MES LECTURES CLASSIQUES

21 juillet 2017

GEORGE SAND

George Sand est le pseudonyme d'Amantine Aurore Lucile Dupin, baronne Dudevant, romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire française, journaliste, née à Paris le 1er juillet 1804 et morte au château de Nohant-Vic le 8 juin 1876. Elle compte parmi les écrivains prolifiques avec plus de soixante-dix romans à son actif, cinquante volumes d'œuvres diverses dont des nouvelles, des contes, des pièces de théâtre et des textes politiques.

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Malgré de nombreux détracteurs comme Charles Baudelaire ou Jules Barbey d'Aurevilly, George Sand contribue activement à la vie intellectuelle de son époque, accueillant au domaine de Nohant ou à Palaiseau des personnalités aussi différentes que Franz Liszt, Frédéric Chopin, Marie d'Agoult, Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Eugène Delacroix, conseillant les uns, encourageant les autres. Elle a entretenu une grande amitié avec Victor Hugo par correspondance mais ces deux grandes personnalités ne se sont jamais rencontrées.
Elle s'est aussi illustrée par un engagement politique actif à partir de 1848.

Aurore Dupin est, par son père, l'arrière-petite-fille du maréchal de France, Maurice de Saxe. Du côté de sa mère, elle a pour grand-père Antoine Delaborde, maître paulmier et maître oiselier, qui vendait des serins et des chardonnerets à Paris, sur le quai aux Oiseaux. Aurore a donc une double ascendance, populaire et aristocratique, qui la marque profondément. Deux origines sociales diamétralement opposées qui expliquent sa personnalité et son engagement politique à venir. 

Son père, Maurice Dupin, incorporé dans les rangs de l'armée révolutionnaire, effectue de 1798 à 1808, toutes les guerres républicaines et impériales. Pendant les campagnes d'Italie, il s'éprend de Sophie Victoire Delaborde, qui partage alors la vie de l'intendant affecté aux subsistances, l'adjudant-général Claude-Antoine Collin, âgé de cinquante ans. Victoire suit Maurice à son retour en France. La mère de ce dernier, Marie-Aurore de Saxe, fait tout pour s'opposer à leur mariage ; c'est donc à son insu que le 5 juin 1804, moins d'un mois avant la naissance de la future George Sand, le capitaine Maurice Dupin signe l'acte de mariage avec Victoire Delaborde.

Maurice Dupin a eu précédemment une liaison avec la domestique du château de Nohant, Catherine Chatiron qui donne le jour le 5 mai 1799, à un fils naturel. Maurice Dupin refuse de reconnaître l'enfant qui prendra l'identité d'Hippolyte Chatiron. Marie-Aurore de Saxe congédie Catherine Chatiron, mais fait élever l'enfant par le précepteur de Maurice.

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Le château de Nohant

Les trois premières années de la vie d'Aurore s'écoulent dans le petit logis de ses jeunes parents, rue de la Grange-Batelière. En avril 1808, Victoire, enceinte de sept mois, rejoint son mari en garnison à Madrid. Elle est accompagnée de sa fille Aurore. Victoire donne naissance à un fils, Auguste à Madrid le 12 juin 1808, mais il est aveugle. Les événements politiques se précipitent et l'heure de la retraite d'Espagne a sonné. Après un voyage éprouvant, la famille arrive dans l'Indre, chez la grand-mère paternelle. Aurore découvre pour la première fois le domaine de Nohant. Malheureusement, son petit frère ne va pas survivre au voyage et décède au château, le 8 septembre 1808. Une semaine plus tard, Maurice Dupin meurt accidentellement d'une chute de cheval à la sortie de La Châtre, le 16 septembre 1808.

Aurore grandit à Nohant avec sa mère et sa grand-mère. Toutefois, un désaccord apparaît entre les deux femmes à propos de l'éducation de la petite fille. Un compromis est trouvé et l'engagement est pris par écrit le 3 février 1809. Marie-Aurore de Saxe a la responsabilité de l'éducation d'Aurore qui passe la majeure partie de l'année à Nohant et peut voir sa mère, installée à Paris, en hiver. Victoire reçoit une rente de sa belle-mère augmentée par une compensation financière et elle est autorisée à se rendre à Nohant pendant l'été. La grand-mère confie Aurore au précepteur et homme de confiance, le vieux Jean-Louis François Deschartres, qui l’élève avec son demi-frère Hippolyte Chatiron. Marie-Aurore de Saxe passe l'hiver dans la capitale et elle demeure rue Neuve-des-Mathurins, à proximité du logement de Victoire. Malgré un droit de visite, la mère n'a pas la permission d'emmener sa fille chez elle. Cette application des accords est encore plus restrictive vis-à-vis de Caroline Delaborde, la fille aînée de Victoire, issue d'une précédente union. L'enfant ne doit pas approcher sa demi-sœur Aurore et encore moins de venir au domicile parisien de Madame Dupin de Francueil. Mais un incident se produit au cours de l'hiver 1810-1811. Caroline se présente chez Marie-Aurore malgré l'interdiction et elle est chassée sans ménagement par la maîtresse de maison. Aurore est traumatisée par cette injustice et en tombe malade. Prise de remords, Marie-Aurore décide d'emmener elle-même sa petite-fille une fois rétablie, chez Victoire. Au moment du retour à Nohant, Marie-Aurore propose à Victoire de l'accompagner, pour ne pas perturber davantage sa fille.

George Sand restera attachée toute sa vie à Nohant et à la campagne où elle peut s'échapper dans la nature pour laisser s'épanouir son imagination. Elle reprendra le thème de la vie pastorale dans ses romans champêtres. Aurore devenant peu assidue et rebelle, sa grand-mère la met en pension au couvent des Dames Augustines anglaises de Paris pour parfaire son enseignement, du 12 janvier 1818 jusqu'au 12 avril 1820. Elle traverse une crise de mysticisme dans cet établissement religieux. Marie-Aurore de Saxe, imprégnée des idées du siècle des Lumières, ne tarde pas à la retirer du cloître et la fait revenir à Nohant. La santé de sa grand-mère décline, consciente que son temps lui est compté. Marie-Aurore a pour dessein de marier sa petite-fille au plus tôt et de la faire son unique héritière, tant de ses biens que des terres et du domaine de Nohant. 

Marie-Aurore de Saxe prodigue la plus grande attention à sa petite-fille et lui fait découvrir Jean-Jacques Rousseau. Cette affection est réciproque, Aurore apprécie sa grand-mère à l'esprit délicat et cultivé. L'enfant complète son instruction par la lecture. Si Rousseau la fascine, d'autres philosophes captivent la jeune prodige : Chateaubriand, mais également Aristote, Condillac, Montesquieu, Blaise Pascal, Jean de La Bruyère, Montaigne, Francis Bacon, John Locke, Leibniz, ainsi que les poètes Virgile, Alexander Pope, John Milton, Dante, et William Shakespeare. Marie-Aurore de Saxe meurt le 26 décembre 1821, quelques mois après une attaque d'apoplexie. Un cousin, le comte René François Vallet de Villeneuve et possesseur du château de Chenonceau, est désigné pour être le tuteur d'Aurore, mineure et seule légataire, à la mort de sa grand-mère. La lecture du testament provoque une violente colère de Victoire Delaborde. Toute la rancœur contenue ces dernières années, se déchaîne brutalement à l'encontre de sa belle-mère et René Vallet de Villeneuve, par des paroles outrageantes. Elle exige que sa fille vienne vivre avec elle à Paris et c'est la rupture avec la famille paternelle. Aurore quitte Nohant avec sa mère, le 18 janvier 1822.

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Hippolyte et Aurore en 1810

Les relations entre la mère et la fille deviennent vite conflictuelles. Au printemps 1822, Victoire confie Aurore à des amis de Maurice Dupin, James et Angèle Roettiers du Plessis, qui vivent avec leurs cinq filles dans le château du Plessis-Picard près de Melun. Elle reste plusieurs mois dans cette famille où règne une excellente ambiance et y rencontre François Casimir Dudevant, avocat à la cour royale, qu'elle épouse à Paris le 17 septembre. La mère d'Aurore a la présence d'esprit d'imposer le régime dotal, Aurore conservant sa fortune personnelle, et devant recevoir de son mari, une rente de 3000 francs par an pour ses besoins personnels. 

Les époux s’installent à Nohant. Pour Aurore, ce mariage est une opportunité de liberté, mais c'est oublier que les femmes à cette époque sont traitées en mineures jusqu'à leur mort. Aurore va vite comprendre qu'elle reste enfermée dans sa condition de vassale et que Casimir ne voit en elle que la riche héritière.

Le 30 juin 1823, elle donne naissance à son fils Maurice. En 1824, chez les du Plessis, Casimir gifle Aurore en public pour un motif futile. Aurore réalise que tout la sépare de son époux, grossier, peu cultivé, à l'éducation si dissemblable, et dont les goûts diffèrent tellement des siens. Le hasard d'une rencontre en juillet 1825, lors d'un voyage avec Casimir à Cauterets dans les Pyrénées, permet à la jeune femme de renaître à la vie. Aurore fait la connaissance d'Aurélien de Seze, avocat de talent, substitut au tribunal de Bordeaux et neveu du défenseur de Louis XVI. Séduisant, intelligent, Aurélien a conquis le cœur d'Aurore, le temps d'une courte histoire d'amour, passionnée et platonique.

Au cours de ses séjours à Nohant, elle noue une liaison avec Stéphane Ajasson de Grandsagne de 1827 à 1828. La rumeur publique rattrape les amants et compromet l'équilibre précaire des époux Dudevant. Le 13 septembre 1828, Aurore met au monde une fille, Solange à Nohant, dont la paternité est empreinte d'incertitude. De son côté, Casimir se met à boire, devient odieux et entretient des relations avec les servantes. La situation conjugale se dégrade, les époux font chambre à part. Aurore veut son indépendance, souhaite travailler et gérer ses biens propres. Au même moment, elle engage une nouvelle idylle avec le romancier Jules Sandeau, et désire le rejoindre à Paris. Au mois de décembre 1830, une scène éclate entre Casimir et Aurore. Elle vient de découvrir le « testament » de son mari qui se résume à des critiques venimeuses et des rancunes envers sa femme. Leur séparation est inévitable (le divorce n'existe pas à cette époque) et prononcée en sa faveur le 16 février 1836, le tribunal de La Châtre reconnaissant prouvés les « injures graves, sévices et mauvais traitements ». Face à la grande fermeté de son épouse, Casimir Dudevant s'incline et ne veut surtout pas perdre l'usufruit des possessions d'Aurore. Elle décide de vivre alternativement entre Paris et Nohant. Casimir doit lui verser une pension de 3000 francs prévue par leur contrat de mariage. Dans un premier temps, Solange et Maurice restent auprès de leur père à Nohant. Une fois établie à Paris, Aurore emmène sa fille chez elle et Casimir Dudevant se laissera convaincre par la suite, de confier Maurice à sa mère. 

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Les 27, 28 et 29 juillet 1830 - journées dites les Trois Glorieuses - les insurrections parisiennes renversent les Bourbons. L'engagement politique d'Aurore et sa prise de conscience débutent véritablement à partir de cette période. Jusqu'alors, Aurore ne s'intéresse guère à la politique. Sa sensibilité est même bonapartiste en raison du souvenir et de la carrière militaire de son père. Elle s'est opposée avec son époux Casimir Dudevant, au candidat royaliste lors des élections censitaires de 1827 en soutenant activement le candidat républicain, Duris-Dufresne à La Châtre. Le 4 janvier 1831, elle quitte Nohant pour rejoindre à Paris une petite société de jeunes Berrichons férus de littérature romantique qu'elle fréquentait déjà dans l'Indre : Charles Duvernet, Alphonse Fleury et Jules Sandeau. Dans ce Paris de 1831, en pleine effervescence romantique après la révolution de Juillet où les jeunes artistes et poètes du quartier latin portent des costumes extravagants, Aurore mène une vie de bohème avec ses compagnons, allant dans les théâtres, les musées et les bibliothèques. Ayant obtenu de la préfecture de police de l'Indre une permission de travestissement, elle adopte un costume masculin, plus pratique et moins coûteux : elle endosse une redingote, se noue une grosse cravate en laine, se fait couper les cheveux jusqu'aux épaules et met un chapeau de feutre mou. Aurore affiche désormais sa liaison avec Jules Sandeau. Ensemble, ils commencent une carrière de journalistes au Figaro. Ils écrivent en commun un roman, Rose et Blanche, publié sous le pseudonyme de Jules Sand.

Le roman connaît un certain succès, au point qu'un autre éditeur se présente et commande un prochain roman sous le même nom. Comme Aurore vient d'écrire Indiana, à Nohant durant l'hiver 1831-1832, elle veut le donner sous le même pseudonyme mais Jules Sandeau, par modestie, n'accepte pas la paternité d'un livre auquel il est cette fois totalement étranger. On trouve un compromis : le nom de Sand est conservé pour satisfaire l'éditeur et le prénom est modifié pour distinguer les deux auteurs. Aurore prend celui de George et qui lui semble synonyme de Berrichon : étymologiquement, George signifie en effet « celui qui travaille la terre ». Sa première œuvre personnelle, Indiana, est donc publiée le 19 mai 1832 sous le nom de George Sand et tous ses romans ultérieurs le seront sous ce pseudonyme de qu'elle adopte définitivement.

Valentine, composé à Nohant et achevé pendant l'été de 1832, est édité trois mois après Indiana. Ces deux romans assurent la renommée de l'écrivain et améliorent beaucoup sa situation financière. Elle quitte son petit logement du cinquième étage du quai Saint-Michel pour aller s'installer dans la « mansarde bleue », un appartement plus confortable au troisième étage, sous les toits, quai Malaquais. François Buloz, le directeur de la Revue des deux Mondes, lui assure par contrat une rente annuelle de 4000 francs en échange de trente-deux pages d'écriture toutes les six semaines. Au début de 1833, elle rompt avec Jules Sandeau, coupable d'une infidélité. Elle a une brève relation avec Prosper Mérimée. C'est une période sombre pour George Sand, démoralisée par ces deux déceptions. Le 10 août 1833, paraît Lélia, une œuvre lyrique, allégorique et très originale, dont le succès est prodigieux.

En janvier 1833, George Sand éprouve une affection profonde pour la comédienne Marie Dorval, une amie de Jules Sandeau, qu'elle admire lors de l'une de ses représentations au point de lui envoyer une lettre. Leur relation fait l'objet de médisances à Paris, d'autant qu'elles comptent parmi les personnalités féminines les plus en vue. Marie Dorval collabore à l'écriture de Cosima, pièce de théâtre de George Sand créée le 29 avril 1840 à la Comédie-Française, avec la célèbre comédienne dans le premier rôle.

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George rencontre pour la première fois Alfred de Musset le 17 juin 1833, lors d'un dîner organisé par François Buloz pour ses collaborateurs de la Revue des deux Mondes. À la fin du mois de juillet, ils sont amants et Musset s'installe chez George Sand, quai Malaquais. 

Ils conçoivent le projet d'un voyage en Italie. Ils partent le 12 décembre 1833 et font une partie de la traversée en compagnie de Stendhal, rencontré à Marseille et qui rejoint son poste de consul à Civitavecchia. À Gênes, George souffre de fièvre et dysenterie. Ils parviennent à Venise le 31 décembre 1833 et descendent à l'hôtel Danieli, le 1er janvier 1834. Alors que George est toujours souffrante et doit rester alitée deux semaines, Musset reprend sa vie de noctambule et s'abandonne à tous les plaisirs. Déjà à Gênes et à Florence, George s'est plainte des inconduites de son compagnon et décide de lui fermer sa porte à Venise. Alfred de Musset tombe gravement malade à son tour, atteint d'une fièvre accompagnée de crises de délire. Les ressentiments oubliés en de tels instants, George est à son chevet. Elle fait appel aux soins d'un jeune médecin, Pietro Pagello, qui diagnostique une fièvre typhoïde. George s'éprend de Pagello, alors que la santé de Musset s'améliore. Musset, stoïque, leur conserve son amitié, quitte Venise le 29 mars 1834 et rentre en France. Il continue néanmoins d'entretenir une correspondance avec George et celle-ci, restée avec Pagello, travaille énormément à plusieurs ouvrages. Elle écrit Mattea, Leone Leoni, André, Jacques, les premières Lettres d'un voyageur, puis revient en France avec Pagello.

