Sixième volume des Rougon-Macquart. Pas le meilleur.

INCIPIT

Le président était encore debout, au milieu du léger tumulte que son entrée venait de produire.

00

RESUME

Eugène Rougon est le fils aîné de Pierre et Félicité Rougon. Dans les romans La Fortune des Rougon, La Curée et La Conquête de Plassans, son ascension politique a été décrite indirectement : depuis Paris, la capitale, il a permis à ses parents de s'emparer du devant de la scène politique à Plassans, sa ville natale, et à son frère, Aristide Saccard (qui change de nom pour que le rapprochement ne soit pas immédiatement fait entre lui et son frère), de s'enrichir par la spéculation immobilière à Paris ; par l'intermédiaire de l'abbé Faujas, il a fait en sorte que Plassans repasse politiquement du côté du pouvoir en place. Député des Deux-Sèvres sous la Deuxième République, il contribue au coup d’État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte, puis entre au Sénat. Au début de Son Excellence Eugène Rougon, il est président du Conseil d’État.

L'action s’ouvre sur une séance à la chambre des députés. Chacun est venu comme au spectacle, les propos relèvent du commérage plutôt que du débat, la chambre est totalement soumise à l'Empereur. Lorsque Eugène Rougon, tombé en défaveur, démissionne de la présidence du Conseil d'État, on assiste à tout le travail d'influence auquel se livre son entourage pour le ramener au pouvoir. Chacun espère servir ainsi plus tard son intérêt propre. La relation d'Eugène Rougon avec Clorinde Balbi, belle Italienne excentrique et aventurière, est ambiguë : il aurait pu l'épouser mais, par peur des femmes, il préfère la marier à Delestang, haut fonctionnaire plutôt falot. Elle le sert pourtant et travaille à son retour en grâce auprès de l'Empereur.

MON AVIS

Beaucoup plus sobre que les ouvrages précédents, qui abondent en descriptions longues et sensuelles, Son Excellence Eugène Rougon m'a plutôt fait penser à une pièce de théâtre comique, avec des personnages qui rentrent, qui sortent, et énormément de dialogues. On suit donc la chute (perte de la présidence du Conseil d'Etat) et la "ré-ascension" (ministre de l'intérieur) d'Eugène Rougon, porté par sa bande d'amis, très intéressés et qui ne manqueront pas de lui demander des petites récompenses pour leur soutien. Mais - justement - j'ai trouvé le tout un peu barbant car très répétitif ; au final il ne se passe pas grand-chose dans tout ce remue-ménage. Seuls m'ont vraiment intéressée les passages "historiques" avec l'empereur et l'impératrice (baptême du prince, attentat, soirées à Compiègne).

Et puis surtout, j'ai eu de grosses questions à me poser. Cette histoire de "présidence du conseil d'état" d'abord. En bonne lectrice, avide d'apprendre des choses dans les romans, il m'a d'abord fallu aller voir ce qu'était le Conseil d'état... je ne suis pas très calée en organisation politique. Bien. Qu'il s'agisse de Wikipédia ou du site officiel, on nous dit partout que le chef du Conseil s'appelle vice-président et non pas président (sous entendu : c'est le chef de l'Etat qui est le président, rôle toutefois plutôt honorifique selon les époques). Or dans Son Excellence, Zola dit toujours président. Cela m'a interpellée, je suis repartie dans mes recherches, pour voir si je n'avais pas mal compris. Non. Donc, et même le livre terminé, je ne comprends pas pourquoi l'auteur donne cette appellation.

01

Conseil d'Etat au Palais Royal, fin du XIXe siècle

Ensuite, notre héros que l'on nomme désormais Rougon depuis qu'il a quitté la "présidence", devient subitement, vers la moitié du roman, ministre de l'intérieur. Je n'ai rien vu faire ! Encore une fois, je me suis dit : "J'ai dormi ? j'ai zappé des pages ?". Je suis revenue en arrière, j'ai lu toute la préface, puis tous les commentaires en fin de volume (ce que je ne fais jamais), aucune explication. Puis finalement, un peu par hasard, je suis tombée sur LA page où il est nommée. Une phrase : "Dix jours plus tard, Rougon remplaça au ministère de l'Intérieur M. de Marsy, qui fut nommé président du Corps législatif". Effectivement j'avais zappé UNE phrase. Il me semble que Zola aurait pu développer un peu cette nomination qui arrive, certes, après bien des intrigues, mais sans que l'on devine vraiment à quoi elles aboutiront.

Bref au final... Son Excellence m'a pas mal ennuyée... et perturbée ! Mais il y a des pages amusantes (le côté théâtral et comique évoqué ci-dessus) et les situations historiques. Zola écrivait quelque vingt ans après les faits, seulement. C'est un peu comme si aujourd'hui un auteur nous concoctait un roman dans les bureaux du ministre de l'intérieur de Chirac.

