MES LECTURES CLASSIQUES

22 septembre 2018

JACK KEROUAC - L'OEUVRE

L’œuvre publiée de Jack Kerouac peut se diviser en cinq ensembles correspondant à des formats et des modes de production distincts.

Il est important de noter que Kerouac rejette la séparation traditionnelle entre poésie d'une part et prose d'autre part, affirmant que la totalité de ses écrits relève de cette dernière. Cette distinction semble néanmoins pertinente dans la mesure où elle est retenue par ses éditeurs et qu'elle structure de fait son œuvre.

La majorité de ses écrits sont en langue anglaise, mais quelques lettres adressées à sa mère et quelques prières, des nouvelles et surtout deux courts romans, La nuit est ma femme et Sur le chemin sont écrits en français.

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Romans et nouvelles 

Écrits entre 1946 et 1969, les textes en prose de Kerouac sont appelés par lui les « romans à histoire vraie » ou « aventure narrative », l'auteur refusant la dénomination « roman » qui induit à ses yeux une dimension scénaristique et imaginaire. Ces ouvrages appartiennent presque tous au cycle autobiographique intitulé Légende de Duluoz, « Duluoz » étant le pseudonyme de Kerouac. Ce cycle a pour sujet central la vie de l’auteur et de ses proches sur une période allant de 1922 à 1965. Kerouac, dans la présentation de sa bibliographie ou dans ses échanges avec ses éditeurs, exclue généralement son premier roman publié, The Town and the City (rebaptisé par la suite pour des raisons commerciales Avant la route) de la Légende de Duluoz alors même que le sujet et les protagonistes de ce récit l’intègrent pleinement dans sa chronologie biographique. Ce roman diffère toutefois de son cycle autobiographique par le fait que Kerouac est encore nettement influencé par le style naturaliste de Thomas Wolfe et surtout par son intrigue partiellement imaginaire. En ce sens, la Légende de Duluoz se définit à la fois par une unité de sujet : la vie de l’auteur constituée en mythe - et de forme : l’utilisation de la prose spontanée surtout.

Le dernier roman écrit par Kerouac et publié en 1971 de manière posthume, Pic, marque une tentative de retour au roman de fiction, longtemps annoncée par l’auteur comme devant survenir au terme de la rédaction de son cycle biographique. De même, en 1999 sont publiés des textes de jeunesse compilés dans un recueil intitulé A Top and Underground, dont une traduction partielle est parue aux Éditions Denoël en 2006 ; certains textes en prose n’ont pas encore été publiés, certains manuscrits ayant été rejetés ou non terminés. D’autres ont été perdus ou endommagés.

Et les Hippopotames furent bouillis vifs dans leurs piscines, collaboration avec William Burroughs, traite du meurtre du professeur de gymnastique David Kammerer par Lucien Carr en 1946, qui s'est toujours opposé à des publications traitant de ce sujet. Kerouac finit toutefois par intégrer Et les Hippopotames furent bouillis vifs dans leurs piscines aux derniers chapitres de Vanité de Duluoz, et il sert de matériau à plusieurs reprises à William Burroughs.

Grâce à la publication de l'instrument de recherche des archives de Kerouac à New York, l'existence de plusieurs manuscrits inédits composés en français fait surface. Après les premières recherches sur les textes français du québécois Jean-Sébastien Ménard en 2006, le journaliste québécois Gabriel Anctil a écrit, en 2007 et 2008, une série d'articles publiée dans le journal montréalais Le Devoir ayant pour thème les textes inédits de Kerouac écrits en français. Après plusieurs années de travail d'archéologie archivistique, ces textes français ont été établis et rassemblés dans le recueil La vie est d'hommage (Éditions du Boréal, 2016) par le québécois Jean-Christophe Cloutier.

Avant la publication de Sur la route un certain nombre d’extraits de textes de Kerouac sont publiés dans des revues littéraires à l’instigation de ses deux principaux soutiens dans le monde de l’édition, Malcolm Cowley et Keith Jennison. Ces textes sont toutefois repris par la suite en tant que chapitres d’ouvrages publiés et ne constituent donc pas des œuvres indépendantes. 

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Avec Neal Cassady

Enfin, Kerouac a également écrit une pièce de théâtre, intitulée Beat Generation, jamais représentée et découverte par hasard par Stephen Perrine, rédacteur en chef de Best Life. Elle se compose de trois actes et se concentre autour du personnage de Jack Duluoz, au milieu de personnages légendaires de la Beat Generation comme Allen Ginsberg et Neal Cassady.

Poésies et textes religieux

En parallèle à son œuvre en prose, Kerouac a rédigé de nombreuses poésies. Il est très tôt en contact avec les groupes dominants de la scène poétique américaine des années 1950 et 1960, comme l'École de Black Mountain représentée notamment par des auteurs comme Charles Olson, Robert Duncan et Robert Creeley, et comme la scène poétique de la Renaissance de San Francisco gravitant autour de Kenneth Rexroth, Michael McClure, Gary Snyder, Philip Whalen, Lawrence Ferlinghetti, enfin avec la scène new-yorkaise qui compte nombre de ses amis (notamment Allen Ginsberg, Gregory Corso, Joyce Glassman.

La première influence poétique de Jack est Walt Whitman, qu'il lit depuis l’âge de 18 ans ; à cette époque, en 1940, il fonde une société avec des amis afin d’écrire des pièces, radiophoniques entre autres. Sa poésie en est largement influencée tant du point de vue du style que des sources d’inspiration. Elle se caractérise par l’utilisation de formes extrêmement libres, le recours à une syntaxe propre, à un vocabulaire et à des sujets crus, relevant parfois volontairement de l'obscénité ou du trivial, ainsi que par un rythme fondé sur la musique jazz, et que Kerouac nomme tour à tour « chorus » ou « blues ». L’influence des travaux de Charles Olson et de ses amis poètes beat est sur ce point manifeste. Au contact de la poésie californienne, il évolue vers les formes et les thèmes poétiques bouddhistes, la Sūtra du Diamant l’ayant fortement impressionné. Mais c’est le bouddhisme Zen et la forme du Haïku, découvert avec Gary Snyder et Lew Welch qui l’influence le plus fortement. Il écrit avec ce dernier de nombreux poèmes courts publiés après la mort des deux auteurs, créant le genre des « haïkus américains », qui diffèrent selon lui du genre poétique japonais : « Le Haiku américain n'est pas exactement comme le japonais. Le Haïku japonais doit faire strictement 17 syllabes. Mais la structure des deux langages est si différente que je ne pense pas que le Haïku américain devrait s'inquiéter des pieds parce que le langage américain est quelque chose qui est toujours prêt à exploser ». À partir d'une image originelle, qu'il nomme « jewel center » Kerouac écrit un haïku dans un état de « semi-transe », utilisant la technique, précisée par Ed White, du sketching : le haïku doit « esquisser » et suggérer une atmosphère en quelques mots. Son thème récurrent est l'image d'animaux évoluant dans l'immense nature.

Bien qu’un texte de Jack Kerouac, que Charles Olson juge très positivement, soit inclus dans l’anthologie The New American Poetry 1945-1960 publiée en 1960 par Donald Allen, son œuvre poétique ne reçoît pas le même accueil que ses premiers romans publiés. Lawrence Ferlinghetti refuse ainsi à plusieurs reprises de publier Mexico City Blues qu’il considère comme une forme de prose. Quelques poèmes sont néanmoins publiés dans des revues à partir de 1957. En revanche, peu d’ouvrages sont imprimés et leurs tirages sont restés très inférieurs à ceux d'autres poèmes beat.

Les trois principaux recueils de poésie publiés du vivant de Jack Kerouac sont Mexico City Blues, Le Livre de rêve et L’Écrit de l’Éternité d’Or. Le roman Big Sur contient en outre, dans sa dernière partie, un long poème sur la mer dont la rédaction est elle-même l’objet d’une partie du roman. La majorité des poèmes est publiée de manière posthume et sont pour certains non traduits en français. Il s’agit parfois de compilations de textes n’ayant pas été conçues sous cette forme par l’auteur. En 1997 un recueil de réflexions rédigées entre 1953 et 1956 mais non publiées est édité sous l’intitulé Some of the Dharma (Dharma dans l’édition Française). Il mélange essais, poèmes, prières et réflexions diverses dans leur forme de rédaction initiale. Il est fortement marqué par un bouddhisme assez naïf et les difficultés existentielles de l’auteur.

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Essais, articles et interviews

À partir de 1957 et de la publication de Sur la route, la célébrité et le positionnement médiatique de Kerouac comme porte-parole d’une génération amènent certaines revues grand public ou littéraires à lui commander des articles originaux, des extraits ou des nouvelles encore non publiées. La plupart des nouvelles seront éditées par la suite sous forme de recueils, certains du vivant de l’auteur comme Le Vagabond Solitaire (1960), d’autres après la disparition de l'écrivain, comme Vraie Blonde et Autres (1993), sous la direction éditoriale de John Sampa.

Les articles permettent à Jack Kerouac d’exposer sa méthode d’écriture et plus généralement son rapport à la littérature, mais aussi ses positions politiques et sa vision de la beat generation, tels Croyance et technique pour la prose moderne qui prend la forme d’une liste de principes ou Principes de la Prose Spontanée. La série d'articles Non point Lion mais Agneau, Contrecoup : la philosophie de la Beat generation et Sur les origines d’une génération concernent la position de Kerouac vis-à-vis de la beat generation. Dans la plupart de ces articles, il tente de donner une signification spirituelle au mouvement beatnik et le restitue dans son contexte historique, soit dix années avant la publication à succès du roman fondateur Sur la Route. Il espère ainsi contrecarrer l’image négative et délinquante associée aux beatniks, dont il rejette la paternité. Plus profondément, il tente aussi de prendre le contrepied de certains auteurs, parmi lesquels son ami de longue date John Clellon Holmes, mais aussi Norman Mailer ou Kenneth Rexroth, qui souhaitent positionner le mouvement sur un terrain politique ou dénoncent au contraire sa superficialité et son égocentrisme. Anne Charter signale à ce sujet qu’Allen Ginsberg lui conseillera de laisser « tomber les discours sur la beat génération (...) de laisser (...) Holmes broder là-dessus ».

Kerouac a également rédigé des chroniques comme celles, bimensuelles, pour la revue Escapade, la première en date d’avril 1959 consacrée à la naissance du be-bop, la dernière d’avril 1960. Kerouac écrit en outre quelques notices autobiographiques et des entrées de dictionnaires. Il réalise en 1959 la préface d’un ouvrage de photographies de son ami Robert Frank (The Americans), ainsi que le compte-rendu d’un voyage en Floride avec celui-ci pour le magazine Life. Ce texte n'est pas publié de son vivant mais en janvier 1970 : Evergreen Review le publie à titre posthume sous l’intitulé On the road to Florida. En 1959, Kerouac a aussi réalisé une anthologie de la littérature de la Beat generation pour l’éditeur Avon Books. Sa publication devait être pluriannuelle et contenir pour sa première édition, entre autres, de nombreuses correspondances avec Neal Cassady, John Clellon Holmes, Philip Whalen, Gary Snyder, Allen Ginsberg et des textes de Gregory Corso ou Michael Mac Clure. Elle ne sera cependant jamais publiée par Avon Books, passé entre-temps sous le contrôle de W.R Hearst, peu favorable au projet. En 1960 Kerouac tente sans succès de la faire publier par la maison d'édition de Lawrence Ferlinghetti, City Lights.

Kerouac participe également à quelques interviews. La plus connue est celle réalisée sur le plateau d'Al Aronowitz, pour le journal New York Post en 1959 et extraite d'une série de douze articles consacrés à la Beat génération, comportant notamment une interview de Neal Cassady. Elle est publiée en 1970 par la revue US, The Paper Back Magazine, sous le titre Feriez-vous une fugue pour devenir un beatnik si vous saviez que l’homme qui a écrit Sur la Route vit chez sa mère. Ce texte est repris en français, en 1971, aux éditions de l’Herne, dans un carnet consacré à Jack Kerouac et édité par William Burroughs et Claude Pélieu.

Correspondance

La correspondance de Jack Kerouac est extrêmement riche, tant par le nombre de lettres écrites que par la qualité de ses correspondants, qui regroupent toutes les figures de la Beat génération : en premier lieu William Burroughs et Allen Ginsberg, mais aussi John Clellon Holmes, Gregory Corso, Neal Cassady, ou encore Gary Snyder. Éditées par Ann Charters avec l’accord de l'écrivain, de sa famille et de ses correspondants, les lettres choisies ont été regroupées en deux volumes, l'un compilant la période 1940 à 1956 et l'autre celle allant de 1957 à 1969. Elles permettent d’éclairer, sous un angle parfois anecdotique, les relations entre les membres de la Beat génération et de comprendre le caractère dépressif et cyclothymique de Jack Kerouac. Elles portent aussi témoignage de son travail d’écrivain, tant dans la préparation de ses textes, souvent soumis au jugement de ses amis, que dans leur présentation et leur défense auprès des éditeurs et des critiques. Kerouac a apporté un soin tout particulier à la conservation de ses correspondances et souhaitait vivement les voir publiées.

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Disques et films

Jack Kerouac donne de nombreuses lectures de ses textes et des textes de ses amis, bien qu’il reconnaisse volontiers être mal à l’aise dans cet exercice, d'autant plus qu’il le fait le plus souvent sous l’emprise de l’alcool... Le cycle de lectures réalisées au Village Vanguard en décembre 1957 et sa participation à l’émission de Steve Allen en 1958 sont parmi les plus connus. Des enregistrements de lectures sont aujourd’hui édités de manière posthume.

De son vivant, en mars 1958, Jack Kerouac réalise un disque de lectures accompagné par Steve Allen au piano, intitulé Poetry for the Beat Generation. Blues and Haikus est enregistré en 1958, en collaboration avec les saxophonistes Al Cohn et Zoot Sims ; Kerouac y récite de courts poèmes avec, en fond sonore, des solos improvisés de saxophone. Une lecture en solo Readings by Jack Kerouac on the Beat Generation est enregistrée en 1960. Les principaux morceaux ont été compilés dans une discographie : Kicks Joy Darkness, édité chez WMI, en 2006.

Jack Kerouac a participé au scénario et à la réalisation d’un film expérimental de Robert Frank sur la Beat génération en 1959. Le scénario et le titre étaient initialement prévus pour une pièce de théâtre, mais seul le troisième acte, plus ou moins improvisé, sera utilisé pour le film. Il doit initialement s’appeler Beat Generation mais l’utilisation de ce titre par la Metro-Goldwyn-Mayer pour un film commercial contraint Kerouac à le rebaptiser Pull My Daisy. Le film, produit par Charles F. Haas, sort en juillet 1959 aux États-Unis. Kerouac est extrêmement contrarié de ne pas avoir été consulté par la MGM pour obtenir l'autorisation d'utiliser cette expression qu'il a inventée. Il tente d'engager un procès, en vain. Le film reçoit un certain succès. Le scénario est publié en 1961 par Grove Press.

Bien qu’il ait longtemps espéré pouvoir vendre les droits de Sur la route à Hollywood, notamment à Marlon Brando, le projet de Jack Kerouac n'aboutit pas. Francis Ford Coppola, détenteur des droits du roman, entreprend de l'adapter en 1994 et en aurait proposé la réalisation à Jean-Luc Godard, mais le projet échoue. Une seule des œuvres de Kerouac est finalement adaptée de son vivant au cinéma : Les Souterrains sous le titre Les Rats de caves, réalisé par Ranald MacDougall en 1960. Il existe cependant des projets d'adaptation des Clochards célestes et de Big Sur par la maison de production Kerouac Films.

2012 voit la sortie de l'adaptation cinématographique de Sur la route, réalisé par Walter Salles, avec dans les principaux rôles Sam Riley (Sal), Garrett Hedlund (Dean) et Kristen Stewart (Marylou).

Écriture et thèmes

Doué d'une grande mémoire à tel point que ses amis le surnomment « memory babe » (le « môme mémoire »), Kerouac possède un style d'écriture unique, fondé sur la vitesse de frappe à la machine, inspiré du rythme jazz. Il définit les principes de sa « prose spontanée » dans l'article Essentials of Spontaneous Prose de la façon suivante : « Pas de pause pour penser au mot juste mais l'accumulation enfantine et scatologique de mots concentrés ». La spontanéité réside dans un rapport immédiat avec l'écrit. Kerouac cherche à reproduire l'ambiance de ses voyages et de ses rencontres ; pour cela il se détourne des descriptions de la littérature conventionnelle, caractéristiques selon lui d'une « langue morte ». Son style lui est en partie inspiré par son amour des mouvements jazz et du Be Bop et de ses improvisations. Le manuscrit de Sur la route a été dactylographié d'un seul jet sur des feuilles de papier à calligraphie japonaise collées bout à bout avec du scotch. Kerouac explique plus tard qu'il déteste avoir à changer de feuille lorsqu'il se sent inspiré, et qu'ainsi il peut presque écrire « les yeux fermés ».

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Avec Allen Ginsberg

En réalité, l'écriture de Kerouac est plus proche de la poésie, par son rythme évocateur, sa cadence proche de celle du jazz aussi. Kerouac explique ainsi son ambition : « Je vois à présent la Cathédrale de la Forme que cela représente, et je suis tellement content d'avoir appris tout seul (avec un peu d'aide de messieurs Joyce et Faulkner) à écrire la Prose Spontanée, de sorte que, même si la Légende [de Duluoz] court pour finir sur des millions de mots, ils seront tous spontanés et donc purs et donc intéressants et en même temps, ce qui me réjouit le plus : Rythmiques ». Le jazz et le Be-bop ont fasciné très tôt Kerouac, qui s'en inspire pour écrire, la technique de la Prose Spontanée permettant une sorte de sorcellerie évocatoire comme celle du jazz. Alain Dister dit ainsi que Kerouac « se laisse prendre aux cliquetis de la machine comme un razzmatazz de batterie, [il] s'accorde au beat de la frappe, en rythme avec un jazz intérieur (la grande musique des mots, le swing des syllabes, le jazz des phrases) le beat, la pulsion même du roman ».

Kerouac et la Beat generation

La contribution de Jack Kerouac à la naissance du mouvement littéraire et artistique de la Beat generation est capitale. Cependant, dans les années 1950, Kerouac ne se reconnaît plus dans cette philosophie de la vie qu'il a pourtant contribué à forger. D'une part, Kerouac propose son propre sens au terme « beat », forgé par John Clellon Holmes, qui en explicite la signification dans son article This the Beat Generation, paru dans le New York Times de novembre 1952 : « être dans la rue, battu, écrasé, au bout du rouleau ». Pour Kerouac, la sonorité du mot est à rapprocher du terme français « béat » : « It's a Be-At, le beat à garder, le beat du cœur », puis il ajoute : « C'est un Être à, le tempo à garder, le battement du cœur » », le rapprochant d'une expression utilisée par le jazziste Charlie Parker. Kerouac voit en effet dans la Beat generation, et davantage à la fin de sa vie, un effort pour abandonner le confort matériel et pour se pénétrer de spiritualité ; le beatnik se devant de demeurer passif à la façon zen. Kerouac explique ainsi l'origine de cette dimension mystique de la Beat generation : « À Lowell, je suis allé dans la vieille église où je fus confirmé et je me suis agenouillé (...), et brusquement j'ai compris : beat veut dire béatitude, béatitude ».

Mais c'est surtout avec son roman Sur la route que Kerouac entre comme chef de file du mouvement de la Beat generation. En 2001, la rédaction de l’American Modern Library inclut le roman comme 55e dans sa liste des 100 meilleurs romans du XXe siècle en langue anglaise. Le récit définit les éléments d'un renouveau spirituel, axé autour du voyage et de la rencontre avec l'autre. La débauche y est un thème central également ; l'écrivain y voit une des conditions de la liberté.

