci est maintenant composé de nombreuses factions d'extrême-gauche antagonistes, et éclate sous les tensions, la violence et les affrontements qui s'enchaînent. Les nombreux groupes issus du fractionnement de la Zengakuren se livrent des batailles de rue, la police en profitant pour arrêter en premier lieu les dirigeants, sapant la base idéologique des protagonistes.

Le 28 août 1969 a lieu un rassemblement du Bundo, la ligue des communistes, à l'auberge de jeunesse de Jogashima ; sont également présents des représentants de groupes plus radicaux. Lors du débat, la création d'une armée révolutionnaire, pour reprendre la lutte contre le gouvernement, est proposée. Le Bundo la refuse, et purge de ses rangs les partisans de cette idée ; de cette purge nait la Faction armée rouge (FAR). Elle est composée essentiellement d'étudiants de province défavorisés, l'élite universitaire commençant à rentrer dans le rang. Prenant pour modèle les guérillas vietnamiennes et cubaines, les étudiants qui en font partie pensent pouvoir abattre l'impérialisme et le capitalisme (américain et japonais) par l'action immédiate.

En septembre 1969, la Nouvelle Gauche arrive à rassembler 11 000 étudiants contre le traité de sécurité ; la FAR s'y fait déjà remarquer, et cinq cents policiers sont chargés de surveiller leurs quatre cents membres. Le 5 novembre 1969, 53 membres de la Faction Armée Rouge sont arrêtés alors qu'ils s'étaient réfugiés au col Daibosatsu pour y recevoir un entrainement militaire, en vue d'enlever le premier ministre Satō. L'ampleur du projet découvert incite la police à mener une vague d'arrestations dans les forces du mouvement, afin de le neutraliser. 89 membres en tout, incluant ceux du col Daibosatsu, sont ainsi arrêtés.

De très nombreux petits partis, issus de cette Nouvelle gauche, fonctionnent encore aujourd'hui.

MES EXTRAITS FAVORIS

Ecoute le chant du vent

Parmi ces beaux parleurs, il y eut deux individus originaires de Saturne et de Vénus, un de chaque. Leurs histoires étaient particulièrement intéressantes. (Ecoute le chant du vent).

Flipper, 1973

Vénus est une planète torride, enveloppée de nuages. La moitié de ses habitants meurent jeunes en raison de la chaleur et de l'humidité. Ceux qui vivent jusqu'à trente ans font figure de légendes. Mais c'est justement pour cela que ces gens ont le coeur débordant d'amour. Chaque Vénusien aime tous les Vénusiens. Ils ne haïssent pas autrui, n'éprouvent pas de jalousie, ne se montrent pas dédaigneux. Ils ne disent même jamais de mal des autres. Il n'y a là-bas ni crimes ni bagarres. Seulement l'amour et l'attention.

- Même si, disons, quelqu'un meurt, nous ne sommes pas tristes, m'expliqua l'homme qui venait de Vénus - un type d'un calme invraisemblable. Mais c'est la raison pour laquelle nous préférons donner à chaque personne, tant qu'elle est vivante, le plus d'amour possible. Ainsi nous n'avons pas de regrets ensuite.

- En somme, vous offrez votre amour à l 'avance ?

- Les mots que vous utilisez vous autres, je ne les comprends pas très bien, répondit-il, l'air perplexe.

- Mais tout ça marche vraiment si bien ? insistai-je.

- Si nous n'étions pas ainsi, dit-il, Vénus sombrerait dans la tristesse.

***

Il existe certaines similitudes entre le développement des flippers et l'ascension de Hitler. Dans les deux cas, leur apparition avait quelque chose de louche. On crut d'abord qu leur naissance ne produirait que de simples bulles sur l'écume du temps. Et c'est en raison de la vitesse de leur évolution plus que pour leur existence elle-même qu'ils acquirent leur aura mythique. Cette évolution s'appuyait sur trois facteurs : la technologie, les capitaux, et, enfin, les instincts primitifs des hommes. 

***

Le Rat passait de longs après-midis paresseux allongé sur une chaise longue en rotin. Les yeux mi-clos, il se laissait envahir par le passage du temps qui ruisselait à travers son corps comme de douces eaux vives. Tant et tant de jours, tant et tant de semaines... C'est ainsi que le Rat continuait à passer le temps. Parfois, quelques petite vagues d'émotions touchaient son coeur, comme pour se rappeler à son souvenir. A ces moments-là, il fermait les yeux, se barricadait fermement et attendait, immobile, que les vagues disparaissent. Il faisait alors légèrement sombre, c'était juste avant le crépuscule. Une fois les vagues enfuies, il était de nouveau envahi par même paix modeste, comme s'il ne s'était rien passé.

***

- Où voulez-vous aller ?

- A la retenue d'eau.

- La retenue d'eau ? 

Elles opinèrent en choeur.

- Pour quoi faire ?

- Des funérailles.

- Les funérailles de qui ?

- Du tableau électrique.

- Ah, je vois... fis-je. Je retournai à la lecture du journal.

***

Pendant une demi-semaine, le Rat avait bu du whisky, seul, car il avait décidé de geler ses pensées pendant un certain temps. Il explorait chaque fissure de sa conscience, l'une après l'autre, comme un ours blanc qui vérifie si la glace est suffisamment épaisse pour être traversée. Quand il avait le sentiment de pouvoir surmonter le reste de la semaine, il s'endormait.

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

Gimlet : Cocktail typiquement composé de 2 parties de gin, 1 partie de jus de lime et de soda. 

Calamine : La calamine est une poudre rosâtre composée d'un mélange d'oxyde de zinc et d'oxyde ferrique. La poudre est utilisée dans des lotions et pommades pour traiter les coups de soleil, l'eczéma et les piqûres d'insectes.

Plaqueminier : Arbre ou arbrisseau des régions chaudes (famille des Ébénacées), comprenant plusieurs espèces dont certaines fournissent les bois d'ébène, d'autres étant cultivées pour leurs fruits.

Faine : Fruit du hêtre.

Gyrin : Petit insecte, au corps noir brillant, de 3 à 5 mm de long, vivant, souvent en groupe, dans les eaux douces, à la surface desquelles on peut le voir tourbillonner très rapidement.

Dialectique : Qui se rapporte au raisonnement dans sa structure et dans ses règles. Qui concerne l'art de raisonner et de convaincre dans un débat.

Rhétorique : Technique du discours ; ensemble de règles, de procédés constituant l'art de bien parler, de l'éloquence.

Fairway : Partie d'un terrain de golf.

Alto : Instrument à corde de la famille des violons, intermédiaire entre le violon et le violoncelle.

MiscantheGenre de plantes herbacées (graminées) de la famille des Poacées.

Sériole : Une des espèces de grands poissons osseux marins pélagiques carnivores ressemblant à des thons, au corps allongé, à deux nageoires dorsales, à caudale homocerque.

Pélagique : Relatif au milieu marin loin des côtes, à la haute mer.

Homocerque : A queue également bilobée, en parlant des poissons.

Faucon maltais : Le faucon maltais est le tribut que devaient payer chaque année les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem au roi d'Espagne, en échange de la jouissance de l'archipel de Malte (et de Tripoli avant de perdre cette ville).

Shiso : La pérille, également connue sous son nom chinois zisu ou japonais shiso, est une plante alimentaire, aromatique, médicinale et ornementale. Elle est cultivée et utilisée dans une grande partie de l'Asie depuis l'Antiquité.