Voici le tome 4 de la saga. Mon intérêt "romanesque" pour les trois premiers n'a pas été vraiment éveillé, mais rien que pour l'histoire des derniers Capétiens, ça vaut quand même le coup de continuer. Je les lis plus comme des biographies que comme des romans historiques. Mais ce tome-là n'est pas si mal.

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LE DEBUT

À Lyon, Philippe de Poitiers se proclame régent de France dès que la nouvelle de la mort de son frère Louis X lui parvient. Pour hâter l’élection d'un pape, qui traîne toujours, il organise une messe et invite tous les cardinaux et leur suite dans l’église des Jacobins puis fait murer l’édifice : les hauts ecclésiastiques n’en sortiront que lorsqu’ils auront enfin élu un pape.  

Malgré le fait qu'il ait été le premier à s'être déclaré régent, Philippe de Poitiers doit faire face à deux autres candidats: son oncle Charles de Valois, qui s'est installé au Palais de la Cité ainsi que la reine Clémence de Hongrie, enceinte du futur roi de France (si c'est un garçon) ; et Eudes IV, le duc de Bourgogne, qui soutient le droit de sa nièce Jeanne de Navarre, au trône. Philippe regagne Paris et réussit à s'emparer du Palais de la Cité. Il convoque les Pairs de France pour se faire reconnaître régent.  

L'AUTEUR

Maurice Druon, né le 23 avril 1918 à Paris et mort le 14 avril 2009, est un écrivain et homme politique français.

Pendant la Seconde guerre mondiale, il s'engage dans la Résistance et rejoint Londres en janvier 1943. Attaché au programme « Honneur et Patrie » de la BBC, il écrit alors avec son oncle Joseph Kessel les paroles du Chant des Partisans, que met en musique Anna Marly.

Après la guerre, il devient un homme de lettres à succès avec Les Grandes Familles (Prix Goncourt 1948) et surtout la saga des Rois maudits, roman historique en sept tomes publiés entre 1955 et 1977 et que l'adaptation télévisée fera connaître à un très large public. Il est élu à l'Académie française en 1966 à quarante-huit ans, et en devient le secrétaire perpétuel de 1985 à 1999. Il a écrit d'autres œuvres — comme Tistou les pouces verts, en 1957, un conte pour la jeunesse —, mais aussi des pièces de théâtre et des essais.

Gaulliste et engagé dans l'action politique, Maurice Druon a été ministre des Affaires culturelles en 1973-1974.

MON AVIS

C'est toujours très factuel ; les nombreux événements s'enchaînent sans fioriture ni temps mort, comme un livre d'histoire. Cependant, la petite historiette des personnages fictifs Guccio et de Marie, jusque là vraiment pas passionnante, voire inutile, prend ici enfin une belle tournure romanesque : l'échange des bébés et la survie incognito de Jean Ier ! 

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Gisant du petit roi Jean à Saint-Denis

Intéressante aussi, et véridique, l'irruption de cette fameuse "loi salique", empruntée aux Francs Saliens, pour permettre à Philippe de Poitiers de prendre le trône de son frère, en écartant la fille de celui-ci. Elle justifiera désormais l'ordre de succession de toute la monarchie française.

Le style est plus travaillé, "à l'ancienne", pour restituer l'atmosphère médiévale. D'ailleurs j'ai dû relevé pas mal de vocabulaire inconnu.

A noter que l'on parle toujours de l'empoisonnement de Louis X et de Jean Ier par Mahaut d'Artois ce qui n'est pas a priori validé par les historiens à ce jour.

FAITS HISTORIQUES REELS (merci Wiki)

Pour ces personnages : Robert d'Artois, Mahaut d'Artois, Charles de Valois, Jeanne de Bourgogne, Clémence de Hongrie... voir les billets précédents.

Philippe V le Long

Philippe V, dit « le Long » en raison de sa grande taille, né en 1293, mort le 3 janvier 1322 à Longchamp (Paris), est régent de France (juin-décembre 1316) puis roi de France de 1316 à 1322, quatorzième de la dynastie dite des Capétiens directs. Il est aussi roi de Navarre sous le nom de Philippe II.