Porté par l’engouement du public pour la Beat génération et la mode beatnik, mais ayant échoué à s’imposer comme un auteur à part entière, Kerouac est victime d’une surexposition médiatique dès 1957, une mise en avant qu’il n’a pas recherchée. Comme l'écrit Kerouac lui-même à Holmes en 1962 avant la publication de Big Sur, faisant référence aux auteurs phares du mouvement beat : « Ils sont tous écœurés et fatigués de cette salade Beatnik ». De plus, il se brouille avec ses amis. La notoriété aidant, Kerouac continue néanmoins à pouvoir publier malgré des tirages de plus en plus faibles, ces derniers ouvrages devenant même nettement déficitaires. À la différence de certains autres membres de la Beat génération, tels Allen Ginsberg ou Gregory Corso, et de ses proches comme Gary Snyder ou Neal Cassady, Jack Kerouac ne participe pas au mouvement hippie. Il est dès lors quasiment ignoré de la critique et perd son audience médiatique et populaire auprès de la jeunesse, peinant même à faire réimprimer Sur la route. Dans les dernières années, Kerouac refuse d'être l'incarnation de la Beat generation, ne se reconnaissant ni dans le mouvement beatnik ni dans la norme sociale de l'époque. Kerouac se dit en effet « Bippie-in-the-Middle » et il en vient même, dans un élan nationaliste, à voir dans les hippies de dangereux communistes.

La quête spirituelle

Admirateur d'Arthur Rimbaud (il a rédigé une biographie du poète français), en qui il voit le premier « clochard céleste », Kerouac appelle à la redécouverte de la spiritualité et de la mystique, par la liberté de voyager. Fervent catholique (il dessine des pietà dans ses journaux et écrit des psaumes), l'écrivain a cependant trouvé, avec l'aide de Neal Cassady, dans le bouddhisme une philosophie de la quête de soi. Cette quête est en effet le thème central de la majorité de ses œuvres, même si c'est par la lecture de Thoreau, premier écrivain américain à s'intéresser aux enseignements spirituels de Shakyamuni, que Kerouac découvre les paroles du Bouddha. En 1953 Allen Ginsberg lui fait découvrir les Essais sur le bouddhisme zen de Daisetz Teitaro Suzuki.

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Les Clochards célestes, plus que tous ses autres écrits, fait l'apologie d'un style de vie inspiré par le bouddhisme Zen. Les voyageurs sont dépeints comme des moines itinérants recherchant la pureté et des expériences spirituelles pouvant mener à l'illumination. Dans son autre roman Le Vagabond solitaire, le personnage principal y entreprend, entre autres, une retraite solitaire de plusieurs mois en tant que guetteur de feux pour l'Office canadien des forêts (inspiré par la propre expérience de Kerouac dans un emploi semblable dans l'État de Washington), à la façon d'un ermite cherchant la purification. Ses romans permettent ainsi, selon les mots de Kerouac lui-même, de parcourir la « carte de la création ».

Les allusions et réflexions mystiques et théologiques sont très présentes dans l'œuvre de Kerouac, de manière syncrétiste cependant. Bien que catholique, Kerouac parle de métempsycose, de koans zen, des cultes des Indiens d'Amérique, et d'animisme dans Big Sur notamment. Se définissant comme un « strange solitary crazy Catholic mystic », il compare son roman Sur la route à l'une des plus grandes œuvres de la quête spirituelle chrétienne, Pilgrim's Progress de John Bunyan (1678). Kerouac fait de Sur la route un récit initiatique qui s'ancre dans le mythe américain des grands espaces et de l'american way of life, avec une véritable volonté pour lui d'en décrire les rouages et la sociologie.

D'après Wikipédia

 

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20 septembre 2018

*** PAVILLON DE FEMMES - PEARL BUCK

Pearl Buck a enchanté ma jeunesse, car elle décrivait, avec une précision extraordinaire, la vie dans la Chine du début du XXe siècle. Considérée à tort, à l'époque, comme une "auteure pour filles", il suffit de lire ses livres pour comprendre qu'ils ne se réduisent pas à cela.

INCIPIT

C'était son quarantième anniversaire. Madame Wu, devant le miroir incliné de sa coiffeuse, examinait son calme visage.

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RESUME

Dans la Chine d'autrefois, le seul rôle dévolu aux femmes de riches est celui d'épouse et de mère. Ce rôle, la fine et intelligente Ailien Wu ne le supporte plus... Pour y échapper, elle se servira très adroitement des traditions, celles-là mêmes qui l'ont liée pendant si longtemps. Pavillon de femmes est le roman de Pearl Buck qui fait le mieux comprendre ce qu'était l'ancestrale Chine des grandes familles, mais c'est aussi tout le drame des rapports de l'homme et de la femme à chaque âge 

MON AVIS

Ce que j'aime par-dessus tout chez Pearl Buck, c'est la description de cette Chine ancestrale, fascinante... alors même qu'elle est déjà en train de basculer dans "l'ère moderne". On le voit bien d'ailleurs dans ce roman, où certaines des belles-filles se coiffent et s'habillent à l'occidentale, au grand désespoir d'Ailien ! Nul autre écrivain, à ma connaissance, a raconté cette Chine-là, et c'est un voyage merveilleux, très précis.

Malgré "l'exotisme" de la vie quotidienne, et le poids des traditions, la femme reste universelle ; la psychologie et les aspirations profondes ne sont pas loin des nôtres. C'est en cela que Buck peut sans doute être targuée d'écrivain "féminine" : malgré leur immense talent, des Henry James ou des Thomas Hardy, qui ont aussi mis à l'honneur des héroïnes inoubliables, ces dernières ont toute une part de masculinité ; elles renient quelque part, parfois sans le savoir, cette sorte de "féminin sacré" que seule une femme peut saisir !

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Publié en 1948.

Maison de thé

Au Japon (et en Chine), la maison de thé est le lieu où se déroule la cérémonie du thé. Autrefois, cependant, elle pouvait servir d'antichambre... aux maisons closes voisines.

Maison de fleurs

A la fin du XIXe/début du XXe, le gouvernement Qing interdit les maisons closes sur le territoire chinois. Elles se sont donc installées dans les concessions internationales où elles ont toute liberté de prospérer. Regroupées dans le quartier des plaisirs, avec les restaurants, les théâtres, ces maisons de courtisanes sont fréquentées par la crème de la société chinoise. En particulier, l'élite bureaucratique, ces hauts fonctionnaires, fins lettrés, qui détiennent le pouvoir politique et le prestige social. Les courtisanes font partie de tout un art de vivre sophistiqué sans équivalent en Occident. Les hommes avaient une épouse légitime et des concubines qui coexistaient, cloîtrées, dans la même résidence. Le rapport avec la courtisane, lui, était le seul vraiment libre que ces hommes pouvaient avoir avec une femme, en dehors de toutes les contraintes de l'étiquette mondaine. Ils pouvaient s'afficher avec elle, aller au restaurant, parler librement. Les courtisanes occupaient un statut social ambigu, étant à la fois respectées, et d'un autre côté totalement marginales. Le client, avant de pouvoir coucher avec l'un d'entre elles, devait passer par toute une série d'étapes de séduction, avant d'être sélectionné et de devenir client privilégié. L'essentiel de l'activité de ces femmes était de distraire les hommes par la conversation, la musique, le chant. Ces femmes étaient des filles enlevées dès l'enfance dans les campagnes ou vendues par leurs parents. La maquerelle les éduquaient aux arts de la conversation et de la musique. Mais on ne leur apprenait ni à lire ni à écrire. Les maisons de courtisanes disparaissent au début du XXe.  

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Gâteaux de longue vie 

Le gâteau de lune est une pâtisserie chinoise en forme de lune consommée pendant la fête de la mi-automne (ou fête de la lune).

Il contient souvent un jaune d'œuf salé (en général de cane). La surface est décorée de motifs en relief ou de sinogrammes auspicieux, ou bien indiquant le contenu pour faciliter le choix des clients. Il en existe en effet différentes sortes, dont certaines typiques d'une région donnée. Pour satisfaire la demande des consommateurs modernes, le choix s'accroît d'année en année, et comprend en 2006 des versions glacées.  

Aux gâteaux de lune est liée une anecdote historique : la tradition veut que le signal de la révolte des Chinois Han contre la dynastie mongole Yuan qui allait amener l'avènement des Ming ait été donné par le biais de messages cachés à l'intérieur de ces pâtisseries que seuls les Hans consommaient.

Les oeufs de cent ans

L'œuf de cent ans est un mets chinois qui s'obtient en laissant vieillir un œuf dans des conditions très particulières. Ces conditions initient un processus chimique qui change sa texture, sa couleur et son goût.

Il s'agit le plus souvent d'un œuf de cane, plus rarement de poule ou de caille que l'on a conservé dans un mélange de boue riche en chaux, de riz paddy, de cendre, de sel et de feuilles de thé pendant quelques semaines ou quelques mois, selon la méthode de préparation. Pour les œufs de cent ans de caille, la méthode de préparation peut être différente : les œufs peuvent être placés entre 17 et 18 jours dans un liquide de macération. Le jaune d'œuf devient vert foncé et de texture crémeuse avec une forte odeur de soufre et d'ammoniac, tandis que le blanc devient brun foncé et translucide comme une gelée, mais avec peu de saveur.  

Selon l'Histoire de Yiyang, au début de la dynastie Ming, dans le district de Yiyang, une cane aurait pondu un œuf dans un tas de chaux. Découvert deux mois plus tard, une fois ouvert, le blanc et le jaune avaient gélifié. Lorsque les Occidentaux ont découvert cet aliment, ils pensaient à tort que l'œuf avait noirci après une très longue conservation, c'est pourquoi ils lui ont donné le nom d'« œuf de cent ans ».

Déesse de longue vie

Chang’e est un personnage de la mythologie chinoise, femme de l’archer Houyi. Séparée de son mari et du reste des humains, elle réside éternellement sur la Lune, dans un palais de jade nommé Vaste froidure, avec pour seuls compagnons Wugang, un apprenti immortel exilé, occupé à abattre un cannelier qui repousse sans cesse, et un lièvre apothicaire dit « lièvre de jade », assisté selon certains d’un crapaud. Le taoïsme la considère comme la déesse de la Lune. Elle est évoquée tous les ans le 15 du huitième mois lors de la Fête de la mi-automne. Dans la poésie de la dynastie Tang, elle représente une belle femme délaissée. Le cratère lunaire Chang-Ngo lui est dédié.

Son histoire : À l’époque de l’empereur Yao vivait un chasseur, archer d’élite nommé Houyi. Un jour, un fait extraordinaire se produisit : les dix soleils se succédant habituellement au long d’une dizaine de jours apparurent ensemble, asséchant les rivières et brûlant la terre. Yao demanda alors à Houyi d’en abattre neuf de ses flèches, ce qu’il fit. Il obtint grâce à cet exploit une grande réputation. Il en conçut le désir de devenir immortel et partit lors d’une expédition de chasse vers l’ouest à la recherche de la déesse Xiwangmu, maîtresse du Jardin de longue vie. Elle lui confia un élixir à partager avec sa femme Chang’e lorsqu’ils seraient âgés. Houyi, de retour chez lui, transmit les instructions de Xiwangmu à son épouse et enferma l’élixir dans une boîte. Mais un jour qu’il était à la chasse, le désir de connaître l’immortalité eut le dessus et elle ouvrit la boîte pour boire sa moitié d’élixir. Houyi rentrait juste et surprit sa femme qui, décontenancée, avala sans réfléchir l’intégralité du flacon. Les immortels ont le don de se transporter dans les airs, mais Chang’e, ayant absorbé le double de la dose nécessaire, avait perdu le contrôle de son corps. Elle s’éleva jusque sur la Lune où elle demeure depuis.

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Les maisons traditionnelles à multiples cours  

Les maisons traditionnelles avec cours ont été fortement influencées par le code de conduite hiérarchique du confucianisme qui marque une stricte distinction entre l’intérieur et l’extérieur, le supérieur et l’inférieur, l’homme et la femme. Ces lieux clos forment un monde à part, reclus et isolé du monde extérieur par un mur d’enceinte. Le centre, le nord, la gauche, et l’avant de la maison sont considérés comme supérieurs, et les côtés, le sud, la droite, l’arrière comme inférieurs. De même, l’aile nord est la plus souhaitable, car elle fait face au sud et reçoit le plus de lumière du soleil. La chambre centrale de l’aile nord, en tant que pièce la mieux localisée, fait office de salle de réception ou de salle des ancêtres. Les chambres est de l’aile nord de la maison sont occupées par les grands-parents, et celles de l’ouest, par le chef de famille. Les générations les plus jeunes logent dans les ailes est et ouest. Le fils aîné et sa famille vivent dans l’aile est, et le cadet et sa famille dans l’aile ouest. L’aile sud abrite les chambres d’amis, les salles d’études, les cuisines et les réserves. Son entrée principale et ses chambres publiques sont déviées de la cour intérieure par un mur et une porte décorative, isolant les chambres intérieures d’une intrusion extérieure. Les femmes ne sont pas autorisées à quitter la cour centrale, et les invités n’ont pas la permission d’y entrer. Des enceintes intérieures permettent la réalisation de cours secondaires autour desquels se répartissement les logements des personnes les plus en vue de la famille. Les fenêtres des chambres donnent toutes sur la cour centrale.

Un mur-écran est dressé devant la porte principale pour empêcher la vue depuis l’extérieur. La vie à l’intérieur de la "maison" est un monde confiné qui souligne la différence de statut entre les jeunes et vieilles générations, les fils aînés et cadets, les hommes et les femmes, les maîtres et les domestiques.

Ce modèle type correspond au siheyuan canonique du nord de la Chine habituellement construit en briques, ces habitations sont froides l’hiver et chaudes l’été. Mais de nombreuses variations régionales apparaissent dès que des considérations climatiques ou géologiques entrent en jeu. Ainsi dans les régions du Henan, du Gansu, du Shanxi et du Shaanxi, aux hivers rigoureux et aux étés torrides, ce modèle est adapté à la réalisation de demeures troglodytes creusées dans le lœss local, la cour étant la première étape de la « construction ». Dans le sud, à cheval sur le Fujian et le Guangdong, les populations Hakka, d’origine Han, qui émigrent du nord de la Chine entre le IVe et le IXe siècle, construisent d’imposants complexes circulaires ou carrés (exceptionnellement semi-circulaires) où les motifs hiérarchiques de la conception confucéenne de l’habitat sont totalement réinterprétés.  

Pieds bandés

La coutume des pieds bandés est pratiquée en Chine du Xe au début du XXe siècle sur les filles et jeunes femmes issues des classes sociales favorisées dans un premier temps, avant de s'étendre à une part plus large de la société chinoise. Après plusieurs vaines interdictions, à la fin du XIXe siècle, la Société pour l'émancipation des pieds réussira enfin à faire disparaître cette pratique.

Son origine remonterait à la fin des Tang, quand l’empereur demande à sa jeune concubine de se bander les pieds, pour les rendre aussi petits que possible, pour exécuter la traditionnelle danse du lotus et ainsi accroître son désir. Un siècle plus tard, la coutume entre dans les mœurs et devient à la mode chez toutes les femmes de l’empire, devenant ainsi une tradition familiale qui symbolise la richesse et la distinction. En effet, les femmes aux pieds bandés, entravées dans la marche, ne peuvent travailler qu'à des tâches domestiques simples, ce que ne peuvent se permettre les familles pauvres. Le statut d'une femme dépend en grande partie de ses talents de brodeuse exercés dans la fabrication de minuscules souliers et de jambières qu'elle coud pour sa famille et pour elle-même. Les chaussures, finement brodées, témoignent de l’importance donnée à la coutume.

L'importance donnée à la petite taille des pieds et l'opportunité de marier leurs filles à des familles plus fortunées implante encore davantage la coutume et, à la fin de la dynastie Qing, on peut voir des femmes aux pieds bandés dans toutes les classes sociales de la société Han, à l'exception des plus misérables et du groupe des Hakka, chez qui les femmes assument une partie des travaux dévolus aux hommes dans les autres ethnies.

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Les femmes mandchoues et mongoles ne pratiquent pas non plus le bandage des pieds (alors qu'elles occupent le sommet de la hiérarchie sociale sous la dynastie mandchoue des Qing), et surprennent aussi bien les Chinois Han que les occidentaux de passage par leur vie beaucoup plus active et leurs capacités équestres. Elles prennent en revanche l'habitude de confectionner des chaussons destinés à leur donner la démarche chaloupée des femmes aux pieds bandés.

Quelques empereurs, dont l'impératrice Cixi, tentent sans succès de bannir la pratique. En 1664, l'empereur Kangxi punit sévèrement cette coutume, qui persiste toutefois. D'autres tentatives ont lieu, notamment au XIXe siècle. Puis, en 1912, après la chute de la dynastie Qing, le gouvernement de la République de Chine, interdit le bandage des pieds et force les femmes à ôter leurs bandelettes, ce qui s'avérera extrêmement douloureux, le pied étant très déformé, mais aussi traumatisant à l'égard des tabous dont il faisait l'objet. L'interdiction est réellement effective après 1949, sous la République populaire de Chine.  

Procédé :

Le bandage commence à l'âge de cinq ou six ans, parfois plus tôt, et nécessite environ deux ans pour atteindre la taille jugée idéale de 7,5 centimètres, dit "lotus d'or". Après avoir baigné les pieds dans de l'eau chaude ou du sang animal mélangés à des herbes médicinales, les orteils, à l'exception du gros orteil, sont pliés contre la plante du pied, et la voûte plantaire, courbée, pour réduire sa longueur et donner au pied la forme d'un bouton de lotus. Le pied est ensuite placé dans une chaussure pointue, de plus en plus petite au fil des semaines. Les fractures, volontaires ou accidentelles, sont fréquentes, en particulier si le bandage commence à un âge tardif. Les bandes doivent être quotidiennement changées, ainsi que les pieds lavés dans des solutions antiseptiques. Malgré cela, le taux de mortalité des suites de septicémie est estimé à 10 %.  

Les orteils, privés d'une grande partie de l'irrigation nécessaire, se nécrosent rapidement. Les voir tomber n'est pas une mauvaise nouvelle, car cela permet d'obtenir un pied encore plus petit ! De manière générale, la circulation sanguine est largement perturbée et rend les pieds particulièrement douloureux en hiver. En été, le profond pli qui apparait entre le talon et la plante du pied est le siège de multiples infections.

Dans son ouvrage Les Cygnes sauvages, l'écrivaine chinoise Jung Chang, évoquant sa grand-mère qui subit cette pratique, indique que la vue d'« une femme trottinant sur ses pieds atrophiés était censée avoir un effet érotique sur les hommes, cette vulnérabilité manifeste provoquant, disait-on, chez la gent masculine des sentiments protecteurs ».

Ce fantasme peut s'apparenter au port des talons hauts en occident... même s'il est un peu moins barbare.

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Cixi, avant-dernière impératrice

Funérailles dans la Chine traditionelle

Les funérailles et tout le rituel associé étaient très riches dans la Chine traditionnelle. Les obsèques et la sépulture des défunts a toujours été une question prise très au sérieux dans la société chinoise car si l’on ne prenait pas de soin à célébrer les funérailles dignement, la famille du défunt pouvait porter malchance à l’avenir.

On distingue différents rites funéraires en fonction de l’âge du défunt, de la cause du décès, de son statut social et de son état matrimonial. De manière générale, plus le défunt est âgé, plus il est de coutume de montrer des marques de respect envers lui. Aussi, la mort d’un bébé ou d’un enfant ne nécessite pas d’obsèques particulières... L’enterrement a lieu dans le silence, car on ne montre pas de respect pour les plus jeunes.

On dénombre beaucoup de détails dans l’habillement du défunt, des membres de la famille et des proches, mais aussi des coutumes liées à la décoration de la maison, des statues une fois que le décès a eu lieu. Pendant la veillée funéraire, on laisse le cercueil ouvert. Le peigne du défunt est brisé en deux : une moitié est déposée dans le cercueil, l’autre reste dans la maison. On dépose auprès du cercueil de la nourriture en signe d’offrande. Un moine ou un géomancien décident de la meilleure date pour les obsèques.

Le rouge symbolisant la joie, les endeuillés ne portent pas cette couleur. Le blanc est la couleur du deuil.

Comme dans de nombreux pays, les pleureuses ont leur rôle dans les obsèques. Il est de coutume que les femmes de la famille du défunt se lamentent et versent d’autant de plus de larmes que le défunt laisse une importante fortune.

