Jean-Louis Kérouac ou Jean-Louis Lebris de Kérouac dit Jack Kerouac, né le 12 mars 1922 à Lowell dans le Massachusetts et mort le 21 octobre 1969 à St. Petersburg en Floride, est un écrivain et poète américain.

Considéré comme l'un des auteurs américains les plus importants du XXe siècle, il est même pour la communauté beatnik le « King of the Beats ». Son style rythmé et immédiat, auquel il donne le nom de « prose spontanée », a inspiré de nombreux artistes et écrivains et en premier lieu les chanteurs américains Tom Waits et Bob Dylan. Les œuvres les plus connues de Kerouac, Sur la route (considéré comme le manifeste de la Beat Generation), Les Clochards célestes, Big Sur ou Le Vagabond solitaire, narrent de manière romancée ses voyages à travers les États-Unis. Le genre cinématographique du road movie est directement influencé par ses techniques et par son mode de narration.

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Affectueusement surnommé « Ti-Jean », il est issu de deux parents québécois : Léo-Alcide Kéroack (origines bretonnes) et Gabrielle-Ange Lévesque. Léo est patron et directeur d'une publication théâtrale de Lowell et Boston « Ti-Jean, n'oublie jamais que tu es breton », lui répète depuis son enfance son père Léo qui a modifié son patronyme en « Kerouac » lors de son arrivée aux États-Unis, puis l'orthographiera « Keroack » par la suite.  

Jusqu'à l'âge de six ans, Jack Kerouac ne parle qu'une sorte de français canadien, le joual, et ce n'est qu'à l'école qu'il apprend l'anglais. À quatre ans, il assiste à la mort de son frère aîné Gérard, alors âgé de neuf ans, atteint d'une fièvre rhumatismale. Cette mort est « une plaie qui ne se refermera jamais ».

Grâce à l'activité de son père, Jack Kerouac est introduit dans le milieu culturel et littéraire de la ville et à treize ans, il est à l'origine d'une chronique. Il assiste ainsi à plusieurs projections de films dans son cinéma local. Il se lie d'amitié avec un employé de son père, Armand Gautier, qui lui apprend toutes les subtilités du bras de fer, discipline dans laquelle Kerouac excelle toute sa vie. Il passe aussi des heures dans l'atelier d'imprimerie, apprenant à taper à la machine. Il acquiert ainsi une grande dextérité qui forme l'une des composantes principales de son œuvre et rend unique son écriture. En effet, Kerouac écrit rapidement, rédigeant souvent des chapitres entiers d'une seule traite et corrigeant peu ses brouillons. 

L'enfant a beaucoup de mal à communiquer en anglais et il ne devient bilingue qu'à l'âge de quinze ans. C'est durant cette période qu'il perd son diminutif de « Ti-Jean » pour le prénom plus américain de « Jack ». En famille, les Kerouac continuent à parler français.  

Jack dispose d'une grande mémoire, mais il est également très doué pour le sport, le baseball et la course à pied. Son professeur d'anglais le déclare « brillant » et, à onze ans, Kerouac écrit un petit roman, dans la veine de Huckleberry Finn, intitulé Mike Explores the Merrimack. Au même âge, pétri de polars radiophoniques, il produit des bandes dessinées humoristiques et des dessins dans lesquelles il prête vie au « Docteur Sax », qui est son double fabuleux, sans ses terribles peurs nocturnes. Celles-ci s'accentuent à mesure que les affaires de son père périclitent. Ce dernier se met en effet à boire et à jouer. La famille déménage dès lors sans cesse, influençant considérablement ce qui devient plus tard le caractère itinérant de Kerouac. Sa mère se fâche avec Caroline, la sœur de Jack, qui se marie très jeune et quitte le domicile familial.

