MES LECTURES CLASSIQUES

21 juillet 2018

FRANZ KAFKA - ANALYSE DE L'OEUVRE

Kafka considère l'écriture comme une nécessité profondément intime, il s'agit pour lui d'« une activité atroce », qui implique « une ouverture totale du corps et de l'âme ». Selon une formule restée célèbre, il explique, dans une lettre à son ami Oskar Pollak, en janvier 1904 : « Un livre doit être la hache qui fend la mer gelée en nous ; voilà ce que je crois. » Et quelques lignes plus haut il annonce : « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d'un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? »

Pour Kafka, on doit écrire comme si l'on se trouvait dans un tunnel sombre, sans savoir encore comment les personnages vont se développer ultérieurement.

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Kafka à 4 ans

Kafka écrit en allemand, si ce n'est quelques lettres adressées à sa maîtresse Milena Jesenská qu'il a rédigées en tchèque.

Durant sa vie, Kafka n'a publié que quelques courts récits, ainsi que les nouvelles La Métamorphose et Le Verdict, donc une toute petite partie de son œuvre. Certains des textes publiés sont des fragments d'une œuvre plus longue qui demeure inachevée et inédite à sa mort comme Le Soutier, fragment de son premier roman L'Amérique, ou Devant la loi, fragment de son second, Le Procès. Autre roman inachevé et demeuré inédit de son vivant, son troisième et dernier, Le Château.

Avant sa mort, Kafka charge par écrit son ami et exécuteur testamentaire Max Brod de détruire tous ses manuscrits. Cependant, ce dernier décide de ne pas respecter les dernières volontés de Kafka. Brod connaît et apprécie son œuvre comme nul autre et a averti son ami à plusieurs reprises qu'il ferait de son mieux pour transmettre son œuvre à la postérité. On ne saura jamais avec certitude si Kafka souhaitait réellement que toute son œuvre non publiée soit détruite. En revanche, c'est l'écrivain lui-même qui détruit ou fait brûler par son amie Dora divers manuscrits, parmi lesquels un grand nombre de récits et au moins une pièce de théâtre. Il aurait cependant pu brûler le reste, mais ne l'a pas fait.

En ce qui concerne les manuscrits de Kafka que Brod n'a pas eu en mains avant la guerre, la Gestapo se charge de satisfaire les dernières volontés de l'écrivain, début 1933, après la prise de pouvoir par Hitler, en saisissant environ vingt journaux et trente-cinq lettres dans l'appartement berlinois de Dora. Malgré les interventions actives de l'ambassade tchèque à Berlin, ces manuscrits ainsi que d'autres pièces qui tombèrent dans les mains des nazis ne furent pas retrouvés et sont considérés comme perdus à jamais.

Brod, en contradiction avec les instructions de son ami, se charge de la publication posthume de la plus grande partie de son œuvre. Il publie les grands romans de Kafka dès les années 1920. Il ne peut collationner et publier le reste de ses œuvres, principalement les nombreux journaux et lettres, avant le début de la Seconde Guerre mondiale. La nuit où les nazis occupent Prague en mars 1939, Brod réussit à s'enfuir en Palestine avec les manuscrits de Kafka qu'il possède. L'œuvre de son ami peut y être publiée progressivement.

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Résidence de Kafka à Prague de 1889 à 1896

Max Brod fait ainsi connaître cet auteur qui, de son vivant, n'a pas attiré l'attention des critiques. Les éditions de Brod sont plutôt contestées, Kafka étant décédé avant d'avoir pu préparer ses manuscrits pour la publication. Quelques-unes de ses œuvres sont inachevées, dont Le Château qui se termine en plein milieu d'une phrase. Il semble que Brod ait pris des libertés pour adapter l'œuvre à son goût : il déplace quelques chapitres, modifie des phrases et des mots et modifie la ponctuation dans certains passages. Les éditions par Brod de l'œuvre de Kafka ne sauraient être considérées comme des éditions définitives...

C'est l'écrivain Alexandre Vialatte qui révèle le génie de Kafka au public français. Après avoir découvert Le Château en 1925, il entreprend de traduire en français Le Procès, La Métamorphose ainsi que les Lettres à Milena. Il publie quelques articles importants sur l'écrivain pragois, réunis en volume sous le titre : Mon Kafka. Ce sont ses traductions qui, avec celles de Claude David, font autorité dans l'édition de la Pléiade de ses œuvres.

Selon l'éditeur de l'édition anglaise du Château (The Castle, Schocken Books, 1998), Malcolm Pasley a réussi en 1961 à rassembler la plus grande partie des manuscrits de Kafka à la Bodleian Library de l'université d'Oxford. Le texte original du Procès est acheté plus tard en vente publique et se trouve maintenant conservé dans les archives de littérature allemande à Marbach.

Pasley, après avoir rassemblé les manuscrits de Kafka, met sur pied une société (avec entre autres Gerhard Neumann, Jost Schillemeit et Jürgen Born) chargée de rétablir les romans dans leur état original. Les éditions S. Fischer Verlag publient les romans reconstruits. Pasley est le rédacteur final du Château de 1982 et du Procès de 1990. Jost Schillemeit est le rédacteur final de Der Verschollene de 1983. Après sa mort, son œuvre est analysée, critiquée, louée. Kafka est désormais considéré comme un écrivain majeur d'avant-garde.

Les écrits de Kafka reflètent les sentiments de la société du début du XXe siècle. Ses personnages évoluent dans un monde où les rapports et les relations qui les régissent leur sont incompréhensibles, où ils sont livrés, impuissants, à des forces inconnues, comme dans un cauchemar. La vie est un mystère irrésolu, un labyrinthe dont on ne connaît pas la sortie et ce qui nous y attend. Kafka étudie la psychologie de ses personnages face à des situations extraordinaires, dont ils ne connaissent pas les tenants et les aboutissants, et leur relation avec leur entourage.

Kafka aborde les thèmes de la solitude, des rêves, des peurs et des complexes. Le personnage est perdu, déboussolé, il ne saisit pas tout ce qui l'entoure, le lecteur est dans la même situation. L'atmosphère particulière des romans et nouvelles de Kafka a donné naissance à un adjectif, « kafkaïen », qui renvoie à quelque chose d'absurde et d'illogique, de confus et d'incompréhensible.

Mais de l’ensemble de l’œuvre de Kafka, il ressort aussi une réflexion à la fois critique et éclairante sur la famille, la société et la lutte que l’individu mène contre lui-même s’il veut y trouver sa place.

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Les critiques ont essayé de placer l'œuvre de Kafka dans divers courants littéraires tels que le modernisme et le réalisme magique. Le manque d'espoir et l'absurdité, que l'on retrouve dans toute son œuvre, sont des traits typiques de ce qui sera repris plus tard par l'existentialisme, de même que le thème de la responsabilité de l'individu. Quelques critiques pensent trouver dans son œuvre une influence du marxisme, surtout dans ses prises de position critiques vis-à-vis de la bureaucratie. D'autres encore, comme Michael Löwy, voient dans cette position anti-bureaucratique une influence anarchiste. De même, il est aussi fait appel au judaïsme et à l'influence de Freud. Thomas Mann et Max Brod voyaient dans l'œuvre de Kafka une recherche métaphysique de Dieu.

Dans Le Procès, on retrouve explicitement le thème de la faute. La faute chez Kafka ne doit cependant pas être comprise dans l'acception commune. La faute doit plutôt être comprise dans le sens juif, c'est-à-dire dans l'imperfection matérielle de l'humain. Le fait que les personnages de Kafka sont continuellement dérangés dans leur « vie habituelle » est lié à cela ; la faute de l'homme a pour but de le faire bouger, de le pousser à être activement à la recherche du sens de son existence. 

Les thèmes de l'aliénation et de la persécution sont fondamentaux dans l'œuvre de Kafka, de façon si intense qu'un mouvement d'opposition en est né. Beaucoup de critiques pensent que l'œuvre de Kafka n'est pas seulement le produit d'un écrivain tourmenté et solitaire, mais aussi réfléchi et rebelle, et qu'elle ne peut être ramenée à des complexes psychologiques de l'auteur. Cependant, la Lettre au père (qu'il n'envoya jamais) est considérée par certains comme la clef de ses œuvres ; le complexe relatif au père y est clairement exprimé.

Actuellement on met plus l'accent sur le fait que Kafka et ses amis, ainsi qu'on peut le voir dans les notes de ces derniers, riaient à la lecture de ses histoires absurdes. Vestdijk décrit comment l'auteur et Marsman se tordaient de rire à la lecture du premier chapitre du Procès. On dit aussi que l'écrivain riait à gorge déployée quand il lisait ce chapitre à ses amis. À travers tout le tragique transparaît beaucoup d'humour juif. D'aucuns pensent que Kafka ne s'est jamais rendu compte à quel point ses histoires étaient une sorte de prévision de la réalité et à quel point nous ne pourrions plus en rire...

Dans les Discussions avec Kafka, de Gustav Janouch, apparaît l'image d'un homme qui est terriblement conscient des suites possibles de chaque mot et qui est donc très prudent et très précis dans leur usage. Ce faisant, les signes avant-coureurs du futur proche ne lui sont pas étrangers ; dans ce livre, Kafka prédit la destruction de l'Allemagne, près de vingt années avant la Seconde Guerre mondiale.

Milan Kundera cite l'humour surréaliste de Kafka comme la source d'inspiration principale d'écrivains et de réalisateurs tels que Federico Fellini, Gabriel García Márquez, Carlos Fuentes et Salman Rushdie.

Gabriel García Márquez a dit qu'à la lecture de La Métamorphose il avait réalisé « qu'il était possible d'écrire d'une autre façon ».  

La nationalité de Franz Kafka, Praguois né Autrichien (Prague appartenait à l'Autriche Hongrie) et mort Tchécoslovaque, est sujette à controverse. L'appellation consacrée d'« écrivain tchèque de langue allemande », même si elle n'est pas tout à fait exacte et occulte qu'il a été autrichien la majeure partie de sa vie, constitue un compromis dans les ouvrages de référence de langue française.

D'après Wikipédia

 

 

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19 juillet 2018

** LES PAPIERS POSTHUMES DU PICKWICK CLUB - CHARLES DICKENS

Malgré l'imagination fertile de l'auteur, je me suis un peu ennuyée... c'est très long et j'ai failli abandonner. 

INCIPIT

Le premier jet de lumière qui convertit en une clareté brillante les ténèbres dont paraissait enveloppée l'apparition de l'immortel Pickwick sur l'horizon du monde savant, la première mention officielle de cet homme prodigieux, se trouve dans les statuts insérés parmi les procès-verbaux du Pickwick Club.

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LE DEBUT

Le Pickwick Club de Londres décide en mai 1827 de fonder une association dite « de correspondance », dont quatre des membres partent en voyage pour rendre compte de leurs expériences, diverses et variées. Lors de leur première étape, les Pickwickiens se font rosser par un cocher qui les prend pour des espions au milieu d'une foule hostile. Ils doivent leur salut à Alfred Jingle, qui voyage en leur compagnie jusqu'à Rochester. Jingle s'avère être un aventurier qui s'intéresse aux femmes riches et qui compromet Winkle auprès d'un irascible Dr Slammer, qui le provoque en duel. Début d'aventures en cascade...

MON AVIS

Ce livre n'est plus guère disponible que via les liseuses, ou en version album pour enfant (il dit être drôlement transformé !) ; pour ceux qui ne peuvent se passer du papier, on trouve des occasions. Attention, ça doit faire dans les 1000 pages ! Et il faut s'accrocher.

Le tout début commence avec les statuts du Pickwick Club... Je ne m'y attendais pas, c'était rébarbatif au possible et je me suis demandée si tout le livre allait être du même acabit. Mais non, heureusement, ce ne sont que quelques pages. Pas très claires, il faut bien le dire ; on ne comprend pas vraiment le propos, le but de ce Club, et dans tout le reste de l'ouvrage, Pickwick fait de nombreuses expériences mais semble ne jamais les consigner sur le papier, comme le ferait un philosophe par exemple, pour en déduire des caractères humains ou autres... Le narrateur consulte les documents qu'il a retrouvés et reconstitue le fil de ces aventures, sans nous apporter plus d'explications. 

Il s'agit donc en fait d'une succession de petites histoires sans grand intérêt (en tout cas aujourd'hui) : Monsieur Pickwick et ses amis parcourent l'Angleterre, il leur arrive quelques aventures, plus ou moins amusantes. On note aussi des digressions : un personnage raconte une légende ou des faits qu'on lui a rapportés. Environ 25 chapitres par tome, soit 50 en tout (sur deux tomes, vous l'aurez compris...), et donc 50 petites histoires, avec un fil conducteur : les voyages de Monsieur Pickwick pour découvrir le monde... en fait son petit coin d'Angleterre.

Je reconnais avoir souri pour certaines aventures : Pickwich promené dans une brouette par ses amis, car il a des rhumatismes ; la conversation avec un fantôme ; Pickwick qui se trompe de chambre dans une auberge et se trouve nez-à-nez avec une dame épouvantée ; le sacristain enlevé par les gobelins ; le monsieur passé dans la machine à faire la chair à saucisse ; les blagues des carabins ; le passage à la prison pour dettes (qui nous rappelle bien entendu La petite Dorrit, du même auteur ; on sent que Dickens a été beaucoup marqué par l'emprisonnement de son père) ; la "calèche fantôme"...

Beaucoup, beaucoup de vocabulaire et souvent des mots "déformés", des néologismes inventés par les personnages, qui ont plus ou moins d'éducation ; et donc parfois il est difficile de faire la part des choses ! D'autres introuvables dans les dictionnaires.

J'imagine que les versions pour "la jeunesse" sont très condensées et sérieusement modernisées... Il y avait un feuilleton télé lorsque j'étais enfant ; je me souviens que c'était amusant, mais sans plus.

Bref, à réserver aux purs fans de Dickens ; si on commence par ça, on risque de ne plus avoir envie de découvrir ses autres romans !

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CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Les Papiers posthumes du Pickwick Club, également connu sous le titre : Les Aventures de Monsieur Pickwick est le premier roman de Charles Dickens, publié sous forme de feuilleton de 1836 à 1837.

Qui vraiment a eu l'idée de The Pickwick Papers ? Au départ est l'offre faite en novembre 1835 par l'artiste Robert Seymour, illustrateur et caricaturiste politique, populaire mais avec des embarras financiers, à la jeune maison d'édition Chapman & Hall d'une série de gravures sur bois traitant des « exploits sportifs » du Nimrod Club qu'il a observé lors de ses promenades dans les faubourgs encore ruraux du nord de Londres, dont la maladresse, tant à la chasse, à la pêche qu'en d'autres activités, semble congénitale. Ces estampes sont destinées à être publiées selon un rythme mensuel avec un texte d'accompagnement. La veuve de Robert Seymour, Chapman & Hall, Dickens lui-même sont d'accord pour affirmer que l'idée originale émane bien de l'illustrateur : il s'agit de dépeindre avant tout graphiquement — le commentaire devant rester bref — des événements sportifs. À l'origine, l'éditeur s'adresse à des sommités littéraires plus expérimentées qui déclinent son invitation.

Après cela, les avis diffèrent : Mrs Seymour s'octroie l'avantage d'avoir elle-même choisi le jeune chroniqueur, non pas tant sur son mérite qu'en raison de sa pauvreté, gage, selon elle, d'une collaboration assurée et docile. En réalité, bien plus vraisemblable est l'hypothèse selon laquelle le rédacteur-en-chef de la maison d'édition n'a pas eu le temps de faire ou de terminer le travail lui-même et a donc recommandé Dickens, sur qui le récent succès des Sketches by Boz, publié selon le format mensuel projeté pour la nouvelle aventure, attire désormais l'attention de la critique et des lecteurs. 

Dickens est tout heureux de cette mission. C'est du travail subalterne, à la solde de l'illustrateur et de l'éditeur qui ont déjà arrêté la plupart des décisions, les amis de Dickens le dissuadent de cette aventure, ce format visant un public peu raffiné, ce qui pourrait nuire à sa carrière.

The Pickwick Papers, cependant, défie les pronostics et devient un véritable phénomène d'édition. C'est qu'entretemps, Dickens a pris le projet en mains. Il fait remarquer que l'idée n'a rien d'original et qu'il serait infiniment préférable que les gravures naissent du texte, et non l'inverse. Son opinion est retenue. Ce n'est donc pas Dickens qui accompagne le travail de Seymour, mais ce dernier qui fait les illustrations.  

Le 20 avril 1836, Robert Seymour, dépressif depuis six années, en retard pour ses estampes, harcelé par des créditeurs, se tire une balle dans le cœur. Dickens et Chapman & Hall décident de poursuivre l'aventure. Le nouvel illustrateur est Robert W. Buss mais le travail qu'il réalise pour le troisième numéro n'étant pas jugé à la hauteur, il est remercié. C'est le jeune Hablot Knight Browne, âgé de vingt ans, qui le remplace. Il inaugure ainsi une collaboration de vingt-trois ans avec Dickens, et, pour l'occasion, afin de rester dans la veine du nom de plume de son employeur « Boz », il adopte, en accord avec Dickens, le pseudonyme qui le rendra célèbre, « Phiz », abréviation argotique de physiognomy (physionomie, visage), mot très à la mode en cette première partie du XIXe siècle. 

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Les Pickwickiens quittent le Kent et reviennent, au moins provisoirement, dans le Londres que Dickens connaît si bien. Du coup, sans cesser d'être un pot-pourri épisodique, The Pickwick Papers se mue en véritable roman, qui devient la coqueluche du public anglais.

Parallèlement, Dickens continue d'écrire pour lui et le premier épisode de Oliver Twist paraît chez Bentley le 31 janvier 1837.

En marge, mais révélateur d'un engouement sans précédent, fleurit tout un commerce parallèle avec, offert à la vente par les boutiques ou les colporteurs, un attirail de chapeaux, pipes, cigares, capes, tissus, canes, figurines de porcelaine, recueils de chansons, fascicules de blagues, tous estampillés « Pickwick »...

Traductions et éditions étrangères se multiplient.

Personnages

The Pickwick Papers comprend en tout soixante personnages masculins et vingt-deux féminins qui participent directement à l'intrigue. S'y ajoutent seize personnages relevant des histoires rapportées lors des digressions, soit un total de quatre-vingt-dix-huit, auquel se joint le narrateur lui-même. Les principaux sont :

Samuel Pickwick : D'où vient Mr Pickwick, le doyen de l'assemblée, à la retraite après une belle carrière dans les affaires ? Son nom a été emprunté à un certain Moses Pickwick, transporteur assurant la liaison Bath-Londres et propriétaire d'hôtels à Bath, notamment l'auberge du Cerf blanc, intégrée d'ailleurs au chapitre 35. Principal protagoniste, fondateur du Pickwick Club, visage lunaire, rasage impeccable, petites lunettes rondes comme sa face et puissant embonpoint, il est l'image de ce monde, qu'il crée en quelque sorte, insolite et inouï, où tout est sens dessus dessous. Paradoxe vivant, cet homme d'affaires à la retraite, donc en principe averti, qui plus est observateur scientifique, certes auto-proclamé, mais mentor honoré d'un groupe de gens plus jeunes que lui, se posant en représentant sincère de l'expérience et de la sagesse vécues, possède en réalité l'innocence et la naïveté d'un enfant.

Augustus Snodgrass : Homme dit « de poésie », qu'enveloppe un manteau lui-même « poétique » avec un col en fourrure de chien, qui se prend en effet pour un poète, mais dont le narrateur se garde bien de citer ou de lui faire dire un seul de ses vers. Il s'éprend de Miss Emily Wardle, finit par l'épouser et vivre dans le bonheur conjugal à Dingley Bell.

Tracy Tupman : Déjà à l'âge de la maturité et encombré d'une obésité peu obligeante, il se considère néanmoins comme le type même du romantique amoureux et transi. Sa passion dominante est l'amour du « beau sexe ». Dickens lui octroie une ardeur et un enthousiasme juvéniles qui font merveille avec Rachel Wardle, vieille fille à la cinquantaine passée, mais, une fois cette entreprise déjouée car jugée inopportune, il lui confère une sage rédemption en l'autorisant à se retirer dignement et se contenter de l'admiration des vieilles dames désargentées de Richmond.

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Nathaniel Winkle : Ami de M. Pickwick, soi-disant excellent cavalier et expert en armes à feu, qui se révèle dangereusement incapable de manier ses montures et ses fusils, il épouse Miss Arabella Allen. Seul véritable héritier des sportifs conçus par Robert Seymour, il a pour fonction de créer des situations apparemment inextricables où le comique côtoie le dangereux, le rire et le frisson faisant alors excellent ménage. Gaffeur impénitent, il suscite le courroux de son mentor, mais finit toujours par se faire pardonner. C'est un faire-valoir, un déclencheur d'épisodes insolites.

Sam Weller : Ancien cireur de chaussures dans une auberge, promu valet de M. Pickwick, source inépuisable de conseils dispensés sous forme de proverbes et d'aphorismes devenus célèbres. Produit à la fois de la rue et du voyage (son père, Tony, est cocher), Sam combine le double savoir cockney du citadin et de la route campagnarde. Il a l'art de rendre service sans chercher à se faire valoir. Il devient peu à peu l'alter ego de Pickwick, et aussi son antidote, son expérience neutralisant l'innocence première de son maître. Le couple Pickwick-Weller s'affirme progressivement comme le pivot de l'histoire.

Alfred Jingle : Intégré à l'histoire sans être toujours présent, acteur, charlatan itinérant, remarquable par ses anecdotes incongrues au style « télégraphique » extravagant et décousu, il joue un rôle non négligeable dans l'action ; auteur d'escapades un peu moins qu'honorables, il gruge ses victimes en incarnant aussitôt, par ses dons de mime et de travestissement, le moindre de leurs désirs. Contrairement à Weller, c'est un être sans morale, non par volonté délibérée mais par une disposition congénitale. Bien traité par Dickens finalement, il finit sa carrière, toutes dettes payées, tout contentieux effacé, sous les palmes des cocotiers des Indes occidentales

Contexte et sources 

La richesse induite par la Révolution industrielle aidant, la classe moyenne urbaine gagne en pouvoir sur la noblesse de province, la gentry, et en adopte peu à peu les loisirs campagnards : la chasse, en particulier, devient un « emblème de ce changement ». Les journaux se plaisent à raconter les aventures et les mésaventures des chasseurs de renard.

Certains périodiques ridiculisent cette classe moyenne en quête de beau loisir en la dépeignant dans toute sa maladresse de néophyte. C'est ce qu'il est d'usage à l'époque d'appeler le genre Cockney, le nom signifiant simplement « élevé à Londres » et ne désignant pas encore la classe ouvrière des quartiers est.

