J'ai vu le sublime film de Stanley Kubrick... cela faisait un bon moment que je voulais lire le livre qui l'avait inspiré.

INCIPIT

Depuis Adam, il n'y a guère eu de méfait en ce monde où une femme ne soit entrée pour quelque chose.

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RESUME

XVIIIe siècle. Redmond Barry, jeune homme désargenté, fuit son Irlande natale après un duel, convaincu à tort qu'il a tué son adversaire. Il s'engage dans l'armée anglaise pour la Guerre de Sept Ans, puis est capturé par les troupes prussiennes qui le chargent d'espionner le Chevalier de Bali-Bari. Lorsque ce dernier s'avère n'être autre que son oncle Cornelius Barry, les deux compères s'installent en tant que tricheurs aux cartes professionnels. Barry connaît le succès au jeu et devient l'homme à la mode. Il épouse une riche veuve, la comtesse de Lyndon dont il prend le nom. Il dilapide sa fortune, la maltraite, ainsi que son fils, et ne se montre affectueux qu'envers sa mère et le fils qu'ils ont eu ensemble, Bryan, qu'il gâte jusqu'à ce que le jeune garçon soit tué dans un accident de cheval. Finalement, la comtesse, avec l'aide de son fils, maintenant grandi et échappant aux brutalités de son beau-père, se libère de son emprise et recouvre sa liberté. Barry est contraint de s'exiler à l'étranger où il reçoit de son épouse une pension. Toutefois, rattrapé par ses dettes, piégé par sa femme, il est arrêté et passe le reste de ses jours dans la prison de la Fleet à Londres, où, privé de son allocation annuelle, alcoolique et prématurément sénile, toujours soigné par sa vieille mère dévouée, il connaît la plus complète déchéance. 

MON AVIS

C'est plutôt amusant et on suit les aventures de Redmond (magistralement interprété par Ryan O'Neal dans le film) avec plaisir, du moins au début. C'est le type même du roman picaresque : un jeune héros parti de rien, qui veut faire fortune et subit de ce fait de multiples aventures, heureuses ou malheureuses.

Mais après le premiers tiers, j'ai commencé à me lasser. Ce n'est pas si drôle que ça finalemement, à part quelques réflexions bien senties, et pas très intéressant : il y a de longs récits sur les aléas militaires, des plaintes et des lamentations de Redmond, parano, qui deviennent par moments franchement lassantes.  

"Un effet comique trompeur" dit Wikipédia (voir plus bas), c'est tout à fait ça. L'humour est en fait ironie, sarcasme et le personnage est tellement amoral, tellement cynique et détestable qu'on ne peut s'y attacher ; il n'éprouve aucun sentiment, aucune empathie, aucune compassion, même lorsqu'il voit les gens souffrir autour de lui : de toute façon, ce n'est jamais de sa faute ! Il critique les horreurs de la guerre mais en profite lui-même... Il a quelque respect pour sa mère mais on sent qu'il s'agit plus d'une "tradition" familiale car ses plaisirs passent avant elle et il profite de l'idolâtrie qu'elle lui voue. Seul son jeune fils semble lui inspirer de l'amour. Mais narcissique comme il est, je pense qu'il le voit surtout comme un petit double de lui-même. Redmond est un vrai psychopathe... Le film de Kubrick en ce sens ne rend pas du tout ce qui transpire du livre : Redmond est désagréable et imbu de sa personne, mais il est tellement beau et doucereux qu'on lui pardonne.

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Film de Stanley Kubrick, 1975

J'ai eu un peu de mal à terminer, j'ai trouvé le tout un peu répétitif, mais j'étais motivée par le fait de savoir qu'il finissait en prison, d'où il raconte ces fameuses mémoires... J'avais envie de le voir enfin dans la peine et le chagrin ! Mais cette partie de sa vie est survolée. On ne peut pas se complaire de sa "punition" ; ce qui n'est pas plus mal ! Ce serait dommage de vouloir du mal à quelqu'un...

