Je l'ai lu un nombre incalculable de fois, je l'adore...

INCIPIT

Toutes les familles heureuses se ressemblent. Chaque famille malheureuse, au contraire, l'est à sa façon.

09

LE DEBUT

Moscou. Dolly Oblonsky vient de découvrir que son mari Stepan la trompe et le couple est en pleine crise. Stepan demande à sa soeur Anna, qui vit à Saint-Pétersbourg avec son mari et son fils, de venir l'aider à obtenir le pardon de sa femme. Pendant son temps, Constantin Levine, un ami de Stepan, propriétaire terrien et exploitant agricole, vient à Moscou pour demander la main de Kitty, la soeur cadette de Dolly, qu'il connaît depuis l'enfance. Il est éconduit et comprend vite pourquoi : la jeune fille est amoureuse d'Alexis Vronsky, un bel officier qui la courtise... mais sans aucune intention de l'épouser. Alors que ce dernier se trouve à la gare pour y accueillir sa mère, qui vient faire un séjour à Moscou, il rencontre Stepan qui lui vient chercher sa soeur. Entre Alexis et Anna, l'attirance est immédiate...

MON AVIS

1000 pages ! Qui se dévorent. Et qu'on peut lire et relire, car le roman est tellement tellement riche !

On retient généralement l'histoire d'amour adultère d'Anna et d'un officier, qui se terminera tragiquement : Anna se jette sous un train, et ce n'est pas spoiler que de l'évoquer ici ! Qui ne connaît la fin d'Anna Karénine ?

Mais au-delà du romanesque et de la tragédie, il existe une foule d'autres personnages et le roman présente toutes les couches de la société russe, dans une langue riche, une psychologie sans faille des principaux protagonistes et des analyses passionnantes qui laissent à réfléchir. 

Celles-ci sont principalement "l'oeuvre" de Lévine, le "gentleman farmer" si je puis me permettre cette expression pour un roman russe, qui pendant ces 1000 pages, cherchent le sens de la vie, constamment dans le doute, le découragement, l'abattement, malgré son amour pour Kitty, et pour sa terre. Il mûrit au fil des pages, il atteindra la sagesse à la fin. Tandis qu'Anna...

Anna et Vronsky sont des gens de la ville, des gens de la haute société, totalement à l'opposé de ce que vivent Lévine et Kitty. Ils sont superficiels, subissent leurs émotions, tourbillonnent de réceptions en récpetions, se perdent dans le paraître, dans le qu'en-dira-t-on, qui malgré leur passion, finira par avoir raison de leur amour. Anna est une héroïne magnifique, passionnée, mélancolique, c'est l'âme russe à elle toute seule ! Elle est inoubliable. Mais il ne faut jamais oublier, en parallèle, Lévine et Kitty, leur amour paisible, tranquille, leur recherche permanente de faire ce qui est juste, ce qui est bien, leur amour de la simplicité, de la vie à la campagne. Et autour de ces deux couples, gravitent tous ces autres prsonnages qui constituent la société russe du temps : mondains, aristocrates, fonctionnaires, paysans, ouvriers, avec la fracture qui peu à peu se devine entre ces deux mondes : les idées socialistes font leur chemin et Lévine, encore lui, est juste à ce carrefour et s'interroge.

Un roman fabuleux. S'il ne fallait en lire qu'un, parmi la littérature russe, pour moi ce serait celui-là. D'ailleurs je l'ai lu un nombre incalculable de fois, et cette lecture récente ne sera pas la dernière.

01

Film de 2012

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Anna Karénine est paru en 1877 en feuilleton dans Le Messager russe. Il est considéré comme un chef-d'œuvre de la littérature. L'auteur y oppose le calme bonheur d'un ménage honnête formé par Lévine et Kitty Stcherbatskï et la passion coupable d'Alexis Vronski et d'Anna Karénine ; les premiers brouillons étaient d'ailleurs intitulés Deux mariages, deux couples.

Paru en France pour la première fois en 1885, Anna Karénine marque l'entrée triomphale de la littérature russe dans la culture européenne.

Tolstoï entre en conflit avec le rédacteur en chef à propos du contenu du dernier épisode. Le roman ne paraît donc dans son intégralité qu'à sa publication sous forme de livre. Le feuilleton connaît néanmoins un grand succès, certaines femmes du monde allant jusqu'à envoyer leurs domestiques à l'imprimerie afin de connaître la teneur des prochains épisodes.

Anna Karénine met en scène la noblesse russe, sur laquelle Tolstoï porte un regard critique. Le personnage d'Anna Karénine aurait été en partie inspiré de Maria Hartung (1832–1919), la fille aînée du poète Alexandre Pouchkine. Pour la fin tragique du roman, l’auteur s'est inspiré d’un fait divers : la maîtresse de son voisin Bibikov s’est jetée sous un train en janvier 1872 ; il est allé voir le corps de la malheureuse.