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Son Excellence Eugène Rougon est publié en 1876, sixième volume de la série Les Rougon-Macquart. Dans cet ouvrage, selon ses propres termes, Zola pénètre les « coulisses politiques » du Second Empire. Les personnages sont des proches du pouvoir : ministres, députés, hauts fonctionnaires. L'action se déroule de 1856 à 1861.

Dans ce roman, Zola s’attache à décrire comment se mêlent le monde politique et celui des affaires dans la société du Second Empire : sphères d’influence, liens étroits entre la presse officielle et le pouvoir, clientélisme, avidité puis ingratitude de ceux à qui des faveurs ont été accordées. Zola peint également sans complaisance la servilité du Corps législatif envers l'Empereur.

02

Eugénie et le prince héritier

Eugène Rougon est un homme dévoré par l’appétit du pouvoir, trait héréditaire chez les Rougon. Vivant simplement, il aime le pouvoir pour lui-même, comme une manifestation de sa propre force. Il ne recherche ni les honneurs ni la richesse, le pouvoir lui suffit. Il montre du mépris pour ceux qui le servent, mais veille aussi sur leurs intérêts, comme paternellement, pour mieux se les attacher. Il dispose en effet de la bande de ses partisans, illustrant comment un homme politique peut dépendre de son entourage. Ses gens travaillent pour lui quand il faut le faire accéder au pouvoir. Mais ils le rongent par leurs requêtes dès qu’il tient les rênes, chacun ne cherchant, au travers du pouvoir du grand homme, qu’à servir ses propres intérêts.

L’une des rares faiblesses d’Eugène Rougon réside dans sa peur des femmes et dans son comportement maladroit avec elles. D’où ses déboires avec la belle Clorinde Balbi : mélange de complicité, de lutte d’influence, de manipulation, de jalousie voire de haine, les relations qu’ils entretiennent constituent un des fils directeurs du roman.

Enfin, Zola décrit dans le détail les fastes de la cour impériale à Compiègne. Par son accumulation, le luxe s’oppose avec d’autant plus de violence à la misère décrite dans d’autres volumes des Rougon-Macquart. C’est avec cette précision que Zola veut dénoncer le cynisme et la cruauté de la société du Second Empire.

Le Conseil d'Etat

Le Conseil d'État sous sa forme actuelle est institué par la Constitution du 22 frimaire de l'an VIII (13 décembre 1799), celle du Consulat. 

Le Conseil d'État de l'an VIII est chargé de préparer les projets de lois, et d'assister le chef de l'État dans le jugement du contentieux administratif. Ce sont des membres du Conseil d'État qui présentent et défendent les projets du gouvernement devant le corps législatif. Choyé par Bonaparte, le Conseil tient une place importante pendant le Consulat et l'Empire, tenant en particulier un rôle clé dans la rédaction du Code civil. Dans sa fonction contentieuse, le Conseil n'a à l'époque qu'un rôle consultatif. Le système reste celui de la justice retenue, la décision revenant au chef de l'État. Dans les faits, ce dernier suit presque toujours les avis du Conseil (ses successeurs feront de même).

03

L'empereur, l'impératrice recevant des architectes

La Restauration regarde cette institution napoléonienne avec méfiance. Le Conseil, même s'il n'est plus mentionné dans la Charte (qui tient alors lieu de Constitution) est conservé, mais ses avis sont moins sollicités, et l'activité se recentre sur sa fonction contentieuse. Le Conseil retrouve un peu de lustre sous la Monarchie de juillet, et la IIe République en 1849 le renforce en mettant fin à la justice retenue. Le Conseil reçoit la justice déléguée. Dans sa fonction contentieuse, il ne donne plus des avis, certes généralement suivis, mais rend « au nom du peuple français » des arrêts exécutoires, tout comme les tribunaux de l'ordre judiciaire. En même temps, est créée la fonction de commissaire du gouvernement. Napoléon III revient à la justice retenue en 1852, tout en donnant, comme son oncle, un grand rôle au Conseil. Le Conseil d'État sera cependant marqué par l'affaire des biens de la famille d'Orléans, qui voit l'empereur exercer une pression politique sur un commissaire du gouvernement du Conseil d'État pour qu'il conclue devant le Tribunal des conflits dans un sens conforme à ses intérêts.

La IIIe République naissante, par la loi du 24 mai 1872 sur l'organisation du Conseil d'État, rend au conseil la justice déléguée. Elle institue aussi la fonction de vice-président du Conseil d'État. Le Conseil s'installe au Palais-Royal, dans ses locaux actuels, en 1875, le palais d'Orsay, qu'il occupait depuis 1840, ayant brûlé pendant la Commune. 

