MES LECTURES CLASSIQUES

19 septembre 2017

* * * LA MAISON TELLIER - GUY DE MAUPASSANT

J'adore Maupassant, je ne cesse de le lire et de le relire. Son style est précis, magnifique mais aisé à lire, ses histoires tragico-comiques formidables. Ses nouvelles sont chaque fois étonnantes ; soit c'est une ambiance particulière qui vous saisit, soit c'est l'humour de situations inattendues, soit c'est une "chute" finale heureuse... ou malheureuse... Quel talent, mais quel talent !

INCIPIT (La maison Tellier)

On allait là, chaque soir, vers onze heures, comme au café, simplement.

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RESUME

  • La maison Tellier : une maison close (madame et ses cinq "filles") partent à une communion...
  • Les tombales : une façon inédite de "draguer" (ou de pécho, dirait-on aujourd'hui)...
  • Sur l'eau : histoire de fantômes...
  • Histoire d'une fille de ferme : angoisse et désespoir de la fille-mère...
  • En famille : "Grand-Maman est morte !"
  • Le papa de Simon : un petit garçon se cherche un papa
  • Une partie de campagne : les dames se lâchent
  • Au printemps : ne vous mariez jamais !
  • La femme de Paul : chagrin d'amour

MON AVIS

Tour à tour drôles, tristes, tendres, ironiques, cyniques... ces nouvelles sont chaque fois surprenantes. Maupassant a vraiment un don pour "raconter des histoires", qui nous touchent chaque fois. Il parle de tous les milieux, y compris ceux que l'on ne doit pas fréquenter à cette époque : prostituées, homosexuels, femmes célibataires, avec naturel, compassion ; il observe mais ne juge jamais. Et s'il se moque parfois, c'est toujours avec une infinie tendresse, qu'il s'agisse des pauvres gens ou des petits bourgeois.

Et c'est merveilleusement écrit. 

Je ne saurais dire celle que je préfère... Je vais plutôt citer les deux qui m'ont moins émue : Sur l'eau et Au printemps.

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 La maison Tellier, téléfilm

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

La Maison Tellier est le premier recueil de nouvelles de Guy de Maupassant, paru en 1881 chez l'éditeur Victor Havard, puis dans une édition augmentée en 1891 chez Paul Ollendorff.

Certaines des nouvelles avaient fait l'objet d'une publication antérieure dans des journaux comme la Revue politique et littéraire ou La Vie moderne

Le recueil s'ouvre sur une dédicace ainsi conçue : « À Ivan Tourgueniev, hommage d'une affection et d'une grande admiration. »
Maupassant rencontre le romancier russe vers 1876 par l'intermédiaire de Gustave Flaubert et cette dédicace se veut le témoignage de son estime pour l'homme et l'œuvre. À l'époque de la publication du recueil, les récits de Tourgueniev exercent une réelle influence sur le jeune écrivain français qui s'inspire notamment de Moumou pour écrire Histoire d'un chien, une nouvelle que Maupassant refuse de publier en volume tant elle ressemble à son modèle.
 
Dès sa parution, le succès public et critique du recueil est considérable. La première édition connaît de nombreuses réimpressions. En 1891, alors que les ventes faiblissent et que son contrat avec Havard prend fin, Maupassant en profite pour négocier avec l'éditeur Paul Ollendorff une seconde publication augmentée de la nouvelle Les Tombales.

Avec La Maison Tellier, Maupassant produit une œuvre qui lui permet, après Boule de suif, d'asseoir durablement sa réputation d'écrivain.

Néanmoins, les avis des critiques sont partagés entre ceux qui ont crié à « l'ordure » comme Léon Chapron dans L'Événement ou ceux qui ont qualifié ce recueil de « chef-d’œuvre », tel Émile Zola dans Le Figaro.

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 La Grenouillère, par Auguste Renoir

MES EXTRAITS FAVORIS

La maison Tellier : le curé, qui ne sait pas que ces si dévotes dames, qui n'arrêtent pas de pleurer d'émotion, sont des prostituées :

"- Mes chers frères, mes chères soeurs, mes enfants, je vous remercie du fond du coeur : vous venez de me donner la plus grande joie de ma vie. J'ai senti Dieu qui descendait sur nous à mon appel. Il est venu, il était là, présent, qui emplissait vos âmes, faisait déborder vos yeux. Je suis le plus vieux prêtre du diocèse, j'en suis aussi, aujourd'hui, le plus heureux. Un miracle s'est fait parmi nous, un vrai, un grand, un sublime miracle. Pendant que Jésus-Christ pénétrait pour la première fois dans le corps des petits, le Saint-Esprit, l'oiseau céleste, le souffle de Dieu s'est abattu sur vous, s'est emparé de vous, vous a saisis, courbés, comme des roseaux sous la brise.

Puis d'une voix plus claire, se tournant vers les deux bancs où se trouvaient les invitées du menuisier : 

- Merci surtout à vous, mes chères soeurs, qui êtes venues de si loin, et dont la présence parmi nous, dont la foi visible, dont la piété si vive ont été pour tous un salutaire exemple. Vous êtes l'édification de ma paroisse ; votre émotion a échauffé les coeurs ; sans vous, peut-être, ce grand jour n'aurait pas eu ce caractère vraiment divin. Il suffit parfois d'une seule brebis d'élite pour décider le Seigneur à descendre sur le troupeau."

Maupassant est un macho (ce qui est normal à son époque...)

"Il faisait très beau temps à ce moment-là, je sortis de chez moi, un après-midi, sans savoir où j'irais. On a toujours un vague désir de faire une visite à une jolie femme quelconque. On choisit dans sa galerie, on les compare dans sa pensée, on pèse l'intérêt qu'elles vous inspirent, le charme qu'elles vous imposent et on se décide enfin suivant l'attraction du jour." (Les tombales)

"D'une nature attendrie et fine, il avait rêvé des liaisons exquises, idéales et passionnées ; et voilà que ce petit criquet de femme, bête, comme toutes les filles, d'une bêtise exaspérante, pas jolie même, maigre et rageuse, l'avait pris, captivé, posssédé des pieds à la tête, corps et âme." (La femme de Paul)

La Grenouillère, haut-lieu de divertissement des Parisiens (La femme de Paul)

"Ce lieu sue la bêtise, pue la canaillerie et la galanterie de bazar. Mâles et femelles s'y valent. Il y flotte une odeur d'amour, et l'on s'y bat pour un oui ou pour un non, afin de soutenir des réputations vermoulues que les coups d'épée et les balles de pistolet ne font que crever davantage. Quelques habitants des environs y passent en curieux, chaque dimanche ; quelques jeunes gens, très jeunes, y apparaissent chaque année, apprenant à vivre. Des promeneurs, flânant, s'y montrent ; quelques naïfs s'y égarent. C'est, avec raison, nommé la Grenouillère. A côté du radeau couvert où l'on boit, et tout près du "Pot-à-fleurs", on se baigne. Celles des femmes dont les rondeurs sont suffisantes viennent là montrer à nu leur étalage et faire le client. Les autres, dédaigneuses, bien qu'amplifiées par le coton, étayées de ressorts, redressées par-ci, modifiées par-là, regardent d'un air méprisant barboter leurs soeurs. Sur une petite plate-forme, les nageurs se pressent pour piquer leur tête. Ils sont longs comme des échalas, ronds comme des citrouilles, noueux comme des branches d'olivier, courbés en avant ou rejetés en arrière par l'ampleur du ventre, et, invariablement laids, ils sautent dans l'eau qui rejaillit jusque sur les buveurs de café. Malgré les arbres immenses penchés sur la maison flottante et malgré le voisinage de l'eau, une chalur suffocante emplissait ce lieu. Les émanations des liqueurs répandues se mêlaient à l'odeur des corps et à celle des parfums violents dont la peau des marchandes d'amour est pénétrée et qui s'avaporaient dans cette fournaise. Mais sous toutes ces senteurs diverses flottait un arôme léger de poudre de riz qui parfois disparaissait, reparaissait, qu'on retrouvait toujours, comme si quelque main cachée eût secoué dans l'air une houppe invisible."

 

 

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18 septembre 2017

BALZAC ET SON TEMPS : AIDE A LA LECTURE !

La France de Balzac (1799-1850)

Honoré de Balzac parsème ses oeuvres de commentaires politiques ou sociologiques sur la société de son temps et ses personnages prennent parti pour tel ou tel politique, telle ou telle mode. Il est donc bon de revoir un peu notre histoire pour bien comprendre les subtilités et la beauté de ses romans.

Restauration 

Face à la déroute du Premier Empire napoléonien (1804), on envisage un retour à la monarchie. Louis XVIII est appelé sur le trône de France par le sénat d'Empire. Une charte est octroyée à la France. Le roi s'attache à concilier Révolution et Royauté ce qui suscite des espoirs chez les libéraux. Après le court interlude des Cent-Jours où les puissances coalisées battent une seconde fois Napoléon et contraignent ce dernier à un second exil, Louis XVIII et les bourbons prennent réellement le pouvoir.

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Louis XVIII, règne de 1815 à 1824

En 1815, les partisans d'un royalisme fort, les ultras-royalistes, dirigent le pays. La postérité appellera cette période la Terreur blanche de 1815. Balzac a seize ans. Durant l'année où elle détient le pouvoir, la chambre droitière vote des mesures répressives envers les anciens membres de l'Empire. Ainsi, des lois sont votées contre ceux qui ont permis le bref retour de Napoléon en 1815, des lois sont également votées contre la liberté de la presse, jugée dangereuse. Louis XVIII comprend vite que cette chambre ne reflète pas le pays réel, et décide de dissoudre la chambre des députés en 1816. Elle est remplacée par une majorité de royalistes constitutionnels, souhaitant libéraliser quelque peu le pays. Des mesures libérales sont votées comme la loi Lainé en 1817 sur le système électoral, la loi Gouvion-Saint-Cyr sur l'armée en 1818 ou encore les lois de Serre en 1819 sur la liberté de la presse.

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Charles X, règne de 1824 à 1830

Un choc inattendu va renverser les chambres, l'assassinat du neveu du roi, sur lequel repose l'avenir dynastique. Les mesures libérales sont jugées responsables de la situation et en 1820, la Restauration prend un virage à droite irréversible. Durant dix ans, des lois conservatrices sont votées par les gouvernements successifs. À cela s'ajoutent le retour des ultras à la chambre en 1824 et l'arrivée sur le trône d'un monarque ne souhaitant aucune conciliation avec la Révolution française : Charles X. L'opposition de gauche s'unit pour la défense des idéaux révolutionnaires. Elle rassemble constitutionnels, libéraux et républicains. Cette opposition triomphe finalement à la chambre aux élections de 1827. Balzac a vingt-huit ans. Charles X, un temps conciliant, décide de ne plus jouer le jeu parlementaire dès 1829 et nomme un gouvernement ultra alors que la majorité de la chambre est libérale. L'opposition entre les deux idéologies conduit une lutte d'abord légale pendant un an, puis, à la suite des ordonnances contre-révolutionnaires de Charles X, à une lutte illégale et à une révolution désormais célèbre sous le nom de Trois Glorieuses. Charles X est chassé du trône et les libéraux appellent son lointain cousin Louis-Philippe pour le reprendre. C'est la fin de la Restauration et le début de la monarchie de Juillet.

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La liberté guidant le peuple, par Eugène Delacroix - Révolution de 1830

Monarchie de Juillet 

Le 9 août 1830, Louis-Philippe prête serment  et est intronisé. C'est le commencement officiel de la monarchie de Juillet. Le 11 août, un gouvernement est formé, rassemblant des ténors de l'opposition constitutionnelle… Le ministère doit répondre à un double objectif : prendre fermement en main la machine administrative et rétablir l'ordre dans la rue, tout en feignant l'enthousiasme pour la cause de la révolution qui vient de triompher.

Le 11 octobre, le nouveau régime décide que des récompenses seront accordées à tous les blessés des « Trois Glorieuses » et crée une médaille commémorative pour les combattants de la révolution de Juillet. En octobre, le gouvernement présente un projet de loi destiné à indemniser à concurrence de 7 millions les victimes des journées de Juillet.

Sont adoptées et promulguées des lois revenant sur des mesures impopulaires prises sous la Restauration. La loi d'amnistie de 1816, qui avait condamné à la proscription les anciens régicides, est abrogée, à l'exception de son article 4, qui condamne au bannissement les membres de la famille Bonaparte. L'église Sainte-Geneviève est de nouveau retirée au culte catholique le 15 août et retrouve, sous le nom de Panthéon, sa vocation de temple laïc dédié aux gloires de la France. Une série de restrictions budgétaires frappent l’Église catholique.

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Louis-Philippe, règne de 1830 à 1848

Le 25 septembre, répondant à une interpellation à la Chambre sur ce sujet, le ministre de l'Intérieur, Guizot, exprime la volonté de mettre un terme à l'agitation. Le discours est bien accueilli à la Chambre, mais celle-ci ne parvient pas à conclure. C'est l'apparition d'un clivage entre deux tendances politiques antagonistes, qui vont structurer la vie politique sous la monarchie de Juillet : le parti du mouvement (soutenu par le journal Le National), réformiste et favorable à une politique d'aide aux nationalités ; le parti de la résistance (soutenu par le Journal des débats), conservateur et favorable à la paix avec l'Europe.

Pendant des mois vont se succéder les émeutes, réprimées férocement, et les gouvernements, qui tombent les uns après les autres.

La pandémie de choléra, partie d'Inde en 1815, atteint Paris autour du 20 mars 1832. Balzac a trente-trois ans. Elle tue 13 000 personnes rien qu'en avril, et continuera de ravager la capitale jusqu'en septembre, y faisant au total 18 000 morts. Le choléra frappe également la famille royale – Madame Adélaïde est atteinte – et la classe politique.

Le 30 octobre 1836, la tentative de soulèvement de Strasbourg de Louis-Napoléon Bonaparte tourne rapidement court. Le prince et ses complices sont arrêtés le jour même, au grand embarras du gouvernement qui ne sait que faire de cet encombrant prisonnier. En dehors de toute procédure légale, le ministère le fait transporter à Lorient où il est embarqué, le 21 novembre, sur L'Andromède qui le conduit aux États-Unis. Les autres conjurés sont déférés à la cour d'assises de Strasbourg qui les acquitte le 18 janvier 1837.  

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Mode 1830

Le 12 mai 1840, le ministre de l'Intérieur, Rémusat, annonce à la Chambre des députés que le roi a décidé que les restes mortels de Napoléon Ier seront inhumés aux Invalides. Avec l'accord du gouvernement britannique, le prince de Joinville ira les chercher à Sainte-Hélène sur un navire de guerre, la frégate la Belle-Poule, et les ramènera en France. L'annonce suscite un effet immense dans l'opinion, qui s'enflamme aussitôt de ferveur patriotique. Thiers y voit l'achèvement de l'entreprise de réhabilitation de la Révolution et de l'Empire qu'il a conduite, tandis que Louis-Philippe cherche à capter à son profit un peu de la gloire impériale en s'appropriant l'héritage symbolique de Napoléon comme il s'est approprié celui de la monarchie légitime à Versailles.

Voulant profiter de ce mouvement de ferveur bonapartiste, le prince Louis-Napoléon débarque à Boulogne-sur-Mer, le 6 août 1840, en compagnie de quelques comparses. L'opération est un échec total : Louis-Napoléon et ses complices sont arrêtés et incarcérés au fort de Ham. Le prince est condamné à l'emprisonnement perpétuel.

L'époque est caractérisée par l'éclosion d'un nouveau phénomène social baptisé paupérisme. Lié à l'industrialisation et à la concentration ouvrière, il s'agit de la pauvreté durable et massive des ouvriers, qui ne peuvent améliorer leur niveau de vie. De plus, les anciennes solidarités de congrégations caractéristiques de l'Ancien Régime ont disparu. La situation ouvrière est catastrophique. Journée de 14 heures, salaires à 0,20 franc par jour, travail incessant, sans jour de congé dans la semaine ni même dans l'année, et ce uniquement pour subvenir à leurs besoins vitaux, les ouvriers sont à la merci des patrons. Les 250 000 mendiants et les 3 millions de Français inscrits aux bureaux de bienfaisance constituent un réservoir d'insatisfaits, face à une assistance publique inexistante. Les bourgeois en sont conscients et Karl Marx entame à cette époque sa théorisation du « capitalisme ». Cette situation aboutit en 1841 à la seule loi sociale du régime, qui interdit le travail aux enfants de moins de 8 ans et le travail de nuit pour ceux de moins de 13 ans, loi rarement appliquée. 

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Révolte des canuts

En 1846 (Balzac a quarante-sept ans), la récolte est très mauvaise. L'augmentation des prix du blé, base de l'alimentation, provoque la disette. Le pouvoir d'achat baisse. Le marché de consommation intérieur ne progresse plus, entraînant une crise industrielle de surproduction. Immédiatement les patrons s'adaptent en renvoyant leurs ouvriers. Aussitôt, on assiste à un retrait massif de l'épargne populaire, le système bancaire est en crise. Les faillites se multiplient, les cours de la Bourse chutent. L'État réagit en important du blé russe, ce qui rend la balance commerciale négative. Les grands travaux stoppent. La spéculation trop grande sur le marché des chemins de fers provoque un éclatement de la "bulle financière" et ruine des épargnants. Les manifestations ouvrières se développent. 

Les associations étant encadrées et les rassemblements publics interdits à partir de 1835, l'opposition est bloquée. Pour contourner cette loi, les opposants suivent les enterrements civils de certains d'entre eux, qui se transforment en manifestations publiques. Les fêtes de famille et les banquets servent également de prétexte aux rassemblements. Ces "banquets" se déroulent dans toutes les grandes villes de France. Louis-Philippe durcit son discours et interdit le banquet de clôture le 14 janvier 1848, qui va provoquer la révolution, la proclamation de la Seconde République... qui sera arrêtée dans son élan en 1851 par le coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte.

Mais notre Honoré est mort en 1850...

LA RELIGION

Durant toute la première moitié du XIXe siècle (toute l'époque où vit Honoré), la religion catholique tente de se reconstruire tout en essayant de garder son rôle de ciment de la société française. Après une phase de rétablissement après l'Empire, le catholicisme connaît un véritable renouvellement tant spirituel qu'organique. L'Église française tente également de se moderniser de par son internationalisation (missionnaires, étudiants en théologie dans les universités allemandes) et de par leur volonté d'associer les laïcs à la vie religieuse au moyen d'associations.  

LE ROMANTISME

Le romantisme est un mouvement culturel apparu à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre et en Allemagne et se diffusant à toute l’Europe au cours du XIXe siècle, jusqu’aux années 1850. Il s’exprime dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique et la politique. Il se caractérise par une volonté d'explorer toutes les possibilités de l'art afin d'exprimer ses états d'âme : il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l'évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l'exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d'une sensibilité passionnée et mélancolique.  

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Caspar David Friedrich, Falaise de craie sur l’île de Rügen, 1818

L'adjectif romantic nait en Angleterre vers 1650, dérivé du français "roman/romanz", il fait référence aux romans du Moyen Âge, les récits versifiés en langue romane, par opposition aux ouvrages rédigés en latin, des récits empreints de fantastique. 

Le romantisme plonge ses racines au cœur même du siècle des Lumières. Ses principes constitutifs sont formulés pour la première fois en Allemagne entre 1770 et 1780 par les représentants du Sturm und Drang (Tempête et Passion), le nom du mouvement, emprunté au titre d'un drame de Friedrich Maximilian Klinger. Mû par un sentiment de révolte à l'égard de la culture dominante des Lumières, le Sturm und Drang célèbre la force irrépressible du sentiment et le culte de l'individualité. Il ne s'agit pas d'une rupture brutale avec le présent, mais d'une élaboration du culte du sentiment et du grand mythe de la nature énoncés par Jean-Jacques Rousseau au milieu du XVIIIe siècle. Ainsi s'esquisse le portrait de l'homme révolté, d'un surhomme se mesurant avec Dieu. Ainsi naît surtout, une nouvelle conception de l'art, compris comme liberté absolue de création, qui refuse les contraintes imposées par les règles et les traditions, et qui revendique le droit de l'imagination individuelle à s'exprimer selon son propre langage. Si le Sturm und Drang ouvre la voie au Romantisme, par le déferlement des passions et la spontanéité de l'individu, leurs modèles de beauté se réfèrent néanmoins encore aux canons classiques, aux œuvres de l'Antiquité.

