Charles Dickens, né à Landport, près de Portsmouth, dans le Hampshire, le 7 février 1812 et mort à Gad's Hill Place à Higham dans le Kent, le 9 juin 1870 (à 58 ans), est considéré comme le plus grand romancier de l'époque victorienne. Dès ses premiers écrits, il est devenu immensément célèbre, sa popularité ne cessant de croître au fil de ses publications. Charles Dickens a été un infatigable défenseur du droit des enfants, de l'éducation pour tous, de la condition féminine et de nombreuses autres causes, dont celle des prostituées. Il est apprécié pour son humour, sa satire des mœurs et des caractères. 

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Issu d'une famille peu fortunée, Charles Dickens est le second, mais le premier fils, des huit enfants de John et Elizabeth Dickens. Son père est chargé de faire la paye des équipages au Navy Pay Office de la Royal Navy, mais après Waterloo et la fin de la guerre en Amérique, les effectifs de la base navale sont réduits et il est muté à Londres. En avril 1817, une nouvelle mutation envoie la famille à l'arsenal de la Medway à Chatham dans le Kent. La famille y emménage dans une demeure confortable, avec deux domestiques.

Bientôt, après avoir fréquenté l'école du dimanche avec sa sœur Fanny, il est inscrit à l'institution de William Giles, fils d'un pasteur d'obédience baptiste qui le trouve brillant ; Charles lit les romans de Henry Fielding, Daniel Defoe et Oliver Goldsmith qui resteront ses maîtres. La fratrie est heureuse malgré les décès prématurés de Charley, Alfred, Letitia, Harriet, Frederick, Alfred Lamert et Augustus. Les plus grands s'adonnent à des jeux de mime, des récitals de poésie, des concerts de chants populaires et aussi des représentations théâtrales. L'enfant est libre de parcourir la campagne, seul ou lors de longues promenades avec son père ou Mary Weller, l'une des domestiques, alors âgée de treize ans, plus rarement en compagnie de Jane Bonny (la seconde), ou d'observer l'activité de la ville portuaire. « Cette période, a-t-il écrit, a été la plus heureuse de mon enfance » : c'est d'ailleurs à Chatham que Charles fait ses débuts littéraires en écrivant des saynètes qu'il joue dans la cuisine ou debout sur une table de l'auberge voisine.

Cette vie insouciante et ce début d'instruction s'interrompent brutalement lorsque la famille doit gagner Londres avec une réduction de salaire, prélude à la déchéance financière. Charles a dix ans. 

John Dickens est le fils d'une gouvernante et d'un maître d'hôtel. Ils ont tout fait pour assurer l'ascension sociale de leur fils. Son travail représente une situation enviable dans la bureaucratie victorienne. Bien résolu à gravir l'échelle sociale il est malheureusement incapable de gérer son argent. En 1819, il a déjà contracté une dette représentant presque la moitié de ses émoluments annuels, et cause d'une brouille avec son beau-frère qui s'est porté garant ; d'autres dettes sont en suspens à Chatham, d'où une descente aux enfers qu'aggravent les déménagements, la mutation mal payée à Londres, ville onéreuse, d'où de nouvelles dettes. En 1822, les Dickens se sont installés à Camden Town, la limite de la capitale, et John Dickens place ses espoirs dans le projet qu'a son épouse d'ouvrir un établissement scolaire. Aussi, la famille déménage-t-elle de nouveau à Noël 1823 au 4 Gower Street, demeure cossue susceptible d'accueillir des élèves en résidence. L'école, cependant, n'attire personne et, au bout de quelques semaines, les revenus sombrent jusqu'à la misère...

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Lieu de naissance de Charles Dickens

Au début de 1824, Charles, qui a douze ans, quitte l'école car on lui propose un emploi que ses parents acceptent avidement. Il entre à la manufacture Warren's Blacking Factory à Hungerford Stairs. C'est un entrepôt de cirage et teinture où il doit, dix heures par jour, coller des étiquettes sur des flacons pour six shillings par semaine, de quoi aider sa famille et payer son loyer chez Mrs Ellen Roylance. Il loue ensuite une sombre mansarde chez Archibald Russell dans Lant Street. 