Il est le second fils du roi Philippe IV le Bel et de la reine Jeanne Ire de Navarre. Son père lui donne en apanage le comté de Poitiers et le marie à Jeanne de Bourgogne, héritière du comté de Bourgogne. Cette union peut l'amener à briguer la dignité impériale (Saint Empire romain germanique).

Prince rusé, Philippe va mettre toute son énergie à assurer l'avenir de sa descendance. 

À la mort de son frère aîné, en juin 1316, Philippe est déclaré régent du royaume en attendant la naissance de l'enfant que porte la veuve du roi, Clémence de Hongrie. Celle-ci met au monde un fils, mais ce fils posthume de Louis X meurt cinq jours après sa naissance.

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Sacre de Philippe V

Réussissant à faire interpréter en sa faveur la coutume qui sera formalisée plus tard sous le nom de loi salique, l'assemblée affirme et approuve son avènement en dépit de l'opposition, notamment, de la duchesse Agnès de Bourgogne qui protège les droits de sa petite-fille Jeanne, fille de Louis X et de sa première épouse Marguerite de Bourgogne. Philippe est sacré et couronné roi en janvier 1317. 

Le prince Philippe sait qu'il va devoir combattre les grands féodaux, dont son oncle Charles de Valois. Il apaise Eudes IV de Bourgogne, qui soutient aussi les droits de sa nièce, la petite Jeanne, en lui promettant la main de sa fille aînée et en mettant dans le panier de la fiancée l'héritage des comtés de Bourgogne et d'Artois.

Il renouvelle l'alliance avec l'Écosse en 1318.

Bon stratège, le roi Philippe V arrive à vaincre les oppositions grâce à son esprit de décision, ce qui lui permet de résoudre les problèmes flamands par la diplomatie (paix du 2 juin 1320).

En politique intérieure, il confirme les chartes provinciales et centralise les différentes institutions pour les rendre plus efficaces. Il impose l'utilisation d'une monnaie unique sur le territoire malgré l'opposition des seigneurs du Midi. Il tente de normaliser les poids et mesures. En 1320, il réunit la ville de Tournai à la couronne.

Il organise le Trésor. En promulguant l'ordonnance de Vivier-en-Brie en janvier 1320, il crée la Chambre des comptes qui deviendra la Cour des comptes. Les deux administrations royales sont placées sous le ministère d'Henri de Sully pendant toute la durée de son règne. 

Par son ordonnance du 6 juillet 1317, il confirme l'ordonnance de 1289 du roi Philippe IV visant à règlementer la pêche fluviale en réaction aux abus des pêcheurs qui entraînent le dépeuplement des rivières. Il réprime les révoltes des pastoureaux. Il ordonne une répression sans précédent contre les lépreux accusés, à l'instar des Juifs, d'empoisonner les puits.

Atteint de dysenterie et de fièvre quarte à partir d'août 1321, il est soigné à l'aide de bois et d'un clou de la vraie croix, ainsi que d'un bras de saint Simon. Il meurt à l'abbaye de Longchamp, près de Paris, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1322, après cinq mois de souffrance. Sans descendant mâle survivant, c'est son frère cadet, Charles IV, qui lui succède, inaugurant la dynastie des Valois.

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Jeanne de Bourgogne

En 1307, il épouse Jeanne (v. 1291-1330), fille aînée d'Othon IV, comte palatin de Bourgogne et de Mahaut, comtesse d'Artois. De cette union sont issus cinq enfants.

La loi salique

L'expression loi salique désigne deux réalités distinctes.

Dans le haut Moyen Âge, il s'agit d'un code de loi élaboré, selon les historiens, entre le début du IVe et le VIe siècle pour le peuple des Francs dits « saliens », dont Clovis fut l'un des premiers rois. Ce code, rédigé en latin, et comportant de forts emprunts au droit romain, portait surtout sur le droit pénal et les compositions pécuniaires car l'objectif était de mettre fin à la faide (vengeance privée) en imposant le versement d'une somme d'argent et établissait entre autres les règles à suivre en matière d'héritage à l'intérieur de ce peuple.

Plusieurs siècles après Clovis, dans le courant du XIVe siècle, un article de ce code salique est exhumé, isolé de son contexte, employé par les juristes de la dynastie royale des Capétiens pour justifier l'interdiction faite aux femmes de succéder au trône de France. À la fin de l'époque médiévale et à l'époque moderne, l'expression loi salique désigne donc les règles de succession au trône de France, visant à éliminer les femmes de la succession au trône, y compris les filles du souverain décédé. Ces règles ont été imitées dans d'autres monarchies européennes.