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Carnet préparatoire de Sur la route

Jack devient un athlète accompli mais reste renfermé et introverti. Il a des rapports souvent conflictuels avec ses camarades de classe et de stade. Il ambitionne d'écrire, ce qui provoque la risée de tous, alors qu'une carrière sportive s'ouvre à lui. Ses prouesses athlétiques en font de lui une « star » de son équipe locale de football américain vers l’âge de 16 ans. Alors qu'il joue à Nashua, dans le New Hampshire, il est remarqué par un recruteur de l'université de Boston, Franck Leahy. Son père s'en mêle, comptant faire monter les tractations. Le jeune homme part finalement étudier à la prestigieuse université Columbia, à New York, en 1939. Il doit cependant faire une année préparatoire.

Il a dès son arrivée la secrète pensée de pouvoir, grâce au sport, accéder à un emploi de journaliste dans un quotidien new-yorkais. Il lit également beaucoup. Il est chroniqueur du New York World Telegram. Il aide certains étudiants, et écrit pour le Horace Mann Quarterly en tant que « critique », ainsi que pour le Columbian Spectator.

Il fréquente, par ses amis, le milieu des bourgeois juifs de la ville. Il fait ainsi la connaissance du Londonien Seymour Wyse qui lui fait découvrir le jazz, musique qui est pour Jack une véritable révélation. Il fréquente les caves de Harlem où se produisent les stars du jazz, Charlie Parker et Dizzy Gillespie notamment, et en particulier son idole, Count Basie. Le jazz devient pour lui une religion. Jack décide de créer une rubrique musicale dans le journal de son collège, The Scribbler’s. Il interviewe des jazzmen célèbres et fréquente assidûment les clubs improvisés, fume également sa première cigarette de marijuana, prélude à une longue descente dans la drogue et l'alcool.

À dix-huit ans, il entre vraiment à l'université Columbia. Il a obtenu une bourse grâce à son succès au football américain, mais lors d'une rencontre, il subit une fracture au tibia qui l'empêche de terminer la saison sportive. Forcé de se reposer, il lit abondamment et va au cinéma. Il écrit aussi et rêve de héros vagabonds en marge de la société. Kerouac goûte aussi à la drogue et à la prostitution ; selon Patricia Dagier et Hervé Quéméner, « on voit se mettre en place, alors qu'il vient d'avoir dix-huit ans, les anges et les démons de toute la vie de Kerouac ». Il fréquente Mary Carney, avec qui il entretient une relation platonique. Il rencontre Sébastien Sampas, dit « Sammy », un Grec immigré avec qui il parle longuement de littérature et de religion et qui a une influence notable sur son écriture.

Jack décide de partir voyager à travers les États-Unis. Il achète un billet de Greyhound (le réseau d'autobus national), en direction du Sud. Cependant, il abandonne une fois parvenu à Washington et retourne à Lowell passer l'hiver 1941–1942. Il travaille comme pigiste au journal local, à la rubrique des sports, et fréquente les bars. Las de cette vie terne, Kerouac s'engage dans la marine marchande au printemps 1942. Il embarque ainsi à Boston sur le SS Dorchester, à destination de Mourmansk en mer Blanche soviétique. Kerouac croit ainsi renouer avec ses origines de marin breton, mais la traversée est décevante, hormis une escale au Groenland et une rencontre avec un Inuit dans un fjord. C'est au cours de cette période qu'il écrit son premier roman, La Mer est mon frère. Le manuscrit de ce roman a longtemps été considéré comme perdu avant d'être trouvé par le beau-frère de Jack Kerouac et d'être édité en 2011. En décembre 1942, il est de retour à New York.

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Le manuscrit original de Sur la route, composé d'un seul rouleau de papier de 36,5 mètres de longueur (le rouleau se présente sous la forme d’un très long paragraphe, sans virgules), dévoilé lors d'une exposition à Lowell, Massachusetts, en 2007.

Ayant signé un contrat d'engagement avec l'US Navy avant son départ, il doit effectuer un temps sur un navire militaire. Il simule la folie afin d'échapper à cette obligation et il passe ainsi quelques semaines en hôpital psychiatrique. Il est donc renvoyé de la marine pour cause d'« indifférence caractérisée ».