Le 14 août 1834, ils arrivent à Paris et Musset informé de leur retour, supplie George de lui accorder une entrevue. Chacun se reproche d'avoir perdu le bonheur par sa propre faute. Les remords de George sont tels, qu'elle songe au suicide. Conscients de ne pouvoir revenir en arrière, ils décident de s'éloigner l'un de l'autre et de quitter Paris le 24 août, Musset à Bade et Sand à Nohant. Quant à Pagello, malgré une invitation pour accompagner la romancière au Berry, il a le bon sens de rester dans la capitale. De son exil en Allemagne, Musset envoie des lettres enflammées à George et elle finit par lui céder. Le 20 octobre 1834, George renoue avec le poète de retour en France et Pagello, jaloux, repart pour l'Italie. Mais leur nouvelle liaison ne fait que raviver les souffrances, les querelles et les reproches, une passion destructrice, qui va les consumer. Leur union n'est plus supportable et c'est Musset, fatigué, qui rompt le premier, le 9 novembre 1834. George est désespérée, tente une réconciliation mais Musset ne répond pas à ses lettres. 

Au début du mois de janvier 1835, Sand et Musset renouent leur idylle. Leur relation se poursuit, orageuse, marquée par des plaintes, des remontrances, des récriminations, jusqu'à leur rupture définitive le 6 mars 1835, mais, cette fois-ci, à l'initiative de George.

Après la mort d'Alfred de Musset, George fait paraître Elle et lui en 1859, qui raconte leur histoire.

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Portrait de George par Alfred de Musset

George Sand entreprend des procédures judiciaires à l'encontre de son mari, Casimir Dudevant. Les rapports entre les époux se sont envenimés à cause du train de vie dispendieux de Casimir qui s'est engagé dans des opérations hasardeuses. George craint à juste titre, qu'il ne provoque sa ruine. Des amis lui recommandent le célèbre avocat républicain Louis Michel, pour plaider sa séparation définitive avec le baron Dudevant. L'avocat, plus connu sous le pseudonyme de sa ville, Michel de Bourges, est doué d'un grand talent oratoire et intervient dans les procès politiques de la monarchie de Juillet. Le 9 avril 1835, George Sand le rencontre dans l'ancienne capitale du Berry et lui expose son affaire. Michel vient de lire son roman Lélia et tombe sous le charme de George. La séduction est réciproque, George le retrouve en mai à Paris et devient sa maîtresse. Avec Michel de Bourges commence une double passion, amoureuse et politique. Michel convertit George, déjà sensible aux opinions républicaines, aux idées socialistes. L'engagement de cette dernière est tel que son appartement parisien est transformé en cénacle républicain et par voie de conséquence, sous surveillance policière. Michel gagne le procès en séparation de George Sand, au terme d'une longue procédure, le 16 février 1836. Il promet à George de vivre avec elle, mais c'est un homme marié et qui va le rester. Leur liaison délétère prend fin au mois de juin 1837. Une séparation douloureuse qui déstabilise George. Les liaisons qui suivent sont sans lendemain.

George Sand dédie la sixième des Lettres d'un voyageur à Éverard, surnom qu'elle donne à Michel de Bourges. Il lui inspire également le personnage de l'avocat Simon, dans le roman du même nom en 1836. 

Alfred de Musset avait présenté George à Franz Liszt, compositeur, pianiste virtuose et professeur de musique. C'est un fervent admirateur de George mais leur relation rester purement amicale. 

Le 28 août 1836, George part de Nohant avec ses enfants, pour se rendre en Suisse où l'attendent ses amis Franz Liszt et Marie d'Agoult. Marie a quitté son mari et sa fille pour rejoindre Franz Liszt à Genève en juin 1835 et la passion qui les unit, plaît à George. Il s'agit du second séjour de l'écrivain dans les Alpes. Franz et Arabella, pseudonyme romantique de Marie d'Agoult, accompagnent George dans son périple qui commence par l'étape de Chamonix, avec leur protégé Hermann Cohen. Adolphe Pictet, professeur d'Histoire des littératures modernes à l'Académie de Genève et major d'artillerie de l'armée Suisse, se joint également au groupe. Cette excursion de quinze jours à dos de mulet, se déroule en divers lieux : Genève, Chamonix, le glacier des Bossons, le précipice de la Tête-Noire par le Col de la Forclaz, Martigny, Fribourg et la cathédrale Saint-Nicolas avec ses orgues réputés, la Mer de Glace.

Au mois d'octobre 1836, George Sand s'installe à l'hôtel de France, rue Laffitte à Paris, où résident Liszt et Marie d'Agoult. Le salon de la comtesse d'Agoult est fréquenté par Lamennais, Henri Heine, Mickiewicz, Michel de Bourges, Charles Didier et Frédéric Chopin. En 1838, George Sand donne à Balzac le sujet d'un roman, les Galériens ou les Amours forcés. Ces Galériens de l'amour, sont Franz Liszt et Marie d'Agoult. C'est pourquoi George Sand ne peut écrire ce roman elle-même et le confie à Balzac. L'ouvrage figure dans la collection de La Comédie humaine sous le titre de Béatrix. Le personnage de la comtesse d'Agoult est celui de Béatrix et Liszt, celui du compositeur Conti. Quant à George Sand, elle apparaît dans le roman sous le nom de Félicité des Touches ou par son nom de plume androgyne, Camille Maupin. 

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Personnages assis, de gauche à droite : Alexandre Dumas, George Sand, Franz Liszt, la comtesse Marie d'Agoult. Personnages debout : Victor Hugo, Niccolò Paganini, Gioachino Rossini.

L'abbé Félicité de Lamennais, devient le démocrate chrétien qui trouve dans l'Évangile, la loi de liberté, d'égalité et de fraternité. Loi recueillie par les philosophes et proclamée par la Révolution. Il est excommunié après la parution de son livre Paroles d'un croyant. Lamennais a une grande influence sur Franz Liszt et George Sand qui manifeste son enthousiasme pour ce prêtre, dans Histoire de ma vie. Lamennais se fixe à Paris, fonde un journal, Le Monde, auquel George Sand collabore bénévolement. Lorsqu'elle exprime ses idées sur le mariage, l'affranchissement de la femme et son égalité avec l'homme, l'audace du propos effarouche Lamennais, qui juge son auteur en ces termes : « Elle ne pardonne pas à saint Paul d'avoir dit : Femmes, obéissez à vos maris ! ». Finalement, la publication s'interrompt lorsque Lamennais abandonne la direction du MondeLamennais inspire à George Sand, dans son roman Spiridion, le personnage du moine fondateur d'un couvent, chercheur intransigeant de la vérité.

Charles-Augustin Sainte-Beuve, critique et écrivain, est le conseiller littéraire de George Sand. Il est aussi son confident, particulièrement au moment de ses amours avec Alfred de Musset. Après Félicité de Lamennais, elle cherche un nouveau mentor qui pourrait satisfaire son ardeur politique. En avril 1835, se tient à Paris le procès de 10 000 insurgés, à la suite de la révolte des Canuts et aux insurrections de 1834 qui ont éclaté dans la capitale et différentes grandes villes de France. Ce procès monstre offre une tribune inespérée à l'opposition républicaine et les convictions de George Sand s'affirment lors de son déroulement. Face à l'échec des révoltes, elle interroge Sainte-Beuve sur « la révolution à faire ». Celui-ci l'oriente vers deux hommes de doctrine : Pierre Leroux et Jean Reynaud qui participent à l’élaboration de l'Encyclopédie nouvelle. George Sand demande à rencontrer Pierre Leroux. Il subjugue George et une profonde amitié naît de leur admiration mutuelle, le philosophe trouvant auprès de l’écrivain, une aide matérielle importante. Elle découvre dans les principes de Pierre Leroux, une synthèse des dogmes épars qu'elle emprunte au christianisme, à Jean-Jacques Rousseau, au saint-simonisme, à Michel de Bourges et à Lamennais. 

Les idées de Pierre Leroux se manifestent dans toute une série de romans de George Sand : Spiridion, Consuelo, La Comtesse de Rudolstadt, Jean Zyska, Procope le Grand, Le Meunier d'Angibault, Le Péché de Monsieur Antoine, Horace, Le Compagnon du tour de France, Jeanne. Tous ces ouvrages apparaissent comme la mise en œuvre du programme de Leroux : lutte contre les triples abus : de caste, de famille et de propriété ; prédication de la doctrine du progrès continu et de la « vie de l'homme dans l'humanité » ; guerre aux préjugés de caste et abolition des différends entre groupes sociaux.

En 1841, George Sand fondera avec Pierre Leroux et Louis Viardot la Revue Indépendante. De 1841 à 1844, elle publie dans cette revue des romans ainsi que divers articles. Elle se lie d'amitié avec des poètes prolétaires, comme le maçon Charles Poncy de Toulon, le père Magu et son gendre, le serrurier Jérôme Gilland, pour lesquels elle écrit des préfaces à leurs ouvrages ; ils apparaissent comme une preuve visible de la théorie de Leroux sur le progrès continu et la perfectibilité de l'humanité. 

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George Sand rencontre Frédéric Chopin dans les tout derniers mois de 1836, par l'intermédiaire de Franz Liszt et de Marie d'Agoult. Leur liaison commence au mois de juin 1838. À la fin de l'année 1838, George et ses deux enfants partent pour Majorque et Frédéric Chopin les rejoint. Arrivés à Palma de Majorque, les voyageurs sont ravis par le cadre enchanteur de l'île, mais ils éprouvent de grandes difficultés pour se loger, en raison de l'absence d'hôtels et de chambres meublées. Tuberculeux, Chopin voit sa santé se détériorer. Les visiteurs sont chassés de leur logement par les majorquins, qui craignent le caractère contagieux de la maladie. Le 15 décembre 1838, George et Frédéric Chopin se rendent à l'ancienne Chartreuse de Valldemossa, où ils sont hébergés dans des cellules monacales. Le site est magnifique, mais l'approvisionnement en nourriture est difficile, d'autant plus que les voyageurs sont en butte à l'hostilité des insulaires parce qu'ils n'assistent pas aux offices religieux. Le 13 février 1839, ils quittent l'île, rejoignent Barcelone après un périple éprouvant au cours duquel la santé de Chopin se dégrade encore. Leur séjour à Marseille permet au musicien de se rétablir et à la fin du mois de mai, ils arrivent à Nohant, où ils passent tout l'été. George Sand publie un récit de ce voyage : Un hiver à Majorque.

George et Chopin résident l'été à Nohant et l'hiver à Paris. En raison de la maladie de Chopin, leur liaison se transforme en une relation mère-fils. Grâce à Chopin, le cercle des amis de George Sand s'élargit encore. Chopin reçoit des écrivains : Adam Mickiewicz, Julien-Ursin Niemcewicz, des musiciens : Giacomo Meyerbeer, Joseph Dessauer, Pauline Viardot et des membres de l'aristocratie polonaise en exil : Adam Jerzy Czartoryski, Delfina Potocka.

Mais il se comporte comme un compagnon absorbant et tyrannique. Les malentendus deviennent fréquents, d'autant plus que les enfants de George grandissent et s'imposent comme des individualités. Maurice prend à cœur tous les désaccords entre sa mère et Chopin et les rapports entre le musicien et Maurice deviennent hostiles. À partir du printemps de 1846, George Sand héberge à Nohant une jeune cousine de sa famille maternelle, Augustine. Sa fille Solange et Chopin détestent Augustine, tandis que Maurice, son ami d'enfance, est toujours prêt à prendre sa défense.

Sur ce fond de discordes, des moments de détente sont privilégiés : pendant que Chopin improvise au piano, Solange, Augustine et Maurice miment des scènes et dansent des ballets comiques. Les hôtes séjournant à Nohant participent aussi à ces divertissements. Après le départ de Chopin pour Paris, ces pantomimes prennent le caractère de véritables pièces de théâtre, dans le genre de la Commedia dell'arte. Elles seront publiées en recueil et sont à l'origine du théâtre de Nohant. 

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Un projet de mariage s'ébauche au mois de novembre 1846, entre Solange et un hobereau berrichon, Fernand des Préaulx. En février, George et sa fille se voient proposer la réalisation de leur buste par Auguste Clésinger. Celui-ci s'éprend de Solange et la réciprocité est immédiate, alors que dans le même temps, George Sand prépare l'union de sa fille avec Fernand des Préaulx. Quelques semaines plus tard, Solange rompt ses fiançailles et impose son nouveau prétendant, malgré le désaveu de sa mère. George s'incline et le 19 mai 1847, Solange épouse Auguste à Nohant. Le 11 juillet, le couple très endetté demande en vain une aide financière à George. George congédie sa fille et son gendre. En raison de sa méfiance maladive, Frédéric Chopin donne crédit aux calomnies rapportées par Solange sur sa mère et met fin à sa liaison de dix années avec George.

En 1844, George fonde un journal local, l'Éclaireur de l'Indre, dont le premier numéro paraît le 14 septembre. Elle publie dans ce journal plusieurs articles en 1844 et 1845. Au mois de novembre 1844, Louis Blanc prie George de collaborer au journal qu'il a fondé, la Réforme

George Sand se réjouit de la chute du roi Louis-Philippe et la fin de la Monarchie de Juillet le 24 février 1848, affichant son engagement politique socialiste. La deuxième République est proclamée. La romancière arrive à Paris le 20 mars et participe aux nouveaux journaux républicains comme le Bulletin de la République, la Cause du peuple et la Vraie République. Face aux premières arrestations politiques du régime, George se retire à Nohant le 18 mai. Les événements politiques se précipitent avec la fermeture des ateliers nationaux qui engendre une insurrection le 22 juin 1848. L'armée commandée par le général Eugène Cavaignac, ministre de la Guerre investi des pleins pouvoirs par l'Assemblée, écrase dans le sang avec l'appui de la Garde nationale, les insurgés du 23 au 26 juin. L'échec de la Révolution de 1848 marque l'arrêt de l'activité militante de George et l'amorce des désillusions. Le bonheur des peuples est-il une utopie, un idéal inaccessible ? L'avenir lui donne malheureusement raison. Avec l'arrivée au pouvoir de Louis Napoléon Bonaparte et son coup d'État du 2 décembre 1851, ce sont de nouveau les arrestations, les déportations, la censure, qui s'abattent sur le pays. Deux cents députés sont emprisonnés dont Adolphe Thiers. George décide alors de prendre fait et cause pour les condamnés et prisonniers politiques. Elle entreprend de multiples démarches en leur faveur, au cours des mois de janvier et février 1852. Elle écrit plusieurs lettres à l'Empereur qui finit par lui accorder deux audiences dont la première a lieu le 30 janvier 1852128. George plaide pour une amnistie générale. Son geste sera vain, Napoléon III lui accorde de rares remises de peine. La censure empêche l'écrivain de s'exprimer dans la presse. De ce fait, elle manifeste sa pensée à travers ses romans, sa correspondance et le théâtre.

En 1858, Juliette Adam publie un essai féministe remarqué : Idées anti-proudhoniennes sur l'amour, la femme et le mariage, virulente défense de George Sand et de Marie d’Agoult. Chantre du féminisme, elle devient l'amie de George qui la considère comme sa « fille adoptive ». Dès lors, Juliette intègre le cercle intime de son salon à Nohant.

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En 1849, « mon cœur est un cimetière », laisse échapper amèrement George Sand. La rupture avec sa fille Solange en 1847 est un véritable drame pour la romancière. Les disparitions se succèdent autour d'elle : sa petite-fille Jeanne meurt en bas-âge le 6 mars 1848, son demi-frère Hippolyte le 23 décembre 1848, son amie l'actrice Marie Dorval le 20 mai 1849, son ancien compagnon Frédéric Chopin le 17 octobre suivant. 

George se replie sur elle-même. Elle vient juste de terminer un nouveau roman champêtre, La Petite Fadette. Une rencontre en cette fin du mois de décembre 1849 à Nohant, va bouleverser sa vie. Noël 1849, Maurice Sand présente à sa mère un ami graveur et auteur dramatique, Alexandre Manceau. Il est âgé de trente-deux ans et elle, quarante-cinq. Alexandre se montre très attentif auprès de celle qu'il admire. Il s'est très vite intégré au cercle fermé de l'écrivain et participe activement aux activités théâtrales de Nohant.

George s'installe dans une relation apaisée avec Alexandre. Il est, pendant quinze ans, à la fois son amant et son secrétaire. Manceau rédige un journal sur des agendas à partir de 1852 et qui pour la postérité, seront connus par ce nom. Cette période est prolifique pour George et elle écrit près de cinquante ouvrages, dont une vingtaine de romans et des pièces de théâtre. Mais c'est sans compter sur l'animosité du fils « adoré », Maurice. Ce dernier, n'a jamais accepté la relation entre son ami et sa mère et exige le départ de Manceau. Le couple quitte donc Nohant pour se réfugier à Palaiseau en juin 1864. Malheureusement, ils ne profitent pas longtemps de cette intimité retrouvée. Alexandre a contracté la tuberculose depuis plusieurs années et sa fin est proche. Jusqu'au bout, George soigne et veille Alexandre, son dernier bien-aimé. Il s'éteint le 21 août 1865 à Palaiseau,.