Le 20 février 1824, John Dickens est arrêté pour dette et incarcéré à la prison de Marshalsea à Southwark. Tous ses biens, livres inclus, sont saisis, et bientôt le rejoignent son épouse et les plus jeunes enfants. Le dimanche, Charles les rejoint pour la journée, avec Fanny qui est au conservatoire de musique. Cette expérience servira de toile de fond à la première moitié de La Petite Dorrit. Au bout de trois mois, John Dickens reçoit un petit héritage suite à la mort de sa mère, à quoi s'ajoutent quelques piges pour British Press et une pension d'invalidité versée par l'Amirauté. Sur promesse de paiement au terme de la succession, il est libéré le 28 mai, et la famille se réfugie chez Mrs Roylance pendant quelques mois, puis retrouve à se loger à Hampstead et enfin à Johnson Street dans Somers Town. Charles reste à la manufacture. Ce n'est qu'en mars 1825 que John Dickens, parce qu'il se dispute avec le propriétaire, en retire son fils, puis le remet sur les bancs de l'école.  

Cet épisode a représenté un traumatisme dont Dickens ne s'est jamais remis. Sa vie durant, « [il s'est] toujours étonné qu'on ait pu si facilement se débarrasser de [lui] à cet âge », et sa besogne lui a paru particulièrement rebutante : « C'était une vieille maison délabrée tombant en ruines, qui aboutissait naturellement à la Tamise, et était littéralement au pouvoir des rats […] Mon travail consistait à couvrir les pots de cirage, d'abord avec un morceau de papier huilé, puis avec un morceau de papier bleu ; à les attacher en rond avec une ficelle, et ensuite à couper le papier bien proprement tout autour, jusqu'à ce que le tout eût l'apparence coquette d'un pot d'onguent acheté chez le pharmacien. Quand un certain nombre de grosses de pots avaient atteint ce point de perfection, je devais coller sur chacun une étiquette imprimée, et passer à d'autres pots ». La grossièreté du milieu, des camarades, la tristesse de ces heures au fond d'un atelier sordide meurtrissent l'ambition instinctive de l'enfant. « Nulle parole ne peut exprimer l'agonie secrète de mon âme en tombant dans une telle société, écrit Dickens, […] et en sentant les espérances que j'avais eues de bonne heure, de grandir pour être un homme instruit et distingué, anéanties dans mon cœur ». Le souvenir de cette épreuve le hantera à jamais. Il y associera le regret de son enfance abandonnée, de son éducation manquée. De là, son effort constant pour effacer le passé, la recherche vestimentaire, l'attention aux raffinements de la politesse personnelle. De là aussi, les pages mélancoliques chaque fois qu'il retracera le chagrin d'un enfant.

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La prison de Marshalsea à la fin du XVIIIe siècle

Adulé et chéri en famille, il a pourtant été mieux traité que les petits miséreux travaillant à ses côtés, plutôt gentils envers lui. Mais c'est mettre entre parenthèses les attentes de ce super-doué de douze ans. Sans les ennuis de son père, il aurait été promis à Oxford ou Cambridge. Or, il n'a plus jamais quitté l'uniforme du petit ouvrier et il a peuplé son œuvre de parents incompétents, à l'exception des parents adoptifs.  

En 1825, Charles retrouve l'école à la Wellington School Academy de Hampstead Road, où il étudie quelque deux ans et obtient le prix de latin. Là s'arrête son instruction officielle, car en 1827, il entre dans la vie active, ses parents lui ayant obtenu un emploi de clerc au cabinet d'avocats Ellis and Blackmore, de Holborn Court, Gray's Inn, où il travaille de mai 1827 à novembre 1828 à des tâches fastidieuses. Il rejoint ensuite le cabinet de Charles Molloy dans Lincoln's Inn. Trois mois après, à tout juste dix-sept ans, il fait preuve, d'une grande confiance en soi puisqu'il se lance, vraisemblablement sans l'aval de ses parents, dans la carrière de reporter sténographe indépendant à Doctors' Commons. Avec l'aide de son oncle J. H. Barrow, il a appris la sténographie. Dès 1830, outre les dossiers de Doctors' Commons, il ajoute à son répertoire des chroniques des débats tenus à la Chambre des communes pour le Mirror of Parliament et le True Sun. Au cours des quatre années qui suivent, il se forge une solide réputation, passant bientôt pour l'un des meilleurs reporters. 