Bref, j'ai été déçue, non pas sur la forme mais sur le fond. Même si c'est une critique féroce de ces faux gentilshommes, ivres de richesse et de pouvoir, le message est si évident qu'il ne porte pas vraiment.

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Mémoires de Barry Lyndon est à la fois une autobiographie fictive et un roman picaresque, historique, satirique et d'aventures de l'écrivain britannique William Makepeace Thackeray (1811-1863). Cette œuvre s'inspire en grande partie de la vie d'un personnage réel, l'aventurier irlandais Andrew Robinson Stoney. Elle est publiée en onze épisodes successifs par le Fraser's Magazine de janvier à décembre 1844, sous le pseudonyme de Fitz-Boodle, puis rééditée à New York en 1852 par D. Appleton & Co. et à Londres par Bradbury & Evans en 1856, cette fois sous le titre Mémoires du Sieur Barry Lyndon, par Lui-Même, que Thackeray n'apprécie pas particulièrement.

Thackeray commence la rédaction à Paris en octobre 1843. L'auteur se plaint de la dureté de la tâche, qui requiert « bien plus de lectures qu'il ne le pensait » et traite d'un sujet « peu sympathique ». Il écrit le 14 août 1844 que c'est devenu « un cauchemar » et c'est avec soulagement que le 3 novembre 1844, il appose le point final, notant : « terminé Barry après moult affres hier soir ». La dernière partie est écrite au cours d'un voyage en Égypte, et l'ultime chapitre à Malte en octobre 1844 sur le chemin du retour, alors que le bateau se trouve en quarantaine dans le port de La Valette.

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Thackeray sait que son roman est peu apprécié des lecteurs du Fraser's Magazine, qui se plaignent de « l'immoralité de l'histoire », si bien qu'après coup, Thackeray est obligé d'ajouter des paragraphes, des digressions et des explications pour justifier son attitude ironique et rendre son propos plus clair.
 
Presque tous ces ajouts sont abandonnés en 1856 lorsque Barry Lyndon est à nouveau publié. Cette version contient néanmoins quelques modifications : les deux premiers chapitres ont été réunis en un seul ; dans la seconde partie, le début du chapitre XVII a été amputé ; a été aussi soustrait un long passage de la conclusion qui traite de la justice immanente. En outre, certaines des digressions rédigées à la troisième personne, en fait des intrusions de l'auteur, sont réinsérées, mais à la première personne, c'est-à-dire placées cette fois dans la bouche de Barry. Enfin, le pseudonyme Fitz-Boodle se voit abandonné et l'ouvrage est signé de William Makepeace Thackeray. En 1856 en effet, douze années après la parution de la première version, Thackeray est devenu célèbre et n'a plus besoin de masques.  

Thackeray, en 1856, est désormais reconnu comme l'un des maîtres du roman dans les lettres anglaises et ses œuvres sont appréciées avec plus de considération. L'influente Saturday Review considère Barry Lyndon comme « la plus caractéristique et la plus réussie des œuvres de Thackeray ». Plusieurs confrères de l'auteur mettent l'accent sur le tour de force que représente ce roman, Trollope, en particulier, qui proclame que « Si Dickens a révélé le meilleur de sa puissance créatrice tôt dans la vie, Thackeray fait montre, quant à lui, d'un intellect supérieur. Jamais la force de son esprit ne s'est hissée plus haut que dans Barry Lyndon, et je ne connais personne parmi les conteurs d'histoire dont les facultés intellectuelles puissent dépasser cette prodigieuse entreprise ». Quant à l'Américain William Dean Howells, il écrit qu'il s'agit là « de la création la plus parfaite […] un fabuleux exploit de pure ironie ».  

Thackeray a l'idée de ce roman lors d'une visite à Streatlam Castle en juin et juillet 1841. Son ami John Bowes est le descendant illégitime de Andrew Robinson Stoney-Bowes, un personnage qui le fascine d'emblée.