De retour à la vie civile, il dépense sa solde entière dans les bars et refuse de jouer dans l'équipe de l'université Columbia. Dès lors, tout espoir de vivre du sport s'évanouit et Kerouac entame sa descente dans le milieu interlope new-yorkais. Il consomme des drogues et fréquente des prostitués. Il participe aussi à des orgies homosexuelles. Cependant, il rencontre aussi des personnes qui marquent sa vie entière. Par l'entremise d'Edie Parker, jeune femme originaire de Grosse Pointe dans le Michigan qui deviendra son épouse, Kerouac fait la connaissance de Lucien Carr, qui le fascine. Lucien Carr présente Allen Ginsberg à Jack Kerouac ; ils entretiendront une relation ambigüe, tour à tour amants puis amis, de manière irrégulière. Il rencontre aussi un autre écrivain, William Burroughs, qui est à New York pour suivre un traitement psychanalytique après avoir quitté la Vienne nazie. La bande fréquente ainsi un appartement de la 11e rue, dans Greenwich Village, où se mêlent drogue, sexe, alcool et littérature.

Au printemps 1943, il s'engage de nouveau dans la marine marchande pour des missions périlleuses, sur le SS George Weems, qui relie Boston à Liverpool. L'idée lui vient alors de retrouver ses racines familiales et bretonnes. Entre ses voyages maritimes, Kerouac séjourne à New York avec ses amis de l'université Columbia. Il commence son roman, Avant la route, publié en 1950, qui lui vaut une certaine reconnaissance en tant qu'écrivain. Ce roman, qui a demandé trois ans d'efforts, conserve une structure conventionnelle et raconte la vie d'un jeune homme dans une petite ville très semblable à Lowell et l'attrait qu'exerce sur lui la métropole new-yorkaise.

En août 1944, Jack Kerouac aide Lucien Carr à dissimuler le corps d'un professeur de gymnastique, David Kammerer, qu'il a tué à coups de couteau. Kerouac est inculpé de complicité et est placé en détention. Les parents d'Edie Parker paient sa caution à la seule condition que Jack épouse leur fille. Kerouac se marie donc à Edie le 22 août 1944. Ils s'établissent non loin de Détroit, à Grosse Pointe. Kerouac travaille, grâce au père de sa femme, comme vérificateur de roulements à billes. Mais, secrètement, il continue à écrire et il entrevoit très vite que cette vie ne le comble pas et nuit même à sa créativité. Il retourne donc sans prévenir quiconque à New York au cours de l'hiver 1944–1945. Kerouac rejoint une petite communauté, rassemblant Allen Ginsberg, William Burroughs, Joan (une amie d'Edie Parker qui l'invite à la colocation), Haldon Chase et Herbert Huncke, près d'Ozone Park. À 24 ans, Kerouac renoue avec une vie dissolue, fréquentant chaque nuit les bars de la ville, en compagnie de ses deux amis, Ginsberg et Burroughs qui sont homosexuels. Ils fréquentent aussi la pègre.

Au printemps 1946, son père, Léo, meurt d'un cancer du pancréas - de l’estomac d’après Allen Ginsberg. Les écrits de Jack deviennent davantage autobiographiques, il travaille frénétiquement au tapuscrit de Sur la route, à partir de ses nombreux carnets de notes préparatoires. Cette écriture introspective l'amène à s'interroger sur les fondements de son mal de vivre et il se rend compte qu'il a un désir subconscient d'échouer, une sorte de vœu de mort. Ses allées et venues au domicile de sa mère s'amplifient. À chaque contrariété, Kerouac consulte sa mère, ce qui a pu contribuer à l'empêcher de vivre avec une femme. 

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Dernière demeure de Jack Kerouac à St. Petersburg, en Floride.