Un petit autel de prière est mis en place, sur lequel on brûle de l’encens, une bougie blanche, mais aussi un papier spécial symbolisant l’argent de la prière. Ce rite a pour vocation symbolique de fournir un revenu suffisant au défunt dans l’au-delà. Il s’agit donc de s’assurer qu’il ne manquera de rien.

Pendant la veillée funèbre, un moine taoïste ou bouddhiste chante des versets des écritures. Selon les croyances traditionnelles, l’âme du mort affronte des épreuves et tortures comme purification des péchés de sa vie terrestre. Comme dans les autres religions, les prières et les chants sacrés aident au passage de l’âme du défunt vers le ciel. L’accompagnement musical se fait à la flûte, la trompette ou au gong. Une fois les prières et chants sacrés terminés, les cris des pleureuses atteignent leur maximum et vient le moment de sceller le cercueil.

Porter le cercueil porte chance : beaucoup de volontaires se présentent généralement pour le porter. Au contraire, regarder le scellé du cercueil porte malchance, l’assemblée se détourne donc à ce moment là.

Après être sorti du domicile du défunt, le cercueil est placé sur le bord de la route permettant aux voisins et à tout un chacun de venir adresser une prière ou un message sur un papier. Puis la procession funéraire se met en route, l’ordre des membres de la famille suivant la place de chacun dans la fratrie. Des papiers en forme de voiture, maison, bateau…etc. symbolisant la richesse du défunt peuvent parfois être transportés pendant la procession funéraire.

Tous les vêtements portés pendant ce jour seront incinérés de peur de porter malchance.

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Puyi, dernier empereur (1908-1911)

La période de deuil pour les membres de la famille du défunt dure 100 jours. On ne porte pas le deuil pour la mort d’un enfant, et un mari n’est pas dans l’obligation de porter le deuil pour le décès de son épouse.

Le régime communiste chinois des années 40 a interdit les traditions funéraires et ordonné la crémation pour tous. L’ensemble des traditions funéraires d'autrefois se perdent.

Reconstruction nationale

Le roman se passe au début du XXe siècle, l'époque à laquelle la Chine, après avoir dû plus ou moins se soumettre aux envahisseurs étrangers lutte pour retrouver ses fastes et sa puissance d'autrefois.

Pendant les siècles qui précèdent 1800, la Chine est une puissance clef, en tête du monde. Mais au XIXe siècle, l'Empire chinois se voit dramatiquement dépassé par les puissances occidentales et leur dynamisme capitaliste, colonial et militaire. La Dynastie Qing (1644-1911) n'arrive plus à faire face et ne parvient plus à garantir l'intégrité du territoire de l'Empire.

Les Européens prennent une avance technique considérable grâce à la mécanisation, à l'artillerie, à l'organisation de leurs banques et à l'idéologie capitaliste d'initiative commerciale. La Chine stagne dans sa situation féodale pré-industrielle. Les guerres de l'Opium sont des victoires complètes des Occidentaux. L'Occident, bientôt rejoint par le Japon modernisé sous l'Ère Meiji, impose ses choix à la Chine, qui doit s'ouvrir davantage à l'extérieur et payer des indemnités de guerre. L'opposition modernisatrice chinoise met ses espoirs dans la Réforme des cent jours de 1898 ; le brillant mais utopiste Kang Youwei la séduit. Mais la réforme est finalement abattue dans le sang par les conservateurs. L'opposition se radicalise alors : elle devient anti-monarchique et prône une « république de Chine » selon le modèle occidental. Les réformes qu'entreprend tardivement et trop lentement Cixi vers 1905 ne sont pas suffisantes et sa mort est l'occasion d'une dernière contraction des conservateurs. En 1911, la révolte du Double 10 sonne le départ de l'insurrection républicaine. La république de Chine est rapidement proclamée à Nankin. Elle contrôle tout le sud de la Chine.

Alors que la Chine est en effervescence politique, tant dans les hautes sphères que dans les regroupements de partisans libéraux et républicains, des groupes armés, secrets, s'organisent un peu partout. À Wuchang, et alors que ce n'était pas encore l'heure d'une révolte organisée, des explosions ont accidentellement lieu dans une cache d'armes républicaine de la ville. Les révolutionnaires doivent prendre précipitamment les armes et l'emportent finalement dans cette ville : c'est le soulèvement de Wuchang du 10 octobre 1911. La nouvelle traversant la Chine, la révolution chinoise de 1911 est lancée. Un peu partout, les groupes secrets prennent les armes et appellent à leur tête Sun Yat-sen.

Le Kuomintang, parti nationaliste républicain fondé par Sun Yat-sen, accède au pouvoir. Mais Yuan Shikai, maître des principales forces armées de la dynastie, parvient à s'imposer comme arbitre. En échange de son ralliement, il succède à Sun Yat-sen à la présidence de la République. Mais lorsque Yuan Shikai ruine les espérances démocratiques et libérales en congédiant le parlement nouvellement établi, il provoque l'opposition des républicains. S'ensuit une période d'instabilité, de soulèvements républicains, de sécessions et de répressions visant notamment le Kuomintang. Au début de 1915, l'Empire du Japon présente à Yuan Shikai ses Vingt et une demandes, qui visent à faire de la Chine un protectorat japonais de fait. Yuan Shikai tente de se faire proclamer Empereur de Chine : la cérémonie officielle ne peut avoir lieu, et il meurt peu de temps après.

À sa mort commence une nouvelle période d'instabilité : c'est la période dite des « Seigneurs de la guerre ». Les principaux généraux et chefs de guerre chinois se battent pour se tailler leur propre domaine de souveraineté. Ces Seigneurs de la guerre se partagent et disputent le nord de la Chine tandis que le gouvernement républicain contrôle le sud, et tente de reprendre le contrôle de l'ensemble. Le parti du Kuomintang est recréé et bénéficie notamment de l'aide matérielle de l'Union soviétique, qui envoie des conseillers politiques du Komintern. Sun Yat-sen dirige différents gouvernements, basés dans le sud de la Chine, qui visent à réunifier le pays. En 1919, le Japon fait accepter à la conférence de paix de Paris ses visées sur l'ancienne concession allemande du Shandong, après avoir conclu un traité secret en ce sens avec le gouvernement chinois, alors dominé par la faction de Duan Qirui. Cette nouvelle provoque en Chine une réaction nationaliste de grande ampleur, connue sous le nom de Mouvement du 4 mai : en juin, le gouvernement de la république de Chine finit par refuser de signer le traité de Versailles. Le Parti communiste chinois (PCC), créé en 1921, est allié au Kuomintang et, sur les conseils des soviétiques, ses membres pratiquent souvent la double appartenance au PCC et au KMT.

À la mort de Sun Yat-sen en 1925, le Kuomintang doit affronter une incertitude quant à sa succession : le général Tchang Kaï-chek fait partie des chefs émergents du parti. Il s'affirme notamment grâce à la création de l'Armée nationale révolutionnaire, une puissante force armée mise sur pied avec l'aide des soviétiques. En 1926, il lance l'opération dite de l'expédition du nord, pour reprendre le contrôle du nord du pays aux seigneurs de la guerre.

Durant cette période, Tchang Kaï-chek affirme son autorité sur le parti : en 1927, inquiet de voir les communistes gagner en influence, il rompt l'alliance et déclenche la purge du parti, dont le début est marqué par le massacre de Shanghai en avril. Le chef de l'aile gauche du Kuomintang, Wang Jingwei, déplace en janvier le gouvernement à Wuhan pour lutter contre les tendances autocratiques de Tchang. Mais ce dernier, dès avril, crée son propre gouvernement à Nankin. Pendant quelques mois, trois gouvernements se disputent la légitimité : celui de la faction de Tchang à Nankin, celui de Wang Jingwei à Wuhan, et celui de Zhang Zuolin à Pékin, soutenu par les Japonais. Mais Wang doit bientôt abandonner la partie et, au début 1928, Pékin est atteinte par les troupes du Kuomintang. Zhang Zuolin prend la fuite et est tué peu après dans un attentat organisé par ses anciens alliés japonais. Nankin devient la capitale du pays et Tchang Kaï-chek devient Chef de l'État avec le titre de Président du gouvernement central de la république de Chine.

L'opposition interne au Kuomintang ne désarme cependant pas : en 1930, la faction de Li Zongren, alliée à Wang Jingwei et aux seigneurs de la guerre Feng Yuxiang et Yan Xishan, affronte militairement les troupes de Tchang Kaï-chek, lequel remporte cependant la victoire. Les communistes n'ont pas abandonné les armes et continuent d'affronter le Kuomintang. En 1931, ils créent dans le Jiangxi l'enclave de la République soviétique chinoise.

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La longue marche

Tchang Kaï-chek suscite de nouvelles oppositions au sein du Kuomintang en faisant arrêter Hu Hanmin, le chef du comité central, au début 1931. Le pays semble au bord d'un nouveau conflit. Mais, en septembre 1931, l'Empire du Japon profite des derniers restes de chaos dans le nord de la Chine pour stopper la réunification chinoise qui se faisait au profit du gouvernement de Nankin. Les Japonais prennent le contrôle de la Mandchourie : l'État-client du Mandchoukouo est créé sur son territoire. Puyi y est à nouveau proclamé Empereur, tout en restant sous le contrôle du pouvoir japonais. Tchang Kaï-chek, devant cet échec, démissionne de son poste de président de la République. Il demeure cependant chef de l'armée et la politique expansionniste du Japon le fait bientôt apparaître comme un chef militaire indispensable. Dès 1935, il prend la tête du gouvernement.

Considérant que ses troupes sont encore trop faibles pour affronter les Japonais, Tchang concentre ses efforts contre les communistes : en 1934, son armée réussit enfin à briser la place-forte de la République soviétique chinoise au Jiangxi. Les communistes doivent fuir à travers le pays, dans l'épisode dit de la Longue Marche, au cours de laquelle Mao Zedong émerge comme chef incontesté du parti.

Le Japon continue sa politique expansionniste et multiplie les opérations pour étendre son influence, soutenant notamment les indépendantistes de Mongolie-Intérieure. À la fin 1936, Zhang Xueliang séquestre Tchang Kaï-chek pour le contraindre à conclure avec les communistes une trêve, aboutissant à un front commun contre les Japonais : c'est l'Accord de Xi'an, qui donne naissance au deuxième front uni chinois.

En 1937, le Japon envahit le reste de la Chine, déclenchant un nouveau conflit, particulièrement sanglant, qui s'intègre à partir de 1941 au théâtre asiatique de la Seconde Guerre mondiale. Nationalistes, communistes et seigneurs de la guerre régionaux affrontent l'envahisseur mais subissent d'importantes défaites en 1937 et 1938. Le Japon contrôle la partie orientale du pays mais échoue à briser les enclaves nationalistes à l'ouest : le conflit s'enlise. À partir de 1940, le Gouvernement national réorganisé de la république de Chine, créé par Wang Jingwei au service des Japonais, dispute la légitimité au gouvernement du Kuomintang, dont il usurpe le nom et l'emblème. La république de Chine ayant rejoint les Alliés à la fin 1941, les États-Unis apportent leur aide et font de la Chine une base pour leur aviation, d'où ils bombardent les positions japonaises. Pendant ce temps, les communistes privilégient les actions de guérilla et consolident leurs forces dans les zones rurales. À partir de 1942, les troupes de la république de Chine interviennent dans la campagne de Birmanie aux côtés du Royaume-Uni, utilisant les bases alliées en Inde comme position de repli. Le 15 mai 1945, la route de Birmanie est rouverte par les Alliés, ouvrant une voie terrestre pour le ravitaillement de la Chine.

En 1945, le Japon capitule, grâce surtout à l'effort américain et aux bombes d'Hiroshima et Nagasaki. L'Union soviétique a également hâté la reddition japonaise en envahissant la Mandchourie, dont elle laisse ensuite le contrôle au Parti communiste chinois.

Taïwan est rendue, avec les Pescadores à la Chine par le Japon à la suite du traité de San Francisco (1951), signé entre les États-Unis et le Japon. Le Traité de Taipei, traité de paix signé en 1952 entre la république de Chine et le Japon, confirme également cela.

À la suite de la reddition japonaise, les troupes gouvernementales chinoises investissent le nord de l'Indochine française, pour participer au désarmement des Japonais présents dans le pays. La France est obligée de négocier le départ des troupes chinoises de sa colonie; la Chine obtient en contrepartie le renoncement des Français à tous leurs privilèges en Chine, depuis les traités inégaux, comprenant les concessions territoriales et les avantages commerciaux. La Chine obtient de son côté des avantages commerciaux en Indochine4.

Tchang Kaï-chek exerce un contrôle militaire sur l'essentiel du pays, en particulier les grandes villes, tandis que Mao contrôle d'importantes zones rurales du Nord du pays. Après quelques affrontements en 1945, la guerre civile reprend de manière ouverte dès 1946. De 1945 à 1948, Mao reprend progressivement toutes les campagnes de Chine. Le régime tente de se stabiliser et de se légitimer : alors que la Chine n'avait connu depuis 1912 que des constitutions provisoires, une nouvelle constitution est adoptée début 1947 et entre officiellement en vigueur à la fin de l'année. Mais les communistes continuent leur avancée et les armées nationalistes subissent revers sur revers. En janvier 1949, Tchang démissionne de son poste de président. Li Zongren assure l'intérim, mais il est bien vite évincé par Tchang, qui reprend le pouvoir dans les faits.

En octobre 1949, les communistes proclament la république populaire de Chine à Pékin. En décembre, les dirigeants du Kuomintang et environ deux millions de continentaux s'exilent massivement sur l'île de Taïwan, reprise au Japon en 1945. Le gouvernement nationaliste chinois y installe, de manière censément provisoire, la république de Chine.

Les derniers combats ont lieu au printemps 1950, quand le régime communiste annexe l'île de Hainan et quelques autres territoires, Taïwan demeurant le principal bastion nationaliste.

Corne de cerf

Il s'agit de la jeune corne de cerf non ossifié, recouverte de son velours naturel des cervidés mâle nouveaux nés, collecté dans les provinces chinoises de Xinan, Xinjiang, Dongbei, Xibei et en Mongolie. Ce remède est traditionnellement préparé en été et en automne.
On retrouve la description de ce remède durant la dynastie des Han (372-288 av. Jésus Christ), où se constitue la Pharmacopée Chinoise.

La corne de cerf réchauffe le Yang des Reins et le tonifie par là même tout en renforçant le sang et les essences. Dans ce cas de figure, la personne affectée manifeste une grande aversion au froid. Elle a les extrémités gelées, est frappé d’impotence, de stérilité, d'impuissance. Elle urine fréquemment et a des douleurs dans les lombes et les genoux. Il faut ajouter également qu’elle est souvent frappé de vertiges et de fatigue mentale. En Tonifiant le Foie et le Rein, la Corne de Cerf supplémente le Sang et les Essences (Jing) et renforce les os et les tendons. La corne de cerf, du fait de sa qualité de tonification du Rein et du Foie, est capable de nourrir les Jing et le Sang, mais aussi de réguler la fonction des vaisseaux impliqués dans le déséquilibre énergétique.

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Pharmacie traditionnelle

MES EXTRAITS FAVORIS

Pourquoi le ciel n'avait-il pas accordé aux femmes une existence deux fois plus longue que celles des hommes, de manière que leur beauté et leur fertilité puissent durer toute la vie de l'homme et ne se flétrir que lorsqu'il cesserait d'engendrer ? Pourquoi la nécessité pour l'homme de donner sa semence durait-elle trop longtemps pour une même femme ?  

***

L'intelligence, plus que pauvreté ou richesse, divise les humains, les rends amis ou ennemis. La personne stupide craint et déteste la personne intelligente. Malgré toute sa bonté, un homme intelligent doit savoir qu'il n'arrivera jamais à gagner l'affection de celui dont l'esprit n'est pas à la hauteur du sien.

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Le premier amour au coeur d'un homme est l'amour de soi. Le ciel lui a donné et amour en premier, pour que l'homme ait le désir de vivre, malgré tous ses chagrins. Et, quand cet amour est blessé, aucun autre ne peut survivre, car, si l'amour de soi est trop entamé, on désire la mort, ce qui est contraire au ciel.

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Vous m'avez expliqué qu'il y a une vitre magique qui transforme les petites choses en grandes. Un grain de poussière, m'avez-vous dit, peut devenir aussi vaste que le désert, et que, si on comprend, ce qu'il y a dans ce grain, on connaît le désert. Cette maison est le grain de poussière et, grâce à elle, je comprends tout. A l'intérieur de ces quatre murs, la vie entière est enclose.

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

SoliveauHomme dépourvu d'autorité, ne sachant pas se faire respecter.

Phalène : Papillon de nuit aux antennes pectinées, aux ailes droites et délicates et au corps grêle, dont la chenille est très nuisible.

Main de BuddhaLa main de Bouddha est une variété de cédrat. Son fruit orange clair à maturité est divisé en sections ressemblant à des doigts. Il a une peau épaisse et sa chair (s'il y en a) est faiblement acide et non-juteuse, et même parfois sans pépins. La peau du fruit peut être confite. Dans la cuisine occidentale, elle est souvent utilisée pour son zeste. La chair blanche interne n'est pas amère comme celle de tous les cédrats, ainsi les doigts peuvent être coupés et tranchés avec la peau, et utilisée dans les salades ou parsemée sur des mets, tel le poisson.

Géomancie : La géomancie est une technique de divination fondée sur l'analyse de figures composées par la combinaison de quatre points simples ou doubles (ou points et traits). Ces points sont obtenus par l'observation de cailloux ou d'objets jetés sur une surface plane ou posés dans un espace donné, par des lancers de dés1, par le comptage de traits dessinés dans le sable avec un bâton ou sur du papier à l'aide d'un stylo ou encore par l'observation d'éléments disposés dans la nature sans intervention humaine.

Kwanyin : Déesse chinoise de la compassion, surnommée Mère de la Miséricorde, très vénérée dans le bouddhisme. La compassion est un état dans lequel un être est fortement relié aux autres, au point de ressentir leurs joies et leurs peines comme siennes. Son nom entier signifie  » observant les pleurs du monde ». Elle est souvent représentée par une robe blanche, portant à la main un flacon rempli de l’eau de vie, et dans l’autre main, une branche de saule pleureur, assise sur une fleur de lotus. Une légende dépeint Kwan Yin avec mille bras lui permettant de toucher et de répondre aux innombrables pleurs de l’humanité. Les Chinois l’invoquent pour recevoir sa protection et sa compassion.

AmahUn amah ou ayah est une fille ou une femme employée par une famille (Asie) pour nettoyer, s'occuper des enfants, et effectuer d'autres tâches domestiques.

BulbulLes pycnonotidés sont une famille de passereaux constituée de 27 genres et de plus de 150 espèces de bulbuls. Ces espèces sont réparties de l'écozone afrotropicale à l'écozone indomalaise et à l'écozone australasienne.

 

 

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19 septembre 2018

LE DANDY

Un dandy est un homme se voulant élégant et raffiné, se réclamant du dandysme, courant de mode et de société venant de l'Angleterre de la fin du XVIIIe siècle, mais aussi d'une affectation de l'esprit et de l'impertinence.

L'origine du mot est obscure. Le terme d'excentricité, défini comme une manière d'être, notamment dans l'habillement et l'apparence, qui rompt totalement avec la règle du commun des hommes, a commencé à s'appliquer au comportement humain dans les années 1780 ; parallèlement, le mot dandy apparaît vers la fin du XVIIIe siècle, se distinguant de l'excentricité car il « joue avec la règle » mais la respecte encore. Une autre origine possible est le dandy prat, pièce de monnaie de peu de valeur utilisée au XVIe siècle sous Henri VIII, terme s'appliquant par la suite aux jeunes hommes médiocres mais qui veulent briller par leur habillement.

