J'ai lu ce roman tellement de fois que mon vieux livre de poche perd ses pages et le papier est tout jaune... Je ne sais même plus comment je l'ai découvert, c'était il y a si longtemps. Et à chaque lecture, c'est le même plaisir.

INCIPIT

C'était l'heure favorite de Ransome. Assis sur la véranda sirotant son whisky, il contemplait les flots du soleil qui doraient d'un dernier embrasement les banians, la maison gris jaunes, les bougainvillées écarlates, avant de sombrer à l'horizon et d'abandonner le pays aux ténèbres.

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RESUME

L'action se situe en 1936 dans la principauté (imaginaire) de Ranchipur, gouverné par son maharaja et la maharani, au temps où l'Empire britannique s'étend encore sur l'Inde. Le roman met en scène différents personnages dont les points de vue se succèdent. Le protagoniste, et principal observateur du roman, Thomas Ransome est le riche fils d'un comte britannique et d'une héritière américaine qui noie ses souvenirs et son ennui dans l'alcool. Il y a aussi l'Ecossaise Miss Mac Maid, infirmière, secrètement amoureuse du docteur Safti, hindou ; les missionnaires américains : la famille Simon et la famille Smiley, diamétralement opposées ; deux vieilles célibataires anglaises qui s'occupent de l'école... Arrivent Lord Esketh qui vient faire des affaires avec le maharaja, accompagné de son épouse Edwina, une ancienne maîtresse de Ransome. Tout ce beau monde intrigue au beau milieu du paysage paradisiaque de Ranchipur alors que tout est sur le point de tourner au cauchemar avec la mousson, exceptionnelle cette année-là...

MON AVIS

Tout est formidable dans ce beau roman foisonnant et follement romanesque : l'ambiance historique, entre palais indiens, hôpitaux occidentaux, pouvoir britannique face à la lente émancipation des Indiens, le climat ; la souffrance, qu'il s'agisse de celles directement liées à la catastrophe, à la misère, aux maladies, mais aussi celles de l'âmes, les doutes, les atermoiements ; et puis les histoires d'amour, qui se nouent, se dénouent, entre des personnages nombreux et tous plus attachants les uns que les autres. 

C'est une sorte de "livre-catastrophe", terriblement cinématographique, construit comme sont les scénarios du genre encore aujourd'hui : présentation des lieux et des protagonistes ; description détaillée de la catastrophe et de toutes ses conséquences ; combat des hommes et des femmes qui luttent pour la vie et découvrent en eux-mêmes des ressources insoupçonnées. Le roman a d'ailleurs été adapté plusieurs fois dont la dernière en 1955 par Jean Negulesco (alors même que le genre "catastrophe" n'existait pas encore).

Ce sublime roman n'est malheureusement plus édité, on ne trouve que des occasions (... et les gens en profitent pour les vendre cher). Et pas de version liseuse non plus. Quel dommage ! Je ne comprends pas du tout pourquoi ce formidable écrivain est tombé dans l'oubli... Si mon billet vous a convaincus n'hésitez pas à le prendre à la bibliothèque ou à le chercher en occasion ! Si vous aimez mon blog, vous aimerez ce livre !

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Adaptation 1955

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

La Mousson (The Rains Came) est publié pour la première fois en 1937. Le roman est « commencé à Cooch Behar, janvier 1933, terminé à New York, juillet 1937. Le livre porte en exergue : « À tous mes amis hindous, princes, professeurs, politiciens, chasseurs, bateliers, balayeurs, et à G.H. sans qui je n'aurais jamais connu les merveilles et la beauté des Indes, ni compris le rêve hindou. »

Le roman est extrêmement riche en détails sur l'histoire de l'Inde, ses traditions, ses religions. Un peu d'info pour mieux se plonger dans l'ambiance.

L'Inde dans les années 30

Vers la fin du XIXe siècle, des premières mesures d'autonomie sont prises concernant l'Inde britannique avec la nomination des conseillers indiens auprès du vice-roi britannique (qui représente l'impératrice Victoria) et l'établissement des conseils provinciaux comprenant des membres indiens ; les Britanniques élargissent ensuite la participation aux conseils législatifs. À partir de 1920, Mohandas K. Gandhi transforme le Parti du Congrès (Indian National Congress) en un mouvement de masse combattant la domination coloniale britannique. C'est dans ce contexte que le roman débute : un lent processus de révolte et de lutte pour l'indépendance est en route.

Maharaja

Un raja est un titre de monarque en Asie du Sud et du Sud-Est. Rana est un titre équivalent. Le féminin est rani. Les rajas sont les souverains des petites principautés hindous, bouddhistes, jaïns ou sikhs. Les monarques musulmans portent plutôt le titre de nawab ou sultan mais certains, comme les Rajputs musulmans, utilisent celui de raja. Certains souverains, notamment s'ils sont suzerains de plusieurs autres, portent le titre de maharaja (« grand roi ») et leurs épouses celui de maharani.

Le grand Akbar

Il est fréquemment évoqué au cours du roman. Jalâluddin Muhammad Akbar dirige l'Empire moghol de 1556 jusqu'en 1605. Il est généralement considéré comme le plus grand — akbar en arabe — Moghol.

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Adaptation 1939

En 1556, il succède à son père Humâyûn à la tête du petit royaume musulman indien de ce dernier. Akbar agrandit son empire en faisant la conquête du Goujerat en 1573, du Bengale en 1576, du Sind en 1590, de l'Orissa en 1592 et du Balouchîstân en 1594. Au décès de son frère Hakîm, roi de Kaboul, en 1585, il hérite du Cachemire. Il se lance ensuite à la conquête du Sud de l'Inde.

