MES LECTURES CLASSIQUES

17 novembre 2017

MARCEL PROUST

Marcel Proust, né à Paris le 10 juillet 1871 et mort à Paris le 18 novembre 1922, est un écrivain français, dont l'œuvre principale est une suite romanesque intitulée À la recherche du temps perdu, publiée de 1913 à 1927.

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Sa mère, née Jeanne Clémence Weil, fille d'un agent de change d'origine juive alsacienne, lui apporte une culture riche et profonde. Elle lui voue une affection parfois envahissante. Son père, le Dr Adrien Proust, professeur à la Faculté de médecine de Paris après avoir commencé ses études au séminaire, est un grand hygiéniste, conseiller du gouvernement pour la lutte contre les épidémies. Marcel a un frère cadet, Robert, né le 24 mai 1873, qui devient chirurgien.

Bien que réunissant les conditions pour faire partie de deux religions, fils d'un père catholique et d'une mère juive, Marcel Proust a revendiqué son droit de ne pas se définir lui-même par rapport à une religion. Dreyfusard convaincu, il est sensible à l'antisémitisme prégnant de son époque, et subit lui-même des assauts antisémites de certaines plumes célèbres.

Sa vie durant, Marcel a attribué sa santé fragile aux privations subies par sa mère au cours de sa grossesse, pendant le siège de 1870, puis pendant la Commune de Paris. 

 

Le printemps devient pour lui la plus pénible des saisons. Les pollens libérés par les fleurs dans les premiers beaux jours provoquent chez lui de violentes crises d'asthme. À neuf ans, alors qu'il rentre d'une promenade au Bois de Boulogne avec ses parents, il étouffe, sa respiration ne revient pas. Son père le voit mourir. Un ultime sursaut le sauve. Voilà maintenant la menace qui plane sur l'enfant, et sur l'homme plus tard : la mort peut le saisir dès le retour du printemps, à la fin d'une promenade, n'importe quand, si une crise d'asthme est trop forte. 

Marcel étudie à partir de 1882 au lycée Condorcet. Il redouble sa cinquième. Il est souvent absent à cause de sa santé fragile, mais il connaît déjà Victor Hugo et Musset par cœur. Il écrit dans des revues littéraires du lycée avec ses amis. Le premier amour d'enfance et d'adolescence de l'écrivain est Marie de Benardaky, fille d'un diplomate polonais, sujet de l'empire russe, avec qui il joue dans les jardins des Champs Élysées, le jeudi après-midi. Il cesse de voir Marie en 1887. C'est la première « jeune fille », de celles qu'il a tenté de retrouver plus tard, qu'il a perdue.

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Marcel à quinze ans

En 1892, un de ses amis fonde une petite revue, dont Proust est le contributeur le plus assidu. Commence alors sa réputation de snobisme, car il est introduit dans plusieurs salons parisiens et entame son ascension mondaine. Il est ami un peu plus tard avec Lucien Daudet, fils du romancier Alphonse Daudet, qui a six ans de moins que lui. L'adolescent est fasciné par le futur écrivain.  

Proust devance l'appel sous les drapeaux et accomplit son service militaire en 1889-1890 à Orléans, au 76e régiment d'infanterie, et en garde un souvenir heureux. C'est à cette époque qu'il fait connaissance à Paris de Gaston Arman de Caillavet, qui devient un ami proche, et de la fiancée de celui-ci, Jeanne Pouquet, dont il est amoureux. Il s'inspire de ces relations pour les personnages de Robert de Saint-Loup et de Gilberte. Il est aussi introduit au salon de Madame Arman de Caillavet à qui il reste attaché, jusqu'à la fin et qui lui fait connaître Anatole France.

Rendu à la vie civile, il suit les cours de l'École libre des sciences politiques. Il propose à son père de passer les concours diplomatiques ou celui de l'École des chartes. Plutôt attiré par la seconde solution, il décide dans un premier temps de s'inscrire en licence à la Sorbonne, où il suit les cours d'Henri Bergson, son cousin par alliance, au mariage duquel il est garçon d'honneur et dont l'influence sur son œuvre a été parfois jugée importante, ce dont Proust s'est toujours défendu. Il est licencié ès lettres en mars 1895.

En 1896, il publie Les Plaisirs et les Jours, un recueil de poèmes en prose, portraits et nouvelles dans un style fin de siècle. Le livre passe à peu près inaperçu et la critique l'accueille avec sévérité — notamment l'écrivain Jean Lorrain. Il en dit tant de mal qu'ils se retrouvent un matin tous les deux sur un pré, un pistolet à la main. Tout se termine sans blessures, mais non sans tristesse pour l'auteur débutant.  

La fortune familiale lui assure une existence facile et lui permet de fréquenter les salons du milieu grand bourgeois et de l'aristocratie du Faubourg Saint-Germain et du Faubourg Saint-Honoré. Il y accumule le matériau nécessaire à la construction de son œuvre : une conscience plongée en elle-même, lent et patient travail de déchiffrage, genre qui n'a pas de précédent, qui n'aura pas de descendance, celui d'une cathédrale du temps.  

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Le château de Réveillon de Mme Lemaire, où Proust fit deux longs séjours en 1894 et 1895 

Le 29 juin 1895, il passe le concours de bibliothécaire à la Mazarine, il y fait quelques apparitions pendant les quatre mois qui suivent et demande finalement son congé. En juillet, il passe des vacances à Kreuznach, ville d'eau allemande, avec sa mère, puis une quinzaine de jours à Saint-Germain-en-Laye, où il écrit une nouvelle, La Mort de Baldassare Silvande, publiée dans La Revue hebdomadaire, le 29 octobre suivant et dédicacée à son ami, et amant, Reynaldo Hahn. Il passe une partie de mois d'août avec Reynaldo chez Mme Lemaire dans sa villa de Dieppe. Ensuite, en septembre, les deux amis partent pour Belle-Île-en-Mer et Beg Meil. C'est à partir de l'été 1895 qu'il entreprend la rédaction d'un roman qui relate la vie d'un jeune homme épris de littérature dans le Paris mondain de la fin du XIXe siècle.  

Vers 1900, il abandonne la rédaction de ce roman qui nous est parvenu sous forme de fragments manuscrits découverts et édités dans les années 1950s. Il s'intéresse à l'esthète anglais John Ruskin, que son ami Robert de Billy, diplomate en poste à Londres de 1896 à 1899, lui fait découvrir. À la mort de Ruskin, en 1900, Proust décide de le traduire. À cette fin, il entreprend plusieurs « pèlerinages ruskiniens », dans le nord de la France, à Amiens, et surtout à Venise, où il séjourne avec sa mère. Ses premiers articles sur Ruskin paraissent dans La Gazette des Beaux Arts.
 
À l'automne 1900, la famille Proust emménage au 45, rue de Courcelles24. C'est à cette époque que Proust fait la connaissance du prince Antoine Bibesco chez sa mère, la princesse Hélène, qui tient un salon où elle invite surtout des musiciens et des peintres. Les deux jeunes gens se retrouvent après le service militaire dans la Roumanie du prince, en automne 1901. Antoine Bibesco devient un confident intime de Proust, jusqu'à la fin de sa vie, tandis que l'écrivain voyage avec son frère Emmanuel Bibesco, qui aime aussi Ruskin et les cathédrales gothiques. Proust continue encore ses pèlerinages ruskiniens en visitant notamment la Belgique et la Hollande en 1902 avec Bertrand de Fénelon qu'il a connu par l'intermédiaire d'Antoine Bibesco et pour qui il éprouve un attachement qu'il ne peut avouer.  

Pendant quinze années, Proust vit en reclus dans sa chambre, au deuxième étage du 102, boulevard Haussmann, où il a emménagé le 27 décembre 1906 après la mort de ses parents, et qu'il quittera en 1919. Portes fermées, Proust écrit, ne cesse de modifier et de retrancher, d'ajouter en collant sur les pages initiales les « paperolles » que l'imprimeur redoute. Plus de deux cents personnages vivent sous sa plume, couvrant quatre générations. Sa santé déjà fragile se détériore davantage en raison de son asthme. Il s'épuise au travail, dort le jour et ne sort que la nuit tombée, dînant souvent au Ritz, seul ou avec des amis.

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Son œuvre principale, À la recherche du temps perdu, est publiée entre 1913 et 1927. Le premier tome, Du côté de chez Swann (1913), est refusé chez Gallimard. Finalement, le livre est édité à compte d'auteur chez Grasset. Les éditions Gallimard acceptent le deuxième volume, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, pour lequel Proust reçoit en 1919 le prix Goncourt.

C'est l'époque où il songe sérieusement à entrer à l'Académie française, où il a des amis ou soutiens tels que Robert de Flers, René Boylesve, Maurice Barrès, Henri de Régnier...

Il ne reste plus à Proust que trois années à vivre. Il travaille sans relâche à l'écriture des cinq livres suivants de À la recherche du temps perdu, jusqu'en 1922. Il meurt épuisé, le 18 novembre 1922, emporté par une bronchite mal soignée.  

Marcel Proust fut l'un des premiers auteurs français à parler ouvertement de l'homosexualité.