En 1867, George Sand se réinstalle définitivement à Nohant. 

George est contrainte d'écrire pour le théâtre à cause d'embarras financiers. À Nohant, il lui arrive même d'exercer les fonctions de médecin de village, ayant étudié avec son premier précepteur, le docteur Deschartres, l'anatomie et les remèdes à base de plantes. Mais elle ne se cantonne pas à Nohant, voyageant aussi bien en France, et notamment chez son grand ami Charles Robin Duvernet au château du Petit Coudray, ou à l'étranger.

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Le cabinet de travail et la bibliothèque de George Sand, au château de Nohant

George Sand rencontre pour la première fois, Gustave Flaubert, son cadet de 17 ans, le 30 avril 1857 au Théâtre de l'Odéon, mais c’est seulement en 1863 qu’ils font connaissance lors d'un des célèbres dîners littéraires au restaurant Magny. George Sand est la seule femme admise à ces fameux repas, au cours desquels elle retrouve Théophile Gautier, les frères Jules et Edmond Goncourt, Ernest Renan, Hippolyte Taine et ce sont Alexandre Dumas fils et Charles-Augustin Sainte-Beuve qui les présentent l'un à l'autre. Leur correspondance assidue débute cette même année et une formidable amitié s'établit entre eux. 

Elle refuse la Légion d'honneur en 1873.

George Sand continue d'écrire un à deux romans par an, mais commence à souffrir de douleurs abdominales. Le 30 mai 1876, les douleurs s'accentuent, la souffrance est difficilement supportable. Son fils Maurice arrive à Nohant et demande l'intervention du docteur Gustave Papet, l'ami fidèle de George Sand. George Sand est à présent alitée, sa famille, ses amis et les médecins se succèdent à son chevet. Elle meurt d'une occlusion intestinale dans sa 72e année et son décès est constaté le 8 juin 1876 au château de Nohant.

Romans principaux

  • Indiana 
  • Valentine 
  • Lélia 
  • Le Secrétaire intime 
  • Leone Leoni 
  • Jacques 
  • André 
  • Simon
  • Mauprat
  • La Dernière Aldini 
  • Les Maîtres mosaïstes 
  • Spiridion 
  • Le Compagnon du tour de France
  • Horace 
  • Consuelo 
  • Jean Zyska  
  • La Comtesse de Rudolstadt 
  • Jeanne 
  • Le Meunier d'Angibault  
  • Isidora  
  • Teverino  
  • Le Péché de M. Antoine  
  • La Mare au diable 
  • Lucrezia Floriani 
  • Le Piccinino 
  • François le Champi 
  • La Petite Fadette 
  • Le Château des Désertes 
  • Mont-Revêche 
  • La Filleule 
  • Les Maîtres sonneurs
  • Adriani
  • Évenor et Leucippe : ou Les amours de l'âge d'or
  • Le Diable aux champs 
  • La Daniella 
  • Les Dames vertes 
  • Promenades autour d'un village 
  • Les Beaux Messieurs de Bois-Doré 
  • L'Homme de neige 
  • Narcisse
  • Elle et Lui 
  • Flavie 
  • Jean de la Roche
  • Constance Verrier
  • La Ville noire 
  • Le Marquis de Villemer 
  • Valvèdre
  • La Famille de Germandre
  • Tamaris 
  • Antonia 
  • Mademoiselle La Quintinie
  • Laura : Voyage dans le cristal
  • La Confession d'une jeune fille 
  • Monsieur Sylvestre 
  • Le Dernier Amour 
  • Cadio
  • Mademoiselle Merquem
  • Pierre qui roule
  • Malgrétout 
  • Le Beau Laurence 
  • Césarine Dietrich
  • Francia
  • Nanon
  • Ma sœur Jeanne 
  • Marianne 
  • Flamarande
  • Les Deux Frères 
  • La Tour de Percemont

Elle a aussi écrit beaucoup de nouvelles, des contes, des pièces de théâtre, des récits de voyages, des articles...

D'après Wikipédia

 

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20 juillet 2017

* * * RAISON ET SENTIMENTS - JANE AUSTEN

Je l'ai lu plusieurs fois, mais je ne m'en lasse pas. C'est tellement charmant, tellement romantique, tellement amusant, tellement féministe avant l'heure ! Les personnages principaux sont adorables. Une vraie merveille. Je suis hyper fan de Jane Austen... et je sais que je ne suis pas la seule.

INCIPIT

La famille Dashwood habitait depuis longtemps dans le Sussex.

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Film Raison et sentiments de Ang Lee (1995)

LE DEBUT

Mme Dashwood et ses trois filles se trouvent privées de l'héritage de leurs mari et père, au profit du fils aîné issu d'un premier mariage. Il leur alloue une maigre rente et elles partent s'installer dans un modeste cottage à la campagne. L'aînée des filles, Elinor, est mesurée en toutes choses, Marianne la seconde beaucoup plus exaltée, quant à la troisième, Margaret, elle n'est encore qu'une enfant. Elinor et Marianne sont amoureuses : Elinor d'Edward Ferrars, un jeune homme réservé, avec lequel elle partage de nombreux goûts et qui semble ne pas être insensible à son charme ; Marianne de John Willoughby, un jeune homme du voisinage, avec lequel elle devient inséparable... Mme Dashwood mère se réjouit et attend que ces messieurs se déclarent...

MON AVIS

D'abord il y a la langue (ici fort bien traduite par Jean Privat). Un brin désuète, mais justement si pleine de charme, avec de longues et belles phrases, des descriptions précises des portraits, des maisons, des paysages. On est plongé dans l'univers austenien, on remonte le temps, on se retrouve dans cette campagne anglaise, on imagine le ciel gris, les trouées de soleil, les averses, les arbres et l'herbe bien verte, mais aussi la chaleur des intérieurs, le bois, la cheminée, les fauteuils et les jolies robes de ces dames. 

Il y a aussi de nombreux dialogues, qui rendent le roman très vivant, et c'est d'ailleurs là que Jane Austen fait passer le plus son message ironique et drôle.

Ensuite il y a les dissections amoureuses de Jane, ses intrigues à suspense : mais où donc est passé Willoughby ? et que cache le colonel Brandon ? et à quel jeu joue Edward ? Les délicieuses petites leçons de morale qu'elle distille, le tout ponctué d'humour, beaucoup d'humour : les personnages ne manquent pas de répondant. Les femmes sont partagées entre le devoir et les sentiments qu'elles éprouvent (mais finalement n'est-ce pas toujours la même chose aujourd'hui ?), elles prônent l'indépendance d'esprit, la critique, l'éducation et la culture. J'adore !

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Jane Austen a inventé la comédie romantique : complications à foison, et tout se termine par un mariage, le tout avec plein d'humour !

Quand je parle de ma passion, voire de ma nostalgie, pour cette époque, on me rétorque aussitôt : mariage arrangé, espérance de vie, morts infantiles, morts lors des accouchements, domination masculine, misère sociale chez les moins nantis... Oui, oui, oui. Quoique pour ce dernier élément, cela n'a guère changé. Pour le reste, si je suis évidemment d'accord sur ces inconvénients majeurs... je dis aussi que pour celles qui avaient le bonheur d'épouser l'homme qu'elles aimaient, d'avoir une bonne santé et un peu de fortune... quelle vie merveilleuse ! Un petit domaine à gérer, des gens à visiter, les enfants à élever... Au risque de passer pour carrément réac, j'avoue que les avenirs (que l'on devine) pour Marianne et Elinor me font rêver.

Une petite curiosité que j'ai remarquée, mais pour laquelle je ne trouve pas d'explication. Edward Ferrars est régulièrement appelé par son prénom, ce qui est logique entre amis et en famille. Par contre John Willoughby est toujours nommé par son seul patronyme, sans même un "monsieur" devant, ou rarement. Et même quand ce sont Elinor et Marianne qui en parlent entre elles...

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Raison et Sentiments (Sense and sensibility) est le premier roman publié de Jane Austen. Il paraît en 1811 de façon anonyme, signé "by a Lady". En effet, sa position sociale interdisait à Jane Austen de signer de son nom un roman destiné à la vente, mais elle ne voulait pas non plus cacher qu'il était l'œuvre d'une femme.

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Le texte initial, écrit vers 1795, probablement sous forme épistolaire, a pour titre le nom des deux héroïnes, Elinor et Marianne. Publié par Thomas Egerton, et à compte d'auteur, à l'automne 1811, le roman est accueilli plutôt favorablement et paraît en français dès 1815.

Si Lady Bessborough, qui l'a lu avec un certain plaisir en novembre 1811, trouve qu'« il finit bêtement », The Critical Review lui consacre un long article en février 1812, soulignant le naturel des personnages et la vraisemblance des situations. Il présente Marianne comme une « exaltée romanesque » qui est « tout sauf avisée », et reconnaît la volonté didactique du roman. En mai, c'est au tour du British Critic d'admirer « la profonde connaissance de la vie et du caractère féminin » dont fait preuve l'auteur, l'excellente description de la jeune fille « à la sensibilité plus qu'exquise », conseillant la lecture du roman à ses lectrices, « car elles pourront y apprendre quelques salutaires maximes pour diriger leur vie, à travers un récit plaisant et divertissant ».

Il n'y a cependant pas de nouvelle édition en Grande-Bretagne avant l'édition Bentley en 1833, puis Routledge en 1849. Et dans l'ensemble, Raison et sentiments est le moins apprécié des romans de Jane Austen. D'ailleurs, les écrivains de l'époque victorienne, comme Charlotte Brontë, apprécient peu l'auteur. Ainsi, Elizabeth Barrett Browning critique son « manque d'expressivité émotionnelle » et lui reproche « une vision de la vie étroite, terre à terre et essentiellement non poétique ». En 1870 encore, Margaret Oliphant trouve impossible de s'intéresser à l'égoïsme de la détresse de Marianne.

Mais dès la fin du XIXe siècle, en même temps qu'apparaissent de nombreuses éditions, souvent illustrées, on sent poindre chez les critiques de l'intérêt, voire de la tendresse, pour la romanesque Marianne. C'est ainsi que George Moore, qui compare Jane Austen à Balzac et Tourgueniev, présente en 1919 la situation de Marianne, trahie par Willoughby, comme extraordinairement poignante et dramatique. En 1952, Marvin Mudrick considère, lui, que Marianne, « vie et centre » du roman, est « humiliée et trahie » par une Jane Austen rendue amère par son état de vieille fille... Cette prise de position extrême a eu le mérite de relancer la réflexion sur Jane Austen, auteur charnière entre le siècle des Lumières et la période romantique.

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Les critiques féministes s'intéressent beaucoup à Jane Austen depuis les années 1970. Certaines, parmi lesquelles Marilyn Butler, ont tendance à considérer Raison et sentiments comme un « roman conservateur ». Mais d'autres se demandent si, en conférant à ses héroïnes une certaine indépendance d'esprit dans une société qui maintenait les femmes dans une position d'assistées, Jane Austen n'a pas voulu, dans ce « roman plutôt sombre et désenchanté », condamner les excès de toutes sortes, se montrant en cela une digne fille des Lumières.

Structure 

L'intrigue présente une construction géométrique : les deux sœurs avancent en parallèle vers un mariage désirable avec deux hommes honorables, mais sont entravées par une série d'obstacles créés par deux personnages égoïstes et sans scrupules. Tous les évènements arrivent en double, et tout ce qui arrive à Elinor se produit ensuite pour Marianne. Toutes deux tombent amoureuses d'un homme dont on apprend ensuite qu'il a un autre engagement. Mais l'histoire d'Elinor commence la première et encadre celle de Marianne, qui ignore que sa sœur souffre autant et depuis plus longtemps qu'elle, tant qu'Elinor ne lui révèle pas la similitude de leur situation.

Toutes deux sont confrontées à une situation éprouvante, Marianne lorsqu'elle voit Willoughby au bal, Elinor lorsqu'elle reçoit la visite d'Edward en présence de Lucy, mais la gèreront différemment.

Le parallélisme apparait même dans leur correspondance. Lorsqu'elles sont à Londres, chez Mrs Jennings, les deux sœurs rédigent des lettres en même temps : par deux fois, Elinor écrit à leur mère tandis que Marianne envoie une note à Willoughby. Seule la troisième lettre de Marianne, envoyée le lendemain du bal75, n'est pas accompagnée d'une rédaction parallèle par sa sœur.

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Edward et Willoughby aussi ont des vies parallèles. Chacun a trois options de mariage : une relation antérieure, une offre de riche mariage et un attachement sentimental. Chacun est déshérité parce qu'il refuse d'obéir aux désirs de ceux dont ils dépendent : Willoughby est rejeté par sa tante, Mrs Smith, parce qu'il ne veut pas épouser Eliza, Edward par sa mère parce qu'il ne veut pas rompre avec Lucy. Et les deux intrigues secondaires, les fiançailles d'Edward et Lucy, la liaison entre Eliza Williams et Willoughby, se font écho. Tenté de comparer Elinor et Marianne, le lecteur est aussi invité à comparer l'attitude et le comportement des deux jeunes gens à leur égard.

La narratrice principale met le personnage d'Elinor en position d'observatrice privilégiée. En effet, c'est souvent elle qui analyse les évènements, et il est difficile au lecteur de savoir parfaitement si c'est sa voix ou celle d'un narrateur extradiégétique qui s'exprime, car les deux s'enchevêtrent. En outre, c'est elle qui ouvre et clôt le roman, et toute l'histoire de Marianne est incluse dans la sienne.

Elle est aussi dépositaire des valeurs qui sont celles de Jane Austen, et le regard qu'elle pose sur les gens est aussi aigu que celui de sa créatrice. Par exemple, Elinor a tout de suite repéré l'« œil vif et perçant », le « regard pénétrant » de Lucy, et son « manque de rigueur morale et d'honnêteté intellectuelle », avant même d'être personnellement confrontée à sa malice. Mais elle lui reconnaît du bon sens, de la beauté et de l'esprit et, puisque son mariage avec Edward est inéluctable, car dans le monde où vit Jane Austen, une fois qu'on s'est fiancés, il est pratiquement impossible de faire marche arrière, elle espère que le temps et l'habitude se chargeront de rendre finalement ce mariage heureux.

Argent et mariage

Les deux thèmes de prédilection de Jane Austen sont étroitement imbriqués mais l'argent est le thème majeur.

En effet, l'argent qui, dans les autres romans, représente essentiellement la sécurité financière, celle que permet un riche mariage, joue ici un rôle supplémentaire, car l'attitude à l'égard de l'argent des différents personnages et l'idée qu'ils se font de la richesse et de son pouvoir sont particulièrement développées.

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Les romans de Jane Austen reflètent une réalité de son temps pour les femmes peu fortunées de son milieu social : un « beau » mariage est leur seule possibilité de se protéger de l'insécurité financière que représente le célibat, mais Jane Austen défend l'idée d'un mariage où l'affection passe avant toute autre considération, où la sensibilité n'est pas entièrement vaincue par la froide raison. Ainsi, la sœur rationnelle épouse l'homme qu'elle aime, une fois franchis les obstacles romanesques ou triviaux, et la sœur romanesque, après l'expérience douloureuse d'un premier amour trahi, trouvera finalement le bonheur auprès d'un homme qui a connu le même type d'expérience, et dont elle a appris à apprécier la sensibilité.

Les mariages des personnages secondaires, fondés exclusivement sur des considérations financières, ne sont réussis que de façon superficielle : Mrs Jennings a marié ses filles de manière satisfaisante au plan matériel, mais Lady Middleton et son mari n'ont rien à se dire et Mr Palmer traite sa sotte épouse avec mépris ; Willoughby a « besoin » d'épouser une femme riche pour garder son standing, mais elle s'appelle Miss Grey ce qui présage une union terne et conventionnelle. Les comportements de Nancy et de Lucy, qui cherchent à se marier aussi bien que possible financièrement contrastent avec ceux d'Elinor et Marianne qui privilégient les sentiments. 

Le problème de la transmission du patrimoine est au cœur du roman, et présenté dès le début. La fantaisie d'un vieillard, les manœuvres de Fanny Dashwood et la mort prématurée d'Henry Dashwood privent ses filles d'un revenu confortable et fragilisent leur statut social. La transmission à John de la propriété de Norland correspond aux usages de la noblesse terrienne : garder le patrimoine intact dans les mains de la famille patronymique. Mais ce pouvoir patriarcal est traité de façon satirique. Le domaine est transmis au petit Henry et John se montre un gestionnaire avare et égoïste, le contraire du propriétaire foncier idéal.

