Avant de devenir écrivain, Dostoïevski est dès l'adolescence un lecteur passionné. Il a une excellente connaissance de la littérature européenne de son temps. Byron, Balzac, Dickens, Victor Hugo, E. T. A. Hoffmann figurent parmi ses auteurs favoris. Dans ses premières années, il est également volontiers lecteur de romans populaires, notamment des feuilletonistes français Eugène Sue ou Paul de Kock.
Balzac a toutefois une influence déterminante sur l'écrivain russe, qui traduit dès 1844 Eugénie Grandet, dont il s'inspire pour son premier roman, Les Pauvres GensC'est aussi chez ses prédécesseurs russes Pouchkine et Gogol qu'il puise une part de son inspiration littéraire, notamment le mélange de styles réaliste, grotesque et épique, caractéristique de cette tradition.

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Il montre également un grand intérêt pour le théâtre (Racine, Shakespeare, Schiller, Molière en particulier). De fait, ses romans se présentent fréquemment comme des suites de scènes dramatiques presque entièrement dialoguées. On rencontre encore des dispositifs classiques du théâtre tels que le quiproquo ou le témoin caché.

À cette passion pour la lecture s'ajoute celle pour la critique littéraire et le débat d'idées en général. Les allusions à la littérature contemporaine parsèment l'œuvre de Dostoïevski, sous forme de parodie, d'attaque directe ou implicite, notamment contre le romantisme.

Le style romanesque 

L'une des caractéristiques les plus frappantes des romans de Dostoïevski est l'outrance des personnages et des situations. On rencontre ainsi des débauchés nihilistes, des femmes fatales, des mères prostituant leurs enfants, des alcooliques invétérés, de nombreux personnages à la limite de la folie mais aussi des « saints » incarnant l'idéal chrétien. Les meurtres, les ruines soudaines, les mariages annulés, les maladies mortelles, les suicides se succèdent, parfois à la limite de la vraisemblance. L'intensité de ces scènes est encore relevée par l'utilisation de la narration à la première personne ou par l'utilisation du dialogue. Les personnages de Dostoïevski ont en outre la particularité d'évoluer au cours du roman, et souvent radicalement. Ce trait marque une profonde rupture avec la tradition littéraire qui privilégie l'unité et la cohérence des personnages et ouvre vers la modernité littéraire.  

Une place considérable est dévolue aux dialogues. Le roman dostoïevskien se présente comme une confrontation des points de vue « existentiels » des différents personnages, qui s'expriment dans des styles différents. Le burlesque peut ainsi côtoyer le tragique, et le sentimentalisme le cynisme. Dostoïevski apporte un soin particulier au réalisme des dialogues, en utilisant des expressions populaires, des digressions, des interruptions. 

De nombreux romans (souvent burlesques) sont bâtis sur les relations d'amour et de haine entre deux personnages. On trouve également de longues scènes impliquant des discussions houleuses avec de nombreux personnages. Mais Dostoïevski est également l'un des premiers à présenter des romans sous forme de monologue mais le principe dialogique est à l'œuvre : le narrateur s'adresse à un public imaginaire, répond à ses objections, cherche à le séduire ou à le défier.

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Les thèmes philosophiques, religieux et politiques occupent une place centrale dans l'œuvre de Dostoïevski. C'est lors de son passage au bagne que se développe sa force spirituelle. Il ne s'endurcit pas, il ne se révolte pas et accepte les révélations qui lui arrivent peu à peu sur la Russie, le peuple russe, la monarchie russe et la religion. Au fond de son enfer, il rencontre le Christ, et sa foi renouvelée va désormais le guider dans sa vie privée, dans sa vie d'écrivain et dans sa vie politique. Mais cette découverte du Christ n'implique pas un retour à la religion. La question de l'existence de Dieu reste en fait au cœur de sa réflexion. 

Lorsque l'on cherche à définir la pensée de Dostoïevski, on se heurte d'emblée à une difficulté : son œuvre romanesque comporte très peu d'interventions directes de l'auteur comme on en trouve souvent dans les romans du XIXe siècle. Ce ne sont pas des « romans à thèse », mais des romans où s'opposent de façon dialectique des points de vue différents. Rien ne serait donc plus trompeur que de prêter à Dostoïevski les opinions de ses personnages. C'est avec la plus grande prudence qu'il faut lire les citations extraites de son œuvre romanesque. C'est à travers l'ensemble qu'il faut chercher cette pensée.

L'une des idées forces de Dostoïevski est l'existence chez tout être humain d'un besoin inné d'imitation. Ce besoin porte en lui une tension entre admiration et rivalité qui peut dégénérer en fusion passionnelle comme en haine acharnée. Pour Dostoïevski, seule l'imitation du Christ, du fait de sa nature à la fois divine et humaine, sublime et humble, peut déboucher sur une société juste et sans violence.

Selon Dostoïevski, la société démocratique dans laquelle la Russie est brutalement projetée au cours des années 1850 ne fait que rendre les conflits plus violents. Elle promet en effet à chacun un égal droit à la réussite et à la gloire : serfs affranchis, petits fonctionnaires, étudiants pauvres se sentent à égalité avec les nobles ou les grands bourgeois. Inévitablement, les obstacles et les rigidités sociales engendrent alors frustrations et amertume. C'est d'ailleurs le point de départ du concept de ressentiment chez Nietzsche.

De plus, la proximité de la pensée de Dostoïevski avec l'existentialisme est telle qu'on a pu le compter parmi les fondateurs de ce courant philosophique. En effet ses personnages se construisent au travers de leurs rapports dialectiques à autrui, de leurs actes ou de leurs interactions sociales, par imitation ou opposition. Il montre également la part d'angoisse associée au libre arbitre.

D'après Wikipédia