La mère de Proust lui donnait, enfant, des surnoms affectueux, tels « mon petit jaunet » (un jaunet est un louis d'or ou un franc Napoléon en or), « mon petit serin », « mon petit benêt » ou « mon petit nigaud ». Dans ses lettres, son fils était « loup » ou « mon pauvre loup ».
Ses amis et relations lui attribuaient d'autres sobriquets, plus ou moins amicaux, tels que « Poney », « Lecram » (anacyclique de Marcel), l'« Abeille des fleurs héraldiques », le « Flagorneur » ou le « Saturnien », et ils utilisaient le verbe « proustifier » pour qualifier sa manière d'écrire. Dans les salons, il était « Popelin Cadet », et ses dîners mémorables dans le grand hôtel parisien lui ont valu l'appellation de « Proust du Ritz ». Le romancier Paul Bourget affubla Proust d'un sobriquet faisant référence à son goût pour les porcelaines de Saxe. Il écrivit à la demi-mondaine Laure Hayman, amie des deux écrivains : « (...) votre saxe psychologique, ce petit Marcel (...) tout simplement exquis ».

L'oeuvre principale : A la recherche du temps perdu

  • Du côté de chez Swann 
  • À l'ombre des jeunes filles en fleurs
  • Le Côté de Guermantes
  • Sodome et Gomorrhe
  • La Prisonnière
  • Albertine disparue
  • Le Temps retrouvé

Le questionnaire de Proust

C'est en réalité un simple questionnaire de personnalité auquel il répondit par hasard dans son adolescence, et qui donna à Bernard Pivot l'idée d'élaborer le sien. Quelques réponses sont restées historiques, par exemple, à l'interrogation « Comment aimeriez-vous mourir ? », la réplique : « J'aimerais mieux pas. »  

 

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16 novembre 2017

* * * LE LYS DANS LA VALLEE - HONORE DE BALZAC

Un immense classique. Mais Le lys dans la vallée... attention, ça se mérite ; il ne faut pas hésiter à relire les phrases pour en apprécier la beauté.

INCIPIT

"Je cède à ton désir. Le privilège de la femme que nous aimons plus qu'elle ne nous aime est de nous faire oublier à tout propos les règles du bon sens."

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RESUME

Félix de Vandenesse raconte son enfance malheureuse où il s'est senti mal aimé et sa rencontre avec une « céleste créature » qui devient pour lui une mère de substitution et une amante inatteignable, pure et intraitable. Après plusieurs années de relation chaste, Félix rencontre Lady Dudley à Paris, où ses activités auprès du roi lui ouvrent les salons. C'est une aristocrate anglaise qui lui fait découvrir les joies et les passions charnelles... 

MON AVIS

Une très belle histoire d'amour mais qui rebutera sans doute les non-littéraires. Puisqu'il n'y a guère de péripéties et de rebondissements, toute l'intrigue est concentrée sur les deux protagonistes, la description et l'analyse de leurs sentiments, le tout dans un style magnifique mais qui paraîtra un peu "ampoulé" au profane ! Les premières pages ont été un peu ardues... mais j'ai ensuite été complètement emportée par cette romance malheureuse, si richement et subtilement décrite.

La forme est épistolaire : Félix écrit une longue lettre à son amante du moment pour lui raconter ce premier amour qui l'a tant marqué.

La langue est si belle, l'amour tellement sublimé... on dirait un très long poème. Et la fin est une véritable gifle !

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Le Lys dans la vallée est paru en volume en 1836. Il avait précédemment été publié, partiellement, en 1835 dans la Revue de Paris

L’écriture s’est échelonnée sur plusieurs années. Dans une première ébauche, qui remonte à 1823 et que l’auteur abandonnera momentanément, Blanche de Mortsauf (surnommée Henriette par Félix de Vandenesse) apparaît sous les traits de Mina, femme dévouée à la souffrance. C’est ce portrait-là qu’il a développé et enrichi après avoir lu Volupté de Sainte-Beuve, ce qui excitera la hargne de ce dernier, conscient que son roman n'était pas sans défauts... Balzac en dit d'ailleurs : « Ce roman est mauvais et je vais le réécrire. » 

Ce qui est devenu un mythe littéraire a inspiré d’autres écrivains comme Gustave Flaubert avec L'Éducation sentimentale, Marcel Proust avec Un amour de Swann ou André Gide avec La Porte étroite.

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Dans ce récit grandement autobiographique, Balzac a transposé sa liaison avec Laure de Berny, allant même jusqu’à emprunter des détails de la vie privée de celle-ci : madame de Mortsauf souffre d’une maladie d'estomac, ses enfants sont malades. Laure de Berny eut le manuscrit en main quelques mois avant sa mort. Elle put y lire des phrases qui lui étaient adressées : « Elle fut non pas la bien aimée, mais la plus aimée […]. Elle devint ce qu’était la Béatrix du poète florentin, la Laure sans tache du poète vénitien, la mère des grandes pensées, la cause inconnue des résolutions qui sauvent, le soutien de l’avenir […]. Elle m’a donné cette constance à la Coligny pour vaincre les vainqueurs, pour renaître de la défaite, pour lasser les plus forts vainqueurs […]. »

Louis XVIII

Félix travaille pour le roi... et malgré mon article Balzac et son temps, j'avais déjà oublié les détails de ce règne (1815-1824). Honte à moi. Rappel :

Face à la déroute du Premier Empire napoléonien (1804), on envisage un retour à la monarchie. Louis XVIII est appelé sur le trône de France par le sénat d'Empire. Une charte est octroyée à la France. Le roi s'attache à concilier Révolution et Royauté ce qui suscite des espoirs chez les libéraux. Après le court interlude des Cent-Jours où les puissances coalisées battent une seconde fois Napoléon et contraignent ce dernier à un second exil, Louis XVIII et les bourbons prennent réellement le pouvoir.

En 1815, les partisans d'un royalisme fort, les ultras-royalistes, dirigent le pays. La postérité appellera cette période la Terreur blanche de 1815. Durant l'année où elle détient le pouvoir, la chambre droitière vote des mesures répressives envers les anciens membres de l'Empire. Ainsi, des lois sont votées contre ceux qui ont permis le bref retour de Napoléon en 1815, des lois sont également votées contre la liberté de la presse, jugée dangereuse. Louis XVIII comprend vite que cette chambre ne reflète pas le pays réel, et décide de dissoudre la chambre des députés en 1816. Elle est remplacée par une majorité de royalistes constitutionnels, souhaitant libéraliser quelque peu le pays. Des mesures libérales sont votées comme la loi Lainé en 1817 sur le système électoral, la loi Gouvion-Saint-Cyr sur l'armée en 1818 ou encore les lois de Serre en 1819 sur la liberté de la presse.

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Louis XVIII en famille

Un choc inattendu va renverser les chambres, l'assassinat du neveu du roi, sur lequel repose l'avenir dynastique. Les mesures libérales sont jugées responsables de la situation et en 1820, la Restauration prend un virage à droite irréversible. Durant dix ans, des lois conservatrices sont votées par les gouvernements successifs. À cela s'ajoutent le retour des ultras à la chambre en 1824 et l'arrivée sur le trône d'un monarque ne souhaitant aucune conciliation avec la Révolution française : Charles X.

MES EXTRAITS FAVORIS

L'amour platonique

"J'aimerais donc sans espérance, avec un dévouement complet. Hé ! bien oui, je ferai pour vous ce que l'homme fait pour Dieu. Ne l'avez-vous pas demandé ? Je vais entrer dans un séminaire, j'en sortirai prêtre, et j'élèverai Jacques [le fils d'Henriette], votre Jacques, ce sera comme un autre moi : conceptions politiques, pensées, énergie, patience, je lui donnerai tout. Ainsi, je demeurerai près de vous, sans que mon amour, pris dans la religion comme une image d'argent dans du cristal, puisse être suspecté. Vous n'avez à craindre aucune de ces ardeurs immodérées qui saisissent un homme et par lesquelles une fois déjà je me suis laissé vaincre. Je me consumerai dans la flamme et vous aimerai d'un amour purifié." [Henriette le dissuadera de devenir prêtre...]

***

"A chaque heure, de moment en moment, notre fraternel mariage, fondé sur la confiance, devint plus cohérent ; nous nous établissions chacun dans notre position : la comtesse m'enveloppait dans les blanches draperies d'un amour tout maternel ; tandis que mon amour, séraphique en sa présence, devenait loin d'elle mordant et altéré comme un fer rouge ; je l'aimais d'un double amour qui décochait tour à tour les mille flèches du désir, et les perdait au ciel où elles se mouraient dans un éther infranchissable. Si vous me demandez pourquoi, jeune et plein de fougueux vouloirs, je demeurai dans les abusives croyances de l'amour platonique, je vous avouerai que je n'étais pas assez homme encore pour tourmenter cette femme, toujours en crainte de quelque catastrophe chez ses enfants ; toujours attendant un éclat, une orageuse variation d'humeur chez son mari ; frappée par lui, quand elle n'était pas affligée par la maladie de Jacques ou de Madeleine ; assise au chevet de l'un d'eux quand son mari clamé pouvait lui laisser prendre un peu de repos."

***

" - M'aimez-vous saintement ?

- Saintement.

- A jamais ?

- A jamais.

- Comme une vierge Marie, qui doit rester dans ses voiles et sous sa couronne blanche ?

- Comme une vierge Marie visible.

- Comme un soeur ?

- Comme un soeur trop aimée.

- Comme une mère ?

- Comme une mère secrètement désirée.

- Chevaleresquement, sans espoir ?

- Chevaleresquement, mais avec espoir."

Bien dit

"Les parvenus sont comme les singes desquels ils ont l'adresse : on les voit en hauteur, on admire leur agilité pendant l'escalade ; mais arrivés à la cime, on n'aperçoit plus que leurs côtés honteux."