C'est le seul roman (avec Emma) où une naissance se produit, donnant à la narratrice l'occasion de faire quelques commentaires généraux sur la maternité. Les jeunes enfants, qui rendent les adultes gâteux, jouent un rôle non négligeable dans l'intrigue. En premier le petit Harry Dashwood, dont les enfantillages sont rapportés sans indulgence, puis les enfants Middleton qui donnent l'occasion à Lucy de se faire bien voir par leur mère, alors que la sincérité d'Elinor n'est pas appréciée, sans oublier le bébé de Charlotte à cause duquel les Palmer quittent précipitamment Cleveland, de peur que la maladie de Marianne soit contagieuse.

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Silence et secrets 

Elinor est poussée à dissimuler parce qu'elle connaît et respecte les codes qui régissent le comportement en société, et « a fait en secret le deuil » d'un bonheur devenu définitivement inaccessible. Dépositaire de nombreux secrets alors qu'elle n'a la possibilité de confier les siens à personne, elle se protège de la méchanceté de Lucy ou de la curiosité de Mrs Jennings derrière sa réserve et son silence. Ce silence, qui est aussi sa manière d'éviter des souffrances inutiles à ceux qu'elle aime, a l'approbation de l'auteur, car il est généreux, mais celui de Marianne, égoïste, est en quelque sorte « puni » par sa maladie, longuement décrite comme une fuite dans le mutisme et la folie.

Le thème du secret est cependant plus large et concerne aussi les autres personnages majeurs, car tous en ont : le colonel Brandon part brusquement après avoir reçu une lettre dont il refuse de parler, Willoughby quitte Marianne sans explications, Edward garde ses fiançailles secrètes et Lucy ne les révèle à Elinor que pour la neutraliser, poussant jusqu'au dénouement la dissimulation à un haut degré de perversité et de machiavélisme : Jane Austen ne résout qu'à la fin, par les divers récits explicatifs, ces énigmes que le lecteur ne peut deviner, fautes d'indices suffisants.

Les corollaires du secret sont l'espionnage, le commérage et l'indiscrétion. À cause du savoir-vivre, on ne questionne pas, mais on observe et on tend l'oreille. Mrs Dashwood est trop bien élevée et discrète pour interroger directement Marianne à propos de Willoughby. Mais Mrs Jennings espionne les rougissements et les regards, écoute plus ou moins discrètement et se forge une interprétation parfois source de quiproquos, Miss Steele écoute très indiscrètement aux portes, Lucy distille des confidences soigneusement calculées et surveille les réactions d'Elinor.

Éducation et vie en société
 
Le monde décrit par le roman, comme la société que fréquente l'auteur, est un monde régi par les convenances, les conventions, un monde d'écrans et de masques, une société bavarde et volubile, où les mots sonnent souvent creux. L'élégante Lady Middleton est le parfait exemple de ces dames « accomplies » à la conversation « insipide » qui peuplent les salons, et Robert Ferrars le modèle de ces snobs égoïstes et prétentieux qui font la mode.

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Le lecteur pardonne à Marianne de se taire quand elle ne peut pas dire ce qu'elle pense vraiment, et refuse de parler à des gens qu'elle n'apprécie pas ; il admire Elinor qui se sent obligée d'entretenir la conversation, même au prix de mensonges polis et quand cela lui coûte, la fait souffrir, pour maintenir l'harmonie du groupe.  

L'éducation et la culture sont des thèmes récurrents dans les romans de Jane Austen. Elinor et Marianne sont de ferventes lectrices, mais leurs goûts et leurs réactions divergent : Marianne se réfugie dans la lecture pour échapper aux obligations sociales et s'enivre de poésie. Elinor se moque gentiment de ses enthousiasmes extatiques et a une approche plus objective, plus raisonnable des auteurs. Ayant découvert le goût sûr et la grande culture d'Edward dans ses conversations avec lui à Norland, elle est peinée pour lui de savoir qu'il s'est lié à quelqu'un d'aussi superficiel, égoïste et inculte que Lucy.

Car il y a bien deux mondes : la société vaniteuse et superficielle de Londres et du Norland de John Dashwood, et le monde domestique et familial auquel aspirent les héros, un monde accueillant, cultivé et vertueux où il est possible d'être sincère, dont les habitants, unis par une profonde affection, peuvent vivre en parfait accord. 

Satire du roman sentimental

Raison et sentiments contient, à travers les goûts et le comportement de Marianne, une satire excellente et spirituelle des romans sentimentaux de l'époque, comme Northanger Abbey, écrit à peu près en même temps, se moque du roman gothique, les deux genres romanesques très prisés de la majorité des lecteurs de l'époque. Avec le recul de l'illettrisme et l'ouverture des bibliothèques de prêt, la demande de nouveautés est forte, mais la plupart de leurs auteurs sont bien oubliés aujourd'hui.

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La liaison de Marianne avec Willoughby suit le canevas du roman sentimental : la rencontre de l'héroïne blessée et du beau, mystérieux et viril chasseur inconnu qui vient à son secours et la porte dans ses bras jusque chez elle, l'offrande de la jument, le sacrifice de la mèche de cheveux emportée en souvenir, puis la quête de l'amant disparu, le malaise en découvrant sa noirceur, le chagrin auquel succombe la belle trahie... Sauf que Marianne n'a qu'une entorse quand Willoughby la découvre, elle n'est pas enlevée ni séquestrée mais seulement invitée à visiter Allenham, qu'elle s'évanouit d'inanition plus que de douleur, tombe malade par imprudence, et ne meurt pas de chagrin : Jane Austen se contente de suggérer une fin potentiellement tragique, là où les écrivains plus tardifs, comme George Eliot et Emily Brontë, feront mourir l'héroïne qui ne peut trouver sa place dans la société. Mais suivant la tradition de la comédie, Jane Austen offre à ses héros un dénouement heureux, « détestant qu'on empêche les personnages d'être heureux une fois mariés ».

On trouve aussi les personnages de la fausse amie, mal-intentionnée et jalouse, qui se révèle une rivale, de l'amoureux transi et chevaleresque et de la mère abusive. L'anneau de cheveux que porte Edward relève du même type de clichés sentimentaux que Jane Austen reproche à ses auteurs favoris, comme Samuel Richardson, car elle ne supporte pas « le crime du sentimentalisme », mais il est essentiel pour créer le quiproquo et augmenter le malaise d'Edward, pris par le lecteur en flagrant délit de mensonge.

Plus subtilement, elle détourne ironiquement le vocabulaire du sentiment en le mettant dans la bouche de ses personnages les moins sensibles.

La sensibilité

Par plusieurs de ses aspects, ce roman appartient au XVIIIe siècle : son engagement dans le débat sur la sensibilité, entre les idéologies conservatrices (anti-jacobin) et radicale, l'ancre dans les années 1790, où la gentry anglaise tentait de trouver ses propres réponses face aux mouvements révolutionnaires français ou américains. La définition de la notion de sensibility est une question régulièrement débattue : le mot n'a pas une signification qui coïncide totalement avec celle de sensibilité, en français courant (où il a plutôt une connotation atténuée d'affectivité, d'émotivité, de sympathie), et même en anglais, il demande une petite explication. Il implique la perception instinctive des choses et des situations vécues avec passion ou exaltation, une fragilité nerveuse exacerbée confinant à la pathologie et pouvant entraîner des réactions hystériques, comme la crise de nerfs.

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Mais au siècle des Lumières, en France aussi, la sensibilité est considérée comme une sorte de « sixième sens » dont la force émotionnelle est indispensable à l'épanouissement humain. Avec ses « transports » et ses « effusions », elle faiit la part belle à toute la palette des émotions, du sentimentalisme larmoyant présent dans le drame bourgeois aux délires patriotiques des « enragés » révolutionnaires, qui se réclament pourtant de la raison. Dans Love and Freindship déjà, la jeune Jane ridiculise la tyrannie de la sensibilité et les idées chères à Jean-Jacques Rousseau : la confiance aveugle dans les élans du cœur et le fait de lier supériorité morale et grande sensibilité. Pour elle il est imprudent et dangereux de se laisser mener par ses sensations, il faut que l'esprit les contrôle et les maîtrise.

Le prénom de Marianne, emprunté à Jane West, a une connotation négative à l'époque (c'est, dans la France révolutionnaire, le symbole de la liberté), mais Jane Austen donne à son personnage beaucoup d'elle-même, à commencer par son goût pour la poésie de William Cowper et le piano, et montre de la sympathie pour sa capacité à s'enthousiasmer. Claudia L. Johnson a d'ailleurs bien montré en quoi Sense and Sensibility, loin de défendre des idées conservatrices et de faire l'éloge des institutions (la famille, la propriété, le mariage), critique avec vigueur le mauvais usage qui est fait de l'argent, du pouvoir patriarcal, de l'improvement (améliorer son patrimoine).

MES EXTRAITS FAVORIS

L'ironie de Jane sur les mères et leurs enfants

1. "Dans toute visite de cérémonie, on devrait toujours amener un enfant pour fournir un sujet de conversation. Dans le cas présent, il fallut dix bonnes minutes pour décider s'il ressemblait davantage à son père ou à sa mère, et en quoi ; car personne n'était du même avis et chacun s'étonnait de l'opinion des autres."

2. "Lady Middleton ne parut s'animer que lorsqu'on fit entrer, à la fin du dîner, ses quatre enfants qui se mirent à la tirailler en tous sens, déchirèrent sa robe et mirent fin à toute espèce de conversation dont ils n'étaient pas le principal sujet."

3. "Sa mère la prit sur son sein, la couvrit de baisers ; la blessure fut lavée à l'eau de lavande par une des demoiselles Steele à genoux devant lady Middleton, tandis que l'autre lui remplissait la bouche de prunes au sucre. Devant un tel résultat, l'enfant était trop bien avisée pour cesser de crier. Elle continua donc de gémir et de sangloter vigoureusement..."

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L'humour et l'ironie de Jane dans les dialogues :

1. "- Et comment se trouve le cher, cher Norlan ? [ancien lieu d'habitation de la famille Dashwood] s'écria Marianne.

- Le cher, cher Norland, dit Elinor, ressemble probableemnt beaucoup à ce qu'il est toujours à cette époque de l'année, les bois et les chemins couverts de feuilles mortes.

- Oh ! s'écria Marianne, avec quels transports je les ai autrefois vus tomber ! Quel plaisir je prenais, en me promenant, à les voir rouler en averse sur moi, poussées par le vent ! Quels sentiments ne m'ont-elles pas inspirés, et la saison, et l'air que je respirais ! Maintenant, il n'y a personne pour y prendre garde. On les regarde seulement comme un embarras, on les balaie à la hâte et on les pousse aussi loin que possible de la vue.

- Ce n'est pas tout le monde, dit  Elinor, qui a votre passion pour les feuilles mortes."

2. "Madame Palmer : Regardez donc ma soeur comme tout cela est délicieux ! Comme j'aimerais une semblable maison pour moi-même ! Ne l'aimeriez-vous pas, Mr. Palmer ?

Mr Palmer ne répondit pas et ne leva même pas les yeux de son journal.

- Mr. Palmer ne m'entend pas, dit-elle en riant. Cela lui arrive quelquefois. C'est très amusant !"

3. "Oh ! ma chère, comme c'est beau ! Mais oui, c'est délicieux ! Mais regardez, maman, comme c'est joli. Elles sont charmantes, je vous le déclare, je ne me lasserai jamais de les regarder.

Et, là-dessus, elle se rassit et parut presque aussitôt en oublier l'existence."

4. "- Vous et moi, sir John, dit Mrs. Jennings, ne nous arrêtons pas à de telles vétilles.

- Alors vous êtes bien mal élevés, s'écria Mr. Palmer [le gendre].

- Mon amour, vous contredisez tout le monde, dit sa femme, riant comme à son habitude. Savez-vous que vous êtes passablement brutal ?

- Je crois ne contredire personne en disant que votre mère est mal élevée.

- Oui, vous pouvez me dénigrer tant que vous voudrez, dit la joyeuse vieille dame. Vous m'avez débarrassée de Charlotte et vous ne pouvez pas me la renvoyer maintenant. Aussi j'ai l'avantage sur vous."

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L'oisiveté, le plus beau des métiers pour un jeune homme de bonne famille

"J'aurais tiré le plus grand profit d'une profession qui m'aurait occupé  et apporté une certaine indépendance. Mais, malheureusement mes propres exigences et celles de mes amis ont fait de moi ce que je suis : un être inoccupé et sans but. Nous n'avons jamais pu tomber d'accord sur le choix d'une profession. J'aurais eu du goût pour l'Eglise, et je continue d'en avoir. Mais, pour ma famille, ce n'était pas assez distingué. Elle me conseillait l'armée qui l'était beaucoup trop pour moi. On fit valoir le barreau comme suffisamment bien porté ; beaucoup de jeunes gens qui ont leur logement au Temple sont bien considérés, fréquentent les cercles élégants, et font sensation, en ville, dans leurs cabriolets. Mais je n'avais pas de goût pour l'étude - même superficielle - du droit dont ma famille se serait contentée. Et, quant à la marine, elle avait bien du prestige à mes yeux, mais j'étais trop âgé pour y entrer quand il en fut question pourla première fois. Pour finir, comme il n'était pas du tout nécessaire que j'eusse une profession, comme je pouvais être aussi brillant et aussi prodigue sans un habit rouge sur le dos, on décida qu'après tout, l'oisiveté était pour moi l'état le plus avantageux et le plus honorable ; et un jeune homme de dix-huit ans n'est pas, en général, si vivement porté au travail qu'il résiste beaucoup aux sollicitations des siens lorsqu'ils lui demandent de ne rien faire. En conséquence, j'entrai à Oxford et j'ai été convenablement oisif depuis lors."(Edward)

Rappelons qu'à cette époque, les grandes familles bourgeoises et les nobles vivaient encore sur les fortunes accumulées par leurs ancêtres. Une fois celles-ci épuisées, une fois mis devant le dilemme du coût exorbitant de l'entretien des demeures ancestrales, et la société industrielle remettant tout en question... les beaux oisifs peu à peu devront trouver des moyens de subsistance ou vendre leurs biens.

 

 

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18 juillet 2017

JANE AUSTEN

Jane Austen, née le 16 décembre 1775 à Steventon, dans le Hampshire en Angleterre, et morte le 18 juillet 1817 à Winchester, dans le même comté, est une femme de lettres anglaise. Son réalisme, sa critique sociale mordante et sa maîtrise du discours indirect libre, son humour décalé et son ironie ont fait d'elle l'un des écrivains anglais les plus largement lus et aimés.

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L'œuvre de Jane Austen est, entre autres, une critique des romans sentimentaux de la seconde moitié du XVIIIe siècle et appartient à la transition qui conduit au réalisme littéraire du XIXe. Les intrigues de Jane Austen, bien qu'essentiellement de nature comique et avec un dénouement heureux, mettent en lumière la dépendance des femmes à l'égard du mariage pour obtenir statut social et sécurité économique. 

Selon l'un de ses biographes, les informations sur la vie de Jane Austen sont rares. Il ne reste que quelques lettres d'ordre personnel ou familial. Sa sœur Cassandra, à qui la plupart étaient adressées, en a brûlé beaucoup et a censuré celles qu'elle a gardées. D'autres ont été détruites par les héritiers de son frère, l'amiral Francis Austen. Les éléments biographiques, rendus disponibles dans les cinquante années suivant sa mort, émanent presque tous de ses proches. La tendance familiale est d'accentuer l'aspect de « tante Jane, si bonne et si gentille ». Depuis, bien peu de documents nouveaux ont été mis au jour par les chercheurs.

Le père de Jane Austen, William George Austen et sa femme, Cassandra, appartiennent tous les deux à la petite gentry. De 1765 à 1801, soit pendant une grande partie de la vie de Jane, George Austen est recteur de la paroisse anglicane de Steventon, ainsi que d'un village voisin, situé, lui aussi, dans le Hampshire. De 1773 à 1796, il arrondit ses revenus par des activités annexes, celles de fermier, et aussi de précepteur de trois ou quatre garçons, en pension chez lui. La famille habite une maison de deux étages et un grenier, le Rectory (« le presbytère »), entourée d'une grange, d'arbres et de prés.

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Jane peinte par sa soeur Cassandra

La proche famille de Jane Austen est nombreuse, six frères, James, George, Edward, Henry Thomas, Francis William (Frank), Charles John, et une sœur, Cassandra Elizabeth, qui, comme Jane Austen, meurt sans s'être mariée. Cassandra est l'amie la plus proche et la confidente de Jane tout au long de sa vie. Parmi ses frères, c'est de Henry qu'elle se sent le plus proche. D'abord banquier, il devient, après sa faillite, clergyman de l'église anglicane. C'est lui qui sert d'agent littéraire à sa sœur. Parmi son vaste cercle londonien, se trouvent des banquiers, des marchands, des éditeurs, des peintres et des acteurs. Ainsi, grâce à son entregent, Jane a l'occasion de fréquenter une catégorie sociale normalement inaccessible à une personne isolée dans une petite paroisse rurale du fond du Hampshire. George, quant à lui, est très jeune confié à une famille locale, car, comme le rapporte Deirdre Le Faye, biographe de Jane Austen, il est « mentalement anormal et sujet à des crises ». Il se peut aussi qu'il ait été sourd et muet. Charles et Frank, eux, servent dans la marine, où ils s'élèvent au grade d'amiral. Edward est adopté en 1783 par un lointain cousin, Thomas Knight, dont il reprend le nom en 1812, date à laquelle il hérite de ses domaines.