Akbar fait preuve d'un grand talent d'administrateur. Il divise son territoire en 15 provinces, avec à la tête de chacune un gouverneur militaire, le Nawâb Nazîm, et un administrateur civil, le Dîwân qui contrôle les finances. Tolérant en matière de religion, il abolit, en 1563, la jiziya, l'impôt levé en terre d'islam sur les non-musulmans, les taxes sur les pèlerinages ; il épouse une princesse hindoue, Jodha Bai, et accueille des hindous dans son administration et ses armées. Il invite des représentants des grandes religions à débattre devant lui de questions religieuses. De ces débats et recherches, il tire, en 1581, une religion de la lumière appelée Dîn-i-Ilâhî, idéologie religieuse syncrétiste empruntant à l'islam, au christianisme et surtout au jainisme. Il espérait promouvoir cette religion comme facteur unifiant de son empire. 

Les dernières années du règne d'Akbar sont marquées par les rébellions fréquentes de son fils Salim, le futur empereur Jahângîr. 

Empire moghol

L'Empire moghol est fondé en Inde par Babur, le descendant de Tamerlan, en 1526, lorsqu'il défait Ibrahim Lodi, le dernier sultan de Delhi (royaume musulman au nord de l'Inde).

Le nom Moghol est dérivé du nom de la zone d'origine des Timourides, ces steppes d'Asie centrale autrefois conquises par Genghis Khan et connues par la suite sous le nom de « Moghulistan » : « terre des Mongols ». Bien que les premiers Moghols avaient conservé des coutumes turco-mongoles, ils sont pour l'essentiel « persanisés ». Ils introduisent donc la littérature et la culture persanes en Inde, jetant les bases d'une culture indo-persane.

L'Empire moghol marque l'apogée de l'expansion musulmane en Inde. Il se développe considérablement sous Akbar, et son essor se poursuit jusqu'à la fin du règne d'Aurangzeb. Après la disparition de ce dernier, en 1707, l'Empire entame un lent et continu déclin, tout en conservant un certain pouvoir pendant encore 150 ans. En 1739, il est défait par une armée venue de Perse sous la conduite de Nâdir Shâh. En 1756, une armée menée par Ahmad Shâh pille à nouveau Delhi, tandis que l'empire devient un espace d'affrontements entre divers groupes européens. Après la révolte des Cipayes (1857-1858), les Britanniques exilent le dernier empereur moghol, resté jusqu'à cette date, le souverain en titre de l'Inde.

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Capture de Muhammad Bahâdur Shâh et de ses fils par William Hodson près de la tombe de Humayun le 20 septembre 1857 - Révolte des Cipayes

L'empire marathe

Comme son nom l'indique, l'Empire marathe trouve son origine dans la région qui forme maintenant l'État du Maharashtra. Au XVIIe siècle, Shivâjî Bhonslé dirige une rébellion contre l'Empire moghol. Sous son règne et sous celui de son fils Sambhaji, le territoire marathe s'étend sur la vallée du Gange et une grande partie de l'Inde centrale. Après la mort de Shivajî, Aurangzeb (empereur moghol) marche sur le Dekkan avec l'intention d'en finir avec l'Empire marathe. Neuf années de guerre s'ensuivent qui s'achèvent par la capture de Sambhaji et sa mise à mort. Son frère cadet, Rajaram, lui succède et cherche à venger la mort de son aîné durant les dix années qui suivent, jusqu'à sa propre mort. Sa veuve déplace la capitale de l'empire à Kolhapur et continue son combat.

Au décès d'Aurangzeb, en 1707, Shâhû, le fils de Sambhaji, qui avait été élevé par les Moghols, est rendu à son peuple à la mort de l'empereur. Il installe au poste premier ministre, Bâlâjî Vishwanâth qui l'a aidé à être reconnu comme Chhatrapati, chef des Marathes.

À la mort de Bâlâjî, son fils, Bâjî Râo Ier lui succède au poste de peshwa, et le poste de premier ministre devient héréditaire. Bâjî Râo s'empare de tous les pouvoirs en 1727, et à partir de cette date, les descendants de Shivajî n'ont plus qu'un rôle honorifique. Il renforce la position des Marathes en faisant la conquête du Nizâm, en prenant le contrôle du Mâlvâ et du Goujerat et en nouant de nombreuses alliances.

Shâhû meurt sans enfant et Bâlâjî Râo, fils de Bâjî, prend la tête de l'empire, en 1748, après s'être débarrassé des derniers prétendants au trône. Cependant les Marathes alliés aux Sikhs sont vaincus par les Afghans.

Ces rivalités et ces guerres, qui durent des décennies, laissent le champ libre aux Européens, et plus particulièrement aux Britanniques...  

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Révolte des Cipayes

Révolte des Cipayes

La révolte des Cipayes (soldats) est un soulèvement populaire qui a lieu en Inde en 1857 contre la Compagnie anglaise des Indes orientales. Il est également appelé première guerre d'indépendance indienne ou rébellion indienne de 1857.

La révolte commence par une mutinerie des Cipayes de l'armée de la Compagnie anglaise des Indes orientales le 10 mai 1857 dans la ville de Meerut, laquelle entraîne un soulèvement populaire dans le Nord et le centre de l'Inde. Les principaux combats ont lieu dans les États actuels de l'Uttar Pradesh, du Bihar, dans le Nord du Madhya Pradesh et dans la région de Delhi. La rébellion menace grandement le pouvoir de la Compagnie dans la région et ne sera écrasée qu'avec la chute de Gwâlior le 20 juin 1858.

Les autres régions contrôlées par la Compagnie comme la province du Bengale et les présidences de Bombay et de Madras restent relativement calmes. Dans le Pendjab, les princes sikhs fournissent des soldats et du ravitaillement à la Compagnie. Les grands États princiers comme Hyderâbâd, Mysore, Travancore et le Cachemire ainsi que le Rajasthan ne rejoignent pas la rébellion. Dans certaines régions comme à Ayodhya, la rébellion prend la forme d'une révolte populaire contre la présence européenne. Les chefs de la rébellion comme Lakshmî Bâî deviennent les héros du Mouvement pour l'indépendance de l'Inde un siècle plus tard. La rébellion mena à la dissolution de la Compagnie anglaise des Indes orientales en 1858 et força les Britanniques à réorganiser l'armée, le système financier et l'administration en Inde. L'Inde fut alors gouvernée directement par la couronne britannique au sein du nouveau Raj britannique.

