Stefan Zweig, né le 28 novembre 1881 à Vienne, en Autriche-Hongrie, et mort par suicide le 22 février 1942, à Petrópolis au Brésil, est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien.

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Il est le fils de Moritz Zweig, né en 1845, d'une famille juive originaire de la Moravie, lequel a d’abord été marchand avant de fonder, à l'âge de trente ans, une petite tisseranderie dans le nord de la Bohême et de devenir un fabricant de tissus fortuné ; Moritz épouse Ida Brettauer, fille d’un banquier. Il a un frère aîné, Alfred. La famille veut être "intégrée" ; les parents donnent à leurs fils une éducation laïque. Ils ne parlent pas le yiddish, ne fréquentent pas la synagogue, ne cultivent pas (leurs) racines… et Stefan n’aime pas s’entendre rappeler qu’il est juif.

Il grandit à Vienne, sur le Ring, dans une atmosphère bourgeoise et conformiste si caractéristique du règne de l’empereur François-Joseph. Il obtient son baccalauréat en 1900, avec une distinction en allemand, en physique et en histoire. À l’université de Vienne, il s’inscrit en philosophie et en histoire de la littérature, étudie la romanistique et la germanistique. À Vienne, il est associé au mouvement d’avant-garde Jeune Vienne.

À dix-neuf ans, il quitte le foyer familial pour une chambre d’étudiant. Il suit ses cours occasionnellement, fréquente les cafés, les concerts, le théâtre. Il s’intéresse aux poètes, en particulier Rainer Maria Rilke et Hugo von Hofmannsthal, déjà adulés en dépit de leur jeune âge. Zweig s’essaie lui-même à l’écriture, qui l’attire de plus en plus. Il compose plusieurs poèmes, dont une cinquantaine seront réunis dans un recueil, Les Cordes d’argent, publié en 1901. Même s’il reniera ensuite cette première publication, elle lui attire un succès d’estime. Outre ces poèmes, Zweig écrit également de courts récits, dont Dans la neige qui paraît également en 1901 dans le journal viennois sioniste Die WeltSes premiers essais, sous forme de feuilleton, sont publiés dans Die Neue Freie Presse.  

Encouragé par ces premiers succès, mais doutant encore de son talent, Zweig séjourne à Berlin. Il y découvre une autre avant-garde : les romans de Fiodor Dostoïevski et la peinture de Edvard Munch. Il fréquente de nombreux cercles. À son retour à Vienne, il défend sa thèse sur Hippolyte Taine, philosophe et historien français, ce qui lui confère le titre de docteur en philosophie.

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Avant la Première Guerre mondiale, porté par sa curiosité, il fait de nombreux voyages : il parcourt l’Europe, effectue de longs séjours à Berlin, Paris, Bruxelles et Londres, puis se rend en Inde en 1910, aux États-Unis et au Canada en 1911. Plusieurs chroniques sont publiées dans le Frankfurter Zeitung. Dans son journal, il se plaint de d'une inquiétude intérieure intolérable qui ne le laisse jamais en paix et justifie son goût des départs. Zweig voyage autant pour connaître et apprendre que pour se fuir lui-même, dans le mirage des changements d’horizons.

Ses nombreux voyages ne l’empêchent pas de poursuivre ses activités d’écriture (un recueil de nouvelles publié en 1904) et de traduction, notamment de Verlaine qu’il admire passionnément. Il traduit également le poète Émile Verhaeren qu’il a rencontré à Bruxelles et dont la vitalité, à l’opposé de l’atmosphère engoncée de Vienne, influencera durablement le jeune Zweig.

Après une tentative théâtrale avec sa pièce Thersite, Zweig rencontre février 1910 l’écrivain français Romain Rolland, dont il partage les idéaux paneuropéens. Zweig et Rolland deviennent des amis proches. Le jeune Stefan Zweig est séduit par son humanisme, son pacifisme, sa connaissance de la culture allemande.  

Stefan Zweig fait connaître Romain Rolland en Allemagne, travaillant inlassablement à sa renommée.  Durant cette période, ils s'écrivent beaucoup et se voient chaque fois qu’ils en ont l’occasion.

À trente ans, Zweig connaît une première idylle en la personne de Friderike Maria, déjà mariée et mère de deux filles. Durant les années qui vont suivre, les deux amants se voient régulièrement et coulent des jours paisibles. Zweig poursuit ses voyages et entame un ouvrage sur Dostoïevski. À l’été 1914, en compagnie de Friderike, son bonheur est parfait (après le divorce de la jeune femme, il l'épousera en 1920).

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avec Lotte

Le 28 juin 1914, l'assassinat de François-Ferdinand plonge l’Europe dans la guerre. Emporté par un élan patriotique, Zweig revient à Vienne. Il rédige des articles dans lesquels il prend parti pour l’esprit allemand, avant de retrouver bientôt ses idéaux de fraternité et d’universalité. Romain Rolland et Stefan Zweig sont atterrés par la guerre qui commence et le 3 août 1914. C’est l’opiniâtreté de Romain Rolland dans sa lutte contre la guerre qui sauve Stefan Zweig de la dépression et fait qu’il admire de plus en plus celui qu’il considère comme son maître.