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Brummell, 1805

Selon le biographe d'Oscar Wilde, Daniel Salvatore Schiffer, le mot dandy date d'environ 1780 : dans une ballade écossaise anonyme est mentionné un jeune homme efféminé surnommé Andrew (diminutif Andy), « coq du village » raillé par la population notamment lorsqu'il se dandine derrière une jeune fille (« Andy is dandeling »). Dandy serait donc un mot-valise formé à partir du verbe « dandle » et d'« Andy », désignant dans la région frontalière entre l'Angleterre et l'Écosse des jeunes gens qui fréquentaient l'église ou la foire annuelle dans une tenue excentrique. Ce mot à la mode est adopté vers 1813-1819 à Londres pendant les guerres napoléoniennes à propos du fashionable, « élégant » suivant la mode (le représentant type est George Brummell), le dandy se différenciant parfois en créant lui-même la mode et un certain mépris du savoir-vivre. Ce terme apparaît ensuite en France qui connaît une vague d'anglomanie sous la Restauration, comme en atteste l'apparition de mots liés à la mode : fashion, snob, smart, select.  

Au XIXe siècle, il prédomine chez le romantique français voulant être « reconnu » dans la société (Stendhal, Eugène Sue voire Baudelaire, poètes de la Jeune-France). Alors qu'il devient nettement péjoratif chez Littré qui le définit comme un « homme recherché dans sa toilette et exagérant les modes jusqu'au ridicule », certains écrivains comme Baudelaire, Barbey d'Aurevilly ou Villiers de l'Isle Adam privilégient son sens esthétique et spirituel à celui de l'élégance vestimentaire, bien que ce dernier sens reste courant à toute époque.

La définition d'un dandy pourrait être « homme à l'allure précieuse, originale et recherchée, et au langage choisi ». Mais le dandysme n'est pas une esthétique fixée : il peut être protéiforme, et le dandysme d'un George Brummell, dit "Le beau Brummell", souvent considéré comme originel, est très différent du dandysme d'un Oscar Wilde. 

Dans sa biographie d’Eugène Sue, dont les camarades de collège moquent l’élégance en le surnommant « le Beau-Süe », Jean-Louis Bory propose un historique du dandysme : « Le petit marquis talons rouges de Louis XIV, devenu le roué de la Régence, devenu le petit maître style Louis XV, devenu le mirliflore de l'époque Louis XVI, devenu le muscadin de Thermidor, devenu l'incroyable du Directoire, est devenu le fashionable de la Restauration, qui devient […] le « lion » de la monarchie de Juillet, qui va devenir le gandin du Second Empire, contemporain de la biche et du daim (affligeante zoologie, successeurs minuscules, caricatures abâtardies, imitations essoufflées du lion) qui deviendra, de dégénérescence en dégénérescence, le gommeux, le cocodès, le petit crevé de la Troisième République, le « swing » et le « zazou » de Vichy et de l'occupation Allemande… »

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Robert de Montesquiou

Plus loin, il en dépeint l’attitude, expliquant en quoi il se différencie du « lion » dans les années 1830 : « Brummell est dieu, d'Orsay est son prophète. On se sent, on se veut à ce point différent et au-dessus des autres que choses et gens n'existent plus. Le dandy ne les voit plus, il n'en est plus, il ne peut plus en être touché. Être surpris, admirer, c'est se reconnaître inférieur. D'où le flegme, cette armure glaciale. Et pour seules attitudes possibles l'ennui, ou les attitudes qui traduisent un mouvement (quand on daigne se mouvoir) du haut vers le bas, condescendantes : le mépris gourmé, la politesse, qui se doit d'être irréprochable, et les différentes formes d'ironie qui vont de la plaisanterie entre pairs, l'humour, jusqu'à (puisqu'elle s'unit au dédain de plaire) l'insolence la plus cinglante […] Seul point, peut-être, sur lequel on se sépare, mais subtilement du dieu Brummell : « la convenance exquise ». Brummell était à ce point certain que rien de commun ne pouvait exister entre lui et les autres, qu'il n'était même plus besoin qu'il s'en distingue : un homme bien mis ne doit pas être remarqué. Le pur dandy partage ce point de vue, le lion non. Il préfère une toilette recherchée, voire fracassante : cannes « étourdissantes » chères à Balzac, monocles carrés, redingotes balayeuses, gilets pharamineux. Et les inévitables gants jaunes. »

Selon lui, la psychologie du dandy oscille entre frivolité arrogante et révolte contre l’ordre bourgeois : « C'est, on en convient, accorder beaucoup d'importance à sa petite personne. Ce cancer de la self-respectability conduit le dandy, prétend Balzac, à devenir « un meuble de boudoir, un mécanisme extrêmement ingénieux, mais un être pensant, jamais ». C'est se montrer trop sensible aux apparences, et confondre une impassibilité proche, en effet, de celle d'un objet avec le néant. […] Mais chez quelques-uns d'entre eux (ceux qui intéresseront Balzac : les Marsay, les Rastignac, les Trailles), il y a des griffes quelque part. Le dandysme est autre chose qu'une affectation imbécile. C'est une morale. Mieux : c'est une arme. […] Pareille haine pour la morale épicière. Pareille volupté secrète de se sentir membre d'une élite, dispensé de cette morale, hors la loi commune, au-dessus d'elle. Le dandysme est la manifestation extérieure (volontairement désinvolte puisque cette désinvolture participe de l'arsenal belliqueux) d'une opposition profonde aux contemporains ; la transposition d'un héroïsme révolutionnaire sur le plan, apparemment frivole, d'une activité éphémère — puisque la mode change sans cesse — et violemment moderne — puisque la mode se confond avec la plus fine pointe du présent. Double façon (par l'éphémère et le moderne) de fracasser élégamment le sérieux des autres qui s'appuie sur le durable, et, par conséquent, sur le passé. »

Le dandysme constitue aussi une métaphysique, un rapport particulier à la question de l'être et du paraître, ainsi qu'à la modernité. De nombreux auteurs, la plupart du temps eux-mêmes des dandys, se sont interrogés sur son sens. Ainsi, dans un contexte de décadence, Baudelaire identifie le dandysme comme le « dernier acte d'héroïsme » possible, recherche de distinction et de noblesse, d'une aristeia de l'apparence : « Le Dandy doit aspirer à être sublime sans interruption, il doit vivre et dormir devant un miroir »

Identifié, souvent à tort, comme une simple frivolité, le dandysme, au contraire, se pense par ses pratiquants, surtout au XIXe siècle, comme une ascèse et une discipline extrêmement rigide et exigeante. Ainsi, toujours selon Baudelaire : « Le mot dandy implique une quintessence de caractère et une intelligence subtile de tout le mécanisme moral de ce monde. »

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Oscar Wilde

Le dandysme constitue un jeu permanent sur l'être et le paraître qui explique que l'on ne distingue pas véritablement les dandys de chair de ceux de papier.

Dans les romans de La Comédie humaine, Honoré de Balzac a présenté toute la gamme des dandies dont les représentants les plus caractéristiques sont Henri de Marsay : « [...] le jeune comte entra vigoureusement dans le sentier périlleux et coûteux du dandysme. Il eut cinq chevaux, il fut modéré : de Marsay en avait quatorze. » ou Maxime de Trailles : « Monsieur de Trailles, la fleur du dandysme de ce temps là, jouissait d'une immense réputation. »

Dans la vie réelle, Balzac avait une grande admiration pour le « dandy-lion » Charles Lautour-Mézeray, journaliste et mondain, qui lui a servi de modèle pour le personnage d'Émile Blondet. Il a en outre donné de nombreuses interprétations sur la notion de dandysme dans des articles parus dans La Mode et dans son Traité de la vie élégante, 1830. 

Le dandysme suppose un caractère personnel très altier, élégant, raffiné, voire arrogant, et il est une idée très répandue d'estimer que le dandysme perdure de nos jours par cette forme. Mais il s'agit là plus de l’« esprit dandy » que de dandysme véritable, le mouvement comprenant en sa définition même son caractère autodestructeur.

Souvent assimilé au snobisme, le dandysme en est pourtant différent puisque le snob et le dandy hiérarchisent de façon inverse la personne et le groupe.

D'après Wikipédia

 

 

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16 septembre 2018

LE DANEMARK DE 1800 A 1950

Le XIXe siècle voit un déclin relatif de la puissance danoise. Allié forcé de Napoléon Ier pendant les guerres napoléoniennes, le Danemark est bombardé par l'Angleterre en 1807 et encerclé par un blocus portuaire par la flotte britannique ; l'économie danoise en souffre énormément, jusqu'à ce que l'État danois entre en faillite en 1814. La Suède de Charles-Jean en profite pour attaquer le Danemark, forçant Frédéric VI à signer le traité de Kiel le 14 janvier 1814 transférant le royaume de Norvège à la Suède, à l'exception du Groenland, de l'Islande et des îles Féroé, qui sont laissées au Danemark.

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Frédéric VI

Exsangue de ces revers militaires et économiques, la royauté est contrainte de délivrer des concessions au peuple : en 1831, Frédéric VI instaure des assemblées d'État provinciaux. Mais le mouvement nationaliste du Danemark devient de plus en plus puissant tout au long du XIXe siècle. Dans le sillage des révolutions européennes de 1848, le Danemark devient une monarchie constitutionnelle par la signature d'une première Constitution parlementaire le 5 juin 1849 : la diète se compose de deux assemblées, le Folketing (Chambre du peuple) et le Landsting (Chambre des grands propriétaires).

Le règlement de la future succession au trône donne lieu en 1848 à de troubles entre nationalistes danois et activistes allemands, le Sleswig, le Holstein et le Lauenbourg ayant tenté à cette occasion de se séparer du Danemark, avec l'appui de la Prusse. Toutefois, à la mort de Frédéric VII de Danemark (1863), l'Allemagne réunie à Francfort réclame l'indépendance du Holstein et du Sleswig, ce qui donne lieu à deux guerres des Duchés dont la seconde en 1864 est désastreuse pour le Danemark : il est contraint de céder ces trois duchés.

De 1815 à 1914, plus de trois cent mille danois émigrent définitivement, la plupart vers les États-Unis. En 1901, le régime parlementaire est instauré de facto. Durant les premières décennies du XXe siècle, le nouveau Parti radical et le plus ancien Parti libéral se partagent le pouvoir. Les femmes obtiennent le droit de vote en 1915 et quelques-unes des colonies danoises sont vendues aux États-Unis. Durant cette période, le Danemark inaugure d'importantes réformes sociales et du marché du travail, jetant les bases de l'état-providence actuel.

Resté neutre pendant la Première Guerre mondiale, le conflit global affecte néanmoins considérablement le pays : le commerce a été largement interrompu, suivi par l'instabilité financière en Europe. Néanmoins, le Danemark a repris en 1920 une partie du Schleswig-Holstein, le Nord-Schleswig à l'issue de deux plébiscites organisés par le Traité de Versailles.

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Copenhague, 1900

Malgré une déclaration de neutralité au début de la Seconde guerre mondiale, le 9 avril 1940, la Wehrmacht envahit le Danemark, sans rencontrer de résistance, le roi Christian X étant conscient de la supériorité militaire du Troisième Reich. Le roi propose en vain à Adolf Hitler le régime du protectorat. Le pays est occupé pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Pendant cette occupation, une résistance danoise se développe. Néanmoins, l'occupation du Danemark s'opère dans des conditions très douces comparées à celles du reste de l'Europe ; le Parlement peut maintenir ses sessions et la police reste sous contrôle danois. Cette occupation n'a pas empêché que la population devienne de plus en plus hostile aux Allemands, les actes violents de résistance, et l'organisation du sauvetage des Juifs ayant permis de protéger quelque 93 % de la population juive, ayant conduit l'Allemagne nazie à considérer le Danemark comme territoire ennemi dès 1942 et à dissoudre le gouvernement danois en 1943. Le pays est libéré en mai 1945.

En 1944, l'Islande rompt l'union personnelle avec le Danemark, qui reconnait la séparation au terme immédiat de la Seconde guerre mondiale.

D'après Wikipédia

 

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01 septembre 2018

JE SUIS EN VOYAGE...

et je reviens le 16 septembre...

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31 août 2018

*** ECOUTE LE CHANT DU VENT / FLIPPER, 1973 - HARUKI MURAKAMI

Ca fait très longtemps que je veux me plonger dans la littérature japonaise. On entend beaucoup parler de Murakami depuis ces dernières années, je vais commencer avec lui. Il est né en 1949, pile poil pour pouvoir entrer dans mon Challenge : écrivains nés entre 1800 et 1950 !

INCIPIT

Un texte parfait, ou ce que l'on pourrait qualifier comme tel, ça n'existe pas. Pas plus que n'existe un désespoir parfait. (Ecoute le chant du vent)

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RESUME

Ecoute le chant du vent : En plein été, au bord de la mer, non loin de Tokyo, le narrateur, un jeune étudiant en biologie de vingt-et-un ans philosophe quotidiennement avec son ami, surnommé le Rat, au comptoir du J's Bar, en buvant des bières. Il vit une courte liaison avec une jeune fille un peu mystérieuse et se remémore ses amours passées.

Flipper, 1925 : Le narrateur, le Rat, une histoire d'amour avec des jumelles, des flippers. 

MON AVIS

Deux courts romans. Style sobre, concis, phrases courtes, beaucoup de références musicales. On se rapproche de ce style d'écriture contemporaine que je ne prise guère. Mais là, ça va. Sans doute parce que Murakami est né avant ma date fatidique, 1950 ! C'est loin d'être désagréable. Et c'est même amusant lorsqu'on a lu la préface (voir ci-dessous), où l'auteur explique comment il est venu à ce mode d'expression.

Au fil de la lecture, il se dégage quelque chose de frais, de poétique, parfois fantaisiste, voire fantastique, souvent mélancolique, mais tout ça en notes très légères, ténues. Une pincée d'absurde, un poil d'humour. Ca m'a parfois fait penser à Boris Vian... mais mes souvenirs de Vian sont lointains ; il faut que je le relise avant de faire de telles affirmations. Affaire à suivre.

Au début, je n'étais pourtant pas tellement convaincue. Le genre de livre "moderne" que je n'aime pas : on raconte sa vie, on se regarde le nombril, on ne sait pas bien où veut en venir l'auteur, et d'ailleurs veut-il en venir à quelque chose ? Et puis, petit à petit, surtout avec Flipper, 1973, je me suis laissée prendre par cet irrésistible charme.

A noter que Dans Flipper, 1973, bien qu'à un moment Murakami dis "Ceci est un roman sur les flippers"... il n'en est finalement que peu question. C'est surtout dans la seconde partie (et encore, ça reste relativement accessoire), avec une séquence finale, dans un hangar, qui rappelle Stephen King !

Je veux maintenant lire au plus vite la trilogie 1Q84 ! Puis, sûrement, les autres...

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Écoute le chant du vent est le premier roman de l'écrivain japonais Haruki Murakami, paru le 23 juillet 1979 au Japon. Ce premier livre, qui obtient le Prix Gunzō, concours organisé par une prestigieuse revue japonaise, est suivi de Flipper, 1973 puis de La chasse au mouton sauvage, qui forment ce que certains nomment « la trilogie du Rat ». 

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On trouve, déjà, dans Écoute le chant du vent, le style et l'ambiance propres aux livres de Murakami : une porosité entre l'univers onirique et la réalité ainsi qu'une écriture simple, populaire, qui s'attache à des événements irréels contés par un narrateur réaliste.

Ce petit roman philosophique est aussi un prélude initiatique vers l'univers fantastique de l'auteur, une introduction aux œuvres plus étoffées comme Chronique de l'oiseau à ressort, 1Q84.

Ce n'est que trente-sept ans après leur première publication, qu'Haruki Murakami autorise la publication à l'étranger de ses deux premiers romans. Écoute le chant du vent ; suivi de Flipper, 1973, sort en France le 14 janvier 2016 chez Belfond. 

La préface de l'ouvrage, datée de juin 2014, est rédigée par Haruki Murakami lui-même. Il indique que, jeune patron d'un café-club de jazz, il n'a que peu de temps. Il se lance alors dans l'écriture. Ces deux romans sont écrits sur la table de sa cuisine... À ce titre, l'auteur les dénomme, dans cette préface, Écrits sur la table de la cuisine et les désigne comme des « romans de cuisine ».

Toujours dans cette préface, Murakami révèle que bien que Japonais et vivant au Japon il trouve sa langue natale un peu trop touffue pour s'exprimer. De ce fait il décide d'écrire en anglais, langue qu'il ne maîtrise que partiellement en raison d'un vocabulaire restreint. Puis il traduit en japonais et réadapte éventuellement. Le narrateur trouve ainsi le style qui lui convient ; il a le sentiment d'écrire de façon claire, sans artifice et en allant à l'essentiel. Il traduit alors ses deux premiers romans en japonais.  

Flipper, 1973 est son deuxième roman, paru en 1980 au Japon.

Ultérieurement Murakami ajoute deux autres livres à cette trilogie.

La Nouvelle Gauche au Japon et les révoltes étudiantes (1968)

La Nouvelle gauche est un mouvement politique japonais, constituée de plusieurs groupes reprenant les idées de la Nouvelle gauche occidentale (gauche et extrême-gauche). Elle se démarque des partis de gauche plus anciens, légitimisés, comme le Parti communiste japonais et le Parti social-démocrate. Elle commence à se faire entendre dans les années 60.

A cette époque, en effet, le gouvernement japonais fait face à une montée progressive d'un sentiment de défiance de la part du milieu universitaire, alors que l'activisme politique y est généralement strictement interdit. Le 15 juin 1960, 100 000 personnes, réunies par la puissante centrale étudiante Zengakuren, manifestent devant le Bâtiment de la Diète nationale contre le traité de sécurité nippo-américain. Le 8 octobre 1967, en tentant d'empêcher le premier ministre Satō d'aller au Viêt Nam (où des troupes japonaises sont engagés auprès de l'armée américaine), les manifestants se heurtent aux forces de police, et Hiroaki Yamazaki étudiant de 19 ans de l'Université de Kyoto est tué. Depuis 1965, les frais d'inscription à l'université ont augmenté, poussant les étudiants à faire des piquets de grève pour protester.

La mobilisation étudiante s'organise : le 15 janvier 1968, une manifestation pour empêcher le départ du porte-avions Enterprise rassemble les différentes tendances du mouvement étudiant (les trotskistes Kakumaru, les Jeunesses communistes et démocrates, le front étudiant anti-impérialiste, le Front socialiste de libération...). Le même mois, les étudiants de l'université Chūō se mettent en grève, bientôt suivis par les autres universités. Le 15 avril 1968, la révélation d'un détournement de 2 milliards de yens par l'administration de l'université Nihon provoque un scandale ; les étudiants demandent l'autogestion étudiante aux autorités. En l'absence de réponse, ils occupent l'université et la paralysent, obligeant le président de Nihon à négocier. Le 23 mai 1968 a lieu la première manifestation au sein de l'Université Nihon ; le mouvement débouche sur la création le 27 mai d'un comité de lutte inter-campus à l'université. L'université Tōdai est elle aussi occupée par les étudiants. Le 20 octobre 1968, l'Agence de Défense du Japon est assiégée par le syndicat des étudiants socialistes. Le 21 octobre 1968 est célébrée la « journée internationale contre la guerre » (du Viêt Nam). Des émeutes ont lieu à Shinjuku, protestant contre l'acheminement du napalm vers le Viêt Nam, passant par les bases américaines du Japon ; il est procédé par les forces de l'ordre à 734 arrestations. Le même soir, 20 000 étudiants partent manifester avec des cocktails Molotov devant l'ambassade des États-Unis.

Le 18 janvier 1969, 8 500 policiers prennent d'assaut le Hall Yasuda de l'université Tōdai pour lever les barricades mises en place par les étudiants, qui occupent l'université depuis six mois. 768 arrestations sont effectuées. Le 28 avril 1969, c'est le « jour d'Okinawa » : 100 000 personnes manifestent en faveur de la rétrocession d'Okinawa et de l'annulation du traité de sécurité nippo-américain ; 956 personnes sont arrêtées. L'évacuation de Tōdai et l'échec dans la lutte contre le traité de sécurité sonnent le glas du soutien de la population envers le mouvement étudiant. Celui-ci est maintenant composé de nombreuses factions d'extrême-gauche antagonistes, et éclate sous les tensions, la violence et les affrontements qui s'enchaînent. Les nombreux groupes issus du fractionnement de la Zengakuren se livrent des batailles de rue, la police en profitant pour arrêter en premier lieu les dirigeants, sapant la base idéologique des protagonistes.

