MES LECTURES CLASSIQUES

19 avril 2018

*** PIERRE ET JEAN - GUY DE MAUPASSANT

Très fine analyse psychologique de la jalousie et du mal de vivre qui s'insinue dans une âme.

INCIPIT

"Zut !" s'écria tout à coup le père Roland qui depuis un quart d'heure demeurait immobile, les yeux fixés sur l'eau, et soulevant par moments, d'un mouvement très léger, sa ligne descendue au fond de la mer.

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LE DEBUT

M. Roland, ancien bijoutier parisien, a déménagé dès qu'il a pu avec sa femme au Havre, par amour inconditionnel de la mer. Ils ont deux fils, Pierre et Jean. Après leurs études, Pierre, qui a fait médecine et Jean, qui a obtenu sa licence de droit, rejoignent leurs parents au Havre, dans le but de créer plus tard leur cabinet respectif dans cette ville.

Le notaire informe les Roland que Léon Maréchal, un très bon ami de la famille perdu de vue depuis leur départ au Havre, est mort et qu'il lègue tout son argent à Jean. La rivalité fraternelle se découvre petit à petit entre les deux frères, opposés physiquement et moralement.

C'est un ami de Pierre qui l'alerte sur ce qu'implique cet étrange héritage, puis la serveuse de la brasserie. Pourquoi Jean et seulement Jean. Leur mère aurait-elle eu une aventure avec Maréchal et Jean serait-il leur fils ?

MON AVIS

C'est un très court roman, ou une longue nouvelle, comme on veut. L'histoire joliment racontée de jalousie entre deux frères qui finiront séparés par un événement du passé. 

Important vocabulaire maritime ; tout se passe au bord de la mer, et les personnages sont férus de bateau (pêche et promenade). On sait que Maupassant lui-même pratiquait beaucoup. La mer est dans les descriptions mais aussi en métaphore, souvent, pour des situations ou des sentiments.

La fameuse préface, Le roman, m'intéressait : je pensais y trouver des "conseils à un jeune écrivain" ! En fait Maupassant se justifie, après des attaques qu'il a subies, et défend le roman réaliste, selon lui plus profond, propre à conduire à la réflexion.

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CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Écrit d’un seul trait durant l’été 1887, Pierre et Jean est le troisième roman de Maupassant. C’est une œuvre naturaliste (ou réaliste-psychologique). L’œuvre, est éditée en volume le 9 janvier 1888. Elle est composée du récit, mais également d’une célèbre préface intitulée Le roman dans laquelle Maupassant expose en quelques pages sa vision du roman naturaliste qu'il propose de définir comme une étude psychologique dont Pierre et Jean se fera l'écho.

Le lecteur découvre, en même temps que des paysages, certaines caractéristiques de cette partie de la Normandie et de l'époque : l’atmosphère des cafés, de la jetée, les marins fiers de leurs exploits, les bonnes qui viennent de la campagne, l’hérédité (légitime ou bâtarde), la petite bourgeoisie, et les problèmes liés à l’argent... Il existe toutefois de rares écarts par rapport à la réalité comme l’invention de la rue « Belle-normande » ou le phare « d’Étouville ». Cette approximation confirme ce que dit Maupassant dans sa préface : « parler du réel, même de manière réaliste c’est forcément tricher un peu ».

Maupassant n’a pas d’emblée manifesté le désir d’associer cette préface et le roman. De plus, même après les avoir réunis, ils forment un tout disparate : comment expliquer alors que Maupassant ait réuni dans le même volume ces deux textes ? 

Une première réponse est fournie par l’éditeur de Pierre et Jean, qui trouvait... l’œuvre un peu courte.

D’autres raisons, plus littéraires, peuvent expliquer cette association : le roman instaure une sorte de jeu de cache-cache entre l’auteur et le lecteur. Le préfacier et le romancier portent des masques différents. Ce sont deux faux-frères, comme le sont également Pierre et Jean. Cette préface est donc un négatif, une « image inversée » de la nouvelle.

Conclusion : Le texte Le roman peut se lire de manière indépendante et il est avant tout une réflexion sur ce genre littéraire, qui, à cette époque, connaissait une importante et très profonde remise en cause.

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Trouville, XIXe

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

Nage : Terme de marine utiliser pour l'action de ramer.

Souquer : Tirer sur les avirons avec énergie.

Goélette : Bâtiment léger, à voiles auriques (en forme de trapèze)

Brick : Voilier à deux mâts et voiles carrées.

Ramure : Gréement.

Mouches : Petits bateaux à vapeur faisant un service d'omnibus ; remorqueurs.

Perroquet : Partie du mât située au-dessus de la hune.

Cacatois : Mât portant une petite voile carrée.

Cotre : Navire de forme élancée, à un mât, qui "coupe" l'eau (vient de l'anglais cutter).

Jurisconsulte : Celui qui fait profession de donner des avis sur des questions de droit.

Misaine : Voile basse à l'avant du bateau.

Foc : Petite voile triangulaire entre le mât de misaine et le mât de beaupré.

Tapecul : Petite voile d'arrière, évitant la dérive.

Break : Petite voiture avec un siège à l'avant, et deux en ligne derrière, se faisant face.

Salicoques : Crevettes.

Lanet : Petite poche en filet fixée autour d'un cercle de bois, lui-même attaché à un bâton, pour attraper les crevettes.

Valleuse : Petite vallée suspendue qui aboutit à la mer et forme une entaille dans une falaise.

Magot : Figure grotesque de porcelaine.

Irrécusable : Qui ne peut être récusé ; qu'on ne peut refuser d'accepter.

Alcali : Nom que l'on donnait aux cendres d'une plante marine dont on retirait la soude. Nom donné aux bases, hydroxydes des métaux alcalins, ainsi qu'à l'ammoniaque. On le faisait respirer les personnes évanouies pour qu'elles reviennent à elles (sels).

MES EXTRAITS FAVORIS

Mais une vague jalousie, une de ces jalousies dormantes qui grandissent presque invisibles entre frères ou entre soeurs jusqu'à la maturité et qui éclatent à l'occasion d'un mariage ou d'un bonheur tombant sur l'un, les tenait en éveil dans une fraternelle et inoffensive inimitié. Certes ils s'aimaient mais ils s'épiaient. Pierre, âgé de cinq ans à la naissance de Jean, avait regardé avec une hostilité de petite bête gâtée cette autre petite bête apparue tout à coup dans les bras de son père et de sa mère, et tant aimée, et tant caressée par eux. 

***

Ah ! ces sacrés médecins, toujours les mêmes : ne mangez pas, ne buvez pas, n'aimez pas, et ne dansez pas en rond. Tout ça fait du bobo à petite santé.

***

Nos besognes ressemblent aux travaux de ces mioches, pensait-il. Puis il se demanda si le plus sage dans la vie n'était-il pas encore d'engendrer deux ou trois de ces petits êtres inutiles et de les regarder grandir avec complaisance et curiosité. Et le désir du mariage l'effleura. On n'est pas si perdu, n'étant plus seul. On entend au moins remuer quelqu'un près de soi aux heures de trouble et d'incertitude, c'est déjà quelque chose de dire "tu" à une femme, quand on souffre.

*** 

Le baiser frappe comme la foudre, l'amour passe comme un orage, puis la vie, de nouveau, se calme comme le ciel, et recommence ainsi qu'avant. Se souvient-on d'un nuage ?

C'est joli...

L'air tiède, où se mêlait à l'odeur des côtes, des ajoncs, des trèfles et des herbes, la senteur marine des roches découvertes, l'animait encore en le grisant doucement, et il se décidait un peu plus à chaque pas, à chaque seconde, à chaque regard jeté sur la silhouette alerte de la jeune femme ; il se décidait à ne plus hésiter, à lui dire qu'il l'aimait et qu'il désirait l'épouser. La pêche lui servirait, facilitant leur tête-à-tête ; et ce serait en outre un joli cadre, un joli endroit pour parler d'amour, les pieds dans un bassin d'eau limpide, en regardant fuir sous les varechs les longues barbes des crevettes.

***

Ils se turent. Et il s'étonnait, lui, au contraire qu'elle fût si peu troublée, si raisonnable. Il s'attendait à des gentillesses galantes, à des refus qui disent oui, à toute une coquette comédie d'amour mêlée à la pêche, dans le clapotement de l'eau ! Et c'était fini, il se sentait lié, marié, en vingt paroles. Ils n'avaient plus rien à se dire puisqu'ils étaient d'accord et ils demeuraient maintenant un peu embarrassés tous deux de ce qui s'était passé, si vite, entre eux, un peu confus même, n'osant plus parler, n'osant plus pêcher, ne sachant que faire.

C'est dur...

Le docteur allait passer dans la partie du navire réservée à la seconde classe, quand il se souvint qu'on avait embarqué la veille au soir un grand troupeau d'émigrants, et il descendit dans l'entrepont. En y pénétrant, il fut saisi par une odeur nauséabonde d'humanité pauvre et malpropre, puanteur de chair nue plus écoeurante que celle du poil ou de la laine des bêtes. Alors, dans une sorte de souterrain obscur et bas, pareil aux galeries des mines, Pierre aperçut des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants étendus sur des planches superposées ou grouillant par tas sur le sol. Il ne distinguait point les visages mais voyait vaguement cette foule sordide en haillons, cette foule de misérables vaincus par la vie, épuisés, écrasés, partant avec une femme maigre et des enfants exténués pour une terre inconnue, où ils espéraient ne point mourir de faim, peut-être. Et songeant au travail passé, au travail perdu, aux efforts stériles, à la lutte acharnée, reprise chaque jour en vain, à l'énergie dépensée par ces gueux, qui allaient recommencer encore, sans savoir où, cette existence d'abominable misère, le docteur eut envie de leur crier : "Mais foutez-vous donc à l'eau avec vos femelles et vos petits !" Et son coeur fut tellement étreint par la pitié qu'il s'en alla, ne pouvant supporter leur vue.

 

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17 avril 2018

*** GATSBY LE MAGNIFIQUE - F. SCOTT FITZGERALD

Le romantisme de F. Scott Fitzgerald...

INCIPIT

Quand j'étais plus jeune, ce qui veut dire plus vulnérable, mon père me donna un conseil que je ne cesse de retourner dans mon esprit : "Quand tu auras envie de critiquer quelqu'un, songe que tout le monde n'a pas joui des mêmes avantages que toi."

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LE DEBUT

Nick Carraway, un jeune homme du Midwest, se rend à New York pour travailler dans la finance comme agent de change. Il trouve à louer une petite maison à Long Island, zone résidentielle très huppée et snob de la banlieue new-yorkaise. Sa demeure est située entre deux énormes et luxueuses villas. De là, la vue est imprenable sur East Egg, l'endroit le plus cossu et sélect de toute la zone. C'est là qu'habitent Daisy, sa cousine germaine, et le mari de celle-ci, Tom Buchanan.

Nick se rend un soir chez les Buchanan, sur invitation de Daisy. Tom, beau et riche, mais quelque peu bourru, paraît végéter auprès de Daisy, laquelle semble tout autant s'ennuyer avec son mari. Elle passe le plus clair de son temps avec son amie Jordan Baker, joueuse de golf professionnelle. Celle-ci s'étonne que Nick ne connaisse pas Gatsby, son voisin, à la richesse fabuleuse.

Gatsby donne fréquemment des réceptions somptueuses qui accueillent des centaines de convives. Mais qui est Jay Gatsby ? D'où vient-il ? Que fait-il ? Les rumeurs les plus folles circulent sur son passé et sa fortune. Nick reçoit une invitation pour passer la soirée chez Gatsby. Une incroyable histoire va lier Nick, Gatsby et Daisy pendant cet été 1922…

MON AVIS

Un roman plein de charme (celui des années 1920 et leur douce langueur, entre deux guerres...), une histoire d'amour belle et tragique et ce si séduisant et énigmatique Jay Gatsby ! Cet homme pauvre, qui réussit à faire fortune juste pour reconquérir son amour de jeunesse... et que l'ironie du sort (le destin ?) va détruire.

Ambiances délicates, feutrées, Gatsby et Daisy flottent sur le récit comme des créatures éthérées. Le film de Jack Clayton (1974), avec Robert Redford et Mia Farrow, sublimes, est absolument magnifique, celui de Baz Luhrmann (2013), bien que très original et splendide esthétiquement, ne rend pas vraiment hommage à la suavité, la cruauté diffuse, qui existent dans le roman.

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CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Gatsby le Magnifique (titre en anglais : The Great Gatsby) est le troisième roman de Francis Scott Fitzgerald et il a été publié en 1925 aux États-Unis. Il a souvent été décrit comme le reflet des années folles dans la littérature américaine.

Il est édité à 75 000 exemplaires, mais il atteint difficilement les 25 000 exemplaires vendus. Dès 1925, le livre est retiré des librairies pour défaut de lecteurs... Le 25 avril 1925, Maxwell Perkins, directeur littéraire aux Éditions Charles Scribner’s Sons, écrit à Fitzgerald : « Quoi qu'il en soit, je crois que nous pouvons être sûrs que sitôt le tumulte et les vociférations de la foule des critiques et des échotiers apaisés, Gatsby le Magnifique s'imposera comme un livre tout à fait extraordinaire. »

Le livre est réédité en 1934, et le tirage de 6 000 exemplaires rencontre le même insuccès. Pendant la crise des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale, il tombe pratiquement dans l'oubli. Dans les années 1950, il est à nouveau réédité, et trouve alors, rapidement, un grand cercle de lecteurs. Durant les décennies suivantes, il devient un texte couramment étudié dans les lycées et les universités du monde entier.

Dans une lettre destinée à Maxwell Perkins en juin 1925, F. Scott Fitzgerald indique qu'une de ses nouvelles, Rêves d'hiver, écrite en 1922, à 26 ans, est comme « une sorte de première esquisse » de son roman, notamment par les thèmes abordés. Un passage de cette nouvelle est d'ailleurs repris dans Gabsy le Magnifique, celui de la description de la maison de l'héroïne.

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

Fourbisseur : Artisan qui fourbissait, montait et réparait les armes blanches. Fourbir :  Nettoyer en frottant.

Epigramme : Inscription en vers ou en prose gravée sur un monument.  Trait satirique, mot spirituel.

Cinéraire : Qui contient ou peut contenir les cendres d'un mort. Qui évoque l'idée de la mort.

Prestesse : Agilité et vivacité.

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Rompre les chiens : Détourner, interrompre des propos.

CaponFlatteur, flagorneur. Personne lâche et peureuse. Élève qui dénonce ses camarades. Joueur rusé et filou.

Adventice : Qui est à l'origine extérieur de soi, étranger à la personnalité

Pasquinade : Pamphlet, satire grossière. Ensemble de gestes spectaculaires, facéties du bouffon.

Ulster : Pardessus d'hiver très long et ressemblant à une robe de chambre.

MES EXTRAITS FAVORIS

Une fois au moins par quinzaine, un détachement de décorateurs arrivait avec plusieurs centaines de mètres de toile et une quantité de lumières de couleur suffisante pour transformer le parc de Gatsby en un gigantesque arbre de Noël. Sur des tables, garnies de hors-d'oeuvre luisants, s'entassaient des jambons épicés et cuits au four parmi des salades multicolores comme des manteaux d'arlequin, des pâtés de porc et des dindes qu'un sortilège avait teintes de brun doré. Dans la galerie principale, on installait un bar muni de son appuie-pied en cuivre et garni de gin, de liqueurs et de cordiaux depuis si longtemps oubliés, que la plupart des invités étaient trop jeunes pour les distinguer les uns des autres. Vers sept heures arrive l'orchestre, non pas un petit orchestre de cinq exécutants, mais une pleine fosse de hautbois, trombones et saxophones, de violes, de clarinettes et de piccolos, de tambours altos et bassos. Les derniers nageurs sont rentrés de la plage et s'habillent dans les chambres ; les autos de New York sont garées, cinq de front, dans l'allée, et déjà les galeries, les salons et les vérandas s'égaient de couleurs, de cheveux coupés suivant d'étranges modes et de châles qui éclipsent tous les rêves de Castille. Le bar fonctionne à plein rendement et les cocktails flottent sur des plateaux dans le parc qu'ils imprègnent de leurs parfums, si bien que bientôt l'air se met à vibrer de bavardages et de rires, d'insinuations nonchalantes, de présentations sitôt oubliées que faites et d'enthousiastes rencontres entre femmes qui n'ont jamais connu leurs noms respectifs.

***

On dansait maintenant sur le parquet de toile ; des hommes âgés poussaient devant eux des jeunes filles en traçant d'éternels cercles dépourvus de grâce ; des couples orgueilleux s'étraignaient tortueusement, suivant les rites de la mode, et tournaient dans les coins. [...] La lune était plus haute et, flottant dans le détroit, il y avait un triangle d'écailles d'argent, qui tremblait un peu au sec friselis en fer-blanc des banjos installés sur la pelouse.

***

Je me demandai si le fait même qu'il s'abstenait de boire ne contribuait pas à le distinguer à ce point de cses hôtes, car il semblait que sa correction augmentait à mesure que croissait l'hilarité générale. L'histoire universelle racontée par le jazz n'était pas terminée, que des filles posaient leurs têtes sur des épaules masculines avec une câlinerie de petits chiens, que d'autres filles, feignant de s'évanouir, se laissaient tomber entre des bras d'hommes, voire au milieu de groupes, sachant bien que quelqu'un arrêterait leur chute - mais personne ne s'évanouissait sur Gatsby, nulle nuque taillée à la française ne touchait l'épaule de Gatsby, nul quatuor ne se formait dont un des chaînons fut la tête de Gatsby.