Le véritable rejet du classicisme est exprimé par les collaborateurs de la revue Athenaeum, fondée en 1798 par les frères Schlegel. Rejetant les modèles grecs et romains à l'époque où triomphe l'esthétique néo-classique, cette conception privilégie l'expression de l'irrationnel et le mysticisme, le sentiment de l'infini et de l'immensité, le rapport entre la nature et le sentiment intérieur. Sous l'Empire, tout un groupe d'écrivains, dont Madame de Staël est le plus célèbre représentant, plaident la cause allemande aux dépens de la tragédie et du poème classiques. Le Nord c'est la nostalgie, les sentiments sombres, l'infini. “Ce que l'homme a fait de plus grand, comme l'écrit en 1800 Madame de Staël, il le doit au sentiment douloureux de l'incomplet de sa destinée. … le sublime de l'esprit, des sentiments et des actions doit son essor au besoin d'échapper aux bornes qui circonscrivent l'imagination”. 

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Thomas Cole, Enfance, 1842

En Angleterre, l'essai d'Edmund Burke, Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, paru en 1756, a une influence considérable, sur la peinture du sublime et sur le mysticisme du paysage, tel que l'illustra Caspar David Friedrich. En 1762, James Macpherson publie ses Poèmes d'Ossian, dont le succès provoque une vague de celtomanie dans toute l'Europe. Inspiré d'ancien poèmes gaëliques, Macpherson les réécrit et les attribue à un barde écossais du IIIe siècle. En 1764, Le Château d'Otrante d'Horace Walpole inaugure le genre du "roman noir", dont le décor ténébreux et les atmosphères effrayantes correspondent à ce que Burke a défini comme le "sublime".

Parallèlement, la tourmente de la Révolution française puis de l’Empire provoque un bouleversement, politique, social et culturel dont les effets se font sentir dans l’Europe entière. La Révolution française, en l'espace de quelques années, a paru réaliser instantanément et miraculeusement l'idéal romantique de nation libre, consciente d'elle-même et maîtresse de son destin. Cette circonstance explique à elle seule la force et l'éclat du romantisme français. Sans ce séisme politique, il est probable que la France, nourrie de culture classique et arc-boutée sur ses certitudes aristocratiques, n'aurait jamais pu faire un tel accueil à l'esprit du romantisme.  

D'après Wikipédia

 

 

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15 septembre 2017

CHARLOTTE BRONTË

Charlotte Brontë, née le 21 avril 1816 à Thornton (comté d'Adams) et morte le 31 mars 1855 à Haworth (comté de Bergen), est une romancière anglaise.ons

Son père, Patrick Brontë, est pasteur. Ils sont six enfants, cinq filles, un garçon. Sa mère meurt d'un cancer de l'estomac le 15 septembre 1821. En 1824, pour assurer leur éducation, les quatre filles aînées sont envoyées à l'école de Cowan Bridge, établissement recevant les enfants des membres du clergé peu fortuné.

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Dans cette école, pourtant de bonne réputation, les conditions de vie sont difficiles, sans chauffage, avec une maigre nourriture préparée sans aucune hygiène, et presque immangeable. L'année suivante, Maria et Elizabeth tombent gravement malades et en sont retirées, mais décèdent peu après à quelques semaines d'intervalle, le 6 mai et le 15 juin 1825 ; Charlotte et Emily, enlevées elles aussi à ce lieu malsain, retournent à Haworth.

La perte de leurs deux sœurs sera pour les enfants un traumatisme. 

Charlotte se retrouve l'aînée des quatre enfants survivants. Les autres sont Branwell, Emily et Anne. Désormais, les enfants seront élevés par leur tante maternelle Elizabeth Branwell, figure un peu mystérieuse qui n'aura pas une grande influence sur Charlotte et Emily. Mais surtout, une véritable symbiose littéraire et familiale va se créer entre les enfants.

En effet, stimulés par la lecture du Blackwood's Magazine que reçoit leur père, Charlotte et Branwell entament avec Emily et Anne une collaboration littéraire intense autour d'un pays imaginaire, la confédération de Glass Town, créant une quantité fabuleuse de récits, de pièces de théâtre, de journaux, de poèmes écrits en caractères minuscules. Ils peuplent ce monde d'une foule de personnages. C'est l'occasion pour les quatre enfants d'échanges d'idées et de connaissances intenses, et d'une stimulante rivalité intellectuelle.

Puis Charlotte est envoyée une nouvelle fois en pension, en 1831, mais cette fois dans un établissement de qualité.

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L'entrée dans la vie professionnelle est difficile. Hantée par le besoin d'écrire, elle parvient à peine à remplir ses fonctions d'institutrice dans son ancien pensionnat, puis de gouvernante chez des particuliers. Des tentatives de contact avec d'autres écrivains, notamment Robert Southey qui lui déconseille l'écriture parce qu'elle est une femme, ne portent guère de fruits. 

Avec en tête l'idée de créer son propre pensionnat de jeunes filles, elle décide de partir à l'étranger pour parfaire ses connaissances linguistiques. En 1842, elle se rend à Bruxelles, en compagnie de sa sœur Emily, au Pensionnat Héger dans le quartier Royal, dirigé par Mme Héger. Elle commence à subir l'ascendant du mari de celle-ci, Constantin Héger, érudit et pédagogue remarquable, qui n'a que sept ans de plus qu'elle. La mort de leur tante contraint les deux sœurs à rentrer à Haworth, où Emily décide de se fixer définitivement. Charlotte retourne chez les Héger, qui lui ont proposé un poste d'enseignante d'anglais dans leur établissement. De plus en plus obsédée par M. Héger, elle connaît une crise psychologique grave, et décide de retourner au Royaume-Uni. De Haworth, elle écrira des lettres passionnées à son « maître », qui, après un ou deux échanges, décide de cesser la correspondance. Il faudra à Charlotte de longs mois pour s'en remettre. 

Un jour, en 1845, Charlotte découvre par hasard des textes d'Emily. Éblouie par leur qualité, elle propose à ses sœurs de publier un volume collectif qui paraîtra sous le titre Poems by Currer, Ellis and Acton Bell (1846). Aylott & Jones, petite maison d'édition de Londres, leur fait savoir que la publication se fera à compte d'auteur, tant le risque commercial lui semble grand. L'ouvrage paraît en 1846 sous des pseudonymes masculins, Currer (pour Charlotte), Ellis (pour Emily) et Acton (pour Anne) Bell. Ce sont des prénoms fort peu courants, mais les initiales de chacune des sœurs sont respectées et le patronyme a peut-être été inspiré par celui du vicaire de la paroisse, Arthur Bell Nicholls. Les trois sœurs entament ensuite des romans. Ceux d'Anne et Emily, Agnes Grey et Les Hauts de Hurlevent, sont acceptés par un éditeur, mais pas le récit de Charlotte, The Professor. En revanche, son deuxième roman, Jane Eyre, publié en 1847 sous le pseudonyme de Currer Bell, fait sensation. Héritier de la tradition du roman gothique, ce récit à la première personne scandalise certains par l'affirmation de soi et la détermination de l'héroïne - on est en pleine époque victorienne - mais son style somptueux, à la fois passionné et parfaitement maîtrisé, en fera un immense best-seller. Elle entame alors un troisième roman, Shirley.

Entre-temps, son frère Branwell est devenu alcoolique et opiomane, addictions qu'une déception amoureuse ne fait qu'aggraver, et meurt de tuberculose en septembre 1848. Emily décède aussi quelques semaines plus tard, en décembre de la même année, après avoir pris froid et refusé de se soigner. Moins rétive aux soins, Anne ne tardera pourtant pas à mourir de la même maladie en mai 1849.

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Commence alors une période de calvaire pour Charlotte. Elle termine tant bien que mal Shirley tout en luttant contre la dépression. Ses horizons s'élargissent néanmoins à présent qu'elle n'est plus tenue de respecter l'anonymat qu'elle avait juré à Emily. Soutenue par son éditeur George Smith, elle fait la connaissance du Tout-Londres littéraire et noue de solides amitiés avec ses pairs, notamment sa future biographe Elizabeth Gaskell.

Shirley a souffert des conditions dans lesquelles il a été écrit. Les deux héroïnes se transforment en portraits idéalisés des sœurs de Charlotte, et le récit ne cesse de vaciller entre le réalisme social et un romantisme aussi échevelé mais beaucoup moins convaincant que celui de Jane Eyre. Charlotte retrouve une veine plus conforme à son talent avec Villette, publié en 1853, fondé sur ses expériences bruxelloises et considéré par certains comme son chef-d'œuvre.

C'est vers cette époque que le vicaire (son gouverneur) de son père, Arthur Bell Nicholls, se déclare et la demande en mariage. M. Brontë s'y oppose violemment. Nicholls persiste et obtient, au bout de longs mois d'épreuves, de vexations et d'exil, gain de cause ; Charlotte et lui se marient en 1854 et connaissent un grand bonheur conjugal. 

Le 31 mars 1855, Charlotte tombe malade et meurt à 38 ans. De nombreuses hypothèses ont été avancées quant aux causes exactes de sa mort : tuberculose, typhoïde ou gastro-entérite, et n'ont jamais été déterminées.

Sources d'inspiration

Dès l'enfance, Charlotte, comme Emily et probablement plus fortement Branwell, est influencée par certaines sources d'inspiration : le Blackwood's Magazine, que leur lit régulièrement leur père, revêt une importance toute particulière, en alimentant non seulement leur connaissance des événements du monde, mais aussi leur imagination : ainsi, la carte de l'Afrique qui y est publiée en juillet 1831 ne les laisse pas indifférents, car elle matérialise, en quelque sorte, leur monde de Glass Town, qu'ils ont situé en Afrique de l'ouest.

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Portrait de Charlotte, Emily et Anne par Branwell Brontë

Ce même Blackwood's Magazine leur fait connaître les contes gothiques, si populaires mais déjà sur le déclin. Ils inspirent à Emily ses premiers poèmes.

C'est toujours dans le Blackwood's Magazine que Charlotte, son frère et ses sœurs découvrent la personne de Byron, en août 1825, avec les Derniers Jours de Lord Byron, mort l'année précédente.  

Dans le domaine artistique, le peintre John Martin exerce également une impression forte sur l'imagination des enfants Brontë. En effet, trois gravures de ses oeuvres datant toutes des années 1820, ornent les murs du presbytère de Haworth. Charlotte comme Branwell réalisent d'ailleurs des copies des tableaux de John Martin.

Enfin, Charlotte était une fervente admiratrice de Walter Scott, dont elle a dit en 1834 : « Pour ce qui est de la fiction, lisez Walter Scott et lui seul ; tous les romans après les siens sont sans valeur ». .

Romans 
 
Charlotte a écrit quatre romans :

  • Jane Eyre 
  • Shirley
  • Villette 
  • Le Professeur

D'après Wikipédia

 

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13 septembre 2017

* * LA MARE AU DIABLE - GEORGE SAND

Je n'ai pas relu George Sand... depuis le lycée. Ce qui remonte à loin vu mon âge avancé. Il me semblait avoir beaucoup aimé La mare au diable, j'ai donc commencé par celui-là. Petite déception.

INCIPIT

"A la sueur de ton visaige, Tu gagnerois ta pauvre vie, Après long travail et usaige, Voicy la mort qui te convie". Le quatrain en vieux français, placé au-dessous d'une composition d'Holbein, est d'une tristesse profonde dans sa naïveté.

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RESUME

Germain est laboureur, il travaille pour la ferme de son beau-père, un vieil homme juste et bon. La femme de Germain est morte jeune et leurs trois enfants sont pris en charge par leurs grands-parents qui se sentent dépassés. Ils suggèrent à leur gendre de se remarier... Il lui faut une épouse solide, pas trop belle, pas trop pauvre, aimant les enfants et travailler dur. Justement, ils en connaissent une dans le village voisin...

MON AVIS

J'aime bien la façon dont le livre est construit. La narratrice nous livre d'abord une préface, mais qui fait intégralement partie du roman. Elle nous présente son personnage principal après une longue réflexion sur le travail de la terre et la paysannerie. Puis dans la seconde, elle raconte l'histoire de Germain. Et dans la troisième, elle nous narre dans le détail son mariage, afin de nous livrer un témoignage précis, sociologique, presque ethnologique, des moeurs paysannes de ce temps-là, dans son Berry tant aimé, et regrette (déjà) que ces traditions se perdent.

Mais l'histoire en elle-même m'a déçue. Aucune surprise, il est évident dès le début que Germain et Marie vont tomber amoureux (pas besoin d'atteindre la Mare !). On n'est donc pas plus motivé que ça par le déroulement des événements. La nature par contre est magnifiée et offre de très belles et expressives descriptions.

Il est étonnant de constater à quel point George Sand aimait sa région natale et le monde rural, elle qui fut une "grande dame", habitant souvent Paris, côtoyant les gens les plus célèbres de son temps, voyageant souvent. La plupart de ses romans se déroulent en milieu paysan, au fin fond du Berry, comme si elle comparait sans cesse sa vie superficielle et facile, au labeur quotidien des campagnards qui s'épuisaient à la tâche sans être sûrs d'avoir du pain pour le souper du soir et pour lesquels elle éprouve admiration et compassion. 

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En ça, La Mare au diable reste un témoignage plein de charme et d'intelligence, à l'ambiance ensorcelante. Le titre se réfère à un petit étang auprès duquel Germain, Marie et Petit-Pierre, égarés dans les bois et le brouillard, ont passé la nuit. Une mare qui semblent leur avoir jeté un sort...

Une fois de plus par contre, je déplore la médiocrité de la version Kindle (liseuse). Pas trop de fautes de frappe et d'orthographe, cette fois, mais une mise en page abominable, sans tirets pour les dialogues, avec des sauts de lignes inopinés... ça vous gâche la lecture !

A noter qu'il existe bel et bien une "mare au diable" en Indre, près de Mers-sur-Indre, dans le bois de Chanteloube. On ne sait pas depuis quand elle est ainsi appelée. Pour certains, à Mers-sur-Indre, son nom lui viendrait de la nuit des temps. Pour d’autres, il est tout droit sorti de l’imagination fertile de George Sand...

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

La Mare au diable est publié en 1846. Généralement rattaché à la série de romans dits "champêtres" de George Sand, c'est un roman court qui décrit une intrigue amoureuse dans la société paysanne du Berry. La Mare au diable a remporté un succès immédiat à sa parution et est resté l'un des romans les plus connus de l'auteure.  
 
George Sand décrit au début une gravure faisant partie de la série des Simulacres et historiées faces de la mort de Hans Holbein le Jeune, qui relèvent du genre de la danse macabre. La gravure montre un laboureur qui travaille dans on champ, courbé sur sa charrue ; la Mort le guette, ce qui laisse supposer que la vie des paysans n'est qu'une suite de souffrances sans espoir. George Sand explique sa tristesse et son insatisfaction devant une vision aussi sinistre de la vie paysanne, et c'est cette gravure qui l'a incitée à tenter une autre description de la vie des paysans qui laisserait une place à l'espoir.

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Costumes berrichons

L'écrivaine cherche à donner une dignité littéraire à des personnages considérés comme frustes. Ils manifestent une grande élévation morale et possèdent une psychologie complexe. Le roman contient une description fidèle à l’esthétique du romantisme : lien avec la nature, fantastique subtil, importance de la musique...

MES EXTRAITS FAVORIS

"L'art n'est pas une étude de la réalité positive ; c'est une recherche de la vérité idéale..."

***

"Sans doute il est lugubre de consumer ses forces et ses jours à fendre le sein de cette terre jalouse, qui se fait arracher les trésors de sa fécondité, lorsqu'un morceau de pain le plus noir et le plus grossier est, à la fin de la journée, l'unique récompense et l'unique profit attachés à un si dur labeur. Ces richesses qui couvrent le sol, ces moissons, ces fruits, cs bestiaux orgueilleux qui s'engraissent dans les longues herbes, sont la propriété de quelques-uns et les instruments de la fatigue et de l'esclavage du plus grand nombre. L'homme de loisir n'aime en général pour eux-mêmes ni les champs ni les prairies, ni le spectacle de la nature, ni les animaux superbes qui doivent se convertir en pièces d'or pour son usage. L'homme de loisir vient chercher un peu d'air et de santé dans le séjour de la compagne, puis il retourne dépenser dans les grandes villes le fruit du travail de ses vassaux. De son côté, l'homme de travail est trop accablé, trop malheureux, et trop effrayé de l'avenir, pour jouir de la beauté des campagnes et des charmes de la vie rustique. Pour lui aussi, les champs dorés, les belles prairies, les animaux superbes, représentent des sacs d'écus dont il n'aura qu'une faible part, insuffisante à ses besoins, et que pourtant il faut remplir, chaque année, ces sacs maudits, pour satisfaire le maître et payer le droit de vivre parcimonieusement et misérablement sur son domaine."

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"Celui qui puise de nobles jouissances dans le sentiment de la poésie est un vrai poète, n'eût-il pas fait un vers dans toute sa vie."

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"Il lui [au paysan] manque la connaissance de son sentiment. Ceux qui l'ont condamné à la servitude dès le ventre de sa mère, ne pouvant lui ôter la rêverie, lui ont ôté la réflexion. Et bien ! Tel qu'il est, incomplet et condamné à une éternelle enfance, il est encore plus beau que celui chez qui la science a étouffé le sentiment. Ne vous élevez pas au-dessus de lui, vous autres qui vous croyez investis du droit légitime et imprescriptible de lui commander, car cette erreur effroyable où vous êtes rpouve que votre esprit a tué votre coeur, et que vous êtes les plus incomplets et les plus aveugles des hommes ! J'aime encore mieux cette simplicité de son âme que les fausses lumières de la vôtre ; et si j'avais à raconter sa vie, j'aurais plus plaisir à en faire ressortir les côtés doux et touchants, que vous n'avez de mérite à peindre l'abjection où les rigueurs et les mépris de vos préceptes sociaux peuvent le précipiter."

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"Petit-Pierre était si joyeux qu'il ne s'aperçut pas tout de suite qu'il n'avait pas dîné ; mais le mouvement du cheval lui creusant l'estomac, il se prit, au bout d'une lieue à bâiller, à pâlir, et à confesser qu'il mourait de faim.

-  Voilà que ça commence, dit Germain, je savais bien que nous n'irions pas loin sans que ce monsieur criât la faim ou la soif.

- J'ai soif aussi ! dit Petit-Pierre."

***

"La lune se dégagea aussi des vapeurs qui la couvraient et commença à semer des diamants sur la mousse humide. Le tronc des chênes restait dans une majestueuse obscurité, mais un peu plus loin, les tiges blanches des bouleaux semblaient une rangée de fantômes dans leurs suaires. Le feu se reflétait dans la mare ; et les grenouilles, commençant à s'y habituer, hasardaient quelques notes grêles et timides ; les branches anguleuses des vieux arbres, hérissées de pâles lichens, s'étendaient et s'entre-croisaient comme de grands bras décharnés sur la tête de nos voyaguers ; c'était un bel endroit, mais si désert et si triste que Germain, las d'y souffrir, se mit à chanter et à jeter des pierres dans l'eau pour s'étourdir sur l'ennui effrayant de la solitude."

***

"- Oui, mon garçon dit-elle, c'est ici la Mare au Diable. C'est un mauvais endroit, et il ne faut pas en approcher sans jeter trois pierres dedans de la main gauche et en faisant le signe de la croix de la main droite : ça éloigne les esprits. Autrement, il arrive des malheurs à ceux qui en ont fait le tour.

- Je ne vous parle pas de ça, dit Germain, en s'approchant d'elle et en criant à tue-tête : N'avez-vous pas vu passer dans le bois une fille et un enfant ?

- Oui, dit la vieille, il n'est noyé un petit enfant !

Germain frémit de la tête aux pieds ; mais heureusement la vieille ajouta :

- Il y a bien longtemps de ça ; en mémoire de l'accident on y avait planté une belle croix ; mais par une belle nuit de grand orage, les mauvais esprits l'ont jetée dans l'eau. On peut en voir encore un bout. Si quelqu'un avait le malheur de s'arrêter ici la nuit, il serait bien sûr de ne pouvoir jamais en sortir avant le jour. Il aurait beau marcher, marcher, il pourrait faire deux cents lieus dans le bois et se retrouver toujours à la même place."

***

"C'est le temps des bruits insolites et mystérieux dans la campagne. Les grues émigrantes passent dans des régions où, en plein jour, l'oeil les distingue à peine. La nuit, on les entend seulement ; et ces voix rauques et gémissantes, perdues dans les nuages, semblent l'appel et l'adieu d'âme tourmentées qui s'efforcent de trouver le chemin du ciel, et qu'une invisible fatalité force à planer non loin de la terre, autour de la demeure des hommes ; car ces oiseaux voyageurs ont d'étranges incertitudes et de mystérieuses anxiétés dans le cours de leur traversée aérienne."

 

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12 septembre 2017

HENRY JAMES

Henry James, né le 15 avril 1843 à New York et mort le 28 février 1916 à Chelsea, est un écrivain américain, naturalisé britannique le 26 juillet 1915.

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Figure majeure du réalisme littéraire du xixe siècle, Henry James est considéré comme un maître de la nouvelle et du roman pour le grand raffinement de son écriture. Outre son imposante œuvre de fiction, cet auteur prolifique produisit également de nombreux articles, des livres de voyage, de biographie, d'autobiographie et de critique littéraire, mais aussi des pièces de théâtre, dont certaines furent montées de son vivant avec un succès relatif.  