Le 28 août 1969 a lieu un rassemblement du Bundo, la ligue des communistes, à l'auberge de jeunesse de Jogashima ; sont également présents des représentants de groupes plus radicaux. Lors du débat, la création d'une armée révolutionnaire, pour reprendre la lutte contre le gouvernement, est proposée. Le Bundo la refuse, et purge de ses rangs les partisans de cette idée ; de cette purge nait la Faction armée rouge (FAR). Elle est composée essentiellement d'étudiants de province défavorisés, l'élite universitaire commençant à rentrer dans le rang. Prenant pour modèle les guérillas vietnamiennes et cubaines, les étudiants qui en font partie pensent pouvoir abattre l'impérialisme et le capitalisme (américain et japonais) par l'action immédiate.

En septembre 1969, la Nouvelle Gauche arrive à rassembler 11 000 étudiants contre le traité de sécurité ; la FAR s'y fait déjà remarquer, et cinq cents policiers sont chargés de surveiller leurs quatre cents membres. Le 5 novembre 1969, 53 membres de la Faction Armée Rouge sont arrêtés alors qu'ils s'étaient réfugiés au col Daibosatsu pour y recevoir un entrainement militaire, en vue d'enlever le premier ministre Satō. L'ampleur du projet découvert incite la police à mener une vague d'arrestations dans les forces du mouvement, afin de le neutraliser. 89 membres en tout, incluant ceux du col Daibosatsu, sont ainsi arrêtés.

De très nombreux petits partis, issus de cette Nouvelle gauche, fonctionnent encore aujourd'hui.

MES EXTRAITS FAVORIS

Ecoute le chant du vent

Parmi ces beaux parleurs, il y eut deux individus originaires de Saturne et de Vénus, un de chaque. Leurs histoires étaient particulièrement intéressantes. (Ecoute le chant du vent).

Flipper, 1973

Vénus est une planète torride, enveloppée de nuages. La moitié de ses habitants meurent jeunes en raison de la chaleur et de l'humidité. Ceux qui vivent jusqu'à trente ans font figure de légendes. Mais c'est justement pour cela que ces gens ont le coeur débordant d'amour. Chaque Vénusien aime tous les Vénusiens. Ils ne haïssent pas autrui, n'éprouvent pas de jalousie, ne se montrent pas dédaigneux. Ils ne disent même jamais de mal des autres. Il n'y a là-bas ni crimes ni bagarres. Seulement l'amour et l'attention.

- Même si, disons, quelqu'un meurt, nous ne sommes pas tristes, m'expliqua l'homme qui venait de Vénus - un type d'un calme invraisemblable. Mais c'est la raison pour laquelle nous préférons donner à chaque personne, tant qu'elle est vivante, le plus d'amour possible. Ainsi nous n'avons pas de regrets ensuite.

- En somme, vous offrez votre amour à l 'avance ?

- Les mots que vous utilisez vous autres, je ne les comprends pas très bien, répondit-il, l'air perplexe.

- Mais tout ça marche vraiment si bien ? insistai-je.

- Si nous n'étions pas ainsi, dit-il, Vénus sombrerait dans la tristesse.

***

Il existe certaines similitudes entre le développement des flippers et l'ascension de Hitler. Dans les deux cas, leur apparition avait quelque chose de louche. On crut d'abord qu leur naissance ne produirait que de simples bulles sur l'écume du temps. Et c'est en raison de la vitesse de leur évolution plus que pour leur existence elle-même qu'ils acquirent leur aura mythique. Cette évolution s'appuyait sur trois facteurs : la technologie, les capitaux, et, enfin, les instincts primitifs des hommes. 

***

Le Rat passait de longs après-midis paresseux allongé sur une chaise longue en rotin. Les yeux mi-clos, il se laissait envahir par le passage du temps qui ruisselait à travers son corps comme de douces eaux vives. Tant et tant de jours, tant et tant de semaines... C'est ainsi que le Rat continuait à passer le temps. Parfois, quelques petite vagues d'émotions touchaient son coeur, comme pour se rappeler à son souvenir. A ces moments-là, il fermait les yeux, se barricadait fermement et attendait, immobile, que les vagues disparaissent. Il faisait alors légèrement sombre, c'était juste avant le crépuscule. Une fois les vagues enfuies, il était de nouveau envahi par même paix modeste, comme s'il ne s'était rien passé.

***

- Où voulez-vous aller ?

- A la retenue d'eau.

- La retenue d'eau ? 

Elles opinèrent en choeur.

- Pour quoi faire ?

- Des funérailles.

- Les funérailles de qui ?

- Du tableau électrique.

- Ah, je vois... fis-je. Je retournai à la lecture du journal.

***

Pendant une demi-semaine, le Rat avait bu du whisky, seul, car il avait décidé de geler ses pensées pendant un certain temps. Il explorait chaque fissure de sa conscience, l'une après l'autre, comme un ours blanc qui vérifie si la glace est suffisamment épaisse pour être traversée. Quand il avait le sentiment de pouvoir surmonter le reste de la semaine, il s'endormait.

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

Gimlet : Cocktail typiquement composé de 2 parties de gin, 1 partie de jus de lime et de soda. 

Calamine : La calamine est une poudre rosâtre composée d'un mélange d'oxyde de zinc et d'oxyde ferrique. La poudre est utilisée dans des lotions et pommades pour traiter les coups de soleil, l'eczéma et les piqûres d'insectes.

Plaqueminier : Arbre ou arbrisseau des régions chaudes (famille des Ébénacées), comprenant plusieurs espèces dont certaines fournissent les bois d'ébène, d'autres étant cultivées pour leurs fruits.

Faine : Fruit du hêtre.

Gyrin : Petit insecte, au corps noir brillant, de 3 à 5 mm de long, vivant, souvent en groupe, dans les eaux douces, à la surface desquelles on peut le voir tourbillonner très rapidement.

Dialectique : Qui se rapporte au raisonnement dans sa structure et dans ses règles. Qui concerne l'art de raisonner et de convaincre dans un débat.

Rhétorique : Technique du discours ; ensemble de règles, de procédés constituant l'art de bien parler, de l'éloquence.

Fairway : Partie d'un terrain de golf.

Alto : Instrument à corde de la famille des violons, intermédiaire entre le violon et le violoncelle.

MiscantheGenre de plantes herbacées (graminées) de la famille des Poacées.

Sériole : Une des espèces de grands poissons osseux marins pélagiques carnivores ressemblant à des thons, au corps allongé, à deux nageoires dorsales, à caudale homocerque.

Pélagique : Relatif au milieu marin loin des côtes, à la haute mer.

Homocerque : A queue également bilobée, en parlant des poissons.

Faucon maltais : Le faucon maltais est le tribut que devaient payer chaque année les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem au roi d'Espagne, en échange de la jouissance de l'archipel de Malte (et de Tripoli avant de perdre cette ville).

Shiso : La pérille, également connue sous son nom chinois zisu ou japonais shiso, est une plante alimentaire, aromatique, médicinale et ornementale. Elle est cultivée et utilisée dans une grande partie de l'Asie depuis l'Antiquité.  

 

 

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28 août 2018

*** UN JOUR JE M'EN IRAI SANS EN AVOIR TOUT DIT - JEAN D'ORMESSON

C'est la première fois que je lis du d'Ormesson !

INCIPIT

Vous savez quoi ? Tout change.

00e

RESUME

Des souvenirs, fictifs ou réels, et surtout des réflexions sur la vie et l'univers.

MON AVIS

Cela fait très longtemps que je voulais lire du d'Ormesson. C'est chose faite et j'en suis ravie ! J'ai pris un livre au hasard et en rentrant à la maison, j'ai lu la 4e de couverture qui concluait : "Cette histoire universelle tient à peu près debout et se laisse lire sans trop d'ennui." Oups. Voilà qui a refroidi mes ardeurs... Mais un autre commentaire disait : "Une histoire tellement belle que chacun rêvera qu'elle soit la sienne." Cela rétablissait l'équilibre. Mais de ces deux critiques, je ne suis d'accord avec aucune. Oui, c'est une histoire universelle, mais elle est merveilleuse et passionnante sous la plume de l'auteur. En ce qui concerne la seconde... je ne vois pas où il y a une "histoire" dont on rêve qu'elle soit la sienne. Il s'agit de souvenirs et de digressions philosophiques, en aucun cas d'une "histoire".

D'ailleurs, le terme "roman" sur la couverture m'étonne. D'accord, l'écrivain s'adresse à son épouse Marie et parle un peu de leur vie et de voyages qu'ils ont faits. Cette Marie n'existe pas, sa femme s'appelle Françoise. Peut-être a-t-il changé seulement le prénom et tout cela est-il autobiographique. D'ailleurs lorsqu'ils évoquent des romans écrits par le narrateur, les titres sont vrais. Donc, si ce seul prénom, fictif, impose le terme "roman", pourquoi pas... mais moi j'appellerais plutôt ça un essai, à la fois léger (ça se lit très bien) et très profond.

Car l'essentiel est constitué de constatations, de suggestions, d'interrogations philosophiques sur l'univers, l'homme, l'amour et les belles choses. Et la propension actuelle... à la médiocrité. L'auteur, vieillissant, se dit dépassé, heureux de l'époque qu'il a connue, pas fâché de quitter bientôt cette humanité qu'il ne comprend plus très bien. Un vieux réac ? Sûrement, mais je lui donne raison sur toute la ligne ! Le monde actuel est si plein de vulgarité, à tous les niveaux, que je m'y sens mal moi aussi. Question d'âge, sûrement !

MES EXTRAITS FAVORIS

Les romans aussi, c'est fini. Nous les avons trop aimés. Gargantua, Pantagruel, Don Quichotte, Athos, Porthos, Aramis, D'Artagnan, Gavroche, Fabrice et Julien, Frédéric et Emma, le prince André, Natacha et Anna, les frères Karamazov, la cousine Bette, le père Goriot et ses filles, Anastasie et Delphine, les familles Rougon-Macquart, Forsyte, Buddenbrook - on dirait un faire-part -, Vautrin, Rubempré, Rastignac, le narrateur et Swann et Charlus et Gilberte et Albertine et Rachel-quand-du-Seigneur et la duchesse de Guermantes, lord Jim et lady Brett, Jerphanion et Jallez, mon amie Nane et Bel-Ami, Aurélien et Gatsby, le consul sous le volcan, Mèmed le Mince, l'Attrape-coeurs, le pauvre vieux K à Prague, et Leopold Bloom à Dublin qui se prend pour Ulyss : ce monde de rêve et de malheurs changés soudain en bonheur ne durera pas toujours. Ses silhouettes de femmes, de maîtresses, de jeunes filles, ses fantômes de géants s'éloignent dans le passé. L'herbe a du mal à repousser derrière eux. Les seconds couteaux s'agitent. Les truqueurs déboulent. Les poseurs s'installent. L'ennui triomphe. Tout le monde écrit. Plus rien ne dure. On veut gagner de l'argent. Presque une espèce de mépris après tant d'enchantements. Le genre s'est épuisé. L'image triomphe et l'emporte sur l'écrit en déroute.

 

00h

Avec sa femme Françoise

Comme nous nous trompons ! Comme je me suis trompé ! Il me semble, tout à coup, que j'ai passé ma vie à me tromper. Nous ferions mieux de nous taire, de renoncer à toute action, de ne jamais rien écrire, de n'avoir aucun sentimnt et aucune opinion. Nous commençons à savoir - les exemples sont innombrables - que la seule leçon de l'histoire depuis les temps les plus reculés jusqu'à hier et aujourd'hui est que nos décisions sont toujours contrariées par la suite des événements.

***

On en vient à se demander ce que pouvaient bien être l'univers, l'espace, le temps, la lumière sans personne pour regarder, pour écouter, pour parler, pour changer les choses en mots, en chiffres, en commentaires, en représentation infinie. La pensée de l'homme crée le monde une seconde fois. Tout se passe comme si Dieu, après avoir créé l'invraisemblable univers, avait fait surgir les hommes pour le comprendre, pour lui donner un sens et pour le transformer.

***

Les hommes commencent à deviner que leur destin est de disparaître dans l'avenir comme ils ont apparu dans le passé. Et ils se demandent ce qu'ils font là.

***

Ecrire ! Mais écrire quoi ? Les livres étaient à mes yeux comme des objets sacrés. Je les mettais très haut. D'où venaient-ils ? Leur surgissement me paraissait assez mystérieux. L'idée de commencer un livre m'épouvantait. Pour dire quoi ? J'aimais beaucoup les bons livres, mais je n'ignorais pas qu'aujourd'hui surtout, où ils devenaient si nombreux, beaucoup, la plupart, presque tous étaient franchement mauvais. Ecrire un mauvais livre qui tomberait des mains de ses lectrices et dont le premier lecteur venu aurait le droit de se moquer me déchirait le coeur. Je préférais me taire.

***

Souvent, je suis triste. Le monde n'est pas très gai. Et moi, je me désole de moi-même. Alors je trompe mon monde en riant. La gaieté est la forme de ma mélancolie.

***

L'avenir n'est rien d'autre qu'un passé en sursis. Où est le passé ? Le passé est dans ma tête. Ma mère est dans ma tête. Talleyrand est dans ma tête. Jules César est dans ma tête. Et le big bang est dans ma tête. Et je vous le jure nulle part ailleurs. Le passé est un souvenir logé dans nos cerveaux. La totalité de l'univers et de ses événements est rangée là, sous forme de livres, de mots, de chiffres, d'écrans, de documents ou de traces. Le présent est coincé entre le passé et l'avenir. C'est un entre-deux minuscule jusqu'à l'inexistence.

***

L'accumulation des hasards, l'oeil qui me permet de voir, l'oreille qui me permet d'entendre, la complexité inouïe et si banale de mon corps et de l'univers, la nécessité issue de tant d'invraisemblances, la rigueur du réglage de l'univers, les miracles de la lumière et de la mémoire qui ressuscitent le passé, l'avenir qui n'est nulle part avant de tout envahir et de se changer en souvenir, ma capacité et mon impossibilité à comprendre le monde autour de moi, et peut-être surtout ce temps dont personne ne sait rien, qui ne relève pas de l'évolution et qui finit par apparaître comme la signature sur le monde d'une puissance inconnue, tout cela m'incite à croire qu'il y a au-dessus de moi quelque chose de plus grand, de caché et de sacré qui est à l'origine de notre tout et que nous pouvons appeler Dieu.

Dieu est invraisemblable. Nous aussi. Le temps est invraisemblable. La lumière est invraisemblable. La vie est invraisemblable. Et tout ce qu'on peut mettre à la place de Dieu et pour éviter Dieu - une éternité aveugle, une avalanche de hasards heureux et sans liens entre eux, une succession en accordéon de big bangs et de big crunchs, une infinité de multivers dont nous ne serions qu'un exemplaire... - est invraisemblable aussi. Le mystère est notre lot. Par respect, par gratitude, pour tâcher d'éviter l'absurde et le désespoir, pour essayer d'être heureux, je choisis de l'appeler Dieu.

***

L'idée que notre naissance est une condamnation à mort est difficile à supporter. Aussi les hommes ont-ils imaginé comme une solution de rechange. Ils se sont mis en tête qu'une espèce de seconde vie, mais cette fois éternelle, sans dettes, sans souffrances, sans problèmes de logement, sans chagrins d'amour, pourrait succéder à la première, en train de passer si vite. Les religions servent à ça : donner l'espoir que tout ne sera pas fini après notre fin inévitable. Et imposer du même coup, par un système de punitions et de récompenses dans l'autre monde, une morale collective à l'humanité. Car il n'y a de morale que s'il y a une transcendance. Quelque chose qui vient d'en haut et de plus loin que nous. Si Dieu n'existe pas, tout est permis.

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

Nizam : Nizâm ou nizam est un titre souverain attribué à des vassaux de l'Empire moghol, en particulier aux souverains de l'état d'Hyderabad.

Cartel : Plaque ou étiquette, fixée à proximité immédiate d'un monument ou d'un objet de collection publique (œuvre d'art, pièce de collection historique, ethnologique, technologique ou scientifique), et donnant diverses informations : titre ou nom, auteur ou découvreur, provenance, date et lieu, signification ou usage...

Layon : Un cheminement rectiligne en forêt, plus ou moins large et long selon les cas, les usages et le stade de gestion sylvicole quand il s'agit d'une forêt cultivée ou exploitée

QuantaLa théorie des quanta est le nom donné à une théorie physique qui tente de modéliser le comportement de l'énergie à très petite échelle à l'aide des quanta (pluriel du terme latin quantum), quantités discontinues. Son introduction a bousculé plusieurs idées reçues en physique de l'époque, au début du XXe siècle. Elle a servi de pont entre la physique classique et la physique quantique, dont la pierre angulaire, la mécanique quantique, est née en 1925. Elle a été initiée par Max Planck en 1900, puis développée essentiellement par Albert Einstein, Niels Bohr, Arnold Sommerfeld, Hendrik Anthony Kramers, Werner Heisenberg, Wolfgang Pauli et Louis de Broglie entre 1905 et 1924.

SutraUn sutra est ce qu'on nomme en Occident un « classique », un « canon » voire, simplement, un « livre ». Le terme s'applique à des écrits spéculatifs ou philosophiques. Par extension, le terme en vient à désigner toutes sortes de traités, grammaires, analyses. C'est le cas par exemple du Kāmasūtra, « Livre de Kāma » ou « Sūtra du désir ».

JansénismeLe jansénisme est un mouvement religieux catholique qui se développa au XVIIe siècle, en France. Il propose de revenir aux idées de Saint Augustin sur la grâce divine qui permet de sauver l'âme des pécheurs. Les jansénistes s'opposent aux jésuites qu'ils accusent d'avoir trop d'indulgence avec les pécheurs. Son nom vient de l'évêque d'Ypres Cornelius Jansen, auteur de L'Augustinus, un texte publié en 1640.

Ubris (ou hybris ou hubris) : Démesure, orgueil.

Entropie :  Quantité physique qui mesure le degré de désordre d’un système. Manque d’information. Type de magie laissant au hasard la puissance des sorts lancés.

Quark : Particule élémentaire qui forme les hadrons comme les protons et les neutrons et qui a une charge de couleur.

Hadron :  Particule sensible à l’interaction forte.

Wimps : En astrophysique, les WIMPs (acronyme anglais pour Weakly Interacting Massive Particles, pouvant se traduire par « particules massives interagissant faiblement ») sont des particules hypothétiques constituant une solution au problème de la matière noire.

Neutrino : Particule élémentaire interagissant uniquement par l’intermédiaire de l’interaction faible et de la gravité.

Synapse : Zone de quasi-contact qui permet la transmission d’un signal électrique entre deux neurones. Elle relie le bouton synaptique du neurone en amont et n’importe quelle partie du neurone en aval. Zones de contact incomplet spécialisées dans la transmission de l’influx nerveux d’un neurone à l’autre ou entre un neurone et une fibre musculaire. 

HypostaseSédiment dans les urines. Dépôt de sang dans les parties basses du poumon. En philosophiesubstance première ou subsistance, le sujet, la personne ; dans la philosophie traditionnelle, la substance a plus d’extension que l’hypostase, l’hypostase plus d’extension que la personne. La substance se dit de toute nature existante, l’hypostase se dit de tout être existant en soi et par soi. En théologie, il désigne chacune des trois personnes distinctes de la sainte Trinité : Il y a en Dieu trois hypostases et une seule nature. Autre sens : Entité fictive, abstraction faussement considérée comme une réalité.

NausicaaDans la mythologie grecque, Nausicaa, fille d'Alcinoos, est une princesse phéacienne.

Calypso : Dans la mythologie grecque, Calypso est une nymphe de la mer, ayant, par amour, retenu auprès d'elle Ulysse, pendant sept des dix années de son retour de Troie à Ithaque.

Circé : Dans la mythologie grecque, Circé est une magicienne très puissante. 

Trilobite : Les trilobites constituent une classe d'arthropodes marins fossiles ayant existé durant le Paléozoïque du Cambrien au Permien. Les derniers trilobites ont disparu lors de l'extinction de masse à la fin du Permien, il y a 250 Ma. 

Multivers : Dans le domaine des sciences, le multivers désigne l'ensemble des univers possibles dans une théorie physique donnée.