***

Il saisit la main de Daisy, et comme celle-ci lui disait quelque chose tout bas, il se tourna vers elle avec une poussée d'émotion. Je crois que c'est cette voix surtout qui le tenait, par sa chaleur changeante eet fiévreuse, parce que nul rêve ne pouvait lui être supérieur - cette voix était un chant immortel.

 

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16 avril 2018

MARCEL PAGNOL

Marcel Pagnol est un écrivain, dramaturge, cinéaste et producteur français, né le 28 février 1895 à Aubagne (Bouches-du-Rhône), et mort à Paris le 18 avril 1974 (à 79 ans).

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Son père, Joseph, est instituteur à Aubagne, laïc et républicain, et sa mère, Augustine, couturière, à la santé fragile, de confession catholique. Marcel est l'aîné de trois autres enfants : Paul, Germaine et René. Un frère aîné, Maurice, né le 2 avril 1894 et mort le 18 août de la même année, ne sera jamais mentionné dans l'histoire familiale.

Lorsqu'elle va au marché, sa mère laisse Marcel dans la classe de son père, qui a un jour la surprise de le voir lire couramment, alors qu'il n'a que trois ans.

A la rentrée 1900, Joseph étant nommé à l'école du Chemin des Chartreux, la plus grande école communale de Marseille, la famille emménage dans la grande ville.

À partir de 1904, soucieux de la santé fragile d'Augustine, Joseph décide de louer pour les vacances une villa dans la colline. Cette bastide, située à la sortie du village de La Treille, et ses collines constitueront ce paradis de l'enfance heureuse où se déroulent les plus beaux épisodes de ses fameux Souvenirs d'enfance.

Marcel entre au lycée Thiers en 1905 où il poursuit de brillantes études. C'est là qu'il commence à écrire des poèmes qui paraîtront à partir de 1910 dans la revue Massilia.  

Il n'a que 15 ans lorsqu'il perd sa mère, avec qui il entretenait une relation fusionnelle, à l'âge de 36 ans., en 1910. Joseph se remarie le 30 juillet 1912 avec Madeleine Julien, veuve qu'il avait engagée pour s'occuper du ménage et qui n'a que huit ans de plus que Marcel. Ce dernier l'accepte très mal, au point de se brouiller avec son père.

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Tournage de Marius

En 1913, à 18 ans, il obtient son baccalauréat de philosophie et commence ses études de lettres à l'Université d'Aix-en-Provence. Le 10 février 1914, il fonde, avec quelques copains de khâgne, la revue littéraire Fortunio (qui deviendra ensuite Les Cahiers du Sud), dans laquelle il publie quelques poèmes et son premier roman, Le Mariage de Peluque. Puis, la Première Guerre mondiale éclatant, il est mobilisé au 163e régiment d'infanterie de Nice. Il est réformé en janvier 1915 pour faiblesse de constitution.

Le 2 mars 1916, il épouse Simone Collin. En novembre de la même année, il obtient sa licence de lettres et littératures vivantes (anglais). Il devient enseignant. Il écrit deux drames en vers : Catulle puis, en collaboration avec Arno-Charles Brun, Ulysse chez les Phéaciens.

En 1927, il décide de « prendre congé de l'Éducation nationale pour cause de littérature ». Dès son arrivée dans la capitale en 1922, Pagnol retrouve son ami Paul Nivoix, rédacteur à Comœdia, grâce à qui il pénètre le milieu des jeunes écrivains et du théâtre moderne, et se risque à signer en 1924, sous le pseudonyme de Castro, un vaudeville composé avec Nivoix, Tonton (ou Joseph veut rester pur), qui à son grand étonnement remporte un petit succès au théâtre des Variétés, ce qui encourage les deux novices à persister et écrire leur première pièce de théâtre, Les Marchands de gloire. Représentée en 1925 au théâtre de la Madeleine, cette brillante satire du patriotisme est cependant boudée par le public, de même que sa deuxième pièce, Jazz, donnée en 1926 au théâtre des Arts. Mais Topaze, satire de l'arrivisme jouée au théâtre des Variétés en 1928, connaît un grand succès (plus de huit cents représentations à Paris).

La nostalgie de Marseille qu'il éprouve à Paris l'incite à écrire une pièce marseillaise, et son entourage l'en dissuade aussitôt. Le 9 mars 1929, Marius, pièce en quatre actes et six tableaux, est créée au théâtre de Paris avec Raimu dans le rôle de César. C'est le triomphe universel pour les deux provençaux exilés qui, tout en s'apportant mutuellement la gloire et la célébrité, se lieront à vie d'une amitié aussi orageuse que sincère.

Séparé de Simone Collin depuis 1926, il rencontre la jeune danseuse anglaise Kitty Murphy. De leur union naît Jacques Pagnol en 1930, qui deviendra son assistant après la guerre, puis caméraman pour France 3 Marseille.

 L'année 1929 est décisive pour sa carrière : il assiste à Londres à la projection d'un des premiers films parlants, Broadway Melody et en est si bouleversé qu'il décide de se consacrer au cinéma. 

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Académicien

Pagnol fait la connaissance du directeur de la succursale française de la firme Paramount, Bob Kane, qui lui propose d'acheter les droits de sa pièce Marius. Pagnol refuse, mais accepte de se contenter d'un simple pourcentage sur les recettes à condition que le film soit tourné avec tous les comédiens de la troupe théâtrale et sous sa direction. Kane finit par accepter au début de 1931 mais exige un réalisateur américain. Ce sera Alexander Korda. Sorti le 10 octobre 1931, Marius est l'un des premiers films à succès du cinéma parlant français. Les recettes sont colossales, y compris à l'étranger. Pressé par le public d'en écrire la suite, Fanny, pièce en trois actes et quatre tableaux, est créée sur scène en décembre 1931 au théâtre de Paris. C'est le deuxième volet de ce qui deviendra la célèbre trilogie marseillaise, dont l'action se passe dans l'ambiance légendaire du Bar de la Marine, sur le vieux port de Marseille. L'adaptation cinématographique, réalisée par Marc Allégret, sort le 2 novembre 1932.

Le 28 juillet 1932, son frère Paul meurt à l'âge de 34 ans (il était épileptique). 

Devant le succès de Marius, la Paramount a fait l'acquisition début 1932 des droits d'adaptation de sa pièce Topaze, confiés au réalisateur Louis Gasnier. Pagnol réussit à participer au tournage mais s'estime dépossédé de son œuvre (il tournera plus tard lui-même deux autres versions de Topaze en 1936 et en 1950). Désormais devenu très riche, il décide de devenir producteur et fonde au printemps 1932 à Paris sa propre société de production. Il installe ses studios à Boulogne-Billancourt au bord de la Seine et à Marseille.

En 1934, il achète, dans les collines au-dessus du village de La Treille où, enfant, il passait ses vacances, un domaine de vingt-quatre hectares (plus tard agrandi à quarante), dans l'idée d'en faire son « Hollywood provençal ». Il y tourne désormais lui-même ses films. Son premier film en tant que réalisateur est Le Gendre de Monsieur Poirier en 1933, suivi de Jofroi en 1933, etc. Il fait jouer les plus grands acteurs français de l'époque Raimu, Pierre Fresnay, Fernandel, amis avec qui il joue à la pétanque entre deux scènes.

Il vit désormais avec Orane Demazis, actrice, ils ont un fils en 1933, Jean-Pierre Burgart, car Pagnol ne le reconnaît pas. Puis, en 1936, Yvonne Pouperon, sa nouvelle collaboratrice des bureaux de la rue Fortuny à Paris, met au monde une fille, Francine Pagnol. C'est l'année où il fonde la revue Les Cahiers du film, avant de diriger sa propre maison d'édition en 1937.

En 1941, pour réaliser son « ambition de construire, sous le ciel de Provence, la Cité du Cinéma », il fait, sans l'avoir vu, l'acquisition du château de la Buzine avec quelques hectares de prairies au bord du canal. C'est en visitant son domaine huit jours plus tard, qu'il reconnaît « l'affreux château, celui de la peur de ma mère » (Le Château de ma mère) : sa mère s’était évanouie lorsque la famille traversait clandestinement la propriété pour rejoindre la Bastide neuve, un garde les avait surpris et leur avait fait faire demi-tour.

Mais la Seconde Guerre mondiale fait rage ; Pagnol doit interrompre ses tournages et vendre ses studios à la Gaumont, tout en restant directeur de production. Ceci lui permet de se dérober aux pressions d'Alfred Greven, président de la Continentale (société de production française à capitaux allemands), qui veut lui faire réaliser du cinéma de propagande nazie. En tant que directeur de production des Films Marcel Pagnol il produit, en novembre-décembre 1941, le documentaire Français, vous avez la mémoire courte !, apologie du maréchal Pétain, commandé par le Secrétariat général à l'Information et à la Propagande du régime de Vichy.  

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Avec Jacqueline

Le divorce d'avec Simone Collin à peine prononcé, Marcel vit avec l'actrice Josette Day, rencontrée en janvier 1939. Leur liaison ne dure que le temps de leur refuge en zone libre, jusqu'à la fin de la guerre.  

Il acquiert en 1942 le Domaine de l'Étoile à La Gaude, où il réemploie le personnel de ses studios comme ouvriers horticoles pour la culture d'œillets, afin de leur éviter le Service du travail obligatoire en Allemagne.   

En 1945, il épouse l'actrice Jacqueline Bouvier, rencontrée en août 1938, qui sera jusqu'à sa mort son « brin de poésie et de tendresse ». Elle tourne dans cinq de ses films et ils auront deux enfants, Frédéric en 1946 et Estelle en 1951.

Âgé de 51 ans, il est l’une des six personnes élues le 4 avril 1946 à l'Académie française lors de la deuxième élection groupée de cette année visant à combler les très nombreuses places vacantes laissées par la période de l'Occupation. Il devient le premier cinéaste reçu sous la coupole. 

En 1948, il tourne, avec Tino Rossi, La Belle Meunière, « premier film français en couleur réalisé en France par des Français avec un procédé français » (le Rouxcolor). C'est un échec retentissant et une perte financière de cinquante millions de francs pour Pagnol. En 1950, il écrit le scénario d'une version modernisée de la nouvelle de Maupassant, Le Rosier de Mme Husson, avec Bourvil, acteur alors débutant, dans le rôle d’Isidore. Le film, mis en scène par Jean Boyer, très mal accueilli par la critique, connaît cependant un succès commercial.

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Jacqueline et Fernandel dans Manon des Sources

Pagnol prend sa vraie revanche deux ans plus tard, en 1951, avec la troisième version de Topaze, un grand succès unanimement salué par la critique.

En 1951, poursuivi par le fisc, il s'installe à Monte-Carlo dans une somptueuse villa du XIXe siècle en bord de mer, La Lestra, auprès de son admirateur et ami le prince Rainier III. À la mort de sa fille Estelle, âgée de trois ans, il fuit l'endroit en 1954, pour revenir à Paris dans un hôtel particulier sur l'avenue Foch, se rapprochant de ses bureaux de la rue Fortuny.

Toujours en 1951, Pagnol achève le scénario de Manon des sources. Le film, qu'il tourne à La Treille, sort en janvier 1953 avec un accueil mitigé. Toujours très actif dans le domaine du cinéma, il signe la même année l'adaptation et les dialogues du vaudeville Carnaval, mis en scène par Henri Verneuil, et se lance dans ce qui sera sa dernière œuvre pour le cinéma, Les Lettres de mon moulin.  

En 1955, à 60 ans, il préside le 8e Festival du Film de Cannes. Il fait également jouer au festival d'Angers sa traduction d’Hamlet de William Shakespeare avec Jacqueline Pagnol et Serge Reggiani. Puis, le 6 octobre, il fait donner au théâtre de Paris sa tragédie en cinq actes Judas. L'éclairage nouveau, voire d'avant-garde, du personnage, tant il se rapproche de l’Évangile de Judas, est mal perçu par l'ensemble des confessions. L'accueil tout aussi froid réservé à Fabien, comédie en quatre actes qui sort quelques mois plus tard, inciteront Pagnol à mettre un terme à son activité d'auteur dramatique, comme il l'avait déjà fait pour sa carrière de cinéaste.

Naissance du romancier

En 1957, il commence la rédaction de ses Souvenirs d'enfance avec La Gloire de mon père, premier tome qui connaît un immense succès. Le deuxième tome, Le Château de ma mère, en 1958, s'inscrit en tête du classement des meilleures ventes de l'année.

Suivent en 1960, Le Temps des secrets (Le Temps des amours, inachevé, sera publié en 1977 après sa mort), puis en 1962, L'Eau des collines, une version romancée en deux tomes, Jean de Florette et Manon des Sources, de son film de 1951. En 1965, passionné par cette énigme historique, il publie à son compte Le Masque de fer, remanié en 1973 sous le titre Le Secret du masque de fer.

En 1967, il tourne pour la télévision un conte d’Alphonse Daudet, Le Curé de Cucugnan, qui sera diffusé le jour de Noël 1968.

Marcel Pagnol meurt le 18 avril 1974, à l'âge de 79 ans, dans sa maison de l'avenue Foch à Paris. 

Romans, nouvelles et essais

  • 1921 : La Petite Fille aux yeux sombres, roman 
  • 1921 : Le Mariage de Peluque, roman 
  • 1922 : L'Infâme Truc, nouvelle 
  • 1932 : Le Mariage de Peluque, roman
  • 1947 : Notes sur le Rire, essai
  • 1949 : Critique des Critiques, essai
  • 1957 : La Gloire de mon père, roman autobiographique
  • 1958 : Le Château de ma mère, roman autobiographique
  • 1960 : Le Temps des secrets, roman
  • 1961 : Ambrogiani (l'homme et le peintre)
  • 1963 : L'Eau des collines, roman en deux parties : Jean de Florette, Manon des sources,
  • 1965 : Le Masque de fer, essai historique
  • 1968 : Les Sermons de Marcel Pagnol, recueil 
  • 1977 : Le Temps des amours (Souvenirs d'enfance inachevé IV), roman autobiographique
  • 1977 : Les Secrets de Dieu, nouvelle
  • 1981 : Confidences, essai et préfaces sur le théâtre et le cinéma, 
  • 1984 : L'Infâme Truc et autres nouvelles, recueil d'œuvres posthumes
  • 1986 : Les Inédits de Marcel Pagnol, textes divers écrits entre 1940 et 1960, rassemblés par son fils Frédéric.

Il a aussi écrit de nombreuses pièces de théâtre.

D'après Wikipédia

 

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15 avril 2018

*** CENT ANS DE SOLITUDE - GABRIEL GARCIA MARQUEZ

Incroyable, dingue, un chef-d'oeuvre. Mais à relire plusieurs fois pour en saisir toute la substantifique moelle tant il fourmille de personnages et d'anecdotes, qui ont un rapport au temps plus ou moins fantaisiste...

INCIPIT

Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'emmena faire connaissance avec la glace.

01

RESUME

Cent Ans de solitude relate l'histoire de la famille Buendia sur six générations, dans le village imaginaire de Macondo. Ce village est fondé par plusieurs familles, conduites par José Arcadio Buendia et Ursula Iguarán, un couple de cousins qui se marient, pleins d'appréhension et de craintes dues à leur parenté et au mythe existant dans la région, qui dit que leur descendance pourrait naître avec une queue de cochon. Malgré cela, ils ont trois enfants : Arcadio, Aureliano et Amaranta (prénoms qui se répèteront aux générations suivantes, ce qui ne nous simplifie pas la vie...) ; ainsi que Rebecca, orpheline, qu'ils adoptent. José Arcadio se passionne pour les nouveautés qu'apportent les gitans au village, et tente lui aussi diverses expériences. Devenu fou, il termine sa vie attaché à un arbre où arrive le fantôme de son ennemi, Prudencio Aguilar avec lequel il dialogue. Acculés à vivre cent ans de solitude par la prophétie du gitan Melquíades, les Buendía vont traverser les guerres, les massacres et les conflits propres à l'histoire colombienne et connaître à la fois la grandeur et la décadence.

MON AVIS

J'avais lu ce livre il y a longtemps. Il m'avait marquée et je l'ai relu avec plaisir. Garcia Marquez, c'est l'illustration même de la littérature sud-américaine, foisonnante, dense, avec d'innombrables personnages et de multiples digressions, le tout teinté d'onirisme, de fantastique, de symbolique, de poésie et de drôlerie. Il faut un sacré talent pour combiner tout ça !

Le style est tout aussi foufou, avec des phrases qui font parfois plus d'une page ! C'est un livre qui mérite une lecture studieuse, on est parfois obligé de revenir en arrière si l'on s'est un peu déconcentré... Je dirais même plus : il faudrait lire le roman plusieurs fois, il est tellement riche et si dense que, j'en suis sûre, de nouvelles lectures feront découvrir des passages qu'on avait survolés. D'autant que la similarité des noms d'une génération à l'autre et les multiples allées et venues à travers le temps compliquent bien l'affaire. Mais c'est beau, chaque scène est magnifique de poésie ou au contraire de réalité sordide, et même si on n'arrive pas toujours à les relier les unes aux autres, pour les raisons évoquées ci-dessus, on lit avec passion. C'est comme une succession de sketches merveilleux dont - je me répète - une seconde, voire une troisième lecture, permettra de comprendre l'entière cohérence. Cent ans de solitude... c'est l'affaire d'une vie ! Parfois j'ai eu envie de prendre des notes pour positionner les personnages et leurs multiples aventures, toutes plus extraordinaires les unes que les autres, dans le temps et dans l'espace. Puis je me suis dit qu'il valait mieux que mon cerveau classe ça dans des cases et que tout se révélerait une autre fois...

Et puis encore une grosse moisson de vocabulaire !