Hindouisme

L’hindouisme est l'une des plus anciennes religions du monde encore pratiquée qui n'a ni fondateur ni Église. Avec près d'un milliard de fidèles dans 85 pays, c'est actuellement la troisième religion la plus pratiquée dans le monde après le christianisme et l'islam. Elle est issue du sous-continent indien qui reste son principal foyer de peuplement.

La majorité des hindous croient en l'autorité du Veda qui, selon la tradition, fut révélé aux hommes de façon « non-humaine » par Brahmā, et grâce à l'« audition » des Rishi (c'est-à-dire les « Voyants »). Les auteurs de textes védiques ne sont pas tous identifiés, ou bien de façon légendaire comme Vyāsa. L'hindouisme se présente en fait comme un ensemble de concepts philosophiques issus d'une tradition remontant à la protohistoire indienne, la pratique étant sans doute issue d'une tradition orale très ancienne, proche de l'animisme et comptant de nombreuses divinités. 

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Statue de la divinité Ganesh

Sikhisme

Le sikhisme est une religion monothéiste fondée dans le nord de l'Inde au XVe siècle par le Gurû Nanak. La doctrine du sikhisme se fonde sur les enseignements spirituels des Dix gurûs, recueillis dans le Sri Guru Granth Sahib.

Ses adeptes croient en un seul Dieu Suprême, Absolu, Infini, l'Éternel, le Créateur, la Cause des causes, sans inimitié, sans haine, à la fois immanent et transcendant. Il est appelé : le Guru Suprême. Le sikhisme considère que toutes les religions peuvent mener vers Dieu. Si la religion sert à se croire supérieur aux autres, il ne s'agit pas de religiosité – mais de vanité humaine, orgueil ou démon que le sikhisme demande de détruire. Les sikhs ne reconnaissent pas le système de castes, ils y sont même farouchement opposés ; le sikhisme s'est créé sur un concept d'égalité de droits pour tous. De même, les sikhs ne croient pas en l'adoration des idoles, dans les rituels ou les superstitions.

Cette religion correspond à une manière d'être, de rendre service à l'humanité et d'engendrer tolérance et fraternité vis-à-vis de tous. Les Gurus du sikhisme ne demandent pas le retrait du monde pour atteindre le Salut. Il peut être atteint par chaque personne qui gagne honnêtement des richesses matérielles et mène une existence enracinée dans la volonté de paix.

Mousson

La mousson est un flux de masses d'air, originaires d'un hémisphère géographique et qui s'intègre dans la circulation du second hémisphère, qui s'applique de façon stricte au climat indien.

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Avant la mousson (mai)

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Après la mousson (août)

Dans ce climat, il existe une alternance entre saisons sèches et humides, et de vents périodiques qui participent à la mousson. Ces vents connaissent des inversions de direction saisonnières le long des rivages de l'océan Indien, particulièrement dans la mer d'Arabie et le golfe du Bengale. Les vents soufflent du sud-ouest pendant six mois et du nord-est pendant l'autre semestre, entraînant des cycles climatiques très marqués entre saisons sèche et humide.

Le mot désigne également plus spécifiquement la saison durant laquelle les vents soufflent dans le sud-ouest de l'Inde et les régions adjacentes, caractérisée par des précipitations très fortes.

Certaines zones d'Asie, du nord australien, d’Afrique orientale et occidentale, ainsi que d'Amazonie ont des climats assez similaires et les périodes humides sont alors également qualifiées par extension de moussons.

Les castes indiennes

Les castes sont des divisions des sociétés du sous-continent indien en groupes héréditaires, endogames et hiérarchisés. Elles trouvent leur origine dans l'hindouisme mais touchent toute la société indienne. Certains auteurs considèrent que la colonisation britannique de l'Inde a joué un rôle majeur dans la rigidité du système des castes. L'article 15 de la Constitution de l'Inde interdit les discriminations fondées sur les castes mais celles-ci continuent de jouer un rôle majeur dans la société contemporaine. Certaines catégories (Dalits, Adivasis, Other Backward Classes) bénéficient d'une politique de quotas dans la représentation politique, la fonction publique et l'éducation.

Au cours de la période védique (aux environs de 1500 avant JC, mais la datation fait toujours débat) et modification essentielle par rapport aux sociétés dravidiennes antérieures, les colonisateurs aryens constituent une société de classes. Ils se distinguent des populations indigènes qu'ils soumettent et considèrent comme inférieures. Ainsi, naît la formulation d'une théorie des classes sociales : la théorie des Varna, (le mot varna signifiant « couleur » en sanskrit). La société est répartie en Brahmanes qui assurent les services religieux, en dessous d’eux les Kshatriyas ou guerriers, puis les Vaishyas, qui sont à l'origine des propriétaires cultivateurs, enfin les Shudras, petits agriculteurs et éleveurs. La quatrième classe, celle des Sudra ou Shudras est métissée avec la population indigène. Les Varnas constituent une première figuration du système des castes.

Néanmoins, ce nouveau système social est encore loin de s'imposer dans l'ensemble du monde indien et produit tous ses effets exclusivement dans la plaine gangique, le centre et le sud de l'Inde y échappant totalement. De surcroît, la naissance du bouddhisme et le début de son développement condamne tout système de caste. Elles deviendront pourtant un texte fondamental de la société brahmanique et seront largement diffusées dans une grande partie de l'Inde. C'est avec l'affirmation des cultes de Shiva et de Vishnou que l'établissement de cette société hiérarchique devient effectif pour l'ensemble de l'Inde au XIIe siècle.