En compagnie de ses amis, Kerouac expérimente d'autres formes d'écritures. Avec William Burroughs, il teste l'écriture à quatre mains, dans Et les Hippopotames furent bouillis vifs dans leurs piscines alors qu'avec Haldon Chase, il stimule sa créativité en se concentrant sur les personnages, au point de les faire vivre en imagination, puis d'écrire dans la foulée (c'est la méthode de la « Prose Spontanée »). C'est d'ailleurs en raison de ce mode d'écriture que Kerouac rédige le manuscrit de Sur la route sur des rouleaux de papier reliés les uns aux autres par du scotch, atteignant des longueurs incroyables, près de 35 mètres. Il voit aussi dans ces rouleaux le symbole de la route sans fin.

En 1947, du fait de sa consommation effrénée de drogues, Kerouac fait une thrombophlébite. La communauté vit par et pour la drogue, au point que Burroughs falsifie les ordonnances des médecins pour obtenir de la morphine. Ce dernier et Joan, devenue sa femme, quittent la colocation pour le Texas. Kerouac rencontre grâce à Haldon Chase le jeune Neal Cassady, un maniaque de la vitesse et des automobiles qui lui narre ses péripéties lors de ses déplacements à travers le pays. Fasciné, Kerouac décide de partir à l'aventure. Le 17 juillet 1947, au petit matin, il marche pendant plusieurs kilomètres. Il compte se déplacer en auto-stop. Il se perd à la limite de l'État de New York et subit une pluie violente qui l'oblige à rebrousser chemin. Cet épisode forme l'incipit de son roman Sur la route. Il rentre chez sa mère qui lui donne de l'argent pour repartir, cette fois-ci par autobus, jusqu'à Chicago. Dès lors, l'aventure commence réellement. Il rallie Davenport dans l'Iowa, puis les rives du Mississippi, puis Des Moines.  

Quand Kerouac arrive à Denver, il y retrouve Haldon Chase, devenu chercheur universitaire. Il y retrouve aussi Neal Cassady et Allen Ginsberg qui sont amants. Il reprend la route pour San Francisco où il entre en contact avec Henri Cru, un Français rencontré à New York, qui lui propose de travailler avec lui dans un foyer militaire pour recalés de l'immigration en attente de reconduite à la frontière. Kerouac y travaille quelques semaines mais abandonne au bout du compte. Il regagne Los Angeles et, dans le bus, rencontre une Mexicaine dont il tombe amoureux, Béa Franco, avec qui il vit quelque temps. Puis, grâce à de l'argent envoyé par sa mère, il rallie Pittsburgh puis New York en autobus, en automne 1947. Il demeure peu de temps à New York car il décide de suivre Neal Cassady, au volant de sa voiture. Les deux hommes font des allers-retours à toute vitesse entre la Virginie et New York, puis, en janvier 1949, ils se rendent en Louisiane, à La Nouvelle-Orléans, rendre visite à William Burroughs.

Puis, avec LuAnne, la femme de Neal, ils poursuivent leur route vers la Californie, ponctuée d'escales chez des amis. Grâce à l'argent inespéré d'une pension du Département des Anciens Combattants (pour avoir servi durant la guerre sur les navires de ravitaillement des troupes en Europe), Kerouac retourne à New York où il avance l'écriture de Sur la route. Il repart ensuite avec Neal, en Cadillac, pour Plymouth, Denver puis Chicago. Lors d'un rapide retour à New York en 1950, il apprend avec plaisir que son premier livre, Avant la route est publié. Ce premier ouvrage vaut à Kerouac quelques critiques favorables mais les tirages restent faibles.

Fin 1950, il quitte de nouveau New York, pour le Mexique cette fois, avec Neal Cassady et Franck Jeffries. Ils y retrouvent William Burroughs qui a fui le Texas, pourchassé par la justice. Après quelques semaines, Kerouac rentre à New York et fait la connaissance de Joan Haverty, sa seconde femme. Le 16 février 1952 naît sa fille, Janet Michelle dite « Jan ». Kerouac ne la reconnaît pas, et ce jusqu'à sa mort. Il quitte Mexico début septembre 1955. Kerouac y écrit Mexico City Blues qui paraît en 1959. De Los Angeles, il rejoint ensuite San Francisco en empruntant le « Fantôme de Minuit », un train mythique, très utilisé par les chômeurs de la crise de 1929. Lors de ce voyage, Kerouac rencontre le premier « clochard céleste » de ses aventures, épisode repris dans l'œuvre du même nom.