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Selon d'autres points de vue, une source d’inspiration pour son personnage serait le capitaine James Freney, le « Robin des Bois irlandais », dont il lit les aventures en 1841, qu'il met en scène dans son roman en le plaçant sur le chemin de Barry en Irlande peu après le départ de son héros pour le grand monde. Selon une autre hypothèse, le modèle englobe les Irlandais en général qu'il a croqués dans son Irish Sketch Book de 1843, « ce peuple brillant, audacieux, batailleur, exubérant, buveur de whiskey ». 

Alors qu'il rédige, Thackeray voyage sans arrêt, d'où l'aspect cosmopolite du roman, avec des épisodes marquants situés en France ou en Allemagne, et aussi quelques détails en écho de la tournée moyen-orientale de l'auteur, comme le séjour de Barry à Ludwigslust où il est accompagné d'un « nègre » appelé Zamor, s'habille à la turque et loge dans un palace « aménagé à la façon orientale et tout à fait somptueux ».

La question de la noblesse de cœur opposée à celle de la naissance est dans l'air : Dickens la reprend à son compte quatre ans après Barry Lyndon dans Les Grandes Espérances (1860), autre roman à la première personne.
 
Autre préoccupation de Thackeray, les événements en Irlande : bien que l'histoire de Barry Lyndon soit censée se passer au XVIIIe siècle, le livre se fait l'écho des relations anglo-irlandaises de la première moitié du XIXe, en particulier de la campagne pour l'abolition de l'Acte d'Union qui, sous l'impulsion de Daniel O'Connell, fait rage au cours des années 1840 et culmine en 1843 par la renaissance du mouvement dit de l’Irish Home Rule. 

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La sombre fin de Barry fait écho à celle, bien réelle, du journaliste irlandais et cofondateur du Fraser's Magazine, William Maginn qui partage avec lui le charme facile et une prodigalité abyssale ; en 1842 son endettement le jette dans la prison de la Fleet d'où il ne ressort, rongé par la tuberculose, que pour mourir cette même année. Un parallèle peut aussi être établi entre la fin honteuse de Barry en prison et celle, misérable en son exil français, du célèbre « Beau » Brummell qui a fui la montagne de ses dettes et dont la carrière fait la une depuis que William Jesse en a publié la biographie en 1844 alors que Barry Lyndon est en cours d'écriture. D'ailleurs, Thackeray place une allusion en forme de clin d'œil sous la plume de son héros narrateur : « Dire que Londres s'est fait dicter le bon goût par un Bru-mm-ll ! un roturier, un sans éducation qui ne sait pas plus danser le menuet que je parle le chiroquois. »

Barry Lyndon, comme plusieurs des œuvres précédentes de Thackeray, a été conçu au nom du réalisme, en réaction contre certaines modes littéraires, à commencer par celle du sentimentalisme, illustrée au XVIIIe siècle par les romans de Richardson, de Goldsmith  ou encore de Fanny Burney et très présente encore au siècle suivant comme le montre le pathétique de certaines scènes de Dickens. D'ailleurs, Thackeray fustige le pathos de certaines scènes de la Newgate School of Fiction lorsqu'il écrit dans les colonnes du Fraser's Magazine : « Au nom du bon sens, gardons-nous de laisser gagner à notre sympathie les égorgeurs et autres prodiges du mal ! ». Dans Barry Lyndon, débarrassés du sentimentalisme et du sensationne, les rogues apparaissent dans toute leur réelle splendeur, et la justice immanente si honnie de Thackeray ne se manifeste qu'au moment ultime du récit, dans la conclusion de Barry Lyndon qui n'appartient plus au narrateur. 