Caractéristiques générales :

  • spécialisation héréditaire : une caste est associée à un métier. Il y a des castes de blanchisseurs, de forgerons, de tanneurs, de barbiers, etc. 
  • endogamie : les personnes d'une caste se marient avec des personnes de cette même caste. Cette règle est majoritairement respectée dans l'Inde moderne et les mariages inter-castes restent rares. Au-delà de l'endogamie, les castes tentent également de maintenir une distance sociale vis-à-vis des autres castes (refus des repas en commun notamment) ;
  • la hiérarchie : les différentes castes forment des groupes dépendants les uns des autres et hiérarchisés entre eux. Les êtres humains sont fondamentalement inégaux et chacun doit accomplir au sein de la société la tâche qui convient à son rang. Cette hiérarchie s'exprime par un certain niveau relatif de pureté de la caste : les hindous sont sensibles à l’impureté de certains évènements (décès, naissance, etc.) ou activités (le travail de la peau par exemple). Le degré d’impureté d’une occupation professionnelle se reflète sur la pureté relative de la caste qui la pratique. Ainsi, par exemple, la caste chargée d’évacuer et d’équarrir les bêtes mortes est considérée comme très impure, à tel point qu’un hindou d’une caste supérieure ne pourrait toucher ou boire la même eau qu’un de ses membres : c’est l’origine de l’intouchabilité ;
  • l'exhaustivité : en principe, tout hindou appartient à une caste.

Même si les autres religions présentes en Inde (islam, sikhisme, christianisme...) refusent ce système, certaines hiérarchies se sont de fait plus ou moins imposées.  

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Intouchables

Le premier recensement complet de l’Inde a été mené par les Britanniques en 1872 et plusieurs auteurs considèrent qu'il a conduit à la création d’une certaine conscience de caste, qui jusqu’alors était plus diffuse et floue. Cette volonté de classification hiérarchique des colonisateurs a conduit de nombreux groupes à prendre conscience de la place qu’ils occupaient dans la société, amenant certains à réclamer une reclassification, pour accéder à une carrière militaire par exemple.  

Traditionnellement, une caste peut être dotée d'une gouvernance sous la forme d'une assemblée. Formé par un groupe de notables ou spécialistes, ce gouvernement agit comme une « autorité plurielle, gardienne de la coutume et de la concorde » à qui on peut faire appel pour arbitrer un conflit ou sanctionner ce qui est contraire à la coutume de la caste. Ces dernières années, ils ont été déclarées illégaux par la Cour suprême de l'Inde en raison de peines qu'ils infligent — pouvant aller jusqu'au crime d'honneur.

En colonisant l'Inde, les Britanniques mettent en place un système d’écoles publiques théoriquement ouvertes à tous, sans considération de castes. Cependant, dès 1854, on constate que beaucoup d'enfants sont rejetés par les enseignants et les parents d’élèves. Aussi est-il décidé en 1892 d’établir des écoles spéciales réservées. En 1919, des sièges sont réservés aux castes inférieures dans les assemblées législatives des provinces et l'assemblée centrale siégeant à New Delhi. Les Britanniques créent en 1944 des bourses réservées aux castes les plus basses. À partir de 1934, lorsqu’il est constaté que même instruits, les Intouchables ne trouvent pas d’emploi, un quota d’embauche de 8,5 % est instauré dans la fonction publique (porté à 12,5 % en 1946). 

La question des castes en général n’est pas vraiment été au cœur des préoccupations de la pensée politique indienne, sauf chez les plus "inférieurs", isolés du reste de la population qui commencent à revendiquer une meilleure place dans la société.

Né en 1891 dans la caste des Mahars, Ambedkar a étudié à l’université de Bombay, l’université Columbia aux États-Unis puis à Londres, avant de rentrer en Inde en 1923. Il s’implique dans la lutte des castes inférieures pour avoir accès aux temples hindous ou le droit de puiser l’eau dans les mêmes puits que les autres hindous. Il participe, en tant que représentant des Intouchables, aux trois conférences de la Table ronde à Londres. En 1947, il est invité par Nehru à devenir le premier ministre de la Justice du gouvernement de l’Inde indépendante, avant d’être élu à la présidence du comité de rédaction de la Constitution de la République indienne. Mais Ambedkar ne se contente pas d’une critique sociale : pour lui, l’origine du mal se situe dans l’existence du système des castes. Or ce système trouvant sa source dans la religion, c’est l’hindouisme même qu’il faut remettre en cause.

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Jeunes brahmanes, futurs prêtres, enseignants ou lettrés

À l'inverse d'Ambedkar, Mohandas Karamchand Gandhi ne remet pas en cause l’organisation en castes de la société indienne. Au contraire, il est « convaincu de la perfection organiciste et cosmique de l’ordre quadripartite des castes hindoues ». En 1920 Gandhi écrit qu’il y a trois possibilités d’action pour ce qu’il appelle alors les Panchamas : l’alliance avec les Britanniques qui selon lui ferait d’eux leurs « esclaves », le rejet de l’hindouisme qu’il refuse car « l’intouchabilité ne fait pas partie de l’hindouisme [mais] est plutôt une excroissance à retirer par tous les moyens », et la non coopération avec les autres hindous, impossible pour lui car nécessitant une organisation dont ils ne disposent pas.  

En l’absence d’accord entre les représentants, le gouvernement britannique rend en août 1932 un arbitrage accordant aux communautés, y compris les castes inférieures, des électorats séparés. Gandhi, en recourant à la grève de la faim, oblige alors Ambedkar à accepter une solution de compromis : le Pacte de Poona. Selon les termes du pacte, les castes inférieures ne disposent plus d’un électorat séparé mais voient un certain nombre de circonscriptions hindoues réservées à des candidats issus de leurs rangs. Sont ainsi jetées les bases du système qui perdure aujourd’hui.

La Constitution se garde d’abolir le système des castes dans son ensemble. Elle se contente d’interdire les discriminations. Le titre XVI prévoit dans l’article 340 la nomination d’une commission chargée d’examiner « la condition des classes arriérées sur le plan social et éducatif » et de faire des recommandations pour améliorer cette condition. Dans tous les cas, les Intouchables restent peu concernés... Il faut attendre les années 1970 pour que la conception des basses castes commence à évoluer.  