Ces années ont apporté à Dickens, outre une bonne connaissance de la province, une intimité avec Londres qui est devenue « le centre tourbillonnant de sa vie ». S'y est aussi approfondi son amour du théâtre, Shakespeare, music-hall, farce ou drame, qu'il fréquente presque chaque jour et dont il connaît acteurs et musiciens, souvent présentés par sa sœur Fanny. Même si, non sans hésitation, il a choisi les lettres, il se donne en représentation, soignant sa tenue vestimentaire jusqu'à l'extravagance, très voyante, et il observe les gens, imitant les accents, mimant les maniérismes.

A dix-huit ans, Charles s'éprend de Maria Beadnell, d'un an son aînée. Le père de la jeune fille, commis principal d'une banque, petit bourgeois de Lombard Street, quartier prestigieux de la Cité de Londres, n'apprécie guère cette amitié, voire un futur mariage, avec un obscur journaliste, fils d'un ancien détenu de la prison pour dettes. Aussi les Beadnell envoient-ils leur fille dans une institution scolaire à Paris, et Charles ne peut qu'adresser des lettres enflammées. Le couple s'est revu lors du retour de la jeune fille mais le manque d'ardeur de cette dernière finit par le lasser. 

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Une page sténographiée de Dickens

Les premières pages de Dickens paraissent dans le Monthly Magazine de décembre 1833, suivies d'autres, sous le pseudonyme de Boz. Leur originalité attire l'attention du Morning Chronicle, dont le critique musical et artistique est George Hogarth ; le nouvel écrivain y est embauché. En 1835, Dickens se tourne vers le Bell's Life in London, qui le paie mieux. Peu après, l'éditeur John Macrone propose de publier ses textes en volume avec des illustrations. 1835 est une année faste : en février paraît la première série de Esquisses de Boz et immédiatement, Chapman and Hall propose à Dickens Les Papiers posthumes du Pickwick Club en vingt épisodes, le premier démarrant le 31 mars. En mai, il accepte d'écrire un roman en trois volumes pour Macrone et, trois mois plus tard, il s'engage pour deux autres auprès de Richard Bentley. Onze nouvelles esquisses sont publiées, surtout dans le Morning Chronicle, auxquelles s'ajoutent un pamphlet politique, Sunday under Three Heads, et deux pièces de théâtre. En novembre, il prend la charge du mensuel Bentley's Miscellany et, le mois suivant, paraît une deuxième série des Esquisses. Pendant ce temps, l'histoire de Mr Pickwick devient si populaire que la réputation de Dickens atteint le zénith, ses finances prospèrent et son autorité grandit. Le revers de la médaille est que les engagements ne peuvent tous être honorés et s'ensuivent d'interminables négociations avec les éditeurs, souvent assorties de brouilles. Dickens décide alors de se consacrer entièrement à la littérature et démissionne du Morning Chronicle. Le couronnement de ce tourbillon est la rencontre, en décembre 1836, de John Forster, auteur, critique, conseiller littéraire, bientôt l'ami intime, le confident et futur premier biographe.