Jean Ier dit le Posthume

Il est le fils posthume de Louis X le Hutin et de Clémence de Hongrie. Né le 15 novembre 1316, il n'a vécu que quatre jours. Il est enterré dans la basilique Saint-Denis. Le comte de Poitiers, alors régent, fut proclamé roi de France sous le nom de Philippe V.

Quand Louis X le Hutin, son père, meurt sans fils pour lui succéder, c'est la première fois depuis Hugues Capet que la succession de père en fils des rois de France est interrompue. On décide alors d'attendre que la reine Clémence, qui est enceinte, mette son enfant au monde. Le frère du roi, Philippe, est chargé de la régence du royaume. La naissance d'un enfant mâle est donc très attendue pour donner à la France son roi.

Le problème de succession demeure quand le nourrisson, proclamé roi de France sous le nom de Jean Ier, meurt cinq jours après sa naissance. Cette mort prématurée amène le premier problème de succession de la dynastie capétienne. Son oncle Philippe, après l'avoir fait reconnaître roi au cours de la cérémonie d'enterrement à Saint-Denis, monta sur le trône, aux dépens de sa nièce de cinq ans Jeanne, fille de Louis le Hutin et de Marguerite de Bourgogne.

Diverses légendes circulent sur cet enfant royal. Tout d'abord, la rumeur veut que son oncle Philippe V ou la belle-mère de ce dernier Mahaut d'Artois, l'ait fait tuer, en l'étouffant ou en lui piquant la tête avec une épingle. D'autres allégations attribuaient d'ailleurs déjà à un empoisonnement la mort du roi Louis X.

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Médaille du XVIIe

Une imposture survenue quelques dizaines d'années plus tard affirme que le petit roi Jean n'est pas mort. Pendant la captivité du roi Jean II le Bon, entre 1356 et 1360, un Siennois du nom de Giannino Baglioni prétend être Jean Ier et donc l'héritier de la couronne. Il essaie de faire valoir ses droits, mais est fait prisonnier en Provence. Une étude historique relativement récente, L'uomo che si credeva re di Francia, par Tommaso di Carpegna Falconieri, publiée en Italie en 2005 relate cette affaire. 

Maurice Druon reprend l'hypothèse de la survie de Jean Ier, sauvé et élevé en Italie sous le nom de Giannino Baglioni.

Jean XXII

Jacques Duèze, né en 1244 à Cahors, mort en 1334 en Avignon, issu d'une famille de banquiers, de la bourgeoisie aisée de Cahors, est élu pape en 1316, sous le nom de Jean XXII. Âgé de 72 ans lors de son élection, il inaugure la série des papes d’Avignon, série dont il assurera le plus long pontificat : il meurt à 90 ans après 18 ans de règne.

Jacques Duèze fait ses études chez les dominicains à Cahors puis son droit à Montpellier et à la faculté de théologie à Paris. Il enseigne à Toulouse. Il est nommé archiprêtre à Cahors, chanoine de Saint-Front à Périgueux, archiprêtre de Sarlat et doyen du Puy. Il est le clerc de Charles II d'Anjou et fait partie de l’entourage de Saint Louis d’Anjou à Toulouse. Évêque de Fréjus en 1300, il est appelé par Charles II d'Anjou roi de Naples comme chancelier de Provence en 13084. Il est nommé évêque d’Avignon le 18 mars 1310 puis cardinal-évêque de Porto en 1313.

Après la mort de Clément V, le Sacré Collège s'installe à Carpentras, le 1er mai 1314, pour élire un nouveau pape. La cour pontificale est alors itinérante, même si Rome est prééminente à cause des reliques de saint Pierre et de saint Paul. Clément V avait choisi la France comme résidence (pressé par le roi de France...).  Trois partis sont en compétition pour le remplacer : les Gascons au nombre de dix, les Italiens au nombre de sept, adversaires acharnés des Gascons, avec Napoléon Orsini, Nicolas Albertini de Porto, et des cardinaux Français d’origines diverses : trois Languedociens, un Quercinois et deux Normands complètent le Sacré Collège. Les luttes sont telles que deux longs mois passent sans qu’ils parviennent à un accord.