Autre avatar littéraire contre lequel Thackeray s'insurge, le roman irlandais, très en vogue à l'époque, surtout les œuvres de Charles Lever  et de Samuel Lover. Dans ces ouvrages apparaît un héros présenté comme typiquement irlandais, c'est-à-dire en accord avec les stéréotypes qu'entretient le public anglais : un personnage sale, vantard, couard, avide et vulgaire. À cette contrefaçon, Thackeray entend opposer un vrai Irlandais, joyeux, flamboyant, brillant causeur. Enfin, Thackeray se démarque du vaudeville irlandais qui « répand des idées fausses sur les Dublinois ».

D'un point de vue littéraire, Barry Lyndon est modelé sur le héros de Fielding, un aristocrate-bandit qui annonce sa propre verve, ses aventures et ses opinions. Autres modèles sans doute suivis, les romans Ferdinand Count Fathom (1753) et Peregrine Pickle (1751/1758) de Smollett (1721-1771), qui le touchent profondément. Enfin, La Vie de Tiger Roche, du même auteur a vraisemblablement joué lui aussi un rôle.  

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Le snobisme, thème de prédilection pour Thackeray, transpire à chaque page du roman. Son héros appartient à la catégorie du « snob irlandais » que Thackeray décrit dans son Livre des snobs en 1848, mais il n'est pas le seul ; sa mère Mrs Belle Barry et le chevalier de Bally-Barry (Bali-Bari) sont fascinés par la généalogie et l'héraldique, donc par les titres, et entretiennent les mêmes préjugés raciaux, antisémites ou xénophobes. Barry est à ce point touché par cette dernière maladie que, tout Irlandais qu'il est, il n'a de cesse de se gausser de ses compatriotes dont il déteste l'accent122, les façons et les goûts, ayant oublié qu'il les partage avec eux.
 
Dans une lettre, Thackeray énonce sa conception du roman : « L'art du roman, écrit-il, est de représenter la Nature, de communiquer le plus fortement possible le sentiment de la réalité ». Chaque détail est minutieusement rapporté : l'aigle à deux têtes de la Prusse ou l'aigle bicéphale russe, celui à une seule tête de l'Autriche, les barrières noires et blanches de la frontière prussienne, celles, jaunes et vertes, de la Saxe, etc. Autre aspect du réalisme, le pittoresque de la vie quotidienne, ici au XVIIIe siècle. Pour les besoins de l'intrigue, il se limite à la vie des soldats et de l'aristocratie, mais partout où se rend le héros, que ce soit Dublin, Londres ou le continent, vêtements, nourriture, boissons, jeux, superstitions, coutumes, goûts et passions en vogue (la pierre philosophale, l'astronomie) se trouvent relevés dans leur contexte, si bien que se recrée l'atmosphère de ce temps passé. 

À première lecture, Barry Lyndon dégage un effet comique trompeur : comme on rit de Candide alors que c'est un livre d'amertume, on s'amuse prodigieusement avec Barry. En cela, Thackeray s'inscrit dans la lignée des ironistes du siècle précédent ; pour autant, la forme autobiographique du roman et le caractère du héros en font un plaidoyer pro domo, qui plus est conduit par un criminel convaincu d'être irréprochable. Mais Thackeray lui a donné le sarcasme, l'esprit ravageur, la virtuosité méchante. Ainsi s'impose sa verve inépuisable à l'encontre des personnages côtoyés, experte à ridiculiser les travers, les tics mentaux et surtout les prétentions. En cela, Thackeray exerce sa satire par délégation et Barry lui sert de fidèle agent.

La guerre de 7 ans

La guerre de Sept Ans (1756-1763) est un conflit majeur, le premier à pouvoir être qualifié de « guerre mondiale ». Elle mêle de façon conséquente les puissances, regroupées dans deux alliances antagonistes, et se déroule simultanément sur plusieurs continents et théâtres d'opérations, principalement en Europe, en Amérique du Nord et en Inde. Elle oppose principalement le royaume de France, l'archiduché d'Autriche, leurs empires coloniaux et leurs alliés, au royaume de Grande-Bretagne, au royaume de Prusse, leurs empires coloniaux et leurs alliés. Cependant, par le jeu des alliances et des opportunismes, de nombreux autres pays européens et leurs colonies participent à cette guerre, notamment l'Empire russe aux côtés de l'Autriche ainsi que le royaume d'Espagne aux côtés de la France.