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Un extrait de Sur la route gravé dans le quartier chinois de San Francisco, dans la Jack Kerouac Alley

Durant cette période, le tapuscrit de Sur la route, transmis pour lecture à partir de 1952, est rejeté par l'ensemble des éditeurs américains contactés. Toutefois, Kerouac bénéficie progressivement de l’intérêt médiatique pour les acteurs de la contre-culture gravitant autour du monde du jazz et de mouvements poétiques californiens et new-yorkais. Il apparaît ainsi sous le nom de « Pasternak » dans Go, publié par John Clellon Holmes en 1952, et participe en tant que spectateur très actif à la lecture du 7 octobre 1955 qui propulse sur le devant de la scène ses amis poètes de la beat generation.

Kerouac est à San Francisco à l'automne 1955 ; il participe à l'un des moments fondateurs de la Beat Generation : la lecture publique à la Six Gallery du poème Howl d'Allen Ginsberg, considéré, avec Sur la route, comme l'un des manifestes du mouvement. Kerouac y fait la rencontre d'un personnage important dans sa vie : Gary Snyder, passionné de randonnées et de philosophie japonaise. « Ensemble, Jack et Gary vont inventer ce qui sera quelques années plus tard le mode de vie des hippies : un couchage dans le sac à dos, quelques maigres provisions, la toilette dans les torrents, la nudité en groupe et l'errance d'un lieu à un autre en toute liberté ». En compagnie d'un libraire de Berkeley, John Montgomery, les deux hommes font une expédition à 3 600 mètres d'altitude, dans le parc national de Yosemite et jusqu'au pic Matterhorn. Kerouac s'initie à la méditation et aux haïkus, ces courts poèmes japonais qui évoquent un sentiment, une situation, une atmosphère. La rencontre avec lui-même et avec la simplicité, l'absence d'excès et de drogues ou d'alcool fait que Kerouac se décide à commencer une « vie nouvelle ». Il voit dans les préceptes chinois et zen le refus de la société de consommation et ce qu'il nomme dans Les Clochards célestes, la « grande révolution des sacs à dos ».

Après cette excursion, fin 1955, il se rend en Caroline du Nord où vit sa mère, chez qui il passe quelque temps. Il écrit du 1er au 16 janvier 1956 un ouvrage autobiographique, centré sur l'histoire de son frère mort, Visions de Gérard, puis se rend dans l'État de Washington où Gary Snyder lui a trouvé un poste de garde forestier pendant la saison des feux de forêts, au pic Desolation, dans l'actuel Parc national des North Cascades. Il commence le 25 juin, alors que Gary part pour le Japon pour plusieurs années, et demeure reclus dans une vigie durant 63 jours. L'expérience de garde forestier est pour lui un désastre, relatée dans Anges de la désolation. Il s'ennuie et souffre de solitude, expérience dont il tire le roman Le Vagabond solitaire. Kerouac met cependant fin à toutes ses bonnes résolutions inspirées par Gary Snyder. De retour à San Francisco, il apprend qu'il est de plus en plus lu par la jeune génération.  

En 1957, son roman Sur la route est édité par Viking Press. Très vite, le succès du roman provoque des tensions entre Kerouac et ses amis. Le succès est en effet immédiat. Kerouac obtient ainsi progressivement le soutien de deux figures importantes du monde des Lettres américaines, Malcolm Cowley, éditeur chez Viking Press et cheville ouvrière de la génération perdue, et Kenneth Rexroth, moteur de la « Renaissance de San Francisco ». Cowley est à l’origine de la publication par Viking de Sur la route et il en orchestre le succès.