Description d'un bouquet de fleurs, confectionné comme une déclaration amoureuse

"Mettez dans un bouquet ses lames luisantes et rayés [flouve odorante) comme une robe à filets blancs et verts, d'inépuisables exhalations remueront au fond de votre coeur les roses en bouton que la pudeur y écrase. Autour du col évasé de la porcelaine, supposez une forte margue uniquement composée de touffes blanches particulières au sédum des vignes en Touraine ; vague image des formes souhaitées, roulées comme celles d'une esclave soumise. De cette assiste sortent les spirales des liserons à cloches blanches, les brindilles de la bugrane rose, mêlées de quelques fougères, de quelques jeunes pousses de chêne aux feuilles magnifiquement colorées et lustrées ; toutes s'avancent prosternées, humbles comme des saules pleureurs, timides et suppliantes comme des prières. Au-dessus, voyez les fibrilles déliées, fleuries, sans cesse agitées de l'amourette purpurine qui verse à flots ses anthères presque jaunes ; les pyramides neigeuses du paturin des champs et des eaux, la verte chevelure des bromes stériles, les panaches effilés de ces agrostis nommés les épis du vent ; violâtres espérances dont se couronnent les premiers rêves et qui se détachent sur le fond gris de lin où la lumière rayonne autour de ces herbes en fleurs. Mais déjà plus haut, quelques roses du Bengale, clairsemées parmi les folles dentelles du daucus, les plumes de la linaigrette, les marabous de la reine des prés, les ombellules du cerfeuil sauvage, les blonds cheveux de la clématite en fruits, les mignons sautoirs de la croisette au blanc de lait, les corymbes des mille-feuilles, les tiges diffuses de la fumeterre aux fleurs roses et noires, les vrilles de la vigne, les brins tortueux des chevrefeuilles ; enfin tout ce que ces naïves créatures ont de plus échevelé, de plus déchiré, des flammes et de triples dards, des feuilles lancéolées, déchiquetées, des tiges tourmentées comme les désirs entortillés au fond de l'âme. Du sein de ce prolixe torrent d'amour qui déborde, s'élance un magnifique double pavot rouge, accompagné de ses glands prêts à s'ouvrir, déployant les flammèches de son incendie au-dessus des jasmins étoilés et dominant la pluie incessante du pllein, beau nuage qui papillote dans l'air en reflétant le jour dans ses milles parcelles luisantes ! [...] Mettez ce discours dans la lumière d'une croisée, afin d'en montrer les frais détails, les délicates oppositions, les arabesques, afin que la souveraine émue y voie une fleur plus épanouie et d'où tombe une larme..."

 

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15 novembre 2017

LA SOCIETE GEORGIENNE DANS L'OEUVRE DE JANE AUSTEN

La représentation de l'Angleterre georgienne (règne de trois rois prénommés George) est omniprésente dans les romans de Jane Austen. Tout entière située pendant le règne de George III, son œuvre, qui décrit la vie quotidienne, les joies, les peines et les amours de la petite noblesse campagnarde, constitue une source d'une grande richesse pour mieux comprendre la société de l'époque.

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Les romans balaient tour à tour le contexte historique particulièrement tourmenté, la hiérarchie sociale, la place du clergé, la condition féminine, le mariage, ou encore les loisirs de la classe aisée. Sans que le lecteur en soit toujours pleinement conscient, de nombreux détails de la vie quotidienne, des aspects juridiques oubliés ou des coutumes surprenantes sont évoqués, qui donnent une vie et une authenticité toutes particulières à l'histoire de la société anglaise d'alors.

Cependant, la vision de l'Angleterre que présente Jane Austen est décrite de son point de vue : celui d'une femme de la petite gentry, appartenant à une famille plutôt aisée et très cultivée, bénéficiant de belles relations et vivant dans un petit village de l'Angleterre rurale. Aussi certains aspects essentiels de l'époque georgienne (la perte des colonies américaines, la Révolution française, la révolution industrielle en marche, la naissance de l'Empire britannique, etc.) sont-ils pratiquement absents de son œuvre. C'est donc surtout l'immersion dans la vie quotidienne de l'Angleterre rurale de son temps, plutôt qu'une fresque politique et sociale, que le lecteur rencontre dans ses romans.

Cette période est riche en évolutions et prépare l'arrivée de l'époque victorienne qui l'a suivie. Sur le plan social, c'est une société nouvelle qui émerge, avec les tout débuts de l'industrialisation, bientôt suivis, dans les premières années du XIX siècle, d'importants troubles sociaux suscités par les mutations économiques qu'elle engendre et les inquiétudes qui l'accompagnent. Les Arts aussi s'épanouissent, avec un foisonnement culturel qui touche tous les domaines : l'architecture d'abord, avec notamment l'émergence du style néogothique3. La peinture s'illustre avec Thomas Gainsborough, Sir Joshua Reynolds et de nouveaux peintres comme William Turner et John Constable.
De son côté, la littérature connaît une pléthore de grands noms, tels que Samuel Johnson, Samuel Richardson et les poètes Coleridge, Wordsworth, Shelley, John Keats ou Lord Byron. C'est une époque de développement de l'instruction féminine, ce qui n'est pas sans lien avec la prolifération des romans écrits et lus par des femmes : ainsi, Jane Austen, mais aussi avant elle Fanny Burney, Ann Radcliffe ou Maria Edgeworth.

L'époque georgienne est enfin celle de plusieurs interrogations et remises en cause morales. C'est à ce moment qu'apparaissent les prémices du féminisme avec Mary Wollstonecraft et son ouvrage fondateur Défense des droits de la femme. La mise en question de plus en plus forte de l'esclavage est une autre évolution majeure, qui débouche peu après sur l'interdiction de la traite (1807) et finalement l'abolition de l'esclavage dans l'Empire britannique en 1833.

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Anne Hathaway ans le film Jane

Point de vue de Jane Austen 

Cependant, le but de Jane Austen n'est pas d'écrire des romans historiques ou sociaux, ni de donner une vision équilibrée et objective de l'Angleterre. Ses intrigues, essentiellement de nature « comique », c'est-à-dire avec un dénouement heureux. La Révolution française la touche peu, en dehors de ce qui concerne sa cousine Eliza, dont le mari français est guillotiné à cette époque. De même, la naissance de l'Empire britannique est un sujet bien loin de ses préoccupations, en dehors toujours de ce qui touche à sa famille, c'est-à-dire l'Inde d'où viennent Eliza et sa mère Philadelphia Hancock.  

La révolution industrielle, pourtant commencée en Angleterre dans les années 1750, est absente de son environnement et de son œuvre. La vie dans le petit village paisible de Steventon, situé dans le Hampshire où Jane Austen demeure au presbytère, la laisse éloignée de ce monde nouveau. Elle appartient à un milieu plutôt conservateur, vivant en parfait accord avec le statut qui est le sien. Fine, intelligente et cultivée, elle vit cependant dans un monde organisé et dirigé par les hommes. De fait, l'extrême difficulté, pour une femme, de gagner sa vie par ses propres moyens, et donc sa dépendance à l'égard du mariage pour obtenir statut social et sécurité économique sont des thèmes qui la marquent et se retrouvent par conséquent dans tous ses romans.

La Révolution française engendre en Angleterre un grand débat d'idées, auquel Jane Austen n'est cependant pas indifférente, ne serait-ce que pour son impact sur le féminisme. Jane Austen suit ce débat mais prend parti en faveur de la famille, élément de stabilité dans les tensions de cette époque tourmentée. Mais, même si ses romans ne sont guère revendicatifs, même si elle est conservatrice dans l'âme, comme le reste de sa famille, son œuvre conserve suffisamment la marque des convictions qu'elle se forge pour qu'on y ait vu certains aspects féministes. Jane Austen ne s'exprime pas non plus sur le thème de l'abolition de l'esclavage. Cependant, la lecture de son œuvre, et en particulier de Mansfield Park, tend à montrer, au travers de quelques remarques échangées par ses personnages, que Jane Austen est consciente de la question et de ses enjeux moraux. 

Les guerres napoléoniennes restent l'élément qui la marquera le plus. L'Angleterre affronte le déferlement des forces de l'Empire napoléonien, la Royal Navy constitue son plus sûr rempart et sa plus grande source de fierté. Le souvenir attendri de ses frères Francis et Charles habite plusieurs des romans de Jane, où figurent plusieurs brillants officiers.  

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Emma Thompson et Kate Winslet dans le film Raison et sentiments

Jane et la gentry 

Cent livres par an : dans les romans de Jane Austen, c'est là un revenu très inférieur, celui d'un pauvre vicaire, par exemple, d'un fonctionnaire travaillant dans les bureaux, ou d'un petit commerçant. C'est pourtant un revenu déjà satisfaisant, quand on le compare à celui d'un travailleur agricole de l'époque, qui peut n'être que de vingt-cinq livres par an, y compris les travaux exceptionnels à l'époque des moissons. Avec cent livres par an, on peut envisager au mieux d'avoir à son service une bonne à tout faire. Deux cents livres par an : c'est le revenu des parents de Jane quatre ans après leur mariage en 1764 ; ce montant suffit difficilement du fait de l'arrivée de leurs enfants. Trois cents livres seraient mieux en rapport avec leurs besoins. 