Charles Dickens s'est épris de Catherine, la fille aînée de George Hogarth auprès duquel il travaille et dont il fréquente souvent la famille. Fiancés en 1835, les jeunes gens se marient le 2 avril 1836. Le mariage est d'abord raisonnablement heureux et les enfants ne tardent pas à arriver : Charles, Mary et Kate. La famille change de résidence au fil des années et selon les saisons, le plus souvent près du Strand et sur le côté nord d'Oxford Street, avec deux escapades vers Hampstead. L'une de ces demeures est le 48 Doughty Street, aujourd'hui Musée Charles Dickens, où de 1837 à 1839, Dickens a écrit ses premiers grands ouvrages et reçu nombre d'amis écrivains. Les vacances se passent souvent à Broadstairs, dans la grande maison aujourd'hui appelée Bleak House, sur l'île de Thanet, à l'extrême pointe du Kent. En 1838, Dickens publie Nicholas Nickleby avec, en conclusion, une vision de bonheur conjugal, les deux héros s'aimant dans une campagne idyllique avec plusieurs enfants, miroir de la vie rêvée de l'auteur.

C'est pourtant au terme de ces années d'activité fébrile que commencent à poindre les difficultés conjugales. L'une d'elles naît d'un drame familial. Mary Scott Hogarth est venue en février 1837 s'installer chez les Dickens pour aider sa sœur de nouveau enceinte. Charles se prend d'une véritable idolâtrie pour cette enfant. Le 6 mai 1837, au retour d'une sortie, elle est prise d'un violent malaise et meurt, après une nuit d'agonie. Dickens lui ôte une bague qu'il portera jusqu'à la fin de sa vie. Catherine elle aussi pleure la mort de sa sœur, mais ressent de l'amertume à voir son mari toujours endeuillé, rêvant de Mary chaque nuit mois après mois.

Catherine a la responsabilité d'organiser des réceptions et des dîners. Elle accompagne son mari en Écosse en 1841 ; l'année suivante à Boston, les Dickens se voient acclamés, et à New York, la pression s'accentue encore. Au Canada, ils sont reçus par « l'élite de la société ». Peu après, la famille gagne l'Italie pour une année, mais Dickens fait des escapades en solitaire à Paris ou Boulogne qu'il affectionne particulièrement.

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Catherine Hogarth Dickens

Dickens rudoie son épouse, se plaignant de son manque d'entrain et de ses grossesses à répétition. En 1851, peu après la naissance de son neuvième enfant, Catherine tombe malade et l'année suivante arrive Edward, le dernier. 

Dickens est au faîte de sa popularité qui ne faiblira plus. Tout à la fois, il a écrit Pickwick Papers et Oliver Twist, puis s'est attelé à Nicholas Nickleby, qu'ont suivis en cascade Le Magasin d'antiquités et Barnaby Rudge, et de courts recueils d'écrits divers... 

Les invitations pleuvent : dîners de gala, conférences où il brille d'intelligence et de virtuosité. À Édimbourg, il est acclamé au théâtre par la foule debout. Les villes se couvrent de portraits de Pickwick ou de Nickleby, sur les faïences, les vêtements, des affiches et des placards, et le visage même de Dickens est connu de toute la nation et outre-Atlantique. Il devient le collaborateur ou l'ami de la plupart des grands journalistes ou auteurs.

Les enfants se sont suivis pratiquement d'année en année et leur père s'intéresse beaucoup à eux petits, les négligeant ensuite tant ils peinent à se hisser au niveau espéré et requièrent souvent son aide financière. Ils ne sont pas les seuls, parents, frères et sœurs, tous se tournent vers ce nouveau fortuné. Il éponge les dettes de ses parents et règle les dépenses du logis. Mais il se rend compte que John a accumule d'autres dettes, vend en cachette des échantillons de ses manuscrits ou de sa signature, sollicite sa propre banque et son ami Macready. Charles, non sans laisser parfois éclater sa colère, assure le rôle de chef de famille, s'occupe de l'éducation de la fratrie, lui trouve du travail, la guide et la réprimande, l'emmène en vacances, l'installe et si l'un d'eux disparaît, assure le bien-être des siens.  

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Portrait de Charles Dickens, 1839

La place de sa belle-sœur Georgina va grandissant. Georgina est à la fois servante, préceptrice et maîtresse de maison. Elle accompagne parfois Dickens en ses longues promenades et elle partage de plus en plus ses activités théâtrales, voire littéraires, lui servant de secrétaire lorsque, de 1851 à 1853, il écrit sa célèbre Histoire de l'Angleterre destinée aux enfants. Dickens cherche à la marier, lui proposant de beaux partis, Georgina les refuse tous.

