Charles IV est renversé en 1808 par son propre fils Ferdinand VII. Charles IV en appelle alors à la France mais Napoléon, plutôt que de favoriser le père ou le fils, préfère faire de l'Espagne un royaume vassal qu'il confie à son frère Joseph Bonaparte. Les classes supérieures acceptent le nouveau monarque (ce seront les afrancesados) tandis que les classes populaires, surtout rurales se soulèvent le 2 mai 1808 et forment des milices pour combattre. C'est ce que les Français appellent la guerre d'Espagne et les Espagnols la Guerra de Independencia. Le 18 mars 1812 est rédigée une constitution qui sera abolie à la restauration. En 1813, harcelées par la guérilla et perdant plusieurs batailles contre les Britanniques dirigés par Wellington, les troupes françaises sont obligées de se retirer et Joseph Bonaparte abandonne le trône. Ferdinand VII est restauré en 1814.

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Ferdinand VII

Cependant, il se révèle très vite un souverain autoritaire. Confronté à de violentes révoltes, il est contraint en 1822 de proclamer une Constitution qu'il ne respecte pas. Il rétablit l'Inquisition et persécute les libéraux. Le général Rafael del Riego, avec la complicité d'autres officiers, organise une mutinerie le 1er janvier 1820 et exige le rétablissement de la constitution de 1812. Les troupes de Riego marchent sur les principales villes d'Andalousie, dans l'espoir de provoquer une insurrection anti-royaliste, mais la population locale manifeste une certaine indifférence. En revanche une révolte éclate en Galice et se propage rapidement à travers l'Espagne. Le 7 mars 1820, le palais royal de Madrid est encerclé par les soldats du général Ballesteros, et dès le 10 mars, le roi accepte de rétablir la constitution. Ce dernier fait alors appel à la France qui intervient en 1823 par l'Expédition d'Espagne. Ferdinand VII retrouve tous ses pouvoirs et inaugure une période de terreur blanche qui dure dix ans.

Entre 1818 et 1830, toutes les colonies espagnoles d'Amérique latine obtiennent leur indépendance (sauf Porto Rico, Cuba et les Philippines). L'Espagne se tourne alors vers le Maroc en 1906 et y établit un protectorat en 1912.

La mort de Ferdinand VII entraîne une crise dynastique (1833-1840) qui débouche sur une guerre civile entre les partisans d'Isabelle II d'Espagne, héritière légitime, âgée de deux ans, et les carlistes partisans de Don Carlos, frère du roi, et de l'absolutisme. Ces derniers sont finalement vaincus. Après une période de régence, le règne personnel d’Isabelle II (1843, elle a treize ans -1868) a été assez impopulaire et agité. La reine ne semble pas avoir porté un grand intérêt à la politique. Assez rapidement, la réalité du  pouvoir appartient à l'armée et ce sont des généraux qui contrôlent le pays. En 1868, le général Joan Prim lance une révolution et force la reine Isabelle, le 30 septembre, à s'exiler en France. Elle n'abdique cependant qu'en 1870. Le duc Amédée de Savoie est choisi pour lui succéder mais il abdique dès 1873. Devant la situation inextricable, la République est proclamée le 11 février 1873. L'industrialisation du pays reste timide, l'économie est à l'image du pays, dépossédé de ses colonies, marqué par les guerres napoléoniennes et les guerres civiles. Le pays reste donc en marge de l'Europe tandis que Français, Britanniques et Allemands développent des industries puissantes. La première ligne de chemin de fer est construite en 1848.

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Isabelle II

Toutefois, dès 1874, les Bourbons sont restaurés en la personne d'Alphonse XII, fils d'Isabelle II, et une monarchie constitutionnelle (1876) stable s'installe. Mais la crise agraire, le retard industriel, les revendications autonomistes de la Catalogne, les grèves et l'anarchisme secouent le pays. Pendant la minorité d'Alphonse XIII, l'Espagne se lance dans la guerre hispano-américaine contre les États-Unis et perd Cuba, Porto Rico et les Philippines en 1898.