Ce genre « parle » à Dickens parce qu'il concerne, comme ses Sketches by Boz, la mobilité sociale, sujet auquel, il l'a rapidement compris, il peut associer celui de l'acquisition de la sagesse. Ainsi, sa nouvelle fable concerne bien l'avancée de la classe moyenne, mais aussi sa propre découverte par elle-même. Les Pickwickiens ont donc vocation à se rendre ridicules, mais bien au-delà des activités campagnardes traditionnellement raillées, mais aussi, à la différence de leurs ascendants, celle d'apprendre à en tirer la leçon : ces personnages, en effet, et c'est là l'originalité de Dickens, sont destinés à changer, ce qui rend, en définitive, leur appartenance sociale secondaire.   

M. Pickwick s'avère d'emblée en quête de savoir érudit, s'érigeant en philosophe et exigeant des égards à ce seul titre, ce que ses amis proches, convaincus de partager sa marotte, lui accordent naturellement.

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L'influence des écrivains du XVIIIe et du début du XIXe siècle

Le grand maître reste Cervantes et ses motifs fondateurs : le maître d'innocence accompagné du valet d'expérience, que reproduit, d'après le prototype Don Quichotte-Sancho Panza, la paire Samuel Pickwick-Sam Weller, et aussi les clubs, duels, aventures nocturnes et autres éléments « devenus passe-partout ». Bien d'autres grands antécédents peuvent être relevés : d'après Paul Schlicke, la satire contre Nupkins est « shakespearienne », celle qui affecte Stiggins est « johnsonienne » (Dr Johnson, 1709-1784), et même Washington Irving (1783-1859) est convoqué pour les vieilles diligences, les voitures à cheval et les célébrations de Noël.

L'expérience personnelle de Dickens

À bien des égards, cependant, Dickens n'a trouvé de modèle qu'en lui-même. Robert L. Patten souligne qu'il utilise comme décor les lieux qu'il a connus enfant, journaliste ou clerc d'avocat. L'emprisonnement de son père pour dettes en 1824 lui a rendu l'univers carcéral familier ; ses chroniques au Morning Chronicle le jettent au contact de l'actualité quotidienne : ainsi, l'altercation entre M. Pickwick et Blotton du premier chapitre s'appuie sur des joutes oratoires entendues au parlement entre Canning et Brougham ; les démêlés électoraux d'Eatansville se nourrissent des fraudes de Sudbury en 1835 et d'Ipswichqui ont enflammé la chronique en mai 1836 ; la scène du procès rappelle son propre compte rendu du scandale Norton-Melbourne, rendu notoire par la célébrité du prévenu, le Premier ministre Lord Melbourne en personne, poursuivi pour adultère par l'Honorable George Chapple Norton, avocat, parlementaire, mais aussi mari abusif de Caroline Norton, petite-fille de Richard Brinsley Sheridan et grande figure, par sa beauté, son intelligence et sa culture, des salons londoniens. Ses personnages, outre les modèles du siècle précédent, empruntent beaucoup au théâtre comique à la mode, et même les Wardle ressemblent à des stéréotypes de comédie, le père de famille au tempérament carré, les filles à marier, la tante vieille fille jalouse. 

Au fur et à mesure de son avancée, le livre monte en puissance et en maîtrise. C'est un roman, une épopée, un déferlement d'imagination, et aussi un livre de sagesse, composantes parfois héritées de la tradition, le plus souvent originales et dont l'amalgame, selon Chesterton, reste unique en son genre.

La composante d'origine picaresque

Du roman picaresque, The Pickwick Papers possède de nombreux ingrédients : une aventure routière qui convoie des passagers d'auberge en auberge dans des villes où le hasard, plus souvent que leur choix, les jette sans qu'ils n'y puissent mais ; un couple central moulé sur le prototype cervantesque, le maître et son valet, l'un innocent et l'autre futé ; des rencontres de passage dont certaines s'agglutinent au groupe, ne serait-ce que le temps d'une étape ; des digressions sous la forme de nombreuses histoires rapportées.

Le modèle diverge, cependant, dès la première description. Le héros bedonnant, à la face rubiconde et binoclarde, habillé à l'ancienne, célibataire endurci, est déjà d'un certain âge, avec un passé dans les affaires. Rien en lui du jeune roué affamé en quête de bonne fortune (et le plus souvent de fortune tout court), ni de squelettique chevalier errant que consument des fantasmes chevaleresques. Comme le résume Robert L. Patten, « son corps bien nourri est emblématique de sa différence d'avec le picaro traditionnel ». De plus, ni lui ni sa suite n'émanent d'une société marginale ou délinquante et ne songent à la ruse ou la tromperie pour se tirer d'affaire. Enfin, ce n'est pas le héros qui raconte sa propre histoire, mais un narrateur facétieux dont les intrusions, franchement explicites ou discrètement implicites, ne cessent d'orienter le lecteur.

Malgré tout, une qualité picaresque de choix demeure en M. Pickwick, écrit Robert L. Patten. Sam Weller rend hommage à la jeunesse d'esprit de son bouffon de maître, et une bonne partie de l'humour de ce roman réside dans la disparité entre cet esprit et la rotondité du contenant. Mais c'est cette jeunesse d'esprit qui lance le bedonnant retraité vers l'inconnu, preuve qu'il s'agit là bien plus qu'un simple procédé comique.

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La composante populaire : Sam Weller

Dans la mesure où les Pickwickiens, et singulièrement leur mentor, sont incapables d'observer correctement le monde qu'ils se sont donné pour mission d'analyser, l'Angleterre du début du siècle n'apparaît d'abord qu'a contrario, par l'envers des déboires dus à leur incompétence. Il faut attendre l'arrivée de Sam Weller pour que les choses soient enfin vues à l'endroit et que s'explique l'absurde dans lequel personnages et lecteurs sont immergés. Il y a là un paradoxe que souligne G. K. Chesterton : Sam Weller, un valet, donne du sérieux à l'histoire. Outre le fait qu'il supplante en humour M. Pickwick qui devient sa principale cible, il rend tout son crédit à l'intrigue parce qu'à lui seul, il y introduit sa composante essentielle : le peuple anglais.

Sam Weller est en effet, ajoute Chesterton, le grand symbole de la populace anglaise : « son flot incessant de saines absurdités », cette ironie permanente, cette « divine dérision » appartiennent au « petit peuple » et il incarne l'esprit de la rue. Sam Weller garantit en quelque sorte la sincérité du sentiment. 

La manière d'écrire

Le titre complet du roman, qui inclut les mots papers et posthumous (papiers, documents posthumes), incite à penser qu'il n'est qu'un assemblage de notes, lettres, journaux intimes et minutes de comptes rendus. D'emblée, cependant, le récit prend une tournure différente. Le narrateur Boz est censé faire un travail d'édition, remettre de l'ordre dans les documents du club et les présenter en une histoire unifiée et cohérente. Très vite, cependant, ce rôle se met en veilleuse et un narrateur prend ouvertement le relais. Ce nouveau venu a ses préférences : certes, il dispose de l'omniscience et de ses deux principaux attributs, l'ubiquité et la clairvoyance, puisqu'il voit et entend chaque chose et partout, qu'il soit ou non au cœur de l'action ; il peut aussi pénétrer à l'intérieur des têtes et y lire les pensées.

Mais telle n'est pas son attitude préférée : il préfère rester dehors et assister au spectacle, yeux et oreilles grands ouverts, comme si les personnages évoluaient sur une scène : il décrit alors leur aspect physique, leurs gestes, et surtout rapporte ce qu'ils disent. Tous disposent d'une langue extraordinairement bien pendue qui leur donne vie en une multitude de rôles rivalisant de diversité, d'exubérance, d'extravagance, voire de loufoquerie.

Comme au théâtre, l'action dans The Pickwick Papers appartient donc à l'immédiat, l'ici et maintenant : le lecteur est aux côtés du narrateur pour assister aux scènes, et si les temps du passé qu'utilise le récit renvoient à la décennie précédente, ce n'est là qu'artifice littéraire, tant s'affichent d'emblée les moindres détails et sont rapportées les plus infimes paroles.

Deux jouent un rôle structurel dans le roman et leur discours caractérisé à l'extrême, épisodique pour le premier en raison de ses absences, quasi permanent pour le second, leur assure une primauté sur les autres personnages.

Entre d'abord en lice Alfred Jingle dont le parler économique se passe de tout lien grammatical, ce qui lui confère un redoutable impact dramatique. Dans la prison de la Fleet, alors qu'il est épuisé et affamé, au bord de l'agonie, la forme de son discours ne change pas.

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Sam Weller, lui, a un sens de la répartie qui provoque à coup sûr le rire. Mais sa particularité est surtout de s'exprimer de façon proverbiale en détournant le sens des proverbes qu'il utilise ou en les fabriquant de toutes pièces. Florence E. Baer a défini le schéma-type de son discours : "_________" comme "_________" l'a dit, autrement dit, une citation, puis une phrase ou une expression qui projette la citation sous une lumière radicalement différente ou la place dans un contexte totalement incongru, le tout à des fins le plus souvent ironiques.

Le mot « wellerism » ajoute Florence E. Baer, a été forgé quelques années après Pickwick, vers 1845, et ce mode de langage, devenu un genre en soi, a fait l'objet d'études universitaires dès 1867. Cela dit, bien que Dickens ait revendiqué comme siens les wellerisms de son roman, Florence E. Baer signale que cette forme d'expression n'est pas née avec Sam Weller ni son père, mais appartient à une tradition orale prévalant dans les quartiers pauvres de Londres pendant la première moitié du XIXe siècle.

D'un strict point de vue littéraire, cependant, les « wellerismes » sont issus des proverbes constituant l'essentiel du discours de Sancho Panza, le prédécesseur et homologue espagnol de Sam Weller. À la différence de ceux-là cependant, environ quatre-vingt pour cent de ceux de Sam sont morbides ou concernent des sujets relatifs aux dettes contractées, aux méfaits du mariage malheureux, à la misanthropie, au malaise social, comme si Dickens avait délégué une bonne partie de sa satire sociale à son porte-parole préféré.

Le rire et l'humour

Si Dickens prend en considération les aspects les plus sombres de la vie, en particulier les conditions pénitentiaires qu'il décrit dans les chapitres concernant la prison de la Fleet, s'il montre aussi beaucoup d'irrévérence envers certaines institutions, la maréchaussée, le système judiciaire, la religion, par exemple, son livre ne propose aucune solution de rechange, pas même en faveur des débiteurs qui, comme son propre père, connaissent l'incarcération ; son propos semble plutôt de vouloir tenir la chronique des vicissitudes de la vie et d'en dénoncer les excès, mais par la comédie et le rire. Ainsi son humour est-il surtout de situation, avec des personnages de caricature que le lecteur peut facilement reconnaitre autour de lui : l’avocat véreux, le prolétaire réaliste, le bourgeois naïf, etc.

The Pickwick Papers se présente avant tout comme un livre lumineux dont le propos est la joie de vivre, l'amitié, la sympathie, la chaleur et la convivialité des relations humaines. Pas assuré et rapide, œil vif, regard acéré, cœur tendre, le livre pétille, et sa prose enlevée, ses dialogues étincelants, ses écarts et ses excès célèbrent par leur seule exubérance la liberté, l'ouverture, l'horizon de la jeunesse. 

L'humour, ici, est une arme de persuasion. C'est par le rire, en effet, que le lecteur se trouve peu à peu embrigadé aux côtés de M. Pickwick et des siens pour condamner les rigueurs de la loi, la rigidité des principes. Au début, M. Pickwick n'est qu'un bon bouffon, à la fin du roman c'est un vieil ami. Un monde éminemment masculin d'ailleurs, ce dont témoigne, outre les centaines de plaisanteries sexistes, l'ostracisme envers les « vieilles filles » en mal d'amour, et la place secondaire laissée aux femmes, douces et discrètes. 

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La magna carta

Elle est juste évoquée dans le roman, mais c'est l'occasion de faire un peu de révision :

La Magna Carta, latin pour Grande Charte, désigne plusieurs versions d'une charte arrachée une première fois par le baronnage anglais au roi Jean sans Terre le 15 juin 1215 après une courte guerre civile qui culmine le 17 mai par la prise de Londres. Les barons, excédés par les demandes militaires et financières du roi et par les échecs répétés en France, en particulier à Bouvines et à La Roche-aux-Moines, y imposent, dans un esprit de retour à l'ordre ancien, leurs exigences, dont la libération d'otages retenus par le Roi, le respect de certaines règles de droit propres à la noblesse, la reconnaissance des franchises ecclésiastiques et bourgeoises, le contrôle de la politique fiscale par un Grand Conseil.

Elle est abrogée deux mois après son scellement puis réactivée en une version expurgée, sans conseil des barons, le 12 novembre 1216 durant la minorité de Henri III, amendée et complétée le 6 novembre 1217 d'une loi domaniale dite Charte de forêt. Une quatrième version, réduite de près de la moitié par rapport à celle de 1215 et très peu différente de la précédente, est officiellement promulguée le 11 février 1225. Confirmée solennellement le 10 novembre 1297, c'est elle que désignera dès lors l'expression Magna Carta. En 1354, y sont introduites, sans rien changer aux statuts sociaux en vigueur, les notions d'égalité universelle devant la loi, principe qui sera argumenté en vain à la fin du XVIIe siècle pour faire libérer les esclaves parvenus sur le territoire anglais, et de droit à un procès équitable.

Elle est régulièrement revendiquée par le Parlement durant tout le bas Moyen Âge mais tombe en désuétude à la suite des bouleversements institutionnels induits par la guerre des Deux-Roses. Sorti de l'oubli, elle est instrumentaliséd au début du XVIIe siècle par les opposants à une monarchie absolue, et érigée à la suite de la Révolution par les partisans d'une monarchie constitutionnelle comme une preuve d'ancienneté de leurs revendications. Ses articles 38 et 39 concernant ce qui sera désigné à partir de 1305 sous l'expression Habeas corpus, de simple rappel d'un privilège aristocratique devient, à l'occasion du vote de la Loi de l'Habeas corpus en 1679, le symbole d'une justice qui proscrit les arrestations arbitraires, partant respecte le principe de son indépendance vis-à-vis de l'exécutif, voire de la liberté individuelle

MES EXTRAITS FAVORIS

Il y a peu d'instants dans l'existence d'un homme où il éprouve plus de détresse visible, où il excite moins de commisération que lorsqu'il donne la chasse à son propre chapeau. Il faut avoir une grande dose de sang-froid, un jugement bien sûr pour le pouvoir rattraper. Si l'on court trop vite, on passe par-dessus ; si l'on se baisse trop lentement, au moment où l'on croit le saisir, il est déjà bien loin. La meilleure méthode est de trotter parallèlement à l'objet de votre poursuite, d'être prudent et attentif, de bien guetter l'occasion, de gagner les devants par degrés, puis de plonger rapidement, de prendre votre chapeau par la forme, et de le planter solidement sur votre tête, en souriant gracieusement pendant tout ce temps, comme si vous trouviez la plaisanterie aussi bonne que tout le monde.

***

M. Winkle répondit par un sourire contraint et ramassa le fusil qui lui était destiné avec l'expression de physionomie qui aurait pu convenir à une corneille métaphysicienne, tourmentée par le pressentiment d'une mort prochaine et violente.

***

La chasse : Plus d'une jeune perdrix, qui trottait complaisamment dans les prés, avec toute la gracieuse coquetterie de la jeunesse ; et plus d'une mère perdrix, qui, de son petit oeil rond, considérait cette légèreté avec l'air dédaigneux d'un oiseau plein d'expérience et de sagesse, ignorant également le destin qui les attendait, se baignaient dans l'air frais du matin, avec un sentiment de bonheur et de gaieté. Quelques heures plus tard, leurs cadavres devaient être étendus sur la terre ! Mais silence ! Il est temps de terminer cette tirade, car nous devenons trop sentimental.

***

S'adressant à un fantôme :

- Monsieur, lui cria-t-il, vous rendriez un bien grand service à la société si vous vouliez avoir la bonté de suggérer aux autres ladies et gentlement qui s'occupent à hanter les vieilles maisons, qu'ils pourraient être beaucoup plus confortablement ailleurs.

- Je n'y manquerai pas, répondit le revenant. Il faut en vérité que nous soyons bien bêtes, nous autres esprits, pour n'avoir point trouvé cela. Je ne me pardonne pas point d'avoir été si stupide !

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ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

BesiclesAnciennes grosses lunettes.

FactotumEmployé subalterne, sans fonction précise, qui assume des charges multiples et variées.

ConstableTitre donné aux officiers de paix, puis à leurs agents, en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Queue de morue : Veste masculine courte jusqu'à la taille devant et prolongée dans le dos par deux basques étroites et de forme carrée. 

CommodoreCapitaine de vaisseau commandant une division navale.

Acide prussiqueAcide cyanhydrique, connu comme poison violent.

PampreBranche, rameau de vigne portant ses feuilles, ses vrilles et, souvent, ses grappes de raisin. En forme de vrille.

TransportationAction d'obliger quelqu'un à aller d'un lieu à un autre, généralement dans une contrée lointaine. Institution en vertu de laquelle les condamnés aux travaux forcés sont conduits dans une colonie (...) pour y subir leur peine, et, à l'expiration de cette peine, y demeurer soit pendant un temps égal à la durée de la peine, soit même à perpétuité.

AveindreTirer un objet de la place où il est rangé ; atteindre quelque chose avec effort.

Paillasse : Prostituée.

BatterieLieu où sont placées les pièces d'artillerie ou qui est destiné à être armé de canons (en partic. chacun des ponts ou étages d'un navire)

RatiocinerFaire des raisonnements ; user de sa raison. Raisonner de façon subtile et trop abstraite; se perdre en considérations interminables; ergoter sur des détails.

Bucéphale : Cheval d'Alexandre le Grand. Cheval de parade ou de bataille. Vieux et mauvais cheval. 

Papesse Jeanne : La papesse Jeanne est un personnage légendaire, qui, au IXe siècle, aurait accédé à la papauté en se faisant passer pour un homme. Son pontificat est généralement placé entre 855 et 858, c'est-à-dire entre celui de Léon IV et Benoît III, au moment de l'usurpation d'Anastase le Bibliothécaire. L'imposture aurait été révélée quand elle aurait accouché en public lors d'une procession de la Fête-Dieu. 

WhistJeu de cartes importé d'Angleterre, ancêtre du bridge, qui se joue avec cinquante-deux cartes entre quatre personnes.

Rob : Au whist ou au bridge, partie double ou partie liée, en deux ou trois manches, et qui est terminée lorsque l'un des camps a remporté deux manches.

RenonceFait de ne pas être en mesure de fournir la couleur demandée. Se faire une renonce. Se défausser d'une ou de plusieurs cartes pour pouvoir couper par la suite. Fait de ne pas fournir une couleur même quand on la possède dans son jeu. 

MonitoireLettre adressée par l'autorité ecclésiastique aux fidèles leur enjoignant, sous peine d'excommunication, de dénoncer tous les faits répréhensibles dont ils ont connaissance. Citation à comparaître devant un tribunal ecclésiastique sous peine d'excommunication.

JoubarbePlante grasse, à tiges velues, rougeâtres et garnies de feuilles disposées en rosette, épaisses et charnues, et dont l'espèce la plus commune croît ordinairement sur les toits et les vieux murs. 

CrosseJeu où les joueurs, divisés en deux équipes, cherchent à envoyer, à l'aide d'une crosse une balle dans les buts du camp adverse. Ancien nom du cricket.

CoqueterBavarder continuellement et souvent à tort et à travers pour se faire valoir.

ChampignonSupport horizontal ou vertical dont l'extrémité arrondie sert à retenir l'objet (chapeau, manteau).

PoupardNourrisson bien portant, gros et joufflu. Personne au physique replet, au visage rond, rose, semblable à celui d'un bébé. 

GoussetCreux de l'aisselle ; odeur désagréable émanant de cette partie du corps. Petite bourse, portée d'abord sous l'aisselle et, plus tard, fixée en dedans de la ceinture de la culotte.

PostillonConducteur d'une voiture de poste. Second cocher menant les chevaux de devant dans un attelage de quatre ou six chevaux. 

Voiture de roulage : Voiture pour le transport des marchandises sur routes, tractée par des chevaux.

AppentisPetit toit à un seul égout appuyé à un mur, et généralement soutenu, du côté inférieur, par des poteaux ou piliers.

Quibus : Argent, fortune.

AlambiquerTourmenter à force de réflexions, par excès de recherche.

ApocrypheLes livres dont l'appartenance au canon des livres inspirés de la Bible est douteuse ou erronée. Non authentique, faux.

AlmshouseHospice ou logement de bienfaisance fourni à des personnes dans une communauté particulière.

EcartéJeu se jouant avec 32 cartes (généralement à deux) et dans lequel chaque partenaire a la possibilité d'écarter ses cartes en tout ou en partie afin d'effectuer le maximum de levées.

Caponner : Flatter, flagorner. Moucharder.

Hustings : Débats ou discours pendant une campagne électorale.

Basson : Instrument à vent et à anche, de la famille des hautbois dont il est la basse.

LazzisSuite d'actions bouffonnes dans le jeu de scène. Plaisanteries, propos moqueurs à l'égard de quelqu'un.

Bagatelle : Jeu de table d'intérieur dérivé du billard.

Eau d'ânon : Expression souvent usitée pour le laudanum, mot trop savant pour certains, qui était prescrit pour dormir.

ApologueCourt récit imaginaire ou parfois réel dont se dégage une vérité morale.

ArtificieuxQui travaille avec art, avec artifice (sens ancien) selon les méthodes éprouvées. Ingénieux, plein de ressources, subtil. Qui cherche à tromper par des artifices; rusé, faux, hypocrite.

Linon : Etoffe très fine de lin.

BourreMatière (étoupe, papier, etc.) bourrée dans les armes à feu au-dessus de la charge pour la retenir et la presser.

RotinPalmier grimpant des régions tropicales, dont les tiges souples peuvent se diviser en minces lanières. Partie de la tige de cet arbre servant à la fabrication de cannes ou de petits meubles. 

FourrièreLieu (grenier ou bâtiment attenant à une ferme) où l'on dépose le fourrage du bétail et, p. ext., lieu où l'on entrepose des provisions (bois, charbon, etc.).

Eau de Sedlitz : Eau minérale chargée d'une assez forte proportion de sulfate de magnésie, qui la rend purgative.

RâpéQui affiche, par l'état délabré de son habillement, un air de grande misère. 

Lovelace RichardRichard Lovelace (1618–1657 ou 1658) était un poète anglais. Il a soutenu le roi Charles Ier pendant la Guerre civile anglaise et fut emprisonné pour cela en 1648. À soutenir financièrement les troupes royalistes durant sa captivité, il mourut dans la misère peu de temps après. Ses poèmes furent publiés dans un recueil posthume dédié à sa muse Lucy Sacheverell, qu'il appelle Lucasta. Samuel Richardson en a fait un séducteur cynique dans son roman Clarisse Harlowe.

Coloquinte : Espèce de concombre dont la pulpe est extrêmement amère et très purgative.