Fils de Henry James Sr., l'un des intellectuels les plus célèbres du pays au milieu du XIXe siècle, et de Mary Robertson Walsh, Henry est le second des cinq enfants (William, Garth Wilkinson, Robertson, Alice). La fortune acquise par son grand-père, émigré irlandais arrivé aux États-Unis en 1789, a mis la famille à l'abri des servitudes de la vie quotidienne. Son frère aîné, William, deviendra professeur à Harvard et se fera connaître pour sa philosophie pragmatiste. Malgré des liens solides, la rivalité entre les deux frères crée des conflits latents.

Dans sa jeunesse, James voyage en permanence entre l'Europe et l'Amérique, éduqué par des tuteurs à Genève, Londres, Paris, Bologne et Bonn. Dès l'enfance, il lit les classiques des littératures anglaise, américaine, française et allemande mais aussi les traductions des classiques russes. Après un séjour de cinq ans en Europe, la famille s'établit, en 1860, en Nouvelle-Angleterre où elle demeure pendant la guerre civile.

À l'âge de 19 ans, il est brièvement inscrit à la faculté de droit de Harvard, rapidement abandonnée face à son goût pour la littérature. En 1863, il publie anonymement sa première nouvelle, Une tragédie de l'erreur, ainsi que des comptes rendus critiques destinés à des revues. L'Histoire d'une année, sa première nouvelle signée, paraît dans le numéro de mars 1865 de l'Atlantic Monthly.

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1910

De février 1869 au printemps 1870, Henry voyage en Europe, d'abord en Angleterre, puis en France, en Suisse et en Italie. De retour à Cambridge, il publie son premier roman, Le Regard aux aguets. De mai 1872 à mars 1874, il accompagne sa sœur Alice et sa tante en Europe où il écrit des comptes rendus de voyage pour The Nation. Il commence à Rome l'écriture de son deuxième roman Roderick Hudson, publié à partir de janvier 1875 dans l’Atlantic Monthly, qui inaugure le thème « international » de la confrontation des cultures d'une Europe raffinée et souvent amorale, et d'une Amérique plus fruste, mais plus droite. À cette époque, il aborde aussi le genre fantastique avec la nouvelle Le Dernier des Valerii (1874), inspirée de Mérimée, avant de trouver sa voie propre dans les histoires de fantômes, où il excelle, comme le prouve notamment Le Tour d'écrou (1898).

Après quelques mois à New York, il s'embarque à nouveau pour l'Europe le 20 octobre 1875. Après un séjour à Paris, où il se lie d'amitié avec Tourgueniev et rencontre Flaubert, Zola, Maupassant et Alphonse Daudet, il s'installe, en juillet 1876, à Londres. Les cinq années qu'il y passe seront fécondes : outre de nombreuses nouvelles, il publie L'Américain, Les Européens. Daisy Miller lui vaut la renommée des deux côtés de l'Atlantique. Après Washington Square, Portrait de femme est souvent considéré comme une conclusion magistrale de la première manière de l'écrivain.

Sa mère meurt en janvier 1882. Il revient à Londres en mai et effectue un voyage en France (d'où naîtra, sous le titre A Little Tour in France, un petit guide qui servira à plusieurs générations de voyageurs dans les régions de la Loire et du Midi). Il rentre de façon précipitée aux États-Unis où son père meurt le 18 décembre, avant son arrivée. Il revient à Londres au printemps 1883. L'année suivante, sa sœur Alice, très névrosée, le rejoint à Londres où elle mourra le 6 mars 1892.

En 1886, il publie deux romans, Les Bostoniennes et La Princesse Casamassima, qui associent à des thèmes politiques et sociaux (féminisme et anarchisme) la recherche d'une identité personnelle. Suivent deux courts romans en 1887, Reverberator et Les Papiers d'Aspern, puis La Muse tragique en 1890.

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Portrait par John Singer Sargent

Bien qu'il soit devenu un auteur au talent reconnu, les revenus de ses livres restent modestes. Dans l'espoir d'un succès plus important, il décide alors de se consacrer au théâtre. En 1891, une version dramatique de L'Américain rencontre un petit succès en province, mais reçoit un accueil plus mitigé à Londres. Il écrira ensuite plusieurs pièces qui ne seront pas montées.

En 1895, la première de Guy Domville finit dans la confusion et sous les huées. Après cet échec, il revient au roman, mais en y appliquant peu à peu les nouvelles compétences techniques acquises au cours de sa courte carrière dramatique. En 1897, il publie Les Dépouilles de Poynton et Ce que savait Maisie. Puis, entre 1902 et 1904, viennent les derniers grands romans : Les Ailes de la colombe, Les Ambassadeurs et La Coupe d'or.

En 1903, James a soixante ans et un « mal du pays passionné » l'envahit. Le 30 août 1904, il débarque à New York, pour la première fois depuis vingt ans. Il quitte les États-Unis le 5 juillet 1905, après avoir donné de nombreuses conférences à travers tout le pays. Ses impressions seront réunies dans un essai intitulé La Scène américaine.

Avant son retour en Angleterre, il met au point, avec les Éditions Scribner, le projet d'une édition définitive de ses écrits, The Novels and Tales of Henry James, New York Edition, qui comportera, à terme, vingt-six volumes. Entre 1906 et 1909, il travaille à l'établissement des textes, n'hésitant pas à apporter des corrections significatives à ses œuvres les plus anciennes, et rédige dix-huit préfaces qui donnent des vues pénétrantes sur la genèse de ses œuvres et ses théories littéraires. Le manque de succès de cette entreprise l'affecte durablement.

En 1915, déçu par la neutralité initiale des États-Unis face à la Première Guerre mondiale qui fait rage sur le continent, il demande et obtient la nationalité britannique.

Il a une attaque cérébrale le 2 décembre, suivie d'une seconde le 13. Il meurt le 28 février.

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Portrait par John Singer Sargent

Henry James ne s'est jamais marié. Installé à Londres, il se présente comme un célibataire endurci et rejette régulièrement toute suggestion de mariage. Après sa mort, des critiques se sont interrogés sur les raisons de son célibat. Dans ses écrits sur la famille James, F. W. Dupee émet l’hypothèse qu’il était amoureux de sa cousine Mary (« Minnie ») Temple, mais qu'une peur névrotique de la sexualité l’aurait empêché d'admettre ses sentiments. 

Au fur et à mesure de la mise au jour des archives, dont les journaux intimes de contemporains et des centaines de lettres sentimentales et, parfois, érotiques, écrites par James à des hommes plus jeunes que lui, la figure du célibataire névrosé laisse la place à celle de l'homosexuel honteux. Les lettres de Henry sculpteur expatrié Hendrik Christian Andersen ont fait l'objet d'une attention particulière. James rencontre le jeune artiste de 27 ans à Rome en 1899, alors que lui-même a 56 ans, et il lui écrit des lettres particulièrement enflammées.

James écrit à son ami homosexuel Howard Sturgis : « Je répète, sans secret, que j'aurais pu vivre avec toi. Au lieu de quoi je ne peux qu'essayer de vivre sans toi », et ce n'est que dans les lettres à de jeunes hommes que James se déclare leur « amant ». Une grande partie de ses amis proches sont homosexuels ou bisexuels.  

Œuvre romanesque

  • 1871 : Le Regard aux aguets 
  • 1876 : Roderick Hudson
  • 1877 : L'Américain 
  • 1878 : Les Européens 
  • 1879 : Confiance 
  • 1880 : Washington Square
  • 1881 : Portrait de femme 
  • 1886 : Les Bostoniennes
  • 1886 : La Princesse Casamassima 
  • 1888 : Reverberator 
  • 1890 : La Muse tragique 
  • 1896 : L'Autre Maison 
  • 1897 : Les Dépouilles de Poynton 
  • 1897 : Ce que savait Maisie 
  • 1899 : L'Âge difficile
  • 1901 : La Source sacrée
  • 1902 : Les Ailes de la Colombe 
  • 1903 : Les Ambassadeurs 
  • 1904 : La Coupe d'or 
  • 1908 : The Whole Family (roman en collaboration avec onze autres auteurs)
  • 1911 : Le Tollé 
  • 1917 : La Tour d'ivoire, inachevé, publié à titre posthume
  • 1917 : Le Sens du passé, inachevé, publié à titre posthume

Il a également écrit d'innombrables nouvelles et autres récits, guides, essais.

D'après Wikipédia

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09 septembre 2017

THOMAS HARDY

Thomas Hardy, né le 2 juin 1840, mort le 11 janvier 1928, est un poète et écrivain britannique. Il se considérait lui-même d'abord comme un poète, n'écrivant des romans que pour gagner sa vie. La majorité de son œuvre, qui se déroule essentiellement dans la région fictive du Wessex, dépeint des personnages en lutte contre leurs passions et les circonstances.  

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Il est issu d'une famille anglaise modeste dans le Dorset, comté du sud-ouest de l'Angleterre, où son père exerce la profession de tailleur de pierre. Sa mère lui donne cours à domicile avant qu'il ne soit inscrit à l'école locale à l'âge de huit ans. Il arrête ses études à seize ans et devient apprenti chez John Hicks, un architecte local. Puis il part pour Londres en 1862, où il étudie au King's College de Londres. Il remporte des prix du Royal Institute of British Architects et de l'Architectural Association.

De ses études, il garde le goût de la poésie latine. En autodidacte, il apprend le grec pour pouvoir lire Homère et le Nouveau Testament. Sur le plan des idées, il se forme en lisant John Stuart Mill et adhère aux idées de Charles Fourier et d'Auguste Comte. Charles Darwin et la critique biblique lui font perdre la foi religieuse, dont il portera le deuil toute sa vie. Se sentant rejeté par une société de classe londonienne qu'il exècre, il décide de rentrer dans son Dorset natal cinq ans plus tard pour se consacrer à l'écriture. Depuis très longtemps il écrit des poèmes.

En 1867, à son retour de Londres, il se tourne vers le roman pour essayer de vivre de sa plume. Passées les premières difficultés, il réussit honorablement. En 1870, il rencontre sa future femme, Emma Gifford, qu'il épouse en 1874. Il publie bientôt dans des revues et des magazines. De 1871 à 1896, il écrit quinze romans et quatre recueils de nouvelles. Une demi-douzaine de grandes œuvres émergent de cette production inégale : Loin de la foule déchaînée (1874), Le Retour au pays natal (1878), Le Maire de Casterbridge (1886), Les Forestiers (1887), Tess d'Urberville (1891), Jude l'Obscur (1896).

Si Hardy est violemment critiqué pour sa noirceur, le succès est au rendez-vous. Dès 1897, son roman Tess d'Urberville est un tournant. L'ouvrage est adapté au théâtre et joué à Broadway, puis porté au cinéma en 1913, 1924 et, bien plus tard, en 1979 par Roman Polanski.

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La maison où il est né

Tous ses romans, marqués par une prose riche et un humour corrosif, sont ancrés dans un cadre régional. Sans exception, ils se déroulent dans le sud-ouest de l'Angleterre. Le Dorset et les comtés voisins se trouvent transmués en royaume littéraire que Hardy appelle le Wessex, du nom de l'ancien royaume des Saxons de l'Ouest. Le Wessex apparaît comme une province aux localités imaginaires et à la nature préservée, Arcadie opposée au Londres de la société victorienne. Peintre acerbe du milieu rural, Hardy accorde à un souci pointilleux à rendre le climat, la beauté et la rudesse de la nature anglaise du XIXe siècle, terreau d'histoires tragiques où les protagonistes, pris en étau, deviennent les victimes des conventions et de l'hypocrisie sociales avant de connaître une mort brutale.

Après le scandale déclenché par la critique radicale du mariage et de la religion qu'est Jude, dont les exemplaires sont vendus cachés dans du papier d'emballage à cause de l'exposé qu'y fait l'auteur de l'« érotolepsie » (un néologisme qu'il crée, désignant une sensualité et une sexualité débordante), Thomas Hardy abandonne le roman. Il se consacre alors à ce qu'il considère comme son chef-d'œuvre, Les Dynastes, pièce de théâtre dramatique composée de trois parties, publiées respectivement en 1903, 1906 et 1908. Sorte de Guerre et Paix en vers, cette Illiade des temps modernes utilise l'épopée napoléonienne afin d'élaborer des scènes qui présentent tantôt les conflits intimes des gens ordinaires et de personnages historiques mus par une soif darwinienne du pouvoir, tantôt des batailles qui se déroulent dans des paysages immuables et indifférents, sous le regard d'un chœur allégorique incarnant les vaines tergiversations du destin. Réputé trop difficile à mettre en scène et mal accueilli à l'époque, Les Dynastes préfigure à bien des égards le genre cinématographique mais ne bénéficie toujours pas de l'estime de la critique.

Hardy écrit, au long de sa carrière, près d'un millier de poèmes inégaux, dans lesquels cohabitent satire, lyrisme et méditation.

Sa première épouse meurt en 1912. Remarié en 1914 avec sa secrétaire, Florence Dugdale, de trente-neuf ans sa cadette, il s'entiche en 1924, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, de l'actrice Gertrude Bugler qu'il identifie à son héroïne Tess et pour laquelle il projette une adaptation dramatique de son roman.

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Thomas Hardy commence à souffrir de pleurésie en décembre 1927 et en meurt en janvier 1928 à Dorchester, après avoir dicté son tout dernier poème à son épouse et secrétaire sur son lit de mort. Les lettres du défunt et les notes qu'il a laissées sont détruites par ses exécuteurs testamentaires. Sa veuve, qui meurt en 1937, fait paraître les siennes la même année.

Le nom de Thomas Hardy fut proposé et examiné 25 fois en 26 ans pour le prix Nobel de littérature, mais fut systématiquement rejeté parce que son œuvre était jugée trop pessimiste.

Principaux romans

  • Le Trompette-major
  • Loin de la foule déchaînée
  • Tess d'Urberville
  • Jude l'Obscur
  • La Bien-aimée
  • Les Yeux bleus
  • Le Retour au pays natal
  • Sous la verte feuillée
  • S'il avait insisté
  • Les Forestiers
  • Le Maire de Casterbridge
  • À la lumière des étoiles
  • Remèdes désespérés

Il a également écrit de la poésie, des nouvelles, du théâtre.

D'après Wikipédia

 

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08 septembre 2017

* * * LE TEMPS DE L'INNOCENCE - EDITH WHARTON

Quand j'ai vu que c'était Edith Wharton qui avait écrit Le temps de l'innocence, dont s'est inspiré Martin Scorsese pour son très beau film du même nom, je me suis jetée dessus ! Pour mon plus grand bonheur.

INCIPIT

Un soir de janvier de 187., Christine Nilsson chantait la Marguerite de Faust à l'Académie de Musique de New York.

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RESUME

Newland Archer, avocat et héritier d'une des meilleures familles de New York, est heureux à l'idée de son mariage avec la jeune May Welland. Mais arrive la comtesse Ellen Olenska, la cousine de May, revenue à New York après avoir scandaleusement décidé de se séparer de son époux. Newland est intrigué par cette femme qui bafoue les us et coutumes de la haute société new-yorkaise, toute empreinte de la "modernité" de l'Europe où elle a vécu plusieurs années avec son mari. Au fur et à mesure que son admiration pour Ellen grandit, il doute de sa volonté d'épouser May et de se conformer à l'image du couple parfait véhiculée par la vieille société de New York...

MON AVIS

C'est une très belle histoire d'amour, tragique. Mais pas que ! La description minutieuse du New York de la fin du XIXe est formidable (personnages, comportements, traditions...), voire amusante (évolution de la ville géographiquement parlant) ! Il faut savoir qu'à cette époque, au-delà de la 40e rue... c'est la campagne quasiment ! Central Park, qui vient d'ouvrir, est en dehors de la ville probablement dite (alors que de par son nom on suppose que ses créateurs se doutaient que l'agglomération allait bien grandir...) 

La société que nous dépeint Edith Wharton est curieusement beaucoup plus puritaine (déjà) qu'en Europe. On conserve les vieilles habitudes des aïeuls et elles évolueront bien moins vite. Etonnant pour un pays tout neuf que l'on aurait pu croire justement incubateur de progressisme à tout va.

Un gros bémol, mais qui n'a rien à voir ni avec le roman ni avec son auteur : la version "liseuse" (Kindle) est pleine de fautes de frappe, d'orthographe, de ponctuation... et c'est très désagréable ! Je m'interroge aussi sur la traduction. Certains mots sont malvenus, certaines expressions maladroites, et je ne pense pas que l'auteur y soit pour quelque chose. Il faudrait lire le texte original ; je le ferai peut-être un jour, car ce roman est vraiment magnifique.

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Le temps de l'innocence par Martin Scorsese, 1992

On sait que les éditeurs, pour coller à la nouvelle demande de livres version liseuses, ont dû employer fissa un paquet de monde pour "dactylographier" les textes et les passer ensuite en numérique... mais franchement, c'est nul ! Je pense que pour les auteurs d'aujourd'hui, c'est facile, et cela se fait en même temps que la publication papier. Mais pour l'antériorité, et donc les romans du XIXe notamment... c'est bâclé. A vous dégoûter de poursuivre l'utilisation de la liseuse et vous donner envie de revenir au papier...

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Le Temps de l'innocence est paru en 1920, et a reçu le prix Pulitzer (le premier jamais accordé à une femme) en 1921. Le réalisateur Martin Scorsese s'en est inspiré pour le film du même nom sorti en 1993.

Bien que le roman remette en question les préjugés et la morale puritaine de la haute société new-yorkaise de 1870, il n'aboutit jamais à une condamnation ouverte. En réalité, Edith Wharton considère son roman comme une version adoucie de son œuvre précédente, Chez les heureux du monde, jugé infiniment plus brutal et cynique. Elle témoigne notamment d'une réelle attention aux charmes des coutumes des classes élevées dont elle déplore cependant la superficialité.

Le roman est particulièrement apprécié pour le portrait précis qu'il dresse de la vie de la haute bourgeoisie de la Côte Est des États-Unis du XIXe siècle. Le titre du roman fait ironiquement allusion aux bonnes manières extérieures de cette société new-yorkaise capable en interne de toutes les machinations.

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Central Park au XIXe

Histoire de Central Park, dans lequel les couples et les familles aiment se promener

Vers 1850, la plupart des New-Yorkais résident au sud de la 38e rue dans des quartiers surpeuplés et bruyants et les habitants ne disposent que de quelques espaces verts, bien souvent des cimetières, comme le Green-Wood Cemetery à Brooklyn. Quand la ville commence à s'étendre vers le Nord de l'île de Manhattan, plusieurs voix s'élèvent pour réclamer la création d'un espace de verdure, à l'image du bois de Boulogne à Paris (achevé en 1852) ou de Hyde Park à Londres. Le poète et journaliste du New Evening Post William Cullen Bryant, qui est l'un des soutiens du projet, exige ainsi que : « La municipalité ouvre un parc, un grand parc, un vrai parc, qui, par le sain divertissement du peuple, l'éloigne de l'alcool, du jeu et des vices, pour l'éduquer aux bonnes mœurs et à l'ordre. » Il propose alors en 1850 que la municipalité achète une parcelle qu'il qualifie de « terre en friche, laide et répugnante » sur laquelle le projet peut voir le jour. En 1853, la législature de l’État de New York décide de son emplacement au-delà de la 42e rue, alors limite nord de New York. Les autorités statuent pour un espace de 2,8 km2 de la 59e rue à la 106e, entre la 5e et la 8e avenue. Il ouvre en 1857 et sera ensuite doté d'attractions (le zoo par exemple, en 1864).

MES EXTRAITS FAVORIS

"Il était déjà question de construire, bien au loin dans la ville, plus haut même que la 40e Rue, un nouvel opéra, rival en richesses et en splendeur de ceux des grandes capitales européennes. Cependant le monde élégant se plaisait encore à se rassembler, chaque hiver, dans les loges rouge et or quelque peu défraîchies de l'accueillante et vieille Académie."

***

"Elle se tenait habituellement dans son petit salon du rez-de-chaussée, installée près de la fenêtre, comme pour attendre tranquillement que le flot de la vie mondaine, gagnant son quartier, déferlât jusqu'à ses portes. Sa patience égalait la certitude où elle était que bientôt les terrains à bâtir, les carrières, les bistrots, les misérables potagers avec leurs serres délabrées et les rochers d'où quelques chèvres mélancoliques considéraient ce triste tableau, disparaîtraient dans le surgissement de résidences aussi somptueuses que la sienne, et que les gros pavés sur lesquels les omnibus cahotaient avec fracas seraient remplacés par un asphalte uni comme celui dont se revêtaient, disait-on, les rues de Paris."