La présidence du Conseil d'État est assurée par le vice-président... cette appellation renvoie à ses origines, sous l'ancien régime (Conseil du roi) où le chef était avant tout le roi, bien entendu. Il est donc sous-entendu que le "président" est le chef de l'Etat. Il est nommé en conseil des ministres.

Aujourd'hui la première mission de cet organisme reste de conseiller le gouvernement. Depuis la création du code de justice administrative en 2000, la loi confie explicitement la présidence du Conseil d'État à son vice-président. Son assemblée générale par contre peut être présidée par le Premier ministre ou bien le ministre de la Justice, ce qui n'a lieu que de manière exceptionnelle et pour une séance à caractère protocolaire.

Depuis le 3 octobre 2006, Jean-Marc Sauvé est vice-président du Conseil d'État.

04

Napoléon III

Louis-Napoléon Bonaparte, né à Paris, le 20 avril 1808 et mort à Chislehurst au Royaume-Uni, le 9 janvier 1873, est le troisième fils de Louis Napoléon Bonaparte dit Louis Bonaparte, roi de Hollande, et d'Hortense de Beauharnais. Exilé après la chute de l'Empire, conspirateur avec son frère aîné pour l'unité italienne, il devient héritier présomptif du trône impérial après les morts successives de son frère aîné Napoléon Louis en 1831, et du duc de Reichstadt (Napoléon II, roi de Rome) en 1832.

Ses premières tentatives de coup d'État, mal préparées (Boulogne, Strasbourg), échouent. Il est condamné à l'emprisonnement au fort de Ham. Mais il profite des suites de la révolution française de 1848 pour se faire élire représentant du peuple puis président de la République. Son coup d'État du 2 décembre 1851 met fin à la Deuxième République, et lui permet l'année suivante de restaurer l'Empire à son profit. Face à l'opposition des républicains, des libéraux de Thiers, de certains monarchistes et des catholiques, il donne à son pouvoir un caractère autoritaire qui s'atténue après 1859 pour laisser place, progressivement, à un « Empire libéral ».

La philosophie politique qu'il met en place, et qu'il a présentée dans ses Idées napoléoniennes et dans L'Extinction du Paupérisme (1844), est une synthèse d'un bonapartisme mêlé à du romantisme, du libéralisme autoritaire, et du socialisme utopique. Le règne de cet admirateur de la modernité britannique est marqué par un développement industriel, économique et financier sensible, porté par une forte croissance mondiale qu'illustre la transformation de Paris sous l'autorité du préfet Haussmann.

Sa politique extérieure vise à restaurer la puissance française en Europe et dans le monde. Il rompt l'isolement diplomatique voulu au congrès de Vienne par trois puissances de la Sainte Alliance : son entente avec la Grande-Bretagne lors de la guerre de Crimée contre la Russie, son soutien aux mouvements nationaux en particulier lors de l'unité italienne contre l'empire d'Autriche, et ses diverses opérations outre-mer parfois en coalition avec la Grande-Bretagne permettent l'agrandissement du territoire (Nice, Savoie) ainsi qu'une expansion coloniale et commerciale. Elle provoque cependant l'hostilité de la Prusse et subit un échec au Mexique.

05

Sedan, 1870

La fin de son régime est scellée à l'issue de la bataille de Sedan, le 2 septembre 1870, lors de la guerre franco-prussienne. Le 4 septembre 1870, la République est proclamée. Napoléon III part en exil en Angleterre, où il meurt en janvier 1873.

La vive hostilité de Victor Hugo à l'égard de Napoléon III, exprimée dans ses œuvres et sa correspondance, les multiples pamphlets et ouvrages critiques de divers auteurs et les articles d'une partie de la presse politique contemporaine contribuent à ce que de nombreux historiens qualifient de « légende noire » autour de Napoléon III et du Second Empire.

L'œuvre économique et sociale du Second Empire est remise en valeur par l'historiographie officielle dès le début du XXe siècle, mais la révision du jugement historique porté sur Napoléon III lui-même est plus lente. Après la Seconde Guerre mondiale, des travaux des historiens vont dans le sens d'une réhabilitation de Napoléon III et marquent une nette rupture historiographique dans la perception de celui qui est le dernier monarque français et le premier président de la République française.

L'impératrice Eugénie

María Eugenia Ignacia Agustina de Palafox-Portocarrero de Guzmán y Kirkpatrick, marquise d’Ardales, marquise de Moya, comtesse de Teba, comtesse de Montijo — dite Eugénie de Montijo —, née le 5 mai 1826 à Grenade et morte le 11 juillet 1920 au palais de Liria à Madrid, est la fille cadette du comte et de la comtesse de Teba.