Eau-de-vie de DantzigLa Goldwasser ou Eau de Dantzig est une liqueur forte (40° minimum) à base de racines et d'herbes qui a été créée en 1606 à Dantzig (aujourd'hui Gdańsk) et qui est produite aujourd'hui uniquement en Basse-Saxe. La caractéristique principale de cette boisson est qu'elle possède de petits éclats d'or de 22 ou 23 carats qui y flottent en suspension.  

Fourgon : Longue barre métallique ou longue perche garnie de métal utilisée pour remuer la braise ou la charge d'un four, d'une forge, d'un fourneau, ou pour attiser un feu.

Ganache :  Personne sans intelligence et sans énergie.

Brouillard : Buvard, papier non encollé qui absorbe l'encre fraîche ou laisse passer l'eau d'un liquide soumis au filtrage.

Turnpike : Route à péage.

HydropisieAccumulation de sérosité dans une cavité quelconque du corps ou dans le tissu cellulaire. Dans le langage ordinaire, enflure plus ou moins considérable du bas-ventre.

PatardGros sou double, pièce de deux sous au XIXe s. 

GymnosophisteAscète appartenant à une secte hindoue dont les membres vivaient presque nus et s'adonnaient à la contemplation des choses de la nature.

BaudrierBande de cuir ou d'étoffe qui se porte en écharpe de l'épaule droite à la hanche gauche et qui sert à soutenir le sabre ou l'épée.

YeomanPropriétaire roturier jouissant de certains privilèges dans l'Angleterre médiévale. Propriétaire d'une certaine importance, qui cultive ses terres. Vétéran de la garde, en Angleterre, qui paraît dans les cérémonies royales en costume du XVe. 

Snap-dragon : Correspond à nos gueules-de-loup (botanique).

Tumulaire : Qui appartient, qui est relatif aux tombeaux.

Blücher Gebhard Leberecht vonGebhard Leberecht von Blücher1 (1742-1819), prince de Wahlstatt, était un général et feld-maréchal prussien qui commanda l'armée prussienne contre Napoléon Ier à la bataille de Waterloo en 1815. On a nommé en son honneur un croiseur cuirassé, lancé en 1908 et coulé en 1915, lors de la Première Guerre mondiale, ainsi qu'un croiseur lourd, lancé en 1937 et coulé en 1940, lors de la bataille du détroit de Drobak.

MadréRusé sous des apparences de bonhomie, de simplicité. Veiné, tacheté.

Compendieusement : En résumant l'ensemble ; en abrégé, mais sans rien omettre d'essentiel.

RecorsPersonne qui assistait un huissier dans les opérations d'exécution en qualité de témoin et dont la présence est aujourd'hui facultative. 

Chrysocale (ou chrysochalque) :  Alliage utilisé en bijouterie de fantaisie, destiné à imiter l’or, composé de cuivre, d’étain et de zinc.

LastingÉtoffe de laine rase, satinée, unie ou à rayures, et utilisée notamment pour la confection de vêtements masculins.

Mansion HouseLa Mansion House est la résidence officielle du lord-maire de la Cité de Londres au Royaume-Uni.

SéidePersonne qui manifeste un dévouement aveugle et fanatique à l'égard d'un maître, d'un chef, d'un parti, d'une secte.

BasanePeau de mouton servant à divers usages en maroquinerie, reliure, chaussure, selon la préparation qu'elle a reçue .

Epsom (sel d') : Sulfate de magnésium, anti-inflammatoire et laxatif.

SocqueChaussure basse que portaient les acteurs de comédie. Sandale à semelle de bois épaisse portée par des religieux. 

AgateNom donné à une bille de verre coloré, à l'aspect d'agate, et qui sert aux jeux des enfants

CalotGrosse bille servant à des jeux d'enfants.

Climatérique : Relatif au climat. Ou à une année (tous les 7 ou 9 ans) constituant un moment important, critique, dans la vie humaine, où il survient de grands changements.

GirandoleChandelier à plusieurs branches disposées en forme de pyramide, souvent orné de pendeloques de cristal.

MoulerFormer des caractères d'écriture de façon soignée et régulière. 

Contemptueux : A priori néologisme du traducteur, de l'anglais contemptuous = méprisant.

CotillonDanse collective mêlée de figures, de scènes, de mimiques, le plus souvent à la fin d'un bal. 

NourrisseurÉleveur qui entretient des vaches pour leur lait ou qui engraisse du bétail pour la boucherie. Cambrioleur qui indique une affaire et la prépare.

BouvierCelui, celle qui s'occupe des bœufs, les garde, conduit leur attelage. Personne rustre, maladroite. 

Atticisme : Ensemble des qualités de pensée et d'expression propres aux grands écrivains attiques (élégance, finesse, pureté de la langue, propriété et vigueur de l'expression, précision, simplicité, concision, etc.).

HourvariCri des chasseurs ou sonnerie de trompe pour ramener les chiens tombés en défaut. Ruse d'une bête traquée consistant à revenir sur ses voies pour mettre les chiens en défaut. Difficulté inattendue. Grand tumulte.

Zéphyr(e)Vent d'ouest; p. ext., vent doux et agréable. Dieu du vent d'ouest, généralement représenté sous la forme d'un jeune homme aux ailes de papillon. Soldat appartenant à l'infanterie légère d'Afrique; bataillonnaire.

BoulotterMener un train de vie tranquille, sans surprise. 

ColinRôle de jeune berger amoureux.

MètreType de vers caractérisé par le nombre et la nature des pieds.

ClaquesDouble chaussure plate protégeant la première chaussure des intempéries.

Crumpet : Pâtisserie faite de farine et levure qui ressemble à un pancake.

Savetier : Celui dont le métier est de raccommoder de vieux souliers (syn. de cordonnier). Mauvais ouvrier en quelque métier que ce soit.

Caveat : Demande de report d'une procédure judiciaire en attendant de prévenir un tiers.

PieDont la robe est de deux couleurs séparées par plaques dont l'une est blanche (cheval).

Cognovit : Confession d'un défendeur avouant que la plainte du demandeur est juste (juridique).

JulepPréparation pharmaceutique, à base d'eau distillée, d'eau de fleur d'oranger, de sirop, de gomme arabique, etc., servant d'excipient à certaines substances médicamenteuses (camphre). Mint-julepBoisson anglo-saxonne à base de feuilles de menthe écrasées.

Tantalisant : qui tente fortement.

EbénierArbre de la famille des Ébénacées, proche du plaqueminier dont le bois (dit d'ébène) est connu pour sa dureté, son poli et sa couleur noire. 

Rechigné : Maussade, renfrogné.

BishopVariante de bischof. Boisson chaude ou froide, obtenue en faisant macérer, avec ou sans épices, dans du vin sucré, du citron ou de l’orange.

BougranÉtoffe aussi fine que la batiste et fabriquée en Orient. Toile gommée que les tailleurs placent entre le drap et la doublure de certaines parties d'un vêtement pour en assurer le maintien.

FlambergeAux XVIIe et XVIIIe siècles, longue épée à lame fine, ayant une garde à coquille ajourée, un long pommeau et des quillons souvent retournés en spirale, généralement utilisée pour les duels.

Tierce, Quarte : Figures d'escrime.

MajoratBien inaliénable et indivisible qui a subsisté en France jusqu'en 1849 et consistait en propriétés immobilières, attaché à un titre de noblesse, transmis au fils aîné d'une famille.

Couleurs politiques : La couleur bleue est généralement associée aux partis de droite ou conservateurs. Le jaune est traditionnellement la couleur du libéralisme voire du libertarianisme. Le rouge est utilisé par les communistes et les révolutionnaires.

CuistreHomme pédant, ridicule et vaniteux de son savoir. Manquant de savoir-vivre.

GuimpeCorsage brodé ou froncé, sans manches, et très montant, qui se porte sous une robe décolletée. Ornement de dentelle destiné à orner ou éventuellement à atténuer le décolleté d'une robe. Pièce de toile blanche, encadrant le visage et couvrant le cou et la poitrine, qui fait encore partie du costume de certaines religieuses.

GripheÉnigme, question compliquée que l'on se proposait.

Clé de Bramah : Système de serrure et de clé inventé par l'artisan anglais Joseph Bramah à la fin du XIXe siècle et qualifié d’"à pompe" en français, car il nécessite un mouvement de "pompage", c'est-à-dire de pression élastique, pour fonctionner.

FaussetPetite cheville de bois servant à boucher le trou que l'on fait à un tonneau avec un foret, pour goûter le vin. 

Papier cartouche : Papier à dessin à surface rugueuse.

Farce (se sentir) : Se sentir tout drôle.

Coryphée : Chef de chœur dans le théâtre antique. Personne qui se distingue le plus dans une secte, dans un parti, dans une profession ou qui, dans un groupe, prend la parole pour les autres.

 

 

 

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18 juillet 2018

LES PRENOMS ET PATRONYMES RUSSES

Sophia Kalnikova, Sonetchka Romanovna... peuvent désigner la même personne. Les prénoms russes peuvent vraiment dérouter et être un frein à la lecture. Alors voici un peu d'aide !

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1. En général, retenir seulement le premier prénom et ses diminutifs, n'essayez pas retenir la suite... Essayez de garder en tête le nom de famille, qui peut-être utile s'il y a plusieurs personnages portant le même prénom.

2. PETITE LECON

Prénoms et diminutifs

L'emploi des diminutifs est très répandu en russe. En famille, entre amis ou entre collègues, il n'est pas courant de s'adresser à quelqu'un par son prénom. La plupart des prénoms russes ont un diminutif d'usage :

Alekseï = Aliocha  
Alexandr = Sacha, Choura
Dmitri = Dima ou Mitia 
Konstantin = Kostia 
Mikhaïl = Micha 
Nikolaï = Kolya 
Vassili = Vassia (Вася)
Vladimir = Volodia ou Vova

Anna = Ania 
Iekaterina = Katia
Ielena = Lena
Lioudmila = Liouda 
Maria = Macha 
Nadejda = Nadia
Natalia = Natacha 
Sophia = Sonia 

A ces formes courtes, peuvent se substituer, ou s'ajouter, un suffixe en etchka ou otchka, pour les femmes. Ainsi notre Sophia peut être appelée Sonia puis Sonetchka...

Le patronyme

C'est en fait plutôt un deuxième prénom, obligatoire sur les pièces d'identité mais pas forcément utilisé dans la vie de tous les jours, qui est issu de celui du père. Les mots « monsieur » et « madame » étant pratiquement inusités en russe, il est d'usage, pour exprimer le respect, de s'adresser à son interlocuteur en employant son prénom et son patronyme (mais pas son nom de famille). Ainsi, pour s'adresser à Vladimir Poutine, on ne dira pas : « Monsieur Poutine » mais « Vladimir Vladimirovitch ».  

Pour les hommes, le patronyme se forme du prénom du père auquel est ajouté le suffixe ovitch ou evitch. On notera ainsi que le père de Vladimir Poutine s'appelait lui aussi Vladimir...

Pour les femmes, le patronyme se forme du prénom du père auquel est ajouté le suffixe ovna. Ainsi Sonia Romanovna Raskalnikova (dans Crime et châtiment), Sonia est la fille de Roman Raskalnikov.

Nom de famille

La grande majorité des noms de famille se terminent soit par ev ou ov : Medmedev, Gorbachov, Poliakov... ou par ine : Elstine, Poutine, Gagarine...

Les autres terminaisons peuvent indiquer une origine étrangère ou un adjectif substantivé (noms en oï) ; Tolstoï, ainsi, veut dire "le gros"... Les noms en ski ont un certain temps été utilisés pour désigner une famille noble.

Attention, pour les femmes, le patronyme se féminise en a. C'est pourquoi notre Sonia a pour patronyme Raskalnikova, et non Raskalnikov comme son frère.

 

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15 juillet 2018

BORIS VIAN

Boris Vian, né le 10 mars 1920 à Ville-d'Avray (Seine-et-Oise, aujourd'hui Hauts-de-Seine) et mort le 23 juin 1959 à Paris, est un écrivain, poète, parolier, chanteur, critique musical, musicien de jazz (trompettiste) et directeur artistique français. De formation d'ingénieur à l'École centrale Paris, il s'est aussi adonné aux activités de scénariste, traducteur (anglo-américain), conférencier, acteur et peintre.

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Malgré son prénom et son physique qui ont longtemps alimenté la légende sur ses origines russes, Boris Vian est issu d'une famille établie en France depuis des siècles. Le nom Vian serait d'origine piémontaise : Viana. 

C'est dans l'opulence que naît le 4 mars 1897 Paul Vian, qui épouse le 3 décembre 19178, Yvonne Ravenez de huit ans son aînée, fille du riche industriel Louis-Paul-Woldemar Ravenez. Paul Vian a assez de fortune pour ne pas avoir besoin de travailler ; il se déclare « sans profession » à son mariage. 

Paul et Yvonne s'installent dans un hôtel particulier de Ville-d'Avray, rue de Versailles, où naissent Lélio puis Boris. Ils acquièrent ensuite une villa, « Les Fauvettes », rue Pradier, non loin du Parc de Saint-Cloud où naissent deux autres enfants : Alain et Ninon. Les Vian y mènent une vie insouciante : ils ont chauffeur, professeur à domicile, coiffeur à domicile, jardinier. Yvonne est musicienne, elle joue Erik Satie, Claude Debussy ou Maurice Ravel à la harpe et au piano. Elle a donné aux deux aînés des prénoms issus d'opéras : Boris pour Boris Godounov et Lélio pour Lélio ou le Retour à la vie d'Hector Berlioz. Ils ont pour voisin Jean Rostand et les enfants Vian iront pêcher dans les étangs environnants des grenouilles avec son fils François.

Mais le krach de 1929 ruine Paul Vian qui perd la majeure partie de sa fortune dans les manipulations boursières sur la société des hévéas de Cochinchine. Il est obligé d'abandonner la maison principale et d'aller habiter avec les enfants et le jardinier dans la maison du gardien qu'il a fait rehausser d'un étage tout en conservant une étroite bande de terrain et un carré de pelouse. La villa est louée à la famille Menuhin avec laquelle les Vian ont d'excellents rapports, les enfants jouent avec leur fils Yehudi Menuhin, jeune prodige. 

Paul s'essaie à travailler, il commence à traduire quelques textes que lui procure Louis Labat, traducteur de Walter Scott et Arthur Conan Doyle, mais les rentrées d'argent sont insuffisantes et il devient représentant-associé pour le laboratoire homéopathique de l'abbé Chaupitre. Paul abandonne sa luxueuse Packard pour une fourgonnette qui lui sert à faire ses tournées chez les commerçants. Il devient ensuite démarcheur pour une agence immobilière jusqu'à sa mort le 22 novembre 1944.

Mais il reste à la famille Vian un autre « paradis », à Landemer, dans le Cotentin, à l'ouest de Cherbourg, une propriété où sont construits trois chalets en pin situés en haut des falaises où sa mère entretient un jardin luxuriant. C'est cet univers que Boris reproduit dans son roman L'Arrache-cœur en inventant force noms de fleurs.

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À douze ans, à la suite d'une angine infectieuse, Boris souffre de rhumatismes articulaires aigus, qui provoquent une insuffisance aortique. À partir de là, le garçon est élevé dans du coton.

Paul Vian construit une salle où ses enfants peuvent organiser des fêtes. C'est là que Boris et ses frères montent leur première formation : L'Accord jazz à partir de 1938. Le fait qu'ainsi ses enfants puissent s'amuser sur place rassure Yvonne, mais a pour conséquence de couper encore davantage Boris et ses frères du monde extérieur. Boris regrettera en partie ce confort de vie qui l'a maintenu dans l'ignorance des faits politiques et sociaux.

Il fait ses études au collège de Sèvres, puis au lycée Hoche de Versailles jusqu'en 1936. À cette époque, il invente toutes sortes d'instruments fantaisistes parmi lesquels le « peignophone », composé d'un peigne et de papier à cigarette. Sa scolarité est souvent interrompue en raison d'accidents de santé. En 1937 à 17 ans, il obtient le baccalauréat. Il suit les classes préparatoires des grandes écoles scientifiques du lycée Condorcet et est admis en 1939 au concours d'entrée à l’École centrale, où il obtiendra son diplôme d'ingénieur en 1942.

En juillet 1940, fuyant la zone occupée, la famille Vian s'installe dans la villa Emen-Ongi, à Capbreton (Landes). Boris rencontre Michelle Léglise qu'il épouse le 3 juillet 1941. 

Parallèlement à ses études, Boris apprend à jouer de la trompette. Il s'inscrit au Hot Club de France, présidé par Louis Armstrong et Hugues Panassié, dès 1937. La petite formation qu'il a fondé avec ses frères anime d'abord les surprises-parties avant de rejoindre en 1942 l'orchestre amateur de Claude Abadie. 

Le jazz et les fêtes sont un moyen pour Boris de compenser l'ennui que lui procurent ses études à l'École centrale. Il préfère les répétitions aux révisions et il exprime violemment le peu de crédit qu'il accorde aux cours « donnés par ces professeurs idiots qui vous bourrent le crâne de notions inutiles, compartimentées, stéréotypées [...] Vous savez maintenant ce que j'en pense de votre propagande. De vos livres. De vos classes puantes et de vos cancres masturbés[...] » Sa première chanson date de la même époque : La Chanson des pistons, chanson gaillarde dans la tradition des grandes écoles, qui comporte 23 couplets.

À l'Association française de normalisation (AFNOR), où il est engagé dans la section verrerie le 24 juillet 1942 et jusqu'en 1946, il découvre l'aspect ubuesque du travail de bureau. Ce travail lui laisse assez de temps pour se consacrer à la poésie et au Jazz. En 1943, il produit Cent sonnets et Trouble dans les andains.

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Son travail d'écriture doit beaucoup à son épouse Michelle et à l'ambiance générale de la famille Vian où l'on fabrique jeux de mots, contrepèteries et calembours. Michelle vient de commencer l'écriture d'un roman, et la famille se régale de la manière dont Boris joue à plaisir sur les sonorités. Littérature et jazz sont les deux dérivatifs qui permettent au normalisateur de l'AFNOR de ne pas sombrer dans la mélancolie.

L'écriture est une rituelle obligation du loisir, avec des jeux très raffinés, ou des jeux de collégiens comme ceux du Cercle Legateux, monté par Alain et Boris qui en ont rédigé l'acte fondateur le 26 mai 1941. Très vite, le Cercle Legateux devient une entreprise familiale à but non lucratif, dotée de statuts. Il existe plusieurs sections dont l'une, présidée par Boris, est consacrée à la fabrication de modèles aéronautiques et dont les statuts sont rédigés par Boris sur le mode plaisantin.

Un autre cercle Le Cercle Monprince, auquel participe toute la famille, a pour but de parodier le langage administratif et le journalisme pompeux. François, Jean Rostand, Alain et des voisins de la rue Pradier se réunissent pour des tournois, avec tirage au sort et compte rendu. Les adultes de la rue Pradier, parmi lesquels Paul Vian et Jean Rostand se révèlent les plus actifs, sont des passionnés des cadavre exquis, des bouts rimés, des jeux d'esprit et d'écriture comme les aiment les surréalistes. Les dimanches ou certains soirs après le dîner on tire au sort des mots à assembler en rimes. Outre les habitués, on compte des participants occasionnels comme Jean Carmet ou le musicien Jacques Besse.

Ces jeux de société ne sont encore qu'une incitation à l'écriture. Mais le véritable déclencheur pour l'écrivain Boris Vian, est sans doute l'influence de Michelle, qui possède une certaine familiarité avec les mots et qui écrit déjà des articles pour le théâtre et le cinéma. Les deux époux se lancent dans l'écriture de scénarios pour rire, et, croient-ils pour faire de l'argent. 

Michelle et Boris ont en commun le goût du swing et des fêtes, où ils emmènent parfois leur enfant, Patrick, né le 12 avril 1942. Dans ces fêtes-là, on trouve les "zazous" de la périphérie chic, là où la police de la zone occupée ne patrouille pas. Ils ne vont pas encore dans les bars du Quartier latin ni dans les caves. Mais l'attitude de Boris Vian est assez voisine de celle des zazous parce qu'ils sont d'abord « très très swing et qu'ils aiment le jazz. » Attaqués par les journaux conservateurs, les zazous en rajoutent en investissant d'abord les cafés des Champs-Élysées, puis du Quartier latin. Mais malgré les éditoriaux de La Gerbe, l'occupant ne voit pas en eux des ennemis : ils ne sont ni communistes, ni juifs, ni résistants. Seul le journal L’Illustration en fait un portrait teigneux.

En 1944, Boris écrit un scénario et des poèmes qu'il réunit dans un recueil intitulé après plusieurs avatars Un Seul Major, un Sol majeur, en hommage à son ami Jacques Loustalot, dit Le Major, rencontré à Capbreton pendant la drôle de guerre. En 1944, il envoie une ballade à la revue Jazz Hot et signe de son anagramme Bison Ravi.

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Mais cette même année, le monde des Vian s'effondre : le père, Paul, est assassiné dans sa maison dans la nuit du 22 au 23 novembre 1944, par deux intrus. L'enquête de l'hiver 1944-1945 tourne court. Faute de suspect, le dossier est déclaré clos le 17 janvier 1945. Les chalets de Landemer ont été détruits par les Allemands. Et Boris, considéré comme le « plus sage de ses enfants », a reçu de son père la lourde mission de vendre la maison familiale de « Viledavret » qu'il lui a léguée par testament. Mais après les Menuhin, la villa a été louée à un diplomate sud-américain dont la nombreuse famille a mis à mal le mobilier et les aménagements intérieurs. De sorte que la belle villa de Paul est dépréciée et se vend à bas prix.

Cette année-là, avec Michelle, il se réfugie dans l'appartement parisien des Léglise, rue du Faubourg Poissonnière, cependant que François Rostand confie à son père, qui publie chez Gallimard, le manuscrit de Vercoquin et le Plancton. Jean le transmet à Raymond Queneau, secrétaire général des éditions Gallimard, et le 18 juillet 1945, Boris signe son premier contrat d'auteur. À partir de ce jour, Boris et Queneau deviennent des amis très proches.

Contrairement à une légende, Boris Vian n'a pas créé Saint-Germain-des-Prés, symbole de l'existentialisme et des zazous. S'il connaît le quartier depuis 1944, il ne commence à le fréquenter très régulièrement qu'en 1946 à la création du Caveau des Lorientais. Boris y vient avec ses amis, et après la fermeture des Lorientais, la même population se retrouve au Tabou, où viennent également des intellectuels comme Jacques Prévert, des journaliste et des artistes comme Juliette Gréco, Marcel Mouloudji ou Lionel Hampton.

C'est aussi dans ces caves que Boris retrouve ses amis les plus proches Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, le peintre Bernard Quentin et Raymond Queneau. Queneau lui fait signer un nouveau contrat pour Les Lurettes fourrées dont il n'a lu aucune ligne.