Quatre cents, ou mieux, cinq cents livres par an : c'est là le seuil à partir duquel on peut commencer à mener la vie qui convient à une personne de la gentry. C'est le revenu dont dispose Mrs Dashwood (Raison et sentiments), et qui lui permet d'offrir une existence décente à ses trois filles, avec deux servantes et un serviteur, mais ni voiture ni chevaux.

Sept cents à mille livres par an permettent d'envisager une voitureQuatre mille livres et au-delà marquent le seuil à partir duquel même un gentilhomme cesse de trop avoir à compter. À ce niveau de revenu, on dispose d'un manoir, voire d'un château, d'une ou plusieurs voitures et de tout l'équipage nécessaire, et certainement aussi d'une maison à Londres pour pouvoir passer l'hiver dans la capitale.
Mais ces revenus, si importants soient-ils, sont encore dépassés par les 100 000 livres bien réelles dont dispose chaque année le propriétaire de Chatsworth House, le duc de Devonshire.

La notion de gentry en Angleterre est plus souple que celle de « noblesse » en France : un gentleman, appartenant à la petite gentry, se distingue par ses qualités personnelles tout autant que par sa qualité de propriétaire terrien (landed gentry). Il n'a pas besoin de se prévaloir, comme son homologue français, le gentilhomme, de « quartiers de noblesse » ni d'une particule nobiliaire.

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C'est le gentleman de l'époque georgienne qui annonce celui de l'époque victorienne, en mettant en place un code de conduite fondé sur the three Rs (« les trois R ») : Restraint, Refinement and Religion (Retenue, Raffinement et Religion). Sous le règne de George III, les Britanniques commencent à se démarquer, par leur réserve et le contrôle de leurs émotions, des peuples du Sud de l'Europe dotés au contraire d'un tempérament bouillant. Pourtant, la littérature du XIXe siècle fait encore une large place à l'émotion, souvent poussée, comme chez Dickens, jusqu'au pathos. 

Le XVIIIe siècle est en Grande-Bretagne une période d'enrichissement considérable ; la noblesse habite alors de somptueux châteaux, qui rivalisent avec les plus belles demeures de la famille royale. La beauté des parcs anglais devient à cette époque un symbole d'identité nationale, lorsque Horace Walpole, en 1780, en oppose le style naturel — expression de liberté — à l'ordonnancement géométrique du jardin à la française, qui témoigne, affirme-t-il, de l'autoritarisme du régime politique de la France.

La description du parc des châteaux que Jane met en scène a autant d'importance que celle du château lui-même, car c'est l'union harmonieuse et naturelle des deux qui fait la beauté du lieu. 

Le clergé occupe une place essentielle dans l'œuvre de Jane, plus encore que la Royal Navy, car son père lui-même est clergyman. Les principes moraux que son père inculque à ses enfants se retrouvent dans les règles morales qui jalonnent ses romans. La position du clergé dans la société est à cette époque particulière à plusieurs égards. En premier lieu, la profession de clergyman est un métier comme un autre, que tout homme doté d'une bonne moralité, d'une solide éducation et d'une belle diction peut envisager sans avoir besoin d'afficher une vocation inébranlable. C'est l'assurance d'une rente de situation, sans faire beaucoup d'effort, au travers du « bénéfice » (living) attaché au poste. Enfin, loin d'empêcher de fonder une famille, appartenir au clergé permet de disposer tout de suite d'un revenu suffisant, là où un officier de marine peut devoir attendre des années pour amasser un pécule lui assurant une rente analogue. L'attribution de la cure, et donc du bénéfice qui y est attaché, est du ressort du seigneur du lieu.

Le curé d'une paroisse peut accéder au statut social d'un propriétaire terrien, en étant de plus auréolé du prestige d'une éducation souvent bien au-dessus de la moyenne. Ainsi, le père de Jane est diplômé d'Oxford. De même, à peine plus tard, le père des sœurs Brontë sera diplômé de Cambridge. 

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Malgré l'attachement de Jane pour son père, elle peut être sans indulgence à l'égard du clergé et du manque d'engagement de certains à l'égard de leurs ouailles.  

Condition féminine 
 
À l'époque de Jane Austen, les pensionnats pour jeunes filles existent déjà, même si, dans l'aristocratie, c'est le recours à une gouvernante qui est la solution normale pour former les filles de la famille. Jane elle-même se forme essentiellement au contact de son père et de ses frères, et par la grande fréquentation de la riche bibliothèque paternelle. 

Le développement très progressif de l'instruction chez les filles est à mettre en relation avec l'absence de métiers féminins pour une jeune fille de bonne famille, à l'exception précisément d'un travail de gouvernante, ou de maîtresse d'école. D'ailleurs, l'idée même qu'une femme puisse avoir une profession, avec le statut et l'indépendance financière qui l'accompagnent, relève de l'impensable. Comme l'écrit en 1792 Mary Wollstonecraft dans son fameux A Vindication of the Rights of Woman : « Combien de femmes dépérissent ainsi en proie au mécontentement, alors qu'elles auraient pu exercer comme médecins, diriger une ferme ou gérer une boutique, et se tenir debout, vivant de leur travail, au lieu de courber la tête ? »  

Cet état de fait est bien connu de Jane, puisque, non mariée, elle cherche elle-même dans la vente de ses romans un moyen de contribuer à gagner sa vie par son travail. Son œuvre reflète parfaitement sa situation — sans qu'elle s'en insurge directement — et ne montre guère les femmes que dans des activités domestiques, en dehors de celles qui enseignent, soit comme gouvernante, soit dans un pensionnat. 

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La situation des femmes qui apparaissent dans les romans de Jane Austen laisse pourtant entrevoir l'infériorité de leur condition, tant sur le plan juridique que financier.

Ainsi, selon William Blackstone, dans ses Commentaries on the Laws of England (1765), l'homme et la femme, par le mariage, ne sont plus qu'une seule et même personne : pendant le mariage, la personnalité juridique de la femme est réputée suspendue, et tout ce qu'elle fait l'est sous la protection de son mari. Ainsi un homme ne peut ni faire une donation à sa femme, ni signer un pacte avec elle, car cela supposerait qu'elle ait une existence légale autonome. Il peut en revanche lui transmettre des biens par une disposition testamentaire, puisque la couverture juridique de la femme cesse avec la mort du mari. Une femme qui subit un préjudice touchant à sa personne ou à ses biens ne peut intenter une action en justice qu'avec l'agrément et l'action en justice de son mari. Inversement, on ne peut attaquer une femme en justice qu'en attaquant son mari.

Dans le domaine de la transmission du patrimoine, les femmes peuvent également être défavorisées — mais sans qu'il s'agisse là d'une règle générale — au travers du système de l’entail : ce terme juridique ancien désigne en effet une propriété reçue en héritage, consistant en biens immobiliers, et qui ne peut être ni vendue, ni transmise par héritage ni aliénée par son propriétaire de quelque façon que ce soit, mais qui est — à la mort du propriétaire — juridiquement transmise à certains héritiers répondant à certains critèresCe dispositif peut ainsi être utilisé pour que l'héritage en question reste dans une lignée mâle de la famille : il est alors réservé aux héritiers mâles.  

Dans une Angleterre où les convenances sont essentielles, les occasions offertes aux jeunes gens des deux sexes de se rencontrer et de pouvoir parler en tête-à-tête sont rares. Ce sont les bals, avec l'attrait de la musique, rares eux aussi, et de l'exercice offert par la danse, qui favorisent les rapports sociaux. Même si les contacts physiques que permettent la contredanse ou plus tard le quadrille sont fort limités, la possibilité d'avoir un partenaire attitré, qui réserve plusieurs danses au cours du bal, est un prélude indispensable aux fiançailles.

Pour avoir le droit de participer à un bal, cependant, encore faut-il que les parents considèrent que la jeune fille est en âge de sortir. Ses débuts dans le monde marquent donc une étape de sa vie, celle à partir de laquelle elle peut prétendre aux fiançailles et au mariage. 

La question nécessite réflexion lorsqu'il y a plusieurs filles dans la même famille : en effet, laisser sortir les cadettes alors que l'aînée n'est pas encore mariée, c'est prendre le risque que ses sœurs plus jeunes attirent un prétendant qu'elle-même aurait pu souhaiter, la mettant en danger de rester vieille fille. Aussi est-il naturel de ne laisser sortir les plus jeunes sœurs qu'une fois leurs aînées mariées. 

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Matthew McFadyen et Keira Knightley dans Orgueil et préjugés

Les fiançailles sont une promesse de mariage, qui peut certes être rompue, mais non sans créer un certain scandale chez les familles concernées. Cet « engagement » pris par les deux jeunes gens peut être secret, ou bien explicite, se révélant aux yeux des proches par toute une série d'indices : appeler simplement une jeune fille « Marianne », et non « Miss Marianne » (ou « Miss Dashwood », s'il s'était agi de l'aînée), est une indication sérieuse que les jeunes gens sont très intimes. Si la jeune fille laisse son prétendant lui prendre une mèche de cheveux, alors les fiançailles sont quasi certaines...
 
Depuis mars 1754, date d'entrée en application du Lord Hardwicke's Marriage Act voté l'année précédente par le Parlement, il est indispensable, lorsque l'un des futurs époux n'a pas au minimum vingt-et-un ans, qu'il ou elle obtienne le consentement de ses parents. Au-delà de leur indispensable consentement, les parents ont également un grand poids lorsqu'il s'agit de choisir un époux pour leurs enfants.  