La structure est incroyable : pendant toute la lecture, on se dit que ce village est vraiment étrange, que les personnages sont poursuivis par le malheur, le manque d'amour, des perversions diverses et variées, la solitude, l'issue finale, mais ce n'est que dans les toutes dernières pages que l'on apprend la malédiction de Melquiades ! Et du coup, on a envie de revenir au début : mais, au fait, pourquoi donc les a-t-il maudits de la sorte ?

Mon personnage préféré est celui de Rebecca, la petite orpheline, qui suce son pouce et se balance dans son fauteuil à bascule, qui mange de la terre et trimballe partout un sac qui contient les os de ses parents...

02

Ce livre est tellement incroyable et impressionnant que je vais faire une sorte d'arbre généalogique en reprenant les personnages les uns après les autres. Je vous mettrai une copie quand j'aurai fini ! J'en ai déjà vu quelques uns sur internet (comme quoi... il n'y a pas que moi qui essaie de démêler les filiations de cette bizarre famille) mais ils ne m'ont pas convaincue du tout...

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Cent ans de solitude (titre original : Cien años de soledad) est rédigé en 1965 au Mexique, où l'écrivain vit avec sa famille, et publié deux ans plus tard, à Buenos Aires, en Argentine. L'ouvrage, défini par la critique comme le chef-d'œuvre de son auteur, est souvent classé parmi les plus grands romans du XXe siècle et a été traduit en 35 langues. Il a permis à García Márquez d'entrer, de son vivant dans la liste des 100 meilleurs livres de tous les temps en 2002. 

C'est l'une des œuvres hispanophones les plus lues et traduites actuellement. Cent ans de solitude est cité comme le texte le plus représentatif du réalisme magique, courant esthétique d'origine européenne et picturale, définitivement associé au boom de la littérature latino-américaine à partir des années 1960. Le réalisme magique qu'expérimente García Márquez fait coexister divers genres littéraires et juxtapose, de manière ludique, cadre historique et géographique avéré, références socio-culturelles vraisemblables et motifs surnaturels. Cent ans de solitude ouvre une nouvelle voie dans la littérature mondiale par son souhait de transfigurer la réalité par l'allégorie et l'imaginaire. Comme l'explique l'auteur à son biographe Gerald Martin, il s'agit de faire en sorte que « les choses les plus effrayantes, les plus inhabituelles soient dites avec la plus grande impassibilité ».

L'idée originelle de cette œuvre surgit en 1952 lors d'un voyage que réalise l'auteur dans son village natal, Aracataca (Colombie), en compagnie de sa mère. Dans le conte Un jour après le samedi, publié en 1954, il fait référence à Macondo pour la première fois, et plusieurs des personnages de cette œuvre apparaissent dans certains de ses contes et de ses romans antérieurs. Pour survivre durant le temps d'écriture, il est contraint de vendre sa voiture et son épouse Mercedes Barcha doit acheter le pain et la viande à crédit. Le couple accumule neuf mois de retard de loyer. Encouragé par ses proches, convaincus du chef-d'œuvre en devenir, il écrit toute la journée après avoir accompagné ses enfants à l'école, fume énormément et écoute Béla Bartók, Claude Debussy et les Beatles. Pour l'envoi du tapuscrit à l'éditeur argentin, l’écrivain se rend avec sa femme à la poste mais le colis coûte 82 pesos. Ils n'envoient donc qu'une moitié du texte original et vendent leur radiateur, leur sèche-cheveux et leur mixeur pour expédier l'autre moitié.  

La solitude

Tout au long du roman, tous les personnages semblent prédestinés à souffrir de la solitude comme une caractéristique innée à la famille Buendia. Le village même vit isolé de la modernité, toujours en attente de l'arrivée des gitans qui amènent les nouvelles inventions ; et l'oubli, fréquent dans les événements tragiques récurrents dans l'histoire.

Le colonel Aureliano Buendia s'en va à la guerre en laissant des enfants de mères différentes à divers endroits. À certaines occasions, il demande que l'on trace un cercle de trois mètres autour de lui pour éviter qu'on l'approche. Il passe sa vieillesse dans le laboratoire d'alchimie à fabriquer des petits poissons en or qu'il défait et refait dans un pacte d'honneur avec la solitude. José Arcadio Buendia meurt seul sous un arbre, Ursula vit la solitude dans la cécité, José Arcadio et Rebeca s'en vont habiter seuls dans une autre maison) Amaranta reste célibataire...

Une des raisons primordiales pour laquelle ils finissent seuls et frustrés est leur incapacité à aimer.  

03

La réalité et la fiction (ou réalisme magique)

Déçu par la dimension purement réaliste de ses premiers textes, García Márquez tente une approche plus singulière dans Cent ans de solitude. Sur l'exemple du Tambour de l'Allemand Günter Grass, la narration présente des événements fantastiques ou merveilleux dans le quotidien. Ces motifs irrationnels n'apparaissent jamais anormaux aux yeux des personnages, contrairement aux codes habituels de la littérature fantastique. Ils invitent le lecteur à entrer dans un monde subjectif et spirituel dans lequel les situations les plus invraisemblables paraissent à la fois possibles et banales.

L'inceste

Les relations entre parents s'inscrivent dans le mythe de la naissance d'un enfant avec une queue de cochon ; malgré cela, elles sont présentes entre plusieurs membres de la famille et plusieurs générations. L'histoire commence avec une relation entre deux cousins : José Arcadio et Ursula. Postérieurement, Arcadio se marie avec Rebeca (fille adoptive), représentation d'une relation entre frères. Aureliano José vit la frustration en tombant amoureux de sa tante Amaranta ; il va jusqu'à la demander en mariage, mais celle-ci refuse. Finalement, il y a la relation entre Amaranta Ursula et son neveu, Aureliano Babilonia, qui ne connaissent pas leur lien de parenté étant donné que Fernanda del Carpio, grand-mère d'Aureliano, lui a caché ses véritables origines.

Cette dernière relation – seule véritable relation d'amour dans le récit – est, paradoxalement, la cause de la disparition de la lignée Buendia, prédite dans les parchemins de Melquiades.

Références bibliques

Une autre particularité très intéressante de ce livre est l'association du surnaturel avec un certain nombre de fragments de la Bible et de la tradition catholique, comme son évolution depuis la création de Macondo (Genèse) jusqu'à sa destruction par des "vents babyloniens" (Apocalypse). On fait référence par la similitude du récit à des faits aussi remarquables que l'Assomption de la vierge Marie avec l'élévation de Remedios, à l'Exode avec la traversée réalisée par la famille fondatrice depuis la Guajira dans la montagne jusqu'à arriver au marécage, au Déluge à travers les pluies qui assiègent Macondo durant cinq ans, aux plaies d'Égypte quand la population souffre d'insomnie et d'amnésie et au péché originel avec la crainte du châtiment pour l'inceste. Par ailleurs, le meurtre de Prudencio Aguilar commis par José Arcadio Buendia, peut être conçu comme une relecture biblique du mythe de Caïn.

Il est aussi fait référence à l'Église Catholique quand le Père Nicanor Reyna arrive à Macondo pour célébrer le mariage entre Aureliano et Remedios et découvre que le village vit dans le péché, assujetti à la loi naturelle, sans baptême pour les enfants, ni sanctification des fêtes, et il décide de rester pour les évangéliser. Lorsque le temple du village est construit, il attire les fidèles par des exhibitions de lévitation. José Arcadio (fils d'Aureliano Le Second et de Fernanda del Carpio) est envoyé à Rome, car ils veulent en faire un Pape. Il est aussi à noter que la religion peut être conçue comme le lieu de la perdition : c'est en allant se confesser que José Arcadio Le Second apprend l'existence de la zoophilie, et c'est en suivant le sacristain qu'il y est initié...

Temps et espace

Le récit se situe dans le village de Macondo, un lieu fictif qui reflète un grand nombre des coutumes et anecdotes vécues par Garcia Marquez durant son enfance et sa jeunesse dans le village d'Aracataca, en Colombie. Le temps, à la fois éternel, linéaire et cyclique, et une prose rythmique proche de la tradition orale, donnent au roman un caractère distinct du mythe caché mais élaborent un style proche du conte ou de la fable allégorique, mêlant l'histoire réelle et l'irrationnel fictif, ce qui a amené les critiques de ce texte à le considérer comme l'une des œuvres fondatrices du courant littéraire plus connu sous le nom de "réalisme magique".

04

Situation géographique

Les références géographiques cadrent avec n'importe quelle côte des Caraïbes colombiennes, faisant référence à la montagne et aux marécages. Par rapprochement, on peut supposer qu'il s'agit de la Ciénaga Grande de Santa Marta et de la Sierra Nevada de Santa Marta, lieux qui se situent géographiquement entre les municipalités de Ciénaga (Magdalena) et Aracataca (village d'origine de l'auteur).

Temps historique

Dans l'histoire colombienne, Cent ans de solitude peut être situé entre la moitié du XIXe siècle et la moitié du XXe, époque clairement connue pour les guerres civiles durant lesquelles s'affrontèrent les jeunes partis libéral et conservateur qui débattaient les idéologies du régime fédéraliste et centraliste dans le pays. Durant la Regeneración, le président Rafael Núñez promeut la constitution de 1886, laquelle établit un régime centraliste principalement politique et économique, faisant naître la république conservatrice (qui se prolonge jusqu'en 1930). Comme principal détracteur, il a Rafael Uribe Uribe, qui dirigera la guerre civile de 1895 et la Guerre des Mille Jours entre 1899 et 1902, laquelle se termine avec la signature des traités de paix de Neerlandia et Wisconsin.

En 1906, on construit le chemin de fer sur la côte atlantique colombienne, reliant Santa Marta et la Ciénaga (Magdalena) et alors s'établit dans le pays la compagnie United Fruit Company pour l'exploitation bananière, situation qui provoque un développement rapide de la région. Le traitement inhumain des travailleurs obligea à organiser une grève en novembre 1928 qui déclencha les événements connus comme le massacre des bananeraies.

Temps cyclique

Bien qu'elle soit située dans un cadre historique reconnaissable, l'histoire paraît statique puisque les événements se répètent de manière cyclique encore et encore. Les personnages qui apparaissent au début de l'œuvre, sont réincarnés dans d'autres personnages qui ont le même nom et la même personnalité. Cette même caractéristique se présente dans d'autres situations comme les relations incestueuses et les destins solitaires des protagonistes, en un cercle vicieux qui se termine seulement quand le village entre en décadence et lorsqu'arrive la fin de la famille Buendia.

Portée de l'œuvre

Ce roman continue à être pris comme modèle par des romanciers importants du XXe siècle et du XXIe siècle à l'instar de Salman Rushdie. En effet, l'écrivain indo-britannique confesse dans son recueil d'essais Imaginary Homelands son admiration pour ce texte. Par ailleurs, dans son roman Les Enfants de minuit, il en fait une relecture : ainsi, le thème de l'inceste y est repris, ainsi que certains personnages. Par exemple, Amaranta, vieille fille et amère, trouve des échos dans le personnage d'Alia, la sœur aînée de Mumtaz et la tante de Saleem. The Reverend Mother, figure matriarcale d'importance, évoque Ursula… Les Versets sataniques porte également à sa manière l'empreinte de Cent ans de solitude.

De même, l'Américaine Toni Morrison, le Portugais José Saramago, le Sud-Africain J.M. Coetzee, le Turc Orhan Pamuk et le Chinois Mo Yan, reconnaissent volontiers l'influence de García Márquez en général et de ce roman en particulier sur leur création littéraire. Ils en tirent un art du conte original en écho au réalisme magique, une recherche esthétique singulière et une manière de lire le réel et l'histoire qui rejette un réalisme exclusi. L'utilisation personnelle que chacun fait du réalisme magique s'adapte en tout point à la culture et au contexte du pays d'origine avec toutefois des variantes stylistiques. À noter que tous ces auteurs ont reçu, après García Márquez, le prix Nobel de littérature...

Dans un tout autre registre, Bill Clinton, élu président des États-Unis en 1992, a affirmé que Cent ans de Solitude était son roman favori et a levé l'interdiction de séjour sur le sol américain de García Márquez, considéré comme élément perturbateur en raison de son amitié avec Fidel Castro et de sa sympathie pour les causes révolutionnaires latino-américaines.

05

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

Malanga : Tubercule d'une plante originaire du nord de l'Amérique du Sud et des Antilles, le malanga pousse dans les régions tropicales et subtropicales. C'est un aliment de base dans les Antilles et dans toutes les colonies hispaniques tropicales.

AthanorGrand alambic utilisé par les alchimistes pour leurs décoctions; fourneau à combustion lente.

Marigot : Un marigot est une petite étendue d'eau fermée – une mare –, souvent dépourvue d'eau pendant la saison sèche. Il peut s'agir d'un étang permanent ou alors de bras d'eau d'une rivière qui se transforment progressivement en petites mares, se réduisent et disparaissent parfois.

FagotinBouffon, mauvais plaisant.

SpartNom (masculin) donné à diverses herbes comme l'alfa ou le lygeum spartum. Les fibres extraites des feuilles résistantes de ces graminées sont utilisées comme matériau. Elles servent notamment à la fabrication de sparterie, de cordages, de semelle des espadrilles traditionnelles et de papiers d'imprimerie.

Eau régaleL'eau régale est utilisée dans la production d'acide chloraurique, utilisé pour le raffinage d'or de très grande pureté.(99,999%). L'eau régale est aussi utilisée comme agent de gravure, pour certaines analyses chimiques et dans certains laboratoires pour nettoyer la verrerie des composés organiques et des particules de métal.

ScapulaireLe terme scapulaire (du latin scapula, épaule) désigne deux sacramentaux chrétiens : le scapulaire monastique et le scapulaire de dévotion. Le « scapulaire monastique » est apparu le premier, aux environs du VIIe siècle dans l'Ordre de Saint-Benoît. Le tissu est un peu plus large que les vêtements, il est composé d'un grand morceau de tissu à l'avant et à l'arrière, joint sur les épaules par deux bandes de tissu. Il peut varier en forme, en couleur, taille et style. Le « scapulaire de dévotion » est un objet beaucoup plus petit, et peut être porté par des personnes qui ne sont pas membres d'un ordre monastique. Il se compose généralement de deux petits morceaux (généralement rectangulaires) de tissu, de bois ou de papier plastifié, de quelques centimètres de taille, qui peuvent porter des images ou des textes religieux, des prières. Ils sont rejoints par deux bandes de tissu ou des liens de tissu ; on les porte soit comme un collier, en ramenant les deux rectangles sur la poitrine ; ou bien on en met un devant et un derrière.  

Nitre : Le nitre, autrefois nommé salpêtre ou sel de pierre, est un minéral.

Corrégidor : Les corrégidors sont des fonctionnaires royaux espagnols. Leur fonction s'est développée durant le règne des Rois Catholiques même si cette institution fut créée vers 1348. Ces fonctionnaires sont les représentants du pouvoir royal dans des petites villes ou villages, mais ils ont aussi un rôle de contrôleur lors des procès organisés dans leurs juridictions.

Escopette : Fusil qu'on portait en bandoulière et qui avait la forme d'une arquebuse.

Tringle : Désigne une tige de transmission de la force mécanique.

Clepsydre : La clepsydre est un instrument à eau qui permet de définir la durée d'un évènement, la durée d'un discours par exemple. On contraint la durée de l’évènement au temps de vidage d'une cuve contenant de l'eau qui s'écoule par un petit orifice. Dans l'exemple du discours, l'orateur doit s'arrêter quand le récipient est vide. La durée visualisée par ce moyen est indépendante d'un débit régulier du liquide ; le récipient peut avoir n'importe quelle forme.

Encyclique : Lettre adressée par le pape à tous les évêques, et parfois également à l'ensemble des fidèles. C'est une lettre « circulaire ».

LaisseLa laisse de mer est l'accumulation par la mer de débris naturels (coquillages, tests d'oursin, algues arrachées, éponges, os de seiche ou de calmar, œufs d'animaux marins, mues de crustacés, tubes calcaires de vers marins, méduses échouées, bois mort, etc.) ou d'origine humaine, drossés à la limite supérieure du flot au gré des vagues, de la houle ou des tempêtes.

06

Sophistique : La sophistique désigne à la fois le mouvement de pensée issu des sophistes qui s'est développé à l'époque de Socrate, mais aussi le développement de la réflexion et de l'enseignement rhétorique, en principe à partir du IVe siècle av. J.-C., en pratique à partir du IIe siècle dans l'Empire romain. 

ChaudeauLe chaudeau ou chodo (spécialité de la Guadeloupe) est un mélange d'œuf, de lait, de vanille, de citron vert, de muscade. Il est servi lors des mariages, des communions et des baptêmes. Il est accompagné d'un gâteau. Il est servi tiède ou bien chaud.

Bissac : Sac à deux poches et ouverture centrale.

Fermaux : Agrafe, fermoir.

Sinapisme : Le sinapisme est un dérivé du cataplasme nécessitant un temps de préparation moindre que ce dernier. Il est utilisé en application sur le haut de la poitrine afin de dégager les bronches. Son constituant de base est la farine de moutarde.

Cussonné : Piqué par les vers, en parlant du bois.

Totumo : Arbre cultivé pour ses qualités ornementales. On le trouve dans les régions tropicales sud-américaines. Le totumo donne des fruits sphériques dont la consistance est dure. Les Indiens utilisaient ce fruit pour le transport de l'eau de la rivière, pour sa capacité à conserver le goût des aliments et également comme récipients domestiques, et aussi comme instrument de musique. La pulpe du fruit est extraite pour en faire un sirop, contre les maladies broncho-respiratoires, les ulcères ou les maladies du sang.  

Troussequin : Partie postérieure relevée de l'arçon de la selle.

EmpanL'empan est une unité de longueur ancienne. Elle a comme base la largeur d'une main ouverte, du bout du pouce jusqu'au bout du petit doigt, soit environ 20 cm.

