Ce cher Jules Verne qui enchantait mon enfance... et que je redécouvre avec un immense bonheur.

INCIPIT

- Sire, une nouvelle pêche !

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RESUME

Le roman relate le périple de Michel Strogoff, courrier du tsar de Russie Alexandre II, de Moscou à Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale. Sa mission est d'avertir le frère du tsar, gouverneur d'Irkoutsk, de l'arrivée des hordes tartares menées par le traître Ivan Ogareff pour envahir la Sibérie. Sur cette route pleine d'obstacles, il croise la belle Nadia, ainsi que les journalistes européens Harry Blount et Alcide Jolivet. Les voyageurs mettent en général cinq semaines pour aller de Moscou à Irkoutsk. Les courriers du tsar n'ont besoin que d'à peine dix-huit jours pour parcourir cette distance. Mais Michel Strogoff mettra trois mois, à cause de toutes les épreuves qu'il doit surmonter. 

MON AVIS

Ce que j'adore chez Jules Verne c'est la précision "scolaire" avec laquelle il bâtit ses atmosphères, il explique l'histoire, la géographie, le fonctionnement, les villes traversées, on apprend plein de choses et j'adore ça ! Avec un ton parfois humoristique, le même que celui de mon père et de mon grand-père lorsqu'ils nous racontaient leurs voyages (ils étaient officiers de marine). 

Ici en l'occurrence, nous voyageons en Sibérie et apprenons plein de choses.

L'intrigue est sympa, mais un peu simpliste par rapport aux embrouillamis et imbroglios sophistiqués d'aujourd'hui ! Mais justement, c'est frais et rafraîchissant dans ce monde où tout va trop vite !

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Michel Strogoff est un roman d'aventures historique de Jules Verne, paru en 1876. L'œuvre paraît d'abord en feuilleton dans la revue Le Magasin d'éducation et de récréation du 1er janvier 1876 au 15 décembre 1876, avant d'être publiée en volume la même année chez Hetzel. Pour l'élaboration de ce roman, Jules Verne a reçu des conseils de l'écrivain russe Ivan Tourgueniev, dont Pierre-Jules Hetzel est également l'éditeur.  

Les événements racontés par Jules Verne n'ont pas eu lieu, mais sont plausibles, la situation dans l'est étant tendue. Le tsar n'est jamais nommé, mais celui qui régnait à l'époque de Jules Verne était Alexandre II (règne de 1855 à 1881).

La Sibérie au XIXe

La Sibérie est la partie située en Asie de la Fédération de Russie : une immense région d'une surface de 13,1 millions de km2 très peu peuplée (39 millions d'habitants aujourd'hui). Elle s’étend de l'Oural à l'ouest jusqu'à l'océan Pacifique et de l'océan Arctique au nord jusqu'aux monts Altaï au nord du Kazakhstan et aux frontières mongoles et chinoises. Elle représente 77 % de la surface de la Russie, mais seulement 27 % de sa population, et se caractérise par un climat froid et continental avec un paysage au relief modéré sillonné par d'énormes fleuves. Longtemps habitée par des populations pastorales turcophones, elle a été progressivement colonisée par l'Empire russe. 

Au XVIIIe siècle, un nouveau gouvernement (subdivision administrative) est créé à Irkoutsk, puis au XIXe siècle le territoire est subdivisé plusieurs fois par la création de nouveaux gouvernements : ceux de Tomsk et du Iénisseï.

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En 1730, le premier grand établissement industriel de métallurgie est fondé par la famille Demidov et donne naissance à la ville de Barnaoul. Plus tard, l'entreprise finance la création d'équipements culturels tels que bibliothèques, clubs, théâtres. Le même phénomène se reproduit dans d'autres villes : librairies, musées, collèges et théâtres sont construits, mais la première université ne sera créée qu'en 1880 à Tomsk.

