De 1671 à 1830, l'Algérie est sous la domination de l'Empire ottoman, dont les deys sont les représentants.  

Les puissances occidentales cherchent à se débarrasser de la prédation maritime (piraterie) et de la réduction en esclavage de leurs ressortissants, phénomène nommé Traite des esclaves de Barbarie, toujours d'actualité au début du XIXe siècle. Les expéditions contre Alger se succèdent. Ces opérations ponctuelles ont quelque effet (en particulier l'expédition anglaise permet de délivrer de nombreux esclaves), mais le corso (la piraterie maritime) reprend une fois les Occidentaux repartis. La conquête française de l'Algérie prend la suite de ces expéditions avec, en partie du moins, les mêmes motifs (faire cesser le corso), auxquels s'ajoute une volonté de conquête.

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Bombardement d'Alger par une flotte anglo-hollandaise en 1816

En principe, l'autorité des Ottomans s'étend sur l'ensemble de la régence d'Alger, c'est-à-dire le nord de l'Algérie actuelle. Mais en réalité celle-ci varie selon l'époque et les régions concernées. Ainsi des régions montagneuses comme la Kabylie et ou les Aurès entrent à de nombreuses reprises en révolte contre l'Autorité ottomane. Les Ottomans sont incapables d'étendre leur autorité aux régions sahariennes. Le Sahara est l'axe principal des échanges commerciaux entre l'Afrique noire et le nord.

En 1823, les Beni Abbas de la Basse Kabylie entrent en révolte contre l'autorité de la Régence et coupent les voies de communication entre Alger et Constantine. Ce n'est qu'après plusieurs mois de combats que l'agha Yahia peut négocier la soumission des tribus révoltées.

Le gouvernement français utilise un prétexte (le « coup d'éventail » de 1827) pour entreprendre la conquête d'Alger (1830). Le gouvernement ultra du prince de Polignac, espère renouer avec les conquêtes militaires de Napoléon et consolider l'influence française dans le bassin occidental de la Méditerranée.

Lors de la bataille de Staoueli (19 juin 1830), les troupes françaises prennent l'avantage sur l'armée ottomane.

Le 5 juillet, les Français occupent Alger et, le jour même, le dey Hussein signe l'acte de capitulation. Les caisses de l'État seront pillées. Les janissaires d'Alger sont expulsés pour l'Asie Mineure. La France accapare toutes les terres du Beyliks (propriétés publiques).

Après la prise d’Alger par les Français, l’effondrement du pouvoir ottoman dans le beylik de l'ouest ouvre une période d’anarchie. Les habitants de Tlemcen sollicitent la protection du sultan marocain Abd ar-Rahman, qui envoie son beau-père Moulay Ali ibn Sulayman ainsi qu’Idris al-Jirari, le gouverneur d’Oujda. Cependant, ils n'arrivent pas à unir les deux factions rivales de la ville, l'élite citadine pro-marocaine et les Kouloughlis.

Le 1er décembre 1830, Louis-Philippe nomme le duc de Rovigo chef du haut-commandement en Algérie. Celui-ci réussit à s'emparer de Bône et met en œuvre activement la colonisation. La violence de ses actions choque tant qu'il est rappelé en 1833. Le 15 décembre 1830, un arrêté du général en chef Clauzel prononce la déchéance de Ahmed, bey de Constantine ; celui-ci contrôle néanmoins la majeure partie du beylicat de Constantine jusqu’à la prise de la ville en 1837.

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Alger, XVIIIe

Au retour d'une expédition contre les Smalas, le 4 février 1834, après avoir battu Abd El-Kader, le général Desmichels signe avec ce dernier un traité aux termes duquel la France reconnait l'autorité de l'émir sur l'Oranie, en contrepartie de la reconnaissance de la présence française dans les villes du littoral.

Mostafa ben Smaïl refuse de reconnaître l'autorité d'Abd El-Kader. Ce dernier, avec l'aide de ses alliés français, est victorieux de Mostafa ben Smaïl le 13 juillet 1834. Le 22 juillet, l'ex-Régence d'Alger devient « Possession française d'Afrique du Nord ». La « convention du figuier » est signée, en juin 1835, entre la France et les tribus des Douaïr et des Zmela qui deviennent alors « des sujets français ».

Abd El Kader attaque des tribus alliées de la France et bat le général Trézel dans les marais de la Makta près de son fief de Mascara, dans l'Ouest algérien. Il encercle la ville voisine d'Oran pendant 40 jours. Arrivé en renfort de métropole, le général Bugeaud inflige une défaite à Abd El Kader.