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Le conflit s'est traduit par un rééquilibrage important des puissances européennes. En Amérique du Nord et en Inde, l'Empire britannique sort vainqueur. Il fait presque entièrement disparaître le premier espace colonial français. En Europe, c'est la Prusse qui s'affirme au sein de l'espace germanique par les victoires de Rossbach sur les Français et de Leuthen sur les Autrichiens (1757) : elle y conteste désormais la prééminence de l’Autriche.

Le début de la guerre est généralement daté du 29 août 1756, jour de l'attaque de la Saxe par Frédéric II de Prusse, qui fait ainsi le choix de devancer l’agression programmée par l’Autriche pour reprendre possession de la Silésie. Cependant, l’affrontement avait débuté plus tôt dans les colonies d’Amérique du Nord.

Le roman picaresque

Le roman picaresque (de l'espagnol pícaro, « misérable », « futé ») est un genre littéraire né en Espagne au XVIe siècle et qui a connu sa plus florissante époque dans ce pays. Un roman picaresque se compose d'un récit sur le mode autobiographique de l’histoire de héros miséreux, généralement des jeunes gens vivant en marge de la société et à ses dépens. Au cours d’aventures souvent extravagantes supposées plus pittoresques et surtout plus variées que celles des honnêtes gens, qui sont autant de prétextes à présenter des tableaux de la vie vulgaire et des scènes de mœurs, le héros entre en contact avec toutes les couches de la société.

À la différence des autres genres littéraires comme la tragédie, la comédie, le discours ou l’histoire qui s’astreignent tous à des lois précises de développement, de construction, et parfois même n’hésitent pas à faire violence à la réalité pour la soumettre à l’harmonie de l’art, le roman fonctionne sans règles. Toute peinture de la société, pour être un peu vaste et foisonnante, doit échapper aux règles habituelles, et trop étroites, de la composition afin de pouvoir représenter l’infinie diversité de la vie et du monde social.  

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Six caractéristiques constitutives distinguent le roman picaresque : 

  • Le protagoniste est un pícaro de rang social très bas ou qui descend de parents sans honneur ou ouvertement marginaux ou délinquants. Le profil d’antihéros du pícaro constitue un contrepoint à l’idéal chevaleresque. Vivant en marge des codes d’honneur propres aux classes dominantes de la société de son époque, son plus grand bien est sa liberté. Aspirant également à améliorer sa condition sociale, le pícaro a recours à la ruse et à des procédés illégitimes comme la tromperie et l’escroquerie.
  • Structure de fausse autobiographie : le roman picaresque est narré à la première personne comme si le protagoniste racontait ses propres aventures, à commencer par sa généalogie, contrairement à ce qu’est censé faire un chevalier. Le pícaro apparaît dans le roman dans une double perspective : comme auteur et comme acteur. Comme auteur, il se situe dans un temps présent qu’il évalue à l’aune de son passé de protagoniste et il raconte une action dont il connaît le dénouement à l’avance.
  • Déterminisme : bien que le pícaro tente d’améliorer sa condition sociale, il échoue toujours et restera toujours pícaro, c’est pourquoi la structure du roman picaresque est toujours ouverte. Les aventures racontées pourraient se poursuivre indéfiniment car l’histoire n’est pas capable d’évolution susceptible de la transformer.
  • Idéologie moralisante et pessimiste : chaque roman picaresque en viendrait à être un grand cas exemplaire de conduite aberrante systématiquement punie. Le picaresque est très influencé par la rhétorique sacrée de l’époque, fondée dans beaucoup de cas, sur la prédication d’exemples relatant la conduite dévoyée d’un individu qui finit soit par être puni soit par se repentir.
  • Intention satirique et structure itinérante : la structure itinérante du roman picaresque met le protagoniste dans chacune des strates de la société. L’entrée du protagoniste au service d’un élément représentatif de chacune de ces couches constitue un nouveau prétexte de critique de celles-ci. Le pícaro assiste ainsi, en spectateur privilégié, à l’hypocrisie incarnée par chacun des puissants nantis qu’il critique à partir de sa condition de déshérité puisqu’il ne s’érige pas en modèle de conduite.
  • Réalisme, y compris naturalisme dans la description de certains des aspects les moins plaisants de la réalité qui, jamais idéalisée, est au contraire présentée comme une moquerie ou une désillusion.