Les paysans de Sibérie, plus que ceux de Russie d'Europe, doivent lutter contre un climat rude sans aide extérieure. L'absence de servitude et de maîtres contribue à leur donner un esprit d'indépendance. Contrairement aux paysans de la Russie d'Europe, les Sibériens ne sont par contre pas confrontés au manque de terres disponibles ; la faible densité de la population leur donne la possibilité de cultiver de manière intensive leur parcelle de terrain pendant plusieurs années de suite, puis de la laisser en jachère pendant une longue période pour cultiver d'autres parcelles.  

La Sibérie est considérée comme un endroit idéal pour exiler des opposants politiques car elle est loin de tout pays étranger. Un citoyen de Saint-Pétersbourg ne cherche pas à s'évader dans la vaste campagne sibérienne... Et même les grandes villes comme Irkoutsk, Omsk ou Krasnoïarsk n'ont pas l'intense vie sociale et le niveau de vie élevée de la capitale.

En 1826, environ 80 personnes impliquées dans l'insurrection décabriste sont condamnées à des peines de travaux forcés en Sibérie et à y résider pour toujours. Onze de leurs femmes les suivent et s'installent près des bagnes. Dans leurs mémoires, elles notent la gentillesse et la prospérité des Sibériens des campagnes et les traitements sévères infligés par les soldats et les officiers. Un certain nombre de décembristes mourront de maladie, souffrent de chocs psychologiques, ou même deviennent fous. Après avoir purgé leur peine de travaux forcés, ils sont assignés à résidence dans de petits villages ou villes. Certains démarrent un commerce. En 1856, 31 ans plus tard, qu'Alexandre II leur pardonne, au moment de son couronnement.

En vivant dans les villes d'Omsk, de Krasnoïarsk ou d'Irkoutsk, les décembristes ont contribué fortement au développement de la vie sociale et de la culture. À Irkoutsk, leurs maisons sont désormais des musées. Dans de nombreux endroits, on a installé des plaques commémoratives avec leurs noms. Vladimir Raïevski, arrêté pour sa participation aux cercles décembristes en 1822 et en 1828, est exilé dans le village d'Olonki près d'Irkoutsk. Il s'y marie et aura 9 enfants ; il se fait boulanger et fonde une école pour enfants et adultes pour leur enseigner la grammaire et l'arithmétique. Pardonné par Alexandre II, il revint visiter sa ville natale... puis retourna à Olonki.

Contrairement aux souhaits des autorités, les révolutionnaires exilés ne sont pas rejetés en Sibérie. Au contraire, les Sibériens qui ont dû survivre sans aide des autorités, ne ressentent aucune tendresse pour celles-ci. Les exilés sont souvent chaleureusement reçus et obtiennent des situations rémunérées assez facilement. Fiodor Dostoïevski a été exilé dans une katorga près d'Omsk.

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Illustration Enki Bilal

Le développement de la Sibérie est handicapé par l'absence de moyens de transport dans la région ainsi qu'entre la Sibérie et le reste du pays. Hormis la route de Sibérie, les routes de qualité utilisables par des véhicules à roues sont peu nombreuses et le réseau peu dense. Pendant cinq mois de l'année environ, le transport passe pour l'essentiel par les voies fluviales et pendant les six mois les plus froids de l'année, marchandises et passagers voyagent sur des traîneaux tirés par des chevaux sur les routes disponibles en hiver, souvent constituées par les fleuves gelés.

Le premier bateau à vapeur sur l'Ob est lancé en 1844 ; mais les débuts seront difficiles et ce n'est pas avant 1857 que le transport par bateau à vapeur se développe de manière sérieuse. Les bateaux à vapeur sont introduits sur l'Iénissei en 1863 puis sur la Léna et l'Amour dans les années 1870.

Alors que la Sibérie occidentale relativement plate est plutôt bien desservie par le gigantesque réseau fluvial constitué de l'ensemble Ob-Irtych-Tobol-Choulyl, les grands fleuves de Sibérie orientale - Iénisseï, cours inférieur de l'Angara (l'Angara avant Bratsk est difficilement navigable à cause des rapides), Léna - ne permet de circuler que selon un axe nord-sud. On tente à l'époque de remédier à ce handicap en construisant le canal Ob-Iénisseï, mais le résultat n'est pas une réussite. Seule une ligne de chemin de fer peut apporter une véritable réponse aux problèmes de transport.