06

Eugénie et son fils

Son père, don Cipriano de Palafox y Portocarrero (1784-1839), comte de Teba, le frère cadet du comte de Montijo — dont il reprend plus tard le titre — s'est rallié à la France sous le Premier Empire. Officier d'artillerie, à la tête des élèves de l'École polytechnique, il participe à la bataille de Paris en 1814 et fut fait Grand d'Espagne en 1834. Ses filles (Eugenia et Maria Francisca, dite Paca) sont éduquées dans le culte napoléonien.

Fuyant les remous des guerres carlistes, sa mère la comtesse de Montijo emmène dès 1834 ses deux filles en France, notamment dans la station balnéaire de Biarritz. Eugénie est éduquée à Paris au couvent du Sacré-Cœur, où elle reçoit la formation traditionnelle de l'aristocratie catholique de l'époque. Sa mère, devenue veuve en 1839, confie l'instruction de ses deux jeunes filles, Paca et Eugénie, à Stendhal, ami de la famille, et à Mérimée qui restera toute sa vie proche d'Eugénie.

En 1849, elle fait la connaissance de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française. Dès leur rencontre celui qui n'est alors que le « prince-président » est séduit. Le siège qu'il entreprend auprès d'Eugénie dure deux ans. Le 12 janvier 1853, un incident lors d'un bal aux Tuileries, où la jeune Espagnole se fait traiter d'aventurière par Madame Hippolyte Fortoul, épouse du ministre de l’Éducation, précipite la décision de Napoléon III de demander Eugénie en mariage alors qu'il vient de mettre un terme à sa relation avec sa maîtresse, Miss Howard.

Pour leur mariage, l'Empereur signe 3000 ordres de grâce et fait savoir que toutes les dépenses du mariage seront imputées sur le budget de sa liste civile alors qu'Eugénie refuse une parure de diamants offerte par la ville de Paris et demande que la somme correspondante soit consacrée à la construction d'un orphelinat, qui sera édifié sur l'emplacement de l’ancien marché à fourrages du faubourg Saint-Antoine.

Quelques semaines plus tard, l'Impératrice est enceinte, mais perd l'enfant après une chute de cheval. Une nouvelle grossesse n'intervient que deux ans plus tard, au début de l'été 1855. Louis Napoléon, fils unique de Napoléon III et d’Eugénie, naît le 16 mars 1856. L’événement est encore l’occasion pour Napoléon III d’annoncer une nouvelle amnistie pour les proscrits du 2 décembre, alors que 600 000 habitants de Paris (un Parisien sur deux) se cotisent pour offrir un cadeau à l’Impératrice. L'Empereur décide qu'il serait parrain et l'Impératrice marraine de tous les enfants légitimes nés en France en cette journée du 16 mars, qui au nombre de 3000, seront pensionnés…

07

Elle sera trois fois impératrice-régente de l'Empire lors de la campagne d'Italie de l'Empereur en 1859, de son voyage en Algérie en 1865, et en juillet 1870, après la déclaration de guerre et la capture de son mari par les Prussiens.

Coquette, elle lance la mode au Second Empire, abandonnant notamment la crinoline à la fin des années 1860 au profit de la tournure, sous l'influence de Charles Frederick Worth, couturier en faveur à la Cour.

Ses amitiés lui donnent l'occasion de faire avancer la cause des femmes. Elle est personnellement intervenue en faveur de Julie-Victoire Daubié pour la signature de son diplôme du baccalauréat ainsi que pour la remise de la Légion d'honneur à la peintre Rosa Bonheur. Elle obtient que Madeleine Brès puisse s'inscrire en faculté de médecine.

Eugénie aime passer l'été sur la côte basque, l'Impératrice dans la « villa Eugénie », aujourd'hui hôtel du Palais, que lui fait construire Napoléon III en 1854 — édifice reconstruit et agrandi en 1903, dont le plan est en forme de « E » majuscule.

Les tensions avec la Prusse ressurgissent. La guerre est déclarée le 19 juillet 1870Napoléon III dépose les armes au terme de la bataille de Sedan. Le lendemain l'Empereur, prisonnier, se rend en Belgique à Bouillon. Il prend ensuite le train pour être interné au château de Wilhelmshöhe à Kassel en Allemagne.