En mars 1873, Tolstoï commence l'écriture d'Anna Karénine. La rédaction en est achevée en février 1874 ; cependant, Tolstoï écrit l'épilogue en avril 1877 seulement. 

Guerres de Serbie

La Serbie est sous occupation ottomane. Une première révolte des Serbes a lieu entre 1804 et 1813. Elle est dirigée par Georges Petrović, surnommé Karageorges (« Georges le Noir »). Une seconde révolte a lieu en 1815, sous la conduite de Miloš Obrenović, qui aboutit à l’autonomie de la Principauté de Serbie, officiellement reconnue par la Sublime Porte le 12 décembre 1830. Mais les Turcs continuent cependant de persécuter les Serbes dans les territoires qu’ils gardent sous leur contrôle. Les massacres des Ottomans sur les Serbes ont inspiré à Victor Hugo, grand défenseur du peuple serbe, un célèbre discours, Pour la Serbie, écrit en 1876. Ce discours est aujourd’hui considéré comme l’un des actes fondateurs de l’idée européenne. L'année 1876 voit aussi, dès janvier, l'identité des Serbes, alliés des Russes (les frères slaves), se cristalliser lors d'une insurrection bosniaque, qui débouche un conflit militaire entre la Russie et l'Empire ottoman, remporté par la première. En 1878, le Congrès de Berlin accorde son indépendance à la Serbie et, en 1882, le prince Milan IV Obrenović devient roi de Serbie sous le nom de Milan Ier.

02

MES EXTRAITS FAVORIS

Campagne

...je trouve bizarre qu'alors que les habitants de la campagne s'efforcent de manger le plus vite possible, afin de se remettre à leur besogne, toi et moi nous tâchions de rester à table le plus longtemps possible sans nous rassasier. N'est-ce pas pour cela que nous mangeons des huîtres ?

- Certes. Mais tel est justement le but de la civilisation : transformer tout en plaisir.

- Et bien, si c'est là le but de la civilisation, je préfère être un sauvage.

***

Lévine, déjà gai dans la cour du bétail, se sentit encore plus gai dans les champs. Balancé régulièrement sur son bon cheval, respirant l'odeur chaude et fraîche de l'air et de la neige, il traversa ensuite la forêt, sur la neige qui restait encore en certaines places ; et il se réjouissait devant chaque arbre couvert de mousse et de bourgeons. Au sortir de la forêt, s'étendait un vaste espace, un tapis de verdure uni et velouté, sans une tache, sauf celles que, par-ci, par-là, dans les creux, faisaient des restes de neige fondue. [...] Plus le cavalier avançait, plus il devenait gai ; et des projets d'exploitation, tous meilleurs les uns que les autres, se présentaient à lui. Il faudrait planter une haie tout autour du champ, afin que la neige n'y puisse rester longtemps ; diviser les terres labourables en neuf parties, dont six seraient fumées et trois concentrées à la culture fourragère ; construire une cour pour le bétail à l'extrémité du champ ; creuser un étang ; avoir des clôtures portatives pour le bétail afin d'utiliser l'engrais dans les prairies. Et alors il y aurait trois déciatines de blé, cent de pommes de terre, cent cinquante de trèfle, et pas une seule diécatine ne serait épuisée.

***

Le soleil était déjà levé, bien qu'on ne le vît pas à cause des nuages. La lune avait perdu toute sa clarté, ce n'était plus qu'un petit nuage blanc dans le ciel ; et toutes les étoiles avaient disparu. Les flaques d'eau, argentées auparavant par la rosée, portaient maintenant des reflets d'or ; la rouille, des teintes d'ambre. Le bleu des herbes se transformait en un vert jaunâtre ; les oiseaux des marais s'agitaient dans les buissons, brillants de rosée, qui projetaient leur ombre près de l'étang. Un épervier était perché sur une meule, regardant les marais de côté et d'autre ; les choucas voletaient dans les champs ; des gamins pieds nus amenaient les chevaux près d'un vieillard qui venait de se soulever de dessus son caftan et se grattait. 

Mariage

Mais comment se mariait-on maintenant ? La princesse ne pouvait l'apprendre de personne. La coutume française - qui veut que les parents décident du sort de leurs enfants - n'était plus admise, on la condamnait formellement. La coutume anglaise, qui laisse aux jeunes filles une entière liberté de choix, était réprouvée, comme impossible dans la société russe. L'usage russe de faire intervenir des intermédiaires était considérée comme quelque chose de monstrueux ; tout le monde s'en moquait, et la princesse la première. Alors comment faire pour se marier ? Nul ne le savait. Tous ceux à qui en parlait la princesse lui répondaient la même chose : "De nos jours, il est temps d'abandonner la vieille coutume. En somme, ce sont les jeunes gens qui se marient, non les parents ; dès lors, il vaut mieux laisser ces enfants s'arranger comme ils l'entendent." Parler ainsi était commode, pour ceux qui n'avaient pas de filles ; mais la princesse se disait que de cette manière sa fille pouvait devenir amoureuse d'un homme qui ne voudrait pas d'elle, ou qui serait indigne d'être son mari. On avait beau répéter devant elle que "de notre temps les jeunes gens doivent arranger eux-mêmes leur vie", il lui semblait qu'il fallait être aussi insensé pour émettre une opinion semblable que pour prétendre que des pistolets chargés sont les meilleurs jouets pour un enfant de cinq ans.

