Les armées de la Ligue catholique, levées par Ferdinand II s'opposent le 8 novembre 1620 a celles de Frédéric V au lieu-dit la Montagne Blanche. La défaite des armées tchèques et protestantes marque la mise sous tutelle définitive du royaume de Bohême aux Habsbourg. La noblesse tchèque (largement protestante) est décimée, ses propriétés réparties entre les généraux vainqueurs. Certains préferent l'exil, comme Jan Amos Komenský, l'une des grandes figures de l'Église protestante tchèque (dite fraternelle).

La Bohême, à 90 % protestante, est alors massivement convertie (souvent de force) au catholicisme dans le mouvement de la Contre-Réforme, lequel aura pour conséquence de parsemer Prague d'églises baroques et la campagne tchèque, de monastères. Dans la mémoire collective tchèque, cette époque est appelée "la période des ténèbres".

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Prague au XIXe

La renaissance nationale tchèque au sein de l'Empire d'Autriche (1848-1918) 

Après une longue période de domination autrichienne, la nationalité tchèque n'existe plus qu'au travers de la perpétuation de la langue et de la culture tchèques à la campagne. La germanisation de la société a eu lieu. En réaction, à partir de la Révolution française et surtout à partir du Printemps des Révolutions de 1848, une renaissance nationale tchèque prend forme. La langue tchèque est purifiée des germanismes qu'elle avait naturellement adopté tout au long de la coexistence avec la minorité allemande.

La tâche à accomplir par les guides de la renaissance nationale au début du XIXe siècle est difficile : faire revivre la langue tchèque qui est en train de perdre son combat avec l'allemand majoritaire, il faut créer un vocabulaire scientifique, une classe d'intellectuels, soutenir la culture tchèque, les sciences, les arts, et aussi l'industrie tchèque.

Les acteurs de la renaissance nationale s'appuient sur la solidarité slave, tout particulièrement avec la Russie. Progressivement, les exigences culturelles de la nation tchèque cèdent la place aux exigences politiques : l'égalité des droits de la langue tchèque avec ceux de la langue allemande, la reconnaissance institutionnelle et le renforcement de l'unité des pays de la Couronne de Bohême ou la décentralisation locale.

Le système rigide de la Sainte-Alliance, refusant toute réforme, ignorant les demandes de libéralisation et de démocratisation de la société, fait éclater en 1848 des révolutions dans toute l'Europe. Au cours de la même année se soulèvent Palerme, Naples, Paris, Milan, Prague, Vienne et toute la Hongrie. En Allemagne, le parlement provisoire se réunit pour discuter de l'unification de l'Allemagne. Il doit décider entre deux conceptions d'unification – une petite (sans l'Autriche) ou une grande Allemagne, choix qui concerne également les intérêts de la nation tchèque.

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Au mois de mars 1848, le chancelier autrichien Metternich doit démissionner. Un mois plus tard est proclamée la première Constitution autrichienne, la « Constitution d'avril ». L'Autriche est saisie d'une vague de révoltes – à Vienne, en Hongrie, dans la partie autrichienne de l'Italie. Finalement la monarchie est sauvée par l'armée et par ses généraux – Radecký en Italie, Windischgrätz à Prague, Jelačič en Hongrie. Les députés représentants les nations slaves font face aux exigences des libéraux allemands qui demandent l'intégration de l'Autriche dans l'Allemagne suivant l'idée d'une Grande Allemagne. Les députés tchèques František Palacký et František Ladislav Rieger défendent au contraire la politique de l'austroslavisme, une Autriche forte et indépendante, fédéralisée et organisée sur la base de l'égalité des nations. Dans le cas de l'intégration de l'Autriche dans l'Allemagne réunifiée, ils craignent la dissolution de la nation tchèque dans une « mer allemande ».

Le 2 décembre 1848, Ferdinand Ier abdique. François Josef Ier, son neveu, monte sur le trône. Le nouveau souverain charge l'armée de disperser le parlement réuni à Kroměříž où il prépare une constitution. En décembre 1851, par décision de l'empereur, la constitution est suspendue. De la révolution de 1848, il ne reste plus que l'égalité devant la loi, l'abolition du servage, la liberté religieuse et, dans une certaine mesure, la décentralisation locale.