Bien loin de l’objectif d’une société sans caste, encore rappelé par Rajiv Gandhi dans son discours de 1990, les castes sont une réalité dans l’Inde contemporaine. Les inégalités de richesses se retrouvent dans le type d'emploi occupé. Ainsi, non seulement les basses castes disposent globalement d’un revenu plus faible, mais elles ont également des emplois plus précaires que les autres. Ils ont toujours eu un taux d’alphabétisation inférieur au reste de la population. 

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Tchadors

Purdah

Le Purdah désigne une pratique empêchant les hommes de voir les femmes. Il prend deux formes : la ségrégation physique entre les sexes et l'obligation aux femmes de couvrir leur corps et de cacher leurs formes. Le purdah existe sous plusieurs formes dans les communautés hindoues et musulmanes principalement du sous-continent indien et des pays arabes. Le vêtement caractéristique du purdah est le tchadri ou niqab, un voile noir qui couvre tout le corps, laissant apparaître seulement les yeux ; le tchador, lui, laisse libre le visage entier. La burqa, souvent bleue et comportant une résille devant le visage, est une invention relativement récente, introduite par les talibans en Afghanistan. La burqa salafiste, plus rigoureuse encore, est amenée par le mouvement salafiste dans les pays du Golfe et au Pakistan il y a une vingtaine d'années. En plus du tchadri, noir, les femmes doivent avoir les mains gantées, les pieds recouverts, et des lunettes de soleil pour cacher les yeux : c'est l'enfermement total.  

La pratique du purdah s'est probablement développée en Perse et s'est ensuite répandue dans les pays voisins. Avec le temps, les lois associées au purdah se durcissent. Pendant la domination britannique, la pratique est alors largement répandue chez les musulmans du sous-continent indien, pratique qu'ils tentent de combattre.

La ségrégation physique à l'intérieur d'un bâtiment peut se concrétiser par des murs, des rideaux et des écrans. La stricte application du purdah restreint les activités personnelles, sociales et économiques des femmes à l'extérieur de la maison. Les femmes des classes sociales les moins élevées sont les plus susceptibles de ne pas appliquer le purdah car elles ont besoin de sortir pour travailler. Et c'est dans les milieux aisés ou intellectuels que l'on rencontre des femmes qui s'affranchissent de cette pratique.

Dans les pays arabes islamiques, comme l'Arabie saoudite, le purdah est une coutume culturelle plus que strictement religieuse : en effet, seul le hijab (foulard entourant le visage) est obligatoire selon l'avis prépondérant des oulémas. Le hijab est en effet de tradition islamique, basé sur la morale physique et psychologique, alors que le purdah n'est pas nécessairement conforme à l'islam. En effet il n'en est fait mention directement ni dans le Coran, ni dans la Sunna.  

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Tanga

Les éléphants d'Asie

L'éléphant commence à être domestiqué il y a plus de 4 500 ans dans la vallée de l'Indus. Sa première utilisation est vraisemblablement celle d'auxiliaire de guerre : sa taille imposante effraie hommes et chevaux et il peut également servir de bête de somme en tirant des engins de siège. Au IVe siècle av. J.-C., on invente le combat d'éléphants durant lequel deux cornacs forcent les animaux à se battre, puis les éléphants sont utilisés durant les jeux du cirque, se battant contre d'autres animaux (ours, lion) ou contre des gladiateurs. Puis l'éléphant devient un animal de travail utilisé notamment pour le débardage. Par ailleurs, il peut se rendre facilement sur des terrains non balisés et peu faciles d'accès (boueux, marécageux...). 

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Prélevé dans la nature, chaque pachyderme se voit désigner un unique dresseur qui l'accompagnera durant toute sa vie, appelé mahout ou cornac. Il est à la fois le maître, le guide et le soigneur de l'éléphant. On est cornac de génération en génération. La relation entre l'animal et son maître est fusionnelle. Le cornac est assis sur le cou de l'animal et communique avec son éléphant par l'intermédiaire de mots, de gestes et de mouvements de pieds. Un éléphant peut être dressé pour réagir à une cinquantaine de mots.

Toutefois, tout cela a changé depuis l'industrialisation d'une partie de l'Asie : l'éléphant a perdu son statut de transporteur, remplacé par la voiture et délaissé par l'effondrement des traditions locales. Aucune place ne lui est laissée et il est désormais souvent interdit en ville. Leur déplacement au sein des localités est problématique : auparavant, les routes étaient essentiellement utilisées par des piétons et le pachyderme se frayait facilement un chemin, tout le monde s'écartant sur son passage. Avec l'arrivée des voitures, l'éléphant pose un problème évident : sa lenteur et sa taille imposante le rendent incompatible avec le système de circulation.

Les décès provoqués par des éléphants sont très courants. C'est une véritable guerre qui aujourd'hui règne entre l'animal et l'homme, aggravé par le trafic d'ivoire et la déforestation qui pousse les animaux vers les villes alors qu'ils en sont chassés.

Brahmane

Un brahmane est un membre d'une des quatre castes les plus élevées en Inde regroupant les prêtres, les sacrificateurs, les professeurs et les hommes de loi. La caste des brahmanes représente environ 6 % de la population de l'Inde.

Plus généralement, un brahmane est un homme de lettres disposant de connaissances importantes sur le monde ; il peut ainsi être appelé Pandit, qui est le titre le plus glorieux que peut avoir un brahmane du fait de sa large connaissance philosophique, scientifique ou artistique.

Choléra

Le choléra est une toxi-infection entérique épidémique contagieuse due à la bactérie Vibrio choleræ, ou bacille virgule. Strictement limitée à l'espèce humaine, elle est caractérisée par des diarrhées brutales et très abondantes menant à une sévère déshydratation. La forme majeure classique peut causer la mort dans plus de la moitié des cas, en l’absence de traitement.