La publication de Vercoquin et le Plancton se fait attendre. Boris est très déçu, d'autant plus qu'il compte quitter l'AFNOR. En attendant, Queneau l'intègre à une joyeuse bande de journalistes de Combat : Alexandre Astruc, Jean Cau le gauchiste, Robert Scipion. Beaucoup font du journalisme pour entrer sans payer là où il faut être vu. Ces jeunes gens sont lancés à l'assaut des lettres, mais aussi du spectacle. C'est avec eux que Boris est invité à se produire, avec l'orchestre Abadie dans le film Madame et son flirt de Jean de Marguenat. De cette expérience, Boris tire une nouvelle, Le Figurant, insérée dans le recueil Les Fourmis édité par Les éditions du Scorpion en 1949.

Le 15 février 1946, Boris quitte l'AFNOR pour entrer à l'Office professionnel des industries et des commerces du papier et du carton. Son salaire est plus élevé, le travail plus léger, ce qui permet à l'écrivain de rédiger son premier « véritable » roman : L'Écume des jours.

Rédigé à une rapidité folle, le roman est prêt début juin 1946 pour être présenté au prix de la Pléiade sur lequel Boris compte beaucoup. Le livre est dédié à Michelle et Queneau. Les membres du jury sont André Malraux, Paul Éluard, Marcel Arland, Maurice Blanchot, Joë Bousquet, Albert Camus, Jean Grenier, Jacques Lemarchand, Jean Paulhan, Jean-Paul Sartre, Roland Tual et Raymond Queneau. Mais malgré le soutien de Sartre, Queneau et Lemarchand, tous les autres membres ont suivi l'avis de Paulhan, hostile, et Boris n'aura pas le prix de la Pléiade qui est décerné à Jean Grosjean pour contrebalancer les soupçons de collaboration qui pèsent sur la maison Gallimard. 

Cette immense déception provoque la colère de Boris. Il lui reste, pour se consoler, le jazz et la peinture, ainsi que sa grande amitié avec le couple Sartre-Beauvoir, et toute la bande des sartriens. 

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Vercoquin et L'Écume paraissent de façon très, trop rapprochée, sans gros effort de promotion. C'est un échec commercial. 

À partir du 8 juin 1946, il se met à peindre sans interruption pendant une semaine et produit une dizaine de tableaux. Le 2 décembre 1946 il accroche ses toiles à la Galerie de la Pléiade. L'exposition était intitulée Peintres écrivains d'Alfred de Musset à Boris Vian.

Au début de l'été 1946, Boris fait la connaissance d'un jeune éditeur, Jean d'Halluin, un assidu du Flore qui vient de créer Les éditions du Scorpion. Jean demande à Boris de lui faire un livre dans le genre de Tropique du Cancer de Henry Miller, qui plaît beaucoup. En quinze jours, du 5 au 23 août, Vian s'amuse à pasticher la manière des romans noirs américains, avec des scènes érotiques ; c'est J'irai cracher sur vos tombesL'auteur est censé être un Américain nommé Vernon Sullivan que Boris ne fait que traduire. D'Halluin est enthousiaste. Tous deux espèrent un succès sans précédent. Les premières critiques indignées leur donnent l'espoir que le scandale sera égal à celui soulevé par la publication du roman de Miller, et la critique du roman par Les Lettres françaises, qui le traite de « bassement pornographique », fait monter les enchères.

Et il lui faut bien vite déchanter. D'une part, France Dimanche et l'hebdomadaire L'Époque réclament des poursuites pénales identiques à celles qu'a connues Henry Miller. D'autre part, on annonce la parution d'un deuxième Vernon Sullivan. Mais déjà, Jean Rostand, l'ami de toujours, se déclare déçu. Boris a beau se défendre d'être l'auteur du livre, un certain climat de suspicion règne chez Gallimard, qui refuse du même coup L'Automne à Pékin. Seul Queneau a deviné qui est l'auteur et trouve le canular très drôle. Il s'engage à ses côtés et se tient à la barre pour le défendre au moment du procès, le 30 avril 1950. Queneau vient encore en tant que témoin à la défense de Jean d'Halluin car « C'est bien la liberté d'expression qu'il s'agit de défendre contre les attaques réactionnaires. »

Boris risque deux ans de prison et 300 000 francs d'amende. Boris doit prouver qu'il n'est pas Vernon Sullivan et, pour cela, il rédige en hâte un texte en anglais qui est censé être le texte original. Il est aidé pour ce travail par Milton Rosenthal, un journaliste des Temps modernesFinalement, en août 1947, le tribunal suspend les poursuites.

Parallèlement, en 1948, Vian adapte son roman en pièce de théâtre. C'est un drame en trois actes joué pour la première fois le 22 avril 1948 au Théâtre Verlaine par La Compagnie du Myrmidon. Cette adaptation ne recueille ni l'assentiment du public, ni celui de la critique. 

La pièce est retirée de l'affiche, elle a duré moins de trois mois. 

Le 16 avril 1948, la naissance de sa fille Carole lui apporte « un peu de fraîcheur » en cette année particulièrement difficile.

Boris se réfugie de nouveau dans le jazz, notamment au Club Saint-Germain où il approche son idole Duke Ellington. Il va bientôt être directeur artistique chez Philips et en attendant, il donne régulièrement des chroniques dans le journal Jazz Hot où il tient une « revue de la presse » jusqu'en 1958.  

On retrouve Boris au café de Flore ou aux Deux Magots, où se rassemblent intellectuels et artistes de la rive gauche, ou bien au Club du Vieux Colombier. Puis en 1949, on le retrouve aussi à Saint-Tropez où son ami Frédéric Chauvelot vient d'ouvrir une annexe du Club Saint-Germain. Mais bientôt, Boris est obligé de renoncer à la trompette (qu'il appelait la trompinette) à cause de sa maladie de cœur.

C'est à cette époque qu'il écrit frénétiquement pour le jazz. Outre les articles de presse pour Combat et Jazz Hot, il anime une série d'émissions de jazz pour la station de radio américaine WNEW139.

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Avec sa seconde épouse, Ursula

Côté littérature, les choses ne vont pas fort. Jean d'Halluin peine à vendre les remakes de romans américains que produit Boris Vian sous son pseudonyme. 

En novembre 1948, après la loi d'amnistie de 1947, Boris Vian reconnaît officiellement être l'auteur de J'irai cracher sur vos tombes sur les conseils d'un juge d'instruction, pensant être libéré de tout tracas judiciaire. C'est compter sans Daniel Parker et son cartel moral qui attend le deuxième tirage de l'ouvrage pour lancer une nouvelle procédure. Cette fois, le livre de Boris est interdit en 1949. Le fisc lui réclame des indemnités faramineuses. En 1950, les représentations de la pièce de théâtre L'Équarrissage pour tous qui n'a pas de succès, s'arrêtent. L'écrivain est endetté, le couple se délite, non pour des questions d'argent, mais parce qu'une certaine lassitude s'est installée. Michelle, maîtresse de Jean-Paul Sartre (Boris était lui-même très infidèle), demande le divorce.  

En 1950, Boris rencontre une jeune danseuse suisse, Ursula Kübler. Boris et Ursula vont vivre ensemble les années difficiles jalonnées de maladie pour Boris, et de manque d'argent pour le couple.

Le roman de Boris L'Arrache-cœur, est refusé par Gallimard puis publié en 1953 aux éditions Vrille mais n'a aucun succès. À partir de là, Boris renonce à la littérature.

1951 et 1952 sont des années sombres. Boris vit difficilement de traductions et d'articles dans une chambre de bonne, boulevard de Clichy où il s'installe dans un inconfort total avec Ursula, qu'il surnomme « l'Ourson ». Raymond Queneau est maintenant à l'Académie Goncourt, il est chanté par Juliette Gréco ; il maintient ses distances avec le couple pendant un temps, avant de revenir et de s'en excuser...

La  pièce Ciné-massacre composée de sketches et jouée par Yves Robert et Rosy Varte à La Rose rouge remporte un très grand succès. Ensuite, le 8 juin 1952, il est nommé « Équarisseur de première classe » au Collège de Pataphysique où il retrouve Raymond Queneau.

Dans ce groupe, il donne libre cours à son imagination pour fournir des communications et des inventions baroques telles que le gidouillographe ou le pianocktail. Son titre exact est « Satrape et promoteur Insigne de l'ordre de la grande Gidouille, avec les Sublimes privilèges que de droit ». Dans ce collège, on retrouve d'autres célébrités comme Jean Dubuffet, Joan Miró, Max Ernst, Marcel Duchamp, Eugène Ionesco, Noël Arnaud, René Clair, François Caradec.

En 1953, Boris Vian rencontre Jacques Canetti, directeur chez Philips, à un concert de jazz à la salle Pleyel. Boris écrit des chansons avec Jimmy Walter qu’il fait découvrir à Jacques Canetti. Leur rencontre aboutit à la reprise de Ciné-Massacre au Théâtre des Trois Baudets en 1954 dans la mise en scène de Yves Robert.

Dès le mois de février 1954, Boris a déposé ses textes et ses musiques à la SACEM. Un de ses textes a déjà été enregistré par Henri Salvador. Accompagné d'Ursula, il fait le tour des music-halls, tous deux prennent des leçons de chant, cependant que Marcel Mouloudji chante Le Déserteur pour la première fois au théâtre de l'Œuvre. La chanteuse Renée Lebas le reçoit et lui demande de retravailler ses titres et de les faire arranger par un vrai compositeur pour les mettre à son répertoire.

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En 1955, Boris Vian fait ses débuts de chanteur aux Trois Baudets, encouragé par Canetti et toute la bande d’artistes qui gravitent autour de lui. Philippe Clay, Suzy Delair et Michel de Ré lui demandent aussi des chansons.  

Le 23 juillet 1955, lorsque Boris entame une tournée dans les villes de France aux côtés du comique Fernand Raynaud, sa chanson Le déserteur, considérée comme antimilitariste, est sifflée notamment à Perros-Guirec où un commando d'anciens combattants veut l'empêcher de chanter, car ils voient en lui un bolchevik piétinant le drapeau français. À Dinard, le maire lui-même prend la tête des anti-Vian. Boris doit parlementer dans chaque ville, jusqu'à finalement obtenir qu'un groupe de militaires du contingent reprennent la chanson en chœur. Pendant ce temps, à Paris, tandis que le journal Le Canard enchaîné prend la défense de l'artiste, le producteur musical Jacques Canetti reçoit des injonctions et le disque sera retiré de la vente après 1 000 exemplaires vendus.  

La véritable censure va tomber en 1958 en pleine guerre d'Algérie. Boris ne chante d'ailleurs plus, il laisse Mouloudji et Serge Reggiani défendre la chanson pendant les guerres françaises et pendant les guerres américaines, ce sera Joan Baez. Mais la chanson est boycottée par les radios et les maisons de disques.

Boris continue de chanter. Le succès est mitigé, mais Léo Ferré et Georges Brassens lui trouvent du talent. Et le Canard enchaîné ne tarit pas d'éloges sur La Java des bombes atomiques.

Fin 1955 Jacques Canetti lui propose alors de s'occuper du catalogue de jazz pour les disques Philips. Il est chargé des rééditions, d'écrire des commentaires et des préfaces et de corriger les dates d'enregistrement et les noms des musiciens. En janvier 1957, il accepte un poste de directeur artistique adjoint : en six mois, il s'est rendu indispensable chez Philips.

En mai 1956, le compositeur Michel Legrand et Jacques Canetti rapportent des États-Unis quelques disques de rock’n’roll. Ils confient à Boris Vian le soin de franciser ce nouveau rythme. Aussitôt, il est inspiré et il crée avec ses complices Henri Salvador et Michel Legrand Rock and Rol Mops qu'il édite sous le nom d'Henry Cording, le parolier étant Vernon Sinclair. Avec des sonorités anglo-saxonnes, le disque se vend jusqu'aux Pays-Bas. Boris est engagé avec un cachet relativement important. Mais il ne chante plus. En revanche il produit plusieurs autres rock’n’roll parodiques.

Fondé le 26 décembre 1951 par Raymond Queneau, Pierre Kast, France Roche, François Chalais et Boris Vian au bar de la Reliure, rue du Pré-aux-Clercs, le club des Savanturiers a des activités tenues secrètes et est considéré comme une secte par certains. Tous ses membres partagent la même passion pour la science-fiction. Dans les années 1950 les amateurs de science-fiction ne sont pas nombreux en France, tandis que les Américains raffolent de ce genre de littérature. Les rapports désormais distants de Vian avec Sartre ne l'empêchent pas de publier dans le numéro d'octobre 1951 des Temps modernes un article-manifeste en collaboration avec Stephen Spriel, sur la science fiction : La Science fiction : nouveau genre littéraire. Dans le même esprit, il donne pour un spectacle au cabaret de la Rose rouge, une première version de la Java martienne.

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En 1952, les membres du club sont conviés au Congrès de la science fiction à Londres. Cette association devient en 1953 le Cercle du futur dont Queneau est président. Le club des Savanturiers s'est engagé à faire connaître et à imposer ce genre de littérature, mais les éditeurs hésitent à se lancer dans la science-fiction, et malgré les efforts de France Roche, le cinéma français ne s'y intéresse pas non plus... Le club des Savanturiers se saborde le 22 octobre 1953 dans le plus grand secret pour aboutir à une société encore plus secrète, la Société d'Hyperthétique, qu'il est interdit de mentionner devant toute personne étrangère au cercle des initiés et dont les activités consistent à s'échanger des livres de science-fiction. Boris retrouve là des amitiés solides qui n'ont plus rien à voir avec les mondanités de Saint-Germain-des-Prés. De son amitié avec Pierre Kast naissent des projets de cinéma, et une éphémère société de production. Boris écrit des scénarios, mais la société de production à laquelle Marcel Degliame apporte aussi son financement fait faillite, et tout se termine par un échec...

Pendant toutes ces années, Boris Vian est aussi passionné d'autobiles de collection.  

Boris épouse Ursula Kübler le 8 février 1954. Ursula trouve un petit appartement Cité Véron, près de la place Blanche qui leur paraît très vaste comparé à l'étroite chambre de bonne qu'ils occupaient jusqu'alors. Ils auront pour voisins Pierre et Jacques Prévert.  

Cependant, les activités de Boris, et ses échecs, l'épuisent. Fatigué, le moral en berne, en juillet 1956, il s'effondre : il est frappé d'un œdème pulmonaire, résultat de son surmenage et de ses problèmes cardiaques. Il lui faut un lourd traitement et il se remet lentement aux côtés d'Ursula.  

L'Automne à Pékin, réédité aux éditions de Minuit, n'a encore une fois, aucun succès. Mais Boris continue d'écrire des chansons pour Henri Salvador, Magali Noël, Philippe Clay. La maison Philips lui propose de diriger une petite collection Jazz pour tous, mais c'est un énorme travail. Comme la fonction de directeur artistique lui pèse, Boris cherche un dérivatif. C'est son amie France Roche qui lui en offre l'occasion en lui passant commande d'un livre sur le sujet de son choix. La collection de France Roche aux éditions Amiot-Dumont s'arrête peu après et Boris n'est plus obligé de livrer l'ouvrage. Pourtant il poursuit l'écriture pour le plaisir. Le livre traite du monde de la chanson, ne ménageant pas les éditeurs de musique, et il propose d'inventer un appareil qui permet d'analyser les chansons et d'en composer. Il a conçu les plans d'une machine à écrire la musique à partir d'une machine à écrire IBM et préconise la création d'émetteurs de radios libres. Publié en septembre 1958 En avant la zizique… et par ici les gros sous s'arrache, mais uniquement dans les bureaux de Philips et Fontana...

Malgré les avertissements de son médecin, Boris continue de se surmener, multipliant piges, traductions, écriture de chansons. Il écrit le livret d'une comédie musicale-ballet et les chansons de Fiesta, mis en musique par Darius Milhaud, et il entame une collaboration avec Le Canard enchaîné qui l'a soutenu pendant l'affaire du Déserteur. Son deuxième article est consacré au lancement de Serge Gainsbourg, en particulier à l'éloge du Poinçonneur des Lilas.

Au début de l'année 1959, Boris rentre à Paris dans sa Morgan après plusieurs mois de repos en Normandie. La société SIPRO, qui a acheté les droits d'adaptation à l'écran du roman J'irai cracher sur vos tombes, l'a plusieurs fois mis en demeure de présenter le scénario qu'il est chargé d'écrire et qu'il tarde à donner. Rentré à Paris, Vian leur remet ce qu'on lui réclame : un script de cent dix-sept pages d'ironie et de bouffonneries que la Sipro n'apprécie guère. Le texte est remanié et s'éloigne du roman d'origine.

Le matin du 23 juin 1959, J'irai cracher sur vos tombes, est projeté au cinéma. Vian a publiquement dénoncé le film, annonçant qu'il souhaite faire enlever son nom du générique. Son éditeur Denis Bourgeois (adjoint de Jacques Canetti et directeur du secteur « variétés » chez Philips) le convainc d'aller néanmoins à la projection mais il ignorera ce qu'est devenu son roman à l'écran : il s'effondre dans son siège quelques minutes après le début du film et, avant d'arriver à l'hôpital Laennec, meurt d'une crise cardiaque.  

Il est enterré dans le cimetière de Ville-d'Avray. Rien sur sa tombe qu'il a voulue sobre n’indique son identité, hormis des témoignages d’affection laissés par les admirateurs (portraits, poèmes).

Romans parus sous son nom

  • 1946 : Vercoquin et le Plancton
  • 1947 : L'Écume des jours
  • 1947 : L'Automne à Pékin 
  • 1950 : L'Herbe rouge
  • 1953 : L'Arrache-cœur

Romans parus sous le pseudonyme de Vernon Sullivan

  • 1946 : J'irai cracher sur vos tombes.
  • 1947 : Les morts ont tous la même peau.
  • 1948 : Et on tuera tous les affreux.
  • 1950 : Elles se rendent pas compte 

Boris Vian a écrit aussi d'innombrables nouvelles, articles, des chansons, des pièces, des scénarios, des traductions et sorti plusieurs disques.

D'après Wikipédia

 

 

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12 juillet 2018

GUSTAVE FLAUBERT : L'OEUVRE

Flaubert est le contemporain de Charles Baudelaire et, comme le poète du recueil Les Fleurs du mal, il occupe une position charnière dans la littérature du XIXe siècle. À la fois contesté (pour des raisons morales) et admiré (pour sa force littéraire) de son temps, il apparaît aujourd'hui comme l'un des plus grands romanciers de son siècle, avec en particulier Madame Bovary, roman qui fonde le bovarysme, puis L'Éducation sentimentale ; il se place entre le roman psychologique (Stendhal) et le mouvement naturaliste (Zola, Maupassant, ces derniers considérant Flaubert comme leur maître).

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Fortement marqué par l'œuvre d’Honoré de Balzac dont il reprendra les thèmes sous une forme très personnelle (L'Éducation sentimentale est une autre version du Lys dans la vallée, Madame Bovary s'inspire de La Femme de trente ans), il s'inscrit dans sa lignée du roman réaliste. Il est aussi très préoccupé d'esthétisme, d'où son long travail d'élaboration pour chaque œuvre (il teste ses textes en les soumettant à la fameuse épreuve du « gueuloir », qui consiste à les lire à pleine voix, parfois pendant des heures. Mais il est tellement obsédé par l'exemple d’Honoré de Balzac, son père littéraire, que l'on retrouvera dans ses notes cette injonction : « S'éloigner du Lys dans la vallée, se méfier du Lys dans la vallée ».

On a également souvent souligné la volonté de Flaubert de s'opposer à l'esthétique du roman-feuilleton, en écrivant un « roman de la lenteur ».

Enfin, son regard ironique et pessimiste sur l'humanité fait de lui un grand moraliste. Son Dictionnaire des idées reçues donne un aperçu de ce talent.

Sa correspondance avec Louise Colet, George Sand, Maxime Du Camp et d'autres a été publiée en cinq volumes dans la Bibliothèque de la Pléiade.

Madame Bovary

Flaubert commence le roman en 1851 et y travaille pendant cinq ans, jusqu’en 1856. À partir d’octobre, le texte est publié dans la Revue de Paris sous la forme de feuilleton jusqu’au 15 décembre suivant. En février 1857, le gérant de la revue, Léon Laurent-Pichat, l’imprimeur et Gustave Flaubert sont jugés pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». Défendu par l’avocat Jules Senard, malgré le réquisitoire du procureur Ernest Pinard, Gustave Flaubert est blâmé pour « le réalisme vulgaire et souvent choquant de la peinture des caractères », mais est finalement acquitté grâce, notamment, à ses soutiens dans les milieux artistique et politique, la notoriété de sa famille et la plaidoirie de son avocat. Il est à noter que Flaubert reçoit un soutien de poids en la personne de Victor Hugo qui lui écrit : « Vous êtes un de ces hauts sommets que tous les coups frappent, mais qu’aucun n’abat. » Le roman connaîtra un important succès en librairie.

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Madame Bovary, film de 2014

Honoré de Balzac a déjà abordé le même sujet dans La Femme de trente ans en 1831, sous forme de nouvelle-roman qui parut en 1842 dans l’édition Furne de La Comédie humaine, sans toutefois faire scandale.

Le récit débute ainsi. Après avoir suivi ses études dans un lycée de province, Charles Bovary s'établit comme officier de santé et se marie à une riche veuve. À la mort de celle-ci, Charles épouse une jeune femme, Emma Rouault, élevée dans un couvent, vivant à la ferme avec son père (un riche fermier, patient du jeune médecin). Emma se laisse séduire par Charles et se marie avec lui. Fascinée par ses lectures romantiques d'adolescence, elle rêve d’une nouvelle vie, méprisant son mari, délaissant son rôle maternel, et elle fait la rencontre d'amants sans envergure. Les dettes qu'elle contracte vont ruiner sa famille.

Salammbô

Salammbô vient après Madame Bovary. Flaubert en commence les premières rédactions en septembre 1857. Quelques mois plus tôt, après avoir gagné le procès qui avait été intenté contre Madame Bovary, il avait fait part dans sa correspondance (lettre à Mlle Leroyer de Chantepie) de son désir de s’extirper littérairement du monde contemporain et de travailler à un roman dont l’action se situe trois siècles avant Jésus-Christ. En avril-juin 1858, il séjourne à Tunis pour s’imprégner du cadre de son histoire. Si l’intrigue est une fiction, il se nourrit des textes de Polybe, Appien, Pline, Xénophon, Plutarque et Hippocrate pour peindre le monde antique et bâtir la couleur locale. Dès sa parution en 1862, le roman connaît un succès immédiat, en dépit de quelques critiques réservées (Charles-Augustin Sainte-Beuve), mais avec d’appréciables encouragements (Victor Hugo, Jules Michelet, Hector Berlioz).

L’incipit est un des plus célèbres de la littérature française : « C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar. » Le roman débute par le paragraphe intitulé « Le Festin ». Les mercenaires fêtent à Carthage la fin de la guerre dans les jardins d’Hamilcar, leur général. Échauffés par son absence et par le souvenir des injustices qu’ils ont subies de la part de Carthage, ils ravagent sa propriété ; Salammbô, sa fille, descend alors du palais pour les calmer. Mathô et Narr’havas, tous deux chefs dans le camp des mercenaires, en tombent amoureux. Spendius, un esclave libéré lors du saccage, se met au service de Mathô et lui conseille de prendre Carthage afin d’obtenir Salammbô.