Quelques mois après sa naissance, sa mère place Jane chez une voisine, Elizabeth Littlewood, qui est sa nourrice pendant un an ou un an et demi. En 1783, Jane et Cassandra sont envoyées à Oxford pour y être éduquées par Mrs Ann Cawley qu'elles suivent à Southampton un peu plus tard cette même année. Les deux sœurs contractent le typhus qui manque d'emporter Jane. Elles sont ensuite élevées chez leurs parents jusqu'à leur départ en pension, au début de l'année 1785. L'enseignement dans cet établissement comprend vraisemblablement le français, l'orthographe, les travaux de couture et de broderie, la danse, la musique, et peut-être le théâtre. Mais dès décembre 1786, Jane et Cassandra sont de retour chez elles, car leurs parents ne peuvent plus financer leur pension. L'éducation de Jane est alors complétée à domicile par la lecture, orientée par son père et ses frères James et Henry.

Il semble que George Austen donne à ses filles un accès sans restriction à l'ensemble de sa bibliothèque, à la fois importante (près de 500 ouvrages) et variée (essentiellement littérature et histoire), tolère certaines tentatives littéraires de Jane et fournit à ses filles le papier et le matériel coûteux dont elles ont besoin pour leurs écrits et leurs dessins. La vie au foyer des Austen baigne dans une atmosphère intellectuelle ouverte où les idées sociales et politiques autres que les leurs sont prises en compte et discutées. 

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Maison de Chawton où Jane passera les dernières années de sa vie - Aujourd'hui transformée en musée

Les représentations théâtrales privées faisant aussi partie de l'éducation, de sept ans à ses treize ans, Jane participe à une série de pièces que montent sa famille et les amis proches. La plupart sont des comédies, ce qui contribue au développement de son sens comique et satirique. 

Selon toute vraisemblance, Jane Austen commence dès 1787 à écrire des poèmes, des histoires et des pièces pour son propre amusement et celui de sa famille. Plus tard, elle fait des transcriptions au propre de vingt-sept de ces œuvres précoces, en trois carnets reliés, aujourd'hui connus sous le nom de Juvenilia et contenant des écrits échelonnés de 1787 à 1793. Certains manuscrits révèlent que Jane Austen a continué à y travailler jusque vers 1809-1810, et que son neveu et sa nièce, James Edward et Anna Austen, ont ajouté ces écrits à Juvenilia

Parmi ces écrits, se trouve un roman épistolaire satirique, Love and Freindship [sic], dans lequel elle se moque des romans sentimentaux à la mode. Y figure également L'Histoire de l'Angleterre, manuscrit de trente-quatre pages accompagné de treize aquarelles miniatures réalisées par Cassandra. Il s'agit une parodie d'écrits historiques en vogue, et tout particulièrement, de l'Histoire d'Angleterre d'Oliver Goldsmith, publiée en 1771.  

Selon le spécialiste Richard Jenkyns, les Juvenilia de Jane Austen sont anarchiques et regorgent de turbulente gaieté ; il les compare à l'œuvre du romancier du XVIIIe siècle, Laurence Sterne, et... aux Monty Python du XXe siècle !

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Anne Hathaway, incarnant Jane Austen, dans le film Jane 

Devenue adulte, Jane Austen continue à vivre chez ses parents, se consacrant aux activités habituelles d'une femme de son âge et de son statut social : elle joue du piano-forte, aide sa sœur et sa mère à diriger les domestiques, assiste les femmes de la famille lorsqu'elles accouchent et les parents âgés sur leur lit de mort. Elle envoie quelques courts écrits à ses nièces Fanny Catherine et Jane Anna qui viennent de naître. Elle se montre particulièrement fière de ses talents de couturière. Jane fréquente l'église régulièrement, rend visite à ses amies et à ses voisins et lit des romans, souvent écrits par elle-même, le soir à haute voix et en famille. Les relations entre voisins conduisent souvent à danser, de façon improvisée lors d'une visite, après le souper, ou lors de bals organisés dans les salles de réunion de l'hôtel de ville. D'après son frère Henry, « Jane adorait danser, et d'ailleurs y excellait ».  

En 1793, Jane Austen commence, puis délaisse une courte pièce de théâtre, plus tard intitulée Sir Charles Grandison, or, The happy man : a comedy in five acts, qu'elle termine vers 1800. Il s'agit d'une parodie de son roman favori, L'Histoire de Sir Charles Grandison (1753), de Samuel Richardson. Peu de temps après Love and Freindship [sic] en 1789, Jane prend la décision « d'écrire pour gagner de l'argent, et de se consacrer à raconter des histoires », en d'autres termes, de devenir écrivain professionnel. Il est avéré qu'à partir de 1793, elle entreprend en effet des œuvres plus longues et plus complexes.

Entre 1793 et 1795, Jane Austen écrit Lady Susan, court roman épistolaire, généralement considéré comme son ouvrage de jeunesse le plus ambitieux. Il occupe une place unique dans l'œuvre de Jane en tant qu'étude d'une femme adulte dont l'intelligence et la force de caractère sont supérieures à celles de tous ceux dont elle croise la route. 
 
Après avoir achevé Lady Susan, Jane Austen s'essaye à son premier "vrai" roman, Elinor and Marianne. Sa sœur Cassandra se rappellera plus tard qu'il fut lu à la famille et se présentait sous la forme d'une série de lettres. En l'absence des manuscrits originaux, il est impossible de dire dans quelle mesure le brouillon original a survécu dans le roman publié en 1811 sous le titre de Sense and Sensibility (aujourd'hui publié en France sous le titre Raison et sentiments).

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Quand Jane atteint l'âge de vingt ans, Thomas Langlois Lefroy, le neveu d'une famille voisine, vient à Steventon où il reste de décembre 1795 à janvier 1796. Fraîchement diplômé de l'université, il s'apprête à déménager à Londres pour s'y former au métier d'avocat. Tom Lefroy et Jane Austen sont sans doute présentés l'un à l'autre lors d'une rencontre entre voisins ou au cours d'un bal. Les lettres de Jane à Cassandra témoignent que les jeunes gens passent beaucoup de temps ensemble.
 
La famille Lefroy intervient et écarte Tom à la fin de janvier. Le mariage n'est pas envisageable, Tom et Jane le savent bien : ni l'un ni l'autre ne sont fortunés et lui dépend d'un grand-oncle irlandais pour financer ses études et s'établir dans sa profession. Tom Lefroy revient plus tard dans le Hampshire, mais il y est soigneusement tenu à l'écart des Austen et Jane ne le reverra jamais.

En 1796, Jane Austen commence un second roman, First Impressions, le futur Pride and Prejudice (Orgueil et préjugés), dont elle termine le premier jet en août 1797, alors qu'elle n'a que 21 ans. Comme toujours, elle lit le manuscrit en préparation à haute voix et, très vite, l'ouvrage devient la coqueluche de la famille. Son père entreprend alors des démarches en vue d'une première publication. En novembre 1797, George Austen écrit à Thomas Cadell, éditeur londonien de renom, pour lui demander s'il serait disposé à publier le roman, le risque financier étant endossé par l'auteur. Cadell renvoie rapidement la lettre avec la mention : « Refusé ». Il se peut que Jane n'ait pas eu connaissance de cette initiative paternelle. Quoi qu'il en soit, après avoir terminé First Impressions, elle retourne à Elinor and Marianne, et, de novembre 1797 jusqu'à mi 1798, elle le retravaille en profondeur, renonçant au format épistolaire en faveur d'un récit à la troisième personne, d'une facture proche de la version définitive.

Vers le milieu de 1798, après avoir achevé la réécriture de Elinor and Marianne, Jane Austen commence un troisième roman provisoirement intitulé Susan. C'est le futur Northanger Abbey, une satire des romans gothiques qui font rage depuis 1764 et ont encore une belle carrière devant eux. L'œuvre est terminée environ un an plus tard. Au début de 1803, Henry Austen propose Susan à un éditeur londonien, Benjamin Crosby, qui l'achète pour quelques livres sterling, promet une publication rapide, annonce que l'ouvrage est « sous presse », et... en reste là. Le manuscrit dort chez Crosby jusqu'en 1816, lorsque Jane Austen elle-même lui en reprendra les droits.

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En décembre 1800, le Révérend George Austen décide sans préavis de quitter son ministère, de partir de Steventon et de déménager avec sa famille à Bath, dans le Somerset. Jane est bouleversée à l'idée d'abandonner la seule maison qu'elle ait jamais connue. Pendant son séjour à Bath, elle cesse pratiquement d'écrire, ce qui en dit assez sur son état d'esprit. Elle travaille un peu à Susan, commence puis délaisse un nouveau roman, The Watsons, mais l'activité des années 1795-1799 semble loin. 

En décembre 1802, Jane reçoit sa seule proposition de mariage. Elle et sa sœur sont en visite chez Alethea et Catherine Bigg, des amies de longue date qui vivent près de Basingstoke. Leur plus jeune frère, Harris Bigg-Wither, ayant terminé ses études à l'Université d'Oxford, se trouve à la maison et demande la main de Jane, qui accepte. Il est d'aspect quelconque, parle peu, bredouille dès qu'il ouvre la bouche et se fait même agressif dans la conversation. De plus, il s'avère pratiquement dénué de tact. Jane, cependant, le connaît depuis l'enfance et le mariage offre de nombreux avantages tant pour elle-même que pour sa famille. Harris est, en effet, l'héritier de vastes propriétés familiales situées dans la région où les sœurs ont grandi. Ainsi nantie, Jane pourrait assurer à ses parents une vieillesse confortable, donner à Cassandra une maison qui soit à elle, et peut-être, aider ses frères à faire carrière. Mais dès le lendemain matin, Jane se rend compte qu'elle a fait une erreur et reprend son consentement. Aucune correspondance, ni aucun journal ne permettent de savoir ce qu'elle a réellement pensé de cette proposition de mariage. En 1814, elle écrit à Fanny Knight, l'une de ses nièces, qui lui a demandé conseil à propos de la demande en mariage que lui a adressée Mr John Plumtre : « ...après avoir écrit en faveur de ce jeune homme, je vais maintenant te conjurer de ne pas t'engager plus avant, et de ne pas songer à l'accepter à moins qu'il ne te plaise réellement. Tout doit être préféré ou supporté plutôt que de se marier sans affection. »

Le roman commencé à Bath en 1804, The Watsons, concerne un clergyman invalide et sans grandes ressources financières, et ses quatre filles non mariées. Sutherland, biographe, décrit ce roman comme « une étude sur les dures réalités économiques de la vie des femmes financièrement dépendantes ». Il semble que Jane ait délibérément cessé de travailler à ce livre après la mort de son père, le 21 janvier 1805 : sa propre situation ressemblait trop à celle de ses personnages.

La maladie, qui devait rapidement emporter le Révérend Austen, est soudaine. Jane, Cassandra et leur mère se retrouvent dans une situation difficile. Edward, James, Henry et Francis Austen s'engagent à les soutenir par des versements annuels. Les quatre années qui suivent reflètent cette précarité : les trois femmes sont, la plupart du temps, en location à Bath, puis, à partir de 1806, à Southampton, où elles partagent une maison avec Frank Austen et sa jeune épouse, et les visites à d'autres branches de la famille se multiplient.

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Le 5 avril 1809, Jane écrit à Richard Crosby pour lui exprimer sa colère — il n'a toujours pas publié Susan — et lui propose une nouvelle version, si nécessaire, pour une parution immédiate. Crosby répond qu'il ne s'est engagé à aucune échéance, ni même à une publication, mais que Jane peut lui racheter les droits pour les dix livres qu'il avait payées, et se trouver un autre éditeur. Jane n'ayant pas les moyens d'effectuer cette transaction, ne peut recouvrer son manuscrit.

Vers le début de l'année 1809, Edward, l'un des frères de Jane, a offert à sa mère et à ses sœurs une vie plus stable en mettant à leur disposition un grand cottage dans le village de Chawton. À Chawton, la vie est calme. Les Austen ne fréquentent pas la gentry avoisinante et ne reçoivent que lors de visites familiales. Anna, nièce de Jane, raconte leur quotidien : « C'était une vie très calme, de notre point de vue, mais elles lisaient beaucoup, et en dehors des tâches domestiques, nos tantes s'occupaient à aider les pauvres et à apprendre à lire ou à écrire à tel garçon ou telle fille ». Jane écrit presque tous les jours, mais en privé, et semble avoir été dispensée de certaines contraintes de façon à pouvoir se consacrer davantage à ses manuscrits. Ainsi, dans ce nouvel environnement, elle retrouve l'entière plénitude de ses capacités créatrices.

Pendant son séjour à Chawton, Jane réussit à publier quatre romans, qui reçoivent un accueil plutôt favorable. Par l'entremise de son frère Henry, l'éditeur Thomas Egerton accepte Sense and Sensibility, qui paraît en octobre 1811. La critique est élogieuse et le roman devient à la mode dans les cercles influents ; dès le milieu de 1813, le tirage est épuisé. Le revenu qu'en retire Jane Austen lui permet une certaine indépendance, tant financière que psychologique. En janvier de cette même année, Egerton publie Pride and Prejudice, version retravaillée de First Impressions. Il fait au livre une large publicité, et c'est un succès immédiat, avec trois critiques favorables et de bonnes ventes. Dès octobre, Egerton peut commencer la mise en vente d'une seconde édition. Puis c'est Mansfield Park qui paraît, toujours chez Egerton, en mai 1814. Si la critique ne fait pas grand cas de ce roman, il trouve un écho très favorable auprès du public. Tous les exemplaires sont vendus en à peine six mois, et les gains revenant à Jane dépassent ceux qu'elle a reçus de chacune de ses autres œuvres.

Au milieu de l'année 1815, Jane Austen quitte Egerton pour la maison John Murray, éditeur londonien plus renommé, qui publie Emma en décembre 1815 et, en février de l'année suivante, sort une deuxième édition de Mansfield Park. Emma se vend bien, mais Mansfield Park rencontrant moins de succès, le bilan financier de cette double opération reste très mitigé. Ce sont là les derniers romans à paraître du vivant de l'auteur.

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Jane a déjà commencé à écrire un nouveau livre, The Elliots, qui paraît plus tard sous le titre de Persuasion, dont elle achève la première version en juillet 1816. Peu après la publication de Emma, Henry Austen rachète à Crosby les droits de Susan. Jane, cependant, se voit contrainte de repousser la mise sous presse de ces deux livres par suite des difficultés financières que traverse sa famille. La banque de Henry fait faillite en mars 1816, ce qui entraîne la perte de tous ses biens, le laisse lourdement endetté. Désormais, Henry et Frank ne peuvent plus allouer à leur mère et leurs sœurs la somme annuelle qu'ils leur versaient.

Tôt dans l'année 1816, la santé de Jane commence à se dégrader. Au début, elle ne tient pas compte de la maladie et continue à travailler et à participer aux activités de la famille. Vers le milieu de l'année, ni elle ni son entourage ne peuvent plus douter de la gravité de son état, qui se détériore peu à peu. Elle meurt en juillet de l'année suivante, à l'âge de 41 ans. La majorité des biographes s'appuient sur le diagnostic rétrospectif que le Dr Vincent Cope s'est efforcé de porter en 1964, et qui attribue la mort de Jane à la maladie d'Addison, une insuffisance surrénalienne causée à cette époque par la tuberculose. D'autres auteurs ont aussi suggéré que Jane souffrait de la maladie de Hodgkin à la fin de sa vie.

Après la mort de leur sœur, Cassandra et Henry Austen conviennent avec Murray de la publication regroupée de Persuasion et de Northanger Abbey en décembre 1817. Les ventes sont bonnes pendant un an puis déclinent. Murray se débarrasse du reliquat en 1820, et les romans de Jane ne sont plus réédités pendant douze ans. En 1832, l'éditeur Richard Bentley rachète le reliquat de tous les droits et, à compter de décembre 1832 ou janvier 1833, les fait paraître en cinq volumes illustrés dans le cadre de sa série dite Romans classiques. En octobre 1833, il publie la première édition complète. Depuis, les romans de Jane Austen ont été constamment réédités.

Les romans de Jane ont été publiés anonymement ; à l'époque, une femme ne pouvait pas être écrivain. Ce n'est qu'après sa mort que son frère Henry, dans une préface, identifie clairement sa soeur comme l'auteur de tous ces romans.