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Newland et May (Winona Ryder et Daniel Day-Lewis)

"- Vous prétendez que le secrétaire l'a simplement aidée à s'enfuir ? Mon cher, c'est entendu ; mais il l'y aidait encore un an plus tard, car quelqu'un les a rencontrés vivant ensemble à Lausanne.

- Vivant ensemble ? Et bien ! Pourquoi pas ? Qui a le droit de refaire sa vie, si ce n'est elle ? Je suis écoeurée de l'hypocrisie qui veut enterrer vivante une jeune femme parce que son mari lui préfère des cocottes.

Il se retourna avec colère, allumant son cigare.

- Les femmes devraient être libres, aussi libres que nous le sommes, déclara-t-il." 

***

"Mais Newland Archer se représentait aisément que le lien entre lui et May pourrait se relâcher pour des raisons plus subtiles, mais non moins profondes. Que savaient-ils vraiment l'un de l'autre, puisqu'il était de son devoir, à lui, en galant homme, de cacher son passé à sa fiancée, et à celle-ci de n'en pas avoir ? Qu'arriverait-il si un jour, pour des causes imprévues, ils en venaient à ne plus se comprendre, à se lasser, à s'irriter mutuellement ? Passant en revue, parmi les ménages de ses amis, ceux qu'on disait heureux, il n'en trouva pas un qui réalisât même de loin la camaraderie tendre et passionnée qu'il imaginait dans une intimité permanente avec May Welland. Il comprit que cet idéal de bonheur supposerait de sa part, à elle, une expérence, une adaptabilité d'esprit, une liberté de jugement, que son éducation lui avait soigneusement refusées ; et il frissonna en songeant qu'un jour leur union, comme tant d'autres, pourrait se réduire à une morne association d'intérêts matériels, soutenue par l'ignorance d'un côté et l'hypocrisie de l'autre."

***

"Nos grands-pères et nos arrière-grands-pères n'étaient que de respectacles commerçants anglais et hollandais, venus aux colonies pour faire fortune, et qui réussirent au-delà de leurs espérances."

***

"Il essaya de se figurer ce que serait le salon de May. Très généreux, M. Welland avait déjà en vue une maison de la 39e rue. On jugeait le quartier un peu éloigné, mais la maison, toute neuve, était construite en pierres d'un jaune verdâtre que les jeunes architectes commençaient à employer pour réagir contre les pierres brunes dont le ton uniforme faisait de New York une vaste glace au chocolat."

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Newland et Ellen (Daniel Day-Lewis et Michelle Pfeiffer)

"Dans les vieilles études, comme celle qui avait à sa tête M. Letterblair, il y avait toujours deux ou trois jeunes gens riches, sans ambition professionnelle, qui s'asseyaient quelques heures chaque jour devant un bureau. Ainsi, pour tout le monde, pour leur famille, ils étaient "occupés". Aucun de ces jeunes gens n'avait la prétention de gagner de l'argent, ni même le désir d'avancer dans sa profession, et il leur suffisait de savoir que dans les nobles travaux du droit ils ne dérogeaient pas."

***

"Il ne s'avouait pas qu'il désirait revoir Mme Olenska : il croyait qu'elle profiterait probablement de l'occasion pour venir à Newport avec les Blenker pour voir sa grand-mère. Mais depuis qu'il l'avait aperçue dans le parc de Mme Mingott, il était tourmenté du désir de connaître l'endroit où elle vivait. Ce désir le poursuivait, jour et nuit, indéfinissable, obsédant, comme l'idée fixe d'un malade qui veut manger d'une chose goûtée autrefois et depuis longtemps oubliée. Au-delà de cette idée, il ne voyait rien, ne savait où elle le mènerait. Il ne sentait aucun désir de parler à Mme Olenska, ni même d'entendre sa voix. Il voulait simplement emporter en lui la vision du ciel et de la mer qui l'encadraient : alors le reste du monde lui paraîtrait peut-être moins vide."

***

"- Pourquoi n'êtes-vous pas venu jusqu'à la plage me chercher, le jour où j'étais chez ma grand-mère ? demanda-t-elle.

- Parce que vous ne vous êtes pas retournée. Parce que vous n'avez pas senti que j'étais là. Je m'étais juré de ne vous parler que si vous vous retourniez.

- Mais c'est exprès que je ne me suis pas retournée.

- Vous saviez que j'étais là ?

- Je le savais. J'avais reconnue la voiture de May. Et je suis descendue sur la plage."

***

"Pendant qu'il arpentait le quai, Archer pensait à ces prophètes qui annonçaient qu'un tunnel passerait un jour sous l'Hudson et amènerait directement à New York les trains de Pennsylvanie. C'était la confrérie des visionnaires, de ceux qui prédisaient également des machines volantes, des bateaux traversant l'Atlantique en cinq jours, l'électricité remplaçant le gaz, la télégraphie sans fil, et autres merveilles des Mille et une nuits."

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"Dans la bibliothèque, Archer alluma une cigarette et ouvrit un livre, tandis que May prenait son panier à ouvrage, et, approchant un fauteuil de la lampe voilée de vert, découvrait un coussin qu'elle brodait pour Newland. Elle n'était pas trop habile ouvrière : ses grandes mains fortes étaient faites pour tenir les guides ou la rame. Mais toutes les femmes brodant des coussins pour leurs maris, elle n'aurait pas manqué à cet acte de dévotion conjugale."

 

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06 septembre 2017

JULES VERNE

Jules Verne, né le 8 février 1828 à Nantes et mort le 24 mars 1905 à Amiens, est un écrivain français dont l'œuvre est, pour la plus grande partie, constituée de romans d'aventures utilisant les progrès scientifiques propres au XIXe siècle.

L’œuvre de Jules Verne est populaire dans le monde entier. Il est en 2011 l'auteur de langue française le plus traduit dans le monde. 

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Il est le fils de Pierre Verne, avoué, originaire de Provins, et de Sophie Allote de la Fuÿe, issue d'une famille nantaise de navigateurs et d'armateurs, d'ascendance écossaise. Jules est l'aîné d'une famille de cinq enfants. En 1829, les Verne s'installent au 2 quai Jean Bart. En 1840, nouveau déménagement dans un immeuble au 6 rue Jean-Jacques Rousseau, proche du port.

En 1834, à l'âge de six ans, il est mis en pension. L'année suivante, il entre avec son frère au collège Saint-Stanislas, un établissement religieux conforme à l'esprit très catholique de son père. Plusieurs accessits de musique vocale montrent son goût pour cette matière, goût qu'il conservera toute sa vie.

En 1840, Jules Verne entre au petit séminaire de Saint-Donatien, où il accomplit la quatrième, la troisième et la seconde. Son frère le suit, en pension comme lui. La même année, Pierre Verne achète à Chantenay (aujourd'hui quartier de Nantes) une villa pour les vacances, où toute la famille aime à se retrouver. Les vacances de Jules se passent également à Brains (à 20 km au sud-ouest de Nantes), dans la propriété de son oncle Prudent Allotte de la Fuÿe, La Guerche. Ce dernier est un ancien armateur célibataire, qui a fait le tour du monde et est revenu s'installer au pays natal en 1827/1828. Il est maire de Brains de 1828 à 1837. 

La légende veut qu'en 1839, à l'âge de 11 ans, le petit Jules se serait embarqué sur un long-courrier en partance pour les Indes, en qualité de mousse. Son père l'aurait récupéré in extremis à Paimbœuf. Jules Verne aurait avoué être parti pour rapporter un collier de corail à sa cousine, Caroline Tronson, dont il était amoureux. Rudement tancé par son père, il aurait promis de ne plus voyager qu'en rêve. Ce n'est probablement qu'une légende enjolivée par l'imagination familiale car, dans ses Souvenirs d'enfance et de jeunesse, il raconte seulement qu'il est monté à bord d'un voilier, l'a exploré, a tourné le gouvernail, etc., ce en l'absence d'un gardien, ce qui lui vaudra la réprobation du capitaine.

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Dessin de Jules Verne

Il passe les épreuves du baccalauréat à Rennes et reçoit la mention « assez bien », le 29 juillet 1846.

En 1847, Jules Verne est envoyé à Paris par son père, prioritairement pour suivre ses études, mais aussi peut-être parce qu'on veut l'éloigner de Nantes. En effet, Caroline Tronson, sa cousine, dont il est épris, doit se marier le 27 avril de la même année et Jules en conçoit une amertume profonde. Après un court séjour à Paris, où il passe ses examens de première année de droit, il revient à Nantes pour préparer avec l'aide de son père la deuxième année. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Rose Herminie Arnaud Grossetière pour laquelle il va éprouver une violente passion. Son premier cahier de poésie contient de nombreuses allusions à la jeune femme. L'amour de Jules semble avoir été partagé un moment, mais l'idylle est rompue. Les parents d'Herminie voient d'un mauvais œil leur fille se marier à un jeune étudiant dont l'avenir n'est pas encore assuré. Jules est fou de rage. Cet amour une nouvelle fois avorté va marquer à jamais l'auteur et son œuvre, dans laquelle on trouvera un nombre important de jeunes filles mariées contre leur gré. Jules Verne gardera également toujours rancune à sa ville natale et à la société nantaise...
 
En juillet 1848, Jules Verne quitte définitivement Nantes pour Paris. Son père l'envoie poursuivre ses études de droit, en espérant qu'il lui succédera un jour. Alors qu'en 1847, il avait été accueilli par sa tante Charuel, en 1848, il obtient de son père de pouvoir louer un appartement meublé, qu'il partage avec Édouard Bonamy, un autre étudiant originaire de Nantes.

Jules arrive à Paris dans une période révolutionnaire. En février, le roi Louis-Philippe a été renversé et s'est enfui ; le 24 février, a été établi le gouvernement provisoire de la Deuxième République. Mais les manifestations se succèdent et le climat social est tendu. En juin, les barricades se dressent de nouveau dans Paris ; le gouvernement envoie le général Cavaignac écraser l'insurrection. Fin juin, quand le futur écrivain débarque dans la capitale, Cavaignac vient de former un gouvernement qui durera jusqu'à la fin de l'année. 

Le 3 août, Jules passe avec succès son examen pour la deuxième année de droit. Lorsqu'Édouard Bonamy quitte Paris pour retourner à Nantes vers la fin de l'année, il obtient une chambre pour lui seul, dans la même maison. Il joue de ses relations pour fréquenter le grand monde. Son oncle Chateaubourg l'introduit dans les salons littéraires. Il fréquente celui de Mme de Barrère, amie de sa mère, et de Mme Mariani. Tout en continuant ses études, il se passionne pour le théâtre et écrit de nombreuses pièces qui resteront pour la plupart inédites jusqu'en 2005. Il dévore les drames de Victor Hugo, d'Alexandre Dumas, d'Alfred de Vigny, les comédies d'Alfred de Musset, mais il avoue une préférence pour deux classiques : Molière et Shakespeare.

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Soumis à la conscription, il est épargné par le tirage au sort. Toute sa vie, il restera un farouche anti-militariste.

Afin de gagner un peu d'argent, le jeune étudiant donne des leçons et travaille chez un ami avocat, Paul Championnière. Dès cette époque, la santé de Jules est déficiente. Pour n'avoir pas toujours mangé à sa faim, il souffre de maux de ventre et d'estomac. En 1851, il connaît sa première crise de paralysie faciale. Ces attaques sont dues à une inflammation de l'oreille moyenne dont l'œdème comprime le nerf facial correspondant. Le diagnostic, posé aujourd'hui, reste ignoré de l'écrivain qui vit dans la permanente inquiétude d'un dérèglement nerveux, aboutissant à la folie. 

Entre-temps, Verne a réussi son examen de droit et peut devenir avocat, comme le souhaite son père. Mais  grâce à ses visites de salon, il est entré en contact avec Alexandre Dumas. Il se lie d'amitié avec le fils de l'écrivain et lui propose le manuscrit d'une comédie intitulée Les Pailles rompues. Les deux hommes corrigent la pièce et Dumas fils obtient de son père qu'elle soit jouée au Théâtre-Historique. Nous sommes le 12 juin 1850, Jules Verne a vingt-deux ans.

En 1851, il rencontre Pierre-Michel-François Chevalier dit Pitre-Chevalier (1812-1863). Celui-ci, breton et nantais comme Jules Verne, est rédacteur en chef de la revue Musée des familles. L'écrivain lui soumet une nouvelle, Les Premiers Navires de la marine mexicaine. Pitre-Chevalier accepte de la publier. La même année paraît une seconde nouvelle, Un voyage en ballon, qui, en 1874, prendra comme titre Un drame dans les airs, chez Hetzel. 

Alexandre Dumas fils met Verne en relation avec les frères Seveste qui viennent de reprendre le Théâtre-Historique après la faillite due aux prodigalités de Dumas père. La nouvelle salle devient le Théâtre-Lyrique. Jules Seveste, le nouveau directeur, engage Verne comme secrétaire. Un travail astreignant, car le jeune homme ne touche d'abord pas de salaire. En revanche, il peut faire jouer ses pièces, la plupart écrites en collaboration avec Michel Carré.

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En janvier 1852, il prend la décision de se consacrer à l'écriture et refuse la charge d'avoué que son père lui propose. Il fréquente la Bibliothèque nationale, se passionnant pour la science et ses découvertes les plus récentes, mais c'est surtout la géographie qui l'attire. Vers cette époque, Verne fait la connaissance d'un personnage étonnant, géographe illustre et infatigable voyageur, l'explorateur Jacques Arago, qui continue à parcourir le monde malgré sa cécité. Il publie le récit de ses voyages autour du monde sous le titre Souvenirs d'un aveugle. Il ouvre au jeune écrivain des horizons et l'entraîne vers un genre nouveau de littérature, alors en pleine expansion, le récit de voyage.  

Avec son ami Aristide Hignard, ils se lancent dans l'opérette, ou plutôt l'opéra-comique, au moment où Jacques Offenbach crée un véritable engouement pour ce genre de spectacle. Le 28 avril 1853, est représenté Le Colin-maillard au Théâtre-Lyrique. C'est une période où Jules ne cesse d'écrire, des pièces et des nouvelles.  

Au cours d'un séjour à Nantes, l'écrivain s'est amouraché de Laurence Janmar. Mais celle-ci en épouse un autre...

En juillet 1854, Jules Seveste meurt du choléra. Son successeur, Émile Perrin, tente de retenir Jules Verne, mais ce dernier tient à garder sa liberté. Perrin va jusqu'à lui proposer la direction du Théâtre-Lyrique. Malgré son refus, Verne conserve son poste de secrétaire jusqu'à fin 1855, ce qui lui permet de représenter, le 6 juin de cette année, un second opéra-comique écrit sur une musique d'Hignard, Les Compagnons de la MarjolaineC'est une période d'intense activité créatrice. Les pièces de théâtre s'accumulent. À cette époque, il est atteint d'une deuxième crise de paralysie faciale. Son ami et médecin Victor Marcé le soigne à l'aide de l'électricité. 

En mars 1856, Auguste Lelarge, ami de Jules Verne va se marier et demande à l'écrivain d'être son témoin. Le mariage doit se dérouler le 20 mai à Amiens, ville de la fiancée. À l'occasion de son séjour, Verne y fait la connaissance de la sœur de la mariée, Honorine, veuve à 26 ans et mère de deux filles, Valentine et Suzanne.

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Honorine du Fraysne de Viane séduit assez vite Jules Verne. En quelques jours, il se décide : il se mariera. La famille d'Honorine semble lui avoir fait bon accueil et le retient quelques jours à Amiens. Verne s'engage à devenir sérieux et à oublier les aléas de sa vie de bohème. Mais il doit trouver une situation stable. La littérature ne lui rapporte que de maigres revenus et il se doute bien que, pour nourrir une femme et deux enfants, cela sera insuffisant.

Avec l'aide de son futur beau-frère, Ferdinand de Viane, il envisage des plans d'investissement en Bourse et de se lancer dans une activité d'agent de change, comme son ami Dumas fils. Or, s'il suffit d'obtenir une charge, il faut de l'argent pour l'acquérir. Il demande 50 000 francs à son père pour acheter cette charge. Son père s'inquiète de cette nouvelle lubie. Pierre Verne finit par céder. Jules se retrouve placier en Bourse.

Le mariage a lieu le 10 janvier. Le couple vit chichement. La vocation boursière de Jules Verne est médiocre. Il fait un piètre coulissier. Si Honorine a cru pouvoir trouver l'aisance à Paris, elle doit vite déchanter. Elle, qui l'avait fait rire, finit par l'ennuyer. Il est un mauvais mari, semble avoir eu des maîtresses. Il est également un père lointain, négligeant l’éducation de ses enfants.

Quand il n'est pas à la Bourse, il s'enferme dès le matin dans son cabinet de travail pour écrire toute la journée. Le 2 juillet 1861, il part pour la Norvège avec des amis. Il ne rentre que cinq jours après qu'Honorine a accouché d'un garçon, Michel, le 4 août. 

En 1861, après avoir proposé le Voyage en Angleterre et en Écosse qui a été refusé par Pierre-Jules Hetzel, Jules soumet à l'éditeur son roman Cinq semaines en ballon, qui paraît en 1863 et connaît un immense succès, même au-delà des frontières françaises. Il signe alors avec Pierre-Jules Hetzel un contrat qui le lie pour vingt ans ; il s'engage à fournir des romans notamment pour le Magasin d'éducation et de récréation, revue destinée à la jeunesse. Le 27 février 1863, il est admis comme membre de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques.

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Vers cette époque, il découvre l'univers d'Edgar Poe au travers des traductions de Charles Baudelaire. L'écrivain américain le fascine, au point qu'il lui consacre la seule étude littéraire qu'il ait écrite, parue en 1864 dans le Musée des familles : Edgar Poe et ses œuvresEn 1864 encore, il publie les romans Les Aventures du capitaine Hatteras, et Voyage au centre de la TerrePar ailleurs, il quitte son emploi d'agent de change et déménage à Auteuil. En 1865, il devient membre de la Société de géographie.

Le 16 mars 1867, en compagnie de son frère Paul, il embarque pour les États-Unis. Il tirera de sa traversée le roman Une ville flottante (1870). Jules Verne achète son bateau le Saint-Michel en 1868, chaloupe de pêche aménagée pour la plaisance.
 
Jules s'installe à Amiens, ville natale de son épouse, en 1872 : « Sur le désir de ma femme, je me fixe à Amiens, ville sage, policée, d’humeur égale, la société y est cordiale et lettrée. On est près de Paris, assez pour en avoir le reflet, sans le bruit insupportable et l’agitation stérile. Et pour tout dire, mon Saint-Michel reste amarré au Crotoy. »
 
À cette époque, Amiens abrite plusieurs sociétés savantes : c'est ainsi qu'on voit fréquemment Jules Verne à la bibliothèque de la Société industrielle, qui est abonnée à de nombreuses revues scientifiques. Le 8 mars 1872, il devient membre titulaire de l'Académie des sciences, des lettres et des arts d'Amiens, dont il est élu directeur en 1875.  

Dès juin 1867, l'Académie française couronne le Magasin d'Éducation et de Récréation, où Jules Verne a déjà fait paraître quelques romans, puis, lors de la séance du 8 août 1872, ce sont les Voyages extraordinaires dans leur ensemble qui obtiennent le même honneur. Jules Verne, très content de ce prix, se met alors en tête de briguer un fauteuil dans l'honorable assemblée. Il s'en ouvre à Hetzel en mars 1876. Ayant échoué cette année-là, il réessaye en 1877, fort de l'appui d'Alexandre Dumas fils. Nouvelle déconvenue. Verne ne renonce pas et tente à nouveau sa chance en 1883. En 1884, il pose de nouveau sa candidature et presse Dumas fils de l'aider. C'est un nouvel échec, qui le dégoûte à jamais.

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Sa maison à Amiens

En 1874, il publie Le Tour du monde en quatre-vingts jours. En 1876, il obtient de la justice que son fils mineur Michel, au comportement rebelle, soit placé pour six mois dans une maison de redressement, la colonie pénitentiaire de Mettray : cette mesure de correction paternelle vise à le « dresser ». En février 1878, il le fait embarquer pour les Indes. Lui-même navigue de Lisbonne à Alger sur le Saint-Michel III, puis, en juillet 1879, en Écosse et en Irlande. Troisième croisière en juin 1881, avec son frère, son neveu Gaston et Robert Godefroy : il visite la mer du Nord, la Hollande, l'Allemagne, puis, par le canal de l'Eider, Kiel et la Baltique jusqu'à Copenhague.