L’Éducation sentimentale

Le roman, rédigé à partir de septembre 1864 et achevé le 16 mai 1869 au matin, comporte de nombreux éléments autobiographiques (tels la rencontre de Mme Arnoux, inspirée de la rencontre de Flaubert avec Élisa Schlésinger). Il a pour personnage principal Frédéric Moreau, jeune provincial de 18 ans venant faire ses études à Paris. De 1840 à 1867, celui-ci connaîtra l’amitié indéfectible et la force de la bêtise, l’art, la politique, les révolutions d’un monde qui hésite entre la monarchie, la république et l’empire. Plusieurs femmes (Rosanette, Mme Dambreuse) traversent son existence, mais aucune ne peut se comparer à Marie Arnoux, épouse d’un riche marchand d’art, dont il est éperdument amoureux. C’est au contact de cette passion inactive et des contingences du monde qu’il fera son éducation sentimentale, qui se résumera pour l’essentiel à brûler, peu à peu, ses illusions.

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Bouvard et Pécuchet

Le projet de ce roman remonte à 1872, puisque l'auteur affirme son intention comique dans un courrier à George Sand. Dès cette époque, il songe à écrire une vaste raillerie sur la vanité de ses contemporains. Entre l'idée et la rédaction interrompue par sa mort, il a le temps de collecter une impressionnante documentation : on avance le chiffre de mille cinq cents livres. Lors de l'écriture, Flaubert a songé au sous-titre Encyclopédie de la bêtise humaine et c'est effectivement en raison du catalogue qu’il nous en propose que le roman est célèbre. Le comique vient de la frénésie des deux compères, à tout savoir, tout expérimenter, et surtout de leur incapacité à comprendre correctement. Le roman est inachevé et ne constitue que la première partie du plan. L'accueil est réservé, mais certains le considèrent comme un chef-d'œuvre.

Par une chaude journée d'été, à Paris, deux hommes, Bouvard et Pécuchet, se rencontrent par hasard sur un banc et font connaissance. Ils découvrent que non seulement ils exercent le même métier (copiste), mais en plus qu'ils ont les mêmes centres d'intérêt. S'ils le pouvaient, ils aimeraient vivre à la campagne. Un héritage fort opportun va leur permettre de changer de vie. Ils reprennent une ferme dans le Calvados, non loin de Caen et se lancent dans l'agriculture. Leur inaptitude ne va engendrer que des désastres. Ils vont s'intéresser à la médecine, la chimie, la géologie, la politique, avec les mêmes difficultés. Lassés par tant d'échecs, ils retournent à leur métier de copiste.

Critiquant les idées reçues, Flaubert montre que, contrairement à ce que pense Hegel, l'Histoire n'a pas de fin, elle est un éternel recommencement. Les deux compères, qui étaient copistes au début du roman, retournent à leur état.

D'après Wikipédia

 

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09 juillet 2018

SIMONE DE BEAUVOIR

Simone de Beauvoir, née le 9 janvier 1908 à de Paris, ville où elle est morte le 14 avril 1986, est une philosophe, romancière, mémorialiste et essayiste française. Souvent considérée comme une théoricienne importante du féminisme, Simone de Beauvoir a participé au mouvement de libération des femmes dans les années 1970. Elle a partagé la vie du philosophe Jean-Paul Sartre.  

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Elle est la fille de Georges Bertrand de Beauvoir, éphémère avocat et comédien amateur, et de Françoise Brasseur, jeune femme issue de la bourgeoisie verdunoise. Dès le plus jeune âge, Simone se distingue par ses capacités intellectuelles.

Après la Première Guerre mondiale, son grand-père maternel, Gustave Brasseur, président de la Banque de la Meuse, fait faillite et est déclaré banqueroutier, précipitant toute sa famille dans le déshonneur et la pauvreté. La dot de Françoise est engloutie dans les dettes familiales. Les parents de Simone sont contraints, par manque de ressources, de quitter l'appartement du boulevard du Montparnasse pour un appartement, sombre, exigu, au cinquième étage, sans ascenseur, d'un immeuble de la rue de Rennes. Simone voit les relations entre ses parents se dégrader.

Dans sa jeunesse, Simone passe ses vacances d'été en Corrèze, à Saint-Ybard, dans le parc de Meyrignac, créé vers 1880 par son grand-père Ernest Bertrand de Beauvoir. On retrouve de multiples évocations de ces séjours heureux en compagnie de sa sœur Hélène dans ses Mémoires d'une jeune fille rangée. C'est au contact de la nature et au cours de longues marches solitaires dans la campagne que le désir d'une vie « hors du commun » se forge dans l'esprit de Simone. 

Simone, élevée par une mère pieuse, a perdu la foi dès sa quatorzième année (d'après les Mémoires d'une jeune fille rangée), bien des années avant l'agrégation de philosophie, avant même son départ du cours Désir et marque ainsi son émancipation vis-à-vis de sa famille.

À quinze ans, son choix est fait : elle sera un écrivain célèbre. Après le baccalauréat (1925), elle entame des études supérieures à l'Institut catholique de Paris, pour les mathématiques, et à l'Institut Sainte-Marie de Neuilly, pour les lettres. Elle obtient la première année à l'université de Paris les certificats de mathématiques générales, de littérature et de latin. L'année d'après, elle suit les cours de philosophie et obtient en juin 1927 le certificat de philosophie générale. Elle obtient finalement la licence ès lettres mention philosophie au printemps 1928, après l'obtention des certificats d'éthique et de psychologie et entame alors la rédaction d'un mémoire sur Leibniz pour le diplôme d'études supérieures. À la faculté des lettres de l'université de Paris, elle rencontre d'autres jeunes intellectuels, dont Jean-Paul Sartre, qu'elle regarde comme un génie. Dès cette époque, se noue entre eux une relation mythique que seule la mort interrompra. Elle sera son « amour nécessaire » par rapport aux « amours contingentes » qu’ils seront amenés à connaître l'un et l'autre. Simone de Beauvoir est reçue deuxième au concours d'agrégation de philosophie en 1929, juste derrière lui. La mort de Zaza, son amie d'enfance, cette même année la plonge dans une grande souffrance. 

Dès l'agrégation en 1929, Simone de Beauvoir, dite Castor — surnom que lui donne Herbaud et qui ensuite est repris par Sartre car Beauvoir est proche de l'anglais beaver (signifiant castor) — devient professeur de philosophie. Entre 1929 et 1931, elle donne quelques cours au lycée Victor-Duruy (Paris). Elle se trouve ensuite nommée à Marseille au lycée Montgrand. La perspective de quitter Sartre, lui-même nommé au Havre en mars 1931, la jette dans l'angoisse et ce dernier lui propose de l'épouser afin d'obtenir un poste dans le même lycée. Bien que viscéralement attachée à Sartre, elle rejette la proposition : « Je dois dire que pas un instant je ne fus tentée de donner suite à sa suggestion. Le mariage multiplie par deux les obligations familiales et toutes les corvées sociales. En modifiant nos rapports avec autrui, il eût fatalement altéré ceux qui existaient entre nous.» L'année suivante, elle parvient à se rapprocher de Sartre en obtenant un poste au Lycée Jeanne-d'Arc de Rouen où elle fait la connaissance de Colette Audry, enseignante dans le même lycée. Bisexuelle, elle entretient des relations amoureuses avec certaines de ses élèves, notamment Olga Kosakiewitcz et Bianca Bienenfeld, le « pacte » la liant à Sartre lui permettant de connaître des « amours contingentes ». Elle présente ses élèves à Sartre qui forment avec lui, selon un « contrat pervers », des trios, voire des quatuors, amoureux. Elle se lie également avec un élève de Sartre, « le petit Bost », futur mari d'Olga, pour laquelle Sartre se prend entretemps de passion (non réciproque). L'amitié de ce groupe d'amis surnommé « la petite famille », ou encore « les petits camarades », reste indéfectible jusqu'à la mort de chacun d'entre eux, malgré petites brouilles comme graves conflits.

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Peu avant la Seconde Guerre mondiale, le couple Sartre-Beauvoir est muté à Paris. Elle enseigne au lycée Molière de 1936 à 1939 ; elle en est renvoyée à la suite de sa liaison avec Bianca Bienenfeld, l'une de ses élèves. Beauvoir voit son premier roman Primauté du spirituel, écrit entre 1935 et 1937, refusé par Gallimard et Grasset. L'Invitée est publié en 1943. Elle y décrit, à travers des personnages imaginaires, la relation entre Sartre, Olga et elle-même, tout en élaborant sa réflexion philosophique concernant la lutte entre les consciences et les possibilités de la réciprocité. Le succès est immédiat. Elle est suspendue le 17 juin 1943 de l'Éducation nationale à la suite d'une plainte pour « excitation de mineure à la débauche » déposée en décembre 1941 par la mère de Nathalie Sorokine. Prétexte à une épuration Vichyste — la plainte aboutira à un non-lieu — ou principe de précaution, l'incertitude sur la raison réelle de son éviction fait encore aujourd'hui polémique. Elle sera réintégrée à la Libération par arrêté du 30 juillet 1945, mais n'enseignera plus jamais. Simone de Beauvoir décrit dans ses mémoires une relation de simple amitié avec cette élève. Elle écrit que l’accusation de détournement de mineur, mensongère, est une vengeance de la mère de cette élève à la suite du refus que lui aurait opposé Simone de Beauvoir d’user de son influence auprès de sa fille pour lui faire accepter un mariage avec un « parti avantageux ». Elle travaille pour la radio nationale (« Radio Vichy ») où elle organise des émissions consacrées à la musique à travers les époques.

Avec Sartre, Raymond Aron, Michel Leiris, Maurice Merleau-Ponty, Boris Vian et quelques intellectuels de gauche, elle fonde une revue : Les temps modernes qui a pour but de faire connaître l'existentialisme à travers la littérature contemporaine. Mais elle continue cependant son œuvre personnelle. Après plusieurs romans et essais où elle parle de son engagement pour le communisme, l'athéisme et l'existentialisme, elle obtient son indépendance financière et se consacre totalement à son métier d'écrivaine. Elle voyage dans de nombreux pays (É.-U., Chine, Russie, Cuba, etc.) où elle fait la connaissance d'autres personnalités communistes telles que Fidel Castro, Che Guevara, Mao Zedong, Richard Wright. Aux États-Unis, elle engage une relation passionnée avec l'écrivain américain Nelson Algren, et lui envoie plus de 300 lettres. La publication de sa correspondance avec Algren en 1997 provoque le rejet des féministes qui ne retrouvent pas la femme libre qui leur a servi d'icone, mais une Simone de Beauvoir qui a « biaisé sur sa bisexualité, construit littérairement avec Sartre un couple mythique, ou plutôt une mystification, triché en construisant par omission dans son œuvre mémoriale une image d'elle non conforme à la vérité ».

En 1949, elle obtient néanmoins la consécration en publiant Le Deuxième Sexe. Le livre se vend à plus de 22 000 exemplaires dès la première semaine et fait scandale au point que le Vatican le met à l'index. François Mauriac écrira aux Temps modernes : « à présent, je sais tout sur le vagin de votre patronne ». Le livre est traduit dans plusieurs langues et aux États-Unis, se vend à un million d'exemplaires et nourrit la réflexion des principales théoriciennes du Women's Lib. Beauvoir devient la figure de proue du féminisme en décrivant une société qui maintient la femme dans une situation d'infériorité. Son analyse de la condition féminine à travers les mythes, les civilisations, les religions, l'anatomie et les traditions choque, et tout particulièrement le chapitre où elle parle de la maternité et de l'avortement, assimilé à un homicide à cette époque. Quant au mariage, elle le considère comme une institution bourgeoise aussi répugnante que la prostitution lorsque la femme est sous la domination de son mari et ne peut en échapper.

En 1954, elle obtient le prix Goncourt pour Les Mandarins et devient l'une des auteures les plus lues dans le monde. Ce roman qui traite de l'après-guerre met en lumière sa relation avec Nelson Algren, toujours à travers des personnages imaginaires. Algren ne peut pas supporter le lien qui unit Beauvoir à Sartre. Celle-ci ne pouvant y mettre un terme, ils décident de rompre. De juillet 1952 à 1958, elle vit avec Claude Lanzmann.

À partir de 1958, elle entreprend son autobiographie où elle décrit son milieu bourgeois rempli de préjugés et de traditions avilissantes et les efforts pour en sortir en dépit de sa condition de femme. Elle décrit aussi sa relation avec Sartre en la qualifiant de totale réussite. Pourtant, bien que la relation qui les unit soit toujours aussi passionnée, ils ne sont plus un couple au sens sexuel du terme, et ce depuis longtemps, même si Beauvoir laisse entendre le contraire à ses lecteurs.

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En 1964, elle publie Une mort très douce qui retrace la mort de sa mère. D'après Sartre, c'est son meilleur écrit. Le thème de l'acharnement thérapeutique et de l'euthanasie y sont évoqués dans des lignes poignantes d'émotion. Durant cette période de deuil, elle est soutenue par une jeune fille dont elle a fait la connaissance à la même époque : Sylvie Le Bon, une jeune étudiante en philosophie. La relation qui unit les deux femmes est obscure : relation « mère-fille », « amicale », ou « amoureuse ». Simone de Beauvoir déclare dans Tout compte fait, son quatrième tome autobiographique, que cette relation est semblable à celle qui l'unissait à Zaza cinquante ans plus tôt. Sylvie Le Bon devient sa fille adoptive et héritière de son œuvre littéraire et de l'ensemble de ses biens.

L'influence de Beauvoir, associée à Gisèle Halimi et Élisabeth Badinter, a été décisive pour obtenir la reconnaissance des tortures infligées aux femmes lors de la Guerre d'Algérie et le droit à l'avortement. Elle rédige le Manifeste des 343, publié en avril 1971 par Le Nouvel Observateur. Avec Gisèle Halimi, elle a cofondé le mouvement Choisir, dont le rôle a été déterminant pour la légalisation de l'Interruption volontaire de grossesse. Tout au long de sa vie, elle a étudié le monde dans lequel elle vivait, en visitant usines et institutions, à la rencontre d'ouvrières et de hauts dirigeants politiques.

Après la mort de Sartre en 1980, elle publie La Cérémonie des adieux où elle décrit les dix dernières années de son compagnon avec des détails médicaux et intimes si crus qu'ils choquent bon nombre des disciples du philosophe. Ce texte est suivi des Entretiens avec Jean-Paul Sartre qu'elle enregistra à Rome, en août et septembre 1974, et dans lesquels Sartre revient sur sa vie et précise certains points de son œuvre. Elle veut surtout montrer comment celui-ci a été manipulé par Benny Lévy pour lui faire reconnaître une certaine « inclination religieuse » dans l'existentialisme alors que l'athéisme en était l'un des piliers. Pour Beauvoir, Sartre ne jouissait plus de toutes ses facultés intellectuelles et n'était plus en mesure de lutter philosophiquement. Elle dit également à mi-mot combien l'attitude de la fille adoptive de Sartre, Arlette Elkaïm-Sartre, a été détestable à son égard. 

De 1955 à 1986, elle s'éteint, entourée de sa fille adoptive Sylvie Le Bon de Beauvoir et de Claude Lanzmann. Elle est inhumée au cimetière du Montparnasse aux côtés de Jean-Paul Sartre. Elle est enterrée avec à son doigt l'anneau en argent aux motifs incas offert par son amant Nelson Algren au matin de leur première nuit d'amour.

Théories

Ardente avocate de l’existentialisme, elle soulève des questionnements afin de trouver un sens à la vie dans l’absurdité d’un monde dans lequel nous n’avons pas choisi de naître. Associée à celle de Sartre, son œuvre s’en différencie dans la mesure où elle aborde le caractère concret des problèmes, préférant une réflexion directe et ininterrompue sur le vécu.

Dans Le Deuxième Sexe, elle affirme : « On ne naît pas femme, on le devient » : c'est la construction des individualités qui impose des rôles différents, genrés, aux personnes des deux sexes. Sylvie Chaperon, une spécialiste du féminisme avance qu'au-delà de cette phrase emblématique, Simone de Beauvoir passe en revue une grande variété de domaines au sein desquels se construit la différence sociale entre hommes et femmes, dessinant ainsi des pistes des recherches pour les décennies suivantes, dont certaines, selon elle, restent encore à explorer.

Liste d’œuvres principales (non exhaustive)

Romans

  • 1943 : L'Invitée
  • 1945 : Le Sang des autres
  • 1946 : Tous les hommes sont mortels
  • 1954 : Les Mandarins
  • 1966 : Les Belles Images
  • Recueils de nouvelles
  • 1967 : La Femme rompue
  • 1979 : Quand prime le spirituel

Essais

  • 1944 : Pyrrhus et Cinéas 
  • 1947 : Pour une morale de l'ambiguïté 
  • 1949 : Le Deuxième Sexe 
  • 1955 : Privilèges 
  • 1957 : La Longue Marche 
  • 1970 : La Vieillesse 
  • 1972 : Faut-il brûler Sade ? 

Récits autobiographiques

  • 1958 : Mémoires d'une jeune fille rangée
  • 1960 : La Force de l'âge
  • 1963 : La Force des choses
  • 1964 : Une mort très douce
  • 1972 : Tout compte fait
  • 1981 : La Cérémonie des adieux suivi de Entretiens avec Jean-Paul Sartre

Elle a écrit aussi une pièce de théâtre (Les bouches inutiles), des articles et correspondance. Autres publications

D'après Wikipédia

 

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08 juillet 2018

*** LE JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE - OCTAVE MIRBEAU

Je n'avais encore jamais lu ce livre, seulement vu le film avec Léa Seydoux. Le roman est beaucoup plus riche ! Un incontournable de la littérature !

INCIPIT

Aujourd'hui, 14 septembre, à trois heures de l'après-midi, par un temps doux, gris et pluvieux, je suis entrée dans ma nouvelle place.

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RESUME

1900. Célestine, femme de chambre, arrive dans une nouvelle place. Elle raconte dans son journal ses impressions sur la maison, ses nouveaux maîtres, les autres domestiques, elle nous raconte aussi tous les souvenirs qu'elle a recueillis dans d'autres demeures.

MON AVIS

Un monument de la littérature et un personnage inoubliable ! Cette Célestine, quelle insolence, quelle drôlerie, on l'adore ! Et puis l'instant d'après on la déteste : aucune compassion (mais on peut la comprendre), une attirance pour le vice (Joseph)... Parfois on se demande (et elle aussi du reste), pourquoi elle ne se prostitue pas. Elle gagnerait plus d'argent ! Pourquoi n'épouse-t-elle pas un vieux riche ? Elle serait tranquille pour le restant de ses jours ! Mais elle l'explique : elle aime fréquenter ces milieux bourgeois, elle aime côtoyer le luxe, elle aime récupérer les robes de ses maîtresses... et elle aime sa liberté, son indépendance ! Quand elle en a assez, elle change de maison !

Le ton est extrêmement moderne. Le fait que ce soit Célestine qui nous raconte sa vie avec son propre langage, ses propres outrances, est très vivant et très amusant, car elle ne se refuse aucune moquerie et ne fait jamais dans la fausse pudeur. Le roman a certainement choqué son époque ! On trouve même des mots, que je n'avais jamais vus dans d'autres oeuvres du XIXe et qui sont encore aujourd'hui "à la mode" aujoud'hui : chouette, par exemple, qui n'est devenu ringard que très récemment (ma génération l'employait cent fois par jour) et rigolo...  

Le vocabulaire de Célestine exprime d'ailleurs, d'une façon générale, le caractère "hybride" de sa situation, comme elle le dit elle-même : elle est mi-chemin entre le peuple et les riches. Elle parle donc d'une façon à la fois populaire, mais riche en mots plus "savants" qu'elle a appris au contact de ses maîtres et de leurs invités. Sans éducation, elle met à profit tout ce qu'elle voit et tout ce qu'elle entend.

Mirbeau se met admirablement bien dans la peau d'une femme, il n'y a aucune fausse note. Célestine est femme jusqu'au bout des mots.

Etonnante aussi l'attitude de Joseph, lui-même "hybride" ; violeur, voleur... il respecte pourtant ses maîtres comme s'il s'agissait de sa propre famille !

Ce livre est formidable.

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Journal d'une femme de chambre, film 2015

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Le Journal d’une femme de chambre est paru chez Charpentier-Fasquelle en juillet 1900. Une première version a été publiée en feuilleton dans L'Écho de Paris, du 20 octobre 1891 au 26 avril 1892, alors que le romancier traverse une grave crise morale et littéraire et néglige de peaufiner ses feuilletons avant de les publier en volume. Une deuxième version, fortement remaniée, paraît dans la dreyfusarde Revue blanche en 1900.

La forme du journal, qui permet la juxtaposition des séquences, le passage constant du présent au passé au gré des souvenirs, et le mélange des tons et des genres, contribue à rompre avec la linéarité du roman traditionnel, avec la priorité de l’intrigue et surtout avec la prétendue objectivité des romans qui se veulent réalistes.

Mirbeau donne la parole à une soubrette, Célestine, ce qui est déjà subversif en soi, et, à travers son regard qui perçoit le monde par le trou de la serrure, il nous fait découvrir les nauséabonds dessous du « beau monde », les « bosses morales » des classes dominantes et les turpitudes de la société bourgeoise qu’il pourfend. Échouée dans un bourg normand, chez les Lanlaire, au patronyme grotesque, qui doivent leur richesse injustifiable aux filouteries de leurs « honorables » parents respectifs, Célestine évoque, au fil de ses souvenirs, toutes les places qu’elle a faites depuis des années, dans les maisons les plus huppées, et en tire une conclusion que le lecteur est invité à faire sienne : « Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. »

Le récit, éminemment démythificateur, constitue une manière d’exploration pédagogique de l’enfer social, où règne la loi du plus fort, à peine camouflée par les grimaces des nantis. Forme moderne de l’esclavage, la condition des domestiques et « gens de maison », comme on disait, est dénoncée par la chambrière, que le romancier dote d’une lucidité impitoyable : « On prétend qu’il n’y a plus d’esclavage… Ah ! voilà une bonne blague, par exemple… Et les domestiques, que sont-ils donc, sinon des esclaves ?… Esclaves de fait, avec tout ce que l’esclavage comporte de vileté morale, d'inévitable corruption, de révolte engendreuse de haines. »

Le domestique est un être « disparate », « un monstrueux hybride humain », qui « n’est plus du peuple, d’où il sort », sans être pour autant « de la bourgeoisie où il vit et où il tend. » Si tous les serfs des temps modernes sont condamnés à l’instabilité, à la surexploitation et à de perpétuelles humiliations, les femmes de chambre sont de surcroît traitées comme des travailleuses du sexe à domicile, ce qui est souvent le premier pas vers la prostitution.