Renégat : Personne qui renie ses opinions, sa religion, sa patrie ou son parti.

MiserereMiserere (en français : « aie pitié ») est le nom commun donné au Psaume 50, dont le premier vers est : Miserere mei, Deus: secundum magnam misericordiam tuam (traduction : « Ô Dieu ! aie pitié de moi dans ta grande bonté »).

Pandemonium : Capitale imaginaire des Enfers où Satan invoque le conseil des démons. Depuis, ce mot est également utilisé pour désigner un lieu où règnent corruption, chaos et décadence.

Apologétique : L'apologétique est un champ d'études théologique ou littéraire consistant à défendre de façon cohérente une position.

Houseaux : Pantalon de paysan.

AmphitryonDans la mythologie grecque, Amphitryon est le fils du roi de Tirynthe Alcée, l’époux d’Alcmène et le père d’Iphiclès. Amphitryon incarne, dans une comédie de Molière inspirée de Plaute, la figure pathétique du mari trompé. Cette œuvre a également inspiré un sens courant au mot, puisque le terme d’« amphitryon » désigne, dans un niveau de langage soutenu, l’hôte qui offre à dîner.

Proboscidien : Du grec proboskis qui signifie « trompe », ordre de mammifères caractérisés par celle-ci. Ils ne sont représentés à l'heure actuelle que par les éléphants.

Ecanguer :  Broyer le chanvre ou le lin pour en détacher la paille.

Balandre : Grand bateau à fond plat.

Urubus : Petit vautour d'Amérique tropicale, au plumage noir, très répandu dans les agglomérations où il se nourrit de charognes et d'immondices.

Viatique : Sacrement de l'eucharistie administré à un mourant. Argent, provisions de route donné(es) à quelqu'un, notamment à un religieux, pour voyager.

Velvantine : Velours de coton uni, à reflets soyeux.

Sassafras : Arbre qui pousse en Asie, Amérique du Nord et du Sud. L'une de ses espèces, Sassafras albidum, est utilisée comme épice et pour épaissir les sauces. Également connu sous le nom de laurier des Iroquois, il est utilisé pour ses propriétés antiseptiques par certaines tribus.

Alose : Poisson migrateur qui comprend la sardine et le hareng, notamment.

Herméneutique : Qui concerne, qui a pour objet l'interprétation des textes religieux ou philosophiques, en particulier des Écritures saintes. Théorie, science de l'interprétation des signes, de leur valeur symbolique.

Calomel : Poudre blanche utilisée notamment comme purgatif et comme vermifuge.

Rocou : Colorant naturel, pigment végétal caroténoïde extrait du rocouyer.

Trélinguer : En marine, raidir la voilure en attachant par des cordage les bas haubans de bâbord avec les bas haubans de tribord

Madrer : Marbrer, veiner

Maillechort : Alliage de cuivre, de zinc et de nickel, très dur et ayant de la ressemblance avec l’argent.

Dolman :  Veste portée sur les épaules retenue par un cordon seulement, puis ajustée à la taille et pourvue de brandebourgs que portaient certains corps de cavalerie et d’artillerie, en particulier, les hussards.

Varron : Larve de l'hypoderme, mouche parasite de la peau des ruminants.

Orémus : Prière, oraison.

Papion : Genre de singes cynocéphales, dont le babouin est une espèce.

PessaireInstrument dont on se sert dans le traitement de certaines affections de la matrice. Obturateur du col de l’utérus dont les femmes se servaient dans la contraception.

Damasquiné : Incrusté de petits filets d’or ou d’argent, en parlant d’objets en fer ou en acier.

Poussier : Menu charbon ou poussière de charbon qui demeure au fond d’un bateau, d’un sac, d’un coffre, d’un seau à charbon.

Zapatéado : Danse traditionnelle espagnole très rythmée caractérisée par le claquement des talons sur le sol.

Saturnale :  Moment de licence, de désordre.

Rapetasser :  Raccommoder grossièrement de vieux vêtements, de vieux meubles ou des chaussures, y mettre des pièces.

Eclissé : Muni d'attelles.

Cabasset : Sorte de casque.

Muriatique : Chlorydrique.

Lévites : Membres de la tribu sacerdotale de Lévi voués au service du temple pour remplir des offices annexes au culte, sans avoir accès à l'autel. Loi lévitique : Ensemble des prescriptions de Moïse sur les fonctions sacerdotales. 

Butor : Oiseau échassier de l'ordre des ardéidés au plumage brun tacheté et aux formes ramassées (cf. héron). Personne lourde, stupide, grossière.

Incunable : (Ouvrage) qui date des premiers temps de l'imprimerie (avant 1500).

Organsin : Fil de soie composé de deux ou trois brins de soie grège qui ont été tordus individuellement de droite à gauche sur un moulin et que l'on remet une seconde fois ensemble au moulinage afin de leur faire subir une torsion de gauche à droite destinée à en faire un seul fil servant à former la chaîne des étoffes ordinaires.

Lacédémonien : Qui est caractéristique de Lacédémone et de ses habitants (réputés pour leur concision, leur austérité et leur frugalité).

07

MES EXTRAITS FAVORIS

C'étaient de nouveaux gitans.  De jeunes hommes et de jeunes femmes qui ne parlaient que leur propre langue, spécimens splendides, à la peau huilée, aux mains pensives, dont les danses et les musiques semèrent par les rues, une si folle allégresse qu'on eût dit le village en émeute, avec leurs perroquets bariolés qui récitaient des romances italiennes, et la poule qui pondait un cent d'oeufs en or au son du tambourin, et le fagotin qui devinait ce qu'on avait en tête, et la machine à tout faire qui servait en même temps à coudre les boutons et à calmer la fièvre, et l'appareil à oublier les mauvais souvenirs, et l'emplâtre pour passer son temps à ne rien faire, et un millier d'autres inventions, si ingénieuses et insolites que José Arcadio Buendia aurait voulu inventer une machine à se souvenir de tout pour pouvoir n'en oublier aucune.

***

Folle de désespoir, Rebecca se leva au milieu de la nuit et s'en alla au jardin manger des poignées de terre avec avidité, à s'en faire mourir, pleurant de douleur et de rage, mastiquant la chair tendre des vers et se brisant les molaires sur les coquilles d'escargots.

***

Un jour que le père Nicanor s'en vint le voir sous son châtaignier avec un damier et une boîte de jetons pour le convier à jouer aux dams avec lui, José Arcadio Buendia ne voulut point accepter car, lui dit-il, jamais il n'avait pu comprendre quel sens pouvait revêtir un combat entre deux adversaires d'accord sur les mêmes principes.

***

Dès que José Arcadio eut refermé la porte de la chambre à coucher, un coup de pistolet retentit entre les murs de la maison. Un filet de sang passa sous la porte, traversa la salle commune, sortit dans la rue, prit le plus court chemin parmi les différents trottoirs, descendit des escaliers et remonta des parapets, longea la rue aux Turcs, prit un tournant à droite, puis un autre à gauche, tourna à l'angle droit devant la maison des Buendia, passa sous la porte close, traversa le salon en rasant les murs pour ne pas tacher le tapis, poursuivit sa route par l'autre salle, décrivit une large courbe pour éviter la table de la salle à manger, entra sous la véranda aux bégonias et passa sans être vu sous la chaise d'Amaranta qui donnait une leçon d'arithmétique à Aureliano José, s'introduisit dans la réserve à grains et déboucha dans la cuisine où Ursula s'apprêtait à casser trois douzaines d'oeufs pour le pain.

- Ave Maria Très Pure ! s'écria Ursula.

***

Ils pénétrèrent dans la chambre de José Arcadio Buendia, le secouèrent de toutes leurs forces, lui crièrent à l 'oreille, lui mirent une glace devant les narines, mais ne parvinrent pas à le réveiller. Peu après, tandis que le menuisier prenait ses mesures pour le cercueil, ils virent par la fenêtre tomber une petite pluie de minuscules fleurs jaunes. Elles tombèrent toute la nuit sur le village en silencieuse averse, couvrirent les toits, s'amoncelèrent au bas des portes et suffoquèrent les bêtes dormant à la belle étoile. Il tomba tant de fleurs du ciel qu'au matin les rues étaient tapissées d'une épaisse couverture et on dut les dégager avec pelles et rateaux pour que l'enterrement pût passer.

***

L'atmosphère était si humide que les poissons auraient pu entrer par les portes et sortir par les fenêtres, naviguant dans les airs d'une pièce à l'autre.

Longue, longue, longue phrase... Dingue ! (trois pages)

Aureliano le Second ne prit conscience de cette litanie de reproches que le jour suivant, après le petit déjeuner, lorsqu'il se sentit tout étourdi par un bourdonnement qui se faisait encore entendre plus limpide et sur des notes plus hautes que la rumeur de la pluie, et ce n'était rien d'autre que Fernanda qui déambulait dans toute la maison, se plaignant qu'on l'eût éduquée comme une reine pour finir comme une bonniche dans une maison de fous, avec un mari fainéant, idolâtre, libertin, qui se couchait de tout son long en attendant que du ciel le pain lui tombât tout cuit, tandis qu'elle s'esquintait les reins à essayer de maintenir à flot un foyer retenu par des épingles à nourrice, où il y avait tant à faire, tellement de choses à supporter et à redresser, depuis que le bon Dieu faisait naître le jour jusqu'à l'heure de se coucher, qu'elle se mettait au lit les yeux remplis de poudre de verre, et, malgré tout cela, personne ne lui avait dit Bonjour, Fernanda, tu as passé une bonne nuit, Fernanda, et on ne lui avait pas davantage demandé, ne fût-ce que par déférence, pourquoi elle était si pâle et pourquoi elle se réveillait avec des cernes violets, bien qu'elle n'attendît certainement pas cela du reste de la famille qui, en fin de compte, l'avait toujours considérée comme une gêne, comme la guenille servant à prendre la marmite sans se brûler, comme un vulgaire pantin dessiné sur le  mur, et qui était toujours en train de déblatérer contre elle dans les coins, la traitant de bigote, la traitant de pharisienne, la traitant de fieffée coquine, et jusqu'à Amaranta, qu'elle repose en paix, qui avait osé dire à haute voix qu'elle était de celles qui confodent leur rectum avec la Semaine sainte, béni soit Dieu, qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre, et elle avait tout enduré sans rien dire, se pliant à la volonté du Père éternel, mais n'avait pu en supporter davantage quand ce scélarat de José Arcadio le Second avait prétendu que la perdition de la famille venait de ce qu'on eût laissé entrer à la maison une précieuse ridicule, imaginez un peu, une précieuse qui aurait voulu porter la culote, mon Dieu on aura tout vu, une précieuse fille de la mauvaise salive et de la même pâte que ces freluquets envoyés par le gouvernement pour massacrer les travailleurs, non mais dites-moi, et ne se référait ainsi à personne d'autre qu'à elle-même, filleule du duc d'Albe, dame dont le haut lignage donnait des crises de foie aux femmes des présidents, quelqu'un qui appartenait comme elle à la noblesse de sang et qui avait le droit de signer de onze patronymes de la métropole ibérique, et qui était la seule mortelle en ce village de bâtards à ne pas s'emmêler quand elle avait seize couverts différents devant elle, pour s'entendre dire après par son adultère de mari, mort de rire, qu'un si grand nombre de cuillères et de foruchettes et de couteaux et de petites cuillères ne convenait pas aus bons chrétiens mais aux mille-pattes, et la seule aussi à pouvoir dire les yeux frmés quand on devait servir le vin blanc, de quel côté et dans quelle coupe, et quand on devait servir le vin rouge, dans quelle coupe et de quel côté, et non pas comme cette paysanne d'Amaranta, qu'elle repose en paix, qi croyait que le vin blanc se servait de jour et le vin rouge le soir, et aussi la seule sur tout le littoral à pouvoir se vanter de n'avoir jamais fait ses besoins ailleurs que dans des pots de chambre en or, pour que le colonel Aureliano Buendia, qu'il repose en paix, ait eu ensuite l'audace de lui demander, avec sa mauvaise bile de franc-maçon, d'où elle avait mérité semblable privilège, si c'était qu'elle ne chait pas de la merde, mais des fleurs d'astromelia, rendez-vous compte, s'entendre dire des choses pareilles, et pour que Renata, sa propre fille, qui de manière indiscrète l'avait vue faire son gros besoin dans sa chambre à coucher, ait pu répondre qu'en vérité le pot était tout en or et en choses héraldiques, mais que ce qu'il y avait dedans était bel et bien de la merde, de la merde organique, et pire encore que les autres parce que c'était de la merde de précieuse ridicule, non mais imaginez, sa propre fille, tant et si bien qu'elle ne s'était jamais fait d'illusisons sur le restant de la famille, mais avait droit, de toute façon, d'attendre un peu plus de considération de la part de son époux, puisque pour le meilleur et pour le pire le sacrement du mariage en avait fait son conjoint, son ayant cause, son dépuceleur légal, et qu'il avait pris sur lui, en toute liberté et en toute souveraineté, la grave responsabilité de la faire sortir du vieux manoir paternel où jamais elle ne fut privée ni ne souffrit de rien, où elle tressait des palmes funéraires pour le plaisir de s'occuper, et puique son parrain lui-même avait envoyé une lettre, avec sa signature et le sceau de sa bague imprimé dans la cire à cacheter, simplement pour dire que les mains de sa filleule n'étaient pas faites pour les besognes de ce bas monde, sauf de jouer du clavecin et, malgré tout cela, son fou de mari l'avait fait sortir de chez elle avec un tas de reproches et de menaces, et l'avait ramenée jusqu'en ce chaudron d'enfer où régnait une telle chaleur qu'on ne pouvait respirer, et avant même qu'elle n'eût fini d'observer l'abstinence de Pentecôte il avait déjà filé avec ses malles transhumantes et son accordéon de fêtard, prendre du bon temps dans l'adultère avec une misérable dont il lui suffisait de voir les fesses, tant pis, ce qui est dit est dit, qu'il lui suffisait de voir remuer ses fesses de pouliche pour deviner que c'était une, que c'était une, une tout le contraire d'elle-même, elle qui savait rester une dame dans son château comme à la porcherie, à table comme au lit, une dame de haute naissance, craignant Dieu, obéissant à ses lois, soumise à ses desseins, et avec laquelle il ne pouvait évidemment pas faire ces parties de jambes-en-l'air, ni mener cette vie de va-nu-pieds qu'il connaissait avec l'autre, qui sans doute se prêtait à tout, comme les matrones française, et pis encore, en y réfléchissant bien, parce que ces dernières avaient au moins l'honnêteté de placer une petite lampe rouge à leur porte, des cochonneries pareilles, imaginez un peu, il ne manquait plus que ça, avec la bien-aimée fille unique de dona Renata Argote et don Fernando del Carpio, et plus particulièrement de celui-ci, ça va de soi, le saint homme, chrétien de la plus haute espèce, chevalier de l'Ordre du Saint-Sépulcre, faisant partie de ceux qui reçoivent directement de Dieu le privilège de se conserver intacts dans leur tombeau, la peau nette et brillante comme le satin d'une robe de fiançailles, les yeux vifs et diaphanes comme des émeraudes.

 

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13 avril 2018

ALBERT COHEN

Albert Cohen, né à Corfou, le 16 août 1895, mort à Genève le 17 octobre 1981, est un poète, écrivain et dramaturge suisse romand dont l'œuvre est fortement influencée par ses racines juives. C'était aussi un activiste politique dont l'engagement en faveur du sionisme a été profond.

Issus d'une famille de fabricants de savon, les parents d'Albert décident d'émigrer à Marseille après un pogrom, alors qu'Albert n'a que 5 ans. Ils y fondent un commerce d'œufs et d'huile d'olive. Albert commence son éducation dans un établissement privé catholique. C'est le 16 août 1905 qu'il se fait traiter de « youpin » dans la rue. Le jeune garçon court à la gare Saint-Charles. Il s'enferme dans les toilettes, faute de pouvoir s'enfuir. Sur le mur, il écrit : « Vive les Français ! ». En 1904, il entre au lycée Thiers, et en 1909, il se lie d'amitié avec un autre élève, Marcel Pagnol. En 1913, il obtient son baccalauréat.

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En 1914, Albert Cohen quitte Marseille pour Genève. Il s'inscrit à la faculté de droit de la ville en octobre. Dès lors, il s'engage en faveur du sionisme mais n'ira jamais en Israël. Il obtient sa licence en 1917 et s'inscrit à la faculté des lettres où il restera jusqu'en 1919. Cette année-là, il obtient la nationalité suisse (il était ottoman). Il tente sans succès de devenir avocat à Alexandrie. Il épouse cette même année Élisabeth Brocher. En 1921, naissance de sa fille Myriam. En 1924, sa femme meurt d'un cancer. En 1925, Albert prend la direction de la Revue juive à Paris, qui compte à son comité de rédaction Albert Einstein et Sigmund Freud. De 1926 à 1931, il occupe un poste de fonctionnaire attaché à la Division diplomatique du Bureau international du travail, à Genève. En 1931, il se marie en secondes noces avec Marianne Goss dont il divorcera.

En 1941, il propose de regrouper les personnalités politiques et intellectuelles européennes réfugiées à Londres dans un comité interallié des amis du sionisme qui aidera la cause d'un État juif, une fois la paix revenue. En effet, les dirigeants sionistes choisissent de porter tous les efforts sur le sauvetage des Juifs d'Europe quitte à sacrifier l'avenir politique. La stratégie de « propagande » de longue haleine de Cohen n'est donc plus d'actualité. De plus, avec l'entrée en guerre des États-Unis, l'Agence juive comprend que l'avenir du sionisme dépendra plus de l'Amérique que de l'Europe. Cohen est alors chargé par l'Agence juive pour la Palestine d'établir des contacts avec les gouvernements en exil. Il s'irrite vite de la méfiance de ses supérieurs de l'Agence juive. Il démissionne en janvier 1944 très déçu par la cause sioniste.