Le picaresque s’est exporté un peu partout.  

Irlande au XVIIIe

L'Irlande est sous l'entière domination de la Grande-Bretagne. La reine Anne crée, en 1704, une loi favorisant la propriété foncière au profit des colons britanniques et une autre exigeant des autorisations d'exercice pour les prêtres catholiques. En 1709, une nouvelle loi oblige les prêtres catholiques à prêter serment d'allégeance à la couronne d'Angleterre. 

Lors de la première année de son règne, en 1715, George Ier doit faire face au soulèvement jacobite en Irlande puis, en 1717, à l'exode presbytérien d'Ulster vers les colonies américaines. Le 26 mars 1720, le Parlement de Grande-Bretagne vote une loi, déclarant le droit du Parlement de Grande-Bretagne de légiférer pour l'Irlande et nier la juridiction d'appel de la Chambre des lords irlandaise. Cette loi est connue sous le nom de Dépendance de l'Irlande sur la Loi de la Grande-Bretagne de 1719. L'hiver 1739-1740 est particulièrement froid et long. Ceci engendrera une première grande famine de 1740 à 1741.

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La société des patriotes irlandais se radicalise et se transforme en une société secrète à la suite de son interdiction. Leur programme est de conquérir une réelle indépendance. Ils cherchent l’alliance de la France, en guerre avec l’Angleterre depuis 1793. Theobald Wolfe Tone, réfugié à Paris, harcèle les ministres et finit par les rallier à sa cause. Le général Lazare Hoche est chargé de monter l'Expedition d'Irlande (1796). Une armée de 15 000 hommes embarqués sur quarante deux vaisseaux est sortie de la rade de Brest le 15 décembre 1796. Mais elle est dispersée par la tempête. À cause des éléments naturels, et aussi de la mauvaise volonté des officiers, une occasion favorable a été irrémédiablement gâchée. Affolés par les menaces de débarquement, les groupes protestants réactionnaires multiplient les abus et les provocations en formant de nombreuses milices (Wrekers et Peep O'Day Boys). De plus entre mars 1796 et avril 1797, presque la totalité de l’Irlande est placée sous la loi martiale. La presse contestataire est interdite, et les principaux dirigeants sont arrêtés. Les troupes anglaises du général Lake désarment les Irlandais en commettant de nombreuses exactions (meurtres, tortures, incendies). De leur côté, les patriotes irlandais préparent une insurrection générale, nourrie aussi bien par l'émancipation des États-Unis que par l'exemple de la Révolution française.
 
En 1798, une dénonciation permet au gouvernement de décapiter l’organisation révolutionnaire, et une dizaine de chefs sont arrêtés. C’est dans ce climat de violence et de méfiance que débute l’insurrection générale le 23 mai 1798. Le 30 mai, les rebelles catholiques s'emparent de Wexford et massacrent les traîtres, puis, le 5 juin ils font un nouveau massacre de protestants à Scullabogue. Le 21 juin, les insurgés sont écrasés par des forces anglo-irlandaises à la bataille de Vinegar Hill. 