La contamination est orale, d’origine fécale, par l’eau de boisson ou des aliments souillés. L'Organisation mondiale de la santé estime que le choléra entraîne chaque année environ 100 000 décès pour 4 millions de cas recensés. En France (hors Guyane et Mayotte), le choléra autochtone a disparu, on compte entre 0 et 2 cas importés chaque année depuis 2000.

Typhus

Le typhus est le nom donné à un groupe de maladies similaires, graves pour l'être humain. Ce terme désigne plus particulièrement le typhus exanthématique, transmis par le pou de corps, et le typhus murin, transmis par la puce du rat. La maladie frappe surtout les adultes confinés en situation précaire, sous-alimentés et en absence d'hygiène, dans les camps militaires, les navires, les prisons...

Ces maladies ont été longtemps confondues avec d'autres, notamment la fièvre typhoïde. La découverte de leur transmission par arthropodes vecteurs (poux, puces, tiques...) a permis de lutter contre le typhus par des mesures d'hygiène (épouillage) et d'enclencher des recherches vaccinales. Ces mesures d'hygiène associées à l'utilisation d'insecticides, puis à l'antibiothérapie ont fait disparaître et même oublier l'importance et la gravité qu'avait le typhus avant les années 1950.

Thyphoïde

La fièvre typhoïde est une maladie infectieuse causée par une bactérie de la famille Entérobactérie, du genre des salmonelles. La contamination se fait par l'ingestion de viandes peu cuites, et de boissons ou aliments souillés par les selles d'une personne infectée, malade, ou porteur sain. 

Quarante-huit heures après la contamination, survient une fièvre qui augmente progressivement atteignant 40 °C accompagnée de possible céphalée, asthénie, anorexie, insomnie. Cet épisode dure une dizaine de jours et correspond à la période d'incubation, pendant laquelle il y a multiplication des salmonelles dans les ganglions mésentériques ; il précède la phase de dissémination du germe dans le sang (septicémie). La rate grossit, la langue est blanchâtre, le nez peut saigner, apparaissent douleurs abdominales, diarrhée ou constipation, état de stupeur et d’abattement extrême. Le malade est prostré. Cette phase est responsable des complications qui peuvent entraîner le décès dans 30 % des cas en l'absence de traitement. La maladie est aujourd'hui quasiment absente des pays développés, où l'eau de boisson est javellisée, mais reste fréquente dans les pays en développement d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine.  

Malaria (ou paludisme)

La malaria est une maladie infectieuse due à un parasite du genre Plasmodium, propagée par la piqûre de certaines espèces de moustiques. Avec 207 millions de personnes malades et 627 000 décès en 2012, le paludisme demeure la parasitose la plus importante. 80 % des cas sont enregistrés en Afrique subsaharienne.

Le parasite infecte les cellules hépatiques de la victime puis circule dans le sang, en colonisant les hématies et en les détruisant. Cette destruction des globules rouges provoque une anémie et cause de très fortes fièvres. Si la mort ne survient pas, une succession régulière de cycles semblables va suivre, qui seront progressivement diminués (les défenses immunitaires s'organisant). Les parasites perdent alors toute chance de survie dans l'être humain.

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La variole (ou petite vérole)

La variole ou petite vérole est une maladie infectieuse d'origine virale. Elle se caractérise en quelque sorte par un « mouchetage de pustules ». Elle a été totalement éradiquée le 26 octobre 1977 (date du dernier cas connu en Somalie, un cuisinier hospitalier), grâce à une campagne de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) combinant des campagnes de vaccination massive, dès 1958, avec une « stratégie de surveillance et d'endiguement », mise en œuvre à partir de 1967. La variole est surnommée abusivement petite vérole par référence avec la syphilis, elle-même surnommée grande vérole, avec laquelle elle n'a rien en commun.

Silencieuse, la période d'incubation est en moyenne de 12 jours. La phase d'invasion est brutale et aiguë, durant trois jours. Elle comporte une fièvre très élevée, à 40 °C ou plus, de grands frissons, un syndrome douloureux (maux de têtes, douleurs dorsales), des nausées et vomissements fréquents. Lors de l'apparition de l'éruption (taches rouges sur la face et l'extrémité des membres, puis le tronc), la fièvre et les autres symptômes s'atténuent le plus souvent. Chaque élément éruptif est d'abord une macule, puis une papule de 2 à 3 mm, devenant une vésicule de 2 à 5 mm au troisième jour de l'éruption. Ces vésicules sont très dures à la palpation, donnant l'impression d'un grain de plomb. Elles sont emplies d'une sérosité claire. À partir du cinquième jour de l'éruption, le liquide des vésicules se trouble. Les vésicules évoluent en pustules, de 4 à 6 mm, reposant sur une base très inflammatoire. Elles tendent à se déprimer en leur centre (ombilication). Le stade de pustule ombiliquée est la phase critique, celle où la fièvre et les douleurs reviennent, et où la mort peut survenir. À partir du huitième jour de l'éruption, les pustules se dessèchent, cette phase s'accompagne d'une chute définitive de la fièvre pour se terminer entre le 15e et le 30e jour de l'éruption. La convalescence est longue. Chaque élément laisse une cicatrice déprimée, blanche et définitive.

Les complications les plus courantes sont les surinfections bactériennes cutanées, pulmonaires et oculaires, ainsi que le sepsis généralisé, les principaux organes atteints étant les reins, les articulations, le cœur et le système nerveux. 

Etant virale, il n'existe pas d'autre traitement que la prévention par le vaccin.

Peste

La peste est causée par le bacille Yersinia pestis. La peste de 1347–1352 a profondément marqué l'Europe en exterminant 25 % à 50 % de sa population.  