Le 10 janvier 1943, la mère de Cohen décède à Marseille. Cette même année il rencontre sa future troisième épouse, Bella Berkowich, En 1944, il devient conseiller juridique au Comité intergouvernemental pour les réfugiés dont font partie entre autres la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. Il est chargé de l'élaboration de l'accord international du 15 octobre 1946 portant sur le statut et la protection des réfugiés. En 1947, Cohen rentre à Genève. Il est directeur d'une des institutions spécialisées des Nations unies. En 1957, il refuse d'occuper le poste d'ambassadeur d'Israël, pour poursuivre son activité littéraire.

Dans les années 1970, Albert Cohen souffre de dépression nerveuse et manque de mourir d'anorexie en 1978. Cette mort qu'il attend à chaque instant depuis toujours, ne veut pas de lui. Il change alors radicalement de vie (à plus de 80 ans…) et va employer ses dernières années à faire ce que son grand ami Marcel Pagnol avait fait toute sa vie : la promotion de son œuvre. Sortant de l'ascèse, il publie ses Carnets 1978 et répond aux demandes d'interviews. Une interview télévisée exclusive de Bernard Pivot, diffusée le 23 décembre 1977 et réalisée depuis son domicile genevois situé 7, avenue Krieg, pour Apostrophes le propulse sur le devant de la scène littéraire. Un numéro du Magazine littéraire lui est enfin consacré. Lors d'une radioscopie de Jacques Chancel en mars, avril 1980, il exprime des opinions d'une misogynie virulente sur Marguerite Yourcenar, se demandant à son sujet comment il était « possible qu'une femme si grosse, si laide, si grasse, puisse écrire »; des découvertes scientifiques de Marie Curie, il affirme qu'elles sont l'œuvre de « son mari, voyons!... J'en suis sûr. Pas elle. Elle était si sèche ! » 

Il publie son dernier texte dans Le Nouvel Observateur en mai 1981.

Albert Cohen décède à 86 ans, le 17 octobre 1981 des complications d'une pneumonie.  

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Sont parus en volume du vivant de Cohen les ouvrages suivants :

  • Paroles juives (poèmes) 
  • Solal (roman) 
  • Mangeclous (roman) 
  • Le Livre de ma mère (récit autobiographique) 
  • Ézéchiel (théâtre) 
  • Belle du Seigneur (roman, Grand prix du roman de l'Académie française) 
  • Les Valeureux (roman) 
  • Ô vous, frères humains (récit autobiographique) 
  • Carnets 1978 (récit autobiographique) 

Et de manière posthume, les recueils suivants :

  • Écrits d'Angleterre 
  • Mort de Charlot
  • Salut à la Russie
  • Le Roi mystère : entretiens avec Françoise Estèbe et Jean Couturier 

D'après Wikipédia

 

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11 avril 2018

LES ROIS MAUDITS 3 - LES POISONS DE LA COURONNE - MAURICE DRUON -2/5

Bien que les deux premiers volumes ne m'aient pas vraiment enthousiasmée, la période décrite est très intéressante et je continue donc.

LE DEBUT

Le chambellan Bouville et Guccio partent de Naples avec Clémence de Hongrie, future épouse de Louis X, lequel pendant ce temps prouve encore une fois son incompétence en embourbant l'armée française en Flandre lors de « l’ost boueux » près de Bondues.

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Clémence apprend par une confidence de l'ancienne nourrice de Louis que Marguerite de Bourgogne est morte dans d'étranges circonstances quelques mois auparavant : l'ex-épouse aurait été assassinée.

Le mariage entre Louis et Clémence a lieu le 13 août 1315, quelques jours avant le couronnement de Louis à Reims. Louis X, devenu plus enclin à l’indulgence en raison de son mariage avec Clémence, gracie, à la demande de son frère Philippe, son épouse Jeanne de Bourgogne, emprisonnée depuis seize mois à Dourdan ; il refuse néanmoins fermement de gracier Blanche de Bourgogne, l'épouse de son frère cadet Charles. Tout le monde attend désormais un héritier à la couronne.

De son côté Mahaut d'Artois lutte contre une rébellion interne.

L'AUTEUR

Maurice Druon, né le 23 avril 1918 à Paris et mort le 14 avril 2009, est un écrivain et homme politique français.

Pendant la Seconde guerre mondiale, il s'engage dans la Résistance et rejoint Londres en janvier 1943. Attaché au programme « Honneur et Patrie » de la BBC, il écrit alors avec son oncle Joseph Kessel les paroles du Chant des Partisans, que met en musique Anna Marly.

Après la guerre, il devient un homme de lettres à succès avec Les Grandes Familles (Prix Goncourt 1948) et surtout la saga des Rois maudits, roman historique en sept tomes publiés entre 1955 et 1977 et que l'adaptation télévisée fera connaître à un très large public. Il est élu à l'Académie française en 1966 à quarante-huit ans, et en devient le secrétaire perpétuel de 1985 à 1999. Il a écrit d'autres œuvres — comme Tistou les pouces verts, en 1957, un conte pour la jeunesse —, mais aussi des pièces de théâtre et des essais.

Gaulliste et engagé dans l'action politique, Maurice Druon a été ministre des Affaires culturelles en 1973-1974.

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MON AVIS

Même avis que pour les deux tomes précédents. C'est très vite lu et pas assez développé. On a l'impression de courir un marathon avec des événements qui s'enchaînent et qui restent très factuels vu la rapidité avec laquelle ils sont décrits. On n'a vraiment pas le temps de connaître la psychologie des personnages. Autant lire les pages Wikipédia... elles sont gratuites !

A noter que l'auteur fait mourir Louis X d'empoisonnement (par Mahaut d'Artois), alors qu'a priori les historiens ont conclu à une mort naturelle.

FAITS HISTORIQUES REELS (merci Wiki)

Louis X le Hutin

Louis X, dit « le Hutin » (c'est-à-dire « l'entêté »), né le 4 octobre 1289 à Paris, mort le 5 juin 1316 à Vincennes, est roi de Navarre de 1305 à 1316 (sous le nom de Louis Ier) et roi de France de 1314 à 1316 (sous le nom de Louis X), douzième de la dynastie dite des Capétiens directs. Fils du roi de France, Philippe IV le Bel, et de la reine de Navarre, Jeanne Ire, Louis X ne laisse pas de descendance au trône de France ; son seul fils, Jean Ier le Posthume, né après sa mort, ne vécut que quelques jours.

En 1305, Louis X hérite de la couronne de Navarre au décès de sa mère, Jeanne de Champagne, reine de Navarre. Le royaume est administré localement par un gouverneur nommé par les souverains français. Philippe IV le Bel qui maintient ses fils sous sa dépendance et son strict contrôle selon les habitudes héritées de Philippe Auguste, ne l'autorise à se rendre en Navarre qu'en 1307 pour s'y faire couronner par l'assemblée des nobles, les Cortes.

Succédant à Philippe le Bel sur le trône de France, de 1314 à 1316, il doit faire face aux révoltes suscitées par la politique de son prédécesseur et menées par les barons qu'il calme par des concessions.

Une ordonnance de Louis X, du 2 juillet 1315, « portant affranchisement des serfs du domaine du roi, moyennant finance », pose le principe que « selon le droit de nature, chacun doit naistre franc », et donc, « nous considerants que nostre royaume est dit, et nommé le royaume des francs, et voullants que la chose en verité soit accordant au nom », dispose que par tout le royaume « telles servitudes soient ramenées à franchise », c'est-à-dire peuvent toujours être rachetées, contre juste dédommagement des ayant droit.

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Pièces d'or époque Louis X

Isolé dans un conseil étroit, Louis X doit rechercher l'appui de ses frères Philippe de Poitiers et Charles de la Marche. Les trois frères, dont la descendance est douteuse depuis l'affaire de la tour de Nesle, n'ont pas d'héritier mâle. Leurs épouses sont en prison. Le comte de Valois, leur oncle, est tout puissant et il a trois fils ; il est un de ceux qui mènent la révolte des seigneurs.

Ne pouvant briser la résistance des nobles, Louis X choisit de négocier. Diverses ordonnances redonnent un certain pouvoir aux nobles et à l'aristocratie ainsi que les droits et prérogatives qu'ils ont perdu sous Philippe IV le Bel, mais elles contribuent à affaiblir le pouvoir royal au détriment de l'idée d'unité souveraine.

La fronde menée par les nobles est soutenue par le peuple opprimé par les taxes et impôts et par les ligues nobiliaires. Elle fait de nombreuses victimes, notamment Enguerrand de Marigny qui est pendu, Pierre de Latilly ou encore Raoul de Presles qui sont torturés. Louis X renonce à les défendre, tant la parole du roi est devenue inaudible. La monarchie subit un véritable recul pendant ces deux années de règne, surtout dans le domaine fiscal. Le roi ne peut plus lever d'impôts indirects puisque la noblesse veut battre sa monnaie. Les provinces restent fidèles à la Couronne, mais rebelles à de nouveaux impôts.

En 1305, il épouse en premières noces Marguerite de Bourgogne, fille de Robert II, duc de Bourgogne, et d'Agnès de France. Convaincue d'adultère avec la complicité de ses belles-sœurs (scandale de la Tour de Nesle), Marguerite est condamnée à l'enfermement à Château-Gaillard et la rumeur veut qu'elle y ait été étouffée (ou étranglée) à l'instigation de son royal époux. De cette union est issue la future Jeanne II, reine de Navarre de 1328 à 1349.

Le 19 août 1315, Louis X épouse en secondes noces Clémence de Hongrie, fille de Charles d'Anjou, dit Charles-Martel de Hongrie, roi titulaire de Hongrie, et de Clémence de Habsbourg. De cette union est issu un unique enfant, qui ne vit que quelques jours : Jean Ier le Posthume, roi de France et de Navarre. Avant son premier mariage, Louis X a eu une fille illégitime nommée Eudeline qui fut nonne, puis abbesse du Couvent des Cordeliers à Paris.

A sa mort, la question d'une éventuelle illégitimité de la princesse Jeanne, issue de la première union, à la succession au trône de France, se pose à la noblesse française. En effet, l'absence d'héritier mâle direct ne s'est encore jamais produite. La succession à la couronne française se fait au travers de l'enfant aîné, peu importe son sexe. Mais, selon le principe de la masculinité (dit aussi « loi salique ») qui régit les fiefs, la noblesse française préfère offrir le trône au frère de Louis X, Philippe V le Long, qui est déjà régent depuis la mort de Louis X.

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Gisant de Clémence de Hongrie, à Saint-Denis

Clémence de Hongrie

Clémence de Hongrie (1293-1328), reine de France et reine consort de Navarre, est la fille de Charles-Martel d'Anjou, roi de Hongrie, et de Clémence de Habsbourg, fille de l’empereur Rodolphe Ier. Surnommée Clémence l'orpheline, car ses parents sont morts de la peste alors qu'elle avait deux ans, elle est élevée par sa grand-mère Marie de Hongrie, fille du roi Étienne V de Hongrie. Elle est la nièce du comte Charles de Valois, époux de Marguerite d'Anjou-Sicile, sœur de son père.

Alors que son épouse Marguerite de Bourgogne est décédée à la prison de Château-Gaillard où elle était enfermée pour adultère, le roi de France, Louis X le Hutin, la choisit comme nouvelle épouse. Hugues de Bouville, chambellan de Philippe IV, se charge d'aller la chercher à Naples, à la cour de Robert Ier de Naples, oncle de Clémence de Hongrie.

Le 19 août 1315, elle épouse le roi Louis X et est couronnée avec lui à Reims, le 24 du même mois.

Veuve en juin 1316, elle met au monde en novembre 1316 un fils, Jean Ier le Posthume, qui ne vit que cinq jours. Après le décès de son époux et la perte de son enfant, ses facultés mentales sont atteintes ; elle devint prodigue, dilapide la fortune accordée par Louis X, s'endette... Elle quitte la cour pour Avignon, puis en 1318 elle entre au couvent des dominicaines d'Aix-en-Provence. Quelques années plus tard, elle rentre à Paris où elle meurt, le 12 octobre 1328, à l’âge de trente-cinq ans.

Charles de Valois

Charles de Valois (né à Vincennes le 12 mars 1270, mort au Perray le 16 décembre 1325), est le fils du roi Philippe le Hardi et d'Isabelle d'Aragon. Son frère deviendra le roi Philippe IV le Bel. Charles est comte de Valois et d'Alençon en 1285. En 1290, il est fait comte de Chartres et du Perche et la même année, son beau-père Charles II d'Anjou lui cède les comtés d'Anjou et du Maine. Il est également roi titulaire d'Aragon et empereur titulaire de Constantinople.

Jeanne de Bourgogne

Jeanne II de Bourgogne (vers 1291 - 21 janvier 1330 à Roye) est la fille aînée d'Othon IV de Bourgogne, comte de Bourgogne.

Le 21 janvier 1307, à Corbeil, elle épouse le futur Philippe V de France.

En 1314, lors du procès dit de la tour de Nesle, où sa sœur Blanche de Bourgogne et sa belle-sœur Marguerite de Bourgogne, sont reconnues coupables d'adultère, elle n'est accusée que de connivence. Elle est enfermée dans la forteresse de Dourdan. Ne cessant de crier son innocence, elle échappe à l'accusation d'adultère, mais elle est toutefois poursuivie pour ne pas avoir dénoncé la conduite de ses soeur et belle-soeur. Acquittée par arrêt du Parlement, elle est libérée entre le 24 et le 31 décembre 1314 et retrouve sa place auprès de son époux à la cour de France.

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L'influence de sa mère est certainement pour beaucoup dans son retour en faveur, Mahaut d'Artois ne souhaitant pas perdre le rôle que peut lui procurer l'avènement de son gendre, Philippe le Long.

En novembre 1316, à la mort de son neveu, l'héritier du trône de France, Jean le Posthume, son époux est proclamé roi de France, elle devient reine.

Jeanne garde une attention constante pour son comté de Bourgogne dont elle est issue ; elle fait venir de Paris dès 1318 des tisserands et des drapiers pour y faire prospérer une nouvelle bourgeoisie à Marnay et à Gray. Au décès du roi, elle revient en comté de Bourgogne.

Elle meurt à 39 ans, à Roye le 21 janvier 1330. De son union avec Philippe V le Long, elle a eu cinq enfants.

Mahaut d'Artois

Mahaut d'Artois, parfois aussi dite Mathilde d'Artois (vers 1269/1270 – Paris, 27 novembre 1329), est une princesse de la maison capétienne d'Artois, comtesse d'Artois et pair de France, comtesse de Bourgogne par son mariage avec le comte Othon IV de Bourgogne.

Mahaut est la fille du comte Robert II d'Artois et de sa première épouse Amicie de Courtenay. En 1285, elle se marie avec le comte Othon IV de Bourgogne de la maison d'Ivrée, dont elle a deux filles et un fils Robert, mort à l'âge de 15 ans

Le 11 juillet 1302 son père meurt à la bataille de Courtrai, contre les Flamands, bataille qu'il mène pour le compte de son suzerain, le roi Philippe IV de France. Elle lui succède comme comtesse d'Artois en écartant son neveu Robert III d'Artois, alors âgé de 16 ans, fils de son frère cadet Philippe d'Artois, mort le 11 septembre 1298. En 1303 son mari le comte Othon IV de Bourgogne meurt à son tour des blessures reçues à la bataille de Courtrai contre les Flamands. Elle devient veuve et son fils Robert de Bourgogne, âgé de 3 ans, succède à son père sous la régence de sa mère.

Elle marie ses deux filles aux deux fils puînés du roi Philippe IV de France : l'aînée, Jeanne épouse en 1307 Philippe, second fils du roi, alors que la cadette, Blanche est mariée l'année suivante au troisième fils du roi Charles.

En 1309 son neveu Robert III d'Artois lui fait un premier procès, qu'il perd, pour essayer de récupérer son héritage du comté d'Artois.

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Mahaut d'Artois dans la série télé de 2005

En 1314, les filles de Mahaut sont compromises dans une affaire d'adultère dans laquelle les trois brus du roi sont impliquées, le scandale de la tour de Nesle. Blanche est reconnue coupable d'adultère et est enfermée à Château-Gaillard. Jeanne, accusée de complicité dans l'adultère de ses belles-soeurs, est enfermée au château de Dourdan. Par la suite reconnue innocente par le parlement de Paris, elle est libérée entre le 24 et le 31 décembre 1314 et retrouve sa place auprès de son époux à la cour de France. Le fils de Mahaut, Robert, meurt à l'âge de 15 ans en 1315, et sa fille Jeanne hérite du comté de Bourgogne.

En 1316, Robert III d'Artois organise une insurrection du comté d'Artois contre Mahaut, qui fait face.

À la mort de Louis X de France (fils aîné de Philippe IV de France) et de Jean Ier de France (Jean le Posthume), son seul héritier, âgé de 5 jours, Philippe V de France et son épouse Jeanne sont sacrés roi et reine de France en 1317.

Robert III d'Artois fait un second procès à Mahaut en 1318. Il est débouté. Lors d'un nouveau procès intenté dix ans plus tard, la mise en évidence d'un faux fait à nouveau perdre à Robert son procès. Il est dépossédé de tous ses biens et banni en 1332.

Philippe V de France meurt le 3 janvier 1322, sans héritier mâle. Son frère Charles IV de France lui succède. Blanche, fille de Mahaut, devient reine de France tout en étant en prison pour adultère, et son mariage est annulé le 19 mai par le pape Jean XXII. Elle finit sa vie dans l'abbaye de Maubuisson près de Pontoise, où elle meurt en avril 1326.