Neutre pendant la Première Guerre mondiale, l'Espagne est vivement touchée par la grippe espagnole. Le gouvernement doit faire face à une grève générale en 1917. Au Maroc espagnol, la révolte d'Abd el-Krim dans les années 1920 provoque la guerre du Rif. Le général Primo de Rivera s'impose comme premier ministre après le coup d'État du 13 septembre 1923. Il prend des mesure radicales qui instituent une dictature. Il engage aussi une série de grands travaux pour moderniser le pays. Mais son autoritarisme, la crise économique de 1929, la persistance du problème agraire et les mécontentements visibles dans tout le pays ont raison de lui : il s'exile en 1930, suivi du roi en 1931. La Seconde République espagnole est proclamée.

Elle repose sur une nouvelle constitution libérale qui instaure le suffrage universel. Elle prend des mesures en faveur des paysans (loi agraire du 15 septembre 1932), des femmes (droit de vote, divorce autorisé) et des autonomies catalane et basque. Les titres de noblesse sont abolis et le pouvoir du clergé et de l'armée se trouve diminué. Manuel Azaña est président du conseil de 1931 à 1933 et devient dirigeant du Front populaire (Frente popular) en 1936. D’abord chef du gouvernement, il est élu président de la République en mai et assiste, impuissant, au « printemps tragique ». En proie à une grave crise politique ponctuée de grèves, d’enlèvements, d’assassinats d'opposants comme le dirigeant monarchiste José Calvo Sotelo, le pays se délite sous ses yeux.

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Barcelone 1936

En juillet 1936, les généraux Émilio Mola et Francisco Franco organisent un soulèvement militaire nationaliste et le putsch qui rallie plusieurs régions d'Espagne et marque le début de la guerre civile. Dolores Ibárruri, plus connue sous le nom de La Pasionaria, se dresse pour défendre la république avec le célèbre slogan ¡ No pasarán ! (« Ils ne passeront pas »), lancé du balcon du ministère de l'Intérieur au moment de l'offensive franquiste contre Madrid.

Le camp républicain incarne, au début du conflit, le gouvernement légal de la Seconde République, appuyé par des militants représentant diverses tendances progressistes et surnommés les rojos (« rouges »). Le camp nationaliste est constitué de rebelles appelés nacionalistas (« nationalistes ») ou facciosos (« factieux »). Cette guerre prend aussi la forme, dans certains territoires contrôlés par les rojos, d'une révolution sociale qui crée des conditions de collectivisation des terres et des usines, et qui permet l'expérience de nouvelles relations sociales et politiques dans ces zones. Le Parti ouvrier d'unification marxiste et la Confédération nationale du travail, syndicat anarchosyndicaliste créé en 1910, vont avoir énormément d'importance. Lors de la tentative de la prise de Barcelone par les troupes franquistes, le groupe anarchiste Nosotros (Garcia Oliver, Durruti, Ascaso…) va sauver la ville des franquistes. Cela va leur valoir peu de temps après d'être appelé au bureau du président de la generalitat de Catalogne, Lluís Companys qui leur donne la gestion de la ville. Companys reste au gouvernement mais n'a aucun impact sur les décisions sociales qui sont du ressort du Comité Central des Milices Antifascistes (CCMA). La Catalogne voit fleurir un élan autogestionnaire et collectiviste qui touche aussi, dans une moindre mesure, l'Aragon, les Asturies, l'Andalousie et Valence.

La guerre se déroule de juillet 1936 à avril 1939 et s'achève par la défaite des républicains et l'établissement de la dictature de Francisco Franco. Au cours de cette guerre civile, les futurs belligérants européens de la Seconde Guerre mondiale commencent à s'affronter indirectement : le Troisième Reich de Hitler et l'Italie de Mussolini apportent leur soutien à Franco, en particulier lors de l'épisode tragique de Guernica. L'Union soviétique vend des armes aux républicains, tout en cherchant la prise de pouvoir communiste au sein de la république. Staline ne s'investit cependant beaucoup dans cette guerre, il craint en effet qu'un régime communiste en Espagne ne fasse basculer la France et le Royaume-Uni dans le camp fasciste en réaction. La France et le Royaume-Uni ne participent pas directement, mais ils laissent les Brigades internationales s'engager aux côtés des républicains.

