Simone de Beauvoir, née le 9 janvier 1908 à de Paris, ville où elle est morte le 14 avril 1986, est une philosophe, romancière, mémorialiste et essayiste française. Souvent considérée comme une théoricienne importante du féminisme, Simone de Beauvoir a participé au mouvement de libération des femmes dans les années 1970. Elle a partagé la vie du philosophe Jean-Paul Sartre.  

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Elle est la fille de Georges Bertrand de Beauvoir, éphémère avocat et comédien amateur, et de Françoise Brasseur, jeune femme issue de la bourgeoisie verdunoise. Dès le plus jeune âge, Simone se distingue par ses capacités intellectuelles.

Après la Première Guerre mondiale, son grand-père maternel, Gustave Brasseur, président de la Banque de la Meuse, fait faillite et est déclaré banqueroutier, précipitant toute sa famille dans le déshonneur et la pauvreté. La dot de Françoise est engloutie dans les dettes familiales. Les parents de Simone sont contraints, par manque de ressources, de quitter l'appartement du boulevard du Montparnasse pour un appartement, sombre, exigu, au cinquième étage, sans ascenseur, d'un immeuble de la rue de Rennes. Simone voit les relations entre ses parents se dégrader.

Dans sa jeunesse, Simone passe ses vacances d'été en Corrèze, à Saint-Ybard, dans le parc de Meyrignac, créé vers 1880 par son grand-père Ernest Bertrand de Beauvoir. On retrouve de multiples évocations de ces séjours heureux en compagnie de sa sœur Hélène dans ses Mémoires d'une jeune fille rangée. C'est au contact de la nature et au cours de longues marches solitaires dans la campagne que le désir d'une vie « hors du commun » se forge dans l'esprit de Simone. 

Simone, élevée par une mère pieuse, a perdu la foi dès sa quatorzième année (d'après les Mémoires d'une jeune fille rangée), bien des années avant l'agrégation de philosophie, avant même son départ du cours Désir et marque ainsi son émancipation vis-à-vis de sa famille.

À quinze ans, son choix est fait : elle sera un écrivain célèbre. Après le baccalauréat (1925), elle entame des études supérieures à l'Institut catholique de Paris, pour les mathématiques, et à l'Institut Sainte-Marie de Neuilly, pour les lettres. Elle obtient la première année à l'université de Paris les certificats de mathématiques générales, de littérature et de latin. L'année d'après, elle suit les cours de philosophie et obtient en juin 1927 le certificat de philosophie générale. Elle obtient finalement la licence ès lettres mention philosophie au printemps 1928, après l'obtention des certificats d'éthique et de psychologie et entame alors la rédaction d'un mémoire sur Leibniz pour le diplôme d'études supérieures. À la faculté des lettres de l'université de Paris, elle rencontre d'autres jeunes intellectuels, dont Jean-Paul Sartre, qu'elle regarde comme un génie. Dès cette époque, se noue entre eux une relation mythique que seule la mort interrompra. Elle sera son « amour nécessaire » par rapport aux « amours contingentes » qu’ils seront amenés à connaître l'un et l'autre. Simone de Beauvoir est reçue deuxième au concours d'agrégation de philosophie en 1929, juste derrière lui. La mort de Zaza, son amie d'enfance, cette même année la plonge dans une grande souffrance. 

Dès l'agrégation en 1929, Simone de Beauvoir, dite Castor — surnom que lui donne Herbaud et qui ensuite est repris par Sartre car Beauvoir est proche de l'anglais beaver (signifiant castor) — devient professeur de philosophie. Entre 1929 et 1931, elle donne quelques cours au lycée Victor-Duruy (Paris). Elle se trouve ensuite nommée à Marseille au lycée Montgrand. La perspective de quitter Sartre, lui-même nommé au Havre en mars 1931, la jette dans l'angoisse et ce dernier lui propose de l'épouser afin d'obtenir un poste dans le même lycée. Bien que viscéralement attachée à Sartre, elle rejette la proposition : « Je dois dire que pas un instant je ne fus tentée de donner suite à sa suggestion. Le mariage multiplie par deux les obligations familiales et toutes les corvées sociales. En modifiant nos rapports avec autrui, il eût fatalement altéré ceux qui existaient entre nous.» L'année suivante, elle parvient à se rapprocher de Sartre en obtenant un poste au Lycée Jeanne-d'Arc de Rouen où elle fait la connaissance de Colette Audry, enseignante dans le même lycée. Bisexuelle, elle entretient des relations amoureuses avec certaines de ses élèves, notamment Olga Kosakiewitcz et Bianca Bienenfeld, le « pacte » la liant à Sartre lui permettant de connaître des « amours contingentes ». Elle présente ses élèves à Sartre qui forment avec lui, selon un « contrat pervers », des trios, voire des quatuors, amoureux. Elle se lie également avec un élève de Sartre, « le petit Bost », futur mari d'Olga, pour laquelle Sartre se prend entretemps de passion (non réciproque). L'amitié de ce groupe d'amis surnommé « la petite famille », ou encore « les petits camarades », reste indéfectible jusqu'à la mort de chacun d'entre eux, malgré petites brouilles comme graves conflits.