Les années 1850 sont marquées par l'absolutisme de Bach, d'après le nom du principal représentant du gouvernement, le ministre Alexander von Bach. L'époque est caractérisée par une limitation des droits politiques, la centralisation du système administratif et le favoritisme vis-à-vis de l'Église catholique à la suite de l'accord avec le Vatican en 1855. D'un autre côté, l'État s'efforce de soutenir le développement industriel et commercial. Le régime est obligé de procéder à des réformes en raison de la débâcle en Italie du Nord. Il ne sera pas suffisamment fort pour empêcher l'unification progressive de l'Italie. Les défaites de Magenta et de Solferino ainsi que l'état catastrophique des finances forcent les représentants du pouvoir à appeler les représentants de la bourgeoisie à prendre part aux décisions. L'Autriche absolutiste se transforme définitivement en monarchie constitutionnelle. Mais la constitution de février est de nouveau déclarée par octroi. Comme les deux précédentes, elle n'est pas approuvée par les députés élus. Elle apporte toutefois un certain renouveau dans la vie politique en Autriche. Le Conseil d'empire ainsi créé comprend deux chambres : celle de l'aristocratie et la Chambre des députés. Les nations de la monarchie obtiennent la possibilité de défendre leurs intérêts. Le Programme national tchèque entend obtenir l'égalité nationale, des droits civiques et une large décentralisation.  

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L'empereur François-Joseph

L'Autriche s'efforce toujours de mettre en œuvre l'idée d'une unification allemande, ce qui conduit à une rivalité avec la Prusse, puis, logiquement, à la guerre. La bataille de Sadowa, près de Hradec Králové en 1866 est remportée par la Prusse. En dehors des retombées internationales, comme le retrait de l'Autriche d'Italie et d'Allemagne, la guerre perdue a de graves conséquences en politique intérieure. Il en résulte « le règlement austro-hongrois ». L'empire est divisé en deux parties : la Cisleithanie autrichienne et la Transleithanie hongroise, deux parties où le pouvoir décisionnel revient respectivement aux Allemands d'une part et aux Hongrois d'autre part. Les deux parties sont liées par la personne du souverain ainsi que par le domaine commun des affaires militaires, internationales et financières.

La constitution de décembre 1867 laisse au souverain une position forte : sacré, intouchable et n'ayant de compte à rendre à personne avec le droit d'émettre des décrets lorsque le Conseil d'empire ne siège pas. Au début, le droit de vote n'est ni général ni égal. Le droit de vote universel pour les hommes n'a été appliqué pour la première fois aux élections parlementaires qu'en 1907.

Le règlement austro-hongrois a oublié les revendications tchèques... En réaction, de grands rassemblements populaires sont organisés dans des lieux de mémoire liés à l'histoire tchèque. En 1871, les représentants tchèques négocient avec le gouvernement autrichien des « articles fondamentaux ». Il s'agit d'un projet de règlement tchéco-autrichien. Les compétences du parlement tchèque sont renforcées, un gouvernement local instauré et le royaume partagé en deux parties, tchèque et allemande. Le projet se heurte au refus des Allemands de Bohême et au vif mécontentement des Hongrois. Le gouvernement tombe et le règlement tchéco-autrichien avec lui. L'échec des négociations amène les partis politiques tchèques à poursuivre dans leur opposition passive en refusant de participer aux travaux du parlement local et du Conseil d'empire.

La politique d'opposition passive prit fin en 1878, quand les partis politiques réalisèrent qu'en participant aux décisions, ils gagneraient davantage qu'en s'abstenant. La nouvelle approche sous forme de faibles concessions de la part de l'État fut appelée, avec mépris, la « politique des miettes ». C'est František Ladislav Rieger qui lança cette expression malheureuse quand il voulut mettre l'accent sur les apports et les bénéfices de la politique active des partis tchèques. Il s'agissait par exemple de la scission de l'Université de Prague en une Université Charles tchèque et une Université Ferdinand allemande, de l'émission de réglementations linguistiques qui permettaient d'utiliser la langue tchèque pour communiquer avec l'administration, etc. La représentation tchèque, à l'origine unie, se divisa en deux courants : les Vieux-tchèques plus conservateurs et les Jeunes-tchèques plus radicaux. La dernière tentative d'un règlement tchéco-hongrois, lancée par les Vieux-tchèques en 1890, échoua du fait du refus catégorique des Jeunes-tchèques et du manque d'intérêt de la population.