Les patriotes préparent une nouvelle expédition française. Le 6 août 1798, une petite escadre prend la mer avec un millier d’hommes à son bord, sous le commandement du général Humbert. Débarqué le 22 août à Killala, le corps français est engagé le 24 août à Ballina puis le 27 aout, à Castlebar, ou les forces françaises et les rebelles irlandais l’emportent sur une force de 6 000 Britanniques dans ce qui sera plus tard surnommé la « course de Castlebar » pour se moquer de la vitesse et la distance que les Anglais ont parcourue dans leur fuite.
Une éphémère République de Connaught est déclarée après la victoire et John Moore est déclaré son président. Mais après une nouvelle bataille, les troupes rebelles et françaises sont encerclées le 8 septembre à Ballinamuck obligeant le corps expéditionnaire français du général Humbert à capituler le 15 septembre. Le 16 septembre un nouveau corps expéditionnaire, commandée par le général Hardy fort de 3 000 hommes, part de Brest et est intercepté et battu, le 12 octobre, par la Royal Navy près de l'île de Toraigh dans la baie du Donegal.
En novembre, Wolfe Tone est fait prisonnier, jugé à Dublin devant la cour martiale, et condamné à mort par pendaison. La veille de l’exécution, il se tranche la gorge avec un canif et agonise toute une semaine avant d’expirer le 19 novembre 1798.

La répression est terrible et, le 1er août 1800, la Grande-Bretagne proclame un « acte d'union » unissant totalement l'Irlande au nouveau Royaume-Uni.

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MES EXTRAITS FAVORIS

"Il faudrait un plus grand philosophe et un autre historien que moi pour expliquer les causes de la fameuse guerre de sept ans dans laquelle l'Europe fut engagée ; et, vraiment, son origine m'a toujours paru si compliquée, et les livres écrits là-dessus étaient si prodigieusement difficiles à comprendre, que j'ai rarement été plus avancé à la fin d'un chapitre qu'au commencement : en conséquence, je ne fatiguerai pas mon lecteur de mes investigations personnelles à ce sujet. Tout ce que je sais, c'est qu'après que l'amour de Sa Majesté pour ses Etats de Hanovre [le roi George Ier est né à Hanovre] l'eut rendu fort impopulaire dans son royaume d'Angleterre, quand M. Pitt était à la tête du parti anti-allemand, tout d'un coup, M. Pitt devenant ministre, le reste de l'empire applaudit à la guerre autant qu'il la détestait auparavant. Les victoires de Dettingen et de Crefeld étaient dans toutes les bouches, et le héros protestant, comme nous appelions cet athée de vieux Frédéric de Prusse, était adoré par nous comme un saint peu de temps après que nous aviosn été sur le point de lui faire la guerre, de concert avec l'impératrice-reine [Marie-Thérèse d'Autriche]. Maintenant, de façon ou d'autre, nous étions pour Frédéric ; l'impératrice, les Français, les Suédois et les Russes étaient ligués contre nous, et je me souviens que lorsque la nouvelle bataille de Lissa nous arriva au fond de notre Irlande, nous la considérâmes comme un triomphe pour la cause du protestantisme, et illuminâmes, et allumâmes des feux de joie, et eûmes un sermon à l'église, et célébrâmes le jour de naissance du roi de Prusse, à l'occasion de laquelle mon oncle se grisa, comme il faisait du reste, en toute autre occasion."

"Oui, mes goûts ont toujours été relevés et élégants, et j'avais mal au coeur de l'horrible compagnie dans laquelle j'étais tombée."

"Quand je songe que moi, le descendant des rois d'Irlande, je fus menacé de coups de canne par un polisson qui sortait du collège d'Eton ; quand je songe qu'il me proposa d'être son laquais, et que, dans aucun des deux cas, je ne l'égorgeai ! La première fois je fondis en larmes, peu m'importe de l'avouer, et je fus sérieusement tenté de me suicider, tant était grande ma mortification."