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Peu avant la Seconde Guerre mondiale, le couple Sartre-Beauvoir est muté à Paris. Elle enseigne au lycée Molière de 1936 à 1939 ; elle en est renvoyée à la suite de sa liaison avec Bianca Bienenfeld, l'une de ses élèves. Beauvoir voit son premier roman Primauté du spirituel, écrit entre 1935 et 1937, refusé par Gallimard et Grasset. L'Invitée est publié en 1943. Elle y décrit, à travers des personnages imaginaires, la relation entre Sartre, Olga et elle-même, tout en élaborant sa réflexion philosophique concernant la lutte entre les consciences et les possibilités de la réciprocité. Le succès est immédiat. Elle est suspendue le 17 juin 1943 de l'Éducation nationale à la suite d'une plainte pour « excitation de mineure à la débauche » déposée en décembre 1941 par la mère de Nathalie Sorokine. Prétexte à une épuration Vichyste — la plainte aboutira à un non-lieu — ou principe de précaution, l'incertitude sur la raison réelle de son éviction fait encore aujourd'hui polémique. Elle sera réintégrée à la Libération par arrêté du 30 juillet 1945, mais n'enseignera plus jamais. Simone de Beauvoir décrit dans ses mémoires une relation de simple amitié avec cette élève. Elle écrit que l’accusation de détournement de mineur, mensongère, est une vengeance de la mère de cette élève à la suite du refus que lui aurait opposé Simone de Beauvoir d’user de son influence auprès de sa fille pour lui faire accepter un mariage avec un « parti avantageux ». Elle travaille pour la radio nationale (« Radio Vichy ») où elle organise des émissions consacrées à la musique à travers les époques.

Avec Sartre, Raymond Aron, Michel Leiris, Maurice Merleau-Ponty, Boris Vian et quelques intellectuels de gauche, elle fonde une revue : Les temps modernes qui a pour but de faire connaître l'existentialisme à travers la littérature contemporaine. Mais elle continue cependant son œuvre personnelle. Après plusieurs romans et essais où elle parle de son engagement pour le communisme, l'athéisme et l'existentialisme, elle obtient son indépendance financière et se consacre totalement à son métier d'écrivaine. Elle voyage dans de nombreux pays (É.-U., Chine, Russie, Cuba, etc.) où elle fait la connaissance d'autres personnalités communistes telles que Fidel Castro, Che Guevara, Mao Zedong, Richard Wright. Aux États-Unis, elle engage une relation passionnée avec l'écrivain américain Nelson Algren, et lui envoie plus de 300 lettres. La publication de sa correspondance avec Algren en 1997 provoque le rejet des féministes qui ne retrouvent pas la femme libre qui leur a servi d'icone, mais une Simone de Beauvoir qui a « biaisé sur sa bisexualité, construit littérairement avec Sartre un couple mythique, ou plutôt une mystification, triché en construisant par omission dans son œuvre mémoriale une image d'elle non conforme à la vérité ».

En 1949, elle obtient néanmoins la consécration en publiant Le Deuxième Sexe. Le livre se vend à plus de 22 000 exemplaires dès la première semaine et fait scandale au point que le Vatican le met à l'index. François Mauriac écrira aux Temps modernes : « à présent, je sais tout sur le vagin de votre patronne ». Le livre est traduit dans plusieurs langues et aux États-Unis, se vend à un million d'exemplaires et nourrit la réflexion des principales théoriciennes du Women's Lib. Beauvoir devient la figure de proue du féminisme en décrivant une société qui maintient la femme dans une situation d'infériorité. Son analyse de la condition féminine à travers les mythes, les civilisations, les religions, l'anatomie et les traditions choque, et tout particulièrement le chapitre où elle parle de la maternité et de l'avortement, assimilé à un homicide à cette époque. Quant au mariage, elle le considère comme une institution bourgeoise aussi répugnante que la prostitution lorsque la femme est sous la domination de son mari et ne peut en échapper.

En 1954, elle obtient le prix Goncourt pour Les Mandarins et devient l'une des auteures les plus lues dans le monde. Ce roman qui traite de l'après-guerre met en lumière sa relation avec Nelson Algren, toujours à travers des personnages imaginaires. Algren ne peut pas supporter le lien qui unit Beauvoir à Sartre. Celle-ci ne pouvant y mettre un terme, ils décident de rompre. De juillet 1952 à 1958, elle vit avec Claude Lanzmann.

À partir de 1958, elle entreprend son autobiographie où elle décrit son milieu bourgeois rempli de préjugés et de traditions avilissantes et les efforts pour en sortir en dépit de sa condition de femme. Elle décrit aussi sa relation avec Sartre en la qualifiant de totale réussite. Pourtant, bien que la relation qui les unit soit toujours aussi passionnée, ils ne sont plus un couple au sens sexuel du terme, et ce depuis longtemps, même si Beauvoir laisse entendre le contraire à ses lecteurs.