Le 13 janvier 1836, le général Clauzel décide la reprise des hostilités. Il s’empare de Mascara (décembre 1835) puis de Tlemcen où il installe une garnison. Puis il soumet les tribus du Cheliff en mars 1836 et chasse le représentant de l’émir à Médéa, déserté par sa population le 4 avril 1836. Considérant que la menace est conjurée à l’ouest, il destitue le bey de Constantine et nomme à sa place le chef d’escadron Youssouf, qui s’établit provisoirement à Bône.

En 1836, différents combats ont lieu entre Abd el-Kader et les troupes françaises.

Le traité de Tafna est signé, le 30 mai 1837, entre le général Bugeaud et l'émir Abd el-Kader. L'émir obtient les deux tiers du territoire de l'ex-régence (province de Titteri et province d’Oran, à l’exception des villes d'Oran, d'Arzew et de Mostaganem). Il établit sa capitale à Mascara. Les Français se chargent d'exiler ses propres opposants. Damrémont entre en contact avec le bey de Constantine pour obtenir une Convention du même type, mais Ahmed rejette son ultimatum le 19 août.

Abd el-Kader entreprend la réorganisation administrative de son territoire, qui est divisé en trois califats, en respectant l’organisation politique tribale. Il ne partage son pouvoir de décision avec l'assemblée tribale qu’en ce qui concerne la conduite de la guerre sainte.

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Abd el Kader

Le 13 octobre 1837, le Gouverneur général reçoit l’ordre de marcher sur Constantine avec 10 000 hommes. La ville est prise après sept jours de siège. Damrémont a été tué la veille d’un coup de canon. Son successeur le général Valée s’attache à organiser la province de Constantine, puis doit affronter Abd el-Kader.

L'armée française passe, en septembre 1839, les « Portes de fer » dans la chaîne des Bibans, territoire que l'émir comptait annexer. Abd El-Kader, considérant qu'il s'agit d'une rupture du traité de Tafna, reprend, le 15 octobre 1839, la guerre contre la France. Ses partisans pénètrent dans la Mitidja, massacrent des colons européens et détruisent la plupart des fermes. Valée reçoit des renforts et se trouve à la tête d’une armée de 60 000 hommes, mais ses succès restent limités en raison de la politique d'occupation restreinte, qualifiée de chimère par Bugeaud à la Chambre des députés en janvier 1840. Abd el-Kader a constitué une armée régulière de 10 000 hommes instruits par les Turcs et des déserteurs européens. L'émir dispose d’une fabrique d’arme à Miliana, d'une fonderie de canon à Tlemcen, et reçoit des armes européennes par le Maroc.

Le 22 février 1841, Bugeaud, nommé gouverneur général de l’Algérie française, arrive à Alger (fin en 1847). Il décide la reprise des hostilités en vue d’une conquête totale de l'Algérie. L’effectif des troupes passe de 63 000 (1840) à près de 110 000 hommes. Par l’intermédiaire du « bureau arabe », Bugeaud recrute des autochtones et pose les premières bases de l’armée d'Afrique. Il encourage l’établissement de colonies. Abd el-Kader de son côté dispose de 8 000 fantassins, 2 000 cavaliers, 240 artilleurs, auxquels il faut ajouter les irréguliers (environ 50 000 cavaliers et goumiers).

Le 25 mai 1841, l’armée française occupe Tagdempt, puis Mascara le 30 mai (la nouvelle et l’ancienne capitale de l’émir), razziant les tribus favorables à l’émir et détruisant les récoltes et les silos à grains. Abd el-Kader fait en vain appel au sultan ottoman.

Le 23 août 1841, le Cheik el Kadiri, lors d'une réunion au Caire, publie une fatwa qui précise que les tribus sont autorisées à ne pas obéir à Abd El-Kader et qu'il est insensé de faire la guerre aux chrétiens, tant que ceux-ci laissent les musulmans exercer librement leur culte.

Le 16 mai 1843, Le duc d’Aumale attaque par surprise avec 600 cavaliers la smala d'Abd el-Kader à la source de Taguin et fait 3 000 prisonniers.

Le 1er février 1844, la France crée une direction des Affaires arabes supervisant les bureaux arabes locaux dans les provinces d’Alger, Oran et Constantine pour d'établir un contact avec la population indigène.

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Cavalier rouge d'Abd el Kader

Le 30 mai 1844, des troupes marocaines attaquent les troupes françaises basées dans l’Oranais et sont repoussées par le général Lamoricière. Abd el-Kader, réfugié au Maroc devant l’avance des troupes françaises, convainc le sultan Mulay Abd ar-Rahman, d’envoyer une armée à la frontière algéro-marocaine. Les incidents de frontières qui se multiplient entre le Maroc et l’Algérie obligent les militaires français à construire un fort à Lalla-Marnia au début de l’année. Le sultan du Maroc proteste contre ce qu’il considère comme une violation de territoire et appelle à la guerre sainte les tribus marocaines. Bugeaud, pour ne pas mécontenter la Grande-Bretagne, entre en pourparlers avec le caïd d’Oujda mais les négociations sont interrompues par une attaque de la cavalerie marocaine le 15 juin. Le 14 août 1844, le général Bugeaud écrase l'armée du sultan marocain à la bataille d'Isly. L'armée marocaine se replie en direction de Taza. Le sultan s'engage alors à interdire son territoire à Abd el-Kader en traitant avec la France.