Le 1er février 1328, Charles IV de France, meurt sans héritier mâle à Vincennes, ce qui marque la fin de la dynastie des Capétiens (au profit des Valois).

Le 25 novembre 1329, Mahaut d'Artois tombe subitement malade ; elle meurt le 27 novembre à Paris. Sa fille aînée, Jeanne, lui succède dans le comté d'Artois.

Soupçonné de l'avoir empoisonnée, son neveu Robert III d'Artois s'enfuit et se réfugie en Angleterre, où il soutient les prétentions du roi Édouard III à la couronne de France, d'où découlera la guerre de Cent Ans...

Robert III d'Artois

Robert III d’Artois (né en 1287 - mort en 1342 à Londres) était seigneur de Conches-en-Ouche, de Domfront, et de Mehun-sur-Yèvre ; il est l'un des éléments déclencheurs de la guerre de Cent Ans, par son exil en Angleterre et sa détermination à entraîner le roi d'Angleterre dans un conflit contre le roi de France.

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Robert d'Artois, série de 2005

Fils de Philippe d’Artois, Robert n'a que onze ans quand son père meurt. Après la mort de son grand-père Robert II d'Artois à la bataille de Courtrai en 1302, la fille de ce dernier, Mahaut hérite du titre. En raison de son jeune âge, Robert III ne peut s'opposer à sa tante et faire valoir les droits hérités de son père : si son père, Philippe, n'était pas mort prématurément, il aurait, en tant qu'aîné, disposé du comté d'Artois au détriment de Mahaut, et lui Robert III, naturellement, lui aurait succédé.

Les historiens considèrent que Mahaut at le droit pour elle. En effet, il est établi que la coutume du comté d'Artois ne considère pas que le petit-fils puisse représenter le fils héritier naturel mais décédé : le titre doit revenir aux enfants survivants, garçon ou fille. Le roi et les pairs sont d'autant plus enclins à favoriser Mahaut que cette dernière a épousé un prince d'Empire, Othon IV de Bourgogne, dont on espère beaucoup (en l'occurrence, le rattachement du comté de Bourgogne au royaume de France). Ce prince à ménager fait de Mahaut une femme puissante face à un adolescent de quinze ans dont personne ne se soucie à la cour.

Persuadé d'avoir été floué, Robert bataille perpétuellement pour évincer sa tante. Deux jugements devant la cour des Pairs, en 1309 et en mai 1318 donnent pourtant raison à Mahaut.

Lorsque le dernier fils de Philippe le Bel, Charles IV, meurt sans descendance, le nouveau-roi, Philippe de Valois, son beau-frère, doit lutter contre les prétentions d'Édouard III d'Angleterre et Robert l'aide. Philippe lui en est reconnaissant : il le fait pair de France et lui accorde de nombreuses pensions.

En 1329, Mahaut meurt et Robert réclame à nouveau ce qu'il considère comme son dû, en engageant une nouvelle action judiciaire, et il s'assure des alliés importants. Tout laisse à penser que la sentence de la Cour assemblée sous la direction royale sera favorable à Robert. C'est d'autant plus vrai que l'héritière de Mahaut, Jeanne, meurt le 21 janvier 1330. Pour justifier le réexamen de sa demande, Robert exhibe de nouveaux documents qui semblent justifier ses prétentions. Le moyen le plus sûr d'obtenir gain de cause consiste à démontrer que son grand-père avait explicitement marqué sa volonté de privilégier la descendance de son fils Philippe plutôt que celle de sa fille Mahaut. Les documents sont examinés par les juristes du parlement de Paris, qui démontrent le 14 décembre 1330 qu'ils sont des faux grossiers. La supercherie découverte, tous les soutiens de Robert l'abandonnent. Robert est débouté pour la troisième fois. Dépossédé de tous ses biens et banni du royaume en avril 1332, car il a commis un crime de lèse majesté.

Robert, après quelques détours, part en Angleterre. Admis à la cour anglaise, il incite Édouard III à engager une guerre (qui deviendra la guerre de Cent Ans) pour conquérir la France. Il fournit au roi anglais de nombreux renseignements sur la cour française et participe activement aux combats. C'est toujours en combattant au service du roi d'Angleterre qu'il est gravement blessé en octobre 1342. Afin de se faire soigner, il retourne en Angleterre et meurt de dysenterie à Londres peu après.

De son mariage avec Jeanne de Valois, fille de Charles de Valois et de Catherine de Courtenay, il a eu six enfants.

Jeanne de Divion (Béatrice d'Hirson)

Née vers 1293, elle est brûlée vive le dimanche 6 octobre 1331 à Paris. Elle est la fille et héritière d’Havet de Divion, gentilhomme de la châtellenie de Béthune, héritier d’une des plus illustres familles d’Artois, mais complètement ruinée. Pour renflouer sa fortune, celui-ci a épousé Sara Louchard, fille d’un riche banquier juif d’Arras.

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Béatrice d'Hirson avec Mahaut, série de 2005 - A noter que les costumes étaient très fantaisistes...

Havet se joint en 1315 à la ligue des barons dirigée par Robert III d'Artois, en révolte contre la comtesse Mahaut d'Artois. Il s’empare des biens que possède, à Houdain, Thierry Larchier d'Hirson (chancelier de la comtesse Mahaut d’Artois et évêque d’Arras).

D’une grande beauté et d’une vive intelligence, Jeanne hérite de son père un esprit d’intrigue et de sa mère un don de prescience. Elle épouse le représentant d'un des plus anciens lignages nobles de Champagne, le chevalier artésien Pierre de Broyes. Très versée en astrologie, elle mène une vie dissolue et devient à partir de 1316, la concubine de l’évêque Thierry Larchier d’Hirson.

À la mort de l'évêque en 1328, la comtesse Mahaut est exécutrice testamentaire de son ancien conseiller ; elle fait délivrer à Jeanne de Divion la somme de 3 000 livres qu’il lui a léguée, mais attaque le testament comme étant fondé sur une liaison adultère avec un évêque, et obtient la restitution. Jeanne est alors arrêtée et mise sous la garde de Martin de Neufport, sergent de la prévôté de Beauquesne, qu’elle parvient à convaincre de la conduire à Paris pour implorer la protection de Mahaut. Elle parvient alors à s’échapper et à rencontrer Robert d'Artois auquel elle fournit de faux titres lui permettant de revendiquer le comté d’Artois dont il estime avoir été dépossédé au profit de Mahaut. Mais cette dernière meurt subitement, suivie l'année suivante par sa fille Jeanne II de Bourgogne ; la rumeur accuse Jeanne et Robert de les avoir empoisonnées.

Les faux en écriture étant découverts, le roi Philippe VI de Valois fait arrêter en 1331 Jeanne. Elle est condamnée et brûlée vive, sur la Place aux Pourceaux, à Paris.

Jeanne de Divion apparaît dans le 6e tome des Rois mauditsDruon s’éloigne de la réalité historique en faisant de Jeanne, un personnage secondaire de comparse. Elle est décrite comme une intrigante de petite bourgeoisie, sotte, bavarde et sans réelle personnalité.

Or, en réalité, tous les témoins de son temps lui reconnaissent un esprit supérieur mis au service d’une bien mauvaise cause. Robert d’Artois l’a traitée en égale : elle est noble et il ne l’aurait jamais tutoyée ou menacée comme une vulgaire faussaire. Ils reconnaissent également la beauté de Jeanne et sa grande perversité. Curieusement le personnage de Béatrice d'Hirson est un condensé de celui de Jeanne de Divion.

L'armée au Moyen-Age (Ost)

Le terme ost désigne l'armée en campagne à l'époque féodale et le service militaire que les vassaux doivent à leur suzerain.

Le mot « ost », apparu vers 1050 dans la langue d'oïl, trouve son origine dans le mot latin « hostis » (ennemi, qui donna « hostile »), puis, par extension, « armée ennemie », et enfin « armée », terme qui le remplacera progressivement, le faisant tomber en désuétude. 

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La chute de Rome en 476 a entraîné de profonds bouleversements dans l'organisation militaire des nouveaux États qui se sont constitués sur ses ruines, à la suite des grandes invasions. Aux légions romaines, armée permanente sous les ordres de l'empereur va succéder un nouveau type d'armée, non permanente, l'armée médiévale (ou ost).

La tradition germanique est de convoquer tous les hommes libres pour une campagne ; en contrepartie il ne reçoit pas de solde, car la compensation est espérée dans le butin. Charlemagne tente de codifier les modalités de convocation à l'ost et la composition de cette armée. Ceux qui ne viennent pas payent une forte taxe, le hériban. S'il ne peut payer, celui qui n'a pas répondu est réduit en esclavage.

Les guerriers sont convoqués par l'intermédiaire des suzerains ou des grands ecclésiastiques. Il va en résulter à l'époque féodale, avec l'affaiblissement de l'autorité royale, une multitude de petites armées seigneuriales — chaque seigneur disposant librement de ses propres forces, recrutées parmi ses vassaux — qui se regroupent à l'appel du roi pour former l'« ost royal » (armée royale) lorsque celui-ci veut mener une guerre.

Les hommes d'armes servent pour un temps déterminé (de quarante à soixante jours). Le seigneur pourvoit sa troupe en armes, en munitions et en vivres.  

Ce type d'armée connaît son apogée avec l'apparition, dans le dernier tiers du Xe siècle, de la chevalerie — qui distingue le noble chevalier combattant à cheval, du paysan, soldat d'infanterie ou artilleur — et son développement à partir du XIe siècle. L'institution des dignités de maréchal de France et de connétable, destinées à récompenser les actions de bravoure des plus fidèles compagnons du roi au cours de ses campagnes militaires, viendront parachever cette organisation militaire médiévale.

On doit à Charles VII la constitution de la première armée de métier permanente en Europe, par la grande ordonnance de 1445 qui crée les compagnies d'ordonnance pour former la cavalerie de l'armée de campagne. Sont alors créées 15 compagnies. L'innovation est non seulement d'avoir des troupes permanentes en lieu et place d'une armée mobilisée à la demande ou de mercenaires, mais également que celles-ci sont directement sous l'autorité du roi et pas de ses vassaux, ce qui modifie totalement le rapport de force avec ceux-ci.

Il faut toutefois noter que ces changements ne marquent pas la fin de l'emploi de mercenaires, lequel va même encore s'amplifier étant donné la tendance à avoir des effectifs plus grands de part et d'autre lors des batailles.

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La chevalerie

La chevalerie désigne une forme de force militaire qui combat à cheval d'abord au corps à corps à l'épée puis en s'alourdissant à la lance. Le terme sous-entend une distinction entre les chevaliers, combattants professionnels d'élite montés à cheval, et la « piétaille » qui fournit la masse de l'infanterie et, plus tard, de l'artillerie. 

La chevalerie a peu à peu développé ses valeurs et ses coutumes propres, sous l'influence notamment de l'Église et de l'amour courtois des troubadours et trouvères. Elle devient une fraternité, puis un groupe social, enfin une institution, plus qu'un simple service militaire dû au suzerain. Certaines traditions sont particulières à celle-ci, notamment la cérémonie de l'adoubement. Les vertus traditionnelles de la chevalerie, vues par le prisme de la littérature, sont de nobles sentiments tels la piété, l'humilité, la bravoure, la courtoisie, la largesse, la foi et l'honneur.

Certainss chevaliers chrétiens se battent pour la foi et participe aux croisades, sous l'ordre du roi, ou d'un ordre religieux.

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

Kermès : Espèce de cochenille qui vit sur un petit chêne vert et qui donne une belle teinture écarlate. Par extension : couleur rouge.

Papegai : Le papegai ou papegault, selon les régions, est un mot en ancien français qui désigne un oiseau apparenté au perroquet. Le terme fut ensuite utilisé pour désigner une cible faite d'un oiseau de bois ou de carton placé au haut d'une perche ou d'un mât, pour des tireurs à l'arc ou à l'arbalète et plus tard à l'arquebuse.

 

 

 

 

 

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10 avril 2018

BRAM STOKER

Abraham Stoker dit Bram Stoker, né le 8 novembre 1847 à Clontarf (un quartier nord de Dublin) et mort à Londres le 20 avril 1912, est un écrivain britannique d'origine irlandaise, auteur de nombreux romans et de nouvelles, qui a connu la célébrité grâce à son roman Dracula.

Bram est le troisième d'une famille de 7 enfants. Enfant maladif jusqu'à l'âge de 13 ans, il écoute lors de sa longue convalescence, racontés par sa mère, la Bible, les légendes irlandaises, ou encore le récit de l'épidémie de choléra du début du XIXe siècle, à laquelle la famille de sa mère a échappé. Ces récits le marqueront toute sa vie.

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En 1863, il entre au Trinity College (Dublin) : il obtient son diplôme en sciences et mathématiques en 1870.

En 1867, il assiste à une représentation d'Henry Irving au Théâtre royal de Dublin. Bram Stoker entame une correspondance avec l'écrivain américain Walt Whitman. En 1871 paraît son premier article, dans la rubrique théâtrale du Dublin Mail. Ces articles signés, écrits en marge de sa profession de fonctionnaire, l'amènent à fréquenter la société culturelle londonienne. En 1872 est publié le premier récit de Stoker, La Coupe de cristal, dans la revue London Society.

En 1875, il publie son premier roman The Chain of Destiny. En 1876, il se lie d'amitié avec Henry Irving, un acteur influent. Cette amitié les mène au Lyceum Theatre de Londres, duquel Stoker est nommé administrateur. Il prend alors sa place dans la société culturelle britannique. En 1876, son père meurt ; Stoker adopte définitivement le surnom de Bram. Il épouse une ancienne voisine d'enfance, Florence Balcombe, en 1878. Leur fils Noel Thornley naît en 1879. En 1881 paraît Under the Sunset, recueil de contes pour enfants.

Le Lyceum Theatre est en tournée aux États-Unis en 1883. Stoker y rencontre Walt Whitman. Une seconde tournée a lieu en 1886, année où Stoker fait paraître un essai sur les États-Unis, A Glimpse of America. À Londres, il assiste à une conférence de Charcot sur l'hypnotisme. En 1890 il rencontre Arminius Vambery, orientaliste et spécialiste des légendes de l'Europe de l'Est et Richard Francis Burton. Il commence des recherches au British Museum en vue d'écrire Dracula et fait paraître The Snake's Pass. En 1895 paraît son troisième roman, The Shoulder of Shasta, suivi de Dracula en 1897.

Bram Stoker meurt le 20 avril 1912, à son domicile londonien, 26 St George's Square.

par la littérature. En ce sens, Stoker peut être considéré comme un écrivain moderne.

Son oeuvre la plus connue est bien sûr Dracula, les autres ne sont pas toujours traduites en français, sauf certaines telles que Le Joyau des sept étoiles, La Dame au linceul, Le Repaire du ver blanc.

Il a également écrit des essais.

D'après Wikipédia

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08 avril 2018

*** L'ASSOMMOIR - EMILE ZOLA

On continue la saga... et j'aime toujours autant. Sauf qu'il faut lire L'assommoir avec un dictionnaire à portée de main...

INCIPIT

Gervaise avait attendu Lantier jusqu'à deux heures du matin.

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RESUME

Gervaise Macquart, une Provençale originaire de Plassans, boiteuse mais plutôt jolie, a suivi son amant, Auguste Lantier, à Paris, avec leurs deux enfants, Claude et Étienne. Très vite, Lantier, paresseux, infidèle et ne supportant pas de vivre dans la misère, quitte Gervaise pour s'enfuir avec Adèle. Gervaise, travailleuse, reprend alors le métier de blanchisseuse qu'elle a appris à Plassans. Elle accepte d'épouser Coupeau, un ouvrier-zingueur qui lui fait la cour. Ils auront une fille, Anna Coupeau, dite Nana, héroïne d'un autre roman des Rougon-Macquart. Gervaise et Coupeau travaillent dur, gagnant de quoi vivre avec un peu plus d'aisance tout en faisant des économies. La blanchisseuse rêve d'ouvrir sa propre boutique mais un accident la contraint à différer son projet : Coupeau tombe d'un toit sur lequel il travaillait. Quitte à y consacrer toutes les économies du ménage, Gervaise décide de soigner son mari à la maison plutôt que de le laisser partir à l'hôpital qui a triste réputation. La convalescence de Coupeau est longue. Il garde une rancœur envers le travail, prend l'habitude de ne rien faire et commence à boire...

MON AVIS

Un roman superbe sur la misère ouvrière, le Paris des pauvres gens et les ravages de l'alcoolisme. Gervaise est touchante, très touchante, même si sa naïveté, et sa mollesse d'esprit, incitent parfois le lecteur à se dire : "Mais quelle idiote !" Elle se laisse mener par le bout du nez par ses hommes, sa fille, les voisins... Elle n'en demeure pas moins bouleversante parce que c'est ça notre lot commun, à beaucoup d'entre nous : naïveté et mollesse d'esprit.

J'ai souffert par contre avec la langue "populaire" : Zola se fait un malin plaisir à multiplier les mots de l'argot parisien de l'époque. C'est quelquefois amusant de retrouver des expressions de ma grand-mère, que j'avais oubliées, mais agaçant à la longue (je viens de lire La dame de Monsoreau qui m'a donné bien du mal aussi !): Il y a vraiment tout un tas de mots qu'on ne connaît pas ; on peut deviner la signification de certains avec le contexte, mais pas énormément, car il y a aussi beaucoup de vocabulaire technique, selon les métiers exercés par les divers protagonistes. Je ne dirais pas que cela gêne la lecture, il faut en prendre son parti et ça demeure très largement compréhensible, imprégnant bien le récit dans son milieu, populaire et sans éducation, avec son propre parler. C'était le but de Zola. Mais c'est un peu comme si un écrivain d'aujourd'hui écrivait avec la langue parlée dans les cités... dur, dur. Même les critiques de l'époque en ont fait le reproche à l'auteur.