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Mais Mirbeau ne nourrit pour autant aucune illusion sur les capacités de révolte de la gent domestique, qui est aliénée idéologiquement et presque toujours corrompue par ses maîtres : après avoir refusé la place de servante-maîtresse que lui propose le grotesque capitaine Mauger, Célestine, malgré sa lucidité et son dégoût, finit par devenir maîtresse à son tour et par houspiller ses bonnes, dans le petit café de Cherbourg où elle a suivi le jardinier-cocher Joseph, antisémite et sadique, enrichi par le vol audacieux de l’argenterie des Lanlaire, et dont elle s’est persuadée qu’il a violé et assassiné une petite fille…

Au-delà de cette révolte, sans lendemain, contre un ordre social hypocrite et injuste, le journal de la chambrière témoigne d’un écœurement existentiel qui est celui du romancier. Mirbeau s’emploie en effet à susciter chez nous une véritable nausée et met en lumière le tragique de la condition humaine en peignant la vie quotidienne dans tout ce qu’elle a de vide, de vulgaire et de sordide.

Mais, par la magie du style et grâce au secours des mots, qui nous vengent de tous nos maux, le roman-exutoire se révèle paradoxalement tonique et jubilatoire et la nausée apparaît comme la condition d’une élévation.

MES EXTRAITS FAVORIS

C'est rose dessus, oui, et dedans, c'est pourri... Ca ne tient pas debout, ça ne marche pas, ça ne vit qu'au moyen de ceintures, de bandages hypogastriques, de pessaires, un tas d'horreurs secrètes et de mécanismes compliqués... Ce qui ne les empêche pas de faire leur poire dans le monde... Mais oui ! C'est coquet, s'il vous plaît... Ca flirte dans les coins, ça étale des chairs peintes, ça joue de la prunelle, ça se trémousse du derrières ; et ça n'est bon qu'à mettre dans des bocaux d'esprit de vin...

 

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- Vous habituez-vous ici, Célestine ?

Cette question ?... Si je m'habitue ici ?... Voilà trois heures que je suis ici... j'ai dû me mordre les lèvres pour ne pas pouffer... Il en a de drôles, le bonhomme... et vraiment il est un peu bête

***

J'adore servir à table. C'est là qu'on surprend ses maîtres dans toute la bassesse de leur nature intime. Prudents d'abord, et se surveillant l'un l'autre, ils en arrivent peu à peu, à se révéler, à s'étaler tels qu'ils sont, sans fard et sans voiles, oubliant qu'il y a autour d'eux quelqu'un qui rôde et qui écoute et qui note leurs tares, leurs bosses morales, les plaies secrètes de leur existance, tout ce que peut contenir d'infamies et de rêves ignobles le cerveau respectable des honnêtes gens. Ramasser ces aveux, les étiqueter dans notre mémoire, en attendant de s'en faire une arme terrible, au jour des comptes à rendre, c'est une des grandes et fortes joies du métier, et c'est la revanche la plus précieuse de nos humiliations.

***

On n'a même pas le temps de s'asseoir dans la lingerie et de souffler un peu que... drinn ! drinn ! drinn ! il faut se lever et repartir... Cela ne fait rien qu'on soit indisposée... drinn ! drinn ! drinn ! Moi, dans ces moments-là, j'ai aux reins des douleurs qui me plient en deux, qui me tordent le ventre, et me feraient presque crier... drinn ! drinn ! drinn ! Ca ne compte pas... On n'a pas le temps d'être malade, on n'a pas le droit de souffrir... La souffrance c'est un luxe de maître... Nous, nous devons marcher, et vite, et toujours marcher... au risque de tomber... drinn ! drinn ! drinn ! Et si, au coup de sonnette, l'on tarde un peu à venir, alors ce sont des reproches, des colères, des scènes. [...] J'ai les reins rompus, les genoux presque ankylosés, je n'en puis plus... [...] Et dire qu'il existe une société pour la protection des animaux...

***

Monsieur ne me plairait pas pour coucher avec... Mais un de plus ou de moins, au fond, qu'est-ce que cela ferait ? Je pourrais lui donner du bonheur au pauvre gros père qui en est si privé, et j'en aurais de la joie aussi, car, en amour, donner du bonheur aux autres, c'est peut-être meilleur que d'en recevoir, ds autres... Même lorsque notre chair reste insensible à ses caresses, quelle sensation délicieuse et pure de voir un pauvre bougre dont les yeux se tournent, et qui se pâme dans nos bras !

***

Un domestique, ce n'est pas un être normal, un être social... C'est quelqu'un de disparate, fabriqué de pièces et de morceaux qui ne peuvent s'ajuster l'un dans l'autre... C'est quelque chose de pire : un monstrueux hybride humain... Il n'est plus du peuple d'où il sort ; il n'est pas non plus de la bourgeoisie où il vit et où il tend... Du peuple qu'il a renié, il a perdu le sang généreux et la force naïve... De la bourgeoisie, il a gagné les vices honteux, sans avoir pu acquérir les moyens de les satisfaire... et les sentiments vils, les lâches peurs, les criminels appétits, sans le décor, et, par conséquent, sans l'excuse de la richesse... L'âme toute salie, il traverse cet honnête monde bourgeois et rien que d'avoir respiré l'odeur mortelle qui monte de ces putrides cloaques, il perd, à jamais, la sécurité de son esprit, et jusqu'à la forme même de son moi... Au fond de tous ces souvenirs, parmi ce peuple de figures où il erre, fantôme de lui-même, il ne trouve à remuer que de l'ordure, c'est-à-dire de la souffrance... Il rit souvent, mais son rire est forcé. Ce rire ne vient pas de la joie rencontrée, de l'espoir réalisé, et il garde l'amère grimace de la révolte, le pli dur et crispé du sarcasme. Rien n'est plus douloureux et laid que ce rire ; il brûle et dessèche...

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Après les secousses de la volupté, j'ai besoin - un besoin immense, impérieux - de cette détente chaste, de cette pure étreinte, de ce baiser qui n'est plus la morsure sauvage de la chair, mais la caresse idéale de l'âme... J'ai besoin de monter de l'enfer de l'amour, de la frénésie du spasme, dans le paradis de l'extase... dans la plénitude, dans le silence silencieux et candide de l'extase.

***

Le lendemain, il ne fut pas question de me rendre l'argent, et je ne voulus pas le réclamer. Ca me faisait plaisir qu'il eût quelque chose de moi... Et je comprends qu'il y ait des femmes qui se tuent de travail, des femmes qui se vendent aux passants, la nuit, sur les trottoirs, des femmes qui volent, des femmes qui tuent... afin de rapporter un peu d'argent et de procurer des gâteries au petit homme qu'elles aiment.

***

Madame eut le toupet d'enlever le poêle de ma chambre pour l'installer dans la pièce où couchaient le singe et les chats.

***

Les pauvres sont l'engrais humain où poussent les moissons de vie, les moissons de joie que récoltent les riches, et dont ils mésusent si cruellement contre nous...

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

DroguetÉtoffe grossière de laine ou généralement de serge moitié fil et moitié laine, formant une sorte de drap mince et étroit.

Montant (avoir du) : Caractère entraînant, charmant d'une personne, agrément très vif que l'on prend à une chose. 

ResserreEndroit où l'on met à l'abri, où l'on range certaines choses (provisions, outils). 

Pessaire : Dispositif introduit dans le vagin pour maintenir l'utérus dans sa position normale. Dispositif introduit dans le vagin servant de préservatif anticonceptionnel pour la femme (ancêtre du diaphragme).

Esprit de vin : Alcool.

Poire (faire sa) : Prendre un air dédaigneux. 

Pignocher : Manger sans appétit, du bout des dents, par petits morceaux. Peindre à petits coups de pinceaux et avec minutie.

Pécore : Jeune fille ou femme sotte, prétentieuse et impertinente.

Crasserie : Avarice sordide; comportement, action d'avare.  Bassesse morale. Vilenie, méchant tour.

Dourlans : Bal populaire qui se tenait là où est aujourd'hui la salle Wagram à Paris.

Mâtiche : Interjection pour marquer l'étonnement. Aujourd'hui on dirait waouh ou nom d'un chien !

Tapé :  Bien fait, dit à propos, bien réussi, bien envoyé.

TorchéQui est bien ou mal vêtu. 

Pulmonique : Atteint d'une affection du poumon, en particulier de tuberculose pulmonaire.

PlacetÉcrit adressé à une personne détenant un pouvoir pour lui demander justice, obtenir une grâce, une faveur. 

Catarrhe Inflammation et hypersécrétion des muqueuses, particulièrement des voies respiratoires. Gros rhume.

Piaffe (faire de la)Faire de l'épate, se donner des grands airs. 

Pique : Brouille, désaccord entre des personnes qui se sont vexées réciproquement.

Coule (être à la)Avoir ou procurer une vie aisée, facile ; avoir bon caractère, être indulgent. Être au courant, savoir tirer avantage d'une situation particulière. Apprendre à quelqu'un la façon de se procurer de petits profits. 

Fouiller (se) : Attendre en vain ce qu'on croyait pouvoir obtenir. 

NonceEcclésiastique ambassadeur du Saint-Siège auprès d'un gouvernement étranger. 

Drumont Edouard : Né à Paris le 3 mai 1844 où il est mort le 3 février 1917, journaliste, écrivain, polémiste et homme politique français, fondateur du journal La Libre Parole, antidreyfusard, nationaliste et antisémite. Il est également le créateur de la Ligue nationale antisémitique de France. Édouard Drumont est l'une des principales figures historiques de l'antisémitisme en France.

Coulage : Chapardage.

MoxaSubstance (telle que la poudre d'armoise) à laquelle on a donné le plus souvent la forme d'un cône, qu'on fait brûler lentement sur la peau ou à une faible distance du corps; p. méton., l'application de cette substance sur la peau.

Poule et au gibier (jouer à la) : Partie où l'enjeu est une pièce de gibier. 

Mêlé-cassis : Mélange d'eau-de-vie et de cassis. 

Bréviaire : Livre contenant l'ensemble des prières que les prêtres, les religieux de l'Église catholique ont l'obligation de dire chaque jour, à certaines heures.

GrelinGros cordage composé d'aussières commises ensemble et, par conséquent, très fort.

Bronzé : Endurci.

Reviviscence :  Fait de reprendre vie, retour à la vie.

GrisetteÉtoffe commune de teinte grise; p. ext. vêtement fait de cette étoffe que portaient les hommes et les femmes du commun. Jeune fille ou jeune femme de médiocre condition, ouvrière ou employée de maison de couture, de modes, etc...  Jeune ouvrière coquette et se laissant facilement courtiser.

Lilial : Qui rappelle le lis par sa blancheur, son parfum ou sa pureté.

AntiphonaireRecueil où sont inscrits des antiennes et autres parties de l'office, avec leur(s) notation(s) en plain-chant

Fucus : Grande algue marine généralement brune, à frondes rubanées dichotomes et utilisée pour sa richesse en mucilage, iode, potassium, etc.

Platine : Verve, faconde, bagout.

Théologal : Qui se rapporte à la théologie, qui a Dieu pour objet.

PrôneInstruction, accompagnée d'avis, qu'un prêtre fait aux fidèles à la messe paroissiale du dimanche.

GorgerettePièce de vêtement féminin couvrant une partie de la poitrine.

Alumnat : Maison d'enseignement au moyen duquel certaines Congrégations préparent leur recrutement.

Harengère : Marchande de poisson, et de harengs en particulier. Femme aux manières et au langage grossiers. 

Accouflé : Accroupi, comme une poule en train de couver ses oeufs.

Turne : Maison mal tenue, logement sale et misérable. Chambre, pièce exiguë et sans confort.

RogatonReligieux d'un ordre mendiant qui portait des reliques, des indulgences. Petit écrit sans valeur. Objet de rebut; objet sans valeur. Restes de viandes, de pain, ou d'un plat qui a déjà été servi.

PapelardFaux, hypocrite, sous une apparence doucereuse et affable. Faux dévot.

AssomptionnisteReligieux appartenant à la congrégation des Augustins de l'Assomption fondée à Nîmes en 1847.

Tintenelle : Clochette.

LustrineÉtoffe de soie. Étoffe de coton fortement apprêtée et glacée sur une face. 

Déroulède PaulPaul Déroulède, né à Paris le 2 septembre 1846 et mort à Nice, sur le mont Boron, le 31 janvier 1914 (à 67 ans), est un poète, auteur dramatique1, romancier et militant politique français. Son rôle de fondateur de la Ligue des patriotes et son revanchisme en font un acteur important de la droite nationaliste en France.

Mercier Auguste, général : Auguste Mercier (né à Arras le 8 décembre 1833, mort à Paris le 3 mars 1921) est un général français, ministre de la Guerre au moment de l'Affaire Dreyfus.

Serge : Étoffe présentant de fines côtes obliques.

Monthyon (prix)Le prix Montyon est un ensemble de prix créés à l'initiative de Jean-Baptiste Auget de Montyon (1733-1820) et décernés par l'Académie française et par l'Académie des sciences.Jean-Baptiste de Montyon avait fondé trois prix, tous trois appelés prix Montyon. Les deux premiers sont décernés par l'Académie française : le premier sous la dénomination de prix de vertu, était remis à des personnes méritantes (n'existe plus depuis 1936), le second, prix pour l'ouvrage littéraire le plus utile aux mœurs, fut remis pour la première fois en 1782 (existe toujours). Le troisième est un prix scientifique remis par l'Académie des sciences (aujourd'hui décerné tous les cinq ans).

Rosière : Jeune fille à laquelle on décerne solennellement, dans certaines localités, un prix de vertu symbolisé par une couronne de roses, et une récompense.

Minium : Pigment rouge à rouge orangé constitué par un oxyde de plomb. Les femmes s'en servaient comme fard.

Filoselle : Résidu des cocons de vers à soie qui, mélangé à du coton, était autrefois utilisé dans la confection de rideaux, de tentures ou d'objets de bonneterie. Etoffe fabriquée avec la filoselle.

Voiture de grande remise : Voiture louée pour une course (ancêtre des taxis, comme les fiacres).

Galbeux : Qui a du galbe, joli, élégant, notamment en parlant du visage.

PiqueurDomestique qui précédait les carrosses, les voitures des nobles ou des riches bourgeois. Employé qui était chargé de soigner et de dresser les chevaux dans un manège, une écurie.

ExostoseExcroissance de tissu osseux, d'origine traumatique, inflammatoire ou congénitale, qui se développe à la surface d'un os.

SteepleCourse d'obstacles au cours de laquelle les chevaux doivent franchir des haies, des murs, des fossés.

Pierreuse : Prostituée de bas étage.

Factage : Transport et livraison de marchandises.

CapillaireFougère à pétioles longs, ressemblant à des cheveux.

Poulet : Billet doux.

Coaltar : Goudron minéral extrait de la houille utilisé pour prévenir la pourriture des bois (bois injecté de coaltar, peinture au coaltar) et en thérapeutique comme puissant désinfectant (émulsion, poudre de coaltar ; poudre au coaltar). Gros vin rouge.

Trois-six : Alcool plus fort que la fine, à trois mesures d’alcool pour six mesures de mélange, à l’origine.

Fine : Eau-de-vie de raisin, principalement de Cognac, de grande qualité.

Prieuré : Un prieuré est un monastère, le plus souvent subordonné à une abbaye plus importante ; il est placé sous l'autorité d'un prieur, lui-même dépendant d'un abbé plus important.

 

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06 juillet 2018

L'ALGERIE DE 1800 A 1950

De 1671 à 1830, l'Algérie est sous la domination de l'Empire ottoman, dont les deys sont les représentants.  

Les puissances occidentales cherchent à se débarrasser de la prédation maritime (piraterie) et de la réduction en esclavage de leurs ressortissants, phénomène nommé Traite des esclaves de Barbarie, toujours d'actualité au début du XIXe siècle. Les expéditions contre Alger se succèdent. Ces opérations ponctuelles ont quelque effet (en particulier l'expédition anglaise permet de délivrer de nombreux esclaves), mais le corso (la piraterie maritime) reprend une fois les Occidentaux repartis. La conquête française de l'Algérie prend la suite de ces expéditions avec, en partie du moins, les mêmes motifs (faire cesser le corso), auxquels s'ajoute une volonté de conquête.

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Bombardement d'Alger par une flotte anglo-hollandaise en 1816

En principe, l'autorité des Ottomans s'étend sur l'ensemble de la régence d'Alger, c'est-à-dire le nord de l'Algérie actuelle. Mais en réalité celle-ci varie selon l'époque et les régions concernées. Ainsi des régions montagneuses comme la Kabylie et ou les Aurès entrent à de nombreuses reprises en révolte contre l'Autorité ottomane. Les Ottomans sont incapables d'étendre leur autorité aux régions sahariennes. Le Sahara est l'axe principal des échanges commerciaux entre l'Afrique noire et le nord.

En 1823, les Beni Abbas de la Basse Kabylie entrent en révolte contre l'autorité de la Régence et coupent les voies de communication entre Alger et Constantine. Ce n'est qu'après plusieurs mois de combats que l'agha Yahia peut négocier la soumission des tribus révoltées.

Le gouvernement français utilise un prétexte (le « coup d'éventail » de 1827) pour entreprendre la conquête d'Alger (1830). Le gouvernement ultra du prince de Polignac, espère renouer avec les conquêtes militaires de Napoléon et consolider l'influence française dans le bassin occidental de la Méditerranée.

Lors de la bataille de Staoueli (19 juin 1830), les troupes françaises prennent l'avantage sur l'armée ottomane.

Le 5 juillet, les Français occupent Alger et, le jour même, le dey Hussein signe l'acte de capitulation. Les caisses de l'État seront pillées. Les janissaires d'Alger sont expulsés pour l'Asie Mineure. La France accapare toutes les terres du Beyliks (propriétés publiques).

Après la prise d’Alger par les Français, l’effondrement du pouvoir ottoman dans le beylik de l'ouest ouvre une période d’anarchie. Les habitants de Tlemcen sollicitent la protection du sultan marocain Abd ar-Rahman, qui envoie son beau-père Moulay Ali ibn Sulayman ainsi qu’Idris al-Jirari, le gouverneur d’Oujda. Cependant, ils n'arrivent pas à unir les deux factions rivales de la ville, l'élite citadine pro-marocaine et les Kouloughlis.

Le 1er décembre 1830, Louis-Philippe nomme le duc de Rovigo chef du haut-commandement en Algérie. Celui-ci réussit à s'emparer de Bône et met en œuvre activement la colonisation. La violence de ses actions choque tant qu'il est rappelé en 1833. Le 15 décembre 1830, un arrêté du général en chef Clauzel prononce la déchéance de Ahmed, bey de Constantine ; celui-ci contrôle néanmoins la majeure partie du beylicat de Constantine jusqu’à la prise de la ville en 1837.

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Alger, XVIIIe

Au retour d'une expédition contre les Smalas, le 4 février 1834, après avoir battu Abd El-Kader, le général Desmichels signe avec ce dernier un traité aux termes duquel la France reconnait l'autorité de l'émir sur l'Oranie, en contrepartie de la reconnaissance de la présence française dans les villes du littoral.

Mostafa ben Smaïl refuse de reconnaître l'autorité d'Abd El-Kader. Ce dernier, avec l'aide de ses alliés français, est victorieux de Mostafa ben Smaïl le 13 juillet 1834. Le 22 juillet, l'ex-Régence d'Alger devient « Possession française d'Afrique du Nord ». La « convention du figuier » est signée, en juin 1835, entre la France et les tribus des Douaïr et des Zmela qui deviennent alors « des sujets français ».

Abd El Kader attaque des tribus alliées de la France et bat le général Trézel dans les marais de la Makta près de son fief de Mascara, dans l'Ouest algérien. Il encercle la ville voisine d'Oran pendant 40 jours. Arrivé en renfort de métropole, le général Bugeaud inflige une défaite à Abd El Kader.

Le 13 janvier 1836, le général Clauzel décide la reprise des hostilités. Il s’empare de Mascara (décembre 1835) puis de Tlemcen où il installe une garnison. Puis il soumet les tribus du Cheliff en mars 1836 et chasse le représentant de l’émir à Médéa, déserté par sa population le 4 avril 1836. Considérant que la menace est conjurée à l’ouest, il destitue le bey de Constantine et nomme à sa place le chef d’escadron Youssouf, qui s’établit provisoirement à Bône.

En 1836, différents combats ont lieu entre Abd el-Kader et les troupes françaises.

Le traité de Tafna est signé, le 30 mai 1837, entre le général Bugeaud et l'émir Abd el-Kader. L'émir obtient les deux tiers du territoire de l'ex-régence (province de Titteri et province d’Oran, à l’exception des villes d'Oran, d'Arzew et de Mostaganem). Il établit sa capitale à Mascara. Les Français se chargent d'exiler ses propres opposants. Damrémont entre en contact avec le bey de Constantine pour obtenir une Convention du même type, mais Ahmed rejette son ultimatum le 19 août.

Abd el-Kader entreprend la réorganisation administrative de son territoire, qui est divisé en trois califats, en respectant l’organisation politique tribale. Il ne partage son pouvoir de décision avec l'assemblée tribale qu’en ce qui concerne la conduite de la guerre sainte.

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Abd el Kader

Le 13 octobre 1837, le Gouverneur général reçoit l’ordre de marcher sur Constantine avec 10 000 hommes. La ville est prise après sept jours de siège. Damrémont a été tué la veille d’un coup de canon. Son successeur le général Valée s’attache à organiser la province de Constantine, puis doit affronter Abd el-Kader.

L'armée française passe, en septembre 1839, les « Portes de fer » dans la chaîne des Bibans, territoire que l'émir comptait annexer. Abd El-Kader, considérant qu'il s'agit d'une rupture du traité de Tafna, reprend, le 15 octobre 1839, la guerre contre la France. Ses partisans pénètrent dans la Mitidja, massacrent des colons européens et détruisent la plupart des fermes. Valée reçoit des renforts et se trouve à la tête d’une armée de 60 000 hommes, mais ses succès restent limités en raison de la politique d'occupation restreinte, qualifiée de chimère par Bugeaud à la Chambre des députés en janvier 1840. Abd el-Kader a constitué une armée régulière de 10 000 hommes instruits par les Turcs et des déserteurs européens. L'émir dispose d’une fabrique d’arme à Miliana, d'une fonderie de canon à Tlemcen, et reçoit des armes européennes par le Maroc.

Le 22 février 1841, Bugeaud, nommé gouverneur général de l’Algérie française, arrive à Alger (fin en 1847). Il décide la reprise des hostilités en vue d’une conquête totale de l'Algérie. L’effectif des troupes passe de 63 000 (1840) à près de 110 000 hommes. Par l’intermédiaire du « bureau arabe », Bugeaud recrute des autochtones et pose les premières bases de l’armée d'Afrique. Il encourage l’établissement de colonies. Abd el-Kader de son côté dispose de 8 000 fantassins, 2 000 cavaliers, 240 artilleurs, auxquels il faut ajouter les irréguliers (environ 50 000 cavaliers et goumiers).