Le 24 juillet 1314, le conclave est attaqué. Les responsables de ce coup de force sont Bertrand de Got, seigneur de Monteux, et Raymond Guilhem de Budos, recteur du Comtat Venaissin, neveux de Clément V. Ils pillent la ville, incendient nombre de demeures et surtout emportent avec eux le trésor de guerre de leur oncle, un million de florins destinés à la croisade. Affolés, les cardinaux s’enfuient. Deux ans plus tard, la chrétienté est toujours sans pape...

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Sur l’initiative de Philippe de France, comte de Poitiers, et frère du roi Louis X le Hutin, un nouveau conclave est réuni à Lyon. Il commence ses travaux, au début du mois de mars 1316, avec un certain mauvais vouloir. Les cardinaux, entre deux sessions, apprennent que, le 5 juin, le Hutin a rendu l’âme.

Le comte de Poitiers, régent car la reine Clémence attend un enfant, veut accélérer l'élection pour rentrer à Paris. Le 28 juin, prenant prétexte de la célébration d’un service funèbre en l’honneur du roi défunt, celui-ci assemble le Collège des cardinaux dans l’église des Dominicains. Elle est aussitôt cernée par les troupes de Guigues VII de Forez et, lors de l’office, le Régent en fait murer portes et ouvertures. Les cardinaux se doivent de trouver un pape s'ils veulent retrouver la liberté.

C’est Jacques Duèze qui est finalement élu. Le nouveau pape est âgé de 72 ans. Il n’est pas impossible que son âge avancé ait été pris en considération par les cardinaux qui pensent élire ainsi un pape de transition. Mais son aspect chétif, sa petite taille, son teint pâle et sa voix fluette cachent une robuste santé renforcée par une remarquable hygiène de vie. Il choisit le nom de Jean XXII et décide de s'installe à Avignon. 

Avignon appartient aux comtes de Provence et présente de nombreux avantages. Elle est située au carrefour d’axes de communication, elle dispose d’un port fluvial et possède le fameux pont Saint-Bénezet, premier ouvrage de franchissement du Rhône en remontant ce fleuve. De plus cette ville se trouve à l’intérieur d’une riche zone agricole produisant les ressources nécessaires au ravitaillement d’une population nombreuse telle que celle de la cour pontificale.

Son neveu Jacques de Via étant évêque d’Avignon, il le nomme cardinal sans lui désigner de remplaçant, afin de disposer du palais épiscopal. Il entreprend de l'agrandir afin de l’adapter à sa nouvelle charge.  

D’emblée, le nouveau pape s’impose comme un remarquable administrateur et un grand bâtisseur. À peine installé depuis un trimestre, il fait construire un château neuf, dans ce qui va devenir Châteauneuf-du-Pape. Il fait planter, par des vignerons venus de Cahors, le premier vignoble pontifical. Il achètera d'autres châteaux et d'autres vignobles.

Il réaménage la majorité des diocèses du sud de la France. En multipliant les évêchés, il remet le pouvoir spirituel à des prélats citadins, alliés naturels de la bourgeoisie marchande. Jean XXII crée en 1332 une université à Cahors afin de renforcer cette élite. Afin d’asseoir sa puissance en tant que comte du Venaissin, Jean XXII informe le grand maître Foulques de Villaret, le 13 juin 1317, qu’il désire se faire restituer toutes les possessions que les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem géraient dans le Comtat depuis 1276. L’ordre de l’Hôpital, mal dirigé par Foulques de Villaret, est très endetté. En le réorganisant, il sauve cet ordre prestigieux.

Carpentras devient la nouvelle capitale du Venaissin. 

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Vieux château du pape à Châteauneuf-du-Pape

Des groupes de jeunes paysans du nord de la France se sont organisés pour partir en croisade. Ce sont les Pastoureaux. Ce vaste mouvement populaire est soutenu par les prêches enflammés d’un bénédictin apostat et d’un prêtre interdit pour sa conduite, qui les ont convaincus de l’urgence du « Saint Voyage » pour aller combattre les infidèles. Par bandes entières, ces Pastoureaux convergent vers Paris où ils entrent le 3 mai 1320. Cinq jours plus tard, averti de ce mouvement incontrôlé et subversif, Jean XXII lance l’excommunication contre tous ceux qui se croisent sans l’autorisation pontificale.