Je me suis amusée avec le repas d'anniversaire que concocte Gervaise : bouillon, puis blanquette de veau, puis sauté de porc avec des pommes de terre, puis oie rôtie, puis petits pois au lard, et enfin gâteau, plus des litres de vin ! Mais quel estomac ils avaient, nos ancêtres ! C'est proprement incroyable. Au début, je me disais, ils vont manger un peu de chaque, mais non ils se servent de bonnes assiettes. Il est vrai qu'à la fin, la plupart vont vomir dans le caniveau...  Quelle santé, tout de même !

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Gervaise, film 1956

Contrairement aux autres Zola, qui en dehors des personnages principaux, ne fait qu'évoquer (ou pas) des membres de la familles que l'on retrouve à leur tour, développés, dans d'autres romans, nous avons ici de très nombreuses pages sur l'enfance, la jeunesse, et le caractère en formation de Nana, une des héroïnes les plus célèbres de l'écrivain, à laquelle il consacrera un volume. Et la petite était déjà plutôt dévergondée et enjôleuse... Il faut dire qu'avec une famille pareille...

Un très grand roman.

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

L'Assommoir est publié en feuilleton dès 1876 dans Le Bien public, puis dans La République des Lettres, avant sa sortie en livre en 1877 chez l'éditeur Georges Charpentier. C'est le septième volume de la série Les Rougon-Macquart. L'ouvrage est totalement consacré au monde ouvrier et, selon Zola, c'est « le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l'odeur du peuple ». L'écrivain y restitue la langue et les mœurs des ouvriers, tout en décrivant les ravages causés par la misère et l'alcoolisme. À sa parution, l'ouvrage suscite de vives polémiques car il est jugé trop cru. Mais c'est ce naturalisme qui, cependant, provoque son succès, assurant à l'auteur fortune et célébrité.

Ce monde, il l'a côtoyé dans sa jeunesse, lorsque sa mère et lui se sont installés à Paris, vivant modestement dans une seule pièce, ou lorsqu’il a travaillé aux docks puis à la librairie Hachette, entre 1860 et 1865, avant qu’il commence à collaborer à des journaux. Cette partie de la population est alors très peu représentée dans la littérature, ou seulement de manière idéalisée. Zola souhaite décrire les choses telles qu’elles sont. Son projet se révèle donc selon lui la « peinture d’un ménage d’ouvriers à notre époque. Drame intime et profond de la déchéance du travailleur parisien sous la déplorable influence du milieu des barrières et des cabarets ». Comme à son habitude, Zola écrit un épais dossier préparatoire dans lequel il consigne, entre autres, quantités d’informations sur le quartier de la Goutte-d’Or où il situe l’action.

Le sujet principal traité par le livre est le malheur causé par l'alcoolisme. Dans le roman, un des principaux lieux de débauche est L'Assommoir, débit de boissons tenu par le père Colombe. Le nom du marchand de vin est ironique, la colombe étant symbole de paix alors que le cafetier et ses boissons apportent la violence et le malheur chez ses clients. Au milieu du café, trône le fameux alambic, sorte de machine infernale dont le produit, un alcool frelaté, assomme ceux qui en boivent. C'est cette machine qui va chaque fois enlever un peu plus de bonheur à Gervaise. Au fil du roman, l'alambic devient le monstre dévorant ses victimes : d'abord Lantier, puis Coupeau, et enfin elle-même qui, ruinée, devra vendre son commerce — sa réussite —, puis sombrera dans la misère pour finalement mourir de faim. 

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L’auteur dépeint la diversité du monde ouvrier : diversité des métiers, diversité des types d’ouvriers. Repasseuses, blanchisseuses, cardeuses, chaînistes, boulonniers, zingueurs, serruriers apparaissent, entre autres, dans le quartier de la Goutte-d’Or, et parmi eux de bons ouvriers, de beaux parleurs et profiteurs, des alcooliques, de vieux ouvriers abandonnés.

Zola montre des ouvriers fiers de leur ouvrage mais il dénonce l’impasse sociale dans laquelle ils se trouvent. 

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

Bourgeron : Blouse en grosse toile.

CardeurUn cardeur est un ouvrier qui carde, c'est-à-dire qui démêle des fibres textiles et les peigne à l'aide d'une carde. Le cardeur passait dans les domiciles pour découdre les matelas, carder les fibres textiles et recoudre les matelas. L'artisan se déplaçait avec sa carde au domicile du client et travaillait le plus souvent à l'extérieur à cause de la poussière dégagée.

GouaperRester dehors la nuit, en particulier dans les bars, faire la noce, mener une vie de débauche - Paresser, flâner, fainéanter, etc.

Jeanjean : Surnom donné parfois à une personne stupide en français.

Louchon : Personne qui louche.

Bousin :  Situation inconfortable ou délicate.

Saint-frusquin :  Bien, capital, patrimoine, ensemble des affaires que quelqu'un possède.

Panier aux crottes : Et oui... c'est bien du derrière (des fesses) qu'il s'agit...

Brunisseur : Personne qui brunit les métaux.

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Javelle : C'était l'orthographe du XIXe pour l'eau de Javel.

Mufe : Orthographe XIXe de mufle.

CheulardIvrogne, homme pris de boisson.

Mine à  poivre : Cabaret de bas étage.

Poivre : Eau-de-vie, ou personne ivre.

RiboteRepas où l'on mange et où l'on boit avec excès. En ribote : état d'ivresse.

Singe : Patron

Chien : Eau-de-vie

Pot-bouilleCuisine ordinaire du ménage.

VarlopeGrand rabot muni d'une poignée, employé par les menuisiers et les charpentiers pour dresser et planer le bois

GalfatreGoinfre ; propre à rien.

Endêver : Éprouver un violent dépit, enrager.

GodiveauHachis composé de viande, de graisse de rognons de bœuf et d'œufs, ou de poisson, et utilisé comme farce pour des quenelles ou pour la garniture d'un pâté chaud

GodaillerSe livrer à une débauche de table et de boisson.

Roussin : Mauvais cheval.

Se cocarder : S'enivrer.

Flafla : Aujourd'hui on dirait "chichi" (faire des chichis).

Brindezingue : Ivre.

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Nayer : Variante du verbe noyer.

Juponnier : Coureur de jupons.

SéquelleSuite de personnes attachées à quelqu'un. Reste d'une maladie ou d'une blessure (donc injure).

Canulant : Ennuyant.

Licheur : Personne qui aime bien boire et manger.

CrapoussinPersonne de petite taille, bedonnante et contrefaite. Personne sans importance, homme de rien

Giries : Manières affectées (faire des giries).

Nénais : Orthographe pour nénés.

FestonnerAvoir une démarche titubante.

Cric : Eau-de-vie grossière, de mauvaise qualité.

Tortiller : Manger, ou sens d'entortiller.

GobelotterBoire des boissons alcoolisées avec excès.

Mastroquet : Débit de vin ou de boisson.

Mannezingue : Cabaret

Mademoiselle Jordonne : Mademoiselle... "J'ordonne "! (Nana commande tout le monde)

Barbe de capucin : Chicorée sauvage.

Eau seconde : Eau-de-vie diluée.

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Dégoter : Avoir une mauvaise tournure.

Liard : Ancienne monnaie. Très petite quantité de quelque chose.

Impériale : Barbiche à la Napoléon III.

Merluche : Femme débauchée.

Giroflée à cinq feuilles Gifle qui laisse la trace des cinq doigts.

Débagouler : Vomir.

Schnick : Eau-de-vie de qualité médiocre.

Agourmandi : Devenu gourmand.

Epinée : Echine (de porc).

Marlou : Amant - souteneur - homme rusé.

Négresse : Bouteille de vin rouge.

Tourlourou : Soldat. Chanson, saynette d'un comique grossier, interprétée au café-concert ou au music-hall par des artistes vêtus en soldats.

Mistoufle : Gêne, misère, pauvreté.

Bayadère : Danseuse sacrée hindoue.

Viauper : Pleurer comme un veau.

Badingue : Sobriquet (également : Badinguet) donné à Napoléon III. Badinguet était, paraît-il le maçon sous la blouse duquel le prince avait fui sa prison de Ham.

Pelote : Boule. Petite somme d'argent mise de côté.

Faire sa Sophie : Les modistes avaient donné le nom de Sophie à la tête de femme en carton qui leur servait de mannequin. Faire sa Sophie, c'est vouloir paraître aussi sage, aussi réservée que cet objet.

Coco : Tête... ou estomac.

Bousingot : Cabaret mal famé.

Loupiat : Paresseux, débauché.

Margot : Femme bavarde ou une femme aux moeurs légères.

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Lambrequin : Bande d'étoffe pendante, à franges ou festons.

AffûtiauxMenus objets de l'équipement ou de la toilette féminine ; ensemble des (menus) instruments dont on a besoin pour faire une chose.

Lapin : Objet posé sur les tourniquets des jeux de foire, qui paraît facile à gagner et qu’on ne gagne jamais. Payer des lapins ou poser un lapin : faire miroiter des choses, faire attendre.

Bousin : Mauvais lieu ; tapage.

Voirie : Personne vile, méprisable.

Quiqui : Gorge ou... pénis. Trembler comme un quiqui ! (variante orthographique : kiki).

Tatouille : Raclée.

PituiteSécrétion visqueuse produite par les muqueuses du nez ou des bronches

ChicotinSuc très amer tiré de l'aloès ou de la coloquinte

TaponFroissé et roulé en boule.

Piauler : Pleurnicher.

Cato : Femme de mauvaise vie, catin. Egalement orthographié catau. 

FressureEnsemble des gros viscères d'un animal de boucherie : poumons, cœur, thymus, foie et rate. Cœur, considéré comme le siège des passions

Quinquet : Lampe ; oeil.

S'esbigner : S'esquiver.

Ballon : Derrière, fesses. Il a promis de m'enlever le ballon s'il me pinçait encore à traîner ma peau : de me donner une raclée.

Rocantin, ou roquentin : Vieillard ridicule qui veut faire le jeune homme.

Trouilloter du goulot : Avoir mauvaise haleine.

Pétoche : Peur ; lampe, chandelle. Etre en pétoche : suivre quelqu'un de près.

Cotret : Jambe sèche et maigre.

Birbe : Vieillard.

Guinguenaude : Fruit du baguenaudier, espèce de gousse en forme de petite vessie pleine d’air. Ancien type de poésie fait sans se soucier des règles de la versification. Loisir sans intérêt, niaiserie. Promenade, flânerie.

Gargamelle : Gosier.

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Riflard : Vieux parapluie. Pénis.

Caboulot : Café mal famé.

Pantalons rouges : Pantalons des soldats. Donner dans les pantalons rouges : séduire de préférence des militaires.

Badigoinces : Lèvres.

Entripaillé : Qui a un gros ventre.

Gaviot : Gosier. Serrer le gaviot : serrer la gorge, étranger ; sens figuré : faire subir des contraintes financières.

Arlequins : Reliefs des grands restaurants.

Haridelle : Mauvais cheval, efflanqué. Femme grande et maigre.

Béquiller : Dilapider.

Patagueule : Individu ennuyeux.

Suiffard : Gras, en bonne santé ; riche, cossu ; tricheur professionnel.

RipopéeMélange de restes de vins différents opéré par les cabaretiers. Mélange de différents mets liquides (liqueurs, sauces). Ensemble de choses disparates, mêlées ensemble. Ouvrage dont les idées manquent de cohérence, de lien, de plan.

Fardiers : Chariot à deux ou à quatre roues basses, servant à transporter de lourdes charges.

Fumiste : Ouvrier spécialisé dans la construction et l'entretien des cheminées, ainsi que dans l'installation et l'entretien des appareils de chauffage.

Prendre une culotte : S'enivrer.

Camoufle : Chandelle, bougie.

Gigue : Instrument de musique. Jambe longue. Femme grande et maigre. Tressautement.

Temps de demoiselle : Temps où il ne fait ni pluie ni soleil.

Chienlit : Celui qui défèque au lit. Personnage répugnant. Action, manifestation désordonnée, tumultueuse et répugnante. Excès, débauche grossière.

Rigodon : Danse. Balle placée au centre de la cible (faire un rigodon).

Taf : Peur.

Chicard : Personnage de carnaval se livrant à des danses grotesques dans les bals masqués.

Fendant : Matamore, fier-à-bras. Faire le fendant : crâner.

Berdouille : Ventre, bedaine, bidon.

MES EXTRAITS FAVORIS

Les hommes, souvent, se marient pour une nuit, la première, et puis les nuits se suivent, les jours s'allongent, toute la vie, et ils sont joliment embêtés...

***

C'était un métier de malheur, de passer ses journées comme les chats, le long des gouttières. Eux, pas bêtes, les bourgeois ! Ils vous envoyaient à la mort, bien trop poltrons pour se risquer sur une échelle, s'installant solidement au coin de leur feu et se fichant du pauvre monde.

***

Elle n'avait aucun dégoût, habituée à l'ordure ; elle enfonçait ses bras nus et roses au milieu des chemises jaunes de crasse, des torchons raidis par la graisse des eaux de vaisselle, des chaussettes mangées et pourries de sueur. Pourtant dans l'odeur forte qui battait son visage penché au-dessus des tas, une nonchalance la prenait. Elle s'était assise au bord d'un tabouret, se courbant en deux, allongeant les mains à droite, à gauche, avec des gestes ralentis, comme si elle se grisait de cette puanteur humaine, vaguement souriante, les yeux noyés. Et il semblait que ses premières paresses vinssent de là, de l'asphyxie des vieux linges empoisonnant l'air autour d'elle.

***

Un jour bien sûr, la machine tuerait l'ouvrier ; déjà leurs journées étaient tombées de douze francs à neuf francs et on parlait de les diminuer encore.

***

Ils pétaient dans leur peau, les sacrés goinfres ! La bouche ouverte, le menton barbouillé de graisse, ils avaient des faces pareilles à des derrières, et si rouges, qu'on aurait dit des derrières de gens riches, crevant de prospérité.

***

Et les verres se vidaient d'une lampée, on entendait le liquide jeté d'un trait tomber dans la gorge, avec le bruit des eaux de pluie le long des tuyaux de descente, les jours d'orage. Il pleuvait du piqueton, quoi !

***

Lorsque les mauvais jours arrivent, on tombe ainsi sur de bonnes soirées, des heures où l'on s'aime entre gens qui se détestent.

***

Mais la grande pitié de Gervaise était surtout le père Bru, dans son trou, sous le petit escalier. Il s'y retirait comme une marmotte, s'y mettait en boule, pour avoir moins froid ; il restait des journées sans bouger, sur un tas de paille. La faim ne le faisait même plus sortir, car c'était bien inutile d'aller gagner dehors de l'appétit lorsque personne ne l'avait invité en ville. Quand il ne reparaissait pas de trois ou quatre jours, les voisins poussaient sa porte, regardaient s'il n'était pas fini. Non, il vivait quand même, pas beaucoup, mais un peu, d'un oeil seulement ; jusqu'à la mort qui l'oubliait ! [...] le père Bru, ce pauvre vieux, qu'on laissait crever, parce qu'il ne pouvait plus tenir un outil, était comme un chien pour elle, une bête hors service, dont  les équarrisseurs ne voulaient même pas acheter la peau ni la graisse. Elle en gardait un poids sur le coeur de le savoir continuellement là, de l'autre côté du corridor, abandonné de Dieu et des hommes, se nourrissant uniquement de lui-même, retournant à la taille d'un enfant, ratatiné et desséché à la manière des oranges qui se racornissent sur les cheminées.

***

Nana grandissait, devenait garce. A quinze ans, elle avait poussé comme un veau, très blanche de chair, très grasse, si dodue même qu'on aurait dit une pelote. Oui, c'était ça, à quinze ans, toutes ses dents et pas de corset. Une vraie frimousse de margot, trempée dans du lait, une peau veloutée de pêche, un nez drôle, un bec rose, des quinquets luisants auxquels les hommes avaient envie d'allumer leur pipe. Son tas de cheveaux blonds, couleur d'avoine fraîche, semblait lui avoir jeté de la poudre d'or sur les tempes, des taches de rousseur, qui lui mettaient là une couronne de soleil. Ah ! une jolie pépée, comme disaient les Lorilleux, une morveuse qu'on aurait encore dû moucher et dont les grosses épaules avaient les rondeurs pleines, l'odeur mûre d'une femme faite.

***

Ses savates éculées crachaient comme des pompes, de véritables souliers à musique, qui jouaient un air en laissant sur le trottoir les empreintes mouillées de leurs larges semelles.

***

Maintenant, de la rue de la Goutte d'Or, on voyait une immense éclaircie, un coup de soleil et d'air libre ; et, à la place des masures qui bouchaient la vue de ce côté, s'élevait sur le boulevard Ornano, un vrai monument, une maison à six étages, sculptée comme une église, dont les fenêtres claires, tendues de rideaux brodés, sentaient la richesse. Cette maison-là, toute blanche, posée juste en face de la rue, semblait l'éclairer d'une enfilade de lumière. Même, chaque jour, elle faisait disputer Lantier et Poisson. Le chapelier ne tarissait pas sur les démolitions de Paris ; il accusait l'empereur de mettre partotu des palais pour renvoyer les ouvriers en province...

***

Il ne dessoûlait pas de six mois, puis il tombait et entrait à Sainte-Anne ; une partie de campagne pour lui. Les Lorilleux disaient que monsieur le duc de Tord-Boyaux se rendait dans ses propriétés. 

***

Par malheur, si l'on s'accoutume à tout, on n'a pas encore pu prendre l'habitude de ne point manger.