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Francisco Franco

Le franquisme désigne le gouvernement autoritaire et réactionnaire de l'Espagne sous la dictature du caudillo, Francisco Franco. Entre 1939 et 1944, le régime est répressif envers les anciens Républicains emprisonnés (500 000 détenus en 1940) et les opposants. Franco achève la contre-révolution débutée en 1936. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Franco passe de la neutralité à la non-belligérance en 1940, pour revenir à la neutralité en 1944. La Phalange contrôle la police politique, l’éducation nationale, la presse, la radio, la propagande et toute la vie économique et syndicale jusqu'à l'an 1943. Après la guerre, la Phalange est peu à peu écartée du pouvoir au profit de l’Église catholique, pour différencier le pays des régimes de l'Italie et l'Allemagne.

Plus de 400 000 prisonniers politiques sont utilisés par le gouvernement franquiste comme esclaves. Selon l'historien Javier Rodrigo, « Une grande partie des politiques de construction de l'après-guerre sont faites avec le travail forcé de prisonniers de guerre. Ces prisonniers proviennent de camps de concentration nés avec la logique de superposer une politique de violence répressive, de transformation et de rééducation à une logique d'anéantissement et d'élimination directe ». Franco devient, après Hitler, le dictateur à installer le plus grand nombre de camps de concentration en Europe.

On peut parler de deux grandes étapes dans ce gouvernement. Une première, jusqu'à 1957, est caractérisée par l'autarcie économique et le contrôle du Gouvernement par la Phalange. Mais la crise économique et la spéculation économique contre la monnaie risquent de faire tomber le régime. À compter de 1959, avec la visite du Président Eisenhower le 21 décembre 1959, le Gouvernement du Général Franco se rapproche des pays occidentaux. La guerre froide permet à Franco ce rapprochement, sans toutefois que l'Espagne bénéficie du plan Marshall. Présenté comme un pays anti-communiste, le régime reçoit cependant des aides américaines durant la période. En 1955, l’Espagne entre aux Nations unies. Dans les années 1960, Franco cherche à industrialiser et à ouvrir son pays en promouvant le tourisme. En 1959, après avoir longtemps ménagé la chèvre et le chou, le Caudillo donne la préférence à la tendance « technocratique », animée par l'Opus Dei, qui vise à moderniser l'Espagne sans remettre en cause l'autoritarisme du régime. La tendance "Phalange", fascisante et passéiste, est écartée du pouvoir.

Le régime a abandonné (tacitement) sa structure et son idéologie fascisantes pour une conception du pouvoir et de l'économie de type autoritaire et conservateur, très réactionnaire en ce que concerne les mœurs et la religion. Franco reconnaît le catholicisme comme religion d’État, rétablit le budget du culte, établit des aumôneries dans les écoles, les syndicats, l’armée. Depuis avril 1937, la Phalange espagnole est le parti unique. L’armée est également un des appuis du caudillo, avec les grands propriétaires terriens, la haute bourgeoisie industrielle et financière et les classes moyennes naissantes.

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Franco et le futur roi Juan Carlos

Les premières manifestations du mécontentement naissent au sein des universités dans les années 1960. Malgré la force de contrôle des syndicats verticaux, commencent les premières grèves et manifestations ouvrières, avec la fondation des syndicats HOAC et CCOO. Les grèves, les manifestations d’étudiants et les attentats d'ETA et des GRAPO, comme celui qui coûte la vie au premier ministre, Luis Carrero Blanco, vont en augmentant à la fin des années 1960. L’Église catholique cesse d’être un appui pour le régime et se range dans l’opposition à partir de 1970. Le pouvoir de Franco diminue alors. Il cède, en juillet-septembre 1974, les fonctions de chef de l’État à Juan Carlos qui est couronné roi d’Espagne conformément à la volonté de son prédécesseur.

Le niveau de vie général est encore relativement faible : les enfants ne sont pas tous scolarisés, les rues de nombreuses villes ne connaissent pas l'asphalte, certains quartiers ne reçoivent pas le courrier, d'autres ne sont pas raccordés au tout-à-l'égout, les systèmes de transport et de santé sont rudimentaires... Après la mort de Franco, le 20 novembre 1975, le régime évoluera doucement vers une démocratie.

D'après Wikipédia