Les premiers projets de  chemin de fer en Sibérie remontent à la création de la ligne Moscou-Saint-Pétersbourg. L'un des premiers projets porte sur la ligne Irkoutsk-Tchita destiné à relier Irkoutsk à l'Amour et par conséquent à l'océan Pacifique. Avant 1880, le gouvernement central est peu réceptif à ce projet, du fait de la faible taille des entreprises implantées en Sibérie et de la crainte qu'une meilleure intégration des territoires sibériens à la région Pacifique les fasse tomber sous l'influence des États-Unis et du Royaume-Uni. La bureaucratie lourde et inefficace ainsi que la peur des risques financiers contribuent également à paralyser le projet : les financiers sous-estiment l'effet d'entraînement du chemin de fer, en établissant des prévisions de trafic basés sur le volume des échanges existants.

Finalement la peur de perdre la Sibérie convainc, en 1889, Alexandre II de lancer la construction du chemin de fer. Celle-ci démarre en 1891, grâce notamment aux emprunts russes, lancés par la France.

Le Transsibérien donne alors un grand élan à l'agriculture sibérienne, en permettant d'accroître ses exportations vers la Russie centrale et les pays européens. Non seulement le chemin de fer dynamise les territoires proches du chemin de fer, mais également les régions les plus méridionales reliées à la ligne par les fleuves comme l'Altaï (Ob) et les régions d'Abakan et de Minousinsk (Iénisseï).

Tartares et Tatars

Les Tartares (ceux du roman)

La Tartarie était le nom donné par les Européens du Moyen Âge au XXe siècle à la partie de l'Asie centrale et septentrionale s'étendant de la mer Caspienne et de l'Oural à l'océan Pacifique, peuplée par les « Tartares », nom générique donné aux peuples turco-mongols. Cette aire couvre la Sibérie, le Turkestan, la Mongolie, la Mandchourie et quelquefois le Tibet. La Tartarie désignait également, au XVIIe siècle, l'Empire mongol. Le nom provient du peuple des Tatars et a été appliqué à l'ensemble des peuples turcs.

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À cette époque, les occidentaux distinguaient généralement :

  • La « Tartarie moscovite » à l'ouest.
  • La « Tartarie russe » ou « Russie asiatique », correspondant aujourd'hui à la Sibérie.
  • la « Tartarie chinoise », à l'est, incluant Turkestan oriental (ou Xinjiang), la Mongolie, la Mandchourie, Sakhaline, l'actuelle province de Qinghai (ou Kokonor), le Tibet, et le petit Tibet (ou Ladakh), inclus dans l'Empire Chinois.
  • la « Tartarie indépendante », à l'ouest, (le Turkestan occidental) qui ne faisait partie ni de l'Empire russe, ni de l'Empire chinois.
  • La « Petite Tartarie » désignait les contrées situées sur la mer Noire et conquises par des populations turco-mongoles (Crimée, Caucase, Daghestan, etc.).

Les Tatars

Les Tatars (ou Tatares) sont un peuple turc, parlant le tatar. Il ne faut pas les confondre avec ce que l'on appelait en Occident les Tartares, terme qui désigne les locuteurs de différentes langues turques autres que le tatar.

La plupart des Tatars vivent au centre et au sud de la Russie, en Ukraine, en Bulgarie, en Chine, au Kazakhstan, en Roumanie, en Turquie et en Ouzbékistan. On en dénombrait plus de huit millions à la fin du XXe siècle.  