Les pastoureaux quittent Paris recrutant sur leur passage de nouveaux adeptes. Au début du mois de juin, ils traversent la Saintonge et le Périgord, qu’ils dévastent et pillent, massacrant notamment les juifs. De plus en plus nombreux, ils entrent en Guyenne. Arrivés dans l’Agenais, ils se divisent en deux groupes. Le premier traverse les Pyrénées par le chemin de Saint-Jacques pour continuer ses exactions en Espagne. Le second groupe remonte la vallée de la Garonne. Aux portes de Carcassonne, l’armée royale les attend. Les Pastoureaux sont écrasés. 

Mais les malheurs des juifs n’en sont pas finis pour autant. Charles IV le Bel, troisième fils de Philippe le Bel, après la mort de son frère Philippe, est couronné à Reims le 9 février 1322. Considérant que son Trésor est trop limité, il fait expulser les juifs de France afin de récupérer leurs biens. Jean XXII trouve la mesure excellente et, pour ne pas être en reste, il fait de même avec les juifs d’Avignon et du Comtat qui se réfugient en Dauphiné et en Savoie... Pour parfaire l’expulsion, le pape juge utile et nécessaire de faire jeter à bas les synagogues de Bédarrides, Bollène, Carpentras, Le Thor, Malaucène, Monteux et Pernes.

À la mort de l'empereur Henri VII en 1313, il y a concurrence entre Louis de Bavière et Frédéric d’Autriche avec une double élection faite respectivement à Aix-la-Chapelle et à Bonn. Les princes s'étant divisés en deux factions, Jean XXII pense pouvoir en profiter : il refuse de choisir entre les deux élus. Il déclare l'Empire vacant.  

Louis IV de Bavière, vainqueur de Frédéric d’Autriche à Mühldorf le 28 septembre 1322, entreprend de faire valoir ses droits en Italie et proteste contre l’occupation de la Lombardie par les troupes pontificales et angevines. Il délivre Milan assiégée le 28 juillet 1323 et occupe Pavie. Il se heurte aux représentants du pape, qui prétend être le vicaire de l'empire en Italie pendant la vacance du trône impérial. Le 8 octobre 1323, le pape déclare que le « Bavarois » a usurpé les droits dont il fait usage ; s'il n'y renonçait pas dans les trois mois, il sera excommunié ; en attendant, le vicariat d'empire en Italie reviendra au roi de Naples, Robert d'Anjou. Cet ultimatum est le point de départ d'une querelle qui durera près d'un quart de siècle. L'empereur dépêche une armée dans la péninsule et répond qu'il tient l'Empire de Dieu seul grâce à l'élection des princes et donc que son élection ne requiert aucune confirmation et que la seule prérogative papale en la matière est de le couronner.

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Les Pastoureaux

Jean XXII l'excommunie le 23 mars 1324. De son côté, Louis lance un appel pour juger le pape, accusé d'hérésie et d'usurpation de bien d'autrui. Les papes d'Avignon qui vivent dans l'opulence se heurtent depuis des années à l'opposition des ordres mendiants et Louis de Bavière, accueille et soutient les Franscicains. Aussi le 11 juillet, le pape déclare le Bavarois déchu de ses droits impériaux.

Jean XXII se fait des adversaires dans toute la chrétienté. Louis de Bavière en joue et décide de se rendre à Rome pour se faire couronner.  

Rome lui ouvre ses portes plus pour se venger du transfert de la papauté à Avignon que par attrait pour l'empereur. Sciarra Colonna, un membre puissant de la noblesse romaine, en tant que représentant du peuple romain, couronne l'empereur, le 17 janvier 1328. En recourant à des laïcs pour sacraliser une fonction qui est en partie religieuse, Louis de Bavière perd tout son crédit. Le pape saisit l'occasion pour déclarer la déchéance de l'empereur le 3 avril 1328. Seule l'incapacité de électeurs à s'entendre empêche l'élection d'un nouvel empereur.