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Les œuvres de Jane ne lui ont donc guère valu la célébrité. Prudents, les critiques se contentent de mettre l'accent sur l'aspect moral de ces romans. Certaines réactions sont plus perspicaces : ainsi, la feuille du romancier Sir Walter Scott, rédigée sous couvert d'anonymat, défend la cause du roman en tant que genre et loue le réalisme de Jane Austen. De même, Richard Whately, en 1821, compare Jane Austen à Homère et Shakespeare, soulignant les qualités dramatiques de son style narratif. Walter Scott et Whately donnent ainsi le ton de la critique austenienne jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Bien que Jane Austen soit rééditée en Grande-Bretagne à partir des années 1830 et continue à se vendre, elle ne fait pas partie des auteurs favoris du public.

En 1869, la publication de A Memoir of Jane Austen par le neveu de la romancière, James Edward Austen-Leigh, offre à un public élargi le portrait d'une « chère tante Jane », vieille fille de grande respectabilité. Un essai de 1911, écrit par un spécialiste de Shakespeare, Andrew Cecil Bradley, de l'Université d'Oxford s'intéresse à l'auteur. En 1923, une édition complète établie par R. W. Chapman fait référence. En 1939 le Jane Austen and Her Art de Mary Lascelles donne à la recherche austenienne ses lettres de noblesse. 

Les années 1940 voient une réévaluation de son œuvre, car les chercheurs abordent l'œuvre sous des angles nouveaux, par exemple, celui de la subversion. Jane Austen se place peu à peu parmi les plus grands auteurs de fiction de langue anglaise auprès des universitaires.  
 
Quoi qu'il en soit, l'écart reste entre l'engouement populaire, en particulier chez les Janeites (les admirateurs inconditionnels de Jane Austen), fondé sur le charme immédiat que dégage l'œuvre, et les austères analyses universitaires qui ne cessent d'explorer de nouvelles pistes avec des fortunes diverses.

Œuvres 

  • Juvenilia
  • Raison et Sentiments 
  • Orgueil et Préjugés
  • Mansfield Park
  • Emma (1815)
  • L'Abbaye de Northanger, 2000.
  • Persuasion 

D'après Wikipédia

 

 

 

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15 juillet 2017

* * * L'ETRANGER - ALBERT CAMUS

C'est la première fois que je lis du Camus. Du moins je crois. Il y a de fortes chances qu'on l'ait étudié en Bac L mais à cette époque, j'étais très indisciplinée et - par esprit de contradiction - je détestais tout ce qu'on m'imposait. Ce n'est qu'après que j'ai découvert la littérature ! L'étranger est un court roman, mais j'ai été impressionnée.

INCIPIT 

Aujourd'hui, maman est morte. 

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RESUME

Alger. Le narrateur, Meursault, est un homme simple, avec une existence simple ; il ne se pose aucune question, vit les événements comme ils viennent. Il croise par hasard la route d'un homme pas forcément très fréquentable, avec lequel il sympathise néanmoins. Cette amitié va l'amener à tuer un homme, sans le vouloir vraiment, dans un réflexe de défense. Arrêté, il ne comprend guère la logique de ses accusateurs... tout le monde fait une fixation sur le fait qu'il n'a pas pleuré la mort de sa mère et qu'aucune circonstance atténuante ne pourrait être accordée à un tel homme.

MON AVIS  

Je pensais que L'étranger était une histoire... de voyage ou d'immigration. Je savais qu'il était question d'Algérie, je croyais donc que le personnage, français, se sentait "étranger" en Algérie, ou qu'au contraire, algérien, il se sentait "étranger" en France. Rien à voir !

Le mot est à prendre au sens figuré : celui qui n'est pas considéré comme faisant partie de la communauté dans laquelle il évolue, quelle que soit cette communauté ; ici en l'occurrence, la société de son temps. Pourquoi ? Parce qu'il est différent, il semble mépriser les codes que l'on pense pourtant indiscutables ; il est "à côté de la plaque", son anticonformisme et son refus des idées toutes faites l'assimilent à un monstre.

La première partie est jolie et douce, le personnage est un homme tranquille, assidu à son travail, aimant profiter du soleil et de la plage, heureux d'avoir une petite amie, ne cherchant aucune complication. Et puis il y a ce déclic où sa vie bascule, l'arrestation, la prison, la condamnation, et l'on voit le titre prendre forme, avec violence, avec absurdité. Il ne réagit pas comme la société l'exige... mais la société - c'est la question que pose Camus - réagit-elle, elle-même, avec bon sens ? 

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Film de Luchino Visconti, L'étranger (1967)

Le style est faussement simple. Les phrases sont courtes, factuelles, comme Meursault puisque c'est lui qui parle. Mais le vocabulaire est riche et précis ; il n'est pas analphabète, loin de là ! C'est juste un taiseux, ses pensées sont en lui.

Le début, auquel je n'ai prêté qu'une attention modérée (tout comme Meursault), prend soudain une importance capitale. Il n'a pas montré d'émotion lorsque sa mère est morte. Et alors ? Franchement, ça ne m'a pas choquée, moi non plus je ne me suis pas posée de questions, je me suis dit qu'ils ne devaient pas être fusionnels, et puis voilà. Mais ne pas pleurer à l'enterrement de sa mère, c'est péché ! Et cela me renvoie à ma propre histoire familiale : moi non plus je n'ai pas pleuré. Suis-je passée pour une handicapée du sentiment et donc capable des pires bassesses ?

Avant même de la lire, j'étais tout à fait en phase avec la belle analyse (ci-dessous) que Camus fait lui-même de son oeuvre.

Un texte court et puissant sur l'absurdité de la vie et de tous ces gens qui gesticulent dans le vide, décidant pour les autres de ce qu'il faut faire, dire, manger, boire. Le style, l'expression d'une idée forte sur un fil conducteur... tout le talent du véritable auteur, selon mes critères personnels !

Je découvre Camus et ce thème de l'absurdité, qu'il affectionnait, et qui m'interpelle profondément, car elle fait aussi partie de mon quotidien, depuis longtemps : que diable faisons-nous là ? à quoi bon ? nous ne sommes que des petites fourmis, agissons comme elles sans nous poser de question... Waouh, j'ai adoré ! Vivement le prochain !

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CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

L’Étranger est le premier roman d’Albert Camus, paru en 1942. Il prend place dans la tétralogie que Camus nommera « cycle de l’absurde » qui décrit les fondements de la philosophie camusienne : l’absurde. Cette tétralogie comprend également l’essai intitulé Le Mythe de Sisyphe ainsi que les pièces de théâtre Caligula et Le Malentendu. Le roman a été traduit en quarante langues et une adaptation cinématographique en a été réalisée par Luchino Visconti en 1967.

La lecture du manuscrit de L'Étranger inspira à André Malraux des remarques stylistiques qui furent communiquées à Camus par son ami Pascal Pia. Malraux notait l’usage abusif que Camus faisait de la structure « sujet, verbe, complément, point ». L'auteur apporte les modifications conseillées afin, concède-t-il, d'« éviter la caricature ».

Ce qu'en dit Camus lui-même : « J'ai résumé L'Etranger, il y a très longtemps, par une phrase dont je reconnais qu'elle est très paradoxale: "Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère risque d'être condamné à mort." Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu'il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c'est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l'on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir. Mentir, ce n'est pas seulement dire ce qui n'est pas. C'est aussi, c'est surtout dire plus que ce qui est et, en ce qui concerne le cœur humain, dire plus qu'on ne sent. C'est ce que nous faisons tous, tous les jours, pour simplifier la vie. Meursault, contrairement aux apparences, ne veut pas simplifier la vie. Il dit ce qu'il est, il refuse de masquer ses sentiments et aussitôt la société se sent menacée. On lui demande par exemple de dire qu'il regrette son crime, selon la formule consacrée. Il répond qu'il éprouve à cet égard plus d'ennui que de regret véritable. Et cette nuance le condamne. Meursault pour moi n'est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d'ombres. Loin qu'il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde, parce que tenace, l'anime, la passion de l'absolu et de la vérité. Il s'agit d'une vérité encore négative, la vérité d'être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant dans L’Étranger l'histoire d'un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m'est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j'avais essayé de figurer dans mon personnage le seul christ que nous méritions. On comprendra après mes explications, que je l'aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l'affection un peu ironique qu'un artiste a le droit d'éprouver à l'égard des personnages de sa création. »

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« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » est l'incipit du roman. Elle est considérée comme l'une des phrases les plus célèbres de la littérature française.

Les premières phrases du roman sont les suivantes : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. »
Cet incipit est parfois considéré en opposition aux codes traditionnels de l'incipit des romans du XIXe siècle, avec notamment le manque d'informations et les imprécisions sur le cadre spatio-temporel (époque et lieu), les personnages, les circonstances du récit. Dans les premières phrases, le narrateur et la mère ne sont ni nommés, ni décrits. Les sentiments du narrateur ne sont pas explicités, bien que la narration à la première personne suggère un journal ou un compte-rendu personnel. De même l'époque et les lieux ne sont pas détaillés : seul est mentionné « l'asile » et pour l'époque « aujourd'hui » ou « peut-être hier ».

Cet incipit apparait aussi comme un condensé du roman, faisant aussi écho au titre L'Étranger. La première phrase comme les suivantes laissent ainsi apparaitre un personnage principal singulier, étranger aux évènements, ne semblant éprouver ou manifester aucun sentiment à propos de la mort de sa mère. Ce narrateur fait un récit froid et objectif des actions, exprimées avec des phrases courtes, de manière comparable au style des télégrammes mentionné dans la troisième phrase.

L'incipit s'ouvre dès la première phrase sur l'évènement de la mort, thème omniprésent dans le roman, et l'incapacité singulière du narrateur à exprimer de la tristesse ou de l'effroi. Dans les premières phrases apparaissent aussi le thème de la société et des conventions sociales entourant la mort, à l'exemple de la notion juridique ou administrative de « décès », de l'organisation de « l'enterrement », voire de la formule de politesse « sentiments distingués » juste après laquelle le narrateur constate (de manière ambiguë) que « Cela ne veut rien dire. ».

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MES EXTRAITS FAVORIS

Son patron lui propose une promo à Paris :

"Cela me permettrait de vivre à Paris et aussi de voyager une partie de l'année. "Vous êtes jeune, et il me semble que c'est une vie qui doit vous plaire." J'ai dit que oui mais que dans le fond cela m'était égal. Il m'a demandé alors si je n'étais pas intéressé par un changement de vie. J'ai répondu qu'on ne changeait jamais de vie, qu'en tout cas toutes se valaient et que la mienne ici ne me déplaisait pas du tout. Il a eu l'air mécontent, m'a dit que je répondais toujours à côté, que je n'avais pas d'ambition et que cela était désastreux dans les affaires."

La vie, toute simple :

"Nous sommes descendus dans la banlieue d'Alger. La plage n'est pas loin de l'arrêt d'autobus. Mais il a fallu traverser un petit plateau qui domine la mer et qui dévale ensuite vers la plage. Il était couvert de pierres jaunâtres et d'asphodèles tout blancs sur le bleu déjà dur du ciel. Marie s'amusait à en éparpiller les pétales à grands coups de son sac de toile cirée. Nous avons marché entre des files de petites villas à barrières vertes ou blanches, quelques-unes enfouies avec leurs vérandas sous les tamaris, quelques autres nues au milieu des pierres. Avant d'arriver au bord du plateau, on pouvait voir déjà la mer immobile et plus loin un cap somnolent et massif dans l'eau claire. Un léger bruit de moteur est monté dans l'air calme jusqu'à nous. et nous avons vu, très loin, un petit chalutier qui avançait, imperceptiblement, sur la mer éclatante. Marie a cueilli quelques iris de roche. De la pente qui descendait vers la mer nous avons vu qu'il y avait déjà quelques baigneurs."

L'erreur impardonnable :

"Il s'est assis sur le lit et m'a expliqué qu'on avait pris des renseignements sur ma vie privée. On avait su que ma mère était morte récemment à l'asile. On avait alors fait une enquête à Marengo. Les instructeurs avaient appris que "j'avais fait preuve d'insensibilité" le jour de l'enterrement de maman. "Vous comprenez, m'a dit mon avocat, cela me gêne un peu de vous demander cela. Mais c'est très important. et ce sera un gros argument pour l'accusation si je ne trouve rien à répondre." Il voulait que je l'aide. Il m'a demandé si j'avais eu de la peine ce jour-là. Cette question m'a beaucoup étonné et il me semblait que j'aurais été très gêné si j'avais eu à la poser. J'ai répondu cependant que j'avais un peu perdu l'habitude de m'interroger et qu'il m'était difficile de le renseigner. Sans doute, j'aimais bien maman, mais cela ne voulait rien dire."

"A une autre question, il a répondu qu'il avait été surpris de mon calme le jour de l'enterrement. On lui a demandé ce qu'il entendait par calme. Le directeur a regardé alors le bout de ses souliers et il a dit que je n'avais pas voulu voir maman, je n'avais pas pleuré une seule fois et j'étais parti aussitôt après l'enterrement sans me recueillir sur sa tombe. Une chose encore l'avait supris : un employé des pompes funèbres lui avait dit que je ne savais pas l'âge de maman."

"Messieurs les jurés, le lendemain de la mort de sa mère, cet homme prenait des bains, commençait une liaison irrégulière, et allait rire devant un film comique. Je n'ai rien de plus à vous dire."

"Mais mon avocat, à bout de patience, s'est écrié en levant les bras, de sorte que ses manches en retombant ont découvert les plis d'une chemise amidonnée : "Enfin, est-il accusé d'avoir enterré sa mère ou d'avoir tué un homme ?" Le public a ri."

L'homme qui vit dans sa tête :

"J'attendais la promenade quotidienne que je faisais dans la cour ou la visite de mon avocat. Je m'arrangeais très bien avec le reste de mon temps. J'ai souvent pensé alors que si l'on m'avait fait vivre dans un tronc d'arbre sec, sans autre occupation que de regarder la fleur du ciel au-dessus de ma tête, je m'y serais peu à peu habitué. J'aurais attendu des passages d'oiseaus ou des rencontres de nuages comme j'attendais ici les curieuses cravates de mon avocat et comme, dans un autre monde, je patientais jusqu'au samedi pour étreindre le corps de Marie."

"Toute la question, encore une fois, était de tuer le temps. J'ai fini par ne plus m'ennuyer du tout à partir de l'instant où j'ai appris à me souvenir. Je me mettais quelquefois à penser à ma chambre et, en imagination, je partais d'un coin pour y revenir en dénombrant mentalement tout ce qui se trouvait sur mon chemin. Au début, c'était vite fait. Mais chaque fois que je recommençais, c'était un peu plus long. Car je me souvenais de chaque meuble, et, pour chacun d'entre eux, de chaque objet qui s'y trouvait et pour les détails eux-mêmes, une incrusation, une fêlure ou un bord ébréché, de leur couleur ou de leur grain. En même temps, j'essayais de ne pas perdre le fil de mon inventaire, de faire une énumération complète. Si bien qu'au bout de quelques semaines, je pouvais passer des heures, rien qu'à dénombrer ce qui se trouvait dans ma chambre. Ainsi, plus je réfléchissais et plus de choses méconnues et oubliées je sortais de ma mémoire. J'ai compris alors qu'un homme qui n'aurait vécu qu'un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison. Il aurait assez de souvenirs pour ne pas s'ennuyer. Dans un sens, c'était un avantage."

La résistance :

"C'était d'ailleurs une idée de maman et elle le répétait souvent, qu'on finissait par s'habituer à tout."

L'absurdité de la vie, ou Histoire du Tchécoslovaque :

"Un homme était parti d'un village tchèque pour faire fortune. Au bout de vingt-cinq ans, riche, il était revenu avec une femme et un enfant. Sa mère tenait un hôtel avec sa soeur dans son village natal. Pour les surprendre, il avait laissé sa femme et son enfant dans un autre établissement, était allé chez sa mère qui ne l'avait pas reconnu quand il était entré. Par plaisanterie, il avait eu l'idée de prendre une chambre. Il avait montré son argent. Dans la nuit, sa mère et sa soeur l'avaient assassiné à coups de marteau pour le voler et avaient jeté son corps dans la rivière. Le matin, la femme était venue, avait révélé sans le savoir l'identité du voyageur. La mère s'était pendue. La soeur s'était jetée dans le puits."

L'homme qui s'intéresse :

"Les gendarmes m'ont dit qu'il fallait attendre la cour et l'un d'eux m'a offert une cigarette que j'ai refusée. Il m'a demandé peu après "si j'avais le trac". J'ai répondu que non. Et même, dans un sens, cela m'intéressait de voir un procès. Je n'en avais jamais eu l'occasion dans ma vie."