***

Elle en arrivait les matins de fringale à rôder avec les chiens pour voir aux portes des marchands, avant le passage des boueux ; et c'était ainsi qu'elle avait parfois des plats de riches, des melons pourris, des maquereaux tournés, des côtelettes dont elle visitait le manche, par crainte des asticots. Oui, elle en était là ; ça répugne les délicats cette idée ; mais si les délicats n'avaient rien tortillé de trois jours, nous verrions un peu s'ils bouderaient contre leur ventre ; ils se mettraient à quatre pattes et mangeraient aux ordures comme les camarades.

***

Ce qui redoublait son mauvais rire, c'était de se rappeler son bel espoir de se retirer à la campagne, après vingt ans de repassage. Eh bien ! elle y allait, à la campagne ! Elle voulait son coin de verdure au Père-Lachaise.

 

 

 

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07 avril 2018

FRANZ KAFKA

Franz Kafka est un écrivain pragois de langue allemande et de religion juive, né le 3 juillet 1883 à Prague (alors empire austro-hongrois) et mort le 3 juin 1924 à Kierling. Il est considéré comme l'un des écrivains majeurs du XXe siècle.

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1906

Il est le fils de Hermann et Julie Kafka, issue d'une riche famille de Poděbrady. Il a deux frères, Georg et Heinrich, morts en bas âge, et trois sœurs plus jeunes, Gabriele, Valerie et Ottilie. Kafka a une enfance solitaire. Sa langue maternelle est l'allemand, comme pour près de 10 % de la population de Prague à l'époque.

Les Kafka sont juifs. Kafka décrit son père, avec lequel il a des relations difficiles, comme dominant et prétentieux. Bien qu'il n'ait pas un rapport intense avec sa mère, il s'identifie fortement avec la famille de celle-ci, réputée intellectuelle et spirituelle, contrairement à celle de son père. Son éducation juive se limite à la célébration de sa Bar Mitsva à l'âge de treize ans et à sa participation quatre fois par an aux services de la synagogue.

Après l'enseignement primaire, il est admis au collège d'État à Prague, le Altstädter Deutsches Gymnasium germanophone. Il finit son éducation en 1901. Très tôt, il s'intéresse à la littérature et aux idées socialistes. Il passe ses vacances à la campagne, chez son oncle Siegfried, un médecin de Triesch.

Après son baccalauréat (1901), Kafka commence ses études à l'université Charles de Prague. Après deux semaines de cours en chimie, il décide d'étudier le droit. Il suit cependant aussi des cours de germanistique et d'histoire de l'art. Il voyage un peu. Il se joint au Lese und Redehalle der Deutschen Studenten, une association étudiante qui, parmi d'autres choses, organise des événements et des présentations littéraires.

En 1902, il fait la connaissance du poète Max Brod, qui sera son ami le plus influent et publiera la plus grande partie de son œuvre après sa mort. En 1906, il est reçu docteur en droit et fait un stage d'un an, en service civil, au tribunal de Prague. En 1909, il publie ses premiers essais de prose dans le magazine munichois Hyperion

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La résidence de Kafka à Prague de 1889 à 1896

Le 1er novembre 1907, il entre au service de Assicurazioni Generali une compagnie d'assurance. Après n'y avoir travaillé que neuf mois, il en démissionne parce que les longues heures de travail l'empêchent d'exercer sa grande passion, l'écriture... Deux semaines plus tard, il entre néanmoins au service d'une autre compagnie, l’Arbeiter-Unfall-Versicherungs-Anstalt für das Königreich Böhmen, où il travaillera jusqu'à sa retraite prématurée en 1922. 

Parallèlement à son travail, Kafka continue d'écrire, le soir, jusque tard dans la nuit. 

Kafka entretient des relations compliquées avec les femmes. En 1912, il rencontre la Berlinoise Felice Bauer. Durant les cinq années qui suivent, une correspondance intense se développe. Ils se rencontrent de temps à autre, ce qui aboutit deux fois à des fiançailles. Du côté de Kafka, il s'agit surtout d'un amour platonique, qu'il entretient principalement par ses lettres. En 1917, il crache régulièrement du sang et on pose le diagnostic de tuberculose. Cela conduit à une plainte de nature presque obsessionnelle dans ses lettres à Felice, et l'utilisation de sa maladie comme raison pour rompre ses fiançailles. Mais il voit aussi son statut d'écrivain comme un handicap pour une vie de famille « normale », ce qui serait devenu un énorme problème avec une Felice moins intellectuelle et plus débordante de vie.

En 1919, Kafka se fiance avec Julie Wohryzek, mais son père s'oppose fortement à cette relation. Elle se termine la même année — d'après ce que l'on sait, à l'initiative de Julie —, mais le conflit fait que Kafka adopte une position encore plus antagonique à l'égard de son père.

Au début des années 1920, une relation de courte durée, mais très intense, se développe entre Kafka et la journaliste et écrivaine anarchiste tchèque Milena Jesenská. De toutes les femmes de sa vie — il a eu encore diverses liaisons —, Milena a peut-être le mieux compris cet écrivain hypersensible et, au moins lors de leurs rares rencontres, elle l'aide à surmonter ses craintes. Mais finalement, il se sent mal à l'aise avec cette artiste flamboyante.

Kafka, qui montre des signes d'hypocondrie, souffre, ainsi qu'on le pense maintenant, de dépression clinique et de phobie sociale, mais présente aussi des phénomènes vraisemblablement liés au stress, tels que des migraines, insomnies, constipations et furoncles. Il se méfie de la médecine allopathique et essaye de combattre ses maux avec des cures naturopathes, un régime végétarien et en buvant du lait non pasteurisé. Il profite de ses vacances pour suivre des cures de repos dans des sanatoriums, pour lesquelles son employeur lui octroie souvent des congés exceptionnels. En 1922, l'écrivain part en préretraite, à cause de son état général de santé déficient.

En 1923, il part pour quelque temps à Berlin, espérant pouvoir mieux se concentrer sur l'écriture, loin de l'ingérence de sa famille. C'est à cette époque qu'il rencontre Dora Diamant, qui devient sa compagne. C'est auprès d'elle qu'il goûte finalement un peu de bonheur conjugal, alors qu'il ne le croyait plus possible. Ensemble, ils envisagent d'émigrer en Palestine. Sioniste convaincu, il voit la haine grandir contre les Allemands et les juifs.

Bien que la situation personnelle de Kafka se soit fortement améliorée après son déménagement à Berlin, et qu'il écrive à nouveau beaucoup, l'hiver marqué par l'inflation de 1923-1924 à Berlin se révèle à nouveau funeste pour sa santé déjà chancelante. Les biens de consommation essentiels se font rares et il doit en faire venir de Prague ; de plus, le froid dans le logement mal chauffé n'est pas favorable à sa guérison. Lorsqu'en mars 1924, l'état de Kafka s'est à ce point aggravé que son ami Brod l’emmène avec lui à Prague ; en avril, on lui diagnostique une tuberculose du larynx.

Il est alors clair que Kafka n'en a plus pour longtemps car on ne dispose pas à cette époque de médicaments efficaces ; l'écrivain s'alimente de plus en plus difficilement.  

Kafka est admis au sanatorium de Kierling, près de Vienne, où il meurt à l'âge de 40 ans le 3 juin 1924, Dora Diamant à ses côtés. Son corps est ramené à Prague, où il est enterré le 11 juin 1924 dans le nouveau cimetière juif du quartier de Žižkov.

Œuvres

  • 1912 : Regard 
  • 1913 : Le Verdict 
  • 1913 : Le Soutier
  • 1915 : La Métamorphose
  • 1919 : La Colonie pénitentiaire 
  • 1919 : Un médecin de campagne
  • 1922 : Un champion de jeûne 

Œuvres publiées après sa mort :

  • 1925 : Le Procès 
  • 1926 : Le Château 
  • 1927 : L'Amérique 
  • 1931 : Le Terrier 
  • 1937 : Journal intime 
  • 1945 : Paraboles 
  • 1944 : La Muraille de Chine 
  • 2009 : Cahiers in-octavo 
  • 2010 : Les Aphorismes de Zürau

D'après Wikipédia

 

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05 avril 2018

FRANCOIS MAURIAC

François Mauriac, né le 11 octobre 1885 à Bordeaux et mort le 1er septembre 1970 à Paris, est un écrivain français. Lauréat du Grand prix du roman de l'Académie française en 1926, il est élu membre de l'Académie française en 1933. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1952.

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Il est le fils de Jean-Paul Mauriac, marchand de bois et propriétaire terrien dans les Landes, et Claire Mauriac née Coiffard, héritière d'une famille du négoce bordelais. Dernier d'une fratrie composée d'une sœur aînée, Germaine, et de trois frères, Raymond, Jean et Pierre, François Mauriac est orphelin de père à vingt mois. Il vit toute son enfance très entouré par une mère très pratiquante, dont il est le fils préféré et celui qui gèrera toutes les affaires familiales, par sa grand-mère Irma Coiffard et sous le tutorat de son oncle Louis Mauriac, magistrat.

Outre les divers logements que la famille occupe à Bordeaux, son adolescence est marquée par plusieurs lieux girondins qui tous, marqueront profondément son œuvre : Gradignan où sa grand-mère Irma possède le Château-Lange, les Landes autour de Langon, Verdelais et surtout l'été à Saint-Symphorien, tous ces bourgs dominés par la bourgeoisie viticole ou ayant fait fortune dans l'exploitation forestière, aux climats lourds de secrets étouffés qu'il peindra dans la plupart de ses romans.

Après avoir écrit, dans son enfance, de petits textes et poèmes, il compose à treize ans sa première réelle œuvre, un mélodrame de jeunesse intitulé Va-t'en !

En 1902, la mort de sa grand-mère Irma est un profond choc pour l'adolescent qu'il est, constatant la profonde hypocrisie de sa famille religieuse et bourgeoise qui se partage déjà l'héritage à côté de l'agonisante. 

François Mauriac rate la seconde partie du baccalauréat de philosophie et doit redoubler. Il décide de quitter le lycée religieux et entre au public. Il a alors notamment pour professeur, Marcel Drouin, beau-frère d'André Gide, qui lui fait découvrir les textes de Paul Claudel, Francis Jammes, Henri de Régnier, Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Colette et Gide bien sûr, tous proscrits dans sa famille, et chez les pères, finissant ainsi de constituer son corpus littéraire personnel. Il découvre également à cette époque les textes et idées de Maurice Barrès qui marqueront sa jeunesse.

Après son baccalauréat, il étudie la littérature à la faculté de Bordeaux. A partir de 1905, il fréquente les cercles bordelais du Sillon de Marc Sangnier, mouvement catholique « ouvriériste » dont il se sent proche mais qui le laisse insatisfait et dont il s'écarte définitivement en juin 1907.

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Sa famille l'envoie à Paris, où il s'installe le 16 septembre 1907, pour préparer l'École des chartes qu'il intègre mais abandonne presque aussitôt pour se consacrer entièrement à l'écriture en publiant des poèmes, à son compte, dans la Revue du temps présent.

Son premier volume de poèmes, Les Mains jointes, est publié en 1909. Bien que retenant l'attention des milieux littéraires et notamment, depuis 1910, de Maurice Barrès, auquel il voue un véritable culte, Mauriac ne sera connu du grand public qu'une dizaine d'années plus tard.

En 1913, il épouse Jeanne Lafon, rencontrée chez leur amie commune Jeanne Alleman, auteur qui publie sous le pseudonyme masculin de Jean Balde, et elle lui donne un premier fils, Claude, en 1914, année de la publication de La Robe prétexte. Ses autres enfants, Claire, Luce, et Jean naîtront respectivement en 1917, 1919 et 1924.

Sa carrière littéraire est interrompue par la Première Guerre mondiale, durant laquelle il s'engage un temps, bien que réformé et de santé précaire, dans un hôpital de la Croix-Rouge à Salonique. Après la victoire de 1918, il reprend ses activités et publie, en 1921, Préséances, qui le brouille pour longtemps avec la bonne société bordelaise, puis, en 1922, Le Baiser au lépreux.

François éprouve à partir de 1924 une brûlante passion pour le jeune écrivain suisse Bernard Barbey, passion sans doute non réciproque eu égard à l'hétérosexualité de ce dernier. 

Dans une vie d'abord marquée par les mondanités littéraires, puis par des engagements politiques guidés notamment par un idéal chrétien socialisant, Mauriac est avant tout occupé par la composition d'une œuvre romanesque où il se révèle un analyste des passions de l'âme et un pourfendeur de la bourgeoisie provinciale. La plupart de ses romans évoquent le conflit entre la foi et la chair, et développent plusieurs images récurrentes comme le « désert » spirituel que ses personnages doivent traverser.

La qualité de ses romans et de sa poésie lui vaut d'être triomphalement élu à l'Académie française le 1er juin 1933.   

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Domaine de Malagar

Tout en poursuivant son œuvre, il prend part à de nouveaux combats politiques, notamment au moment de la guerre d'Espagne, d'abord en faveur des Nationalistes avant de se ranger, dès le bombardement de Guernica connu, avec les chrétiens de gauche, aux côtés des Républicains espagnols. Cet engagement provoquera une première rupture avec sa famille politique. 

Sous l'Occupation, il publie en 1941 La Pharisienne, qui peut se lire en creux comme une critique du régime de Vichy et qui lui vaut d'être désigné comme « agent de désagrégation » de la conscience française par les thuriféraires de l'Ordre nouveau. Au sein de l'Académie française, il fait partie avec quelques autres du petit groupe tenant tête à la fraction pétainiste de l'institution. Il adhère au Front national des écrivains et participe à l'œuvre de Résistance à travers la presse clandestine. Il fait paraître en 1943, aux Éditions de Minuit, sous le pseudonyme de « Forez », Le Cahier noir, qui est diffusé sous le manteau.

Au moment de l'épuration, il intervient en faveur de l'écrivain Henri Béraud, accusé de collaboration. Il signe la pétition des écrivains en faveur de la grâce de Robert Brasillach, qui est condamné à mort et qui sera malgré cela exécuté. Cet engagement lui vaut le surnom de « Saint-François-des-Assises ». Il rompt peu après avec le Comité national des écrivains en raison de l'orientation communiste du comité et participe à la revue des Cahiers de La Table ronde, où de jeunes écrivains de droite, qu'on appellera plus tard les Hussards, feront leurs débuts. Entre 1946 et 1953, éditorialiste au Figaro, Mauriac s'illustre par la virulence de son anticommunisme dans le contexte de la Guerre froide. 

En 1952, l'année où paraît son roman Galigaï, Mauriac reçoit le prix Nobel de littérature.

Polémiste vigoureux, d'abord absent du débat sur la guerre d'Indochine (Vercors lui reprochera son silence), il prend ensuite position en faveur de l'indépendance du Maroc et de la Tunisie, puis de l'Algérie, et condamne l'usage de la torture par l'armée française. Il préside aussi le Comité de soutien aux chrétiens d'URSS.

Il soutient un temps Pierre Mendès France sous la IVe République, mais le putsch des généraux à Alger précipite son ralliement sans faille au général de Gaulle sous la Ve République. Au cours des années 1960, il donne une suite à ses Mémoires intérieurs (1959), avec les Nouveaux mémoires intérieurs (1965), et publie ses Mémoires politiques (1967), ainsi qu'une hagiographie du Général, De Gaulle (1964), auquel il demeurera fidèle jusqu'au bout.

Son dernier roman, Un adolescent d'autrefois reçoit un accueil enthousiaste de la critique en 1969. Une suite, Maltaverne, demeure inachevée et sera publiée de manière posthume en 1972.

François Mauriac meurt à Paris le 1er septembre 1970.

Claude Mauriac et Jean Mauriac, ses fils, et Anne Wiazemsky, sa petite-fille, sont aussi écrivains. Luce Mauriac, sa fille, a publié un roman en 2008.

Le domaine de Malagar, à Saint-Maixant, qui fut le lieu de la fin de l'adolescence et que l'écrivain reçut en 1927 à la suite d'un partage familial, est aujourd'hui propriété du Conseil régional d'Aquitaine. Cette maison d'écrivain, transformée en centre culturel, est désormais ouverte à la visite.

Romans, nouvelles, récits

  • 1913 : L'Enfant chargé de chaînes
  • 1914 : La Robe prétexte
  • 1920 : La Chair et le Sang
  • 1921 : Préséances
  • 1921 : Dialogue d'un soir d'hiver (nouvelle)
  • 1922 : Le Baiser au lépreux
  • 1923 : Le Fleuve de feu
  • 1923 : Genitrix
  • 1924 : Le Mal
  • 1925 : Le Désert de l'amour 
  • 1927 : Thérèse Desqueyroux
  • 1928 : Destins
  • 1929 : Trois récits : Coups de couteau, 1926 ; Un homme de lettres, 1926 ; Le Démon de la connaissance, 1928
  • 1930 : Ce qui était perdu
  • 1932 : Le Nœud de vipères
  • 1933 : Le Drôle (conte pour enfant)
  • 1933 : Le Mystère Frontenac
  • 1935 : La Fin de la nuit
  • 1936 : Les Anges noirs
  • 1938 : Plongées comprenant Thérèse chez le docteur, 1933 ; Thérèse à l'hôtel, 1933 ; Le Rang ; Insomnie ; Conte de Noël
  • 1939 : Les Chemins de la mer
  • 1941 : La Pharisienne
  • 1944 : Les Arbres et les Pierres
  • 1951 : Le Sagouin
  • 1952 : Galigaï
  • 1954 : L'Agneau
  • 1969 : Un adolescent d'autrefois
  • 1972 : Maltaverne (posthume)

Il a aussi écrit du théâtre, de la poésie, des essais, des articles, des mémoires, des discours...

D'après Wikipédia

 

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