Dickens, ne voyant plus sa femme avec ses yeux de jeune homme, parlant d'elle avec mépris à ses amis, trouvant qu'elle ne s'occupe pas assez des enfants, cherche ailleurs une consolation. Lorsque Maria Beadnell, maintenant Mrs Henry Winter, mère de deux filles, se rappelle à lui, il se prend à rêver qu'il l'aime encore, la rencontre secrètement, mais l'affaire ne va pas plus loin. Mrs Dickens, quant à elle, ne se voit pas sans amertume supplantée au foyer par Georgina et, à partir de 1850, souffre de mélancolie et de confusion mentale, aggravée en 1851 après la naissance de Dora qui mourra à huit mois. Au printemps de 1858, un bracelet en or, mal dirigé par le joaillier, revient accidentellement au domicile des Dickens. Catherine accuse son mari d'entretenir une relation amoureuse avec la jeune actrice Ellen Ternan, ce que nie Dickens, prétextant qu'il a l'habitude de récompenser ainsi ses meilleures interprètes (il fait désormais de la production et mise en scène théâtrale).

Afin que soit mise en œuvre une procédure de divorce, la mère et la tante maternelle de Catherine insistent pour que soient recherchées des preuves d'adultère à l'encontre d'Ellen Ternan et aussi de Georgina Hogarth, qui, après avoir œuvré pour sauver le mariage, a pris le parti de Dickens. Pour couper court aux rumeurs, Dickens lui fait établir un certificat qui la déclare virgo intacta... Le 29 mai 1858, un document faisant état de l'impossibilité d'une vie commune est signé par le couple, qui se sépare.

Catherine part vivre avec son fils Charley avec une rente. Elle n'a jamais été autorisée à remettre les pieds au domicile familial, ni à paraître devant son mari, retiré avec les autres enfants et Georgina à Gad's Hill Place.  

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Il ne semble pas qu'il y ait eu de liaison entre Georgina et Charles. Elle se préoccupe plutôt des enfants, désormais « sans mère », et apprécie de vivre auprès d'un écrivain de renom et de profiter de la compagnie qu'il fréquente. Quant à Dickens, il la surnomme « la vierge », ce qui tend à penser qu'il voyait plutôt en elle un idéal de femme au foyer « angélique, mais compétente à la maison ».

De 1846 à 1858, en collaboration avec Angela Burdett-Coutts (1814-1906), il crée Urania Cottage, destiné à recueillir les femmes dites « perdues », réalisation qui, au cours des douze années de sa gestion, permet à une centaine de pensionnaires de se réinsérer dans la société. Contrairement aux autres institutions de ce type fondées sur la répression, il choisit d'éduquer par la lecture, l'écriture, la gestion du foyer et surtout un métier. Tout en les coupant de leur milieu, il entend métamorphoser les exclues par des habitudes et des principes nouveaux.

L'affaire Ellen Ternan. Le 13 avril 1857, alors qu'elle vient d'avoir dix-huit ans, elle est remarquée par Dickens au théâtre du Haymarket. L'année suivante, il la recrute avec sa mère et une de ses sœurs pour interpréter une pièce, The Frozen Deep. Subjugué par Ellen, qui a l'âge de sa fille Katey, il lui confie d'autres rôles et dirige sa carrière, la logeant avec sa famille en Angleterre comme en France, où il la rejoint souvent à Condette près de Boulogne. 

Après un accident de train, dans lequel il voyageait avec Ellen, Dickens, craignant que leurs relations ne soient découvertes, insiste pour que le nom des Ternan soit supprimé des comptes-rendus de presse, et s'abstient de témoigner lors de l'enquête officielle à laquelle il a été convoquée. Nelly se fait quasi clandestine, devenue une femme invisible. Pourtant ambitieuse, vive, intelligente, très agréable en société, intellectuellement active et cultivée, sa vie s'est comme arrêtée. Pour Dickens, elle est devenue source permanente de réconfort et bonne conseillère, son art scénique et ses lectures publiques, par exemple, progressant beaucoup.