En 1884, Jules Verne décide de faire une grande croisière autour de la Méditerranée. Le Saint-Michel III quitte Nantes le 13 mai. À son bord, se trouvent Paul Verne, Robert Godefroy, Michel Verne et Louis-Jules Hetzel. Il compte retrouver sa femme, en visite chez sa fille Valentine et son gendre, en Algérie. À son arrivée à Oran, il est reçu par la Société de géographie de la ville. Les journaux lui consacrent de nombreux articles. Le 10 juin, il est à Bône où le bey de Tunis met à sa disposition un wagon spécial. Retrouvant son navire, il essuie une tempête près de Malte, visite la Sicile, Syracuse, puis Naples et Pompéi. À Anzio, le groupe prend le train pour Rome. Le 7 juillet, Verne est reçu en audience privée par Léon XIII. Curieusement, le lendemain, il rend visite à la loge maçonnique de la ville. Puis il rencontre Louis-Salvador de Habsbourg-Lorraine, avec lequel il établit une relation épistolaire qui durera jusqu'à la mort de l'écrivain. 

En 1886 il se décide à vendre le Saint-Michel III. L'entretien du yacht devient dispendieux, son fils s'endette et lui coûte cher. Le 9 mars, rentrant du Cercle de l'Union vers cinq heures, il trouve, après avoir ouvert sa porte de fer, son neveu Gaston armé d'un revolver. Celui-ci tire sur l'écrivain qu'il atteint à la jambe. Gaston, arrêté, est suspecté de folie. Son père, Paul Verne, déclarera que son fils a tiré sur Jules pour attirer l'attention sur celui-ci afin de le faire entrer à l'Académie française. Gaston Verne restera interné jusqu'à sa mort. La blessure de Jules Verne lui laissera une claudication définitive. Le 15 février 1887, sa mère meurt, mais il ne peut se rendre aux obsèques, car il marche difficilement et sa guérison n'avance pas. 

Contraint à se sédentariser, il reporte son intérêt vers la vie de la cité. En 1888, Jules Verne est élu au conseil municipal d'Amiens sur la liste républicaine (gauche modérée) conduite par Frédéric Petit. Jules Verne n'était en aucun cas un républicain de grande conviction ; il est toute sa vie resté monarchiste, mais de tendance orléaniste. Au sein de la municipalité, il est chargé des spectacles, du cirque, des expositions. Le dossier sur le projet de cirque municipal, déjà proposé durant le précédent mandat du maire, lui prend beaucoup de temps. Il s'y investit fortement, malgré les critiques sur la construction en dur d'un tel édifice. Il fait aboutir son projet et, le 23 juin 1889, prononce le discours d'inauguration.

Chevalier de la Légion d'honneur depuis août 1870, Jules Verne est promu au grade d'officier le 24 juillet 1892. Il est décoré le 11 octobre suivant par le préfet de la Somme.

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Le 27 août 1897, son frère Paul meurt des suites de troubles cardiaques. Verne reste prostré et refuse tout déplacement. 

En 1902, il sent ses forces intellectuelles diminuer. L'écrivain n'écrit guère. Malgré tout, il accepte la présidence du Groupe espérantophone d'Amiens. Ardent défenseur de cette toute jeune langue internationale, il promet à ses amis d'écrire un roman où il décrira les mérites de l'espéranto.

Le diabète, qui attaque son acuité visuelle, l'anéantit petit à petit. Après une sévère atteinte vers la fin de 1904, une nouvelle crise le terrasse, le 16 mars de l'année suivante. Jules Verne s'éteint le 24 mars 1905 à Amiens, dans sa maison du 44 boulevard Longueville. Ses obsèques, célébrées à l'église Saint-Martin d'Amiens, attirent une foule de plus de cinq mille personnes. Plusieurs discours sont prononcés, notamment celui de Charles Lemire pour la Société de géographie. L'empereur Guillaume II envoie le chargé d'affaires de l'ambassade d'Allemagne présenter ses condoléances à la famille et suivre le cortège. Mais aucun délégué du gouvernement français n'est présent aux funérailles.  

Sept romans et un recueil de nouvelles paraîtront après sa mort, publiés par son fils Michel, qui prendra la responsabilité de remanier les manuscrits. En 1907, un huitième roman, L'Agence Thompson and Co., sera entièrement écrit par Michel, mais paraîtra sous le nom de Jules Verne.

Œuvres principales 

  • Cinq semaines en ballon 
  • Voyage au centre de la Terre
  • De la Terre à la Lune 
  • Les Enfants du capitaine Grant 
  • Vingt mille lieues sous les mers
  • Autour de la Lune 
  • Une ville flottante 
  • Le Tour du monde en quatre-vingts jours
  • L'Île mystérieuse 
  • Michel Strogoff 
  • Les Indes noires 
  • Un capitaine de quinze ans 
  • Les Cinq Cents Millions de la Bégum
  • Les Tribulations d'un Chinois en Chine
  • L'Étoile du sud 
  • Mathias Sandorf 
  • Robur le Conquérant 
  • Gil Braltar 
  • Deux ans de vacances 
  • Le Château des Carpathes 
  • Maître du monde 

 D'après Wikipédia



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03 septembre 2017

EMILE ZOLA : L'OEUVRE

Le naturalisme : au début du XVIIIe siècle, ce dérivé savant de « naturel » distingue le système d'interprétation de phénomènes naturels. L'expression « naturalisme » s'emploie plus tard dans le cadre de théories excluant une cause surnaturelle. On utilise aussi ce mot dans le vocabulaire scientifique pour désigner le caractère naturel d'un phénomène. Ce terme tombe en désuétude jusqu'en 1857, au moment où la Revue moderne publie une critique. Celle-ci qualifie la peinture de Gustave Courbet de naturaliste, dans le sens de « peintre de la nature réaliste ».

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Caricature de 1876

On peut distinguer deux périodes dans le naturalisme théorique de Zola. La première époque court de 1866 à 1878, avec un point de départ posé par la publication de Mes haines. Zola s'y veut moderniste, révolutionnaire dans l'âme, en réaction. Il rejette le romantisme démodé « comme un jargon que nous n'entendons plus ». Mais Zola se distingue en affirmant la prédominance du tempérament. 

Après 1878 et la lecture de Claude Bernard, Zola introduit la notion de méthode expérimentale, afin que la littérature « obéisse à l'évolution générale du siècle ». Zola applique cette définition à la technique romanesque transformée « en étude du tempérament et des modifications profondes de l'organisme sous la pression des milieux et des circonstances ».  

Le naturalisme consiste donc en la recherche des causes du vice dans l'hérédité. De ce fait, le romancier naturaliste est « observateur et expérimentateur ». L'observateur accumule des renseignements sur la société et ses milieux, sur les conditions de vie et d'environnement. Il doit cerner de près la réalité, qu'il transpose par un usage serré et acéré du langage. L'expérimentateur joue dès lors son rôle, par la construction d'une trame qui amalgame les faits et construit une mécanique où il enchaîne ces faits par une forme de déterminisme des principes liés au milieu et à l'hérédité. Le personnage naturaliste est ainsi la conséquence déterminée de constantes physiques, sociales et biologiques. Le romancier naturaliste a un but moral. Zola écrit : « Nous sommes les juges d'instruction des hommes et de leurs passions, c'est-à-dire des moralistes expérimentateurs. »
 
La littérature naturaliste est une littérature de synthèse du type balzacien et de l'anti-héros flaubertien, qui engendre des personnages vidés d'individualité. La prépondérance de Zola dans le milieu naturaliste est indiscutable et le débat se catalysera d'ailleurs essentiellement autour de lui. L'école naturaliste est le plus souvent appelée « école de Médan », du nom de la maison appartenant à Zola, où les écrivains proches du mouvement naturaliste, comme le premier Huysmans et Maupassant, ont l'habitude de se réunir lors de soirées dites de Médan. En dehors de l'œuvre zolienne, le naturalisme a donné peu d'œuvres majeures. C'est ainsi que Stéphane Mallarmé a pu dire : « Pour en revenir au naturalisme, il me paraît qu'il faut entendre par là littérature d'Émile Zola et que le mot mourra, en effet, lorsque Zola aura achevé son œuvre. »

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Caricature de 1879

Zola se présente comme un écrivain à la fois minutieux et méthodique. Il décrit ainsi sa méthode de travail : « Ma façon de procéder est toujours celle-ci : d'abord, je me renseigne par moi-même, par ce que j'ai vu et entendu ; ensuite, je me renseigne par les documents écrits, les livres sur la matière, les notes que me donnent mes amis ; et enfin, l'imagination, l'intuition plutôt, fait le reste. Cette part de l'intuition est chez moi très grande, plus grande, je crois, que vous ne la faites. Comme le disait Flaubert, prendre des notes, c'est être simplement honnête ; mais les notes prises, il faut savoir les mépriser. »

Zola a toujours insisté sur sa démarche consciente et tranquille, qui s'apparente à celle du maçon construisant sa maison, sans fébrilité. Il veut donner l'image de la quiétude dans l'écriture, avec une construction de premier plan, puis de second plan, une description des personnages précise par l'établissement de fiches pour chacun d'eux. La rédaction du chapitre doit immédiatement suivre. Cependant, cette démarche théorique est quelque peu contredite par l'examen des dossiers de préparation laissés par l'auteur des Rougon-Macquart. En effet, dans le cas de la documentation, plutôt que de réaliser ses recherches dans un premier temps, puis de réaliser la totalité de son travail d'écriture dans un second temps, on constate que Zola se documentait tout au long de la réalisation de ses romans.

Le travail de Zola romancier commence donc par la constitution d'un dossier préparatoire. Sa taille est variable en fonction du roman et du sujet, mais va plutôt en s'accroissant avec le temps. D'une cinquantaine de pages pour La Fortune des Rougon, le dossier de Pot-Bouille en atteint 450, pour compter entre 900 et un millier pour Germinal, L'Argent ou La Terre, et enfin culminer à près de 1250 feuilles pour La Débâcle. Le dossier préparatoire est aussi utile au romancier lorsqu'il doit se défendre des attaques assez nombreuses qui lui sont portées quant au sérieux de sa documentation. Zola viserait, à en croire ses contradicteurs, au superficiel et au spectaculaire. Il n'hésite pas, dès lors, à convoquer des journalistes pour leur prouver le sérieux de ses recherches en leur exposant ses dossiers. Zola s'appuie ainsi sur une solide documentation, ainsi que sur des enquêtes pour lesquelles il se déplace dans les régions qu'il veut décrire. Les voyages du romancier vers un lieu précis ont souvent provoqué moqueries et quolibets.

La critique voit dans ces « mouvements puérils » un manque d'imagination de l'écrivain. C'est en effet très nouveau, dans la seconde moitié du XIXe siècle, que de vouloir coller à la réalité d'aussi près. Mais le romancier souhaite absolument s'imprégner de l'ambiance d'un lieu pour y capter le détail véridique. C'est dans cet esprit qu'il part visiter le Valenciennois pendant une dizaine de jours pour Germinal, ou qu'il produit trois cents pages d'observations sur les Halles pour Le Ventre de Paris, entre autres. Il croque les scènes vécues, mais toujours dans l'optique de son roman en cours, jamais gratuitement. Il sélectionne ses observations et les utilise quasiment toutes dans le roman qu'il est en train d'écrire, ainsi qu'un peintre ferait avec son carnet de croquis.

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Caricature de 1890

Les dossiers préparatoires de Zola font aussi état de réflexions théoriques sur le roman en cours d'écriture, via une forme de dialogue avec lui-même. L'écrivain prend soin de définir le schéma narratif, la position des personnages dans chaque scène, le niveau de dramatisation, la véracité de la situation. Il porte une attention toute particulière au rythme de la narration et à l'équilibre de chacun des chapitres.
 
Zola prépare des brouillons avant d'écrire ses pages définitives. Mais il n'en a légué pratiquement aucun, et comme il travaille toujours en solitaire, il n'existe aucun témoignage à ce sujet. Quelques bribes d'essais concernant un paragraphe ou une phrase ont été retrouvées, mais rien de systématique. Il est certain que cette étape intermédiaire a été détruite volontairement, comme chez Hugo. Les historiens de la littérature s'interrogent encore sur cette absence et supposent que, peut-être, Zola a cherché à masquer une certaine réalité qui aurait pu nuire à l'édification de son personnage « d'écrivain omniscient ».

En revanche, Zola fait de nombreuses retouches après la première publication, en appliquant une méthode originale : comme pratiquement tous ses romans sont parus d'abord sous la forme de feuilletons dans la presse, il découpe la page et y porte directement ses corrections en vue de l'édition en volume. Il a ainsi parfois apporté d'importantes corrections à ce qu'il a considéré comme un premier jet. Il lui est aussi arrivé d'avoir l'idée d'ajouter des personnages nouveaux dans le cycle des Rougon-Macquart et, dans ce cas, il pouvait reprendre un volume déjà paru et le modifier en vue d'une réédition.

Dès 1864, Zola a élaboré sa première théorie du style, qu'il expose au moyen de la métaphore des trois écrans : l'écriture est un écran entre l'œil et le monde, et cet écran peut être de trois natures différentes, suivant l'esthétique à laquelle l'écriture obéit. De ces trois écrans, le classique, le romantique et le réaliste, il choisit le dernier parce qu'il est celui qui lui semble le moins déformer la réalité : « [...] un simple verre à vitre, très mince, très clair, et qui a la prétention d'être si parfaitement transparent que les images le traversent et se reproduisent ensuite dans toute leur réalité ». Cette même exigence de transparence et de clarté dans l'écriture l'amène à refuser « l'écriture artiste », celle des symbolistes notamment, contre lesquels il écrit en 1896 un article dans Le Figaro, dans lequel il exprime son désir d'une écriture d'où l'« idée » puisse transparaître avec une « solidité de diamant dans le cristal de la langue ».

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Voyage en locomotive pour la préparation de La bête humaine

Le maître-mot est dès lors la « simplicité dans la langue » contre les excès de la rhétorique et le « déluge de lieux communs, d'images connues, qui fait dire au grand public : « C'est bien écrit ». ». Pour « acquérir un style simple, clair et fort », Zola, dans une préface de 1889, conseille aux jeunes écrivains de se frotter à l'écriture journalistique : l'urgence, la nécessité de la concision, les amèneront à se débarrasser des adjectifs superflus, à ne plus conserver « que le verbe ». C'est en effet à ce prix que la langue peut devenir « l'arme scientifique du siècle ».

Pour autant, la langue que Zola appelle de ses vœux n'est pas une langue neutre, qui serait l'équivalent, dans le domaine de la littérature, de l'objectivité photographique. Paradoxalement, alors qu'il prend pour modèle de la création romanesque la méthode scientifique, dans la démarche de laquelle la subjectivité de l'observateur est censée n'avoir aucune part, il ne cesse de rappeler l'importance de la personnalité, du tempérament propre du créateur. Le « grand style », c'est celui dans lequel s'exprime « l'expression personnelle » de l'artiste. C'est pour cette raison, explique Zola, qu'on peut reprocher à Balzac « ses phrases fâcheuses », « son style est à toujours à lui », et c'est ce qui fait de lui un grand écrivain. Ce style personnel, ce tempérament, on ne peut selon lui ni l'acquérir quand on en est démuni, ni le changer quand on en possède un : le style, « on naît avec, comme on a les cheveux blonds ou bruns. ».

Zola a par ailleurs donné quelques indications sur la manière dont il écrit ses phrases, et qui a peu à voir avec l'idée selon laquelle la langue doit se faire transparente pour ne pas faire obstacle à la manifestation du réel : la construction de celles-ci, explique-t-il, obéirait en effet avant tout aux lois de l'« euphonie » : « J'entends le rythme de la phrase [...] je ne prépare pas la phrase toute faite ; je me jette en elle comme on se jette à l'eau, je ne crains pas la phrase ; en face d'elle je suis brave, je fonds sur la phrase, j'attaque la phrase, laissant à l'euphonie le soin de l'achever. »

Ces paradoxes, ces décalages entre la théorie et la pratique, les silences sur certaines caractéristiques importantes de l'œuvre romanesque (la transformation du réel par l'irruption de dimensions fantasmatiques et mythiques, notamment) ont pu donner de l'écrivain qu'était Zola une vision tronquée et réductrice qui a souvent été utilisée par les adversaires du naturalisme. 

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Plan de la Bourse de Paris pour L'argent

L'itinéraire littéraire d'Émile Zola est initialement marqué par une hésitation. Poésie ? Théâtre ? Roman ? Essai ? L'homme tergiverse. La poésie l'attire, il en a beaucoup écrit, il est même remarqué chez Hachette après avoir livré un poème. Mais il n'y a aucun parti à en tirer à court terme. Le théâtre permet d'accéder vite à la notoriété et à la fortune. Le jeune homme s'y essaye, aidé de rencontres dans le petit monde des auteurs dramatiques, sans succès. La Laide, conte moral inspiré de Milton, et Madeleine sont refusés. Les Mystères de Marseille, un roman-feuilleton épique qui a paru un peu plus tôt, est adapté pour le théâtre avec Marius Roux, mais la pièce ne vit que le temps de quelques représentations.

Son premier ouvrage publié est un recueil de contes, Les Contes à Ninon, dont la substance a pour origine des textes écrits dès 1859. Il est souffrant lorsqu'il a écrit cet ouvrage. Le Zola de vingt ans s'y exprime, déjà avec talent, sous une forme facile à publier dans la presse et dont l'administration impériale est friande. Les contes sont tout d'abord publiés dans La Revue du mois, feuille littéraire et artistique de Géry Legrand, que Zola a connu comme collaborateur dans la presse lilloise. Le volume imprimé par l'éditeur Pierre-Jules Hetzel paraît à mille cinq cents exemplaires en novembre 1864. C'est au plus un succès d'estime, mais Zola a pu faire jouer ses relations et obtient plus de cent articles dans la presse en trois mois.

Le 31 janvier 1866, Émile Zola décide de démissionner de la librairie Hachette et de ne plus vivre que de sa plume. La dispersion du jeune homme, les publications des Contes à Ninon et, surtout, de son roman à dominante autobiographique La Confession de Claude, semblent avoir joué un rôle prépondérant dans ce qu'il est convenu d'appeler une séparation amiable. La Confession de Claude est achevée à la fin de l'été 1865, publiée chez Lacroix à quinze cents exemplaires à la mi-novembre. C'est un roman écrit en réaction contre la mode du « rachat de la femme perdue », où Zola évoque déjà des thèmes récurrents dans son œuvre comme la peur de la souillure et de la déchéance, ou encore l'attrait maléfique de la Femme. La censure, très active sous le Second Empire, s'intéresse immédiatement à ce premier roman, sans lui trouver matière à poursuites. Mais on lui reproche déjà la « crudité de l'observation », « le cynisme du détail » et son appartenance à une « école réaliste » prompte à « analyser de honteuses passions ».

Dans le courant de l'année 1866, Zola parvient à contribuer régulièrement à L'Événement. Il y propose son deuxième roman, Le Vœu d'une morte, qui paraît en feuilleton du 11 au 26 septembre. Devant la faiblesse des livraisons, Villemessant, le directeur du journal, interrompt la publication à la fin de la première partie. La seconde partie, pourtant prévue, ne sera jamais écrite. « On trouve cela très pâle, bien écrit, de bons sentiments, mais embêtant. Vite, vite, arrêtez les frais », écrit-il à Zola fin septembre 1866. Le roman, complété des Esquisses parisiennes, est publié en novembre 186693. À l'occasion de sa réédition chez Charpentier en 1889, le roman est totalement revu par l'écrivain. Le naufrage est évité par quelques belles pages de description parisiennes, de souvenirs bien sentis et par l'expression d'un thème majeur chez Zola : la perversion par l'argent.

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Ces deux premiers romans ne rapportent à Zola rien d'autre qu'une certaine estime, et la situation matérielle de Zola en reste au point mort. Le journaliste sauve toutefois le romancier pendant ces années sèches. Mais le succès littéraire approche.

Avec Thérèse Raquin, l'entreprise se dessine. Première grande œuvre à succès de Zola, le roman illustre la théorie des tempéraments, le déséquilibre entre le sang et la personnalité. Le romancier a d'abord livré une nouvelle publiée dans Le Figaro du 24 décembre 1866, intitulée Dans Paris. Un mariage d'amour. Il s'agit plus d'une trame, dans laquelle les éléments principaux du roman à venir sont encore absents. Il propose ensuite au directeur de la Revue du XIX siècle, Arsène Houssaye, le développement de cette nouvelle en un roman de six chapitres. Ce sont finalement trois livraisons qui sont publiées en août, septembre et octobre 1867, dans L'Artiste, sous le titre Un mariage d'amour. Pour la publication en volume, Zola décide de changer le titre en Thérèse Raquin, le nom de l'héroïne du roman, s'inspirant ainsi de Madame Bovary de Flaubert et Germinie Lacerteux des Goncourt, dont l'influence est forte au-delà des seuls titres de roman. Le volume est édité par Lacroix, mis en vente en novembre 1867, tiré à quinze cents exemplaires et réimprimé dès avril 1868. La réception du roman est variée. Il marque véritablement le début de la carrière d'écrivain de Zola.