Si les troupes d'Abd El Kader sont victorieuses lors de la bataille de Sidi-Brahim (23 au 26 septembre 1845) engagée par le colonel Montagnac, celui-ci doit se rendre aux spahis (nomades des régions steppiques de l'Algérie) du colonel Yusuf en décembre 1847. Placé en résidence surveillée pendant quatre ans en France, l'émir est libéré par Napoléon III, puis réside le restant de sa vie en Syrie.

Le 12 décembre 1848, la nouvelle Constitution française déclare l’Algérie partie intégrante du territoire français. Bône, Oran et d'Alger deviennent les préfectures de trois départements français (Alger, Oran et Constantine). Les musulmans et juifs d'Algérie deviennent « sujets français » sous le régime de l'indigénat.

Le territoire de l'ex-Régence d'Alger est donc officiellement annexé par la France, mais la région de la Kabylie qui ne reconnaît pas l'autorité de l'émir Abd el-Kader, et donc sa soumission à la France en 1847, résiste encore. L'armée française d'Afrique contrôle alors tout le nord-ouest de l'Algérie. Les succès remportés par l'armée française sur la résistance d'Abd el-Kader, renforcent la confiance française, et permettent de décréter, après débats, la conquête de la Kabylie qui doit intervenir à l'issue de la guerre de Crimée (1853-1856) qui mobilise une partie des troupes françaises. Napoléon III souhaite disposer d'une force suffisante pour permettre une conquête durable de la Kabylie.

Le 26 novembre 1849, l’oasis de Zaatcha, dans le Sud algérien entre Biskra et Ouargla, dernier îlot de résistance d'insurgés conduits par Bou Zian, ancien compagnon d’arme d’Abd el-Kader, tombe aux mains des troupes françaises au bout de 53 jours de siège. Sur 7 000 soldats français engagés, 1 500, dont 30 officiers, sont tués ou blessés, et 600 meurent du choléra.

Entre 1849 et 1852, la domination française s'étend à la Petite Kabylie. Le 11 juillet 1857, le dernier réduit de la résistance kabyle en Djurdjura est pris d’assaut par les troupes françaises. La maraboute Lalla Fatma N'Soumer est capturée. Avec la soumission de la Grande Kabylie, la France met fin à la résistance algérienne.

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Napoléon III rend la liberté à l'émir Abd el-Kader, tableau par Ange Tissier (1861)

La guerre, presque ininterrompue entre 1830 et 1872 a été extrêmement violente. Elle explique, pour partie, le déclin démographique d'environ 875 000 personnes. Selon les travaux d'Olivier Le Cour Grandmaison, cette diminution de l'« élément arabe » est considérée comme bénéfique sur le plan social et politique, car il réduiit avantageusement le déséquilibre numérique entre les « indigènes » et les colons. La conquête entraîne la destruction d'un nombre important de bâtiments dont l'objectif aurait eu pour but d'effacer l'identité culturelle et religieuse. Dans un rapport adressé à Napoléon III, un des généraux français résume la détermination de l'administration française à combattre les institutions culturelles algériennes en disant : « Nous sommes tenus de créer des entraves aux écoles musulmanes… chaque fois que nous le pouvons… En d'autres termes, notre objectif doit être de détruire le peuple algérien matériellement et moralement ».

Selon Daniel Lefeuvre, ce déclin de population est également dû aux crises sanitaires (invasions de sauterelles en 1866 et 1868, hiver très rigoureux en 1867-1868), occasionnant une grave famine suivie d'épidémies (de choléra qui ont eu lieu entre 1861 et 1872.

La population algérienne connaît ensuite une rapide augmentation grâce à la médecine occidentale amenée par les Français.

Napoléon III essaye de transformer la conquête en un « royaume arabe » associé à la France et dont il serait lui-même le souverain. En 1865, 225 000 colons, français ou européens possèdent environ 700 000 hectares.

Le 14 juillet 1865, un sénatus-consulte laissant « le libre choix de la citoyenneté française aux Algériens tout en leur assurant sans condition les droits civils des Français ». Ce texte est considéré comme le plus libéral de la législation coloniale française. Les Juifs d’Algérie peuvent obtenir leur naturalisation française s'ils la demandent.

