J'adore Jules Verne, un auteur très "gothique" avec ses histoires mystérieuses, même s'il leur donne les explications scientifiques avec les données dont il disposait à l'époque. Certaines sont d'ailleurs aujourd'hui complètement caduques, ce qui leur donne une fraîcheur d'âme supplémentaire. J'adore...

INCIPIT

Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque.

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RESUME

Dans le village de Werst, en Transylvanie (Roumanie), Frick, un berger, remarque un jour, grâce à une lunette apportée par un marchand, qu'une fumée semble sortir du château abandonné et en ruines dominant la bourgade. Le dernier propriétaire, Rodolphe de Gort, est parti depuis des années et on n'a plus jamais entendu parler de lui. D'où viennent donc ces étranges manifestations ? Les villageois, terrifiés, sont persuadés que le château est hanté. Le jeune forestier Nick Deck et le médecin du village décident d'aller voir ce qu'il en est mais sont victimes de surprenants phénomènes. Alors qu'ils tentent de se remettre de leurs émotions et que leurs concitoyens ont plus peur que jamais, arrive au village le jeune comte Franz de Télek. Il apprend la situation du château et est frappé par le nom de son propriétaire...

MON AVIS

Bien sympa. Notre culture d'aujourd'hui, imprégnée d'histoires de vampires, nous fait attendre des créatures aux dents longues... ce ne sera pas du tout le cas. Mais l'histoire est gothique à souhait : romantique et tourmentée ! Sans doute pas le meilleur Jules Verne, il est un peu déséquilibré : toute une partie "attente et suspense" et la seconde trop matérielle et scientifique. Mais ça se lit rapidement avec grand plaisir.

Je noterai ENCORE UNE FOIS que la version liseuse est très médiocre : dialogues qui ne vont pas à la ligne, fautes de frappe constantes (cl à la place du d - ri à la place du n - etc.). On se fiche de nous. Sous prétexte qu'il s'agit d'oeuvres passées dans le domaine public, on nous les livre gratis dans l'appareil. OK, mais probablement "tapés" à la sauvage par des employés mal rémunérés (voire bénévoles nous dit-on) et même pas relus ! Mais moi je veux bien payer un peu pour avoir un texte de qualité !!! Je crois que je vais laisser tomber cette sacrée liseuse, malgré ses nombreux avantages...

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Le Château des Carpathes est publié en 1892. Il paraît 42 ans après L’Étranger des Carpathes de Karl Adolf von Wachsmann (1844) et cinq ans avant le Dracula de Bram Stoker (1897), œuvres qui présentent des scénarios et une ambiance analogues : personnage maudit, villageois effrayés, lieux d’action "exotiques" et inquiétants.

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L’action du Château des Carpathes se déroule en partie en Transylvanie. La région est à l’époque une possession austro-hongroise. Comme toujours chez Jules Verne, la science et la technologie, absentes des romans de Wachsmann et de Stoker, jouent ici un rôle non négligeable.

Le roman est d'abord publié sous forme de feuilleton dans le Magasin d'éducation et de récréation, avant d'être repris en volume la même année chez Hetzel.

Des critiques ont abondamment commenté le dispositif utilisé par Rodolphe de Gortz, parlant de l'annonce d'une sorte de télévision ou de cinéma en relief ou encore de préfiguration des hologrammes.

L'auteur donne une description assez précise des dispositifs. Le son est enregistré avec des appareils phonographiques, existants à l'époque. L'image est une projetée sur un miroir, en couleur. La perfection du portrait et du chant de la cantatrice, supposée immobile, donne l'illusion qu'elle est animé. Outre la mise en scène, la seule qualité extraordinaire par rapport à la technologie de l'époque est la qualité de restitution qui trompe les personnages.

Jules Verne a coutume de développer des thèmes technologiques particuliers dans ses romans. Le Château des Carpathes est placé sous le thème des développements de l'électricité et des télécommunications qui a marqué les années 1880. Il parle du téléphone (commercialisé dans les années 1870), dont Rodolphe de Gortz a secrètement installé une ligne ouverte entre le village et l'auberge pour entendre tout ce qui s'y dit, mais aussi du téléphote, qu'il décrit comme étant un appareil contemporain équivalant au téléphone muni de l'image.

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Cependant, ce n'est pas seulement la technique du son et de l'image qui intéresse l'auteur, mais également son utilisation comme ressort dramatique, puisqu'elle permet de faire croire aux personnages et au lecteur à la réalité de l'image.