Les idées socialistes progressent

Chez nous, les ouvriers, les paysans portent tout le fardeau du travail et sont placés dans une situation telle que, malgré tous leurs efforts, ils ne peuvent s'élever au-dessus de l'état animal. Tous les gains avec lesquels ils pourraient améliorer leur situation, se donner des loisirs et s'instruire, toute la plus-value du salaire, leur est enlevée par les capitalistes. Et la société est ainsi formée que plus les gens du peuple travaillent, plus leur patron s'enrichit, tandis qu'eux restent pour toujours des bêtes de somme. Il faut changer cet état de choses !

***

...si le communisme est prématuré, il a du moins le mérite d'être logique. Quand à moi, je crois en son avenir. C'est comme le christianisme des premiers siècles.

03

La maladie, la mort

Tous savaient la fin inévitable, voyaient le malade mort à moitié ; et tous en étaient arrivés à souhaiter la fin aussi prompte que possible ; mais en dépit de ce sentiment, on continuait à lui donner des potions, des remèdes, à faire chercher le médecin, à se tromper et à le tromper lui-même. Ils vivaient dans une atmosphère de dissimulation, au sein d'un mensonge pénible, vilain, sacrilège ; et Lévine, en raison de sa nature et de l'affection qui le liait au mourant, sentait cela plus vivement que les autres.

Les pensées de Lévine

Autrefois (cela avait commencé presque dans l'enfance et avait augmenté sans cesse jusqu'à l'âge mûr), quand il avait essayé de faire quelque chose qui fût un bien pour tous, pour l'humanité, pour la Russie, pour tout un village, il avait remarqué que la pensée lui en était agréable, mais que l'acte même lui laissait une incertitude. Il n'était jamais sûr que l'acte fût vraiment nécessaire, et l'utilité de cet acte, qui lui paraissait d'abord très grande, diminuait peu à peu et se réduisait à zéro. Depuis son mariage, il vivait d'une façon beaucoup plus égoïste ; s'il n'éprouvait aucune joie à la pensée de l'activité qu'il menait, en revanche, il la sentait nécessaire, il constatait que tout allait mieux et devenait de plus en plus parfait. [...] Pour sa famille, il lui était nécessaire de vivre comme avaient vécu son père et son grand-père ; les enfants devaient bénéficier des mêmes conditions d'instruction et d'éducation. C'était aussi nécessaire que de dîner quand on a faim ; pour cela, il fallait que le dîner fût préparé ; il fallait donc faire valoir Prokrovskoié de façon à en tirer un revenu. De même qu'il était indiscutable qu'il fallait payer ses dettes, il fallait conserver son patrimoine dans le même état pour que le fils de Lévine, le recevant en héritage, pût dire merci à son père, comme Lévine l'avait dit à son grand-père pour tout ce que celui-ci avait planté et bâti. Pour obtenir ce résultat, il ne fallait pas louer la terre, mais la faire valoir soi-même, s'occuper du bétail, fumer les champs, planter les forêts.

***

Agissait-il bien ou mal, il l'ignorait ; et non seulement il n'essayait pas de se le prouver mais évitait toute conversation ou discussion sur ce point. Les raisonnements l'induisaient à douter de tout, et l'empêchaient de voir ce qu'il fallait faire ou non. Au contraire, quand il ne pensait pas, mais vivait, il sentait son âme en présence d'un juge infaillible qui décidait lequel de deux actes, était possible ou souhaitable ; et aussitôt qu'il agissait comme il fallait, il en était intimement averti.

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Si le bien a une raison, il cesse d'être le bien. S'il a pour conséquence la récompennse, ce n'est pas non plus le bien. Le bien n'existe qu'en dehors de la chaîne des causes et des conséquences.

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La soumission du peuple, un mal nécessaire, voire "confortable" ? Le droit à la décision, un cadeau empoisonné ? : Possédez et gouvernez-nous ; avec joie nous vous promettons soumission entière. Tout le travail, toutes les humiliations, tous les sacrifices, nous incomberont. Mais nous n'aurons pas à juger ni à décider.

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La seule manifestation évidemment indiscutable de la divinité réside dans les lois du bien, données au monde par la révélation, et que je sens en moi, que je reconnais, m'unissant ainsi, bon gré mal gré, aux autres hommes, dans cette société de croyants qu'on appelle l'Eglise. Et bien, et les juifs ? Les mahométans, les confucianistes, les bouddhistes ? [...] A la question des autres croyances et de leur rapport envers la divité, je n'ai le droit ni de la poser, ni de la résoudre.