Jugé inapte au front, Zweig est néanmoins enrôlé dans les services des archives militaires. Il y apprend les nouvelles du front, les morts par milliers, les villages anéantis. Les scènes déchirantes dont il est témoin renforcent sa conviction que la défaite et la paix valent mieux que la poursuite de ce conflit insensé. Il prend également conscience du sort que subissent nombre de Juifs, confinés dans des ghettos.

De retour en Autriche, Zweig quitte Vienne et s’installe en compagnie de Friderike à Kalksburg. Plus loin des rumeurs de la guerre, Zweig est en mesure de terminer sa pièce de théâtre Jérémie (1916). L’ouvrage lui donne l’occasion d’aller en Suisse en 1917 pour assister aux répétitions lors de sa création à Zurich. Il en profite pour rencontrer nombre de pacifistes, en particulier son ami Romain Rolland à Genève. Ils somment les intellectuels du monde entier de se joindre à eux dans un pacifisme actif — qui sera décisif dans l’attribution du prix Nobel de littérature à Romain Rolland. Zweig reste pacifiste toute sa vie et préconise l’unification de l’Europe.

L’armistice est signé en 1918. En mars 1919, Zweig, en compagnie de Friderike et de ses filles, s’installe à Salzbourg, déterminé à « travailler davantage » et à laisser derrière lui les regrets inutiles.

Les années 1920 voient effectivement Zweig se consacrer à une production littéraire abondante. Par ailleurs, polyglotte accompli, Zweig traduit de nombreuses œuvres de Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, John Keats… Il nourrit toute sa vie une grande passion pour les autographes et les portraits d’écrivains, qu’il collectionne.

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Zweig parcourt l’Europe, donne de multiples conférences, rencontre des écrivains, des artistes et tous ses vieux amis dont la guerre l’avait séparé. Fidèle à ses idéaux pacifistes, il invite les pays à fraterniser entre eux plutôt que de nourrir les antagonismes et les conflits. Il prêche pour une Europe unie, conviction qu’il défendra jusqu’à la fin de sa vie.

Ces activités apportent à Zweig la célébrité, qui commence par sa nouvelle Amok, publiée en 1922. Dès lors, tous ses ouvrages sont des succès de librairie. Sa notoriété grandit et le met à l’abri des soucis financiers dans les difficiles années d’après-guerre. En contrepartie, la notoriété, nourrie par les traductions en plusieurs langues, entraîne son lot de sollicitations et d’engagements. Zweig s’épuise dans d’interminables tournées. Il ne trouve le repos que dans l’isolement de sa villa à Salzbourg, auprès de Friderike. Là, il reçoit ses amis, écrivains, musiciens, penseurs, d’où qu’ils viennent. Il tisse des liens avec de jeunes auteurs qui lui seront reconnaissants de l’aide et des encouragements qu’il leur a apportés.

Parallèlement à sa carrière d’écrivain, Zweig consacre une grande part de son temps et de ses revenus à sa collection de manuscrits, de partitions et d’autographes. Elle constitue un véritable trésor, assemblée comme une œuvre d’art, où on retrouve notamment une page des Carnets de Léonard de Vinci, un manuscrit de Nietzsche, le dernier poème manuscrit de Goethe, des partitions de Brahms et de Beethoven. Cette collection inestimable sera confisquée par les nazis, dispersée et en grande partie détruite.  

À l’aube de la cinquantaine, Zweig subit l’usure du couple avec Friderike.  

L’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler vient bouleverser la vie de Zweig, qui a très tôt une conscience claire du terrible danger que représente le dictateur pour les Juifs, pour l’Autriche et pour toute l’Europe. Cette année charnière voit l’exil forcé d’un grand nombre des amis allemands de Zweig. Lui-même juif, il suit avec effarement les troubles qui agitent le pays voisin. Il hésite à prendre position, voulant comme toujours se situer en dehors des choix politiques qui conduisent trop souvent à l’affrontement. Il est soutenu par le compositeur Richard Strauss qui lui commande un livret et qui refuse de retirer le nom de Zweig de l’affiche pour la première, à Dresde, de son opéra La Femme silencieuse. Mais Zweig se sent mal à l'aise avec Strauss qui ne prend pas ouvertement position contre le régime. L’opéra ne sera d’ailleurs présenté que trois fois, jugé comme une « œuvre juive ». Zweig suscite également la colère des nazis lorsque l’une de ses nouvelles Brûlant secret, publié en 1911, est adaptée au cinéma en 1933 par Robert Siodmak. Un autodafé a lieu à Berlin, ses œuvres en seront victimes.