"Le temps me manquait pour m'intéresser à ce qui ne m'intéressait pas."

La justice :

"L'avocat levait les bras et plaidait coupable, mais avec excuses. Le procureur tendait ses mains et dénonçait la culpabilité, mais sans excuses. Une chose pourtant me gênait vaguement. Malgré mes préoccupations, j'étais parfois tenté d'intervenir et mon avocat me disait alors : "Taisez-vous, cela vaut mieux pour votre affaire." En quelque sorte, on avait l'air de traiter cette affaire en dehors de moi. Tout se déroulait sans mon intervention. Mon sort se réglait sans qu'on prenne mon avis."

 

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14 juillet 2017

ALL ABOUT HEMINGWAY (presse)

On n'en a jamais fini avec ce monstre sacré, toujours entre deux whiskys, deux guerres, deux femmes, deux livres. Quatre nouveaux ouvrages nourrissent encore la légende.

Les amours

Ce séducteur en série fut marié quatre fois. Les épouses se passaient le témoin dans une course de fond qui consistait à honorer, protéger et soutenir le grand homme. La première, Hadley, partagea le temps des vaches maigres (mais heureuses) à Paris et veilla toujours sur lui, même lorsqu'il l'abandonna pour Pauline Pfeiffer, probablement celle qui l'aima le plus passionnément. Elle le délesta aussi de tout souci financier puisqu'elle était riche, il put donc écrire sereinement. Matha Gellhorn, rencontrée en pleine guerre d'Espagne, lui ressemblait en de nombreux points. Baroudeuse, infidèle, libre, elle fut la seule à le quitter. Mais peu importe, car il avait déjà dans sa ligne de mire Mary Welsh, journaliste elle aussi, qui l'accompagna jusqu'à sa mort. Avec Mrs Hemingway - toutes furent fières de porter ce nom -, Naomi Wood signe un portrait kaléidoscope, édifiant et original de ce mufle génial.

Mrs Hemingway, de Naomi Wood (éd. Quai Voltaire)

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Les amis

Dashiell Hammett et Ernest Hemingway entrèrent en littérature en 1919, le premier avec Moisson rouge, le second grâce à L'adieu aux armes. Ils moururent à quelques mois de distance, en 1961. Se sont-ils rencontrés ? C'est probable. Gérard Guégan met en scène une ultime entrevue entre ces deux phénomènes au crépuscule de leur vie. Tous deux sont surveillés par le FBI pour leurs prises de position politiques, tous deux se sentent mal. Ils n'ont plus la force de batailler. Dans Hemingway, Hammett, dernière, Gérard Guégan imagine avec brio la scène finale. Robert Mc Almon était l'éditeur et et l'ami de celui qu'il appelait "Hem". Dans La nuit pour adresse, Maud Simonnot rappelle qu'ils se sont connus à Paris dans les années 1920. L'écrivain est dévasté, sa femme a perdu dans un train la valise qui contenait tous ses manuscrits. Un an de travail évaporé dans la nature. McAlmon le poussera à réécrire et, après quelques nouvelles, Hemingway mettra le point final à son premier livre.

Hemingway, Hammett, dernière, de Gérard Guégan (Gallimardà

La nuit pour adresse, de Maud Simonnot (Gallimard)

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Le chef-d'oeuvre

Le vieil homme et la mer est le dernier livre qu'il publia de son vivant, et qui lui permit de remporter le Pulitzer (1953) et le Nobel (1954). Après, plus rien. Trop d'alcool, trop d'idées noires. Difficile de rester à la hauteur du mythe que l'on est deveu. Le vieil homme et la mer est réédité dans une nouvelle traduction signée Philippe Jaworski, qui lui redonne toute sa précision, sa sobriété et sa puissance. Dans sa préface, il rappelle : "Loin de puiser dans les ressources de la langue, le texte a fait voeu de pauvreté, laissant plutôt s'exprimer partout, par la sécheresse et la monotonie du lexique, le caractère fruste de la sensibilité et de la vie du héros."

Le vieil homme et la mer, d'Ernest Hemigway (Gallimard)

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Source : ELLE - juillet 2017

 

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12 juillet 2017

ALBERT CAMUS

Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi (aujourd’hui Dréan), près de Bône (aujourd’hui Annaba), en Algérie, et mort le 4 janvier 1960 à Villeblevin, dans l'Yonne en France, est un écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, journaliste, essayiste et nouvelliste français. Il est aussi journaliste militant engagé dans la Résistance française et, proche des courants libertaires, dans les combats moraux de l'après-guerre.

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Son œuvre développe un humanisme fondé sur la prise de conscience de l'absurde de la condition humaine mais aussi sur la révolte comme réponse à l'absurde, révolte qui conduit à l'action et donne un sens au monde et à l'existence, et « alors naît la joie étrange qui aide à vivre et mourir ». Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1957.

Biographie

Son père, Lucien, est né en Algérie. Il descend des premiers arrivants français dans cette colonie annexée à la France en 1834, et départementalisée en 1848. Un grand-père, Claude Camus, né en 1809, venait du bordelais, un bisaïeul, Mathieu Juste Cormery, d'Ardèche, mais la famille se croit d'origine alsacienne. Lucien Camus travaille comme caviste dans un domaine viticole dans le hameau de Saint-Paul (aujourd'hui Chebaïta Mokhtar), nommé « le Chapeau du gendarme ». Celui-ci se trouve à 8 km de Mondovi, en langue arabe Dréan, à quelques kilomètres de Bône (Annaba) dans le département de Constantine. Les caves appartiennent à un négociant de vin d'Alger. Lucien épouse le 13 novembre 1909 à Alger Catherine Hélène Sintès, née à Birkhadem le 5 novembre 1882, dont la famille est originaire de Minorque en Espagne. Trois ans plus tard, en 1911, naît leur fils aîné Lucien Jean Étienne et, en novembre 1913, leur second fils, Albert. Lucien père est mobilisé comme 2e classe dans le 1er régiment de zouaves en septembre 1914. Atteint à la tête par un éclat d'obus qui l'a rendu aveugle, il est évacué sur l'école du Sacré-Cœur, de Saint-Brieuc, transformée en hôpital auxiliaire, et il meurt, moins d'une semaine après, le 11 octobre 1914. De son père, Camus ne connaîtra que quelques photographies et une anecdote significative : son dégoût devant le spectacle d'une exécution capitale.

Sa mère, en partie sourde, ne sait ni lire ni écrire : elle ne comprend un interlocuteur qu'en lisant sur ses lèvres. Avant même le départ de son mari à l'armée elle s'était installée avec ses enfants chez sa mère et ses deux frères, Étienne, sourd-muet, qui travaille comme tonnelier, et Joseph, rue de Lyon à Belcourt, un quartier populaire d'Alger. Elle y connaît une brève liaison à laquelle s'oppose son frère Étienne.

Albert Camus est influencé par son oncle, Gustave Acault, chez qui il effectue de longs séjours. Anarchiste, Acault est aussi voltairien. De plus, il fréquente les loges des francs-maçons. Boucher de métier, c'est un homme cultivé. Il aide son neveu à subvenir à ses besoins et lui fournit une bibliothèque riche et éclectique.

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Albert Camus fait ses études à Alger. À l'école communale, il est remarqué, en 1923, par son instituteur, Louis Germain, qui lui donne des leçons gratuites et l'inscrit en 1924 sur la liste des candidats aux bourses, malgré la défiance de sa grand-mère qui souhaite qu'il gagne sa vie au plus tôt. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, où est mort le père du futur philosophe, Louis Germain lit à ses élèves Les Croix de bois de Roland Dorgelès, dont les extraits émeuvent beaucoup le petit Albert, qui y découvre l'horreur de la guerre. Camus gardera une grande reconnaissance à Louis Germain et lui dédiera son discours de prix Nobel. Reçu au lycée Bugeaud (désormais lycée Émir Abd el-Kader), Albert Camus y est demi-pensionnaire. « J'avais honte de ma pauvreté et de ma famille […] Auparavant, tout le monde était comme moi et la pauvreté me paraissait l'air même de ce monde. Au lycée, je connus la comparaison », se souviendra-t-il.
Il commence à cette époque à pratiquer le football et se fait une réputation de gardien de but. Il découvre également la philosophie. Mais, à la suite d'inquiétants crachements de sang, les médecins diagnostiquent, en décembre 1930, une tuberculose, et il doit faire un bref séjour à l'hôpital Mustapha. C'est la fin de sa passion pour le football, et il ne peut plus qu'étudier à temps partiel. Son oncle et sa tante Acault l'hébergent. Camus est alors encouragé dans sa vocation d'écrivain par Jean Grenier — qui lui fera découvrir Nietzsche. Il restera toujours fidèle au milieu ouvrier et pauvre qui a été longtemps le sien, et son œuvre accorde une réelle place aux travailleurs et à leurs tourments.

En juin 1934, il épouse Simone Hié (1914-1970), starlette algéroise enlevée à son ami Max-Pol Fouchet : « J'ai envie de me marier, de me suicider, ou de m'abonner à L'Illustration. Un geste désespéré, quoi... ». Toxicomane, elle le trompe souvent et leur mariage s'effrite rapidement. En 1935, il adhère au Parti communiste algérien (PCA) qui, alors anticolonialiste et tourné vers la défense des opprimés, incarne certaines de ses propres convictions.

La même année, il commence l'écriture de L'Envers et l'Endroit, qui sera publié deux ans plus tard par Edmond Charlot dans la librairie duquel se retrouvent les jeunes écrivains algérois, tel Max-Pol Fouchet. En 1936, Camus fonde et dirige, sous l'égide du parti, le Théâtre du Travail, mais la direction du PCA infléchit sa ligne et donne la primauté à la stratégie de l’assimilation et à la souveraineté française. Les militants sont alors poursuivis et emprisonnés. Camus, qui s’accommode mal du cynisme et de la stratégie idéologique, proteste alors contre ce retournement et — en connaissance de cause — se fait exclure en 1937. À la rentrée qui suit cette rupture définitive, ne pouvant se résoudre à un théâtre strictement engagé qui ne porte pas la liberté de l'artiste, il crée, avec les amis qui l'ont suivi, le Théâtre de l'Équipe, avec l'ambition de faire un théâtre populaire.

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La première pièce jouée est une adaptation de la nouvelle Le Temps du mépris (1935) de André Malraux, dont les répétitions lui donnent l'occasion de nouer une amitié avec Emmanuel Roblès. Dans le même temps, il quitte le Parti communiste français, auquel il avait adhéré deux ans plus tôt. Il entre au journal créé par Pascal Pia, Alger Républicain, organe du Front populaire, où il devient rédacteur en chef. Son enquête Misère de la Kabylie (juin 1939) aura un écho retentissant. Invité peu après à une projection privée du film Sierra de Teruel que Malraux avait tiré de son roman L'Espoir, Camus lui dit avoir lu celui-ci huit fois.

En 1940, le Gouvernement général de l'Algérie interdit le journal. Cette même année, Camus se marie avec Francine Faure. Ils s'installent à Paris où il travaille comme secrétaire de rédaction à Paris-Soir sous l'égide de Pascal Pia. Il fonde aussi la revue Rivage. Malraux, alors lecteur chez Gallimard, entre en correspondance avec Camus et « se révèle lecteur méticuleux, bienveillant, passionné de L'Étranger » et il en recommande la publication. Le livre paraît le 15 juin 1942, en même temps que l'essai Le Mythe de Sisyphe (1942), dans lequel Camus expose sa philosophie. Selon sa propre classification, ces œuvres appartiennent au cycle de l'absurde — cycle qu'il complétera par les pièces de théâtre Le Malentendu et Caligula (1944). Il est à noter qu'Albert Camus, venu soigner sa tuberculose dans le village du Chambon-sur-Lignon en 1942-1943, a pu y observer la résistance non-violente à l'holocauste mise en œuvre par la population. Il y écrit Le Malentendu, y trouvant des éléments d'inspiration pour son roman La Peste auquel il travaille sur place.

En 1943, il devient lecteur chez Gallimard et prend la direction de Combat lorsque Pascal Pia est appelé à d'autres fonctions dans la Résistance. En 1944, il rencontre André Gide et un peu plus tard Jean-Paul Sartre, avec qui il se lie d'amitié ; la même année (19 mars) il anime la première représentation de la pièce de Picasso : Le Désir attrapé par la Queue. Le 8 août 1945, il est le seul intellectuel occidental à dénoncer l'usage de la bombe atomique, deux jours après le bombardement d'Hiroshima, dans un éditorial resté célèbre publié par Combat.

En 1945, à l'initiative de François Mauriac, il signe une pétition demandant au général de Gaulle la grâce de Robert Brasillach, personnalité intellectuelle connue pour son activité collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1946, Camus se lie d'amitié avec René Char. Il part la même année aux États-Unis et, de retour en France, il publie une série d'articles contre l'expansionnisme soviétique — qui deviendra manifeste en 1948, avec le coup de Prague et l'anathème lancé contre Tito. En 1947, c'est le succès littéraire avec le roman La Peste, suivi deux ans plus tard, en 1949, par la pièce de théâtre Les Justes.

Méfiant à l'égard des idéologies, dès 1945, Camus écarte toute idée de révolution définitive et souligne les risques de déviation révolutionnaire. En octobre 1951, la publication de L'Homme révolté efface toute ambiguïté sur ses positions à l'égard du régime communiste : « Dans la mesure où Marx prédisait l'accomplissement inévitable de la cité sans classes, dans la mesure où il établissait ainsi la bonne volonté de l'histoire, tout retard dans la marche libératrice devait être imputé à la mauvaise volonté de l'homme. Marx a réintroduit dans le monde déchristianisé la faute et le châtiment, mais en face de l'histoire. Le marxisme, sous un de ses aspects, est une doctrine de culpabilité quant à l'homme, d'innocence quant à l'histoire. Loin du pouvoir, sa traduction historique était la violence révolutionnaire ; au sommet du pouvoir, elle risquait d'être la violence légale, c'est-à-dire la terreur et le procès. »

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Avec André Malraux

Ces positions provoquent de violentes polémiques et Camus est attaqué par ses amis. La rupture avec Jean-Paul Sartre a lieu en 1952, après la publication dans Les Temps modernes de l'article de Francis Jeanson qui reproche à la révolte de Camus d'être « délibérément statique ». En outre, il proteste contre la répression sanglante des révoltes de Berlin-Est (juin 1953) et contre l'intervention soviétique à Budapest (octobre-novembre 1956).

En 1954, Camus s'installe dans son appartement parisien du 4 rue de ChanaleillesEn 1956, il publie La Chute, livre pessimiste dans lequel il s'en prend à l'existentialisme sans pour autant s'épargner lui-même.

La même année, il lance à Alger L'Appel pour une Trêve Civile, tandis qu'au dehors sont proférées à son encontre des menaces de mort. Son plaidoyer pacifique pour une solution équitable du conflit est alors très mal compris, ce qui lui vaudra de rester méconnu de son vivant par ses compatriotes pieds-noirs en Algérie puis, après l'indépendance, par les Algériens qui lui ont reproché de ne pas avoir milité pour cette indépendance. Haï par les défenseurs du colonialisme français, il sera forcé de partir d'Alger sous protection.

Il démissionne de l'Unesco pour protester contre l'admission de l'Espagne franquiste. C'est un an plus tard, le 16 octobre 1957, que le prix Nobel de littérature lui est décerné. Interrogé à Stockholm, par un étudiant originaire d'Algérie, sur le caractère juste de la lutte pour l'indépendance menée par le FLN en dépit des attentats frappant les civils, il répond, selon Dominique Birman, journaliste du Monde qui assiste à la scène : « J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice ». Le traducteur C.G. Bjurström, lui aussi témoin de l'échange, rapporte beaucoup plus tard une version un peu différente : « En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère ». Souvent déformée en « Entre la justice et ma mère, je choisis ma mère », cette réponse lui sera reprochée. Elle s'insère pourtant de façon cohérente dans l'œuvre de Camus, qui a toujours rejeté l'idée machiavélienne selon laquelle « tous les moyens sont bons » : c’est tout le sujet développé, par exemple, dans Les Justes.

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Préférant une formule d'association, Albert Camus a été contre l'indépendance de l'Algérie et a écrit en 1958, dans la dernière de ses Chroniques Algériennes que « l'indépendance nationale [de l'Algérie] est une formule purement passionnelle ». Il dénonce tout autant l'injustice faite aux musulmans que la caricature du « pied noir exploiteur ». Camus souhaite ainsi la fin du système colonial mais avec une Algérie toujours française, proposition qui a pu paraître contradictoire.