Le 4 septembre, la foule envahit le palais Bourbon tandis que l'Impératrice se réfugie chez le docteur Thomas W. Evans, son dentiste américain, qui organise sa fuite vers l'Angleterre. Elle loue Camden Place, à Chislehurst. C'est dans cette demeure que Napoléon III, libéré, meurt le 9 janvier 1873. Sa veuve se consacre à l'éducation de son fils. Le prince impérial Louis Napoléon Bonaparte est cadet, en Angleterre, de l'Académie royale militaire de Woolwich, puis versé dans un corps de cavalerie à destination de l'Afrique du Sud où il est tué par les Zoulous le 1er juin 1879, à vingt-trois ans, lors d'une patrouille dans le bush. Le prince est enseveli dans l'uniforme anglais.

08

Emile Zola

Eugénie s'installe en 1885 à Farnborough, dans le Hampshire. Elle fonde l'abbaye Saint-Michel de Farnborough, où sont transférés les dépouilles de Napoléon III et du prince impérial Louis-Napoléon.

En 1906, âgée de 80 ans, elle est la marraine de la princesse Victoria de Battenberg, petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni, lorsqu'elle est baptisée dans la religion catholique romaine pour pouvoir épouser le roi Alphonse XIII d'Espagne.

Bien qu'en retrait de la vie politique, et malgré son âge avancé, elle reste d'une grande curiosité pour son temps et la modernité.  

Elle meurt à 94 ans au palais de Liria à Madrid. Elle est inhumée dans la crypte de la chapelle de l'abbaye Saint-Michel de Farnborough, avec son époux et son fils.

L'attentat d'Orsini - 14 janvier 1858 

Felice Orsini est un révolutionnaire et patriote italien, figure importante du Risorgimento italien. Membre du mouvement Jeune Italie et conspirateur de longue date, il fait partie de l'Assemblée républicaine de Rome en 1848 et il est l'instigateur et l'organisateur de l'attentat, qu'il exécute avec ses trois complices, Pieri, Gomez et Rudio. Il reproche à l'empereur sous l'influence du parti de l'Ordre d'entraver l'unification italienne dont il est partisan, notamment en raison de l'intervention des troupes françaises à Rome en 1849 afin de ré-instaurer le pape.

Orsini cache habilement son action en s’adonnant à des actions de propagande pacifiste en faveur de l’indépendance de l’Italie. Dans les derniers mois de 1857, Orsini résolu à passer à l’action s’interroge quant au fait de mener une telle action seul, l'espoir étant de déclencher une révolution en France qui se propagerait en Italie. Mais il s'aperçoit vite que se procurer le nécessaire pour la fabrication d’engins artisanaux et savoir comment atteindre l'empereur posent des problèmes importants, il lui faut des complices. Il met au point son action avec un Anglais, dénommé Thomas Allsop, et avec un chimiste français, farouche républicain demeurant à Londres, Simon Bernard, chargé de mettre au point les bombes. En même temps, il recrute trois complices : Pieri, Rudio, et Gomez. Après un long travail de repérage des habitudes de l'empereur, ils apprennent que le couple impérial assistera à une représentation à l'opéra. 

Le jeudi 14 janvier, l'arrivée étant prévue à 20 h 30, les conspirateurs regagnent leurs places dès 19 h, munis d'une bombe qu'ils devront lancer selon un plan très précis. Pieri, étant déjà l'objet de recherches, est arrêté par un officier de la paix qui l'a reconnu. On découvre sur lui une bombe, un pistolet et un poignard. Il est enfermé au poste de police le plus proche mais ne subit aucun interrogatoire qui aurait pu conduire à l'arrestation de ses complices.

09

La Castiglione

À 20 h 30, le cortège impérial se présente. Lorsque le convoi s'arrête, Gomez lance la première bombe sous les chevaux des lanciers ; une énorme détonation retentit fauchant chevaux et cavaliers. Peu de temps après, une seconde détonation se fait entendre. Cette fois, c’est Rudio qui a lancé sa bombe sous l’attelage. La troisième bombe, celle d’Orsini, éclate sous la berline qui se renverse sur le côté. Verrières et vitres d’immeubles environnantes se brisent, des cris se font entendre aux alentours. On compte 156 blessés ; 12 personnes mourront dans la nuit. L’empereur n’est pas touché ; il descend de sa voiture intacte. L’impératrice est retrouvée sur le trottoir couverte de sang, mais elle est saine et sauve.

Napoléon III a échappé de justesse à l'attentat. Il serait sans doute mort si le constructeur du carrosse n’avait pas fait placer des plaques d'acier dans les parois. Après la tragédie, l’Empereur pense s’en aller mais un commissaire l’informe que le public présent dans l’opéra a entendu les explosions et que, s’il ne paraît pas, on pensera qu’il a été touché. En conséquence, le couple impérial gagne la loge, et le gala a lieu finalement comme si rien ne s’était passé.