"Les hommes deviennent de tels voleurs et de tels gredins à la guerre ! C'est fort bien aux gentilshommes de parler de l'époque de la chevalerie ; mais songer aux brutes affamées qu'elle menait, des hommes nourris dans la pauvreté, d'une ignorance complète, qu'on habituait à s'enorgueillir de verser le sang ; des hommes qui n'avaient pas d'autre amusement que l'ivrognerie, la débauche et le pillage ! C'est avec ces affreux instruments que nos grands guerriers et monarques ont fait leur oeuvre de meurtre dans le monde ; et tandis que, par exemple, nous admirons en ce moment le grand Frédéric, comme nous l'appelons, et sa philosophie, et son libéralisme, et son génie militaire, moi qui ai servi, sous lui et qui étais pour ainsi dire dans les coulisses de ce grand spectacle, je ne peux l'envisager qu'avec horreur. Que de crimes, de misère, d'esclavage, pour composer ce total de gloire !"

"Je ne fais pas de difficulté d'avouer que je suis disposé à me targuer de ma naissance et des mes autres avantages, car j'ai toujours remarqué que si un homme ne se fait pas valoir lui-même, ce ne sont pas ses amis qui le feront pour lui."

"Dans ces derniers temps, un vulgaire préjugé national s'est plu à jeter une tache sur le caractère des gens d'honneur qui exercent la profession de joueurs. Mais je parle du bon vieux temps de l'Europe avant que la lâcheté de l'aristocratie française dans la honteuse Révolution qui l'a traitée comme elle le méritait, n'eût causé le discrédit et la ruine de notre ordre. Les gens crient haro maintenant sur les hommes qui jouent ; mais je voudrais savoir si leurs moyens d'existence sont beaucoup plus honorables que les nôtres. L'agent de change qui joue la hausse et la baisse, et vend, et achète, et tripote avec les valeurs en dépôt, et trafique des secrets d'Etat, qu'est-il, sinon un joueur ? Le marchand qui fait le commerce du thé et de la chandelle, est-il quelque chose de mieux ? Ses balles de sale indigo sont ses dés ; ses cartes lui arrivent chaque année au lieu de toutes les dix minutes, et la mer est son tapis vert. Vous appelez la robe une profession honorable, où un homme ment pour quiconque le paye, écrase la pauvreté pour toucher des honoraires de la richesse, écrase le juste parce que l'injuste est son clint. Vous appelez honorable un médecin, un escroc de charlatan, qui ne croit point aux élixirs qu'il prescrit, et vous prend votre guinée pour vous avoir dit à l'oreille qu'il fait beau ce matin..."

"Ma profession était le jeu, et j'y étais alors sans rival. Personne, en Europe, ne pouvait jouer avec moi à but ; et mon revenu était aussi assuré (en santé et dans l'exercice de ma profession) que celui d'un homme qui touche son trois pour cent, ou d'un gros propriétaire qui perçoit le prix de ses fermages. La moisson n'est pas plus certaine que ne l'est le résultat de l'habileté ; une récolte est tout aussi chanceuse qu'une partie de cartes largement jouée par un grand joueur ; il peut survenir une sécheresse ou une gelée, ou une grêle, et votre enjeu est perdu ; mais aventurier pour aventurier, l'un vaut l'autre."

"Un des plus accomplis, des plus grands, des plus athlétiques et des plus beaux gentilshommes de l'Europe, tel que j'étais alors, un jeune garçon de ma tournure ne pouvait manquer d'occasions avantageuses dont une personne de mon caractère savait fort bien profiter."

"Dieu me damne, monsieur Barry, vous n'avez pas plus de manières qu'un barbier, et je crois que mon nègre a été mieux élevé que vous ; mais vous avez de l'originalité et du nerf, et vous me plaisez, jeune homme, parce que vous paraissez déterminé à aller au diable par un chemin à vous."

"Aucun homme n'a besoin de se restreindre ni de se refuser un seul amusement à cause de sa femme ; au contraire, s'il choisit bien sa bête, il la choisira de façon à ce qu'elle ne soit point un obstacle à son plaisir, mais une consolation à ses heures d'ennui."