Le nom de Tatars désigne à l'origine un ancien peuple turco-mongol qui, aux XIe et XIIe siècles, nomadisait à l'est de la Mongolie, dans les fertiles pâturages près de Hulun et du lac Buir. Cet ancien peuple a disparu en tant que tel ; les descendants se sont mélangés aux populations des territoires qu'ils ont conquis. Leur nom a été transmis à ces populations qui regroupent aujourd'hui diverses origines: ainsi, les Tatars de Kazan ou de la Volga descendent des Bulgares de la Volga et de tribus finno-ougriennes ; les Tatars de Crimée proviennent du mélange des nombreux peuples ayant habité la Crimée avant eux (dont des Goths, des Khazars, des Coumans, des Karaïm…). Les Tatars ont également assimilé des déserteurs des armées adverses - Russes, Polonais ou autres, ainsi que des Roms. 

Vaincus par Gengis Khan, ils sont enrôlés parmi les guerriers mongols et participent aux invasions qui ravagent la Russie et l'Europe de 1239 à 1243. Ils s'installent dans les steppes au nord de la mer Noire et de la Caspienne, où ils fondent le khanat de la Horde d'or, expression russe, mais les Arabes et les Persans parlent de Royaume des Tatars ou Khanat de Kiptchak. Les Tatars, au fil des décennies, se sédentarisent partiellement, se mettant à exploiter plutôt qu'à piller les populations et formations politiques soumises, qui, en échange de la paix, leur fournissent vivres, artisans et même troupes, accroissant ainsi leur autonomie grâce aux divisions entre les princes mongols. Des marchands, des artisans chrétiens, juifs et musulmans commencent à convertir les Tatars, jusque-là chamanistes. Le bouddhisme fait également des adeptes.  

Les Tatars sont à leur tour les victimes des campagnes d'un nouveau conquérant. En 1392 et 1395, Tamerlan mène des expéditions contre la Horde d'Or. Désormais les Tatars sont sur la défensive. En outre, le territoire de la Horde d'Or commence à se morceler en 1430 avec la création du Khanat de Crimée en 1438, puis du khanat d'Astrakhan. 

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Film de 1956

Les Tatars de Kazan et d'Astrakhan, puis ceux du Khânat de Sibir sur l'Irtych sont tour à tour vaincus et soumis par les Russes de Moscou en 1552, 1556 et 1584, tandis que ceux de Crimée parviennent à sauvegarder leur khanat jusqu'en 1783, en devenant les alliés et les vassaux de l'Empire ottoman à partir de 1475. Ils restent dangereux pour les États chrétiens voisins de l'Empire ottoman (Moldavie, Pologne, Russie), leur dernière expédition de pillage datant de 1782. 

Devenus, au XIXe siècle, minoritaires au sein d'États chrétiens, les Tatars, en butte comme les Roms à l'hostilité des paysans sédentaires dont ils ont pillé les ancêtres, deviennent eux-mêmes cultivateurs et éleveurs et choisissent l'assimilation. Cette dernière peut n'être qu'économique ou politique, mais non culturelle, et permet alors, comme en Sibérie, à Kazan ou en Crimée, la survie de la langue tatare. À Kazan, les Soviétiques instituent d'ailleurs une République autonome du Tatarstan. Dans d'autres cas, l'assimilation est totale, des familles tatares choisissant de passer au christianisme et devenant moldaves ou russes. 

L'habitation traditionnelle des Tatars du cours moyen de la Volga et des contreforts de l'Oural était l'isba en bois, avec une clôture extérieure. La façade extérieure était peinte de couleurs vives. Les Tatars d'Astrakhan, ayant conservé certaines de leurs coutumes pastorales des steppes, vivaient en été dans des yourtes.

MES EXTRAITS FAVORIS

Après un petit accident de la route : ...il tira son carnet de sa poche et y inscrivit en souriant cette note, destinée à figurer au dictionnaire moscovite : "Télègue : voiture russe à quatre roues, quand elle part, et à deux roues, quand elle arrive.

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De Kamsk à la bourgade prochaine, l'étape fut très longue, environ cent trente verstes. Il va sans dire que les haltes réglementaires furent observées, sans quoi, disait Nicolas, on se serait attiré quelque juste réclamation de la part du cheval.