Le rat est le premier réservoir à proximité immédiate de l'homme. Mais aussi de très nombreux rongeurs sauvages comme les marmottes, les gerbilles, les écureuils, les lapins... Le vecteur est la puce du rat ; quand l'homme est touché, la puce de l'homme prend alors le relais pour la transmission d'homme à homme. Une puce infectée le reste toute sa vie. Elle transmet la bactérie par piqûre, et accessoirement par ses déjections qui se retrouvent sur la peau humaine ou dans la poussière des habitations. Il existe trois grands types de peste :

Peste bubonique : Forme la plus fréquente, la peste bubonique fait suite à la piqûre de la puce. La peste peut se déclarer d'abord chez les rongeurs qui meurent en grand nombre. Les puces perdant leur hôte recherchent d'autres sources de sang, et contaminent l'homme et les animaux domestiques par piqûre. Après une incubation de moins d’une semaine, apparaît brutalement un état septique avec fièvre élevée, frissons, vertiges, sensation de malaise. Le bubon apparaît vers le 2e jour (visible à l'œil nu) après le début fébrile, mais il peut être détecté dès les premières heures par la palpation. Il s'agit en fait d'un ganglion qui a augmenté de volume. Les aires ganglionnaires le plus souvent touchées sont l’aire inguinale (pli de l'aine) ou crurale (haut de la cuisse), plus rarement axillaire voire cervicale. Il est d'abord sensible, inflammatoire, puis de plus en plus douloureux à mesure qu'il grossit. Des signes de déshydratation et de défaillance neurologique vont accélérer l'évolution de la maladie vers une mort en moins de sept jours en l'absence de traitement efficace. 

Peste septicémique : La peste septicémique est la plupart du temps une complication de la peste bubonique, due à une multiplication très importante des bacilles dans la circulation sanguine. Cette variété de peste apparaît quand les défenses des ganglions lymphatiques et les autres types de défense sont dépassés. Le bubon peut être absent, le germe se multipliant immédiatement dans le sang.  

Peste pneumonique ou pulmonaire : Forme plus rare que la peste bubonique, c'est la forme la plus dangereuse car extrêmement contagieuse. La peste pneumonique ou pulmonaire survient lorsque le bacille pénètre directement dans l'organisme par les poumons, ou par complication pulmonaire d'une peste septicémique. Les humains sont contaminés, et contaminent, par les crachats (expectorations purulentes) et les projections microscopiques (toux, postillons) contenant le germe. Après une période d'incubation de quelques heures à deux jours, s’installe une pneumopathie aiguë sévère avec état septique. Même avec un traitement antibiotique approprié, cette forme de peste est souvent mortelle en quelques jours par œdème pulmonaire aigu et défaillance respiratoire.

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La puce du rat

Sans traitement moderne, la peste bubonique évolue vers le décès par septicémie dans 60 % des cas, les formes septicémiques et pulmonaires étant presque toujours mortelles.

Un traitement réel contre la peste n’a été disponible qu’après la découverte du bacille par Alexandre Yersin en 1894. Il s'agissait de la sérothérapie par sérum antipesteux de Yersin (1896). Un autre traitement historique a été la phagothérapie, dans les années 1920-1930.

Mais le traitement par antibiotiques est le seul véritablement efficace (guérison en quelques jours).  

La désinsectisation et la lutte contre les réservoirs animaux (dératisation obligatoire des navires) sont déterminantes dans la prévention d’une épidémie. Dans les parcs naturels aux États-Unis, des panneaux préviennent les promeneurs d'éviter tout contact avec les rongeurs.

Il existe un vaccin utilisé uniquement pour protéger les personnes à très haut risque, comme les militaires en opération dans des zones endémiques de peste, ou celles qui travaillent sur la peste (microbiologistes et chercheurs sur la bactérie, les puces ou les rats infectés). Ses inconvénients sont sa faible durée de protection (de l'ordre de 6 mois), ce qui peut nécessiter des injections de rappel, avec un risque d'effets secondaires plus important. De plus, il ne protège pas de la peste pulmonaire primaire. 

De nouveaux essais de vaccins sont en cours depuis 2005 au Canada. Le but est de trouver un vaccin efficace contre toutes les formes de pestes, y compris la forme pulmonaire.

La peste est considérée par l’OMS comme une maladie réémergente. C'est une maladie de la pauvreté en Afrique, en Amérique du Sud et en Inde. Ailleurs, dans les autres régions endémiques (Asie centrale, Ouest des États-Unis), c'est une maladie sporadique liée aux activités professionnelles ou touristiques de pleine nature.

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Bombay pendant la mousson

MES EXTRAITS FAVORIS

Il attendit que le vacarme eût cessé, puis se leva, très beau, avec sa culotte blanche, son justaucorps noir fermé par des boutons de diamants et le turban de Ranchipur, net, élégant. Pour un homme de sa prestance, c'était le plus seyant des costumes ; il soulignait la largeur de ses épaules de lutteur, l'étroitesse de ses hanches, les muscles de ses bras. "Les Hindous sont la plus belle, la plus fine des races", songea de nouveau Miss Mac Daid. Lorsqu'on avait vécu longtemps aux Indes, les plus remarquables visages d'Occident apparaissaient comme des poudings anémiques et désossés.

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Il les [les singes] connaissait tous, car ils vivaient dans les arbres du parc du palais, de l'autre côté de la rivière. D'habitude, ils ne s'en éloignaient guère, se nourrissant de bananes, de mangues et des reliefs déposés pour eux chaque soir par les serviteurs du maharajah. Mais parfois, ils partaient en quête d'aventures, de mauvais tours, de destruction. De coutume, Ransome leur faisait une guerre sans merci ; il avait donné l'ordre à Jean-Baptiste de les chasser s'ils arrivaient pendant son absence. Jean, converti au christianisme, n'éprouvait aucun scrupule à sévir contre eux. A une ou deux reprises, ils avaient saccagé les fleurs du jardin, allant de plante en plante, arrachant systématiquement toutes les corolles qui attiraient leur attention. Ils ne les mangeaient pas mais les jetaient dans la poussière, regardant de temps à autre par-dessus leur épaule pour s'assurer qu'aucune vengeance ne les menaçait.