La publication de Sur la route marque un tournant considérable dans la vie de Jack Kerouac, lui apportant la reconnaissance publique et un confort financier qu’il n’avait jamais connu, sans pour autant le rendre riche. Elle est cependant à l’origine d’une formidable incompréhension entre Kerouac, son public et la critique. Le roman l’impose en effet comme porte-parole, si ce n’est comme chef de file, d’une génération qui a grandi dans l’après-guerre en rejetant les valeurs traditionnelles morales et religieuses américaines, et donc l'argent.

Toutefois l’ouvrage apparaît davantage comme un témoignage, le livre d'une génération, que comme une œuvre littéraire majeure, jugement que partage d’ailleurs pleinement son éditeur. Ann Charters relève toute l'ambivalence de son jugement dès l'origine : « Ce n'est pas un grand livre ni même un livre qu'on peut aimer, mais il est réel, honnête, fascinant, tout entier pour le plaisir, la voix d'une nouvelle génération ». Il reste que les articles, études, analyses et même, du vivant de Kerouac, les thèses universitaires, abondent rapidement après la publication.

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Sur la route, film 2012

Dans Sur la route, le personnage principal, Sal, parcourt les États-Unis en auto-stop (et se rend également au Mexique) avec son ami Dean Moriarty, inspiré par Neal Cassady. Il noue des amitiés informelles, a des expériences amoureuses et des mésaventures. Le style de vie non-matérialiste des protagonistes est à l'origine de nombreuses vocations parmi les écrivains américains et le transforme en mythe vivant. Selon la légende que Jack Kerouac a forgée lui-même, le roman est écrit en trois semaines, lors de longues sessions de prose spontanée alors qu'il est travaillé de 1948 à 1957 à partir de carnets qu'il a sur lui.

Mais la notoriété lui pèse et il boit davantage (près d'un litre de whisky par jour). Il s'éloigne aussi de ses amis écrivains comme Allen Ginsberg et, dans une moindre mesure, William Burroughs. Il reproche à Ginsberg de trop rechercher l'attention du public et de trahir l'esprit « beat ». Même lorsqu'il a besoin d'argent, il ne se tourne plus vers eux et ne répond plus aux invitations des médias. Il est également irrité par le développement d'un bouddhisme de mode, qu'il se sent en partie responsable d'avoir créé avec ses romans, et se déclare en réaction « fervent catholique ».

En février 1957, sur l'invitation de William Burroughs, Kerouac embarque sur un navire de transport à destination de Tanger, au Maroc. Il a l'intention de visiter ensuite l'Europe mais son séjour en Afrique se passe mal. Il rentre donc à Lowell, chez sa mère, et avec elle déménage plusieurs fois. Alcoolique notoire, Kerouac a des crises de delirium tremens que n'arrangent pas les virulentes critiques dont il est la cible : il est en effet publiquement exposé depuis la publication de Sur la route. Des écrivains portent de sévères critiques à l'encontre du style peu académique de Kerouac. Le premier, Truman Capote, déclare que ses textes étaient « tapés et non écrits ». Ce lien entre la méthode d’écriture de Kerouac, la Prose Spontanée, qu'il codifie, et la qualité stylistique de son écriture, blesse Jack, mais ne le perturbe pas. Ce dernier fait d’ailleurs souvent référence, avec une grande ironie, à la formule de Capote. Le journaliste et essayiste Donald Adams, du New York Times, n'est guère plus enthousiaste et il fustige un manque de recherche et de finesse chez l’auteur.  

La personnalité de Kerouac lui attire l’inimitié de nombreux chefs de file de la gauche contestataire et de certains de ses amis. Ainsi en novembre 1958, au cours d’une conférence particulièrement houleuse à la Brandeis University, Kerouac est copieusement sifflé par le public, qu'il traite en retour de « communistes merdeux ». L'événement a un grand retentissement et nuit gravement à son image publique. Il s’en prend en outre violemment à James Wechsler, figure centrale de la gauche radicale américaine et éditeur au New York Post, qui devient de fait son ennemi déclaré. Kerouac reconnaît lui-même dans ses lettres que la consommation abusive d’alcool a bien souvent aggravé la situation.