La famille de Jane a elle-même connu un scandale en septembre 1788, lorsque Thomas James Twisleton (un parent de Cassandra Leigh, la mère de Jane) et Miss Charlotte Ann Frances Wattell s'enfuient pour se marier, bien que tous deux soient encore mineurs, après avoir eu une liaison ; ils s'étaient connus en jouant une pièce de théâtre amateur. Cet incident, qui touche directement la famille est à la base du long passage de Mansfield Park condamnant le danger moral présenté par le théâtre amateur, considéré comme une véritable incitation à la débauche, conformément à une idée solidement ancrée à l'époque.

Ces représentations privées sont alors assez fréquentes, puisque Jane elle-même assiste dès l'enfance à des pièces où jouent ses frères. A l'occasion des fêtes de Noël 1787, Henry, l'un des frères de Jane, et leur cousine Eliza, se livrent à cette occasion à un flirt appuyé et il n'est pas interdit de penser que le scandale Twisleton-Wattell va contribuer définitivement à la fin des représentations théâtrales privées chez les Austen... 

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 Gwyneth Paltrow dans Emma

Une femme accomplie, qui attire l'admiration des hommes par ses talents (accomplishments), doit maîtriser beaucoup de choses : peindre, broder, tricoter, connaissance approfondie de la musique, du chant, du dessin, de la danse, des langues modernes, culture de l'esprit par la lecture, allure, façon de marcher, contenance, bonnes manières...

Si certains d'entre eux sont utiles sur un plan domestique, d'autres ne peuvent guère être d'une quelconque utilité pratique, comme la connaissance du français (un accomplishment essentiel à l'époque) alors que la guerre avec la France fait rage... Le but apparaît donc beaucoup plus de faire honneur à son (futur) mari, en acquérant des connaissances, une allure et des manières digne d'une dame.
Mais un autre aspect ressort souvent : c'est sur les femmes que repose en effet l'agrément de la vie en société. À une époque où les occasions d'entendre de la musique sont rares et coûteuses, une femme musicienne peut charmer les invités de quelques pièces de piano, voire chanter ou encore fournir l'accompagnement musical indispensable à un bal improvisé. De même, en l'absence de procédé photographique, c'est du talent de dessinatrice ou d'aquarelliste des jeunes femmes que dépend la seule possibilité pratique de fixer un visage aimé ainsi que le montre d'ailleurs le seul portrait aujourd'hui connu de Jane Austen, dessiné par sa sœur Cassandra.
 
Un rôle essentiel de la femme de l'époque georgienne est, bien sûr, d'avoir des enfants. Rôle majeur, reflété par la croissance démographique de l'Angleterre pendant cette période. Mais rôle difficile, et dangereux à cette époque, puisque les nombreuses sont les femmes qui meurent en couches.  

Les femmes mariées et les jeunes filles sont également très actives pour ce qui est de la correspondance avec leurs proches, source d'information quasi-exclusive sur les membres de la famille habitant d'autres parties du pays. 

À partir des années 1780, les hautes coiffures, dressées en pyramide et agrémentées de plumes d'autruche, tombent peu à peu en désuétude, en faveur d'une coiffure aux longues boucles tombant librement, mise en valeur par une légère application de poudre. En même temps que la robe à panier passe de mode, les lourds tissus de brocard ou de soie brodée disparaissent, avec la vogue des robes de mousseline, auxquelles des jupons viennent donner de l'ampleur. À partir des années 1780, le volume, l'aspect vaporeux de ces robes de mousseline est supposé donner à la femme une silhouette « plus naturelle ».

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Felicity Jones et Carey Mulligan dans Northanger Abbey

Lorsque les personnages de Jane parlent d'« acheter une robe », ceci signifie en réalité qu'elles vont acheter le tissu nécessaire, qu'elles remettront à une couturière spécialisée pour en faire une robe à leur convenance, inspirée par la dernière mode de la capitale. Les patrons se trouvent dans tous les journaux de mode pour dames, et la cliente peut, à partir de là, expliquer à la couturière les aménagements précis qu'elle souhaite.

Vie quotidienne

Dans l'Angleterre de Jane, les intérieurs sont très variés, en fonction de la richesse de la demeure, bien sûr, mais aussi de son ancienneté. Les murs sont fréquemment recouverts de papier, utilisé depuis le XVIe siècle comme modeste substitut aux tapisseries des nobles demeures. Mais ce n'est qu'au XVIIIe siècle que les procédés de fabrication du « papier peint » permettent d'obtenir une apparence qui satisfasse les personnes de qualité. Certains très beaux papiers peints sont importés de Chine par la East India Company, la Compagnie des Indes orientales. Le papier mural est donc le décor intérieur typique des familles aisées. Les lambris à mi-hauteur sont à la mode, avec la partie supérieure du mur seule recouverte de papier peint. La peinture, plus coûteuse que le papier peint, est préférée dans de somptueuses résidences comme Rosings Park ou Mansfield Park, car elle permet des oppositions de couleurs, éventuellement rehaussées par des dorures. Quant au sol, il est laissé à nu s'il est constitué d'un beau dallage ou de beaux parquets, parfois mis en valeur par un petit tapis turc placé au centre de la pièce. L'évolution technique de l'industrie textile permet aux entreprises de fournir des tapis permettant de recouvrir l'intégralité du sol des pièces de séjour. Les fenêtres qui éclairent les pièces peuvent être fort différentes, allant des carreaux en losange aux modernes sash window, les fenêtres à guillotine venues de France. 

À l'époque de Jane Austen, les repas se prennent tard. Le petit déjeuner ne se prend en effet jamais avant dix heures, laissant le temps pour toute une activité matinale avant ce premier repas : marche, conversation, lecture... Après le petit-déjeuner, il n'y a aucun repas systématique avant le dîner, que l'on ne prend jamais avant trois heures de l'après-midi. Il est cependant bienséant d'offrir une collation (viandes froides, gâteaux et fruits de saisons) lorsqu'un visiteur arrive entre ces deux repas. Après le dîner, on prend le thé vers sept ou huit heures du soir, en fait un high tea comprenant une petite collation. Ce n'est que plus tard encore, vers neuf heures, que l'on s'assied pour le dernier repas, le souper. Il est de bon ton de manger tard.  

À table, lors d'un repas « assis » et non d'une simple collation, les convives se voient proposer deux ou trois services, présentés à la française (selon l'expression anglaise), c'est-à-dire, avec tous les plats sur la table en même temps, chaque convive ne touchant qu'aux plats qui l'intéressent. Ces plats, qui peuvent aller de cinq à une vingtaine par service, comprennent de la soupe, de grandes pièces de viande ou des poissons servis entiers, de la volaille, des légumes, du gibier de saison, des sauces et condiments, des gâteaux, etc. Une fois le premier service terminé, la table est débarrassée et le second service apporté, avec toujours autant de plats, tant sucrés que salés. Enfin, après le second service, vient le dessert, comprenant des pâtisseries, des fruits de saison, des glaces, des vins liquoreux. Une telle quantité de plats — d'autant plus nombreux que la maisonnée est aisée — suppose une intendance bien au point, et quelques moyens financiers.  

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Rupert Penry-Jones et Sally Hawkins dans Persuasion

Pour les héros de Jane, comme pour sa propre famille, les activités sociales et les visites sont limitées par les distances qu'on peut parcourir en une journée avec un attelage, ce qui circonscrit les fréquentations, surtout à la campagne. Ainsi, les Austen sont très liés avec une douzaine de foyers des environs, les Digweed de Steventon, les Bigg de Manydown, les Lefroy d'Ashe, les Portal de Freefolk, les Heathcote d'Hursley, etc. Ensemble, on organise des dîners, des bals, des jeux de cartes (où il est admis de jouer de petites sommes), ou on suit la meute ensemble. Plus modeste qu'une chasse à courre, la distraction d'extérieur préférée des gentlemen, à l'automne et en hiver, est la chasse au canard, à la perdrix, à la grouse, ou à la bécasse, accompagnés simplement d'un ou deux chiens d'arrêt. En été, les plaisirs simples de la pêche sont très appréciés. On se réunit aussi pour de simples soirées, l'une ou l'autre des demoiselles présentes faisant montre de ses talents de pianiste ou de harpiste, régalant l'assistance d'un morceau de musique ou lançant parfois un bal improvisé. Lorsque la demeure dispose d'une pièce prévue à cet effet, les hommes peuvent aussi se retrouver autour d'une table de billard. Certaines activités manuelles, comme le bricolage, qui joignent l'utile à l'agréable, peuvent aussi faire partie des loisirs masculins.  

Après une certaine éclipse dans les années 1790, les petites pièces de théâtre privées, déjà évoquées ci-dessus, connaissent un bref regain de faveur au début du XIXe siècle avant de passer de mode ensuite. Cette fascinante activité, propice aux rapprochements, nécessite cependant une organisation importante et complexe, véritable défi pour les jeunes participants au projet, qui ne fait qu'en accroître l'intérêt. D'autres distractions comme le bilboquet, le volant, les quilles ou les jonchets peuvent être pratiquées par tous..

Les déplacements s'effectuent à cette époque à une vitesse moyenne de 11 km/h (7 miles par heure) et les routes peuvent être en mauvais état, voire enneigées. Les possibilités de loisir sont donc tributaires de l'éloignement des villes et de la difficulté des transports. Il faut trois jours pour aller de Barton à Londres ; pas question, par conséquent, de n'y passer que quelques jours : on y reste des semaines, voire des mois. Le retour dépend des circonstances.  