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Au fil du temps, les relations entre les Tchèques et les Allemands se détériorent de plus en plus. Les Allemands représentent environ un tiers de la population en Bohême et en Moravie. Les Tchèques veulent obtenir l'utilisation de la langue tchèque aussi bien dans les rapports de la population avec l'administration, mais aussi entre les administrations elles-mêmes. Les Allemands, en revanche, s'efforcent de créer un territoire allemand autonome en Bohême et à diviser toute l'administration en institutions tchèque et allemande tout en gardant l'allemand comme langue officielle. Après le boycott du travail du parlement national par les Allemands de Bohême et l'aggravation des problèmes financiers du pays, la gestion décentralisée en Bohême est suspendue par des décrets impériaux en 1913. La gestion du pays est attribuée, de manière anticonstitutionnelle, à une commission administrative.

L'industrie se développe et la Bohême devient le bassin industriel de l'Empire austro-hongrois. Le développement industriel et commercial se reflète dans celui de l'éducation, de la culture et du sentiment national tchèque. Les premiers journaux tchèques sont publiés à partir de 1869, des théâtres jouant en tchèque voient le jour ; en 1882, l'Université Charles est scindée en deux entités : une tchèque et une allemande. En 1883, le Théâtre national tchèque est édifié sur la rive droite de la Vltava.  

C'est une période d'intense compétition tant industrielle que culturelle entre les citoyens tchèques et les ressortissants allemands. Ces derniers construisent le Neuer Deutscher Theater (aujourd'hui Opéra d'État) pour damer le pion aux efforts tchèques au Théâtre national (tchèque) ; quand le Musée national (tchèque) est érigé sur le haut de la place Venceslas, les Allemands réagissent de même.

Dès lors que l'Empire est affaibli politiquement et défait militairement au sortir de la Première Guerre mondiale, les Tchèques sont prêts à prendre et leur revanche et leur indépendance : le 30 octobre 1918, le Conseil national tchèque annonce la création d’un État tchécoslovaque indépendant.

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Rassemblement place Venceslas, 28 octobre 1918

La Tchéquie au sein de la Tchécoslovaquie (1918-1992)  

En 1919, le traité de Saint-Germain-en-Laye établit le dépeçage de l'Autriche-Hongrie et valide la création, en octobre 1918, de la Première République tchécoslovaque, sur une base nationale promue par le Tchèque Tomáš Masaryk et le Slovaque Milan Rastislav Štefánik. Les Tchèques et les Slovaques ensemble représentent 50 % de la population totale, aux côtés des Allemands (Sudètes), des Ukrainiens, des Polonais et des Hongrois (sans compter les minorités juives souvent germanophones et les Roms). En fait, aucune nation n'est réellement majoritaire sur « son » propre territoire et les premières années de la Tchécoslovaquie indépendante sont marquées par de fortes tensions nationalistes qui minent la vie politique.

La minorité allemande n'est pas invitée à participer à l'élaboration de la constitution de la nouvelle république. Les premières élections se déroulent le 18 avril 1920.

L'arrivée de Hitler au pouvoir en 1933 et l'Anschluss avec l'Autriche en 1938 fait craindre que la Tchécoslovaquie, avec ses trois millions d'Allemands des Sudètes concentrés sur les marges du pays bordant le Reich et menés par le Parti allemand des Sudètes, le parti autonomiste de Konrad Henlein, ne soit la prochaine sur la liste...

Seconde guerre mondiale (1938-1945) 
 
Hitler demande la rétrocession des Sudètes et obtient gain de cause lors des Accords de Munich : le 1er octobre 1938, les Sudètes sont occupés. Le 15 mars 1939, c'est toute la partie tchèque qui est occupée et devient le protectorat de Bohême-Moravie alors que la République slovaque déclare son autonomie sous la houlette de Mgr Tiso et que l'extrémité orientale de la République est occupée par la Hongrie de l'amiral Horthy.  

La seconde République tchécoslovaque et la fédéralisation (1945-1992)

En mai 1945, la République tchécoslovaque est rétablie dans ses frontières initiales (les Sudètes sont réintégrées) à l'exception de la partie ukrainienne (annexée en 1938 par la Hongrie) qui est absorbée par l'Union soviétique.

En février 1948, les communistes prennent le pouvoir. Klement Gottwald institue sur le modèle stalinien un culte de la personnalité et instaure un régime de terreur sous la férule de la Sécurité d'État tchécoslovaque, comme l'atteste l'élimination des opposants démocrates comme Milada Horáková en 1950 ou les procès de Prague en 1952 qui visent l'élimination de communistes de la première heure comme Rudolf Slánský, secrétaire général du parti communiste tchécoslovaque. 

Débarrassée des tensions nationalistes avec les minorités allemande et hongroise, la Tchécoslovaquie se divise bientôt et le fossé qui sépare les Tchèques des Slovaques ne cesse de s'élargir.

D'après Wikipédia