Louis surenchérit : le 14 avril, il déclare Jean XXII déposé pour hérésie. Mais aucun cardinal n'a abandonné le pontife et il se passe donc d'élection : il désigne le franciscain Pietro Rainalucci da Corbara. L'antipape prend le nom de Nicolas V et est couronné à Saint-Pierre le 22 mai 1328.  

Dans cette affaire, Louis de Bavière s'est complètement discrédité : la chrétienté reste fidèle à Jean. Il sort de Rome sous les huées le 4 aout 1328. Il s'établit à Pise après avoir ravagé le Duché de Spolète. Nicolas V ne peut se maintenir à Rome et doit fuir et rejoindre l'empereur à Pise en janvier 1329. Louis regagne la Germanie et la Ligue gibeline privée de chef et de raison d'être se dissout en 1330. L’antipape doit accepter de se soumettre et faire amende honorable. Livré à Jean XXII, il abdique le 25 août et abjure publiquement ses erreurs le 6 septembre. Il meurt consigné dans le palais pontifical le 16 octobre 1333.

Jean XXII souhaite profiter de l'affaiblissement de l'empereur pour prendre le contrôle de toute l'Italie. L'idée est de créer un royaume guelfe en Italie du Nord subordonné à l'autorité pontificale équivalent au Royaume de Naples pour l'Italie du Sud. 

 Malade, affaibli, Jean XXII meurt en 1334.

Deux traités d'alchimie sont attribués à Jean XXII : L’élixir des philosophes41 et L'art transmutatoire42,43. Ceci rejoint le visage paradoxal de ce pape vis-à-vis de la figure du démon. Il est à la fois indéniable qu'il était persuadé plus que ses prédécesseurs de l'action diabolique dans le monde, et a engagé à ce titre de nombreuses enquêtes, mais en même temps, la postérité, pour des raisons très difficile à cerner, s'est complue à le décrire sous des traits sataniques, et à lui prêter des écrits, des actions en accord avec ce portrait inventé et sulfureux.

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Louis IV du Saint Empire

Les rois élus

La monarchie française fut théoriquement élective jusqu’à la mort de Philippe II, les rois étant élus par la noblesse. Les premiers Capétiens font élire et sacrer leurs fils aînés de leur vivant. Philippe Auguste s’en dispense ; lorsque son fils Louis lui succède après sa mort en 1223, l’hérédité gagne le statut de coutume légale faisant partie des lois fondamentales. Cette origine élective est néanmoins symboliquement rappelée lors du sacre des rois de France lorsque les pairs soutiennent la couronne avant que la tête du roi n'en soit ceinte. Dans le roman, Druon laisse entendre que Philippe V aurait été favorable au retour de la monarchie élective.

Le Château de Fontainebleau au XIVe siècle

Philippe le Bel est le premier roi de France à naître au château en 1268 et fait aménager des appartements en 1286. En 1313, Jeanne de Bourgogne, petite fille de Saint Louis par sa mère et propriétaire du domaine de Fontainebleau, épouse Philippe de Valois, futur Philippe VI, qui y fera des séjours fréquents. En 1323, le château reçoit la visite d'Isabelle de France devenue reine d'Angleterre. En janvier 1332, a lieu à Fontainebleau la signature du contrat de mariage entre Jean II le Bon et Bonne de Luxembourg. Le roi y vit dès 1350. Charles V y installe une bibliothèque et Isabeau de Bavière y entreprend des travaux, après avoir acquis les domaines de la forêt de Bierre, de Fontainebleau, de Moret et la châtellenie de Melun en 1404. Charles VI y séjourne à partir de 1388. Le château est cependant abandonné en raison des affrontements de la guerre de Cent Ans, lorsque la cour s'exile au bord de la Loire et à Bourges. Charles VII y revient après la libération de l'Île-de-France et de Paris en 1436, privilégiant le lieu pour sa salubrité.