 

 

 

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27 août 2018

THOMAS WOLFE

Thomas Clayton Wolfe, né le 3 octobre 1900 à Asheville en Caroline du Nord et mort le 15 septembre 1938 à Baltimore dans le Maryland, est un écrivain américain.

Auteur de quatre longs romans ainsi que de nombreuses nouvelles et pièces de théâtre, Wolfe est connu pour ses écrits d'inspiration autobiographique portés par une prose très riche et une volonté acharnée de découvrir et d'explorer l'essence de la vie américaine de son époque. L'écrivain américain William Faulkner l'a qualifié de meilleur talent de sa génération et a loué le désir qu'avait Wolfe de « faire rentrer la totalité de l'expérience humaine en littérature ».

01

Thomas Wolfe est le huitième enfant de William Oliver Wolfe et son épouse Julia. Deux des enfants n'atteindront pas l'âge adulte.

Les Wolfe résident à Asheville (Caroline du Nord), où Thomas est né. Son père est tailleur de pierre et vend des pierres tombales. Sa mère héberge des pensionnaires et travaille à acquérir des propriétés immobilières. En 1904, elle ouvre une pension de famille à St. Louis à l'occasion de l'Exposition universelle. 

En 1906, Julia Wolfe achète une pension de famille nommée Old Kentucky Home au 48 Spruce Street, Asheville, où elle s'installe avec son fils cadet, alors âgé de six ans, tandis que le reste de la famille demeure toujours dans la maison de Woodfin Street. Thomas vit dans la pension avec sa mère jusqu'à son départ pour l'université en 1916. C'est dans cette maison que se trouve aujourd'hui le Thomas Wolfe Memorial. 

En 1912, Wolfe est invité à rejoindre les bancs d'un nouveau lycée privé nommé North State Fitting School, dirigé par John et Margaret Roberts. Margaret apporte son soutien au jeune Thomas et l'encourage dans ses lectures et ses études littéraires et poétiques. Thomas lui dédicacera plus tard un exemplaire de son roman Look Homeward, Angel où il la désigne comme "la mère de mon esprit".

En 1915, à l'âge de 15 ans, Wolfe décide d'aller étudier à l'université. Il lui faut convaincre sa famille (aucun de ses frères et sœurs n'a reçu d'éducation supérieure, à l’exception de Fred qui a financé ses propres études) et ses professeurs ; Margaret Roberts estime en effet qu'il est trop jeune et devrait attendre une année de plus. Le jeune homme désire se rendre à Princeton, mais sa mère s'y oppose en raison du prix, et Wolfe choisit alors l'Université de Virginie. Son père désapprouve cependant ce choix et décide qu'il se rendra à l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, ou il aura plus de chances de former des contacts dans la région pour préparer une carrière politique. Après un conflit quotidien avec son père concernant le choix de l'université, Thomas finit par céder.

Wolfe sort diplômé en 1922 après des études de dramaturgie. Commencent de longs et vains efforts pour faire accepter ses pièces. Alors que certains de ses anciens camarades se font déjà produire sur Broadway, Wolfe ne parvient pas à percer dans le monde du théâtre. En 1924, il se voit contraint d'accepter un emploi de professeur d'anglais dans une branche de l'Université de New York afin de gagner sa vie. Il y travaillera par intermittence jusqu’en 1930. En 1925, sur le bateau le ramenant à New York après un voyage en Europe, il rencontre Aline Bernstein, qui devient sa maîtresse. Mariée, de dix-huit ans son aînée, Alice travaille dans l'industrie du théâtre où elle conçoit des décors pour la scène. Malgré les relations de sa maîtresse dans le milieu du théâtre, Wolfe cumule les échecs et ne parvient pas à s'établir comme dramaturge. Son hostilité progressive envers ce monde du théâtre new-yorkais contre lequel il aura lutté en vain sera parfois à l'origine de ses querelles tumultueuses avec Aline.

Wolfe se tourne alors vers d'autres moyens d'expression littéraire. Lorsqu'il commence à prendre des notes et à rédiger des ébauches pour un roman, il réalise qu'il n'aura jamais le temps de se consacrer pleinement à l'écriture tant qu'il continuera de travailler à l'Université de New York, où il passe énormément de temps à corriger consciencieusement les copies de ses étudiants en ajoutant de longs commentaires au verso des pages. À l'approche de l'été 1926, Aline Bernstein, qui s'apprête à retourner en Europe et souhaite encourager la carrière d'écrivain de son amant, lui propose de le soutenir financièrement pendant six mois afin qu'il puisse se consacrer exclusivement à l'écriture. Après quelques pérégrinations en France et en Angleterre, où Aline présente Wolfe à James Joyce lors d'une brève entrevue, elle repart aux États-Unis et Wolfe reste à Londres où il commence la rédaction de ce qui deviendra Look Homeward, Angel (en français L'ange exilé). Rejeté par de nombreux éditeurs, il voit finalement le jour chez les Éditions Scribner en 1929. Le livre déclenche un scandale ; les citoyens d'Asheville sont scandalisés par la façon dont la ville est dépeinte.

02

En 1931, Wolfe s’installe à Brooklyn, où il vit de façon très modeste. Il travaille beaucoup, d’une façon peu méthodique, en révisant sans cesse ses textes. Of Time and the River (Au fil du temps), publié en 1935, est un succès. Le succès est néanmoins suivi par de nombreux problèmes, quelques poursuites judiciaires, des lettres de chantage et une dispute importante avec les Éditions Scribner. Il change finalement d’éditeur et signe un contrat chez Harper's pour son prochain livre.

En juin 1938, Wolfe fait un voyage en Colombie britannique durant lequel il contracte ce que les médecins ont supposé être une pneumonie ayant entraîné une tuberculose et une méningite. Il meurt à l’hôpital de Baltimore le 15 septembre 1938.

De nombreux écrivains américains ont proclamé leur admiration pour Wolfe ou l'ont mentionné comme une influence majeure, parmi lesquels Jack Kerouac, Philip Roth ou encore Ray Bradbury, qui est allé jusqu'à coller des extraits de l’œuvre de Wolfe dans ses propres livres et à le faire intervenir comme personnage.

L'écrivain français Marc-Édouard Nabe l'a qualifié de « précurseur de tous les écrivains américains modernes ».

Oeuvres principales

  • 1929 : Aux Sources du Fleuve, ou Que l'ange regarde de ce côté ou L'Ange exilé, une histoire de la vie ensevelie, ou Look Homeward, Angel - Une histoire de la vie ensevelie, selon les traductions.
  • 1935 : Au Fil du Temps, ou Le Temps et le fleuve, selon les traductions.
  • 1940 : La toile et le roc
  • 1940 : L'Ange banni (posthume).

D'après Wikipédia

 

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24 août 2018

JACK KEROUAC

Jean-Louis Kérouac ou Jean-Louis Lebris de Kérouac dit Jack Kerouac, né le 12 mars 1922 à Lowell dans le Massachusetts et mort le 21 octobre 1969 à St. Petersburg en Floride, est un écrivain et poète américain.

Considéré comme l'un des auteurs américains les plus importants du XXe siècle, il est même pour la communauté beatnik le « King of the Beats ». Son style rythmé et immédiat, auquel il donne le nom de « prose spontanée », a inspiré de nombreux artistes et écrivains et en premier lieu les chanteurs américains Tom Waits et Bob Dylan. Les œuvres les plus connues de Kerouac, Sur la route (considéré comme le manifeste de la Beat Generation), Les Clochards célestes, Big Sur ou Le Vagabond solitaire, narrent de manière romancée ses voyages à travers les États-Unis. Le genre cinématographique du road movie est directement influencé par ses techniques et par son mode de narration.

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Affectueusement surnommé « Ti-Jean », il est issu de deux parents québécois : Léo-Alcide Kéroack (origines bretonnes) et Gabrielle-Ange Lévesque. Léo est patron et directeur d'une publication théâtrale de Lowell et Boston « Ti-Jean, n'oublie jamais que tu es breton », lui répète depuis son enfance son père Léo qui a modifié son patronyme en « Kerouac » lors de son arrivée aux États-Unis, puis l'orthographiera « Keroack » par la suite.  

Jusqu'à l'âge de six ans, Jack Kerouac ne parle qu'une sorte de français canadien, le joual, et ce n'est qu'à l'école qu'il apprend l'anglais. À quatre ans, il assiste à la mort de son frère aîné Gérard, alors âgé de neuf ans, atteint d'une fièvre rhumatismale. Cette mort est « une plaie qui ne se refermera jamais ».

Grâce à l'activité de son père, Jack Kerouac est introduit dans le milieu culturel et littéraire de la ville et à treize ans, il est à l'origine d'une chronique. Il assiste ainsi à plusieurs projections de films dans son cinéma local. Il se lie d'amitié avec un employé de son père, Armand Gautier, qui lui apprend toutes les subtilités du bras de fer, discipline dans laquelle Kerouac excelle toute sa vie. Il passe aussi des heures dans l'atelier d'imprimerie, apprenant à taper à la machine. Il acquiert ainsi une grande dextérité qui forme l'une des composantes principales de son œuvre et rend unique son écriture. En effet, Kerouac écrit rapidement, rédigeant souvent des chapitres entiers d'une seule traite et corrigeant peu ses brouillons. 

L'enfant a beaucoup de mal à communiquer en anglais et il ne devient bilingue qu'à l'âge de quinze ans. C'est durant cette période qu'il perd son diminutif de « Ti-Jean » pour le prénom plus américain de « Jack ». En famille, les Kerouac continuent à parler français.  

Jack dispose d'une grande mémoire, mais il est également très doué pour le sport, le baseball et la course à pied. Son professeur d'anglais le déclare « brillant » et, à onze ans, Kerouac écrit un petit roman, dans la veine de Huckleberry Finn, intitulé Mike Explores the Merrimack. Au même âge, pétri de polars radiophoniques, il produit des bandes dessinées humoristiques et des dessins dans lesquelles il prête vie au « Docteur Sax », qui est son double fabuleux, sans ses terribles peurs nocturnes. Celles-ci s'accentuent à mesure que les affaires de son père périclitent. Ce dernier se met en effet à boire et à jouer. La famille déménage dès lors sans cesse, influençant considérablement ce qui devient plus tard le caractère itinérant de Kerouac. Sa mère se fâche avec Caroline, la sœur de Jack, qui se marie très jeune et quitte le domicile familial.

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Carnet préparatoire de Sur la route

Jack devient un athlète accompli mais reste renfermé et introverti. Il a des rapports souvent conflictuels avec ses camarades de classe et de stade. Il ambitionne d'écrire, ce qui provoque la risée de tous, alors qu'une carrière sportive s'ouvre à lui. Ses prouesses athlétiques en font de lui une « star » de son équipe locale de football américain vers l’âge de 16 ans. Alors qu'il joue à Nashua, dans le New Hampshire, il est remarqué par un recruteur de l'université de Boston, Franck Leahy. Son père s'en mêle, comptant faire monter les tractations. Le jeune homme part finalement étudier à la prestigieuse université Columbia, à New York, en 1939. Il doit cependant faire une année préparatoire.

Il a dès son arrivée la secrète pensée de pouvoir, grâce au sport, accéder à un emploi de journaliste dans un quotidien new-yorkais. Il lit également beaucoup. Il est chroniqueur du New York World Telegram. Il aide certains étudiants, et écrit pour le Horace Mann Quarterly en tant que « critique », ainsi que pour le Columbian Spectator.

Il fréquente, par ses amis, le milieu des bourgeois juifs de la ville. Il fait ainsi la connaissance du Londonien Seymour Wyse qui lui fait découvrir le jazz, musique qui est pour Jack une véritable révélation. Il fréquente les caves de Harlem où se produisent les stars du jazz, Charlie Parker et Dizzy Gillespie notamment, et en particulier son idole, Count Basie. Le jazz devient pour lui une religion. Jack décide de créer une rubrique musicale dans le journal de son collège, The Scribbler’s. Il interviewe des jazzmen célèbres et fréquente assidûment les clubs improvisés, fume également sa première cigarette de marijuana, prélude à une longue descente dans la drogue et l'alcool.

À dix-huit ans, il entre vraiment à l'université Columbia. Il a obtenu une bourse grâce à son succès au football américain, mais lors d'une rencontre, il subit une fracture au tibia qui l'empêche de terminer la saison sportive. Forcé de se reposer, il lit abondamment et va au cinéma. Il écrit aussi et rêve de héros vagabonds en marge de la société. Kerouac goûte aussi à la drogue et à la prostitution ; selon Patricia Dagier et Hervé Quéméner, « on voit se mettre en place, alors qu'il vient d'avoir dix-huit ans, les anges et les démons de toute la vie de Kerouac ». Il fréquente Mary Carney, avec qui il entretient une relation platonique. Il rencontre Sébastien Sampas, dit « Sammy », un Grec immigré avec qui il parle longuement de littérature et de religion et qui a une influence notable sur son écriture.

Jack décide de partir voyager à travers les États-Unis. Il achète un billet de Greyhound (le réseau d'autobus national), en direction du Sud. Cependant, il abandonne une fois parvenu à Washington et retourne à Lowell passer l'hiver 1941–1942. Il travaille comme pigiste au journal local, à la rubrique des sports, et fréquente les bars. Las de cette vie terne, Kerouac s'engage dans la marine marchande au printemps 1942. Il embarque ainsi à Boston sur le SS Dorchester, à destination de Mourmansk en mer Blanche soviétique. Kerouac croit ainsi renouer avec ses origines de marin breton, mais la traversée est décevante, hormis une escale au Groenland et une rencontre avec un Inuit dans un fjord. C'est au cours de cette période qu'il écrit son premier roman, La Mer est mon frère. Le manuscrit de ce roman a longtemps été considéré comme perdu avant d'être trouvé par le beau-frère de Jack Kerouac et d'être édité en 2011. En décembre 1942, il est de retour à New York.

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Le manuscrit original de Sur la route, composé d'un seul rouleau de papier de 36,5 mètres de longueur (le rouleau se présente sous la forme d’un très long paragraphe, sans virgules), dévoilé lors d'une exposition à Lowell, Massachusetts, en 2007.

Ayant signé un contrat d'engagement avec l'US Navy avant son départ, il doit effectuer un temps sur un navire militaire. Il simule la folie afin d'échapper à cette obligation et il passe ainsi quelques semaines en hôpital psychiatrique. Il est donc renvoyé de la marine pour cause d'« indifférence caractérisée ».

De retour à la vie civile, il dépense sa solde entière dans les bars et refuse de jouer dans l'équipe de l'université Columbia. Dès lors, tout espoir de vivre du sport s'évanouit et Kerouac entame sa descente dans le milieu interlope new-yorkais. Il consomme des drogues et fréquente des prostitués. Il participe aussi à des orgies homosexuelles. Cependant, il rencontre aussi des personnes qui marquent sa vie entière. Par l'entremise d'Edie Parker, jeune femme originaire de Grosse Pointe dans le Michigan qui deviendra son épouse, Kerouac fait la connaissance de Lucien Carr, qui le fascine. Lucien Carr présente Allen Ginsberg à Jack Kerouac ; ils entretiendront une relation ambigüe, tour à tour amants puis amis, de manière irrégulière. Il rencontre aussi un autre écrivain, William Burroughs, qui est à New York pour suivre un traitement psychanalytique après avoir quitté la Vienne nazie. La bande fréquente ainsi un appartement de la 11e rue, dans Greenwich Village, où se mêlent drogue, sexe, alcool et littérature.

Au printemps 1943, il s'engage de nouveau dans la marine marchande pour des missions périlleuses, sur le SS George Weems, qui relie Boston à Liverpool. L'idée lui vient alors de retrouver ses racines familiales et bretonnes. Entre ses voyages maritimes, Kerouac séjourne à New York avec ses amis de l'université Columbia. Il commence son roman, Avant la route, publié en 1950, qui lui vaut une certaine reconnaissance en tant qu'écrivain. Ce roman, qui a demandé trois ans d'efforts, conserve une structure conventionnelle et raconte la vie d'un jeune homme dans une petite ville très semblable à Lowell et l'attrait qu'exerce sur lui la métropole new-yorkaise.

En août 1944, Jack Kerouac aide Lucien Carr à dissimuler le corps d'un professeur de gymnastique, David Kammerer, qu'il a tué à coups de couteau. Kerouac est inculpé de complicité et est placé en détention. Les parents d'Edie Parker paient sa caution à la seule condition que Jack épouse leur fille. Kerouac se marie donc à Edie le 22 août 1944. Ils s'établissent non loin de Détroit, à Grosse Pointe. Kerouac travaille, grâce au père de sa femme, comme vérificateur de roulements à billes. Mais, secrètement, il continue à écrire et il entrevoit très vite que cette vie ne le comble pas et nuit même à sa créativité. Il retourne donc sans prévenir quiconque à New York au cours de l'hiver 1944–1945. Kerouac rejoint une petite communauté, rassemblant Allen Ginsberg, William Burroughs, Joan (une amie d'Edie Parker qui l'invite à la colocation), Haldon Chase et Herbert Huncke, près d'Ozone Park. À 24 ans, Kerouac renoue avec une vie dissolue, fréquentant chaque nuit les bars de la ville, en compagnie de ses deux amis, Ginsberg et Burroughs qui sont homosexuels. Ils fréquentent aussi la pègre.

Au printemps 1946, son père, Léo, meurt d'un cancer du pancréas - de l’estomac d’après Allen Ginsberg. Les écrits de Jack deviennent davantage autobiographiques, il travaille frénétiquement au tapuscrit de Sur la route, à partir de ses nombreux carnets de notes préparatoires. Cette écriture introspective l'amène à s'interroger sur les fondements de son mal de vivre et il se rend compte qu'il a un désir subconscient d'échouer, une sorte de vœu de mort. Ses allées et venues au domicile de sa mère s'amplifient. À chaque contrariété, Kerouac consulte sa mère, ce qui a pu contribuer à l'empêcher de vivre avec une femme. 

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Dernière demeure de Jack Kerouac à St. Petersburg, en Floride.

En compagnie de ses amis, Kerouac expérimente d'autres formes d'écritures. Avec William Burroughs, il teste l'écriture à quatre mains, dans Et les Hippopotames furent bouillis vifs dans leurs piscines alors qu'avec Haldon Chase, il stimule sa créativité en se concentrant sur les personnages, au point de les faire vivre en imagination, puis d'écrire dans la foulée (c'est la méthode de la « Prose Spontanée »). C'est d'ailleurs en raison de ce mode d'écriture que Kerouac rédige le manuscrit de Sur la route sur des rouleaux de papier reliés les uns aux autres par du scotch, atteignant des longueurs incroyables, près de 35 mètres. Il voit aussi dans ces rouleaux le symbole de la route sans fin.

En 1947, du fait de sa consommation effrénée de drogues, Kerouac fait une thrombophlébite. La communauté vit par et pour la drogue, au point que Burroughs falsifie les ordonnances des médecins pour obtenir de la morphine. Ce dernier et Joan, devenue sa femme, quittent la colocation pour le Texas. Kerouac rencontre grâce à Haldon Chase le jeune Neal Cassady, un maniaque de la vitesse et des automobiles qui lui narre ses péripéties lors de ses déplacements à travers le pays. Fasciné, Kerouac décide de partir à l'aventure. Le 17 juillet 1947, au petit matin, il marche pendant plusieurs kilomètres. Il compte se déplacer en auto-stop. Il se perd à la limite de l'État de New York et subit une pluie violente qui l'oblige à rebrousser chemin. Cet épisode forme l'incipit de son roman Sur la route. Il rentre chez sa mère qui lui donne de l'argent pour repartir, cette fois-ci par autobus, jusqu'à Chicago. Dès lors, l'aventure commence réellement. Il rallie Davenport dans l'Iowa, puis les rives du Mississippi, puis Des Moines.  