 

D'après Wikipédia

 

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13 novembre 2017

* * * LA CONQUETE DE PLASSANS - EMILE ZOLA

Quatrième tome de la saga des Rougon-Macquart, et je ne m'en lasse pas !

INCIPIT

Désirée battit des mains. C'était une enfant de quatorze ans, forte pour son âge, et qui avait un rire de petite fille de cinq ans.

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RESUME

L’action se situe à Plassans, le berceau des Rougon-Macquart. La ville, acquise à Napoléon III grâce aux intrigues de la famille Rougon (La Fortune des Rougon), est passée aux légitimistes (soutenant l'ancienne dynastie royale). L’abbé Faujas et sa mère y arrivent, logés chez François Mouret, un commerçant retraité. Celui-ci, son épouse Marthe, leurs trois enfants et leur bonne vivent dans leur grande maison et on décidé de louer l'étage. Les Faujas sont bientôt rejoints par le couple Trouche (Olympe Trouche est la sœur de Faujas), et la vie des Mouret se trouve bouleversée : Marthe devient dévote ; les enfants sont éloignés ; l'abbé fait du jardin un lieu où les notables légitimistes et bonapartistes peuvent se rencontrer en terrain neutre. Petit à petit, l'abbé Faujas finit par manipuler tout Plassans, pour faire élire à la Chambre un candidat favorable au pouvoir.  

MON AVIS

Il me semblait que - dans mon souvenir - j'avais trouvé ce livre ennuyeux. Ce ne fut pas le cas cette fois. Je croyais me rappeler qu'il s'agissait de sombres affaires politiques. Pas du tout. Enfin, pas que...

Je ne suis d'ailleurs pas d'accord avec la version Wiki ci-dessous, qui commence par évoquer la folie. Non, le sujet c'est avant tout les sombres manipulations de l'abbé Faujas sur toute la population de Plassans. La folie de Marthe, puis celle de son mari, sont "acessoires", dans la mesure où elles n'illustrent que les multiples conséquences de l'ambition de cette homme machiavélique.

La conquête de Plassans, c'est l'histoire de la destruction effroyable de Marthe, dotée d'un l'esprit fragile (hérité de sa grand-mère Adélaïde Rougon-Macquart), par un homme, dont elle tombe amoureuse et qui l'utilise comme une marionnette pour l'aider dans ses sinistres desseins. Il s'empare de son coeur, de son âme, de sa maison, fait enfermer son mari, puis emprisonne dans sa toile toutes les personnalités de la ville.

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  Réunion de famille, Second empire (par Bazille)

A vrai dire, c'est un peu le bémol, je n'ai pas compris très précisément son but... On sait vaguement qu'il est dirigé depuis Paris par les bonapartistes (dont Eugène Rougon) pour que Plassans, légitimiste, bascule dans le camp au pouvoir. Pourquoi lui ? Echange de bons procédés ? Mais que lui a-t-on promis ? L'évêché ? C'est à peine évoqué, à la fin du livre, sans certitude aucune puisque le personnage qui en parle comme d'une hypothèse. Et par rapport à la maison des Mouret, lui, sa mère et sa soeur, la veulent-ils ? On le dirait... peu à peu, ils squattent toutes les pièces les unes après les autres. Mais, quoi qu'il arrive, elle appartient aux Mouret et Serge Mouret en est l'héritier.

Dommage, j'ai été un peu frustrée de ce côté. Mais sinon... c'est magnifique.

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

La Conquête de Plassans est publié en 1874, quatrième de la série Les Rougon-Macquart. Le roman est construit autour du thème de la folie, l’une des tares héritées par les descendants d’Adélaïde Fouque, grand-mère commune à François et Marthe Mouret. Mais c’est aussi, et surtout, une violente attaque contre le clergé représenté par le personnage de l'abbé Faujas, prêtre ambitieux, acquis à l'Empire, et prêt à tout pour arriver à ses fins. Zola nous montre avec délectation une Église complice du pouvoir politique, manipulatrice, utilisant la piété naïve des fidèles, notamment des femmes, à travers des pratiques où la foi n’est en fait qu'un voile masquant d’autres ambitions.

Hiérarchie du clergé catholique

Je me perdais un peu entre les diverses appellations. J'ai donc cherché un peu de quoi il retournait.

Le diacre (du grec diakonos, serviteur) est une personne ayant reçu le premier degré du sacrement de l'ordre. Alors que les prêtres, qui ont reçu le second degré, sont les collaborateurs de l'évêque dans son caractère sacerdotal (rites, sacrements), le diacre est collaborateur de l'évêque dans son caractère ministériel (diverses activités de moindre importance).

Le prêtre, du grec presbuteros, qui signifie « ancien », est un homme chrétien qui reçoit au moment de son ordination, par l'imposition des mains de l'évêque, la mission de « rendre présent » le Christ parmi les gens, en particulier par des sacrements comme l'eucharistie, le sacrement de réconciliation ou du pardon, le sacrement des malades, en instruisant avec le catéchisme, en accueillant ou en guidant toutes les personnes qui s'adressent à lui. Le prêtre fait l'objet d'une vocation particulière que les croyants catholiques identifient à un appel de Dieu. Le discernement de l'appel à la prêtrise et la formation du prêtre se fait au séminaire. Le séminariste est d'abord ordonné diacre puis prêtre par un évêque.

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Napoléon III et le baron Haussmann

Le curé est un prêtre qui est chargé d'une cure c'est-à-dire qu'il a « charge d'âmes » d'une paroisse. Il est nommé par un évêque, dont il est le représentant et le délégué dans la paroisse. Les prêtres qui l'assistent sont nommés vicaires.

L'aumônier était autrefois un diacre, chargé de distribué l'aumône aux pauvres. Les diacres, jusqu'au VIe siècle, avaient pris l'habitude de chanter et cette occupation leur prenait tant de temps que le pape décida de créer un ordre pour les pauvres. Aujourd'hui, ils interviennent dans des lieux particuliers (prisons, couvents...) et peuvent être de simples laïcs.

Un abbé, est d'abord un moine chrétien élu par ses pairs pour diriger un monastère, une abbaye ou une communauté canoniale. Mais le terme peut aussi désigner, par extension, un séminariste, diacre ou prêtre : on dit "Monsieur l'Abbé". Depuis les années 1970, cette appellation a tendance à laisser la place, dans l'usage actuel, à l'emploi de "Mon Père", ce qui est parfaitement synonyme, mais qui est restreint aux prêtres. Ce terme est ainsi employé pour les nominations décidées par l'évêque dans son diocèse ; exemple : « M. l'Abbé..... est nommé curé /vicaire /autre(s) de.... »...

Un doyen est un prêtre chargé d'une circonscription administrative qui regroupe quelques paroisses.  

Les attributions sont données par l'évêque.

Un évêque dirige un diocèse, qui regroupe plusieurs paroisses territoriales.

Un archevêque est à la tête de plusieurs diocèses.

Ils sont nommés par le pape, sauf rares exceptions.

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Napoléon III et Eugénie écoutant un conseiller

Les cardinaux sont quant à eux créés » par décret du pape en tant qu'« hommes remarquables par leur doctrine, leurs mœurs, leur piété et leur prudence dans la conduite des affaires ». S'ils doivent posséder au moins le presbytérat, en pratique ils doivent être au moins évêques : ceux qui ne sont pas encore évêques doivent alors recevoir la consécration épiscopale. Cependant, des dérogations papales ont déjà été accordées. On dit d'une personne nouvellement nommée qu'elle est « élevée à la pourpre cardinalice » en référence à la couleur rouge des vêtements de cardinal.

Pouvoir temporel et pouvoir spirituel

Dans l'Occident chrétien, le pouvoir est réparti entre autorités temporelles et spirituelles :

  • à l'Église est reconnu un pouvoir spirituel exercé sur les âmes, dans le cadre de la religion ;
  • aux souverains et aux pouvoirs civils est reconnu le pouvoir temporel, restreint aux affaires humaines et à l'ordre social.

Le pouvoir temporel est cependant reconnu au pape, puisqu'il est souverain de l'État du Vatican, et y exerce la plénitude du pouvoir temporel comme tout chef d'État.  

La distinction entre temporel et spirituel n'a pas toujours été claire tout au long de l'histoire et les rivalités nombreuses. Elle l'est depuis la séparation officielle des Églises et de l'État. Les deux pouvoirs ont des points de rencontre, et ont ainsi fait l'objet de constantes redéfinitions.

MES EXTRAITS FAVORIS

On dirait un tableau impressionniste...

"Elles étaient toutes les deux assistes, à un bout de l'étroite terrasse, la fille sur un tabouret, aux pieds de la mère. Le soleil couchant, un soleil de septembre, chaud encore, les baignait d'une lumière tranquille ; tandis que, devant elles, le jardin, déjà dans une ombre grise, s'endormait."

Manipulations et triomphes de l'abbé Faujas

"Marthe était très bonne ; les larmes montaient à ses yeux, au récit de la moindre infortune. Lui, paraissait se plaire à la voir ainsi frissonnante de pitié ; il avait chaque soir quelque nouvelle histoire touchante, il la brisait d'une compassion continue qui la faisait s'abandonner. Elle laissait tomber son ouvrage, joignait les mains, la face toute douloureuse, le regardant, pendant qu'il entrait dans des détails navrants sur les gens qui meurent de faim, sur les malheureux que la misère pousse aux méchantes actions. Alors elle lui appartenait, il aurait fait d'elle ce qu'il aurait voulu."