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Ellen Ternan

Que Dickens ait passionnément aimé Ellen est établi, mais ce n'est qu'après la publication de Dickens et sa fille par Gladys Storey en 1939 qu'ont été connus les détails : Kate lui a confié que son père et l'actrice ont eu un fils mort à quatre jours. Il n'est pas certain qu'Ellen Ternan ait volontiers accepté l'intimité d'un homme au-delà de l'âge d'être son père. Sa fille Gladys rapporte qu'elle parlait de Dickens en termes élogieux, mais le biographe Thomas Wright la décrit comme regrettant amèrement sa liaison, « commencée alors qu'elle était jeune et sans le sou […] s'accablant de reproches et s'éloignant de plus en plus de lui ». 

La passion de Dickens pour la scène, la popularité dont il jouit, l'incitent à entreprendre des lectures publiques de ses œuvres. Il commence, lors de manifestations caritatives, par se produire devant de petits groupes d'amis, puis s'essaie à des auditoires plus vastes. À partir de 1858, le succès est tel qu'il entreprend d'en tirer profit et, jusqu'à la fin de sa vie, ces récitals constituent une part majeure de ses activités. Il sillonne l'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande, et plus ses tournées se prolongent, plus grandit le nombre des auditeurs. Les témoins sont unanimes pour rendre hommage à cette maîtrise, au talent de lecteur, au génie de la déclamation : hypnotisme, charme, sens aigu de la mise en scène, suspense, effets de voix... 

À la fin des années 1860, parents et amis s'inquiètent de la fatigue qui s'abat sur Dickens. Son médecin personnel, le docteur Francis Carr Beard, dont les notes signalent des emballements cardiaques alarmants, finit par lui interdire ses récitals. Dickens passe outre, part pour une nouvelle tournée américaine en 1867, et une autre en octobre 1868 sur les routes anglaises. Il en revient à bout de forces après soixante-quatorze représentations sur les cent prévues. Désormais, dans la quiétude de Gad's Hill Place, souvent avec Ellen Ternan, il se consacre à son dernier roman et trouve quelque repos. En bonne vedette qu'il est, cependant, et contre l'avis de tous, il insère dans son emploi du temps douze récitals d'adieu à Londres fin 1869 et les derniers de janvier à mars 1870. Trois mois plus tard, le 9 juin 1870, il meurt.

L'immense popularité qu'il a tant chérie empêche que sa dépouille soit inhumée, comme il le souhaitait, « sans frais, sans ostentation et strictement en privé dans le petit cimetière jouxtant le mur du château de Rochester ». En grande pompe, la nation lui offre une tombe dans le Coin des poètes de l'abbaye de Westminster, et tout entière prend le deuil.

Romans 

  • Les Aventures de Monsieur Pickwick 
  • Oliver Twist  
  • Nicholas Nickleby 
  • Le Magasin d'antiquités 
  • Barnaby Rudge 
  • Martin Chuzzlewit 
  • David Copperfield 
  • La Maison d'Âpre-Vent 
  • Les Temps difficiles 
  • La Petite Dorrit 
  • Le Conte de deux cités 
  • Message venu de la mer 
  • Les Grandes Espérances
  • L'Ami commun 
  • Le Mystère d'Edwin Drood (roman inachevé) 

Livres sur le thème de Noël :

  • Un chant de Noël (A Christmas Carol) (1843) (*).
  • Les Carillons (The Chimes) (1844) (*).
  • Le Grillon du foyer (The Cricket on the Hearth) (1845) (*).
  • La Bataille de la vie (The Battle of Life) (1846) (*).
  • L'Homme hanté ou le Pacte du fantôme (The Haunted Man or the Ghost's Bargain) (1848) (*).
  • Dombey et Fils (Dombey and Son), publication mensuelle de mai 1849 à novembre 1850 (*).

Il a aussi écrit de nombreuses nouvelles.

D'après Wikipédia