Mais la polémique et la passion vont rapidement faire rage. Zola répond aux accusations de « pornographie » dans la préface de la seconde édition du roman, texte précieux puisque l'auteur s'y dévoile et emploie pour la première fois le concept de « roman naturaliste ». Louis Ulbach, sous le pseudonyme de Ferragus, parle de « littérature putride […] d'une flaque de boue et de sang […] qui s'inspire directement du choléra, son maître, et qui fait jaillir le pus de la conscience ». Taine, dont Zola se considère comme le disciple, offre un regard bienveillant à l'auteur de Thérèse Raquin. Il lui écrit : « Vous avez fait une œuvre puissante, pleine d'énergie, de logique, et très morale ; il vous reste à en faire une autre qui embrasse plus d'objets et ouvre plus d'horizons. ». Zola va rapidement s'y employer en concevant un monument littéraire : Les Rougon-Macquart. La voie de la littérature s'ouvre enfin à lui. Il s'y engouffre. Il vient d'avoir 27 ans.

« Je veux expliquer comment une famille, un petit groupe d'êtres, se comporte dans une société, en s'épanouissant pour donner naissance à dix, à vingt individus qui paraissent, au premier coup d'œil, profondément dissemblables, mais que l'analyse montre intimement liés les uns aux autres. L'hérédité a ses lois, comme la pesanteur. »

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Caricature de 1880

À partir de 1868, Émile Zola conçoit un projet qui était déjà en germe depuis quelque temps : L'Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire. Il envisage une fresque romanesque traversant toute la période, du coup d'État du 2 décembre 1851 à la défaite de Sedan en 1870. L'idée lui vient d'abord de sa passion pour Honoré de Balzac : « Mon œuvre, à moi, sera tout autre chose. Le cadre en sera plus restreint. Je ne veux pas peindre la société contemporaine, mais une seule famille, en montrant le jeu de la race modifiée par les milieux. [...] Balzac dit qu'il veut peindre les hommes, les femmes et les choses. Moi, des hommes et des femmes, je ne fais qu'un, en admettant cependant les différences de nature et je soumets les hommes et les femmes aux choses. »

À la différence de La Comédie humaine, rassemblée en une œuvre compilée sur le tard, les Rougon-Macquart sont, dès avant le départ de l'œuvre, un projet conscient, déterminé, réfléchi. Les travaux du docteur Lucas, dont son traité sur l'hérédité, sont une autre source de l'œuvre à venir. Les Rougon-Macquart sont ainsi la rencontre de Balzac avec la science de ce milieu du XIXe siècle, principalement illustrée par la physiologie.

Initialement prévu en dix volumes, le cycle évolue pour compter successivement douze, puis quinze, puis enfin, le succès venant, vingt tomes. Il est pensé dans le détail avec une ossature précise dès l'origine, dotée d'une vision ensembliste et systématique. Ce plan décrit les personnages, les grands thèmes de chaque ouvrage (l'argent, le monde ouvrier, l'armée), le lieu de l'action (Provence ou Paris). Zola ne cache pas non plus le côté rémunérateur de l'opération : assurer la stabilité de sa vie matérielle est l'une de ses obsessions, après ses difficiles années de vaches maigres.

Zola a conservé à l'esprit toutes les ficelles de l'édition moderne, apprises chez Hachette, dont la publication en série : il a compris que chacun y gagne, l'éditeur comme le romancier. Mais Zola se sent aussi à un tournant littéraire après la publication de ses quatre premiers romans. Il prend conscience d'être arrivé aux limites d'un modèle. Si le naturalisme veut survivre comme nouveau genre littéraire, il ne doit pas se laisser enfermer dans les limites étroites imposées par ses premiers essais. Il a parfaitement assimilé les leçons que lui ont faites Taine et Sainte-Beuve sur ses premières œuvres, en termes d'équilibre et de vérité. L'initialisation des Rougon-Macquart marque donc un changement complet de stratégie dans l'œuvre naissante du romancier.

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Le cycle repose sur l'histoire d'une famille issue de deux branches : les Rougon, la famille légitime, petits commerçants et petite bourgeoisie de province, et les Macquart, la branche bâtarde, paysans, braconniers et contrebandiers, qui font face à un problème général d'alcoolisme. Cette famille est originaire d'Aix-en-Provence — qui deviendra Plassans dans la série de romans. Les Rougon-Macquart mettent en scène une descendance s'étendant sur cinq générations. Certains membres de cette famille vont atteindre des sommets de la société d'Empire, alors que d'autres vont sombrer, victimes d'échecs sociaux et de leur hérédité. Il s'agit donc d'une entreprise de dévoilement du corps social, mais aussi du corps humain dans ses recoins les plus sombres. Zola veut montrer comment se transmet et se transforme, dans une même famille, une tare génétique, ce qui implique l'usage d'une généalogie que le romancier ne cessera de perfectionner au fil de l'élaboration de son œuvre. Ainsi, une relation directe entre chaque personnage existe de roman en roman, trait absent des œuvres précédentes.

C'est par Émile Deschanel que Zola apprend l'existence des travaux des aliénistes Bénédict Augustin Morel et Joseph Moreau sur le thème de l'hérédité vue sous un angle morbide. L'écrivain n'a de cesse de compléter ses connaissances sur ce sujet, au point qu'on peut considérer qu'il a fait passer dans les Rougon-Macquart « à peu près l'état contemporain du savoir ». Au contraire de Balzac, Zola se sert de l'hérédité comme d'un outil, fil conducteur de son cycle, qui lui permet une classification scientifique de ses romans.

L'écriture de cette série constitue la principale préoccupation de l'écrivain pendant les vingt-cinq années suivantes. Avec une régularité à toute épreuve, Zola écrit trois à cinq pages par jour, ce qui représente chaque année un roman de deux volumes. Il fait paraître six romans entre 1871 et 1876 avec La Fortune des Rougon, La Curée, Le Ventre de Paris, La Conquête de Plassans, La Faute de l'abbé Mouret et Son Excellence Eugène Rougon. Mais ce n'est pas encore le succès attendu. Il est évidemment reconnu en tant que romancier, mais pas au niveau qu'il souhaite.

Ferme dans son projet, l'écrivain s'attèle à l'écriture de son grand roman « sur le peuple, ayant l'odeur du peuple », L'Assommoir, qu'il publie en 1877 chez Georges Charpentier. Il y décrit, tel un reportage, les drames de la classe ouvrière, au travers de ses misères et des ravages de l'alcool. C'est un texte dans lequel il met beaucoup de lui-même, s'inspirant de sa vie passée et de ses expériences dans les quartiers populaires. Le roman a un retentissement considérable qui amène enfin la gloire attendue, mais aussi le scandale. La description de la réalité froide de l'alcoolisme, « monstrueusement détaillée » par un auteur instruit par une documentation précise, soulève et indigne une critique presque unanime. À droite, les accusations sont, comme d'habitude, de trivialité et de pornographie, mais à gauche on lui reproche de « salir le peuple ». Les attaques contre Émile Zola sont nombreuses et violentes, si bien que la parution du roman dans Le Bien public, journal républicain, est interrompue au chapitre VI1. Mais le roman a un succès immense qui amène enfin au romancier l'aisance matérielle à laquelle il aspire. Plusieurs de ses amis s'éloignent de lui à ce moment-là, par peur du scandale, mais aussi, parfois, par jalousie.

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Zola poursuit imperturbablement la production de son cycle, en publiant Une page d'amour en 1878, puis Nana en 1879. C'est à nouveau un scandale puisque l'œuvre porte sur les demi-mondaines et leurs frasques. Gustave Flaubert admire ce talent à multiples facettes et félicite Zola une fois de plus. Ses adversaires l'accusent à nouveau d'être un écrivain « pornographique » de par son « goût du sordide et du détail cru ». Mais le public s'arrache les exemplaires de Nana, qui devient un immense succès de librairie en France et à l'étranger. Toujours constant dans l'effort, Émile Zola publie, de 1882 à 1884, cinq nouveaux romans : Pot-Bouille, Au Bonheur des Dames, La Joie de vivre, Germinal et, hors le cycle des Rougon-Macquart, Naïs Micoulin.

Germinal, le roman sur les « gueules noires » et la grève, paraît en 1885. C'est très certainement le roman le plus travaillé, le plus préparé et documenté de Zola. Le romancier s'est déplacé dans le bassin houiller de Valenciennes, dans le nord de la France, à Anzin. Zola choisit le Nord plutôt que Saint-Étienne, sur les conseils du député Alfred Giard, qui le guidera dans la région. Sa visite de huit jours, en pleine grève des douze mille mineurs du carreau d'Anzin, transforme totalement sa vision du monde des « ouvriers de l'industrie ». Il n'a pas hésité à descendre au fond de la mine en février 1884, y discutant avec les mineurs, les cadres et ingénieurs. Il assiste à des réunions syndicales, entre dans les maisons, les cafés, tous les lieux de convivialité, observe la détermination, le calme et la discipline des grévistes. Il est aussi témoin du drame social, « la débauche des filles qui ne se marient qu'au deuxième ou troisième enfant », la prostitution, le jeu, l'alcoolisme. Le livre est un immense succès alors que les ennemis de l'écrivain, de moins en moins nombreux, sont bien forcés à une reconnaissance de son immense talent.

Il publie en 1890 un nouveau chef-d'œuvre : La Bête Humaine.

En 1891, L'Argent a comme toile de fond le monde de la Bourse, de la finance et de la spéculation sous le Second Empire. Suit en 1892 La Débâcle (1892), roman historique consacré à la guerre de 1870, en particulier à la Bataille de Sedan et à la Commune de Paris. Il apporte à l'auteur son plus grand succès de librairie.

Zola achève le cycle des Rougon-Macquart en publiant Le Docteur Pascal en 1893.

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Tableau d'hérédité établi par Zola pour les Rougon Macquart

L'achèvement des Rougon-Macquart approchant, Émile Zola a changé. Le contraste est fort entre une reconnaissance internationale inégalée et une hostilité générale en France, exprimée par des attaques continues et le refus obstiné de le voir entrer à l'Académie française. Il s'interroge sur son activité littéraire : « L'avenir appartiendra à celui ou à ceux qui auront saisi l'âme de la société moderne, qui, se dégageant de théories trop rigoureuses, consentiront à une acceptation plus logique, plus attendrie de la vie. Je crois à une peinture de la vérité plus large, plus complexe, à une ouverture plus grande sur l'humanité, à une sorte de classicisme du naturalisme. »
Cette évolution est dans l'air du temps, avec un « néonaturalisme » illustré par les productions d'Anatole France et Maurice Barrès qui connaissent une évolution vers le roman à thèse..

Avant même la fin des Rougon-Macquart, Émile Zola décide de se lancer dans la rédaction d'un roman ayant pour objet la religion en cette fin de XIXe siècle. La révélation se fait à l'occasion d'un voyage dans le sud-ouest de la France en septembre 1891, où le romancier assiste, interloqué, au grand pèlerinage de Lourdes et à tout son décorum, avec « ce monde de croyants hallucinés ». Le but du romancier est de dresser une forme de « bilan religieux, philosophique et social du siècle » au travers d'un, puis deux, puis finalement trois romans, intitulés chacun du nom d'une ville : Lourdes, Rome et Paris. Son héros, l'abbé Pierre Froment, personnage sceptique et désabusé, en crise face à la religion, sert de fil conducteur au cycle ainsi que de porte-parole au romancier. C'est le nouveau souffle que recherchait Zola, apte à le relancer après l'énorme travail fourni sur les vingt volumes des Rougon-Macquart.

Le dernier trimestre de l'année 1893 et la première moitié de 1894 sont consacrés à l'écriture de Lourdes. Ce roman s'appuie sur Mon voyage à Lourdes (qui ne sera édité qu'en 1958 chez Fasquelle), journal réunissant observations et témoignages recueillis par Zola lors de son second voyage à Lourdes, en septembre 1892. Le roman Lourdes paraît le 25 juillet 1894. Tiré à 88 000 exemplaires, il est présenté en avant-première dans Le Figaro1. La critique littéraire reçoit correctement l'ouvrage, en regrettant parfois l'absence de renouvellement entre les deux cycles. La presse conservatrice et religieuse incendie le roman, amenant même des réponses sous forme de roman ou d'étude-réaction. L'ouvrage est mis à l'Index le 21 septembre, mais c'est, en revanche, un immense succès de librairie.

Rome et Paris suivent à peu de distance, écrits rapidement dans la foulée de la parution de Lourdes. Rome a pour objet la description du haut clergé moderne, avec le Pape à son sommet, et son positionnement dans le modernisme social de cette fin siècle. La rédaction du roman s'étale entre 1895 et 1896 ; il est publié en volume le 8 mai 1896, déclenchant les mêmes foudres que Lourdes. Enfin, Paris est le roman de la capitale contemporaine. C'est le contraste entre la richesse et la misère, la bourgeoisie et le monde ouvrier, l'ordre contre l'anarchie. Le volume est mis en vente en pleine affaire Dreyfus, juste après le procès intenté contre Émile Zola à la suite de la publication de « J'accuse...! ».

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Caricature de 1898

Les quatre romans de ce nouveau cycle (Fécondité, Travail, Justice et Vérité) découlent directement de la série précédente, bâtis autour de chacun des fils de Pierre et Marie Froment. Mais la mort prématurée de l'écrivain prévient la réalisation du dernier ouvrage, qui reste à l'état d'ébauche. Zola a voulu ouvertement utopique ce cycle dans lequel il peut donner libre cours à ses rêves. Mais c'est aussi une conception du monde, sur le plan social, qui a très mal vieilli.

Dans Fécondité, Zola expose ses thèses natalistes. Le roman est basé sur une opposition stricte et rigoureuse, manichéenne, entre le couple Froment et leurs douze enfants, incarnant le bonheur, et les autres personnages qui se limitent volontairement à une progéniture réduite, voire inexistante : à ceux-ci revient la déchéance sociale et les malheurs de la vie. Le roman est publié en feuilleton dans L'Aurore de mai à octobre 1899, puis en volume le 12 octobre chez Fasquelle. La valeur morale de l'œuvre est remarquée, plus que ses qualités littéraires, malgré les fortes critiques de la droite nationaliste.

Travail est un évangile socialiste, dans lequel Zola inaugure un nouveau genre pour lui-même, puisque c'est une œuvre d'anticipation, construite sur la volonté générale de progrès social et sur les évolutions industrielles de la fin du XIXe siècle. Alors que les idéaux socialisants appellent à une lutte des classes sanglante, Zola aspire à une entraide. La rédaction du roman débute en mars 1900 et s'achève en février 1901 ; le volume paraît chez Fasquelle en mai 1901. L'œuvre est reçue avec bienveillance à gauche, avec des critiques enthousiastes, de Jaurès notamment. Les associations coopératives, disciples de Fourier, voient en Zola un allié de poids et lui organisent un banquet le 9 juin 1901.

Vérité, le troisième roman du cycle est l'adaptation de l'affaire Dreyfus dans le monde de l'Instruction publique, qui s'oppose à l'école privée catholique. L'œuvre est conçue dans le contexte du projet de séparation des Églises et de l'État. C'est la description d'un cléricalisme qui, envers et contre tout, cherche à conserver coûte que coûte son emprise sur la société civile. Le volume, qui paraît en mars 1903 chez Charpentier, est liseré de noir en signe de deuil. La critique s'attache à élucider les messages relatifs à l'affaire Dreyfus, en faisant remarquer que la transposition de la trahison militaire à l'affaire de mœurs fait perdre beaucoup au récit. Mais la critique salue le traitement de l'éducation laïque.

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Justice, le dernier roman de la série de Quatre Évangiles ne sera jamais commencé. On sait que Jean Froment devait en être le héros, militaire antimilitariste, certain de la nécessité du désarmement mondial pour assurer la paix des peuples et leur bonheur. Le but devait être la création d'une république universelle par la victoire contre les nationalismes et le militarisme.

Le théâtre

Toujours dans la perspective d'une amélioration de sa situation matérielle, Émile Zola a cherché rapidement à adapter ses romans au théâtre. À la fin du XIXe siècle, un succès sur une scène parisienne rend immédiatement riche et célèbre. Mais Zola est aussi attiré par l'effet « tribune » du théâtre, dont il rêve d'exploiter l'écho potentiel pour son mouvement naturaliste.

Zola est attiré par le théâtre dès sa jeunesse en Provence. Il a entrepris dès 1855 des essais avec ses amis Baille et Cézanne, comme dans la comédie Enfoncé le pion ! La Laide est sa première œuvre théâtrale. La pièce met en scène un père aveugle, son handicap lui révélant la véritable beauté, celle du cœur, incarnée par sa fille aînée. Ses deux filles se marient, l'une avec Lucien, l'autre avec un sculpteur sensible à la beauté académique de la cadette. La pièce, jugée naïve, ne sera jamais ni publiée, ni jouée du vivant de Zola. La seconde pièce de Zola, Madeleine, n'obtient pas plus de succès. Proposée à la direction du théâtre du Gymnase, elle est refusée. L'auteur la transforme alors en roman, Madeleine Férat.

Ces échecs ne sont pas de nature à abattre l'écrivain, qui devra toutefois attendre ses premiers succès de librairie pour connaître un succès au théâtre. Thérèse Raquin, drame en quatre actes, lui en donne l'occasion en 1873. La pièce est représentée neuf fois au théâtre de la Renaissance. La critique exprime un certain dégoût en même temps qu'une vraie admiration pour le talent de Zola. Les Héritiers Rabourdin en 1874 est un échec boudé par la critique et le public. Le Bouton de rose, comédie en trois actes, n'est représenté que sept fois en mai 1878. Sa dernière pièce, Renée, drame en cinq actes, est écrite à la demande de Sarah Bernhardt d'après le roman La Curée. Présentée en avril 1887 au théâtre du Vaudeville, c'est une nouvelle déception. Émile Zola, dès lors, n'écrira plus pour le théâtre et cesse ainsi sa carrière de dramaturge. Le théâtre est donc un échec cuisant pour l'auteur des Rougon-Macquart.

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L'opéra

Émile Zola n'aime pas beaucoup la musique. Clarinettiste dans la fanfare d'Aix-en-Provence dans sa jeunesse, l'écrivain avouera plus tard « faire profession d'une certaine haine de la musique » ainsi que « le plus grand mépris pour l'art des doubles et triples croches ». Il ira même jusqu'à contester les subventions accordées à l'Opéra de Paris. Mais paradoxalement, Émile Zola voue une certaine admiration à Richard Wagner. L'écrivain est sans doute attiré par l'aspect révolutionnaire du musicien allemand, dont les scandales peuvent être assimilés à ceux que provoquent les publications naturalistes.

C'est sa rencontre avec Alfred Bruneau en 1888 qui marquera un tournant. Celui-ci lui propose de mettre en musique Le Rêve, en collaboration avec le librettiste Louis Gallet, œuvre à laquelle Zola participe activement. C'est un succès. Dès lors, les adaptations vont s'enchaîner régulièrement. L'Attaque du moulin est créée en novembre 1893 à l'Opéra-Comique. Toujours sur un livret de Louis Gallet et une musique d'Alfred Bruneau, la trame est un peu modifiée pour éviter la représentation de Prussiens sur scène. L'argument est donc reporté en 1793 au lieu de 1870. La pièce est représentée trente-sept fois à Paris, ainsi qu'en province et à l'étranger. Suivent Lazare en 1893, Messidor en 1897, Violaine la chevelue, féerie lyrique en cinq actes et neuf tableaux qui ne sera jamais mise en musique, L'ouragan en 1901, L'Enfant roi en 1905 et Sylvanire ou Paris en amour, achevée par Zola juste quelques jours avant sa mort. Sans engendrer des succès de scène phénoménaux, le théâtre lyrique apporte à Zola une renommée supplémentaire et lui permet de mettre en scène et d'animer son naturalisme.

Esthétique zolienne

Avec Charles Baudelaire et les Goncourt, Zola a été l'un des trois plus importants critiques d'art de la seconde moitié du XIXe siècle et un grand défenseur des nouvelles tendances picturales opposées à l'académisme. Émile Zola a été dès l'enfance un passionné de l'image, attiré spontanément par les arts graphiques, puis par la photographie. À partir de 1863, en compagnie de « son presque frère », Paul Cézanne, Émile Zola intègre le Groupe des Batignolles et visite les ateliers d'artistes parisiens. Il fait la connaissance de tout ce qui compte dans le monde artistique. Tous sont déjà impressionnés par le talent immense d'Édouard Manet, avec sa nouvelle manière de voir la peinture, dont les sujets sont contemporains et les paysages chatoyants rendus avec la technique du « plein air ». Gustave Courbet est l'autre source artistique du jeune Zola qui restera toujours, pour l'écrivain, un de ses modèles. Il le qualifiera de « seul peintre de notre époque », ajoutant « qu'il a pour frères, qu'il le veuille ou non, Véronèse, Rembrandt, Titien ».