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En 1964, elle publie Une mort très douce qui retrace la mort de sa mère. D'après Sartre, c'est son meilleur écrit. Le thème de l'acharnement thérapeutique et de l'euthanasie y sont évoqués dans des lignes poignantes d'émotion. Durant cette période de deuil, elle est soutenue par une jeune fille dont elle a fait la connaissance à la même époque : Sylvie Le Bon, une jeune étudiante en philosophie. La relation qui unit les deux femmes est obscure : relation « mère-fille », « amicale », ou « amoureuse ». Simone de Beauvoir déclare dans Tout compte fait, son quatrième tome autobiographique, que cette relation est semblable à celle qui l'unissait à Zaza cinquante ans plus tôt. Sylvie Le Bon devient sa fille adoptive et héritière de son œuvre littéraire et de l'ensemble de ses biens.

L'influence de Beauvoir, associée à Gisèle Halimi et Élisabeth Badinter, a été décisive pour obtenir la reconnaissance des tortures infligées aux femmes lors de la Guerre d'Algérie et le droit à l'avortement. Elle rédige le Manifeste des 343, publié en avril 1971 par Le Nouvel Observateur. Avec Gisèle Halimi, elle a cofondé le mouvement Choisir, dont le rôle a été déterminant pour la légalisation de l'Interruption volontaire de grossesse. Tout au long de sa vie, elle a étudié le monde dans lequel elle vivait, en visitant usines et institutions, à la rencontre d'ouvrières et de hauts dirigeants politiques.

Après la mort de Sartre en 1980, elle publie La Cérémonie des adieux où elle décrit les dix dernières années de son compagnon avec des détails médicaux et intimes si crus qu'ils choquent bon nombre des disciples du philosophe. Ce texte est suivi des Entretiens avec Jean-Paul Sartre qu'elle enregistra à Rome, en août et septembre 1974, et dans lesquels Sartre revient sur sa vie et précise certains points de son œuvre. Elle veut surtout montrer comment celui-ci a été manipulé par Benny Lévy pour lui faire reconnaître une certaine « inclination religieuse » dans l'existentialisme alors que l'athéisme en était l'un des piliers. Pour Beauvoir, Sartre ne jouissait plus de toutes ses facultés intellectuelles et n'était plus en mesure de lutter philosophiquement. Elle dit également à mi-mot combien l'attitude de la fille adoptive de Sartre, Arlette Elkaïm-Sartre, a été détestable à son égard. 

De 1955 à 1986, elle s'éteint, entourée de sa fille adoptive Sylvie Le Bon de Beauvoir et de Claude Lanzmann. Elle est inhumée au cimetière du Montparnasse aux côtés de Jean-Paul Sartre. Elle est enterrée avec à son doigt l'anneau en argent aux motifs incas offert par son amant Nelson Algren au matin de leur première nuit d'amour.

Théories

Ardente avocate de l’existentialisme, elle soulève des questionnements afin de trouver un sens à la vie dans l’absurdité d’un monde dans lequel nous n’avons pas choisi de naître. Associée à celle de Sartre, son œuvre s’en différencie dans la mesure où elle aborde le caractère concret des problèmes, préférant une réflexion directe et ininterrompue sur le vécu.

Dans Le Deuxième Sexe, elle affirme : « On ne naît pas femme, on le devient » : c'est la construction des individualités qui impose des rôles différents, genrés, aux personnes des deux sexes. Sylvie Chaperon, une spécialiste du féminisme avance qu'au-delà de cette phrase emblématique, Simone de Beauvoir passe en revue une grande variété de domaines au sein desquels se construit la différence sociale entre hommes et femmes, dessinant ainsi des pistes des recherches pour les décennies suivantes, dont certaines, selon elle, restent encore à explorer.

Liste d’œuvres principales (non exhaustive)

Romans

  • 1943 : L'Invitée
  • 1945 : Le Sang des autres
  • 1946 : Tous les hommes sont mortels
  • 1954 : Les Mandarins
  • 1966 : Les Belles Images
  • Recueils de nouvelles
  • 1967 : La Femme rompue
  • 1979 : Quand prime le spirituel

Essais

  • 1944 : Pyrrhus et Cinéas 
  • 1947 : Pour une morale de l'ambiguïté 
  • 1949 : Le Deuxième Sexe 
  • 1955 : Privilèges 
  • 1957 : La Longue Marche 
  • 1970 : La Vieillesse 
  • 1972 : Faut-il brûler Sade ? 

Récits autobiographiques

  • 1958 : Mémoires d'une jeune fille rangée
  • 1960 : La Force de l'âge
  • 1963 : La Force des choses
  • 1964 : Une mort très douce
  • 1972 : Tout compte fait
  • 1981 : La Cérémonie des adieux suivi de Entretiens avec Jean-Paul Sartre

Elle a écrit aussi une pièce de théâtre (Les bouches inutiles), des articles et correspondance. Autres publications

D'après Wikipédia