Dans la panique engendrée par la tentative d’attentat contre l’Empereur les différents protagonistes réussissent à prendre la fuite. Mais la police enfin en alerte ne tarde pas à retrouver leurs traces, notamment grâce la confession de Pieri. Les auteurs de l'attentat sont enfermés à la Conciergerie.

Orsini et Pieri sont condamnés à mort (Rudio également, mais sa peine est commuée en travaux forcés à perpétuité).

A la suite de cet incident, la répression policière est impitoyable. Le général Espinasse est placé à la tête du ministère de l’intérieur où il met en application avec sévérité la loi de sûreté générale qui prévoit que tout individu suspecté d'agir contre le gouvernement est passible d’amende ou de prison, et que quiconque a déjà fait l’objet de condamnations politiques depuis 1848 peut être arrêté, déporté et exilé sans procès. Néanmoins, ce tragique épisode a aussi permis à l’empereur de prendre conscience de l’urgence de la situation italienne. Ainsi, il décide de rencontrer Cavour dans le plus grand secret à Plombières, lui promettant de l’aider à libérer l’Italie, mais demandant en échange la Savoie et Nice.

10

La Chambre des députés, fin du XIXe siècle

La Castiglione (qui inspire le personnage de Clorinde)

Virginia Elisabetta Luisa Oldoini, Contessa di Castiglione, est née à Florence le 22 mars 1837 et morte dans le 1er arrondissement à Paris, le 28 novembre 1899. Elle est la fille unique du marquis Filippo Oldoini Rapallini (premier député de La Spezia au Parlement du royaume de Sardaigne en 1848 puis ambassadeur italien à Lisbonne). Elle reçoit l'éducation soignée typique de la petite noblesse piémontaise, apprenant l'anglais et le français rapidement, pratiquant la danse et la musique.

Consciente de sa beauté, elle est surnommée La Perla d'Italia. Elle épouse, en 1854, à l'âge de 17 ans, le comte Francesco Verasis de Castiglione auquel elle donne le 9 mars 1855 un fils prénommé Giorgio. 

Quelques semaines après ses couches, aux fins de servir en secret les intérêts du roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II (dont elle est devenue la maîtresse) et l'unification de l'Italie, son cousin Camillo Cavour lui demande de se rendre à Paris pour que la jeune femme devienne la maîtresse de l'empereur Napoléon III, afin d'influencer ses décisions politiques et obtenir l'appui du gouvernement français pour la création d'une Italie unifiée et indépendante. Le 9 janvier 1856 la Castiglione est présentée à la cour de Napoléon III et à l'impératrice Eugénie.

La relation de la comtesse avec Napoléon III se matérialise en juin 1856. L'empereur et la comtesse étant mariés, le double adultère impérial fait scandale, et contraint le comte de Castiglione à se séparer de sa femme. Libre, la comtesse entretient avec l'Empereur des Français une relation de deux ans. Elle rencontre les grands de cette époque : la reine Augusta de Prusse, le comte Otto von Bismarck et l'homme politique Adolphe Thiers.

Mais narcissique et capricieuse, snobant le reste de la cour et se vantant publiquement des cadeaux que l'empereur lui offre à partir des fonds secrets, elle finit par se rendre antipathique et lasse l'empereur qui prend une nouvelle maîtresse, la comtesse Marianne Walewska. De plus, dans la nuit du 5 au 6 avril 1857 alors qu'il sort de chez la comtesse Castiglione, trois carbonari italiens Grilli, Bartolotti, Tibaldi, accusés d'être à la solde du révolutionnaire Giuseppe Mazzini, tentent de tuer l'empereur. Soupçonnée à tort de complicité, elle est officiellement expulsée de France. En réalité, elle s'éloigne simplement et revient en grâce dès le mois suivant grâce à la princesse Mathilde et à son complice et confident Joseph Poniatowski. 

12

Soutenue par sa beauté mais aussi un charme irrésistible et une intelligence subtile, la comtesse de Castiglione va conquérir toutes les cours d'Europe, si bien que, durant la guerre franco-prussienne de 1870, Napoléon III, vieillissant, malade et vaincu, lui demandera une dernière fois de jouer de ses talents de diplomate pour plaider la cause de la France auprès du chancelier de Prusse Bismarck, et d'éviter à Paris l'humiliation d'une occupation par des troupes étrangères.

Dans ses plus belles années la comtesse se pare de robes de bal ou de jour somptueuses, de bijoux, de postiches et de perruques poudrées, elle utilise également des accessoires pour recréer un personnage, une scène, un sentiment… Pierre-Louis Pierson réalise plus de 450 portraits pour lesquels elle organise elle-même la mise en scène (elle y dépense pratiquement toute sa fortune personnelle) et auquel elle se décrit un jour comme « la plus belle créature qui ait existé depuis le commencement du monde ».