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Mais était-il le seul qui, dégoûté, était parti à la recherche de l'évasion et de la paix ? Dans les fabriques, les bureaux, les écoles, les boutiques, des millions d'hommes, semblables à lui, désiraient aussi s'enfuir, mais ils ne le pouvaient, leurs ancêtres n'ayant pas comme les siens extrait une fortune considérable des montagnes du Névada. Et, tandis qu'il sarclait avec une vigueur redoublée, il comprit que ce n'était qu'en travaillant la terre que la race humaine retrouverait la sérénité et l'espérance.  Celles-ci n'existaient plus dans le monde créé par l'homme, ce monde malade, fatigué, apathique, qui, d'expédient en expédient, de compromis en compromis, sombrerait finalement dans les mêmes vieux maux qui avaient détruit les peuples, les nations, les civilisations, depuis le commencement des temps.

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Il [le maharaja] ne redoutait pas la mort. Dans sa lassitude, il la souhaitait presque, comme un homme fatigué qui désire dormir. Examinant son coeur et sa conscience, il découvrait qu'il n'avait pas grand-chose à se reprocher. Simple et bon, il se voyait exactement comme il était, sans qualités brillantes, sans dons extraordinaires : un homme qui, aussi loin que remontait son souvenir, avait essayé d'agir de son mieux pour le bien de son peuple. Il savait parfaitement qu'il devait ses richesses fabuleuses, son pouvoir absolu, son prestige, non à son propre mérite mais à un simple concours de circonstances. Sans celles-ci, il n'eût été qu'un humble vieillard dans un village perdu quelque part dans les vastes et poussiéreuses étendues du Deccan. Mais considérant les biens dont il avait disposé, il n'en avait pas abusé. Ses richesses, il les avait employées à bâtir des écoles, des bibliothèques, des hôpitaux, à supprimer pour toujours inondations et famines, à construire des fabriques, des boutiques qui apporteraient la prospérité à son peuple. Son pouvoir, il s'en était servi pour lutter contre les anciens préjugés qui, telle une maladie incurable, rongeaient le grand corps des Indes ; pour bannir les prêtres indignes, les brahmanes parasites, pour arracher les Intouchables aux quartiers fétides où la superstition les avait emprisonnés. Il ne s'était montré ni fanatique, ni tyrannique, ni dépravé, bien que le destin lui en eût offert maintes fois l'occasion. Et tout cela, il l'avait accompli non pas en ami, mais en ennemi des religions, parce qu'autrefois un Anglais lui avait enseigné à abandonner la mesquinerie, la superstition inhérentes à toutes sectes, pour s'élever vers une foi plus haute que l'on ne pouvait trouver dans les idoles ni dans d'hypothétiques et invisibles dieux, mais, comme le grand Akbar, dans l'humanité elle-même.

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Rashid lui-même, comme tout bon musulman, considérait le plus noir des Marocains, ou le plus jaune des Malais, comme son frère en Islam. Sur ce plan, les chrétiens avaient échoué, disait-il, depuis qu'ils s'étaient divisés en groupes et en sectes, selon leur race ou leur nationalité. "C'est ce qui finira par détruire l'Occident, ajoutait-il. L'Islamisme, lui, est resté intact, il forme bloc, des Colonnes d'Hercule à la mer de Chine ; la Chrétienté sombrera dans une barbarie hurlante et deviendra la proie de bandes de brigands."

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Les yeux mi-clos, la maharani la regarda sortir. Sur Maria Lishinskaia, elle venait d'exercer un infime fragment de la vengeance que son orgueil et sa passion souhaitaient tirer de l'Europe pour près d'un demi-siècle d'humiliations répétées.

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L'Europe était épuisée, tandis que l'Orient commençait à se réveiller, rafraîchi et fortifié par son long sommeil.

La mousson

Miraculeusement, les pluies avaient transformé le paysage et toute la vie de Ranchipur. Dans le jardin de Ransome, en quelques heures, les lianes avaient lancé de longs et tendres jets, d'un vert de laitue, qui s'insinuaient partout, se glissaient dans les moindres interstices, dans les conduites d'eau, par les fenêtres ouvertes, s'enroulaient aux colonnes de la véranda, aux chaises du jardin, s'enchevêtraient, s'élançaient, s'attachaient avec une sorte de volupté végétale à tout ce qu'ils rencontraient. Dans les plates-bandes, au milieu des sentiers battus, des pousses surgissaient, nées de la chaude averse. Les soucis, les roses trémières se redressaient à vue d'oeil, s'épanouissaient ; les banians et les immenses manguiers, lavés et rajeunis, apparaissaient dans la pleine splendeur de leur sombre feuillage.

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Dans les jardins de la Mission américaine, les pétunias, les géraniums, les orchidées de tante Phoebe, suspendus aux branches dans leurs vieilles boîtes de fer-blanc et leurs corbeilles de bambou, poussaient et fleurissaient avec une telle exubérance que la vieille dame, en manteau de pluie, armée d'un mètre, sortait sous les rafales pour mesurer leur croissance d'un matin à l'autre.

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Et les serpents commençaient à sortir. Pythons, cobras, kraits, vipères, d'abord engourdis, puis avec un appétit grandissant, envahissaient les jardins, les champs, les bords de la rivière. A l'hôpital, les morsures de serpents vinrent ajouter aux charges de Miss Mac Daid. Il fallait amputer les chairs et faire des injections de sérum. Si le coeur était solide, on parvenait à sauver les victimes des cobras et des vipères ; mais pour celles des petits kraits, il n'y avait pas d'espoir.

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Partout dans les maisons, dans le vaste palais, la moisissure s'étalait en taches sur les murs. Tout le jour on devait entretenir des feux pour sécher les draps de lit alourdis par l'humidité d'une nuit. Les insectes pullulaient par millions, transformant les moustiquaires en pesants linceuls noirs. Pendant le jour, ils s'insinuaient en masses compactes derrière les tableaux, sous les coussins, sous les meubles, servant de festin aux petits lézards criailleurs qui vivaient dans les plafonds bourrés de roseaux.