Une partie de la presse littéraire française, de gauche comme de droite, critique ses positions sur la guerre d'Algérie, sur la simplicité de son style et considère son prix comme un monument funéraire. Cette reconnaissance devient alors un fardeau. Blessé par ses détracteurs, notamment son ancien compagnon de route Pascal Pia, en proie au doute, il écrit désormais peuSur l'Algérie, il a déclaré « J'ai aimé avec passion cette terre où je suis né, j'y ai puisé tout ce que je suis et je n'ai séparé dans mon amitié aucun des hommes qui y vivent... ».

Parallèlement, il s'engage dans la défense du droit à l'objection de conscience, entre autres, en parrainant le comité créé par Louis Lecoin, aux côtés d'André Breton, Jean Cocteau, Jean Giono et l'abbé Pierre. Ce comité obtient un statut, restreint, en décembre 1963, pour les objecteurs.

Le chèque afférent au Nobel lui permet de s'acheter en 1958, une maison à Lourmarin, village du Luberon dans le Vaucluse. Il retrouve dans cette ancienne magnanerie la lumière et les couleurs de son Algérie natale.

Camus n'en reste pas moins prêt à se remettre en question : la récompense du Nobel lui sert aussi à financer son ambitieuse adaptation théâtrale des Possédés de Fiodor Dostoïevski, dont il est également le metteur en scène. Représentée, à partir de janvier 1959, au théâtre Antoine, la pièce est un succès critique et un tour de force artistique et technique : trente-trois acteurs, quatre heures de spectacle, sept décors, vingt quatre tableaux. Les murs se déplacent pour changer la taille de chaque lieu et une énorme plaque centrale tournante permet de rapides changements à vue des décors. C'est au peintre et décorateur de cinéma Mayo, qui a déjà illustré plusieurs de ses ouvrages, que Camus confie la création de ces multiples et complexes décors.

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Le 4 janvier 1960, revenant de Lourmarin par la Nationale 6, Albert Camus trouve la mort dans un accident de voiture à bord d'une voiture conduite par son ami Michel Gallimard, neveu de l'éditeur Gaston Gallimard, qui perd également la vie. La voiture quitte la route et percute un premier arbre, puis se disloque contre un second, parmi la rangée qui la borde. Les journaux de l'époque évoquent une vitesse excessive (180 km/h), un malaise du conducteur, une crise d'épilepsie provoquée par le défilement des arbres sur la route, ou plus vraisemblablement l'éclatement d'un pneu. L'universitaire italien Giovanni Catelli avance en 2011 l'hypothèse, dans le Corriere della Sera, qu'il aurait été assassiné par le KGB sur ordre du ministre soviétique des affaires étrangères Dmitri Chepilov, Camus ayant reproché à cet homme, dans un article publié dans le journal Franc-Tireurs en mars 1957, la répression de l'insurrection de Budapest. 

Le 19 novembre 2009, le quotidien Le Monde affirme que le président Nicolas Sarkozy envisage de faire transférer les restes d'Albert Camus au Panthéon. Dès le lendemain, son fils, Jean Camus, s'oppose à ce transfert, craignant une récupération politique. Sa fille, Catherine Camus, ne se prononce pas.

Outre Francine Faure, épousée en 1940 et mère de ses enfants, on lui connaît plusieurs liaisons : avec Maria Casarès, « l'unique », rencontrée en 1944, son interprète de théâtre, liaison qui, du fait de son caractère public, aggravera la dépression de Francine ; avec une jeune étudiante américaine, Patricia Blake, rencontrée à New York en 1946 ; avec la comédienne Catherine Sellers, choisie pour interpréter une religieuse dans sa pièce Requiem pour une nonne ; avec Mi (Mette Ivers), une jeune Danoise, artiste peintre, rencontrée en 1957 à la terrasse du Flore. 

Oeuvres

  • Révolte dans les Asturies (1936), essai de création collective
  • L'Envers et l'Endroit (1937), essai
  • Noces (1939), recueil de quatre essais (Noces à Tipasa, Le vent à Djémila, L'été à Alger, Le désert)
  • Le Mythe de Sisyphe (1942), essai sur l'absurde
  • L'Étranger (1942), roman
  • Lettres à un ami allemand, chroniques initialement parues dans Combat, puis à Paris, Gallimard, 1945, puis 1948 pour la préface à l'édition italienne
  • Écrit de circonstance regroupant 4 lettres écrites pendant la guerre dont 3 sont publiées en revue.
  • La Peste (1947), reçut le Prix des Critiques en 1948
  • Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)
  • L'Homme révolté (1951), essai
  • Actuelles II, Chroniques 1948-1953 (1953)
  • L'Été (1954), recueil de huit essais écrits entre 1939 et 1953 (Le minotaure ou la halte d'Oran, Les amandiers, Prométhée aux Enfers, Petit guide pour des villes sans passé, L'exil d'Hélène, L'énigme, Retour à Tipasa, La mer au plus près)
  • La Chute (1956), roman
  • L'Exil et le Royaume (Gallimard, 1957), nouvelles (La Femme adultère, Le Renégat, Les Muets, L'Hôte, Jonas, La Pierre qui pousse)
  • Réflexions sur la peine capitale (1957), en collaboration avec Arthur Koestler, Réflexions sur la guillotine de Camus
  • Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)

Théâtre 

  • Caligula (première version en 1938), pièce en 4 actes
  • Le Malentendu (1944), pièce en 3 actes
  • L'État de siège (1948), spectacle en 3 parties
  • Les Justes (1949), pièce en 5 actes

Il a aussi écrit des préfaces, des correspondances, des allocutions...

 

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11 juillet 2017

PRESENTATION

J'adore lire mais je n'achète plus rien en librairie, et ce depuis un moment. Ils n'ont jamais les titres que je cherche, ils privilégient tout "ce qui se vend", et qui malheureusement correspond à tout ce que je déteste en matière de littérature. Parce que ce n'est pas de la littérature, justement. 

Mes goûts étaient "classiques", j'aime les auteurs du XIXe et du début du XXe, et plus que jamais maintenant qu'on ne trouve que polars, chick-litt et autre malbouffe au rayon Livres. Moi j'aime le bon français, les belles phrases qu'on se plaît à répéter à voix haute, les histoires complexes, les personnages séduisants ou terrifiants ; je n'aime pas les fautes d'orthographe, de syntaxe, de ponctuation... 

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Il se trouve par ailleurs que je vais bientôt fêter mes 60 ans. C'est l'âge des renoncements ! Nan, je blague, comme disent les jeunes. N'y voyez aucune nostalgie morbide ! C'est juste que l'heure des choix a sonné : on sait qu'on n'aura pas le temps (ni les moyens) de tout faire, de tout voir, de tout lire. Avant j'étais boulimique, aujourd'hui je raie des noms sur mes listes :  ça, je n'y arriverai jamais (écrire une saga en vingt tomes) ; là, je ne pourrai jamais y aller car c'est trop loin, trop cher (exemple le Japon) ; ça, je ne les lirai jamais car finalement je m'en fiche. PRIORITE à ce qui est envisageable et à ce qui me fait le plus plaisir.

J'ai aussi la nostalgie d'un temps, moins technologique, moins digital, moins rapide, plus doux, plus respectueux, plus courtois. D'intérieurs cosy, de cheminées, de dentelles et de bouquets de rose.

Donc je veux consacrer les années qui me restent à la lecture exclusive de tous les auteurs "classiques" français et étrangers. Ce qui m'ouvre de larges perspectives, pas sûr que je relève le défi ! Mais on peut toujours essayer. Et c'est aussi comme une sorte d'hommage que je veux leur rendre. Parce qu'ils ont bien servi la littérature, qu'ils ont enrichi notre coeur et notre cerveau, et que malgré tout, ils sont en train de sombrer dans l'oubli, voire le mépris. Rendre hommage aussi à ceux qui m'ont tant éblouie qu'ils m'ont fait renoncer à l'écriture, car je suis à chaque fois consciente de leur talent et de ma médiocrité.

Si seulement ce blog pouvait être assez attrayant pour attirer quelques curieux et leur donner envie de se (re)plonger dans Balzac, Thomas Hardy ou Dostoïevski... quel bonheur ! N'hésitez pas à me tenir au courant via les commentaires !

LES 4 P

Comme je l'évoquais plus haut, je suis absolument consternée par les étagères des librairies ou des grandes surfaces. J'achète tout sur Amazon car sinon je ne trouve jamais rien à mon goût. La "littérature d'aujourd'hui" se cantonne selon en quatre grands pôles, qui ne m'intéressent en rien :

Les polars : ou les thrillers, même combat, y a toujours des morts coupés en morceaux, des tueurs bien dérangés et des scénarios machiavéliques. Il en sort dix nouveaux tous les jours, les étagères des magasins ploient sous les dernières livraisons et quand vous demandez "Vous auriez quelque chose de Céline ?", on vous répond : "Céline Dion ? Elle a sorti un livre ?"... épisode authentique. Non, la mode est au polar et vous ne pouvez lire que du polar. Les Français adorent. D'ailleurs autour de moi, tout le monde ne lit que ça. Je trouve pourtant que c'est un peu toujours la même chose, non ? On en lit un ou deux, et après c'est toujours pareil. On devine toujours qui est le méchant : c'est toujours celui qui paraît le plus innocent au début. Bref, pour ceux qui n'aiment pas le polar, il n'y a guère d'alternative...

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Les people : très à la mode également. Les livres confessions des animateurs ou des stars de la télé-réalité s'entassent auprès de nos policiers. Non seulement je trouve très malsain cette habitude de transformer des gens somme toute ordinaires en héros qui auraient des choses passionnantes à partager avec nous, mais en plus la plupart du temps ce ne sont même pas eux qui écrivent, mais des "nègres", méconnus, mal payés, et qui utilisent eux aussi une langue pauvre pour ne pas effrayer le chaland...

Les prétentieux : moins nombreux mais tout aussi affligeants, les bêtes à récompenses, ceux qui sont bien vus par l'intelligentsia parisienne qui les sacre à chaque saison à coups de prix divers et variés et de cocktails champagne. C'est le club des nombrilistes, qui racontent leur vie, en large et en travers, avec tous les détails aussi orduriers soient-ils (ça fait vendre). On retrouve ce modèle dans le cinéma contemporain : des histoires de "gens qui vivent". Je ne peux pas comprendre ce qu'on trouve d'attirant là-dedans. Pourquoi ces gens croient-ils que leur petite vie nous passionne ? Parce qu'un jour ils ont tapé dans l'oeil d'un éditeur, qui est devenu un copain, et qui vend les livres suivants à force de promo. Tout n'est pas à jeter, bien sûr... mais pour être tombée plein de fois sur des gros trucs bien gonflés à l'hélium, je ne m'y aventure plus.

Les pollueurs : ceux-là, ce sont ceux qui m'exaspèrent le plus. Les auto-publiés qui ont réussi (Seigneur, on se demande comment !) à rassembler un lectorat autour d'eux, lequel finit par faire le buzz, comme on dit et à interpeller un "vrai" éditeur qui voit là du pognon à se faire. Et ça marche. Alors je les ai testés, en me disant que si les pro validaient, ça devait être bien. Pouah. Sur Internet d'abord... mon Dieu ! Les fautes de français, d'orthographe, de grammaire, de syntaxe, les histoires niaises... j'ai vite renoncé. Quand j'ai vu que pourtant certains se retrouvaient sur les rayons des librairies, alors là... les bras m'en sont tombés. C'est catastrophique !    

Je pourrais aussi parler de la "chick-lit", cette sous-littérature qui s'est mise à proliférer, genre Le diable s'habille en Prada. C'est rigolo, ça se lit en une heure à tout casser. Ca n'a aucun intérêt ! C'est de la grosse consommation. Autrefois on méprisait ce genre, et les filles qui voulaient lire ces "livres à l'eau de rose", comme on les appelait, cachaient les couvertures avec du papier pour lire dans le bus. Maintenant, toutes les trentenaires me racontent 50 nuances de Grey ou After avec des papillons dans la voix et moi je suis effarée de les voir ainsi raffoler de trucs aussi cucul-la-praline ! Même si c'est "érotique", le gros must en ce moment. Car sentimental ou coquin, il n'en reste pas moins que c'est d'une médiocrité sans nom : langue et vocabulaire très pauvres, et des clichés à toutes les pages.

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Bon, ceci étant, je ne peux pas convaincre tout le monde. Chacun est libre et je ne détiens pas la vérité ! Mais je pense néanmoins que ça tire inexorablement vers le bas... Et c'est dommage. J'aimerais mieux que soient mis en exergue des ouvrages enrichissants. Ce qui n'est pas incompatible avec distrayant, je vous assure.

LETTRES CLASSIQUES / LETTRES MODERNES

Il faut préciser les choses. Je parle de "classiques" mais "Les classiques" normalement, ce sont les auteurs de l'Antiquité ! A lire de préférence dans la langue d'origine (grec ou latin). Non, non, ça, c'est pas mon truc. Cependant, les "lettres modernes", si elles concernent bien les auteurs récents que j'aime tant (voir ci-dessus ma période préférée), englobent aussi le Moyen Age d'un côté et des écrivains contemporains de l'autre... Or si la langue est vraiment trop ancienne, j'avoue que j'ai du mal, et pour les auteurs d'aujourd'hui, les bons sont tellement rares que je n'ose même plus m'aventurer à tenter ceux que l'on cite encore et encore dans les rubriques littéraires des journaux. J'ai eu trop de déceptions... 

Donc mon "classique à moi", c'est la fin du XVIIIe, le XIXe et le début du XXe. Pour se fixer des limites - il en faut bien - disons que je privilégierai les auteurs nés après 1760 et avant 1940.  

MES BILLETS

Ils suivront la ligne suivante :

  • L'incipit ! (première phrase du livre)
  • Un résumé de l'histoire
  • Mon avis
  • Ce qu'on en dit sur Wikipédia, mon encyclopédie chérie et marxiste car entièrement gratuit pour la pauvre prolétaire que je suis. On pourra y découvrir des analyses intéressantes, ou des détails sur le contexte dans lequel l'ouvrage a été décrit. Toujours bon à prendre.
  • Des extraits, qui m'ont particulièrement touchée ou interpellée, ou bien qui en disent long sur l'humeur ou les opinions de l'auteur.

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Et je ferai aussi, toujours grâce à Wikipédia, des biographies des auteurs. Je reproduirai aussi des articles - si j'en trouve - de magazines ou sur Internet (en citant mes sources bien entendu).

Je précise, concernant Wiki, que je garde l'esprit critique. Je corrige le français car il arrive qu'on y trouve des erreurs. Je synthétise, j'enlève le superflu, je traduis (si l'article n'est pas dispo en français), je modifie l'ordre, pas toujours logique, je pars sur un autre média vérifier une info qui me paraît confuse ou étrange... Et je précise donc toujours "D'après Wikipédia".

MES ETOILES

Au début, je ne voulais pas en mettre, mais je me dis que - si j'ai des lecteurs et s'ils se sentent en phase avec moi - ils seront peut-être contents de visualiser rapidement mon impression globale. Et mes petites étoiles se retrouveront dans le nuage de tags pour faciliter le travail !

Donc voici le schéma :

*     Je n'ai pas aimé

**   J'ai moyennement apprécié, il y a de bonnes choses

*** J'adore !

LES PETITS PLAISIRS COUPABLES

Outre la littérature, je raffole (entre autres choses) de l'Histoire, et je suis également une grande Romantique. J'adore donc les grandes sagas du temps passé, qu'il s'agisse de romans historiques ou de belles histoires romanesques en diable, comme Autant en emporte le vent. On s'évade, on prend la machine à remonter le temps, on rit, on pleure... mais on ne peut pas réellement appeler ça de la littérature (la catégorie est méprisée, je le sais, mais en fait je me demande un peu pourquoi ; du moment que c'est très bien écrit, moi je valide). C'est pourquoi je classerai quelques ouvrages de ce genre dans cette rubrique !

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J'espère que vous apprécierez mes petites balades littéraires. Et si ce n'est pas le cas... ma foi, tant pis. Comme je le disait plus haut, ce sera mon petit hommage perso aux grands écrivains qui accompagnent ma vie et une façon de garder une trace de mes lectures, pour feuilleter de temps à autre ce petit catalogue de mes voyages dans un autre temps, celui où l'on savait écrire.

 

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10 juillet 2017

SOMMAIRE

Présentation

AUSTEN Jane : biographie -

Raison et sentiments (1811)

CAMUS Albert : biographie -

L'étranger (1942)

HEMINGWAY Ernest : All about Hemingway (presse) -

SAND George : biographie -

 

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04 juillet 2017

LE JEU DES INCIPITS

L'incipit est la première phrase d'un ouvrage (parfois les premières). C'est tout un mystère qui commence ! Je vous livre ici la liste alphabétique de tous les incipits que j'aurais parcourus au gré des lectures qui figurent sur ce blog. Amusez-vous à trouver de quel livre ils viennent !

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Aujourd'hui maman est morte.

La famille Dashwood habitait depuis longtemps dans le Sussex.

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