Fort de son succès d’édition, il souhaite publier les romans et poèmes écrits entre 1950 et 1957. Or, son éditeur, Viking, n’y est absolument pas favorable, préférant un retour à des formes narratives plus conventionnelles et à la fiction. Kerouac, de son côté, refuse toute modification de ses textes visant à les rendre plus accessibles. Certains écrits sont néanmoins retouchés ou rédigés dans un style plus accessible par Kerouac lui-même. À partir de 1959, l'éditeur Malcolm Cowley rejette tous les nouveaux manuscrits, si bien que Kerouac doit changer à plusieurs reprises d’éditeur, passant chez Avon, puis chez McGraw Hill ou encore chez F.S. Cudahy.

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La publication en 1959 des Clochards célestes renforce la défiance à son égard. Ce livre, écrit dans un style volontairement plus conventionnel pour satisfaire ses éditeurs, est reçu comme une œuvre de commande par la critique qui, majoritairement, l'ignore. Seul l'écrivain Henry Miller défend activement l’ouvrage et son auteur. Mais il est surtout largement critiqué par les tenants du bouddhisme américain, qui voient en Kerouac cette fois fort peu convaincant. Alan Watts publie un article très critique avant même la publication des Clochards célestes sous le titre « Beat Zen, Square Zen and Zen ». Kerouac vit difficilement cet accueil alors même qu’il peine à défendre ses ouvrages plus anciens et sa poésie.

L'écrivain se rend ensuite en Californie et, sur l'invitation d'un ami, passe quelque temps sur la côte Pacifique afin de faire le point, loin de la presse. La confrontation à l'élément maritime lui inspire un roman : Big Sur, du nom de la plage au sud de San Francisco où il passe l'été 1960. De retour à New York, James Whechsler l'attaque vivement dans un livre son irresponsabilité politique et son encombrement de la langue américaine avec la Poésie. La publication de l’interview d'Al Aronowitz achève de ternir l'image de Kerouac, tout en augmentant les tensions avec ses amis comme Allen Ginsberg ou Gregory Corso. À la publication de Big Sur, en 1962, le Times délivre une critique particulièrement virulente, s’en prenant non au texte en lui-même mais à l’auteur qualifié de « panthéiste en adoration ».

Toujours plus accablé par la célébrité, Kerouac, tant bien que mal, participe à des spectacles télévisés et enregistre même trois albums de textes lus. Il prend par ailleurs position en faveur de la guerre du Viêt Nam et se déclare nationaliste et « pro-américain », et ce afin d'éviter toute identification au mouvement hippie, envers lequel il se montre toujours méfiant. L'écriture de Kerouac se focalise dès lors sur son passé. En juin 1965, il effectue un voyage en Europe, sur la trace de ses origines bretonnes, épisode qui donne naissance au roman Satori à Paris (1966). La même année est publié l'un de ses premiers roman, Anges de la Désolation, datant de l'époque de Sur la route.

En 1968, il met la dernière main à son roman Vanité de Duluoz, publié l'année même, et passe la fin de sa vie en compagnie de sa troisième femme Stella Sampras et de sa mère, loin de ses amis de la Beat Generation, et dans une situation financière déplorable (à sa mort il lèguera 91 dollars à ses héritiers). Jack Kerouac meurt le 21 octobre 1969, à l'hôpital Saint-Anthony de St. Petersburg, Floride, à l'âge de 47 ans, d'un ulcère gastro-duodénal, la « mort des alcooliques ».

Romans

  • Avant la route 
  • Sur la route 
  • Les Souterrains 
  • Les Clochards célestes 
  • Docteur Sax 
  • Maggie Cassidy
  • Tristessa
  • Visions de Cody
  • Le Vagabond solitaire 
  • Big Sur 
  • Visions de Gérard 
  • Anges de la Désolation 
  • Satori à Paris 
  • Vanité de Duluoz
  • Pic
  • Vieil Ange de Minuit
  • Orphée à jour 
  • Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines 

Il a aussi écrit des nouvelles, essais, poèmes et correspondances.
 
D'après Wikipédia