Quand Kerouac arrive à Denver, il y retrouve Haldon Chase, devenu chercheur universitaire. Il y retrouve aussi Neal Cassady et Allen Ginsberg qui sont amants. Il reprend la route pour San Francisco où il entre en contact avec Henri Cru, un Français rencontré à New York, qui lui propose de travailler avec lui dans un foyer militaire pour recalés de l'immigration en attente de reconduite à la frontière. Kerouac y travaille quelques semaines mais abandonne au bout du compte. Il regagne Los Angeles et, dans le bus, rencontre une Mexicaine dont il tombe amoureux, Béa Franco, avec qui il vit quelque temps. Puis, grâce à de l'argent envoyé par sa mère, il rallie Pittsburgh puis New York en autobus, en automne 1947. Il demeure peu de temps à New York car il décide de suivre Neal Cassady, au volant de sa voiture. Les deux hommes font des allers-retours à toute vitesse entre la Virginie et New York, puis, en janvier 1949, ils se rendent en Louisiane, à La Nouvelle-Orléans, rendre visite à William Burroughs.

Puis, avec LuAnne, la femme de Neal, ils poursuivent leur route vers la Californie, ponctuée d'escales chez des amis. Grâce à l'argent inespéré d'une pension du Département des Anciens Combattants (pour avoir servi durant la guerre sur les navires de ravitaillement des troupes en Europe), Kerouac retourne à New York où il avance l'écriture de Sur la route. Il repart ensuite avec Neal, en Cadillac, pour Plymouth, Denver puis Chicago. Lors d'un rapide retour à New York en 1950, il apprend avec plaisir que son premier livre, Avant la route est publié. Ce premier ouvrage vaut à Kerouac quelques critiques favorables mais les tirages restent faibles.

Fin 1950, il quitte de nouveau New York, pour le Mexique cette fois, avec Neal Cassady et Franck Jeffries. Ils y retrouvent William Burroughs qui a fui le Texas, pourchassé par la justice. Après quelques semaines, Kerouac rentre à New York et fait la connaissance de Joan Haverty, sa seconde femme. Le 16 février 1952 naît sa fille, Janet Michelle dite « Jan ». Kerouac ne la reconnaît pas, et ce jusqu'à sa mort. Il quitte Mexico début septembre 1955. Kerouac y écrit Mexico City Blues qui paraît en 1959. De Los Angeles, il rejoint ensuite San Francisco en empruntant le « Fantôme de Minuit », un train mythique, très utilisé par les chômeurs de la crise de 1929. Lors de ce voyage, Kerouac rencontre le premier « clochard céleste » de ses aventures, épisode repris dans l'œuvre du même nom.

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Un extrait de Sur la route gravé dans le quartier chinois de San Francisco, dans la Jack Kerouac Alley

Durant cette période, le tapuscrit de Sur la route, transmis pour lecture à partir de 1952, est rejeté par l'ensemble des éditeurs américains contactés. Toutefois, Kerouac bénéficie progressivement de l’intérêt médiatique pour les acteurs de la contre-culture gravitant autour du monde du jazz et de mouvements poétiques californiens et new-yorkais. Il apparaît ainsi sous le nom de « Pasternak » dans Go, publié par John Clellon Holmes en 1952, et participe en tant que spectateur très actif à la lecture du 7 octobre 1955 qui propulse sur le devant de la scène ses amis poètes de la beat generation.

Kerouac est à San Francisco à l'automne 1955 ; il participe à l'un des moments fondateurs de la Beat Generation : la lecture publique à la Six Gallery du poème Howl d'Allen Ginsberg, considéré, avec Sur la route, comme l'un des manifestes du mouvement. Kerouac y fait la rencontre d'un personnage important dans sa vie : Gary Snyder, passionné de randonnées et de philosophie japonaise. « Ensemble, Jack et Gary vont inventer ce qui sera quelques années plus tard le mode de vie des hippies : un couchage dans le sac à dos, quelques maigres provisions, la toilette dans les torrents, la nudité en groupe et l'errance d'un lieu à un autre en toute liberté ». En compagnie d'un libraire de Berkeley, John Montgomery, les deux hommes font une expédition à 3 600 mètres d'altitude, dans le parc national de Yosemite et jusqu'au pic Matterhorn. Kerouac s'initie à la méditation et aux haïkus, ces courts poèmes japonais qui évoquent un sentiment, une situation, une atmosphère. La rencontre avec lui-même et avec la simplicité, l'absence d'excès et de drogues ou d'alcool fait que Kerouac se décide à commencer une « vie nouvelle ». Il voit dans les préceptes chinois et zen le refus de la société de consommation et ce qu'il nomme dans Les Clochards célestes, la « grande révolution des sacs à dos ».

Après cette excursion, fin 1955, il se rend en Caroline du Nord où vit sa mère, chez qui il passe quelque temps. Il écrit du 1er au 16 janvier 1956 un ouvrage autobiographique, centré sur l'histoire de son frère mort, Visions de Gérard, puis se rend dans l'État de Washington où Gary Snyder lui a trouvé un poste de garde forestier pendant la saison des feux de forêts, au pic Desolation, dans l'actuel Parc national des North Cascades. Il commence le 25 juin, alors que Gary part pour le Japon pour plusieurs années, et demeure reclus dans une vigie durant 63 jours. L'expérience de garde forestier est pour lui un désastre, relatée dans Anges de la désolation. Il s'ennuie et souffre de solitude, expérience dont il tire le roman Le Vagabond solitaire. Kerouac met cependant fin à toutes ses bonnes résolutions inspirées par Gary Snyder. De retour à San Francisco, il apprend qu'il est de plus en plus lu par la jeune génération.  

En 1957, son roman Sur la route est édité par Viking Press. Très vite, le succès du roman provoque des tensions entre Kerouac et ses amis. Le succès est en effet immédiat. Kerouac obtient ainsi progressivement le soutien de deux figures importantes du monde des Lettres américaines, Malcolm Cowley, éditeur chez Viking Press et cheville ouvrière de la génération perdue, et Kenneth Rexroth, moteur de la « Renaissance de San Francisco ». Cowley est à l’origine de la publication par Viking de Sur la route et il en orchestre le succès.

La publication de Sur la route marque un tournant considérable dans la vie de Jack Kerouac, lui apportant la reconnaissance publique et un confort financier qu’il n’avait jamais connu, sans pour autant le rendre riche. Elle est cependant à l’origine d’une formidable incompréhension entre Kerouac, son public et la critique. Le roman l’impose en effet comme porte-parole, si ce n’est comme chef de file, d’une génération qui a grandi dans l’après-guerre en rejetant les valeurs traditionnelles morales et religieuses américaines, et donc l'argent.

Toutefois l’ouvrage apparaît davantage comme un témoignage, le livre d'une génération, que comme une œuvre littéraire majeure, jugement que partage d’ailleurs pleinement son éditeur. Ann Charters relève toute l'ambivalence de son jugement dès l'origine : « Ce n'est pas un grand livre ni même un livre qu'on peut aimer, mais il est réel, honnête, fascinant, tout entier pour le plaisir, la voix d'une nouvelle génération ». Il reste que les articles, études, analyses et même, du vivant de Kerouac, les thèses universitaires, abondent rapidement après la publication.

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Sur la route, film 2012

Dans Sur la route, le personnage principal, Sal, parcourt les États-Unis en auto-stop (et se rend également au Mexique) avec son ami Dean Moriarty, inspiré par Neal Cassady. Il noue des amitiés informelles, a des expériences amoureuses et des mésaventures. Le style de vie non-matérialiste des protagonistes est à l'origine de nombreuses vocations parmi les écrivains américains et le transforme en mythe vivant. Selon la légende que Jack Kerouac a forgée lui-même, le roman est écrit en trois semaines, lors de longues sessions de prose spontanée alors qu'il est travaillé de 1948 à 1957 à partir de carnets qu'il a sur lui.

Mais la notoriété lui pèse et il boit davantage (près d'un litre de whisky par jour). Il s'éloigne aussi de ses amis écrivains comme Allen Ginsberg et, dans une moindre mesure, William Burroughs. Il reproche à Ginsberg de trop rechercher l'attention du public et de trahir l'esprit « beat ». Même lorsqu'il a besoin d'argent, il ne se tourne plus vers eux et ne répond plus aux invitations des médias. Il est également irrité par le développement d'un bouddhisme de mode, qu'il se sent en partie responsable d'avoir créé avec ses romans, et se déclare en réaction « fervent catholique ».

En février 1957, sur l'invitation de William Burroughs, Kerouac embarque sur un navire de transport à destination de Tanger, au Maroc. Il a l'intention de visiter ensuite l'Europe mais son séjour en Afrique se passe mal. Il rentre donc à Lowell, chez sa mère, et avec elle déménage plusieurs fois. Alcoolique notoire, Kerouac a des crises de delirium tremens que n'arrangent pas les virulentes critiques dont il est la cible : il est en effet publiquement exposé depuis la publication de Sur la route. Des écrivains portent de sévères critiques à l'encontre du style peu académique de Kerouac. Le premier, Truman Capote, déclare que ses textes étaient « tapés et non écrits ». Ce lien entre la méthode d’écriture de Kerouac, la Prose Spontanée, qu'il codifie, et la qualité stylistique de son écriture, blesse Jack, mais ne le perturbe pas. Ce dernier fait d’ailleurs souvent référence, avec une grande ironie, à la formule de Capote. Le journaliste et essayiste Donald Adams, du New York Times, n'est guère plus enthousiaste et il fustige un manque de recherche et de finesse chez l’auteur.  

La personnalité de Kerouac lui attire l’inimitié de nombreux chefs de file de la gauche contestataire et de certains de ses amis. Ainsi en novembre 1958, au cours d’une conférence particulièrement houleuse à la Brandeis University, Kerouac est copieusement sifflé par le public, qu'il traite en retour de « communistes merdeux ». L'événement a un grand retentissement et nuit gravement à son image publique. Il s’en prend en outre violemment à James Wechsler, figure centrale de la gauche radicale américaine et éditeur au New York Post, qui devient de fait son ennemi déclaré. Kerouac reconnaît lui-même dans ses lettres que la consommation abusive d’alcool a bien souvent aggravé la situation.

Fort de son succès d’édition, il souhaite publier les romans et poèmes écrits entre 1950 et 1957. Or, son éditeur, Viking, n’y est absolument pas favorable, préférant un retour à des formes narratives plus conventionnelles et à la fiction. Kerouac, de son côté, refuse toute modification de ses textes visant à les rendre plus accessibles. Certains écrits sont néanmoins retouchés ou rédigés dans un style plus accessible par Kerouac lui-même. À partir de 1959, l'éditeur Malcolm Cowley rejette tous les nouveaux manuscrits, si bien que Kerouac doit changer à plusieurs reprises d’éditeur, passant chez Avon, puis chez McGraw Hill ou encore chez F.S. Cudahy.

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La publication en 1959 des Clochards célestes renforce la défiance à son égard. Ce livre, écrit dans un style volontairement plus conventionnel pour satisfaire ses éditeurs, est reçu comme une œuvre de commande par la critique qui, majoritairement, l'ignore. Seul l'écrivain Henry Miller défend activement l’ouvrage et son auteur. Mais il est surtout largement critiqué par les tenants du bouddhisme américain, qui voient en Kerouac cette fois fort peu convaincant. Alan Watts publie un article très critique avant même la publication des Clochards célestes sous le titre « Beat Zen, Square Zen and Zen ». Kerouac vit difficilement cet accueil alors même qu’il peine à défendre ses ouvrages plus anciens et sa poésie.

L'écrivain se rend ensuite en Californie et, sur l'invitation d'un ami, passe quelque temps sur la côte Pacifique afin de faire le point, loin de la presse. La confrontation à l'élément maritime lui inspire un roman : Big Sur, du nom de la plage au sud de San Francisco où il passe l'été 1960. De retour à New York, James Whechsler l'attaque vivement dans un livre son irresponsabilité politique et son encombrement de la langue américaine avec la Poésie. La publication de l’interview d'Al Aronowitz achève de ternir l'image de Kerouac, tout en augmentant les tensions avec ses amis comme Allen Ginsberg ou Gregory Corso. À la publication de Big Sur, en 1962, le Times délivre une critique particulièrement virulente, s’en prenant non au texte en lui-même mais à l’auteur qualifié de « panthéiste en adoration ».

Toujours plus accablé par la célébrité, Kerouac, tant bien que mal, participe à des spectacles télévisés et enregistre même trois albums de textes lus. Il prend par ailleurs position en faveur de la guerre du Viêt Nam et se déclare nationaliste et « pro-américain », et ce afin d'éviter toute identification au mouvement hippie, envers lequel il se montre toujours méfiant. L'écriture de Kerouac se focalise dès lors sur son passé. En juin 1965, il effectue un voyage en Europe, sur la trace de ses origines bretonnes, épisode qui donne naissance au roman Satori à Paris (1966). La même année est publié l'un de ses premiers roman, Anges de la Désolation, datant de l'époque de Sur la route.

En 1968, il met la dernière main à son roman Vanité de Duluoz, publié l'année même, et passe la fin de sa vie en compagnie de sa troisième femme Stella Sampras et de sa mère, loin de ses amis de la Beat Generation, et dans une situation financière déplorable (à sa mort il lèguera 91 dollars à ses héritiers). Jack Kerouac meurt le 21 octobre 1969, à l'hôpital Saint-Anthony de St. Petersburg, Floride, à l'âge de 47 ans, d'un ulcère gastro-duodénal, la « mort des alcooliques ».

Romans

  • Avant la route 
  • Sur la route 
  • Les Souterrains 
  • Les Clochards célestes 
  • Docteur Sax 
  • Maggie Cassidy
  • Tristessa
  • Visions de Cody
  • Le Vagabond solitaire 
  • Big Sur 
  • Visions de Gérard 
  • Anges de la Désolation 
  • Satori à Paris 
  • Vanité de Duluoz
  • Pic
  • Vieil Ange de Minuit
  • Orphée à jour 
  • Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines 

Il a aussi écrit des nouvelles, essais, poèmes et correspondances.
 
D'après Wikipédia

 

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21 août 2018

*** MICHEL STROGOFF - JULES VERNE

Ce cher Jules Verne qui enchantait mon enfance... et que je redécouvre avec un immense bonheur.

INCIPIT

- Sire, une nouvelle pêche !

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RESUME

Le roman relate le périple de Michel Strogoff, courrier du tsar de Russie Alexandre II, de Moscou à Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale. Sa mission est d'avertir le frère du tsar, gouverneur d'Irkoutsk, de l'arrivée des hordes tartares menées par le traître Ivan Ogareff pour envahir la Sibérie. Sur cette route pleine d'obstacles, il croise la belle Nadia, ainsi que les journalistes européens Harry Blount et Alcide Jolivet. Les voyageurs mettent en général cinq semaines pour aller de Moscou à Irkoutsk. Les courriers du tsar n'ont besoin que d'à peine dix-huit jours pour parcourir cette distance. Mais Michel Strogoff mettra trois mois, à cause de toutes les épreuves qu'il doit surmonter. 

MON AVIS

Ce que j'adore chez Jules Verne c'est la précision "scolaire" avec laquelle il bâtit ses atmosphères, il explique l'histoire, la géographie, le fonctionnement, les villes traversées, on apprend plein de choses et j'adore ça ! Avec un ton parfois humoristique, le même que celui de mon père et de mon grand-père lorsqu'ils nous racontaient leurs voyages (ils étaient officiers de marine). 

Ici en l'occurrence, nous voyageons en Sibérie et apprenons plein de choses.

L'intrigue est sympa, mais un peu simpliste par rapport aux embrouillamis et imbroglios sophistiqués d'aujourd'hui ! Mais justement, c'est frais et rafraîchissant dans ce monde où tout va trop vite !

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Michel Strogoff est un roman d'aventures historique de Jules Verne, paru en 1876. L'œuvre paraît d'abord en feuilleton dans la revue Le Magasin d'éducation et de récréation du 1er janvier 1876 au 15 décembre 1876, avant d'être publiée en volume la même année chez Hetzel. Pour l'élaboration de ce roman, Jules Verne a reçu des conseils de l'écrivain russe Ivan Tourgueniev, dont Pierre-Jules Hetzel est également l'éditeur.  

Les événements racontés par Jules Verne n'ont pas eu lieu, mais sont plausibles, la situation dans l'est étant tendue. Le tsar n'est jamais nommé, mais celui qui régnait à l'époque de Jules Verne était Alexandre II (règne de 1855 à 1881).

La Sibérie au XIXe

La Sibérie est la partie située en Asie de la Fédération de Russie : une immense région d'une surface de 13,1 millions de km2 très peu peuplée (39 millions d'habitants aujourd'hui). Elle s’étend de l'Oural à l'ouest jusqu'à l'océan Pacifique et de l'océan Arctique au nord jusqu'aux monts Altaï au nord du Kazakhstan et aux frontières mongoles et chinoises. Elle représente 77 % de la surface de la Russie, mais seulement 27 % de sa population, et se caractérise par un climat froid et continental avec un paysage au relief modéré sillonné par d'énormes fleuves. Longtemps habitée par des populations pastorales turcophones, elle a été progressivement colonisée par l'Empire russe. 

Au XVIIIe siècle, un nouveau gouvernement (subdivision administrative) est créé à Irkoutsk, puis au XIXe siècle le territoire est subdivisé plusieurs fois par la création de nouveaux gouvernements : ceux de Tomsk et du Iénisseï.

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En 1730, le premier grand établissement industriel de métallurgie est fondé par la famille Demidov et donne naissance à la ville de Barnaoul. Plus tard, l'entreprise finance la création d'équipements culturels tels que bibliothèques, clubs, théâtres. Le même phénomène se reproduit dans d'autres villes : librairies, musées, collèges et théâtres sont construits, mais la première université ne sera créée qu'en 1880 à Tomsk.

Les paysans de Sibérie, plus que ceux de Russie d'Europe, doivent lutter contre un climat rude sans aide extérieure. L'absence de servitude et de maîtres contribue à leur donner un esprit d'indépendance. Contrairement aux paysans de la Russie d'Europe, les Sibériens ne sont par contre pas confrontés au manque de terres disponibles ; la faible densité de la population leur donne la possibilité de cultiver de manière intensive leur parcelle de terrain pendant plusieurs années de suite, puis de la laisser en jachère pendant une longue période pour cultiver d'autres parcelles.  

La Sibérie est considérée comme un endroit idéal pour exiler des opposants politiques car elle est loin de tout pays étranger. Un citoyen de Saint-Pétersbourg ne cherche pas à s'évader dans la vaste campagne sibérienne... Et même les grandes villes comme Irkoutsk, Omsk ou Krasnoïarsk n'ont pas l'intense vie sociale et le niveau de vie élevée de la capitale.

En 1826, environ 80 personnes impliquées dans l'insurrection décabriste sont condamnées à des peines de travaux forcés en Sibérie et à y résider pour toujours. Onze de leurs femmes les suivent et s'installent près des bagnes. Dans leurs mémoires, elles notent la gentillesse et la prospérité des Sibériens des campagnes et les traitements sévères infligés par les soldats et les officiers. Un certain nombre de décembristes mourront de maladie, souffrent de chocs psychologiques, ou même deviennent fous. Après avoir purgé leur peine de travaux forcés, ils sont assignés à résidence dans de petits villages ou villes. Certains démarrent un commerce. En 1856, 31 ans plus tard, qu'Alexandre II leur pardonne, au moment de son couronnement.

En vivant dans les villes d'Omsk, de Krasnoïarsk ou d'Irkoutsk, les décembristes ont contribué fortement au développement de la vie sociale et de la culture. À Irkoutsk, leurs maisons sont désormais des musées. Dans de nombreux endroits, on a installé des plaques commémoratives avec leurs noms. Vladimir Raïevski, arrêté pour sa participation aux cercles décembristes en 1822 et en 1828, est exilé dans le village d'Olonki près d'Irkoutsk. Il s'y marie et aura 9 enfants ; il se fait boulanger et fonde une école pour enfants et adultes pour leur enseigner la grammaire et l'arithmétique. Pardonné par Alexandre II, il revint visiter sa ville natale... puis retourna à Olonki.

Contrairement aux souhaits des autorités, les révolutionnaires exilés ne sont pas rejetés en Sibérie. Au contraire, les Sibériens qui ont dû survivre sans aide des autorités, ne ressentent aucune tendresse pour celles-ci. Les exilés sont souvent chaleureusement reçus et obtiennent des situations rémunérées assez facilement. Fiodor Dostoïevski a été exilé dans une katorga près d'Omsk.