Sainte-Chapelle

La Sainte-Chapelle est une chapelle palatine édifiée sur l’île de la Cité, à Paris, à la demande de saint Louis afin d’abriter la Sainte Couronne d’épines, un morceau de la Vraie Croix, ainsi que diverses autres reliques de la Passion qu’il avait acquises à partir de 1239. Elle est la première construite des Saintes chapelles, conçue comme une vaste châsse presque entièrement vitrée, et se distingue par l'élégance et la hardiesse de son architecture, qui se manifeste dans une élévation importante et la suppression quasi totale des murs au niveau des fenêtres de la chapelle haute. Elle a été privée de ses reliques à la Révolution française, et perdu ainsi sa principale raison d'être. Desservie par un collège de chanoines jusqu'en 1787, la Sainte-Chapelle a été fermée au culte vers 1790, puis vidée de tout son contenu et détournée en siège du Club de la Sainte-Chapelle. En 1797, elle est transformée en dépôt d'archives du palais de justice, et l'expansion de celui-ci menace son existence même. Son sauvetage est décidé en 1836 sous la pression de l'opinion publique, et sa restauration est lancée un an plus tard et dure vingt-six ans. En raison de son piètre état en 1836, le monument que l'on voit aujourd'hui est essentiellement un monument du XIXe siècle.

Avec la Conciergerie, la Sainte-Chapelle constitue l'un des vestiges du palais de la Cité, qui s’étendait sur le site couvrant l’actuel palais de justice.  

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ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

Tourier : Religieux, religieuse chargé(e) du "tour", qui s'occupe des relations avec l'extérieur

Camocas : Tissu précieux de provenance orientale, dont l'aspect rappelait le damas.

Cathèdre : Siège réservé à un évêque dans un lieu de culte, à un abbé dans les différents bâtiments de l'abbaye qu'il dirige. Chaise gothique munie d'un haut dossier.

Faraud : Personne infatuée d'elle-même, en particulier homme qui se donne des airs avantageux auprès des femmes.

Faudesteuil : Siège parfois pliant, à bras et généralement à dossier, pour une personne, et dont la partie inférieure rappelle la chaise curule.

Bailler l'huis : Ouvrir la porte.

Ventrière : Sage-femme.

Broigne : Cuirasse allongée formant tunique, faite d'étoffe épaisse ou de cuir recouvert d'anneaux ou d'écailles de métal.

Calcédoine : Pierre précieuse composée de quartz et de silice, généralement d'un blanc laiteux.

DéduitOccupation procurant du plaisir. Plaisir amoureux.

Macération : Pratique d'ascétisme, privations, mortifications que l'on inflige à son corps, par esprit de pénitence, pour soumettre la chair à l'esprit.

Camerlingue : Cardinal de curie assurant l'administration temporelle de l'Église pendant la vacance du siège pontifical.

Emperière : Vieux mot qui répond à ce que nous entendons aujourd'hui par impératrice.

Ponant : Ouest.

Benoît : Béni, saint, bienheureux. Niais.

Annate : Taxe égale à la première année des revenus d'un bénéfice que la papauté exigeait de tout nouveau titulaire.

Pennon : Flamme à longue pointe que portaient au Moyen Âge les chevaliers au bout de leur lance.

Muché : Caché, dissimulé.

Chrémeau : Bonnet de linge fin dont, en signe de l'innocence baptismale, on coiffe l'enfant baptisé après l'onction du saint chrême. Linge avec lequel l'évêque essuie le front des confirmés. Toile cirée recouvrant un autel nouvellement consacré.

DilatoireQui tend à différer l'instruction ou le jugement d'une affaire, d'un procès. Qui vise à obtenir un délai, à gagner du temps.

Gonfanon : Bannière terminée par plusieurs fanons, suspendue à un fer de lance, sous laquelle venaient se ranger les vassaux d'un seigneur en temps de guerre.

CendalÉtoffe de soie utilisée au Moyen Âge pour la confection des bannières, gonfanons et pennons.

Bougette : Sacoche.

Bourse à cul-de-vilain : Petite bourse à ventre rond.

BillonAlliage de cuivre et d'une faible dose d'argent, dont est faite la monnaie de même nom

SetierMesure de capacité pour les grains et les matières sèches variant entre 150 et 300 litres environ. 

Banneret :  Celui qui, ayant un nombre suffisant de vassaux, a droit de lever bannière, c'est-à-dire de former avec eux une compagnie en vue du combat.

Patène : Vase sacré, en forme de petit plat rond ou ovale, servant au cours de la célébration de la messe à recevoir l'hostie et à couvrir le calice.

Dalmatique : Tunique blanche à manches longues, puis courtes, brodée de pourpre, empruntée aux Dalmates, en usage chez les Romains, puis au moyen-âge. Ample robe de tissu précieux, à usage laïque.