***

" - On la placerait sous le patronage de la Vierge, insinuait l'abbé Faujas. Mais que de difficultés à vaincre ! Vous ne savez pas les peines que coûte la moindre bonne oeuvre. Il faudrait, pour conduire à bien une telle oeuvre, un coeur maternel, chaud, tout dévoué.

Marthe baissait la tête, regardait Désirée endormie à son côté, sentait des larmes au bord de ses paupières. Elle s'informait des démarches à faire, des frais d'établissement, des dépenses annuelles."

***

"Patronné par Marthe, désigné comme le promoteur d'une bonne oeuvre dont il refusait modestement la paternité, il n'avait plus, dans les rues, cette allure humble qui lui faisait raser les murs. Il étalait sa soutane neuve au soleil, marchait au milieu de la chaussée. De la rue Balande à Saint-Saturnin, il lui fallait déjà répondre à un grand nombre de coups de chapeau. "

***

A sa soeur et son beau-frère : "Si vous devenez jamais un empêchement pour moi, je vous jure que je vous renvoie dans un coin crever sur la paille."

***

"Alors, une grande intimité s'établit entre Rose et Mme Faujas ; la cuisinière était ravie d'avoir toujours là une personne qui consentît à l'écouter, pendant qu'elle tournait ses sauces. Elle s'entendait à merveille, d'ailleurs, avec la mère du prêtre, dont les robes d'indienne, le masque rude, la brutalité populacière la mettaien presque sur un pied d'égalité. Pendant des heures, elles s'attardaient ensemble devant leurs fourneaux éteints. Mme Faujas eut bientôt un empire absolu dans la cuisine ; elle gardait son attitude impénétrable, ne disait que ce qu'elle voulait bien dire, se faisait conter ce qu'elle désirait savoir. elle décida du dîner des Mouret, goûta avant eux aux plats qu'elle leur envoyait ; souvent même Rose faisait à part des friandises destinées particulièrement à l'abbé, des pommes au sucre, des gâteaux de riz, des beignets soufflés. Les provisions se mêlaient, les casseroles allaient à la débandade, les deux dîners se confondaient..."

***

"Mouret, diminué, mangeait avec des hontes de pique-assiette. Il sentait que Mme Faujas le regardait lorsqu'il se coupait du pain. Il réfléchissait une grande minute, les yeux sur la bouteille, avant d'oser se servir à boire. Une fois, il se trompa, pris trois doigts du bordeaux de M. le curé. Ce fut une belle affaire ! Pendant un mois, Rose lui reprocha ces trois doigts de vin."

***

"A partir de ce jour, il la mania ainsi qu'une cire molle. Elle lui devint très utile, dans certaines missions délicates auprès de Mme de Condamin ; elle fréquenta aussi assidûment Mme Rastoil, sur un simple désir qu'il exprima. Elle était d'une obéissance absolue, ne cherchant pas à comprendre, répétant ce qu'il la priait de répéter. Il ne prenait même plus aucune précaution avec elle, lui faisait crûment sa leçon, se servait d'elle comme d'une pure machine. Elle aurait mendié dans les rues, s'il lui en avait donné l'ordre. Et quand elle devenait inquiète, qu'elle tendait les mains vers lui, le coeur crevé, les lèvres gonflées de passion, il la jetait à terre d'un mot, il l'écrasait sous la volonté du Ciel. "

***

"Ils causèrent ensemble [Faujas et l'évêque] toute la matinée. L'abbé Faujas obtint de lui qu'il ferait une tournée dans le diocèse ; il l'accompagnerait, lui soufflerait ses moindres paroles. Il était nécessaire, en outre, de mander tous les doyens, de façon que les curés des plus petites communes pussent recevoir des instructions."

***

"Mais le triomphe de Trouche [beau-frère de Faujas] fut d'accuser la bande de la sous-préfecture et la bande de Rastoil d'avoir fait disparaître le pauvre Mouret, dan sle but de priver le parti démocratique d'un de ses chefs les plus honorables."

***

" - L'abbé sera évêque quand il voudra, racontait-il. Il a déjà refusé une cure à Paris. Il désire rester à Plassans, il s'est pris de tendresse pour la ville... Moi, je le nommerais député. C'est lui qui ferait nos affaires à la Chambre ! Mais il n'accepterait pas, il est trop modeste... On pourra le consulter, quand viendront les élections."

Félicité Rougon, le mot de la fin...

"Ecoutez, mon cher, lui répondit-elle au bout d'un silence, vous manquez de tact ; cela vous perdra. faites la culbute si ça vous amuse. Moi, en somme, je m'en lave les mains. Je vous ai aidé, non pas pour vos beaux yeux, mais pour être agréable à nos amis de Paris. On m'écrivait de vous piloter, je vous pilotais... Seulement, retenez bien ceci : je ne souffrirai pas que vous veniez faire le maître chez moi. Que le petit Péqueur, que le bonhomme Rastoil tremblent à la vue de votre soutane, cela est bon. Nous autres, nous n'avons pas peur, nous entendons rester les maîtres. Mon mari a conquis Plassans avant vous, et nous garderons Plassans, je vous en préviens."

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12 novembre 2017

STENDHAL : ANALYSE DE L'OEUVRE

Le style de Stendhal est particulièrement concis, elliptique, sobre, et éloigné des proses très descriptives de certains auteurs de son temps comme Balzac. C'est d'ailleurs Balzac qui fut l'un des plus grands admirateurs du style stendhalien, dans sa critique de La Chartreuse de Parme : même s'il juge d'un point de vue purement linguistique ce style « négligé, incorrect à la manière des écrivains du XVIIe siècle », il en vante la précision « qui peint ses personnages et par l’action et par le dialogue ; il ne fatigue pas de descriptions, il court au drame et arrive par un mot, par une réflexion ». Il ajoute que Stendhal « écrit à peu près dans le genre de Diderot, qui n’était pas écrivain ; mais la conception est grande et forte ; mais la pensée est originale, et souvent bien rendue. Ce système n’est pas à imiter. Il serait trop dangereux de laisser les auteurs se croire de profonds penseurs. M. Beyle se sauve par le sentiment profond qui anime la pensée ». Le grand auteur admire, enfin, le souffle qui anime la dernière œuvre de son contemporain : « M. Beyle a fait un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre. Il a produit, à l’âge où les hommes trouvent rarement des sujets grandioses et après avoir écrit une vingtaine de volumes extrêmement spirituels, une œuvre qui ne peut être appréciée que par les âmes et par les gens vraiment supérieurs ».

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L’œuvre de Stendhal est profondément autobiographique. Julien Sorel, Lucien Leuwen et Fabrice Del Dongo sont ce que Stendhal aurait rêvé d’être.

Stendhal a tenu pendant de très longues années un journal où il raconte au fur et à mesure les événements de sa vie. On pourrait parler d’une prise sur le vif de sa propre vie. D’autre part il a rédigé deux autres grandes œuvres autobiographiques : la Vie de Henry Brulard et Souvenirs d'égotisme. Elles poursuivent le même projet que le Journal, mais aussi que celui des Confessions de Rousseau : mieux se connaître soi-même. Cependant elles se distinguent du Journal car elles ont été écrites a posteriori. Enfin, l’autobiographie prend une forme bien particulière chez Stendhal : il aime écrire sur la marge de ses livres (et même de ses romans, mais de manière cryptique) ou sur des vêtements.

Stendhal n'a pas seulement « appliqué » une certaine esthétique réaliste : il l'a pensée d’abord. Le réalisme de Stendhal, c’est aussi la volonté de faire du roman un « miroir » c’est-à-dire un simple reflet de la réalité sociale et politique d’une époque dans toute sa dureté. Stendhal a d'ailleurs écrit que « le roman, c’est un miroir que l’on promène le long d’un chemin ».

Dans Racine et Shakespeare, il assigne pour devoir à l'art romantique de faire un art qui sera en adéquation avec les goûts et tendances des peuples. Le réalisme de Stendhal c’est d’abord la volonté de peindre des faits capables d’intéresser ses contemporains (Monarchie de juillet dans Lucien Leuwen, Restauration dans Le Rouge et le Noir, défaite et retour des Autrichiens dans La Chartreuse de Parme).

Stendhal dépeint aussi avec un grand souci de réalisme psychologique, les sentiments des personnages principaux. Il s’inspire même souvent des théories relatives à l’amour de son traité De l’amour et essaie de faire œuvre de psychologue rigoureux. Prosper Mérimée le considérait comme un remarquable observateur du cœur humain. Les sentiments amoureux sont dépeints avec beaucoup de soin : le narrateur expose longuement la naissance de la passion amoureuse et ses péripéties.

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Ces romans sont également politiques non par la présence de longues réflexions politiques mais par la peinture des faits. Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme sont aussi des critiques acerbes de la position subordonnée de la femme. La peinture des mœurs chez Stendhal ne se veut jamais impartiale, mais critique : elle n’est pas motivée par une volonté sociologique, mais par le souci de faire tomber les faux-semblants et de montrer « la vérité, l’âpre vérité » de la société de son temps.

Malgré son souci de réalisme, il n’y a pas de descriptions détaillées de la réalité matérielle. Le narrateur, qui se méfie de la description, décrit à peine les lieux. La description de Verrières au tout début du roman prend juste une page et sert d’introduction à une critique acerbe des habitants. On ne sait rien non plus de l’Hôtel de la Mole (Le Rouge et le Noir) ni de Milan ou bien du Château du Marquis Del Dongo (La Chartreuse de Parme). Le narrateur décrit le monde uniquement dans la mesure où c’est nécessaire à la compréhension de l’action. Si la prison de Fabrice est décrite avec soin, c'est qu'elle constitue un lieu essentiel pour l’action de La Chartreuse de Parme.