De 1856 à 1857 elle compose un album de photographies d'elle-même. On peut voir son fils prendre la pose, par exemple comme garçon d'honneur portant la traine de la robe de sa mère.

De 1893 à 1895 ne parvenant pas à faire le deuil de son succès passé, elle réalise quatre-vingt-deux photos dans l'atelier parisien où elle revêt ses tenues fastueuses d'antan. D'une façon pathétique et morbide elle pose, comme avant, toutefois sa légendaire beauté s'en est allée, son corps s'est flétri, elle n'a plus de dents, presque plus de cheveux. Esclave de son image et ne supportant pas de vieillir, elle souffre de neurasthénie et misanthropie, sombre dans l'anonymat et le dénuement. Elle ne sort plus qu'à la nuit tombée, pour ne pas être confrontée au regard que les passants pourraient porter sur les « ravages » que le temps, d'après elle, a fait subir à sa beauté. Elle décède à son domicile parisien du 1er arrondissement, le 28 novembre 1899 à l'âge de 62 ans. Le secrétaire d'ambassade italienne à Paris Carlo Sforza accourt pour brûler ses papiers compromettants.

Eugène Rouher (qui inspire le personnage de Eugène Rougon)

Né à Riom, le 30 novembre 1814, et mort à Paris, le 3 février 1884, il est l'un des principaux personnages du Second Empire.

Sa position prééminente au sommet de l'État dans les années 1860, et son autorité, lorsqu'il occupe notamment les fonctions de ministre présidant le conseil d'État puis de ministre d'État de 1863 à 1869, lui vaut d'être qualifié de « Vice-Empereur ». Il est, entre la mort de Napoléon III (1873) et celle du prince Impérial (1879), le principal chef du parti bonapartiste.

13

Le château de Compiègne sous Napoléon III

Après la Révolution de 1848, Compiègne devient domaine national. Le Prince-Président, Louis-Napoléon Bonaparte, s'y rend en février 1849 à l'occasion de l'inauguration de la ligne de chemin de fer Compiègne-Noyon. Devenu empereur, il revient y passer une dizaine de jours du 18 au 28 décembre 1852, avec une suite d'une centaine de personnes ; c'est là qu'il débutera sa cour assidue auprès d'Eugénie de Montijo. La Cour revient à Compiègne en 1853 et 1855, mais ce n'est qu'en 1856 que commence la série des « Compiègne », c'est-à-dire un séjour d'un mois à un mois et demi chaque automne, pour les chasses en forêt, avec organisation des invités en « séries » d'une centaine d'invités chacune. Il y avait généralement quatre séries. L'étiquette est réduite à son minimum, les invités jouissant d'une large indépendance ; on leur offre de nombreux divertissements.

MES EXTRAITS FAVORIS

L'empereur et l'impératrice, des gens charmants

Au neuvième mois de sa grossesse, elle avait donné des après-midi entiers à la création d'une maison d'éducation pour jeunes filles pauvres, tout en haut du faubourg Saint-Antoine. Elle venait de refuser quatre-vingt mille francs, recueillis cinq sous par cinq sous dans le peuple, pour offrir un cadeau au petit prince, et cette somme allait, d'après son désir, servir à l'apprentissage d'une centaine d'orphelins.

***

Le baptême du petit prince

Quand le petit prince était arrivé au milieu du pont, et qu'on avait vu paraître derrière lui l'empereur et l'impératrice, dans ce large espace découvert où rien ne gênait la vue, une émotion extraordinaire s'était emparée des curieux. Il y avait un de ces enthousiasmes populaires, tout nerveux, roulant les têtes comme sous un coup de vent, d'un bout d'une ville à l'autre. Les hommes se haussaient, mettaient des bambins ébahis à califourchon sur leur cou ; les femmes pleuraient, balbutiaient des paroles de tendresse pour le "cher petit", partageant avec des mots du coeur la joie bourgeoise du couple impérial.

***

Et dans l'immense acclamation dont les voûtes tremblèrent, Mme Correur aperçut, au bord de l'estrade, l'empereur debout, dominant la foule. Il se détachait en noir sur le flamboiement d'or, que les évêques allumaient derrière lui. Il présentait au peuple le prince impérial, un paquet de dentelles blanches, qu'il tenait très haut, de ses deux bras levés.