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Illustration Enki Bilal

Le développement de la Sibérie est handicapé par l'absence de moyens de transport dans la région ainsi qu'entre la Sibérie et le reste du pays. Hormis la route de Sibérie, les routes de qualité utilisables par des véhicules à roues sont peu nombreuses et le réseau peu dense. Pendant cinq mois de l'année environ, le transport passe pour l'essentiel par les voies fluviales et pendant les six mois les plus froids de l'année, marchandises et passagers voyagent sur des traîneaux tirés par des chevaux sur les routes disponibles en hiver, souvent constituées par les fleuves gelés.

Le premier bateau à vapeur sur l'Ob est lancé en 1844 ; mais les débuts seront difficiles et ce n'est pas avant 1857 que le transport par bateau à vapeur se développe de manière sérieuse. Les bateaux à vapeur sont introduits sur l'Iénissei en 1863 puis sur la Léna et l'Amour dans les années 1870.

Alors que la Sibérie occidentale relativement plate est plutôt bien desservie par le gigantesque réseau fluvial constitué de l'ensemble Ob-Irtych-Tobol-Choulyl, les grands fleuves de Sibérie orientale - Iénisseï, cours inférieur de l'Angara (l'Angara avant Bratsk est difficilement navigable à cause des rapides), Léna - ne permet de circuler que selon un axe nord-sud. On tente à l'époque de remédier à ce handicap en construisant le canal Ob-Iénisseï, mais le résultat n'est pas une réussite. Seule une ligne de chemin de fer peut apporter une véritable réponse aux problèmes de transport.

Les premiers projets de  chemin de fer en Sibérie remontent à la création de la ligne Moscou-Saint-Pétersbourg. L'un des premiers projets porte sur la ligne Irkoutsk-Tchita destiné à relier Irkoutsk à l'Amour et par conséquent à l'océan Pacifique. Avant 1880, le gouvernement central est peu réceptif à ce projet, du fait de la faible taille des entreprises implantées en Sibérie et de la crainte qu'une meilleure intégration des territoires sibériens à la région Pacifique les fasse tomber sous l'influence des États-Unis et du Royaume-Uni. La bureaucratie lourde et inefficace ainsi que la peur des risques financiers contribuent également à paralyser le projet : les financiers sous-estiment l'effet d'entraînement du chemin de fer, en établissant des prévisions de trafic basés sur le volume des échanges existants.

Finalement la peur de perdre la Sibérie convainc, en 1889, Alexandre II de lancer la construction du chemin de fer. Celle-ci démarre en 1891, grâce notamment aux emprunts russes, lancés par la France.

Le Transsibérien donne alors un grand élan à l'agriculture sibérienne, en permettant d'accroître ses exportations vers la Russie centrale et les pays européens. Non seulement le chemin de fer dynamise les territoires proches du chemin de fer, mais également les régions les plus méridionales reliées à la ligne par les fleuves comme l'Altaï (Ob) et les régions d'Abakan et de Minousinsk (Iénisseï).

Tartares et Tatars

Les Tartares (ceux du roman)

La Tartarie était le nom donné par les Européens du Moyen Âge au XXe siècle à la partie de l'Asie centrale et septentrionale s'étendant de la mer Caspienne et de l'Oural à l'océan Pacifique, peuplée par les « Tartares », nom générique donné aux peuples turco-mongols. Cette aire couvre la Sibérie, le Turkestan, la Mongolie, la Mandchourie et quelquefois le Tibet. La Tartarie désignait également, au XVIIe siècle, l'Empire mongol. Le nom provient du peuple des Tatars et a été appliqué à l'ensemble des peuples turcs.

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À cette époque, les occidentaux distinguaient généralement :

  • La « Tartarie moscovite » à l'ouest.
  • La « Tartarie russe » ou « Russie asiatique », correspondant aujourd'hui à la Sibérie.
  • la « Tartarie chinoise », à l'est, incluant Turkestan oriental (ou Xinjiang), la Mongolie, la Mandchourie, Sakhaline, l'actuelle province de Qinghai (ou Kokonor), le Tibet, et le petit Tibet (ou Ladakh), inclus dans l'Empire Chinois.
  • la « Tartarie indépendante », à l'ouest, (le Turkestan occidental) qui ne faisait partie ni de l'Empire russe, ni de l'Empire chinois.
  • La « Petite Tartarie » désignait les contrées situées sur la mer Noire et conquises par des populations turco-mongoles (Crimée, Caucase, Daghestan, etc.).

Les Tatars

Les Tatars (ou Tatares) sont un peuple turc, parlant le tatar. Il ne faut pas les confondre avec ce que l'on appelait en Occident les Tartares, terme qui désigne les locuteurs de différentes langues turques autres que le tatar.

La plupart des Tatars vivent au centre et au sud de la Russie, en Ukraine, en Bulgarie, en Chine, au Kazakhstan, en Roumanie, en Turquie et en Ouzbékistan. On en dénombrait plus de huit millions à la fin du XXe siècle.  

Le nom de Tatars désigne à l'origine un ancien peuple turco-mongol qui, aux XIe et XIIe siècles, nomadisait à l'est de la Mongolie, dans les fertiles pâturages près de Hulun et du lac Buir. Cet ancien peuple a disparu en tant que tel ; les descendants se sont mélangés aux populations des territoires qu'ils ont conquis. Leur nom a été transmis à ces populations qui regroupent aujourd'hui diverses origines: ainsi, les Tatars de Kazan ou de la Volga descendent des Bulgares de la Volga et de tribus finno-ougriennes ; les Tatars de Crimée proviennent du mélange des nombreux peuples ayant habité la Crimée avant eux (dont des Goths, des Khazars, des Coumans, des Karaïm…). Les Tatars ont également assimilé des déserteurs des armées adverses - Russes, Polonais ou autres, ainsi que des Roms. 

Vaincus par Gengis Khan, ils sont enrôlés parmi les guerriers mongols et participent aux invasions qui ravagent la Russie et l'Europe de 1239 à 1243. Ils s'installent dans les steppes au nord de la mer Noire et de la Caspienne, où ils fondent le khanat de la Horde d'or, expression russe, mais les Arabes et les Persans parlent de Royaume des Tatars ou Khanat de Kiptchak. Les Tatars, au fil des décennies, se sédentarisent partiellement, se mettant à exploiter plutôt qu'à piller les populations et formations politiques soumises, qui, en échange de la paix, leur fournissent vivres, artisans et même troupes, accroissant ainsi leur autonomie grâce aux divisions entre les princes mongols. Des marchands, des artisans chrétiens, juifs et musulmans commencent à convertir les Tatars, jusque-là chamanistes. Le bouddhisme fait également des adeptes.  

Les Tatars sont à leur tour les victimes des campagnes d'un nouveau conquérant. En 1392 et 1395, Tamerlan mène des expéditions contre la Horde d'Or. Désormais les Tatars sont sur la défensive. En outre, le territoire de la Horde d'Or commence à se morceler en 1430 avec la création du Khanat de Crimée en 1438, puis du khanat d'Astrakhan. 

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Film de 1956

Les Tatars de Kazan et d'Astrakhan, puis ceux du Khânat de Sibir sur l'Irtych sont tour à tour vaincus et soumis par les Russes de Moscou en 1552, 1556 et 1584, tandis que ceux de Crimée parviennent à sauvegarder leur khanat jusqu'en 1783, en devenant les alliés et les vassaux de l'Empire ottoman à partir de 1475. Ils restent dangereux pour les États chrétiens voisins de l'Empire ottoman (Moldavie, Pologne, Russie), leur dernière expédition de pillage datant de 1782. 

Devenus, au XIXe siècle, minoritaires au sein d'États chrétiens, les Tatars, en butte comme les Roms à l'hostilité des paysans sédentaires dont ils ont pillé les ancêtres, deviennent eux-mêmes cultivateurs et éleveurs et choisissent l'assimilation. Cette dernière peut n'être qu'économique ou politique, mais non culturelle, et permet alors, comme en Sibérie, à Kazan ou en Crimée, la survie de la langue tatare. À Kazan, les Soviétiques instituent d'ailleurs une République autonome du Tatarstan. Dans d'autres cas, l'assimilation est totale, des familles tatares choisissant de passer au christianisme et devenant moldaves ou russes. 

L'habitation traditionnelle des Tatars du cours moyen de la Volga et des contreforts de l'Oural était l'isba en bois, avec une clôture extérieure. La façade extérieure était peinte de couleurs vives. Les Tatars d'Astrakhan, ayant conservé certaines de leurs coutumes pastorales des steppes, vivaient en été dans des yourtes.

MES EXTRAITS FAVORIS

Après un petit accident de la route : ...il tira son carnet de sa poche et y inscrivit en souriant cette note, destinée à figurer au dictionnaire moscovite : "Télègue : voiture russe à quatre roues, quand elle part, et à deux roues, quand elle arrive.

***

De Kamsk à la bourgade prochaine, l'étape fut très longue, environ cent trente verstes. Il va sans dire que les haltes réglementaires furent observées, sans quoi, disait Nicolas, on se serait attiré quelque juste réclamation de la part du cheval.

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

CosaqueHabitant du sud-est de la Russie. Habitant des régions occupées par ces peuplades, et en ayant conservé certaines coutumes (vestimentaires, etc.). Colons guerriers, nomades et pillards, qui fournissaient une cavalerie irrégulière à l'armée tsariste. Soldat de l'armée russe (les cosaques formant une unité réputée de l'armée russe).

AvicenneAbu ʾAli al-Husayn Ibn Abd Allah Ibn Sina, dit Avicenne, né le 7 août 980 à Afshéna, près de Boukhara, dans la province de Grand Khorasan (actuellement en Ouzbékistan) et mort en juin 1037 à Hamadan (en Iran), est un philosophe et médecin médiéval persan, de religion musulmane. Rédigeant principalement en arabe classique, il s'intéresse à de nombreuses sciences, comme l'astronomie, l'alchimie, et la psychologie. Ses disciples l'appelaient « Cheikh el-Raïs », prince des savants, le plus grand des médecins, le Maître par excellence, le troisième Maître (après Aristote et Al-Fārābī). Ses œuvres principales sont l'encyclopédie médicale Qanûn (Canon de la médecine) et ses deux encyclopédies scientifiques al Shifa (De la guérison [de l'âme]) et Danesh Nâma (livre de science). Si son œuvre médicale n'a plus qu'un intérêt historique, son œuvre philosophique se situe au carrefour de la pensée orientale et de la pensée occidentale. Elle reste vivante au début du XXIe siècle dans le cadre de l'Islam iranien. Elle continue d'être étudiée en Occident du point de vue de la philosophie, de l'épistémologie et des sciences cognitives.

TamerlanTamerlan ou Timour le Boiteux, Timour le Grand (né le 8 avril 1336 à Kech près de Chakhrisabz dans l'actuel Ouzbékistan, et mort le 18 février 1405 à Otrar dans l'actuel Kazakhstan), est un guerrier turco-mongol, conquérant d'une grande partie de l'Asie centrale et occidentale, fondateur de la dynastie des Timourides qui a existé jusqu'en 1507. Devenu émir de Transoxiane, Tamerlan se révèle un redoutable chef de guerre, bâtissant un immense empire reposant sur la puissance militaire et sur la terreur. Les historiens parlent souvent de « catastrophe timouride » tant ses destructions et massacres ont été spectaculaires ; les estimations sur le nombre de morts de ses campagnes militaires vont de 1 million à 17 millions de personnes (soit environ 5 % de la population mondiale de l'époque). Lors de ses conquêtes, il n'hésite pas à massacrer la totalité de la population des villes qui lui résistent, à l'exception des artisans qu'il déporte à Samarcande, sa capitale. C'est à ce titre qu'il se montra aussi protecteur des arts et des lettres qui firent la grandeur de Samarcande. Après la mort de Tamerlan en 1405, son empire, gouverné par ses descendants (les Timourides), est grignoté par les puissances voisines jusqu'à l'assaut final des Ouzbeks de la dynastie des Chaybanides.

ImpedimentaBagages et équipements indispensables au fonctionnement d'une armée en campagne, mais qui gênent sa marche et ses mouvements. Bagages encombrants emportés avec soi dans les déplacements.

Podarochna ou padaroshna : Le podarochna ou podorochna (en russe : подорожная, podorojnaïa) aurait été, selon toute vraisemblance, un passe-droit émis par le tsar. Celui-ci permettait à son détenteur de profiter des meilleures conditions de voyage possible alors en Russie, telles que le droit de réquisition et le droit de passage, prévalant sur n'importe quel arrêté autre que du tsar lui-même.

ChènevisGraine du chanvre, utilisée comme appât pour les poissons et comme nourriture des oiseaux en volière :

BandageCercle de métal ou de caoutchouc dont on entoure le moyeu d'une roue

BateleurPersonne exécutant des tours d'adresse ou de force dans les foires et sur les places publiques. Acteur, comédien. Charlatan.

Saltimbanque : Comédien ou marchand ambulant dont la profession est d'amuser la foule dans les foires ou sur les places publiques, avec des acrobaties, des tours d'adresse ou de force, ou grâce à des boniments. Professionnel du spectacle; comédien.

Pérorer Discourir longuement, avec emphase, souvent avec prétention, avec suffisance. Parler beaucoup. Haranguer.

Dilettanti : Même sens qu'en français.

Tambour : Partie qui protège les roues à aubes des bateaux.

Sargasse : Algue brune marine, de la famille des Fucacées (dér. s.v. fucus), très répandue au large des côtes de Floride (mer des Sargasses) et dont l'accumulation forme de véritables îles flottantes à la faune très riche. 

PaillonEmballage de paille ou de jonc, de forme conique, servant au conditionnement de certaines bouteilles de vin fin ou de liqueur. Grosse paillette découpée dans une mince feuille de métal battu.

Koulbat : Pâté fait de jaunes d'oeuf, de riz, de chou rouge, de viande.

Iemshik : Cocher (russe).

Bride et bridon : Les rênes fixées de part et d'autre du mors, qui permettent au cavalier de maîtriser et de faire obéir le cheval.

Dakha : Vêtement léger et imperméable en peau de renne.

HeurtequinSaillie, embase circulaire située à chaque extrémité d'un essieu de fer et servant de butée au moyeu de la roue.

Redan : Partie saillante. 

Echarpe (frapper d') : De biais, en oblique.

Knout : En Russie, fouet composé de lanières de cuir aux extrémités garnies de crochets ou de boules de métal.

Aigle : Monnaie d'or russe qui vaut 5 roubles. Pièce de cinq francs en argent (France).

AffidéEn qui on peut avoir une confiance totale.

Butome : Plante monocotylédone, vulgairement appelée jonc fleuri.

DiptèreOrdre d'insectes (cousins, moustiques, etc.) présentant une seule paire d'ailes visibles et un appareil buccal adapté pour la succion.

TipuleInsecte de l'ordre des Diptères, ressemblant à un gros moustique aux longues pattes grêles, qui ne pique pas, dépourvu de trompe et dont les larves rongent les racines des plantes. 

Talpak : Bonnet de peau de mouton noir (Mongolie).

Khodja : Khodja ou encore Hodja, Khoja, Hoca, Xoja, Hoxha (du farsi « maître »), est un titre honorifique en usage dans les cultures islamiques. Il est souvent employé pour les imams et les muezzins.

Karaoy : Tente mongole.

Tschakane : Petite hache à manche courte (Mongolie).

Pommeau : Partie antérieure, légèrement arrondie, de l'arçon d'une selle de cheval.

ArçonChacune des deux pièces de bois cintrées qui forment le corps de la selle d'un cheval. 

Embosser : Maintenir suivant une position donnée à l'aide de deux amarres placées l'une à l'avant, l'autre à l'arrière, de manière à supprimer l'action du vent, du courant et à faire présenter le travers lors d'une opération d'attaque ou de défense. S'installer dans une position défensive, parfois menaçante.

Aladja : Tissus de coton à fines rayures.

Plombagine : Graphite presque pur, noirâtre, servant notamment à faire des mines de crayons, des creusets, des balais de moteurs électriques et utilisé pour des entretiens divers.

Arakalouk : Tunique mongole.

Voltaïque : Groupe de langues négro-africaines parlées dans l'est du Mali, en Haute-Volta et dans le nord de la Côte d'Ivoire, du Ghana, du Togo et du Bénin. Relatif aux piles électriques et à l'électricité qu'elles développent.

Uléma : Docteur de la loi musulmane, interprète du Coran. 

Doutare : Mandoline au long manche, à deux cordes (Mongolie).

Kobize : Violoncelle mongol.

Tschibyzga : Flûte de roseau (Asie orientale)

Damassé (acier)Le terme acier de Damas (aussi appelé acier damassé, ou encore Acier Damas) est employé pour désigner deux types d'aciers à l'apparence particulière : en premier lieu, historiquement, il s'agit d'un acier, aussi appelé wootz, élaboré en Inde et forgé sur place ainsi qu'au Moyen-Orient, réputé pour sa qualité et caractérisé par son aspect ou ses motifs moirés ; l'élaboration de cet acier, et le savoir-faire associé, disparaît au cours du XVIIe siècle ; ultérieurement, le terme a été repris pour désigner des aciers hétérogènes constitués de plusieurs nuances d'acier soudées et forgées pour obtenir des motifs plus ou moins complexes. Ce matériau, appelé acier Damas de corroyage, emprunte le nom du métal historique par abus de langage à cause de sa ressemblance superficielle avec l'acier Damas wootz. algré leur ressemblance superficielle, liée à la présence de motifs visibles à l’œil nu à leur surface, ces deux matériaux sont de nature, d'élaboration et de propriétés très différentes.

Oliban : Encens.

Daïra : Le doyre, dayre, daïra, doira, dap ou qaval est un tambour sur cadre rencontré en Azerbaïdjan, en Arménie, en Géorgie, en Turquie, en Iran, au Kazakhstan, au Turkménistan, en Ouzbékistan, au Tadjikistan, au Kirghizistan, en Chine et en Albanie. 

Corybantes : Prêtres de la mère des Dieux, Cybèle, qui dansaient armés, aux sons des flûtes, des tambours, des trompes et des boucliers frappés par les lances.

Toman : Ancienne monnaie d'or de la Perse, remplacée dans l'Iran moderne par le rial, mais encore utilisée comme monnaie de compte.

Ducat : Monnaie d'or fin (plus rarement d'argent) de valeur variable selon les pays; monnaie de compte de valeur variable selon les époques.

Cybistique : Danse grecque de caractère acrobatique, consistant notamment à se jeter à terre la tête en avant, en prenant appui sur les deux mains pour effectuer une culbute et se redresser ensuite sur les pieds.

Kibitka : Charriot ou traineau russe couvert, contrairement à la troïka, tiré par un attelage de trois chevaux.  

Amble (aller à) : Allure rapide d'un animal (cheval notamment).

PanaghiaMarie, la mère de Jésus, utilisé notamment dans le catholicisme oriental.

Koumyss : Boisson fabriquée avec du lait de jument ou de chamelle.

Hyperboréen : Extrême nord.

Fuligineux :  De couleur noirâtre, qui a les apparences de la suie.  Incompréhensible, obscur.

FontesChacun des deux sacs de cuir attachés de chaque côté de l'arçon d'une selle pour y mettre les pistolets.

OrographiqueÉtude, description, représentation cartographique du relief et particulièrement du relief montagneux.

PrameAncien bâtiment de guerre à fond plat, à voiles et à rames, susceptible de porter une forte artillerie. Petite embarcation à fond plat.

Artésien (puits) : Puits foré à l'aide d'une sonde et donnant un liquide (eau ou pétrole) jaillissant.

NaphteMélange d'hydrocarbures provenant de la décomposition de matières organiques. Pétrole.

Brandon : Torche grossière, tortillon de paille, de papier, servant à mettre le feu ou à s'éclairer.

GlacisTalus incliné qui sert à couvrir et à masquer les approches et les ouvrages, à rendre l'accès d'une fortification plus difficile.

Pulvérin : Mélange fait de salpêtre, de charbon et de soufre pulvérisés, destiné à fabriquer la poudre noire grainée et utilisé pour l'amorçage et les mélanges pyrotechniques.

 

 

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