Le 25 mai 1841, l’armée française occupe Tagdempt, puis Mascara le 30 mai (la nouvelle et l’ancienne capitale de l’émir), razziant les tribus favorables à l’émir et détruisant les récoltes et les silos à grains. Abd el-Kader fait en vain appel au sultan ottoman.

Le 23 août 1841, le Cheik el Kadiri, lors d'une réunion au Caire, publie une fatwa qui précise que les tribus sont autorisées à ne pas obéir à Abd El-Kader et qu'il est insensé de faire la guerre aux chrétiens, tant que ceux-ci laissent les musulmans exercer librement leur culte.

Le 16 mai 1843, Le duc d’Aumale attaque par surprise avec 600 cavaliers la smala d'Abd el-Kader à la source de Taguin et fait 3 000 prisonniers.

Le 1er février 1844, la France crée une direction des Affaires arabes supervisant les bureaux arabes locaux dans les provinces d’Alger, Oran et Constantine pour d'établir un contact avec la population indigène.

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Cavalier rouge d'Abd el Kader

Le 30 mai 1844, des troupes marocaines attaquent les troupes françaises basées dans l’Oranais et sont repoussées par le général Lamoricière. Abd el-Kader, réfugié au Maroc devant l’avance des troupes françaises, convainc le sultan Mulay Abd ar-Rahman, d’envoyer une armée à la frontière algéro-marocaine. Les incidents de frontières qui se multiplient entre le Maroc et l’Algérie obligent les militaires français à construire un fort à Lalla-Marnia au début de l’année. Le sultan du Maroc proteste contre ce qu’il considère comme une violation de territoire et appelle à la guerre sainte les tribus marocaines. Bugeaud, pour ne pas mécontenter la Grande-Bretagne, entre en pourparlers avec le caïd d’Oujda mais les négociations sont interrompues par une attaque de la cavalerie marocaine le 15 juin. Le 14 août 1844, le général Bugeaud écrase l'armée du sultan marocain à la bataille d'Isly. L'armée marocaine se replie en direction de Taza. Le sultan s'engage alors à interdire son territoire à Abd el-Kader en traitant avec la France.

Si les troupes d'Abd El Kader sont victorieuses lors de la bataille de Sidi-Brahim (23 au 26 septembre 1845) engagée par le colonel Montagnac, celui-ci doit se rendre aux spahis (nomades des régions steppiques de l'Algérie) du colonel Yusuf en décembre 1847. Placé en résidence surveillée pendant quatre ans en France, l'émir est libéré par Napoléon III, puis réside le restant de sa vie en Syrie.

Le 12 décembre 1848, la nouvelle Constitution française déclare l’Algérie partie intégrante du territoire français. Bône, Oran et d'Alger deviennent les préfectures de trois départements français (Alger, Oran et Constantine). Les musulmans et juifs d'Algérie deviennent « sujets français » sous le régime de l'indigénat.

Le territoire de l'ex-Régence d'Alger est donc officiellement annexé par la France, mais la région de la Kabylie qui ne reconnaît pas l'autorité de l'émir Abd el-Kader, et donc sa soumission à la France en 1847, résiste encore. L'armée française d'Afrique contrôle alors tout le nord-ouest de l'Algérie. Les succès remportés par l'armée française sur la résistance d'Abd el-Kader, renforcent la confiance française, et permettent de décréter, après débats, la conquête de la Kabylie qui doit intervenir à l'issue de la guerre de Crimée (1853-1856) qui mobilise une partie des troupes françaises. Napoléon III souhaite disposer d'une force suffisante pour permettre une conquête durable de la Kabylie.

Le 26 novembre 1849, l’oasis de Zaatcha, dans le Sud algérien entre Biskra et Ouargla, dernier îlot de résistance d'insurgés conduits par Bou Zian, ancien compagnon d’arme d’Abd el-Kader, tombe aux mains des troupes françaises au bout de 53 jours de siège. Sur 7 000 soldats français engagés, 1 500, dont 30 officiers, sont tués ou blessés, et 600 meurent du choléra.

Entre 1849 et 1852, la domination française s'étend à la Petite Kabylie. Le 11 juillet 1857, le dernier réduit de la résistance kabyle en Djurdjura est pris d’assaut par les troupes françaises. La maraboute Lalla Fatma N'Soumer est capturée. Avec la soumission de la Grande Kabylie, la France met fin à la résistance algérienne.

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Napoléon III rend la liberté à l'émir Abd el-Kader, tableau par Ange Tissier (1861)

La guerre, presque ininterrompue entre 1830 et 1872 a été extrêmement violente. Elle explique, pour partie, le déclin démographique d'environ 875 000 personnes. Selon les travaux d'Olivier Le Cour Grandmaison, cette diminution de l'« élément arabe » est considérée comme bénéfique sur le plan social et politique, car il réduiit avantageusement le déséquilibre numérique entre les « indigènes » et les colons. La conquête entraîne la destruction d'un nombre important de bâtiments dont l'objectif aurait eu pour but d'effacer l'identité culturelle et religieuse. Dans un rapport adressé à Napoléon III, un des généraux français résume la détermination de l'administration française à combattre les institutions culturelles algériennes en disant : « Nous sommes tenus de créer des entraves aux écoles musulmanes… chaque fois que nous le pouvons… En d'autres termes, notre objectif doit être de détruire le peuple algérien matériellement et moralement ».

Selon Daniel Lefeuvre, ce déclin de population est également dû aux crises sanitaires (invasions de sauterelles en 1866 et 1868, hiver très rigoureux en 1867-1868), occasionnant une grave famine suivie d'épidémies (de choléra qui ont eu lieu entre 1861 et 1872.

La population algérienne connaît ensuite une rapide augmentation grâce à la médecine occidentale amenée par les Français.

Napoléon III essaye de transformer la conquête en un « royaume arabe » associé à la France et dont il serait lui-même le souverain. En 1865, 225 000 colons, français ou européens possèdent environ 700 000 hectares.

Le 14 juillet 1865, un sénatus-consulte laissant « le libre choix de la citoyenneté française aux Algériens tout en leur assurant sans condition les droits civils des Français ». Ce texte est considéré comme le plus libéral de la législation coloniale française. Les Juifs d’Algérie peuvent obtenir leur naturalisation française s'ils la demandent.

Le 27 décembre 1866, un décret crée des conseils municipaux élus par quatre collèges séparés français, musulman, juif et étrangers européens ; les Français disposent des deux tiers des sièges ; dans les « communes de plein exercice », les maires ont des adjoints indigènes.

À la fin du Second Empire, la population algérienne est confrontée à partir de 1866-1868 à des difficultés agricoles considérables qui génèrent la Famine algérienne de 1866-1868.

Les premiers colons sont les militaires français débarqués en 1830 et leurs familles. L'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne après la guerre de 1870 entraîne un exode de population qui viendra s'établir en Algérie : plus de 500 000 hectares sont confisqués après la révolte de 1871 et attribués aux réfugiés. Le nombre des colons passe de 245 000 en 1872 à plus de 750 000 en 1914. De leur côté les indigènes voient leur nombre passer de 2 000 000 à 5 000 000 grâce, en partie, à l'action sanitaire de la colonisation.

L'avènement de la Troisième République provoque de grands troubles en Algérie, notamment entre civils et militaires. La Troisième République mène une politique d'assimilation : francisation des noms, suppression des coutumes musulmanes.

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Le 24 octobre 1870, les décrets du Gouvernement provisoire mettent notamment fin au gouvernement militaire en Algérie, pour le remplacer par une administration civile, et accordent la nationalité française aux Juifs d'Algérie par le décret Crémieux. La très ancienne communauté juive d’Algérie se trouve séparée des musulmans et bientôt exposée à l’antisémitisme qui gagne les colons. Le décret Crémieux permet la promotion d’une communauté en majorité pauvre et augmente la population française d’Algérie de 37 000 nouveaux citoyens. Le décret Crémieux (1870) en accordant aux juifs algériens le même statut que les Français d'Algérie divise les autochtones car les musulmans ne tiennent pas, dans un premier temps, à ce statut de citoyen français, surtout en raison de leur culture et religion. Plus tard, on accordera la citoyenneté française aux musulmans qui le demanderont expressément. Globalement, la communauté européenne et la communauté musulmane vivent ensemble mais sans se mélanger

À la suite des décrets, de la défaite de la France en Europe dans la guerre franco-prussienne, de la lutte que se livrent colons et militaires pour le pouvoir et à cause de la condition misérable des indigènes favorisée par plusieurs années de sécheresse et de fléaux, la dernière grande révolte d'Algérie a lieu en 1871. Elle débute au mois de janvier avec l'affaire des Spahis, s'aggrave en mars avec l'entrée en dissidence de Mohamed El Mokrani, qui fait ensuite appel au Cheikh El Haddad, le maître de la confrérie des Rahmaniya. Plus de 150 000 Kabyles se soulèvent et le mouvement touche une grande partie de l'Algérie. La révolte est cependant rapidement et sévèrement réprimée.

Les biens des insurgés ayant échappé à la destruction sont confisqués selon les mesures préconisées par le général de Lacroix en décembre 1871. La loi du 21 juin 1871 attribue 100 000 hectares de terres en Algérie aux immigrants d'Alsace-Lorraine. Le 26 juillet 1873, est promulguée la loi Warnier visant à franciser les terres algériennes et à délivrer aux indigènes des titres de propriété. Cette loi donne lieu à divers abus et une nouvelle loi la complétera en 1887. Son application sera suspendue en 1890.

Le Code de l'indigénat est adopté le 28 juin 1881 ; ce code distingue deux catégories de citoyens : les citoyens français et les sujets français. Les sujets français soumis au Code de l'indigénat sont privés de la majeure partie de leurs libertés et de leurs droits politiques ; ils ne conservent au plan civil que leur statut personnel, d'origine religieuse ou coutumière.

Dans le sud, la prise de Laghouat et de Touggourt, la soumission des Beni-M'zab du Mzab (1852) et celle du Souf, reculent les limites de l'Algérie jusqu'au grand désert, territoire autonome, non soumis aux Ottomans, et jusque-là contrôlé par une confédération de tribus nomades touarègues, les Kel Ahaggar. À la suite de la bataille de Tit, le lieutenant Guillo Lohan reçoit la soumission à la France des Kel Ahaggar en novembre 1902, dans le Hoggar.

Pour faire face aux pertes humaines de la Grande Guerre, la France mobilise les habitants des départements français d'Algérie : Musulmans, Juifs et Européens. Selon Gilbert Meynier, ce recrutement est relativement facile grâce au paternalisme des officiers et dans une indifférence générale malgré quelques révoltes en 1914 et 1917.

Les Algériens ont été de toutes les grandes batailles de l'armée française de la Première Guerre mondiale. Ils se sont distingués notamment à la Bataille de Verdun, sur la Somme en 1916, ou encore au chemin de Dames en 1917.

D'après Wikipédia

 

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03 juillet 2018

PIERRE-JAKEZ HELIAS

Pierre-Jacques Hélias, dit Pierre-Jakez Hélias, né le 17 février 1914 à Pouldreuzic (Finistère) et mort le 13 août 1995 à Quimper, est un journaliste français, homme de lettres et folkloriste de langues bretonne et française. Il est particulièrement connu pour son livre Le Cheval d'orgueil, adapté au cinéma par Claude Chabrol en 19802.

Il est issu d’une famille de paysans pauvres du Pays Bigouden. Après leur mariage, son père et sa mère se sont installés à Pouldreuzic, dans la maison du grand-père maternel, cantonnier, qui joue un rôle important dans l'éducation de son petit-fils. Son autre grand-père, Alain Hélias, sabotier, est moins présent, mais a aussi une influence car il est un « conteur merveilleux » ; à quinze ans, Pierre-Jakez transcrit plusieurs de ces contes.

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Pierre-Jakez passe son enfance dans un milieu bretonnant : le français, langue de l’école et de l’état civil, n’est pas utilisé dans la vie courante. Il ne commence à l’apprendre qu'en entrant à l'école primaire publique ; sans renier sa langue maternelle, il se prend d'affection pour cette nouvelle langue. Dans sa famille, le français est tout de même connu de ses grands-pères et de ses parents. Il a aussi des oncles qui vivent à Rennes et à Paris (Pierre-Jakez fait un séjour à Paris chez l'un d'eux en 1926, et un autre en 1929), dont certains mariés à des non bretonnantes.

Avant son mariage, son père était un « grand valet » (mevel braz), un second d'exploitation ; après la guerre, il devient bûcheron et conducteur à la scierie du village, plus ou moins contremaître de l'entreprise. Sur le plan politique, il fait partie du clan des « rouges », c'est-à-dire des républicains radicaux. Cela n'empêche pas Pierre-Jakez de recevoir l'instruction religieuse habituelle.

L'enfant a d'excellents résultats scolaires et, en 1925, est reçu au concours des bourses de lycée : il part faire ses études secondaires comme interne au lycée La Tour d'Auvergne de Quimper . En cinquième, vu ses résultats, il est réorienté de section moderne en section classique, mais dispensé de grec. Il passe le baccalauréat (philosophie) en 1932.

Après le baccalauréat, il envisage d'entrer dans la vie active, mais à l'instigation d'un professeur, il part en classe préparatoire à l'ENS (Première supérieure) au lycée de Rennes. Il choisit de faire lettres classiques et commence donc l'étude du grec ; c'est aussi à cette époque qu'il prend contact avec Pierre Le Roux, titulaire de la chaire de Celtique à Rennes et François Vallée, auteur d'un dictionnaire breton-français.

N'ayant pas envisagé d'accéder à l'ENS, il poursuit ses études supérieures à la faculté des lettres de l'université de Rennes, tout en étant surveillant d'internat, à partir de novembre 1934, d'abord au lycée de Pontivy, puis de Quimper, puis de Saint-Brieuc. Il retrouve Rennes en 1936 et obtient sa licence. Parallèlement à ses études, il est président de la Corporation des étudiants en Lettres et a une action syndicale en direction des surveillants d'internat, rédigeant une feuille d'information L'Avant-garde universitaire ; il s'intéresse aussi au théâtre. En août 1937, il rencontre Jean Zay venu inaugurer un monument à Plozévet qui le recommande à Léo Lagrange comme auteur de textes pour les Auberges de Jeunesse. Pierre-Jakez collabore un moment à la revue Viens avec nous et dirige des auberges (à Paramé, puis en forêt de Brocéliande).

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Après son diplôme, il entre dans l'enseignement à la rentrée 1938.

En 1939, il est mobilisé, fait ses classes à Vannes, puis est envoyé à l'école des officiers d'artillerie à Fontainebleau ; en juin 1940, l'école est évacuée avant l'arrivée des Allemands et il est démobilisé en Haute-Vienne, puis rentre à Rennes. Durant la guerre, il est professeur à Rennes, puis à Fougères, où il participe à la résistance. Durant cette période, il a l'occasion de rencontrer Jean Vilar et Jean Guéhenno. Après la Libération, il est un moment rédacteur en chef du journal du MLN, Vent d'Ouest.

De 1946 à sa retraite en 1975, il est professeur de lettres à l'École normale de Quimper ; en 1974, il obtient l'agrégation de Lettres modernes au tour extérieur, sans passer les épreuves. Dans les années 1970, il est aussi chargé de cours de celtique à l'université de Bretagne occidentale.

Au sein de la Ligue de l'enseignement, il est membre de la commission Théâtre de 1946 à 1954, se trouvant alors très proche du TNP et de Jean Vilar ; en 1954, il devient membre de la Commission Folklore, participant à des actions en France, mais aussi en Afrique (stage de 1958 à Abidjan).  

Action pour la culture bretonne

En 1946, il est chargé, avec Pierre Trépos, de relancer les émissions de radio en langue bretonne, mission qu'il assumera jusqu'en 1960 à raison d'une émission par semaine, écrivant des sketches et des pièces de théâtre. Lui et Pierre Trépos créent rapidement deux personnages récurrents, Jakez et Gwilhou. Au bout d'un an, il obtient les moyens de faire des reportages, ce qui lui permet d'accumuler un matériel ethnographique important. Un peu plus tard, il prolonge l'émission de radio en participant à des rencontres avec les auditeurs.

Cofondateur du festival de Cornouaille en 1948, il en est longtemps le conseiller et l'animateur. Pour le festival, il est amené à écrire plusieurs pièces de théâtre, ainsi que des manifestes à l'occasion de certaines difficultés.

Membre des associations Ar Falz et Emgleo Breiz, il se tient à l'écart des mouvements nationalistes bretons et vit avec pragmatisme sa double appartenance culturelle, enseignant le français et écrivant dans les deux langues. Il a été membre du comité d'honneur de la Maison internationale des poètes et des écrivains de Saint-Malo.

Durant un long congé maladie, il est sollicité par Ouest-France pour tenir une chronique hebdomadaire, d'abord dans l'hebdomadaire La Bretagne à Paris, puis dans le quotidien. Il s'agit d'une chronique bilingue (français-breton), pour laquelle il utilise le matériel accumulé lors des reportages radiophoniques, et dont il fera la matière de ses premiers grands livres. I 

Le Cheval d'orgueil est écrit à la demande de Jean Malaurie et publié en 1975 : ce récit de son enfance lui vaut une célébrité nationale. En 1977, il publie Les Autres et les miens, recueil de contes, puis des romans en français. En 1971, il participe aux premières émissions de télévision en breton Breizh o veva (« Bretagne vivante »).

En 1990, il prolonge Le Cheval d'orgueil par Le Quêteur de mémoire qui concerne sa vie d'adulte et évoque à partir de là les problèmes de la culture bretonne.

En 1991, il est décoré de l'ordre de l'Hermine.

Publications
 
Il a écrit, en breton et en français, d'innombrables récits, contes, poésies, et pièces de théâtre.

Outre Le Cheval d'orgueil Mémoires d'un Breton du pays bigouden, il a écrit des fictions comme 

  • Contes du sabot à feu
  • Comme on connaît ses saints
  • Contes du pays bigouden
  • Contes bretons de la Chantepleure
  • Comment un Breton devint roi d'Angleterre
  • Jean qui parlait aux pierres
  • La Sagesse de la terre
  • L'Esprit du rivage
  • L'Herbe d'or
  • La Colline des solitudes
  • Les Contes du vrai et du semblant
  • Vent de soleil
  • Midi à ma porte
  • La Nuit singulière
  • Le Diable à quatre
  • Ventre-à-Terre, l'aventurier

D'après Wikipédia

 

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02 juillet 2018

LES ROIS MAUDITS 7 : LA LOUVE DE FRANCE - MAURICE DRUON - 3/5

Toujours aussi frustrée par cette saga... qui aurait mérité des volumes bien plus gros.

RESUME

Après Philippe V le Long, mort lui aussi sans descendance, c'est son frère Charles IV qui règne sur la France. Pendant ce temps, à Londres, leur soeur Isabelle de France, mariée au roi Edouard II, subit les humiliations et vexations de celui-ci, homosexuel notoire, et de ses favoris, qui ont une influence désastreuse. Lord Mortimer, dissident, s'échappe de la Tour de Londres où il a été emprisonné et se réfugie en France. Il veut y trouver de l'aide pour délivrer Isabelle et mettre sur le trône un roi plus compétent.

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L'AUTEUR

Maurice Druon, né le 23 avril 1918 à Paris et mort le 14 avril 2009, est un écrivain et homme politique français.

Pendant la Seconde guerre mondiale, il s'engage dans la Résistance et rejoint Londres en janvier 1943. Attaché au programme « Honneur et Patrie » de la BBC, il écrit alors avec son oncle Joseph Kessel les paroles du Chant des Partisans, que met en musique Anna Marly.

Après la guerre, il devient un homme de lettres à succès avec Les Grandes Familles (Prix Goncourt 1948) et surtout la saga des Rois maudits, roman historique en sept tomes publiés entre 1955 et 1977 et que l'adaptation télévisée fera connaître à un très large public. Il est élu à l'Académie française en 1966 à quarante-huit ans, et en devient le secrétaire perpétuel de 1985 à 1999. Il a écrit d'autres œuvres — comme Tistou les pouces verts, en 1957, un conte pour la jeunesse —, mais aussi des pièces de théâtre et des essais.

Gaulliste et engagé dans l'action politique, Maurice Druon a été ministre des Affaires culturelles en 1973-1974.

MON AVIS

Même défaut que les précédents. Ca va trop vite. Les événements s'enchaînent à telle vitesse qu'on a du mal à suivre, et le roman aligne les noms de personnages, les uns après les autres, de tous les pays... on a à peine le temps de se demander "mais c'est qui celui-là" qu'on passe à un autre. Très agaçant parfois. Et il y a intérêt à maîtriser la géopolitique de l'époque et les dirigeants des nations pour suivre un tant soi peu... empire romain germanique, royaume de Naples, les papes en Avignon, la Perse, les Maures...

Par contre... une bataille dure plusieurs pages, avec un tas de détails dont je n'avais que faire (vocabulaire inconnu à profusion, désintérêt pour la chose militaire...).

Et puis bien qu'Isabelle de France donne son nom au livre, elle n'apparaît que peu... Elle est clairement reléguée au second plan, derrière Mortimer, qui commande tout. On sent que l'auteur ne s'intéresse guère aux femmes. Il semble d'ailleurs qu'il y ait là une constante : les romans historiques écrits par les hommes sont cncentrés sur les hommes, les romans historiques écrits par les femmes mettent en valeur les personnages féminins. Ce qui, somme toute, est normal finalement... Mais c'est peut-être aussi pour ça que les romans historiques sont peu appréciés par l'Elite, comme s'il s'agissait d'une sous-littérature. Ecrite le plus souvent par des femmes pour des femmes, elle n'est pas "digne" de la gent masculine. Un bon gros machisme.

Sur la forme, j'ai noté que la concordance des temps n'était pas toujours respectée. Volontaire (effet de style ?) ou non... je déteste ça ! Quand tout est au passé et que soudain on tombe sur un paragraphe au présent, ça me fait hurler !

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Retour d'Isabelle de France et son fils en Angleterre

La terrible scène du supplice d'Edouard II marquera les esprits... Mais elle n'est pas validée par les historiens. Le mystère plane sur sa mort.

Je finirai la série par principe, parce que l'époque est intéressante et les personnages peuvent m'inspirer pour choisir de futurs livres ou pour approfondir certains thèmes.

FAITS HISTORIQUES REELS (merci Wiki)

Charles IV

Charles IV, dit « le Bel » (château de Creil, 18 juin 1294 - Vincennes, 1er février 1328), roi de France et de Navarre de 1322 à 1328, est le dernier souverain français de la dynastie dite des Capétiens directs.