La petite population d'artistes se retrouve au quartier général de ce nouveau mouvement, le célèbre café Guerbois, aux Batignolles. Aux beaux jours, le groupe se déplace dans le petit village de Bennecourt près de Mantes-la-Jolie. Zola y révèle sa vision esthétique et complète ainsi ses autres apprentissages. Bien plus tard, dans L'Œuvre, en 1886, l'écrivain fera revivre de manière romancée toutes les scènes de cette époque.

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Émile Zola se fait le défenseur virulent de ce nouveau mouvement artistique dès 1863. L'efficacité et la pertinence de ses critiques dans L'Événement sont vite reconnues. Il y attaque sévèrement le jury du salon de 1866, s'en prenant « aux fausses gloires », les peintres de salon (Alexandre Cabanel ou William Bouguereau) ou les peintres d'histoire (Jean-Louis-Ernest Meissonier ou Jean-Léon Gérôme). Il crée le scandale en suggérant que la place de l'œuvre de Manet est au Louvre, à l'occasion d'un manifeste en faveur du peintre en 1866. Après 1875, Zola s'écarte de ce mouvement (baptisé Impressionniste à partir du salon de 1874), qui évolue vers un art qui « ne produit pas d'œuvres assez solides, assez travaillées ».

Pour Zola, le peintre est avant tout une personnalité. Il affirme : « Ce n'est pas l'arbre, le visage, la scène qu'on me présente qui me touchent ; c'est l'homme que je trouve dans l'œuvre ». Cette personnalité doit exercer un effet unificateur puissant sur le tableau, dans lequel le peintre transpose toute son énergie. Le centre de l'œuvre devient alors non plus le sujet choisi, mais l'expression de la personnalité de l'artiste.

Loin de tout dogmatisme ou idée préconçue, Zola affirme très tôt une sûreté de jugement remarquable, acceptant de reconnaître la qualité, voire le génie, dans des tableaux réalisés par ceux-là mêmes qu'il critique sévèrement dans leur conception picturale. Ses critiques ont été assez visionnaires puisque ceux qu'il admire sont toujours connus aujourd'hui, et ceux qu'il honnit désormais oubliés.

L'influence des arts plastiques sur l'œuvre de Zola est patente. L'écrivain semble avoir structuré ses romans tel le peintre sa toile, avec l'emploi constant de dossiers préparatoires. Souvent, dans ceux-ci, Zola ébauche des représentations des lieux qu'il veut décrire, ou certains objets, ou encore des plans. Il déploie aussi un art de la composition éprouvé dans les descriptions. Il paraît avoir traité l'espace romanesque comme le peintre son espace pictural. Zola a donc apporté au groupe des impressionnistes sa force de conviction et son talent de critique pour convaincre. Sa proximité avec ce mouvement artistique l'a lui-même très fortement influencé dans sa démarche littéraire. Ses conceptions novatrices de la « personnalité » de l'artiste et de la transformation de l'objet en un réel artistique peuvent préfigurer le surréalisme, que Zola ne connaîtra jamais.

Zola s'est moins intéressé à la sculpture. Dans un article consacré au Nègre endormi de Philippe Solari en 1868, il écrit : « Si un art souffre du milieu moderne, c'est à coup sûr la sculpture. Née au matin de l'humanité, chez des peuples vivant demi-nus, elle se trouve mal à l'aise dans nos sociétés vieillies, vêtues de vêtements sombres et étroits. » Il n'a reconnu le talent que d'un seul sculpteur, outre Solari : Auguste Rodin. En 1891, à l'occasion de la réalisation d'une statue de Balzac financée par la Société des gens de lettres, il soutient passionnément la candidature de Rodin.

Émile Zola semble s'être intéressé à la photographie à partir de 1888. Victor Billaud, rédacteur et imprimeur de la Gazette des bains de mer de Royan-sur-l'Océan l'initie à cette technique pendant des vacances que l'écrivain passe à Royan, invité par son éditeur Charpentier. Mais ce n'est qu'à l'issue de l'achèvement des Rougon-Macquart, en 1894, que Zola s'adonne pleinement à cette passion. Possédant jusqu'à une dizaine d'appareils photographiques, il a produit autour de dix mille plaques, dont seules quelques centaines ont été conservées.
Amateur éclairé, quasi professionnel, Zola installe trois laboratoires photographiques (à Paris, Médan et Verneuil). Il développe lui-même ses négatifs, procède aux agrandissements et réalise toutes sortes d'essais avec des papiers de couleur ou des formats exotiques. Minutieux, il note dans de petits carnets les temps de pose et autres détails pour chaque cliché.

Il est passionné par l'expression de la réalité quotidienne que lui fournissent ces moments figés. L'ensemble de ces photographies, expression d'un regard d'une grande modernité, forme un témoignage précieux sur la seconde moitié du XIXe siècle. Ses sujets de prédilection sont les scènes de la vie quotidienne, photographiées à Paris, Médan ou Verneuil. Il effectue un véritable reportage photographique lors de l'Exposition universelle de 1900. Il aime aussi à photographier de nombreux paysages, notamment lors de ses voyages en Italie ou pendant son exil londonien. Dernier thème de prédilection : sa famille et ses enfants qu'il a surabondamment représentés en images. Dans ce cadre, il met lui-même au point un déclencheur à distance afin de se représenter avec ses enfants sur les clichés.

La photographie n'a pas été un outil employé par l'écrivain pour la préparation de ses romans. Cette passion reste un outil de représentation du réel, passif, illustré par une dédicace sur un de ses albums consacrés à ses deux enfants : Denise et Jacques. Histoire vraie par Émile Zola. Le rôle de la photographie est en général négatif dans ses romans — ainsi, dans La Curée ou dans Madeleine Férat, le malheur est annoncé par une photo. La photographie, talent longtemps ignoré de l'écrivain, fait partie intégrante de l'œuvre zolienne, constitutive de sa personnalité.

D'après Wikipédia

 

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02 septembre 2017

* * * LE CIMETIERE DE PRAGUE - UMBERTO ECO

J'ai vu, il y a longtemps, le film Au nom de la rose, inspiré du roman du même nom. Je m'étais jurée de lire le livre, je ne l'ai toujours pas fait... Je suis tombée sur ce Cimetière de Prague et j'ai tenté. Magnifique ! Il FAUT donc désormais impérativement que je lise les autres oeuvres de cet auteur époustouflant.

INCIPIT

Le passant qui en ce matin gris du mois de mars 1897 aurait traversé à ses risques et périls la place Maubert, ou la Maub comme la désignaient les malfrats (jadis centre de vie universitaire, quand elle accueillait au Moyen Age la foule des étudiants qui fréquentaient la Faculté des Arts, Vicus Stramineus ou rue Fouarre, et plus tard lieu d'exécution capitale d'apôtres de la libre pensée tel Etienne Dolet), ce passant se serait trouvé dans l'un des rares endroits de Paris épargnés par les éventrements du baron Haussmann, au milieu d'un lacis de ruelles malodorantes coupées en deux secteurs par le cours de la Bièvre qui, dans cette zone, sortait encore des entrailles de la métropole où elle avait été reléguée depuis longtemps, pour se jeter, fiévreuse, râles et vermine, dans la Seine toute proche.

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RESUME

1897. Simon Simonini tient une brocante mais gagne surtout sa vie à faire des "faux". Il a perdu une partie de sa mémoire et commence à écrire son journal, pensant que le récit minutieux de toute sa vie depuis l'enfance fera peut-être ressurgir tous les souvenirs perdus. Il s'aperçoit un jour que son petit appartement est double : un couloir, empli de costumes et de perruques, mène à une autre pièce où semble vivre un prêtre nommé Della Piccola... Peu à peu, il se demande si ce prêtre ne serait pas lui-même... Mais pourquoi ces déguisements, pourquoi ne se rappelle-t-il de rien, a-t-il une double personnalité ou est-ce un simple jeu ? Tout en essayant de coucher sur le papier minutieusement le récit de sa vie, nous vivons avec lui les soubresauts du XIXe siècle et de ses secrets. De l'unification de l'Italie à l'affaire Dreyfus, en passant par la Commune ou les Protocoles de Sion...

MON AVIS

Le roman commence par une description d'un quartier de Paris pour nous mener à un commerce de "brocante" digne de celui de La peau de chagrin ! D'ailleurs, d'une façon générale (voir l'incipit !), le magnifique style développé par l'auteur dans tout l'ouvrage n'est pas sans rappeler celui de Balzac. Quelle merveille ! 

Une habile construction casse régulièrement le rythme, qui aurait pu être fastidieux à la longue (plus de 500 pages) : nous avons le journal qu'écrit Simonini... interrompu de temps à autre par les notes que Della Piccola vient y ajouter en "l'absence" de son auteur, apportant sa propre vision des faits et ses questions... Et un Narrateur qui vient régulièrement faire des commentaires, nous donner des précisions, des faits, des éclaircissements.

Le style est foisonnant, touffu, avec toutes sortes de digressions (genre des recettes de cuisine !) : j'adore ça ! C'est une grande saga ésotérique et pittoresque, qui retrace tous les grands événements du XIXe siècle au travers des aventures incroyables d'un homme. Je dis "incroyables" et pourtant tous les événements décrits sont véridiques ! Seul - ou quasiment - Simonini est un personnage fictif. Eco  conte des événements réels, invite de très nombreux personnages ayant vraiment existé et quelques autres, imaginés, pour lier le tout. 

Le livre est plutôt érudit. Mieux vaut connaître un peu le XIXe : la politique, les arts, la société... et même avec ça, on découvre un étonnant univers, secret, ésotérique, qui a provoqué les événements et les affaires que l'on connaissait. J'ai appris plein de choses !!! 

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Le cimetière juif de Prague

QUELQUES TUYAUX POUR BIEN COMPRENDRE :

CarbonariLe carbonarisme (pour l'Italie) ou charbonnerie (pour la France) est un mouvement initiatique et secret, à forte connotation politique, présent en Italie, en France, au Portugal et en Espagne au début et au milieu du XIXe siècle. La Charbonnerie tire son nom des rites d'initiation des forestiers (rituels forestiers) fabriquant le charbon de bois à l'origine dans le Jura et en Franche-Comté. Issues de l'ancienne corporation du métier de charbonnier, ces associations usent de signes secrets de reconnaissance et favorisent l'hospitalité et l'entraide. Chaque section locale d'une société des « bons cousins » s'appelle une « vente ». Après 1817, le carbonarisme entretient une agitation endémique dans la péninsule italienne, qui mènera à l'abdication du souverain Victor-Emmanuel Ier et à l'accession au pouvoir du roi libéral Charles-Albert. Buonarotti, grande figure des carbonari avant sa disparition en 1838, ne verra pas le plus grand achèvement pratique de son œuvre : la libération et réunification de l'Italie en partie menée par le "Bon Cousin" Garibaldi, par ailleurs illustre hiérophante ("prêtre") de Memphis Misraïm (une obédience maçonnique) : ce qui prouve l'étroite relation entre la maçonnerie et les carbonari. Aujourd'hui, il semble que le mouvement ait disparu, absorbé par la franc-maçonnerie, ou donnant naissance à de nouvelles branches dérivées, avec des noms différents.

Franc-maçonnerieElle se décrit, suivant les époques, les pays et les formes, comme une « association essentiellement philosophique et philanthropique », comme un « système de morale illustré par des symboles » ou comme un « ordre initiatique ». Organisée en obédiences depuis 1717 à Londres, la franc-maçonnerie fait référence aux anciens devoirs de la corporation de bâtisseurs. Elle prodigue un enseignement ésotérique progressif à l'aide de symboles et de rituels. Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l'humanité. Elle s'est structurée au fil des siècles autour d'un grand nombre de rites et de traditions, ce qui a entraîné la création d'une multitude d'obédiences, qui ne se reconnaissent pas toutes entre elles. Elle a toujours fait l'objet de nombreuses critiques et dénonciations, aux motifs très variables selon les époques et les pays. Les francs-maçons sont toujours actifs aujourd'hui partout dans le monde.

JésuitesLa Compagnie de Jésus est un ordre religieux catholique masculin dont les membres sont appelés « jésuites ». La Compagnie est fondée par Ignace de Loyola, saint François Xavier et les premiers compagnons en 1539 et approuvée en 1540 par le pape Paul III. Dissoute en 1773, elle est rétablie en 1814 par le pape Pie VII. Comme les autres religieux, les jésuites professent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance mais prononcent également un quatrième vœu qui leur est propre, celui de l'obéissance spéciale au Pape en ce qui concerne les missions. Ils ne recherchent pas les honneurs. Leur histoire compte ainsi peu d'évêques ou cardinaux et le pape François, élu en mars 2013, est le premier pape jésuite. La vocation des jésuites est de se mettre au service de l'Église catholique. Cela les a conduits rapidement à s'engager notamment sur l'évangélisation, la justice sociale et l'éducation. La Compagnie a rapidement formé le premier corps enseignant de la catholicité moderne. La Compagnie existe toujours aujourd'hui.

Expédition des Mille : Episode du Risorgimento italien survenu en 1860. Un corps de volontaires dirigé par Giuseppe Garibaldi débarque en Sicile afin de conquérir le Royaume des Deux-Siciles, gouverné par les Bourbons. Le projet est ambitieux et hasardeux puisqu’il s'agit de conquérir, avec un millier d’hommes, un royaume disposant d’une armée régulière et d'une marine puissante. L’expédition est un franc succès et se conclut par un plébiscite qui fait entrer Naples et la Sicile dans le royaume de Sardaigne, ultime conquête territoriale avant la création du Royaume d’Italie, le 17 mars 1861. 

Le cimetière juif de PragueIl se situe dans l'ancien quartier juif de Josefov dans la vieille ville. Il était en fonction de 1478 à 1786. Le nombre exact de pierres tombales et de morts enterrés est imprécis car il y a parfois plusieurs couches de tombeaux, mais il est estimé à douze mille tombes. Dans le roman, il est le lieu d'une réunion secrète pendant laquelle est énoncée une conspiration mondiale des Juifs pour prendre le pouvoir sur l'humanité tout entière.

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Alliance israélite universelleL’Alliance israélite universelle est une société juive internationale culturelle, installée dans différents pays mais originellement française. Son siège est situé 45 rue La Bruyère, Paris 9e arrondissement. Elle est fondée en 1860 en France, suite aux évènements antisémites sanglants qui frappent la communauté juive de Damas en 1840, et à la conversion forcée au christianisme de l'enfant juif Edgard de Mortara en 1858. Ces personnalités publiques et penseurs juifs français, reconnaissants envers la France pour son processus d'émancipation des Juifs, décident alors d'apporter leur aide aux Juifs du monde, afin de lutter contre la haine anti-juive. Ils décident d'un fonds de soutien, créent de nombreux emplois et luttent pour l'égalité des droits des Juifs dans le monde. Ses dirigeants sont républicains et patriotes, et s'opposent au sionisme, du moins jusqu'en 1945.

La Commune : C'est une période insurrectionnelle de l'histoire de Paris qui dura un peu plus de deux mois, du 18 mars 1871 à la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871. Cette insurrection contre le Gouvernement, issu de l'Assemblée nationale qui vient d'être élue au suffrage universel après la chute de Napoléon III, ébauche pour la ville une organisation proche de l'autogestion. Elle est en partie une réaction à la défaite française de la guerre franco-prussienne de 1870 et au siège de Paris. Le gouvernement d'Adolphe Thiers se réfugiera temporairement à Versailles, d'où le surnom donnés aux hommes politiques en place : les Versaillais.

Affaire Dreyfus : L'affaire Dreyfus est un conflit social et politique majeur de la Troisième République survenu à la fin du XIXe siècle, autour de l'accusation de trahison faite au capitaine Alfred Dreyfus qui est finalement innocenté. Elle a bouleversé la société française pendant douze ans, de 1894 à 1906, la divisant profondément et durablement en deux camps opposés, les « dreyfusards » partisans de l'innocence de Dreyfus, et les « antidreyfusards » partisans de sa culpabilité. La condamnation du capitaine Dreyfus — pour avoir prétendument livré des documents secrets français à l'Empire allemand — était une erreur voire un complot sur fond d'espionnage, dans un contexte social particulièrement propice à l'antisémitisme et à la haine de l'Empire allemand à la suite de son annexion de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine en 1871. L'affaire rencontre au départ un écho limité, avant qu'en 1898 l'acquittement du véritable coupable et la publication d'un pamphlet dreyfusard par Émile Zola, J'accuse…!, provoquent une succession de crises politiques et sociales. À son paroxysme en 1899, l'affaire révèle les clivages de la France de la Troisième République, où l'opposition entre les camps dreyfusard et antidreyfusard suscite de très violentes polémiques nationalistes et antisémites, diffusées par une presse influente. Elle s'achève en 1906, par un arrêt de la Cour de cassation qui innocente et réhabilite définitivement Dreyfus.

Protocole des Sages de Sion : C'est un faux document qui se présente comme un plan de conquête du monde établi par les Juifs et les francs-maçons. Ce document a été rédigé à Paris en 1901, par un informateur de l'Okhrana (la police secrète de l'Empire russe), Mathieu Golovinski. Il décrit un programme élaboré par un conseil de sages juifs afin d'anéantir la chrétienté et dominer le monde. L'auteur et ses commanditaires veulent convaincre Nicolas II et son gouvernement des méfaits d'une trop grande ouverture à l'égard des Juifs. L'empereur refuse de l'utiliser, estimant que ce texte discréditerait son action. L'ouvrage réunit les comptes-rendus d'une vingtaine de prétendues réunions secrètes exposant un plan de domination du monde qui utiliserait violences, ruses, guerres, révolutions et s'appuierait sur la modernisation industrielle et le capitalisme pour installer un pouvoir juif mondial. Adolf Hitler y fait référence dans Mein Kampf comme argument justifiant à ses yeux la théorie du complot juif et en fait ensuite l'une des pièces maîtresses de la propagande du Troisième Reich... Aujourd'hui encore, certains milieux antisémites continuent d'affirmer que ce document n'était pas une falsification mais un véritable compte-rendu du complot en train de se mettre en place.  

Palladisme : Culte de Satan dans certains milieux francs-maçons.

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QUELQUES PERSONNAGES HORS DU COMMUN QUI ONT BIEN EXISTE :

Léo Taxil :  Gabriel Jogand-Pagès, dit Léo Taxil (1854-1907) est un écrivain français anticlérical puis antimaçon, auteur, à l'aide de collaborateurs, d'une mystification célèbre et de grande ampleur contre la maçonnerie, l'accusant de satanisme. Il alla jusqu'à fabriquer de fausses preuves et envoyer une correspondance délatrice au pape. Ces manipulations de l'opinion et particulièrement des catholiques commencèrent en 1885 et prirent fin en 1897 avec ses aveux publics. Enfant, après une fugue, il est envoyé après une fugue dans une institution de correction tenue par les jésuites, qui lui inspirent une aversion profonde et un anticléricalisme violent. Devenu journaliste et républicain, il fréquente les milieux anticléricaux de Marseille. À partir de 1875, il s'engage dans la lutte anticléricale, fondant la Librairie anticléricale puis des journaux comme La République anticléricale, et adopte le pseudonyme de Léo Taxil. Il tourne en dérision l'enseignement du dogme et de la morale catholiques et accuse le clergé de tous les vices et de toutes les turpitudes. Il participe également à des banquets républicains et organise de nombreuses conférences qui, la notoriété venant, attirent un public enthousiaste. En 1886, alors qu'il était excommunié, il annonce subitement sa conversion, fait un pèlerinage à Rome et reçoit l'absolution de Léon XIII, désavouant ses travaux antérieurs. Il commence alors une campagne contre les francs-maçons et publie des ouvrages exactement dans la même veine que ses précédents anti-cléricaux, mais dirigés cette fois contre les franc-maçons, qui sont à leur tour accusés des pires déviances sexuelles. En 1892, Taxil commence à publier un journal, La France chrétienne anti-maçonnique. Entre le 20 novembre 1892 et le 20 mars 1895, il fait paraître avec Carl Hacks, sous le pseudonyme du Docteur Bataille, Le Diable au XIXe siècle, un ouvrage prétendant dresser l'état de l'occultisme, accusant les loges d'adorer le démon et dénonçant une vaste conspiration maçonnique mondiale, qui fait un grand bruit. Abel Clarin de La Rive mena une véritable enquête qui finit par confondre Taxil. Celui-ci préféra prendre les devants et annoncer lui-même son imposture. Il quitte alors Paris et finit sa carrière comme correcteur à l'imprimerie de Sceaux.

Osman Bey : De son vrai nom Frederick (van) Millingen, se faisant également appeler Kibrizli-Zadé, c'est un écrivain, pamphlétaire et aventurier. Il mène une vie d’errance, s’en prenant tour à tour aux Anglais, à son père, aux Juifs, aux Arméniens, etc. Il est l’auteur de plusieurs livres. Il critiquait le complot juif, voyant dans ses avatars les déclencheurs de la Révolution française et désigna la franc-maçonnerie comme contrôlée par le judaïsme (thèse judéo-maçonnique). Dans un essai paru en 1886, il expose une théorie du complot concernant l'assassinat du tsar Alexandre II de Russie. Son livre La conquête du monde par les juifs fut un livre à succès qui atteignit en 1875 sa septième édition. 