Le 27 décembre 1866, un décret crée des conseils municipaux élus par quatre collèges séparés français, musulman, juif et étrangers européens ; les Français disposent des deux tiers des sièges ; dans les « communes de plein exercice », les maires ont des adjoints indigènes.

À la fin du Second Empire, la population algérienne est confrontée à partir de 1866-1868 à des difficultés agricoles considérables qui génèrent la Famine algérienne de 1866-1868.

Les premiers colons sont les militaires français débarqués en 1830 et leurs familles. L'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne après la guerre de 1870 entraîne un exode de population qui viendra s'établir en Algérie : plus de 500 000 hectares sont confisqués après la révolte de 1871 et attribués aux réfugiés. Le nombre des colons passe de 245 000 en 1872 à plus de 750 000 en 1914. De leur côté les indigènes voient leur nombre passer de 2 000 000 à 5 000 000 grâce, en partie, à l'action sanitaire de la colonisation.

L'avènement de la Troisième République provoque de grands troubles en Algérie, notamment entre civils et militaires. La Troisième République mène une politique d'assimilation : francisation des noms, suppression des coutumes musulmanes.

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Le 24 octobre 1870, les décrets du Gouvernement provisoire mettent notamment fin au gouvernement militaire en Algérie, pour le remplacer par une administration civile, et accordent la nationalité française aux Juifs d'Algérie par le décret Crémieux. La très ancienne communauté juive d’Algérie se trouve séparée des musulmans et bientôt exposée à l’antisémitisme qui gagne les colons. Le décret Crémieux permet la promotion d’une communauté en majorité pauvre et augmente la population française d’Algérie de 37 000 nouveaux citoyens. Le décret Crémieux (1870) en accordant aux juifs algériens le même statut que les Français d'Algérie divise les autochtones car les musulmans ne tiennent pas, dans un premier temps, à ce statut de citoyen français, surtout en raison de leur culture et religion. Plus tard, on accordera la citoyenneté française aux musulmans qui le demanderont expressément. Globalement, la communauté européenne et la communauté musulmane vivent ensemble mais sans se mélanger

À la suite des décrets, de la défaite de la France en Europe dans la guerre franco-prussienne, de la lutte que se livrent colons et militaires pour le pouvoir et à cause de la condition misérable des indigènes favorisée par plusieurs années de sécheresse et de fléaux, la dernière grande révolte d'Algérie a lieu en 1871. Elle débute au mois de janvier avec l'affaire des Spahis, s'aggrave en mars avec l'entrée en dissidence de Mohamed El Mokrani, qui fait ensuite appel au Cheikh El Haddad, le maître de la confrérie des Rahmaniya. Plus de 150 000 Kabyles se soulèvent et le mouvement touche une grande partie de l'Algérie. La révolte est cependant rapidement et sévèrement réprimée.

Les biens des insurgés ayant échappé à la destruction sont confisqués selon les mesures préconisées par le général de Lacroix en décembre 1871. La loi du 21 juin 1871 attribue 100 000 hectares de terres en Algérie aux immigrants d'Alsace-Lorraine. Le 26 juillet 1873, est promulguée la loi Warnier visant à franciser les terres algériennes et à délivrer aux indigènes des titres de propriété. Cette loi donne lieu à divers abus et une nouvelle loi la complétera en 1887. Son application sera suspendue en 1890.

Le Code de l'indigénat est adopté le 28 juin 1881 ; ce code distingue deux catégories de citoyens : les citoyens français et les sujets français. Les sujets français soumis au Code de l'indigénat sont privés de la majeure partie de leurs libertés et de leurs droits politiques ; ils ne conservent au plan civil que leur statut personnel, d'origine religieuse ou coutumière.

Dans le sud, la prise de Laghouat et de Touggourt, la soumission des Beni-M'zab du Mzab (1852) et celle du Souf, reculent les limites de l'Algérie jusqu'au grand désert, territoire autonome, non soumis aux Ottomans, et jusque-là contrôlé par une confédération de tribus nomades touarègues, les Kel Ahaggar. À la suite de la bataille de Tit, le lieutenant Guillo Lohan reçoit la soumission à la France des Kel Ahaggar en novembre 1902, dans le Hoggar.

Pour faire face aux pertes humaines de la Grande Guerre, la France mobilise les habitants des départements français d'Algérie : Musulmans, Juifs et Européens. Selon Gilbert Meynier, ce recrutement est relativement facile grâce au paternalisme des officiers et dans une indifférence générale malgré quelques révoltes en 1914 et 1917.

Les Algériens ont été de toutes les grandes batailles de l'armée française de la Première Guerre mondiale. Ils se sont distingués notamment à la Bataille de Verdun, sur la Somme en 1916, ou encore au chemin de Dames en 1917.

D'après Wikipédia