Dès son avènement, Charles est confronté à une insurrection paysanne en Flandre, et en 1324, il tente sans succès de se faire élire empereur des Romains. En tant que duc d'Aquitaine, Édouard II d'Angleterre est vassal de Charles mais il refuse de lui rendre l'hommage pour ses possessions sur le continent. En représailles, Charles conquiert en 1324 le duché de Guyenne dans un bref conflit connu sous le nom de guerre de Saint-Sardos. Après un accord de paix, Édouard II accepte de rendre l'hommage et de payer une amende. En échange, l'Aquitaine lui est rétrocédée, bien qu'amputée de plusieurs territoires.

Après la mort de Charles IV sans descendance mâle, la couronne française passe à ses cousins, les Valois, tandis que la couronne navarraise passe à sa nièce Jeanne. Toutefois, les disputes concernant la succession de Charles sur le trône de France entre les Valois, issue de la lignée strictement mâle, et les Plantagenêts, descendants d'Isabelle, la sœur de Charles, conduisent moins d'une décennie plus tard au déclenchement de la guerre de Cent Ans.

Charles de Valois

Charles de Valois (né à Vincennes le 12 mars 1270, mort au Perray le 16 décembre 1325), est le fils du roi Philippe le Hardi et d'Isabelle d'Aragon. Son frère deviendra le roi Philippe IV le Bel. Charles est comte de Valois et d'Alençon en 1285. En 1290, il est fait comte de Chartres et du Perche et la même année, son beau-père Charles II d'Anjou lui cède les comtés d'Anjou et du Maine. Il est également roi titulaire d'Aragon et empereur titulaire de Constantinople.

Isabelle de France

Isabelle de France (v. 1295 à Paris-22 août 1358), est connue à son époque pour sa beauté, son habileté diplomatique et son intelligence. Contrairement à une idée largement répandue, elle ne fut jamais surnommée la « Louve de France » par ses contemporains – épithète utilisée pour la première fois par W. Shakespeare au sujet de Marguerite d'Anjou, et appliquée plus tard à Isabelle au XVIIIe siècle.

Isabelle arrive en Angleterre à 12 ans, pour épouser le roi Edouard II, dans une période de conflit grandissant entre le roi et la puissante faction des barons du royaume. Son époux comble notoirement de grâces son favori le comte de Cornouailles, Pierre de Gabaston, ce qui cause maintes jalousies et rivalités. Cependant, Isabelle apporte son soutien à son mari dans ces premières années, usant de ses relations avec la cour de France pour asseoir du même coup sa propre autorité dans son pays d’adoption. Après la mort de Gabaston en 1312 entre les mains des barons, Édouard choisit un nouveau favori, Hugues le Despenser le Jeune, et tente de se venger : il en résulte la Guerre des Despenser, et une période de répression à l’intérieur du royaume. Isabelle ne supporte pas le nouveau favori. En 1325, le couple royal est au bord de la rupture.

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Roger Mortimer et Isabelle de France

Voyageant en France sous le prétexte d’une mission diplomatique, Isabelle entame une relation adultérine avec le comte de March, Roger Mortimer. Tous deux s'accordent pour déposer Édouard et se débarrasser de la famille Despenser. En 1326, la reine revient en Angleterre avec une petite armée de mercenaires ; l’armée royale fait rapidement défection. Isabelle dépose Édouard, devient régente au nom de son fils, le futur Édouard III. Beaucoup supposent qu’Isabelle a été par la suite l’instigatrice de l’assassinat de son mari. Le gouvernement d’Isabelle et de Roger Mortimer commence à chanceler, en partie à cause des dépenses excessives de la régente, en partie à cause de sa façon, efficace mais impopulaire, de résoudre les problèmes récurrents comme la situation en Écosse.

En 1330, Édouard III limoge Mortimer, reprend son pouvoir et fait exécuter l’amant de sa mère. La reine n'est pas poursuivie et vit encore longtemps entourée de beaucoup de considération, mais loin de la cour, jusqu’à sa mort en 1358. Au fil du temps, Isabelle devient une figure de « femme fatale » dans la littérature, habituellement représentée comme une femme belle, mais cruelle et manipulatrice.

Isabelle a eu quatre enfants de son mari.

Edouard II d'Angleterre

Édouard II d'Angleterre (25 avril 1284, château de Caernarfon, Principauté de Galles – 21 septembre 1327), est roi d'Angleterre de 1307 jusqu’à sa déposition, en janvier 1327. Il est le fils du roi Édouard Ier (Plantagenêt) et d'Éléonore de Castille.

Édouard II, appelé Édouard de Carnarvon, est le sixième roi de la dynastie Plantagenêt, commencée avec Henri II, fils de Geoffroy Plantagenêt, comte d'Anjou. Compris entre les règnes vigoureux de son père Édouard Ier et de son fils Édouard III, celui d’Édouard II est marqué par l’incompétence et la querelle politiques, et par la défaite militaire. Édouard est, sa vie durant, plus enclin aux plaisirs de la cour et aux divertissements qu’à ses devoirs de souverain. Il est incapable de refuser les plus grandes faveurs à ses divers favoris, dont les plus célèbres sont Pierre Gaveston, un chevalier d’origine gasconne qui est fait comte de Cornouailles, puis un jeune seigneur anglais, Hugues le Despenser, provoquant de constants troubles politiques et, probablement, à terme, sa déposition par sa propre épouse.

Alors que son père Édouard Ier a conquis tout le Pays de Galles et les basses terres écossaises, qu’il gouvernait d’une main de fer, l’armée d’Édouard II est défaite lors de la bataille de Bannockburn, dont la conséquence est de soustraire l'Écosse au contrôle de son voisin anglais et de permettre aux forces écossaises d’incontrôlables raids à travers le nord de l’Angleterre. Il faut ajouter à ce règne troublé la fin dramatique du roi, dont la mort mystérieuse au château de Berkeley laisse planer des doutes sur ses causes.

Roger Mortimer  

Né en 1287, mort en 1330, il est le fils et héritier d'Edmond Mortimer, 2e baron Mortimer de Wigmore, et de Marguerite de Fiennes.

Comme nombre de jeunes nobles de son époque, Roger est fiancé tôt à Jeanne de Geneville, la riche héritière du seigneur Pierre de Geneville, de Trim et de Ludlow. Ils se marient en 1301.

À la mort de son père, étant mineur, il est placé sous la protection de Pierre Gaveston, le favori d'Édouard, prince de Galles, par Édouard Ier. Il entre en possession d'une partie de son héritage en avril 1306, et est adoubé par Édouard Ier le 22 mai de la même année. Mais sa mère a le contrôle d'au moins la moitié du patrimoine familial, et comme elle lui survivra, Roger Mortimer n'aura jamais la complète jouissance des possessions de son père.

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Isabelle de France, série télé 2005

Heureusement, son mariage lui a permis d'entrer en possession de l'important patrimoine des Geneville (ou Joinville), et ainsi de compenser l'absence d'une grande partie de son héritage. Le patrimoine des Joinville lui permet de renforcer sa puissance territoriale dans les marches galloises et dans l'ouest de l'Angleterre. Par sa femme, il entre en possession, en Angleterre, de la seigneurie d'Ewyas Lacy, de la moitié de Ludlow et de plusieurs seigneuries dans le Shropshire.

En décembre 1307, le grand-père de Jeanne, Geoffroy de Geneville, âgé de quatre-vingts ans, lui transfère le contrôle de ses possessions irlandaises, puis se retire. Il meurt en 1314, Jeanne lui succédant en tant que 2e baronne Geneville. En Irlande, Roger entre donc notamment en possession du château de Trim et de l'importante seigneurie de Meath. Roger devient ainsi l'un des principaux barons d'Irlande.

En 1308, Roger se rend en Irlande pour y gérer ses possessions. Il entre alors en conflit avec les Lacy (au sujet de l'héritage de sa femme). Le 25 mai 1315, Édouard Bruce, le frère du Robert Bruce, roi d’Écosse débarque à Larne. Les Lacy prennent son parti ; les forces de Mortimer sont défaites en décembre 1315. Le 23 novembre 1316, le roi Édouard II nomme Mortimer Lord lieutenant d'Irlande avec la triple mission d'expulser Bruce d'Écosse, d'écraser les rébellions irlandaises, et de résoudre les querelles dans le baronnage anglais d'Irlande. Il passe une année complète à accomplir sa mission. Il exile notamment la famille Lacy de Rathwire, soupçonnée de collaboration avec Bruce pour récupérer l'héritage de sa femme. Bruce est tué en octobre 1318, et ses troupes écrasées à la bataille de Faughart.

Roger s'occupe ensuite, pendant quelques années, à régler les querelles entre barons sur la frontière du Pays de Galles.

En 1318, il s'associe au mouvement d'opposition grandissant contre le roi Édouard II et ses favoris, les Despenser. Après que Hugues le Despenser le Jeune a reçu du roi des terres appartenant à Roger, ce dernier conduit, aidé d’autres seigneurs des Marches, des raids contre les propriétés des Despenser en pays de Galles. En 1321, Roger soutient Humphrey de Bohun, 4e comte d'Hereford, dans son refus d’obéir à l’appel d’Édouard lui ordonnant de se présenter devant lui. Mortimer conduit une marche sur Londres. Mais il ne peut entrer dans la ville, bien que ses troupes en fassent le siège. Cette insurrection pousse les Lords Ordainers, mené par Thomas Plantagenêt, comte de Lancastre, cousin du roi, à exiger du souverain le bannissement des Despenser. En octobre 1321, le roi mêne à son tour une expédition victorieuse contre Margaret de Clare, baronne Badlesmere, en octobre 1321, après qu’elle a refusé à la reine Isabelle l’accès au château de Leeds, pourtant propriété personnelle de la souveraine. Édouard II utilise son succès et sa nouvelle popularité auprès des seigneurs modérés pour faire revenir les Despenser en Angleterre. À la fin de l’année 1321, en compagnie d’autres seigneurs des Marches, Mortimer prend la tête d’une rébellion, connue sous le nom de « Guerre des Despenser ».

Obligé de déposer les armes à Shrewsbury en janvier 1322, Mortimer est emprisonné à la Tour de Londres. Il parvient à s’en échapper en droguant son gardien, et s’enfuit vers la France le 1er août 1323. Il se réfugie auprès de Charles IV de France, alors en guerre contre l'Angleterre à propos de la Guyenne. En 1325, la reine Isabelle, épouse d’Édouard II, désireuse de s’éloigner d’un mari hostile, obtient son accord pour se rendre en France avec son fils le prince de Galles afin que ce dernier fasse hommage au roi français pour la Guyenne. C’est à la cour de France que la reine, sœur de Charles IV, retrouve Mortimer, qui devient son amant peu après. À son instigation, elle refuse de retourner en Angleterre aussi longtemps que les Despenser, favoris du roi, y règnent en maîtres.

Le scandale de la liaison d’Isabelle et de Mortimer les oblige bientôt à quitter la cour de France – c'est Isabelle qui a dénoncé autrefois ses belles-sœurs pour adultère (Affaire de la tour de Nesle) et beaucoup lui en veulent encore, d'autant quand elle s'affiche elle-même avec son amant. Réfugiés en Flandre, ils obtiennent du comte Guillaume une aide dans leur projet d’invasion de l’Angleterre. Accostant sur le fleuve Orwell le 24 septembre 1326, Isabelle et Mortimer sont accompagnés du prince Édouard et d’Henri Plantagenêt, comte de Lancastre et de Leicester. Londres se soulève en faveur de la reine et du prince, et le roi prend la fuite vers l’ouest, poursuivi par Isabelle et Mortimer. Après des semaines d’errance au pays de Galles, le roi est finalement pris le 16 novembre et contraint à abdiquer en faveur de son fils – désormais Édouard III. Bien que ce dernier soit couronné le 25 janvier 1327, le pays continue à être gouverné par Isabelle et Mortimer, que beaucoup accusent avoir fomenté la mort de l’ancien roi le mois de septembre suivant, au château de Berkeley.

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Château de Berkeley

Mortimer reçoit de riches domaines, et de lucratifs et importantes fonctions. Il est fait connétable du château de Wallingford et, en septembre 1328, comte de March.  Il reçoit également, de la reine, la seigneurie de Montgomery dans les Marches.  

Mais l’usage que Mortimer fait du pouvoir, les accords considérés comme désastreux conclus en Guyenne et en Écosse, la morgue, l’ambition et la convoitise du comte de March excitent bientôt jalousie et rancœur chez de nombreux seigneurs. Le comte de Lancastre, Henri Plantagenêt, l'un des principaux instigateurs de la déposition d’Édouard II, tente de renverser Mortimer, mais échoue, peu aidé par la passivité du jeune roi. Mais en mars 1330, Mortimer fait exécuter Edmond de Woodstock, comte de Kent, frère d’Édouard II, oncle du roi, cousin du comte Henri de Lancastre. Après l'exécution, le comte de Lancastre amène le jeune Édouard III à affirmer son autorité et, en octobre 1330, un Parlement est convoqué à Nottingham, peu avant les dix-huit ans du roi. Isabelle et Mortimer sont arrêtés dans l’enceinte même du château par Édouard et ses compagnons. 

Accusé de s’être emparé du pouvoir royal et d’autres hauts méfaits, Mortimer est condamné sans procès et pendu à Tyburn le 29 novembre 1330 ; ses vastes possessions reviennent à la couronne. Son corps reste suspendu au gibet deux jours et deux nuits entiers, à la vue de tout le peuple. Jeanne de Geneville reçoit le pardon royal en 1336, et survit jusqu’en 1356. Elle est enterrée au château de Wigmore, aux côtés de son époux ; mais le site est détruit par la suite.

Andronic II Paléologue

Andronic II Paléologue, né le 25 mars 1259, mort au mont Athos le 13 février 1332, est empereur byzantin du 11 décembre 1282 au 23 mai 1328. Il est le fils de Michel VIII Paléologue et de Théodora Vatatzès.

Il hérite d'un empire restauré à la suite de la reprise de Constantinople par son père face aux croisés en 1261. Toutefois, malgré cet important succès, Michel VIII n'a pas eu les moyens de rétablir l'empire dans ses anciennes frontières et Andronic devient empereur d'un État épuisé par la politique extérieure de son père. En effet, Byzance doit faire face à de nombreuses menaces sur ses différentes frontières et Andronic est en présence de nombreux défis, à la fois internes et externes. Souvent dénigré, car son règne marque le début d'un déclin inéluctable, Andronic n'a pas les moyens de surmonter tous les défis qui se présentent à lui. Les finances de l'État sont à sec et ses forces armées sont considérablement diminuées, tandis que l'économie de l'empire est asphyxiée par les guerres entre Venise et Gênes auxquelles il est souvent mêlé. Enfin, les diverses querelles religieuses qui émaillent le règne d'Andronic fragilisent encore plus l'Empire byzantin déclinant. Malgré tout, Andronic a contribué à réaliser une entreprise de renaissance culturelle, ainsi que des réformes financières et judiciaires durables.

Au cours de son règne, Andronic II prend le contrepied de la politique de son père. Il met en place une réforme financière drastique qui réduit les effectifs de l'armée, s'oppose à la politique d'union religieuse avec Rome et tente de freiner l'avance turque en Asie Mineure.

Concile de Valladolid

A ne pas confondre avec la Controverse de Valladolid, qui a eu lieu au XVIe siècle et qui concernait le statut des Indiens d'Amérique. Le concile de Valladolid, tenu en 1322, est un concile "normal". 

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Couronnement d'Edouard III

Hôtel du Temple 

La maison du Temple est construite sur un vaste terrain donné à l'ordre du Temple vers 1170 en remplacement du Vieux Temple, leur premier lieu de résidence situé à l'arrière de la place de Grève. La Ville-Neuve du Temple est un ensemble de lotissements construits par les Templiers entre l'enclos du Temple et l'enceinte de Philippe-Auguste, constitué d'un réseau de rues parallèles.

Ce terrain est situé à l'extérieur de l'enceinte de Philippe Auguste, presque le long de l'enceinte de Charles V. Formé de champs à l'origine, une partie est entourée de murs pour former l’enclos. Cet enclos correspond au quadrilatère formé actuellement par la rue du Temple, la rue de Bretagne, la rue de Picardie, et l'axe formé par le début de la rue de la Corderie, l'extrémité nord de la cité Dupetit-Thouars, et le débouché de la rue Notre-Dame-de-Nazareth dans la rue du Temple.

L’Enclos constitue la maison cheftaine de l’ordre du Temple en France et le siège de la banque de l’ordre dans ce pays. Il est entouré de hautes murailles crénelées, renforcées de distance en distance par des tourelles. Ce système défensif est complété par une tour carrée, dite tour de César, et par un imposant donjon appelé Grande Tour. L’ensemble comprend comme toutes les commanderies templières une église (l’église Sainte-Marie-du-Temple), des bâtiments conventuels pour loger les moines-soldats, de vastes écuries et des annexes.  

Le Trésor royal français est conservé dès 1146 à la tour du Temple, et donc gardé par les Templiers. Philippe Auguste bâtit un système comptable et fiscal, ancêtre de la Chambre des comptes, où les agents royaux viennent trois fois l’an déposer les revenus de la Couronne. Cette pratique prend vraisemblablement fin lors du règne de Philippe IV le Bel. En effet, en 1312, l’ordre du Temple est dissous et ses biens en France sont attribués aux chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem (dits Hospitaliers). Néanmoins, l'enclos par lui-même est omis et Louis X, son fils, refuse de le rendre pour en faire le douaire de la reine Clémence de Hongrie. Ses bâtiments subissent de nombreuses modifications.

En 1667, les murailles qui dessinent l’Enclos dans le territoire parisien sont abattues au profit d’hôtels particuliers et de maisons locatives. L’ancien rempart est remplacé par une élégante muraille surmontée d’une galerie décorée de colonnes.

Depuis le XVIe siècle, le grand prieuré et la commanderie du Temple sont devenus l’apanage des bâtards de la famille royale. La Tour sert de prison.

Napoléon Bonaparte fait démolir la tour du Temple en 1808 afin d'éviter qu'elle devienne un lieu de pèlerinage royaliste. Puis le reste suit. La démolition dure deux ans. Aujourd'hui, il ne reste rien de cet enclos et des bâtiments.

Château de Berkeley

Le château de Berkeley est un château fort du comté du Gloucestershire, au sud-ouest de l'Angleterre. Ses origines remontent au XIe siècle, et il appartient aux Berkeley de la grande noblesse, depuis sa reconstruction au XIIe siècle, à l'exception d'une période où il est passé en possession des Tudor. Il est célèbre pour avoir été le lieu du meurtre d'Édouard II en 1327.

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

MiséricordeDague dont on se servait au Moyen Âge pour menacer l'ennemi et l'obliger à se rendre et demander miséricorde.

HypocrasBoisson tonique préparée avec du vin sucré dans lequel on fait infuser divers ingrédients (cannelle, girofle, vanille, etc.), très estimée au Moyen Âge. 

Bougrerie : Sodomie.

Gaupe Femme malpropre et désagréable. Prostituée de bas étage ; femme dévergondée, d'une conduite lamentable.

CimierOrnement (panache, animal, symbole, etc.) fixé sur le sommet d'un casque et d'une coiffure en général. Ornement extérieur placé sur le timbre du casque qui surmonte l'écu. Le chef, celui qui mène le combat.

FutailleRécipient de forme sphérique, généralement en bois, pouvant contenir du vin, du cidre, de l'eau-de-vie... ou d'autres liquides.

Goujat : Valet d'armée.

Gueules : Héraldique, couleur rouge.

Pals : Eléments verticaux, héraldique.

Chef : Bande horizontale tout en haut, héraldique.

Or : héraldique, jaune. 

AffûtsPièce ou assemblage de pièces, en bois ou en métal, servant de support, dans les manœuvres et dans le tir, à une pièce d'artillerie.

MadrierPlanche épaisse généralement façonnée dans un bois dur comme le chêne, utilisée pour les gros travaux de menuiserie et de construction, et autrefois pour recouvrir les voies de circulation.

MangonneauMachine de guerre utilisée au Moyen Âge pour lancer des pierres ou d'autres projectiles.

TrébuchetMachine de guerre à contrepoids utilisée pour lancer des pierres contre les murailles des châteaux et des villes. 

PerrièreMachine de guerre servant à lancer des projectiles.

EtoupeRésidu grossier de fibres textiles obtenu lors du traitement de la filasse, en particulier de chanvre ou de lin.

LégatEcclésiastique (le plus souvent un cardinal) envoyé par le pape pour une mission, ponctuelle ou permanente, d'administration ou de représentation.

DécimeDixième partie des revenus ecclésiastiques, versée par le clergé au roi ou au pape et qui est exigée exceptionnellement ou fixée pour une période de plusieurs années.

NécromancieDivination par l'évocation des morts. 

ToiseUnité de mesure en vigueur avant l'adoption du système métrique, valant six pieds, soit un peu moins de deux mètres (1,949 m à Paris).

Pommelé : (Cheval) couvert de taches rondes grises et blanches.

S'affrérerS’unir d’un lien fraternel.

AisPlanche de bois (chêne, hêtre, sapin...).

ChaperonCoiffure à bourrelet terminée par une queue que portaient les hommes et les femmes du Moyen Âge.

FrénetteBoisson fermentée, à base de feuilles de frêne.

OublieSorte de pâtisserie très mince et très cassante, à laquelle on donne la forme d'un cornet.

PoivrièreGuérite de maçonnerie à toiture pointue en forme de cône, placée à l'angle d'un bastion, sur le faîte d'un mur. 

HaubertLongue chemise en mailles d'acier tissées, munie de manches, d'un gorgerin et d'un capuchon, que portaient les chevaliers au Moyen Âge lorsqu'ils combattaient. 

Solive : Pièce de charpente placée horizontalement en appui sur les murs ou sur les poutres pour soutenir le plancher d'une pièce et porter en dessous les lattes d'un plafond ou les panneaux d'un plafond suspendu.

CharronArtisan ou ouvrier qui construit et répare les trains des véhicules à traction animale (charrettes, chariots, etc.), en particulier, les roues de ces véhicules. 

Naches : Fesses.

TroussequinPartie postérieure relevée de l'arçon de la selle.

GravelleConcrétions rénales granuleuses plus petites que les calculs, ordinairement de la grosseur d'une tête d'épingle.

ArroiArrangement, disposition.

CaparaçonHousse plus ou moins bigarrée que l'on met sur les chevaux pour les garantir du froid, de la pluie ou des insectes.

MitreCoiffure haute, de forme pyramidale, fendue par le milieu et garnie de deux fanons tombant sur la nuque, que portent le pape, les évêques et certains abbés à l'occasion de certaines cérémonies pontificales.

TiareHaute coiffure ornée de trois couronnes, enrichie de pierreries et surmontée d'un petit globe et d'une croix, que portait, jusqu'à Paul VI, le souverain pontife dans les cérémonies solennelles.

Busine (ou buccine)Trompette recourbée ou droite qui servait à sonner, dans les camps, les heures du jour et les veilles de la nuit.

Escarmouche Combat localisé et de courte durée entre éléments isolés ou détachements ennemis.

 

 

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