Edouard Drumont : Édouard Drumont (1844-1917), est un journaliste, écrivain, polémiste et homme politique français, fondateur du journal La Libre Parole, antidreyfusard, nationaliste et antisémite. Il est également le créateur de la Ligue nationale antisémitique de France. Il est l'une des principales figures historiques de l'antisémitisme en France.

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Le livre est à lire avec une bonne dose d'esprit critique... et il est terrifiant pour le lecteur avisé, dénonçant les racismes et les théories du complot en tout genre qui agitent le monde.

Il a d'ailleurs - et on peut s'en douter - une grave polémique, l'auteur étant accusé d'antisémitisme. Mais ce n'est pas parce qu'un auteur de polar décrit par le menu les sordides occupations d'un serial-killer qu'il est lui-même un serial-killer... Il faut savoir raison garder et les écrivains sont aussi là pour nous raconter des histoires que nous ne connaissons pas. Pour ma part, je ne savais pas à quel point la France du XIXe était antisémite ! Le livre n'est pas à mettre entre toutes les mains, il est vrai, car beaucoup de gens n'ont hélas pas cette capacité de recul et prennent tout au premier degré. Il est hallucinant de voir combien les gens gobent n'importe quoi du moment que c'est sur Facebook ! Les abrutis qui s'informent de l'état du monde en prenant FB pour un journal sérieux semblent chaque jour plus nombreux... et on a du souci à se faire. Les théories du complot trouveront là un terreau parfait.

Heureusement, (ou malheureusement) ce livre ne sera pas lu par les esprits crédules et décérébrés. Je doute qu'ils lisent Umberto Eco. Je pense même qu'ils n'en ont jamais entendu parler.

Et voilà comment, en défendant Eco contre les reproches qui lui sont faits sur un soi-disant antisémitisme, je me retrouve moi-même à faire de l'élitisme.

Il faut aussi savoir et comprendre que, non, tout le monde n'a pas accès au savoir et à l'Education. Remuons-nous pour que cela cesse !

Je crois que le but d'Eco est de décrire l'antisémistime décomplexé du XIXe siècle, qui a mené aux atrocité que l'on sait... et qui malheureusement refait surface aujourd'hui. Mais c'est diablement fort, à tel point que sur la fin, ça peut devenir un peu indigeste et écoeurant... J'avoue, si j'étais juive, je pourrais me sentir blessée, irritée, sachant que - comme évoqué ci-dessus - beaucoup de gens prennent ça pour argent comptant...  

En lisant ce Cimetière de Prague... j'ai constamment fait le parallèle avec notre XXIe siècle, à l'islam radical d'une part, qui voudrait conquérir le monde, et aux mouvements d'extrême-droite de plus en plus actifs partout dans le monde qui, face à cette menace, sont prêts à en découdre avec tous les musulmans. Le "complot juif" n'intéresse plus personne, à part quelques hitlériens nostalgiques, mais par contre les terroristes islamiques ont si bien oeuvré que notre mémoire commune serait désoramis prête à accepter qu'il puisse exister les mêmes vastes conspirations que décrit Eco, menées par les musulmans ultras... Quand je vous dis que ce livre est - quelque part - terrifiant...

Mais c'est peut-être là aussi le message d'Umberto Eco : voyez ce qui s'est passé avec l'antisémitisme, tout pourrait recommencer avec cette fois comme cible toute la communauté musulmane...

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CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Le Cimetière de Prague est le sixième roman du sémioticien et écrivain Umberto Eco, publié le 29 octobre 2010. La traduction française, signée Jean-Noël Schifano, est parue chez Grasset en mars 2011.

Le roman connaît dès sa parution un grand succès d'édition, et vaut à l'auteur des accusations d'« antisémitisme involontaire ». Le roman reprend et développe les thèmes abordés par Umberto Eco dans les chapitres 90 à 97 du roman Le Pendule de Foucault.

MES EXTRAITS FAVORIS

Simonini est raciste et xénophobe !

Les juifs : "Mon grand-père me décrivait ces yeux qui t'espionnent, trompeurs à te faire blêmir, ces sourires visqueux, ces lèvres de hyène retroussées sur leurs dents, ces regards lourds, viciés, abrutis, ces plis toujours inquiets entre nez et lèvres, creusés par la haine, leur nez, ce nez comme le vilain bec d'un oiseau austral... Et l'oeil, ah l'oeil... Fébrile, il roue dans la pupille couleur de pain grillé et révèle des maladies du foie corrompu par les sécrétions dues à une haine de dix-huit siècles, il se plie sur mille ridules qui s'accentuent avec l'âge, et déjà, à vingt ans, l'Israélite semble fané comme un vieillard. Quand il sourit, ses paupières enflées s'entre-ferment au point de laisser à peine une ligne imperceptible, signe de ruse, disent certains, de luxure, précisait mon grand-père... Et quand je suis devenu suffisamment grand pour comprendre, il me rappelait que le Juif, outre qu'il est vaniteux comme un Espagnol, ignorant comme un Croate, cupide comme un Levantin, ingrat comme un Maltais, insolent comme un Gitan, sale comme un Anglais, graisseux comme un Kalmouk, impérieux comme un Prussien et médisant comme un d'Asti, il est adultère par irréfrénable rut - dû à la circoncision, qui les rend plus érectiles, avec cette disproportion monstrueuse entre le nanisme de la stature et la jauge caverneuse de leur excroissance semi-mutilée."

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Les Allemands : "Les Allemands, je les ai connus, et j'ai même travaillé pour eux : le plus bas niveau d'humanité concevable. Un Allemand produit en moyenne le double de matières fécales qu'un Français. Hyperactivité de la fonction intestinale au détriment de la cérébrale, ce qui démontre leur infériorité physiologique. Aux temps des invasions barbares, les hordes germaniques constellaient leur parcours des amas déraisonnables de leurs défécations. D'ailleurs, même au cours des siècles passés, un voyageur français comprenait aussitôt s'il avait franchi la frontière alsacienne d'après l'importance anormale des excréments laissés le long des routes. Et comme si ça ne suffisait pas : la bromidrose est typique de l'Allemand, autremen dit l'odeur dégoûtante de la sueur, et il est prouvé que l'urine d'un Allemand contient vingt pour cent d'azote tandis que celle des autres races, quinze seulement. L'Allemand vit dans un état de perpétuel embarras intestinal dû à l'excès de bière, et de ces saucisses de porc dont il se gave. Je les ai vus un soir, lors de mon unique voyage à Munich, dans ces espèces de cathédrales déconsacrées, enfumées comme un port anglais, puantes de saindoux et de lard, deux par deux même, lui et elle, les mains serrées autour des bocaux de bière qui désaltèreraint à eux seuls un troupeau de pachydermes, nez à nez dans un bestial dialogue amoureux, comme deux chiens qui se reniflent, avec leurs éclats de rire bruyants et disgracieux, leur trouble hilarité gutturale, translucides d'un gras pérenne qui en oint les visages et les membres comme l'huile sur la peau des athlètes de cirque antique. Ils se remplissent la bouche de leur Geist, qui veut dire esprit, mais c'est l'esprit de la cervoise qui les rend idiots dès leur jeunesse et explique pourquoi, au-delà du Rhin, il ne se soit jamais rien produit d'intéressant en art, sauf quelques tableaux avec des trognes repoussantes, et des poèmes d'un ennui mortel. [...] Ils se jugent profonds parce que leur langue est vague, elle n'a pas la clarté de la française, et elle ne dit jamais exactement ce qu'elle devrait, si bien qu'aucun Allemand ne sait jamais ce qu'il voulait dire - et prend cette incertitude pour de la profondeur. Avec les Allemands, c'est comme avec les femmes, on n'arrive jamais au fond. Par malchance, ce langage inexpressif avec ses verbes qu'en lisant on doit chercher anxieusement des yeux car ils ne se trouvent jamais où ils devraient être, mon grand-père m'a obligé à l'apprendre dès mon enfance  - pas de quoi s'étonner, pro-autrichien qu'il était."

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Les Français : "Ils n'aiment pas leurs semblables, pas même quand ils en tirent avantage. Personne n'est aussi mal embouché qu'un gargotier français, il a l'air de haïr le client (et c'est sans doute vrai) et de désirer son absence (et c'est faux, car le Français est d'une immense avidité). Ils grognent toujours. Essaie de leur demander quelque chose : sais pas, moi, et leurs lèvres se font protubérantes comme s'ils pétaient. Ils sont méchants. Ils tuent par ennui. C'est le seul et unique peuple qui a occupé des années le temps de ses citoyens à se couper réciproquement la tête, et une chance que Napoléon ait dévié leur rage sur d'autres peuples d'autre race, en les mettant colonne par deux pour détruire l'Europe. Ils sont fiers d'avoir un Etat qu'ils disent puissant mais ils passent leur temps à tenter de le faire tomber : personne n'est expert comme le Français à dresser des barricades pour toute raison et à tout frémissement de vent, souvent sans même savoir pourquoi, se laissant entraîner dans la rue par la pire canaille. Le Français ne sait pas bien ce qu'il veut, sauf qu'il sait à la perfection qu'il ne veut pas ce qu'il a. Et, pour l'exprimer, il ne sait rien faire d'autre que chanter des chansons. [...] Leur avarice, on la voit avec leurs appartements poussiéreux, leurs tapisseries jamais refaites, leurs baignoires qui remontent à leurs ancêtres, leurs escaliers à vis en bois branlant pour expoliter mesquinement le maigre espace." 

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Les Italiens : "Si je me suis fait français, c'est parce que je ne pouvais pas supporter d'être italien. [...] Seul ce vaniteux de Dumas aimait ces peuples, sans doute parce qu'ils l'adulaient plus que ne le faisaient les Français qui le considéraient aussi sans appel comme un sang-mêlé. Il plaisait aux Napolitains et Siciliens, mulâtres eux aussi non pas par la faute d'une traînée de mère mais par histoire de générations, nés de croisements de Levantins peu fiables, d'Arabes poisseux de sueur et d'Ostrogoths dégénérés, qui ont pris le pire de chacun de leurs hybrides ancêtres, l'indolence des Sarrasins, la férocité des Souabes, l'irrésolution des Grecs et leur goût de se perdre en bavardages jusqu'à couper un cheveu en quatre. [...] L'Italien est peu sûr, menteur, vil, traître, il se trouve davantage à son aise avec un poignard qu'avec une épé, mieux avec le venin qu'avec la médecine, gluant dans les tractations, cohérent seulement lorsqu'il change de peu selon les vents [...] C'est que les Italiens se sont modelés sur les prêtres, l'unique vrai gouvernement qu'ils ont jamais eu depuis que ce perverti de dernier empereur romain a été sodomisé par les barbares parce que le christianisme avait ramolli la fierté de la race antique."

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Alexandre Dumas, soutien actif de Garibaldi (c'est vrai)

"Le sieur Dumas, dont vous devez connaître le nom de romancier célèbre, est sur le point de rejoindre Garibaldi à Palerme avec un bateau de sa propriété, l'Emma. Nous n'avons pas bien compris ce qu'il peut aller faire là-bas, sans doute veut-il simplement écrire quelque histoire romancée de l'épopée garibaldienne, ou peut-être n'est-il qu'un vaniteux qui affiche son amitié avec le héros."

Complots et conspirations

" Très Révérend Père ! Je m'étonne fort qu'à Rome vous en sachiez aussi peu ! Mais c'est la maçonnerie anglaise ! Vous voyez le lien ? Garibaldi maçon, Mazzini maçon, Mazzini en exil à Londres en contact avec les francs-maçons anglais, Cavour maçon qui reçoit ses ordres des loges anglaises, maçons tous les hommes autour de Garibaldi. C'est un plan non tant pour détruire le Royaume des Deux-Siciles mais pour porter un coup mortel à Sa Sainteté, car il est patent que, après les Deux-Siciles, Victor-Emmanuel voudra Rome aussi."

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"Et d'abord, si tous les francs-maçons ne sont pas juifs, tous les juifs sont francs-maçons. "

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"Si l'or est la première puissance de ce monde, la deuxième est la presse. Il faut que les nôtres [les Juifs] président à la direction de tous les journaux quotidiens dans chaque pays. Une fois les maîtres absolus de la presse, nous pourrons changer les opinions publiques sur l'honneur, sur la vertu, sur la droiture et porter le premier assaut à l'institution familiale. Simulons le zèle pour les questions sociales à l'ordre du jour, il faut contrôler le prolétariat, infiltrer nos agitateurs dans les mouvement sociaux et faire en sorte de pouvoir le soulever quand nous voudrons, pousser l'ouvrier aux barricades, aux révolutions et chacune de ces catastrophes nous rapprochera de notre but unique : celui de régner sur la terre, comme il a été promis à notre premier père Abraham. Alors notre puissance ira croissant comme un arbre gigantesque dont ramures porteront les fruits qui se nomment richesse, jouissance, bonheur, pouvoir, en soulte de cette odieuse condition qui, durant de longues siècles, a été le seul sort du peuple d'Israël."

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"Il faudra un jour tenter l'unique solution raisonnable, la solution finale : l'extermination de tous les Juifs. Les enfants aussi ? Les enfants aussi. Oui, je sais, cela peput paraître une idée à la Hérode, mais quand on a affaire à de la mauvaise semence, il ne suffit pas de couper la plante, il faut la déraciner. Si tu ne veux pas de moustiques, tue les larves. Viser l'Alliance Israélite ne peut être qu'un moment de passage. L'Alliance aussi ne pourra être détruite qu'avec l'élimination complète de la race."

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"Messieurs, que Christ fût juif est une légende que les Juifs eux-mêmes ont fait circuler, tels saint Paul et les autre évangélistes. En réalité, Jésus était de race celtique, comme nous les Français, qui avons été conquis par les Latins seulement beaucoup plus tard. Et avant d'être émasculés par les Latins, les Celtes étaient un peuple conquérant ; n'avez-vous jamais entendu parler des Galates qui étaient arrivés de Grèce ? Le nom de Galilée vient ainsi des Gaulois qui l'avait colonisée. D'autre part, le mythe d'une vierge qui aurait accouché d'un fils est un mythe celtique druidique. Jésus, il suffit de regarder tous les portraits que nous possédons de lui, était blond, avec des yeux bleus. Et il parlait contre les us, les superstitions, les vices des Juifs, et contrairement à tout ce que les Juifs attendaient du Messie, il disait que son Royaume n'était pas de ce monde. Et si les Juifs étaient monothéistes, Christ lance l'idée de la Trinité, en s'inspirant du polythéisme celtique. Voilà pourquoi ils l'ont tué.

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"Capiston Simonini, notre ami Drumont est à la recherche de preuves qu'il ne trouvera jamais. Le problème n'est pas de découvrir s'il existe des espions prussiens d'origine judaîque dans l'armée. Seigneur, en ce monde il y a des espions partout et nous ne nous scandaliserions pas pour un de plus ou un de moins. Le problème politique est de démontrer qu'ils existent. Vous conviendrez que, pour agrafer un espion ou un conspirateur, il n'est pas nécessaire de trouver des preuves, il est plus facile et plus économique de les fabriquer, et si possible de fabriquer l'espion lui-même. Or donc, dans l'intérêt de la Nation, nous devons choisir un officier juif, suffisamment soupçonnable pour quelque faiblesse bien à lui, et montrer qu'il a transmis des informations importantes à l'ambassade de Prusse à Paris. [...] Il s'agit donc de produire un document où l'un de nos officiers annoncerait des nouvelles très secrètes sur les armements français. Dès lors, on supposera que l'auteur doit être quelqu'un qui a accès aux informations réservées, et on le démasquera. Nous avosn donc besoin d'une note, d'une petite liste, disons d'un bordereau. [...] Nous avons déjà repéré le candidat idéal. C'est un certain capitaine Dreyfus, alsacien évidemment, qui est en service à la Section en tant que stagiaire. Il a épousé une femme riche et il se donne des airs de tombeur, si bien qu tous ses collègues le supportent à grand-peine et ils ne le supporteraient pas davantage fût-il chrétin. Il ne trouvera aucune solidarité. c'est une excellnt victime sacrificielle. En possession du document, on fera quelques contrôles et on reconnaîtra l'écriture de Dreyfus. Il reviendra ensuite aux gens comme Drumont de faire éclater le scandale public, de dénoncer le danger judaïque et en même temps de sauver l'honneur des Forces Armées qui ont su aussi magistralement le repérer et le neutraliser. [...] Voilà ici un exemple de l'écriture de Dreyfus et ici le texte à transcrire."

La gourmandise... ou pas

"Quant aux repas, j'avais déniché, rue du Petit-Pont, une taverne où on mangeait pour quatre sous : toutes les viandes avariées que les bouchers des Halles jetaient aux ordures - vertes dans les parties grasses et noires dans les parties maigres - étaient récupérées à l'aube, on leur faisait un brin de toilette, on les arrosait de poignées de sel et de poivre, on les faisait macérer dans du vinaigre, on les suspendait pendant quarante-huit heures au bon air au fond de la cour, et puis elles étaient prêtes pour le client. Dysenterie assurée, prix abordable."

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"Le premier [restaurant] que j'ai voulu me permettre - même à prix d'or -, j'en avais entendu célébrer les louanges jusqu'à Turin. C'était le Grand Véfour, sous les portiques du Palais-Royal, il parait que Victor Hugo aussi l'a fréquenté, il y venait pour la poitrine de mouton aux haricots blancs. L'autre, qui m'avait tout de suite séduit, c'était le Café Anglais, à l'angle de la rue Gramont et du boulevard des Italiens. Autrefois restaurant pour cochers et domestiques, à présent il accueillait à ses tables le Tout-Paris. J'y ai découvert les pommes Anna, les écrevisses bordelaises, les mousses de volaille, les mauviettes en cerises, les petites timbales à la Pompadour, le cimier de chevreuil, les fonds d'artichaut à la jardinière, les sorbets au vin de Champagne. A la seule évocation de ces noms, je sens que la vie vaut la peine d'être vécue."

Divers...

"J'ai entendu dire que sur la terre vivent plus d'un milliard de personnes. Je ne sais comment ils sont arrivés à les compter, mais il suffit de circuler dans Palerme pour comprendre que nous sommes trop nombreux, que déjà nous nous écrasons les pieds les uns les autres. Et la plupart d'entre eux puent. Il y a déjà peu de nourriture maintenant, si nous croissons encore on peut tout imaginer. Il faut donc des saignées de population. certes, il y a les pestilences, les suicides, les condamnations à la peine capitale, il y a ceux qui se défient toujours en duel, ou qui aiment chevaucher à travers bois et prairies à tombeau ouvert, j'ai entendu parler de gentilhommes anglais qui vont nager dans la mer, et naturellement meurent noyés... Mais cela ne suffit pas. Les guerres sont l'exutoire lep lus efficace et le plus naturel qu'on puisse désirer pour enrayer la multiplication des êtres humains. Ne disait-on pas jadis, en partant à la guerre, que Dieu le veut ? Mais il faut des gens qui veuillent, qui aient envie de faire la guerre. Si tout le monde se planquait, à la guerre plus personne ne mourrait. Et alors, pourquoi la faire ? Par conséquent, des gens comme Nievo sont indispensables, ou Abba ou Bandi, avec ce désir de se jeter au front, sous la mitraille. Afin que les gens comme moi puissent vivre moins obsédés par l'humanité qui te souffle dessus."

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"La caractéristique principale des gens, c'est qu'ils sont prêts à tout croire. D'ailleurs comment l'Eglise aurait-elle pu résister pendant presque deux mille ans sans la crédulité universelle ?"

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"Une mystique est une hystérique qui a rencontré son confesseur avant son médecin."

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"L'identité nationale est la dernière ressource des déshérités. Or le sentiment de l'identité se fonde sur la haine, sur la haine de qui n'est pas identique. Il faut cultiver la haine comme passion civile. L'ennemi est l'ami des peuples. Il faut toujours quelqu'un à haïr pour s sentir justifié dans sa propre misère. La haine est la vraie passion primordiale. C'est l'amour qui est une situation anormale. c'est pour ça que le Christ a été tué : il parlait contre nature. On n'aime pas quelqu'un pour toute la vie, de cette espérance impossible naissent adultère, matricide, trahison de l'ami... Par contre, on peut haïr quelqu'un toute une vie. Pourvu qu'il soit toujours là à attiser notre haine. La haine réchauffe le coeur."

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"Qui sont ces Proust, France, Sorel, Monet, Renard, Durkheim ? Jamais vu chez Adam. De ce Proust, on me dit que c'est une tapette de vingt-cinq ans, auteur d'écrits heureusement inédits, et Monet un barbouilleur dont j'ai vu un tableau ou deux où ce dernier paraît regarder le monde avec des yeux chassieux."

 

 

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