On notera que Verne utilise la graphie de l'époque : Carpathes, avec un H, alors qu'aujourd'hui on écrit Carpates.

Transylvanie

La Transylvanie (du latin trans-silvam : « au-delà des forêts ») est une région du centre-ouest de la Roumanie, délimitée à l'est et au sud par les montagnes des Carpates. Entre 1538 et 1699, les limites de la Transylvanie ont beaucoup varié au gré des guerres entre les princes transylvains et les Habsbourg ou les Ottomans. Depuis 1918, c'est la frontière ouest de la Roumanie actuelle qui marque la limite occidentale de la Transylvanie. Celle-ci inclut l'ensemble des territoires dont les habitants roumains ont proclamé leur union à la Roumanie en décembre 1918, cédés par la Hongrie en 1920 au traité de Trianon, c'est-à-dire l'ancienne principauté ainsi que, le long de la frontière occidentale de la Roumanie, : le Partium et le Banat.

Par une série de circonstances de l'histoire culturelle, la légende du personnage Dracula, liée à la Transylvanie, a connu une large diffusion en Europe et Amérique du Nord. Néanmoins, les deux Vlad, Dracul et Țepeș (le dragon et l'empaleur), dont les écrivains se sont inspirés, sont des Voévodes de Valachie, et non de Transylvanie. Vlad II le Dragon, de la dynastie des Basarab, est ainsi surnommé parce que le roi de Hongrie Sigismond de Luxembourg l'a adoubé chevalier de l'ordre du Dragon (dracul dans la langue de l'époque) Ourobore et il lutte contre les Turcs ottomans. Vlad III Țepeș (« l'empaleur »), son fils, doit son surnom au fait qu'il a empalé un ambassadeur turc, Hamza Bey, et son chambellan Thomas Catavolinos, parce que ceux-ci ont cherché à l'empoisonner. Vlad Țepeș ayant augmenté les droits de douane en Valachie des marchands publient contre lui des gravures le traitant de monstre et de vampire, ou le montrant devant une forêt de pals. Au XIXe siècle, l'écrivain irlandais Bram Stoker a connaissance de ces gravures et y puise le titre de son fameux roman, où figurent aussi des éléments de biologie sud-américaine (les chauves-souris vampires Desmodus rotundus).

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Le château de Bran, propriété de Vlad en Transylvanie, qui inspira la mythologie de Dracula

Dracula n'est donc pas une légende transylvaine, mais une légende gothique de l'époque victorienne, dont l'action se situe en Transylvanie…

MES EXTRAITS FAVORIS

Jules Verne aime bien se moquer des médecins

En sa qualité d'esprit fort, le docteur Patak ne pouvait admettre que cette croix le protégerait contre des apparitions surnaturelles. Et cependant, par une anomalie commune à bon nombre d'incrédules, il n'était pas éloigné de croire au diable. 

***

Le docteur Patak disait ces choses d'une voix si caverneuse que l'on frémissait rien qu'à l'entendre. "Je n'ai pas consenti, reprit-il, non... je n'ai pas consenti ! Et que serait-il arrivé... si j'eusse cédé aux désirs de Nic Deck ? Les cheveux me dressent d'y penser !" Et si les cheveux du docteur se dressaient sur son crâne, c'est que sa main s'y égarait machinalement.

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Et, à regarder le docteur Patak avec sa figure convulsée, ses yeux fous, il y avait vraiment lieu de se demander s'il ne revenait pas de cet autre monde où il avait déjà envoyé bon nombre de ses semblables !

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A défaut de diagnostic, ce pronostic n'était pas rassurant pour Nic Deck. Très heureusement, ces paroles n'étaient point parole d'évangile, et combien de médecins se sont trompés depuis Hippocrate et Galien et se trompent journellement, qui sont supérieurs au docteur Patak. Le jeune forestier était un gars solide ; avec sa vigoureuse constitution, il était permis d'espérer qu'il s'en tirerait - même sans aucune intervention diabolique -, et à la condition de ne pas suivre trop exactement les prescriptions de l'ancien infirmier de la quarantaine [le docteur Patak].

Humour...

- Qui est là ? demanda-t-il.

- Ce sont deux voyageurs.

- Vivants ?

- Très vivants.

- En êtes-vous bien sûrs ?

- Aussi vivants qu'on peut l'être, monsieur l'aubergiste, mais qui ne tarderont pas à mourir de faim si vous avez la cruauté de les laisser dehors.