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La neutralité de Zweig est cependant bientôt mise à mal, lorsque l’Autriche, à son tour, succombe à la répression politique. Des partisans de la Ligue républicaine sont mitraillés dans les banlieues ouvrières. Zweig lui-même est l’objet d’une perquisition qui a raison de toutes ses hésitations. Aussitôt, il fait ses valises et décide de quitter le pays, en février 1934. Il laisse tout derrière lui, persuadé, à juste titre et contre l’avis des siens, que le bruit des bottes n’ira qu’en augmentant. Ses rêves de paix s’évanouissent. Zweig quitte l’Autriche sans grand espoir d’y revenir.

Réfugié à Londres, Zweig entreprend une biographie de Marie Stuart. Il entame une liaison avec Lotte (Charlotte Elisabeth Altmann), sa secrétaire, tandis que Friderike refuse de le rejoindre à Londres, jugeant non fondées les appréhensions de son époux. 

En 1936 éclate la guerre d’Espagne. Zweig accepte l’invitation de se rendre au Brésil, laissant derrière lui une Europe divisée et troublée. Précédé par sa célébrité, Zweig est accueilli avec tous les honneurs. Lui-même est subjugué par la beauté de Rio de Janeiro. Il y entreprend la rédaction d’une nouvelle biographie. Elle est consacrée à l’explorateur Magellan, en qui Zweig voit un héros obscur, comme il les affectionne, demeuré fidèle à lui-même en dépit des embûches. Il termine l’ouvrage tant bien que mal, en proie à des tourments qui présentent tous les aspects d’une dépression.

De Londres, Zweig suit l’actualité autrichienne de près. Ce qu’il appréhende depuis des années finit par se réaliser. Le 12 mars 1938, Hitler traverse la frontière et proclame l’annexion de l’Autriche. Du coup, Zweig se voit dépossédé de sa nationalité autrichienne et devient un réfugié politique comme les autres. Désireux d’échapper aux brimades réservées aux expatriés, considéré comme ennemi quand la guerre éclate, Zweig demande et reçoit enfin son certificat de naturalisation. Entretemps, il a rompu avec Friderike et a épousé Lotte. C’est avec elle qu’il quitte l’Angleterre, à l’été 1940, juste avant le début de bombardements allemands sur Londres. Zweig cède de plus en plus au désespoir.

Il abandonne d’ailleurs derrière lui notes et manuscrits inachevés. Sa première escale est à New York où sa condition d’Allemand lui attire l’hostilité. Il part donc pour le Brésil, pays qui lui avait fait une forte impression et où il avait été bien reçu. Il est toujours accompagné de Lotte, dont la santé fragile commence à peser sur le couple.

Installé à Rio de Janeiro, Zweig parcourt le pays. Il se rend en Argentine et en Uruguay pour une série de conférences. Il revient ensuite à New York, en mars 1941. Il y revoit Friderike, qui a finalement émigré aux États-Unis. Zweig demeure quelques mois là-bas et fréquente ses vieux amis, expatriés comme lui.  

De retour au Brésil durant l’été, il entreprend la rédaction de ses mémoires. Ce texte, dont il expédiera le manuscrit à son éditeur la veille de son suicide, sera publié deux ans après sa mort sous le titre Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen. 

Avec l’entrée en guerre des États-Unis en décembre 1941, Zweig perd de plus en plus espoir.  

Hanté par l'inéluctabilité de la vieillesse, ne supportant plus l'asthme sévère de Lotte et moralement détruit par la guerre, il décide qu’il ne peut plus continuer à assister ainsi, sans recours, à l’agonie du monde. Il se rend à Barbacena, rend visite à l’écrivain Georges Bernanos qui tente, en vain, de lui faire reprendre espoir. Le 22 février 1942, après avoir fait ses adieux et laissé ses affaires en ordre (il laisse un mot concernant son chien, qu'il confie à des amis), Stefan Zweig met fin à ses jours en s'empoisonnant au Véronal (un barbiturique), en compagnie de Lotte qui refuse de survivre à son compagnon.

Romans et nouvelles 

  • Rêves oubliés  
  • Dans la neige  
  • Une jeunesse gâchée 
  • Printemps au Prater  
  • L’Étoile au-dessus de la forêt 
  • Les Prodiges de la vie  
  • L’Amour d’Érika Ewald 
  • La Marche  
  • La Scarlatine  
  • Première épreuve de vie. Quatre histoires du pays des enfants 
  • Amok 
  • La Confusion des sentiments 
  • Un mariage à Lyon 
  • La Peur 
  • Le Voyage dans le passé 
  • Le Jeu dangereux
  • Le Chandelier enterré
  • Un soupçon légitime 
  • Les Deux Jumelles. Conte drolatique
  • La Pitié dangereuse 
  • Le Joueur d'échecs
  • Un homme qu'on n'oublie pas
  • Wondrak
  • La Vieille Dette 

Il a écrit aussi des pièces de théâtre, des essais, des biographies et laissé une abondante correspondance.   

D'après Wikipédia