14

Rougon et Clorinde (qui veut se faire épouser)

Depuis quelque temps, elle s'offrait à Rougon, tranquillement. Elle ne prenait plus la peine de dissimuler sa lente séduction, ce travail savant dont elle l'avait entouré, avant de faire le siège de ses désirs. Maintenant, elle le croyait assez conquis pour mener l'aventure à visage découvert. Un véritable duel s'engageait entre eux, à toute heure. S'ils ne posaient pas encore tout haut les conditions du combat, il y avait des aveux très francs sur leurs lèvres, dans leurs yeux. Quand ils se regardaient, ils ne pouvaient s'empêcher de sourire ; et ils se provoquaient. Clorinde faisait son prix, allait à son but, avec une hardiesse superbe, sûre de n'accorder jamais que ce qu'elle voudrait. Rougon, grisé, piqué au jeu, mettait de côté tout scrupule, rêvait simplement de faire sa maîtresse de cette belle fille, puis de l'abandonner, pour lui prouver sa supériorité sur elle. Leur orgueil se battait encore plus que leurs sens.

Compiègne

Alors, l'impératrice descendit à droite et se tint debout au milieu de la table, pendant que l'empereur passant à gauche, venait prendre place en face d'elle. Puis, lorsque les personnes désignées se furent assises à la droite et à la gauche de Leurs Majestés, les autres couples tournèrent un instant, choisissant leur voisinage, s'arrêtant à leur guise. Ce soir-là il y avait quatre-vingt-sept couverts. Près de trois minutes s'écoulèrent avant que tout le monde fut entré et placé. La moire satinée des épaules, les fleurs voyantes des toilettes, les diamants des hautes coiffures donnaient comme un rire vivant à la grande lumière des lustres. Enfin, les valets de pied prirent les chapeaux, que les hommes avaient gardés à la main. Et l'on s'assit.

***

...le chant léger des clarinettes, au fond de la galerie voisine, se confondait avec les bruits argentins de la vaisselle plate qu'on apportait par piles énormes. De grands plats avaient des sonneries étouffées de cymbales. Autour de la table, c'était un empressement silencieux, tout un peuple de domestiques s'agitant sans une parole, les huissiers en habit et en culotte bleu clair, avec l'épée et le tricorne, les valets de pied, cheveux poudrés, portant l'habit vert de grande livrée, galonné d'or. Les mets arrivaient, les vins circulaient, régulièrement ; tandis que les chefs de service, les contrôleurs, le premier officier tranchant, le chef de l'argenterie, debout, surveillaient cette manoeuvre compliquée, cette confusion où le rôle du deernier valet était réglé d'avance. Derrière l'empereur et l'impératrice, les valets de chambre particuliers de Leurs Majestés servaient, avec une dignité correcte. Quand les rôtis arrivèrent et que les grands vins de Bourgogne furent versés, le tapage des voix s'éleva. Maintenant, dans le coin des hommes, au bout de la table, M. La Rouquette causait cuisine, discutant le degré de cuisson d'un quartier de chevreuil à la broche qu'on venait de servir. Il y avait eu un potage à la Crécy, un saumon au bleu, un filet de boeuf sauce échalote, des poulardes à la financière, des perdrix aux choux montées, de petits pâtés aux huîtres.

L'attentat d'Orsini

Le lendemain soir trois bombes éclataient sous la voiture de l'empereur, devant l'Opéra. Une épouvantable panique s'emparait de la foule entassée dans la rue Le Peletier. Plus de cinquantes personnes étaient frappées. Une femme en robe de soie bleue, tuée roide, barrait le ruisseau. Deux soldats agonisaient sur le pavé. Un aide de camp, blessé à la nuque, laissait derrière lui des gouttes de sang. Et, sous la lueur crue du gaz, au milieu de la fumée, l'empereur descendu sain et sauf de la voiture criblée de projectiles, saluait. Son chapeau seul était troué d'un éclat de bombe.

La politique et le pouvoir

Dans la poussée des hommes du Second Empire, Rougon affichait depuis longtemps des opinions autoritaires. Son nom signifiait répression à outrance, refus de toutes les libertés, gouvernement absolu. Aussi personne ne se trompait-il, en le voyant au ministère. Cependant, à ses intimes, il faisait des aveux ; il avait des besoins plutôt que des opinions ; il trouvait le pouvoir trop désirable, trop nécessaire à ses appétits de domination, pour ne pas l'accepter, sous quelque condition qu'il se présentât. Gouverner, mettre son pied sur la nuque de la foule, c'était là son ambition immédiate ; le reste offrait simplement des particularités secondaires, dont il s'accommoderait toujours. Il avait l'unique passion d'être supérieur. Seulement, à cette heure, les circonstances dans lesquelles il rentrait aux affaires, doublaient pour lui la joie du succès ; il tenait de l'empereur une entière liberté d'action, il réalisait son ancien désir de mener les hommes à coups de fouet, comme un troupeau. Rien ne l'épanouissait davantage que de se sentir détesté.