Appartenant plutôt à une tendance modérée du romantisme (par opposition au romantisme flamboyant représenté par Victor Hugo), le narrateur, qui a affirmé, dans Vie de Henry Brulard abhorrer la description matérielle, décrit à peine les personnages : on ne sait quasiment rien des toilettes de Mme de Rênal, de Mathilde ni des tenues de Julien, Lucien Leuwen ou Fabrice, juste la couleur des cheveux et quelques détails sur leur aspect, mentionnés très brièvement. Le réalisme stendhalien se limite aux personnages secondaires et non à ses personnages principaux, les personnages vrais, qui échappent à la description.

L’autre limite du « réalisme » de Stendhal tient au romanesque, qui traverse tous ses romans. Le héros stendhalien est une figure romanesque. Le personnage de Julien est intelligent, ambitieux jusqu’à la folie, et nourrit une haine profonde pour ses contemporains. Fabrice est un jeune homme exalté et passionné. Lucien Leuwen est idéaliste et bien fait de sa personne. Ces personnages ont souvent à peine 20 ans.

La grande originalité de Stendhal est l’usage important de la « focalisation interne » pour raconter les événements. Les événements sont vus en grande partie par les protagonistes voire par un seul d'entre eux. Stendhal refuse donc le point de vue du narrateur omniscient, mais pratique la « restriction de champ ». Stendhal coupe ses récits de « monologues intérieurs » et ramène le roman à la biographie du héros. Les trois grands romans commencent par la jeunesse du héros ou même avant et finissent avec sa mort. Le choix de la restriction du champ explique ainsi que certains personnages apparaissent ou disparaissent aussi rapidement au fil de l’action car tout est vu par les yeux d’un personnage central.

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La Chartreuse de Parme, téléfilm 2011

Passionné par la politique, par les faits divers, qu'il recense dans les articles qu’il envoie aux journaux anglais, désireux de dénoncer les absurdités de son temps, Stendhal se trouve confronté au désir de créer un chef-d’œuvre intemporel, être lu en 1880 ou en 1935. Comment Stendhal a-t-il procédé pour satisfaire son inextinguible « désir de gloire » posthume sans cependant sacrifier « l'âpre vérité » du moment présent ? Il a dû brider sa nature profonde, résister à sa pente naturelle, celle d'un polémiste qui a la riposte facile, qui, spontanément, verse dans le pamphlet. Le pamphlet, la satire, Stendhal aime, mais il n'ignore pas que toute polémique, dont les enjeux sont toujours fortement datés et localisés, frappe de mort tout ouvrage littéraire. Raison pour laquelle le romancier s'autocensure, rature beaucoup pour « adoucir » le premier jet, spontanément agressif, essaie de se tenir au-dessus de la mêlée politique, retravaille les données brutes des journaux, brouille les repères et les modèles, évite « le détail qui vieillit dans quatre ans au plus »... 

Stendhal ne fut pas seulement un romancier et un autobiographe, mais également un critique d’art dont la réflexion esthétique influença le travail romanesque, ainsi que l'appréciation des arts plastiques et de la musique. Féru d'art lyrique, amoureux de l'Italie, c'est lui qui fait connaître Rossini à Paris et en France. Bien qu'il se présente comme un dilettante, on lui doit des analyses très fines de Rossini et Mozart. Il a saisi la mélancolie de Léonard de Vinci, le clair-obscur du Corrège, ou la violence michelangelesque.

Les idées de Stendhal concernant la politique de son temps sont pleines de contradictions, au point qu'il a pu être qualifié de « Jacobin aristocratique ». Il résume ses convictions politiques dans Vie de Henry Brulard. S'il avoue donc être de gauche, c'est-à-dire libéral, il trouve les libéraux « outrageusement niais » ; républicain de conviction, il méprise la canaille ; admirateur des qualités d'administrateur de Napoléon, il est écœuré par son côté tyrannique ; s'il trouve les légitimistes ridicules, il ne peut s'empêcher de regretter l'esprit d'Ancien Régime. Fidèle a son beylisme, Stendhal se méfie de tout et de tout le monde. Il se place résolument du côté de la subversion, de la modernité, contre les conservatismes et les hypocrisies du pouvoir. 

Stendhal a découvert le romantisme avec Frédéric Schlegel, mais « ces plats Allemands toujours bêtes et emphatiques se sont emparés du système romantique, lui ont donné un nom et l’ont gâté. » Il ne supporte pas non plus l’emphatisme niais de Chateaubriand et de Madame de Staël. C’est l’Edinburgh Review et Lord Byron qu'il découvre en septembre 1816, qui lui révèle un Romantisme qui rejoint ses idées : « Byron, Byron est le nom qu'il faut faire sonner ferme. L’Ed. H. le place immédiatement après Shakespeare pour la peinture des passions énergiques. Ses ouvrages sont des histoires d’amour tragiques. » Pour lui, le Romantisme est à la fois subversion et modernité, une rupture avec les anciens, une nouvelle manière d’exprimer les passions et une connaissance des émotions.

Cependant son style sec, précis, la revendication d'écrire aussi nuement que le Code civil, écartent de Stendhal tout soupçon de romantisme, si, par romantisme on entend : voiles gonflées, vents en rafales, orageux aquilons, souffles brûlants de la nuit, lunes épandues sur les lacs, cœurs en pâmoison, enflures, boursouflures et tonnerre des grandes orgues... Pourtant, Sainte-Beuve le qualifie de « hussard du romantisme », et Racine et Shakespeare, paru en 1825, où il prend parti avec véhémence pour Shakespeare contre Racine, pour les sorcières échevelées de Macbeth contre les perruques de Bérénice, est considéré comme un manifeste de la nouvelle école romantique.

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Stendhal se définit lui-même par le terme beylismeDans Stendhal et le Beylisme, Léon Blum explore les principes et les contradictions de cette « méthode pratique du bonheur » : « Quand on a pris clairement conscience des exigences essentielles de sa nature, quand on a concentré vers ce but toute sa volonté agissante, quand on a rejeté résolument les faux principes de la morale courante ou de la religion, les fausses promesses de la société, le bonheur peut s'obtenir logiquement, par stades nécessaires, comme une démonstration mathématique. Dans cette démarche, on se heurtera à l'éternel ennemi : le monde, mais on sait le moyen de la combattre, c’est-à-dire de le tromper. Dès qu'une tactique appropriée nous a débarrassé de son emprise, le bonheur ne tient plus qu'à notre lucidité et à notre courage : il faut voir clair, et il faut oser. […] Une mécanique du bonheur et non du plaisir, dans cette formule tient la nouveauté profonde. Stendhal part de Condillac et d'Helvetius, des philosophies qui expliquent toute connaissance par les sens et réduisent toute réalité à la matière ; mais il les couronne par une conception du bonheur où nul élément sensuel et matériel n'entre plus. Le bonheur, tel que Stendhal l'entend, dépasse de beaucoup la secousse heureuse des sens ; il intéresse les énergies profondes de l'âme ; il implique un élan, un risque, un don où la personne entière s'engage.[…] Il est un épanouissement, un moment d'oubli total et de conscience parfaite, une extase spirituelle où toute la médiocrité du réel s'abolit. Les états intenses de l'amour, la jouissance que procure l'œuvre d'art peuvent en fournir une idée. »

Ou, comme le résumait plus récemment Charles Dantzig : « Si les écrivains du XIXe siècle broient du noir, Stendhal broie du rose. […] Le bonheur chez Stendhal n’est pas une idéologie, il est la vie même, ou plutôt ce que la vie devrait être. Le bonheur chez Stendhal est l’état idéal du petit nombre de papillons toujours attaqués par les bœufs pour leur délicatesse. »

D'après Wikipédia

 

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09 novembre 2017

JOHN FANTE

John Fante, né le 8 avril 1909 à Denver (Colorado) et mort le 8 mai 1983 à Los Angeles (Californie), est un romancier, essayiste et scénariste américain.

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Il naît au sein d'une famille d'immigrants italiens, croyante et conservatrice. Son enfance de gamin des rues turbulent sera réprimée au sein d'une école jésuite, où Fante découvrira douloureusement le besoin de liberté, la sexualité, et l'écriture. Il commence à écrire très tôt et, si on en croit ses romans autobiographiques, se montre comme un enfant particulièrement sensible, enflammé, charismatique et avide de la beauté du monde. A trois reprises entre 1927 et 1931, ses tentatives de mener des études universitaires échouent au bout de quelques mois.

À 20 ans, il se rend à Los Angeles (en 1929) où il travaille notamment dans une conserverie de poisson et exerce de nombreux petits boulots pour survivre. Avide de littérature, le jeune homme se nourrit spirituellement avec Knut Hamsun, Dostoïevski, Nietzsche, Jack London et Sinclair Lewis, et fait ses premières gammes en écriture.

Ses premières nouvelles attireront l'attention du célèbre H. L. Mencken, rédacteur en chef de la prestigieuse revue littéraire The American Mercury, qui publiera régulièrement, dès 1932, la prose du jeune Fante (sa première nouvelle est publiée alors qu'il a 23 ans, mais il se fait passer pour plus jeune, par orgueil et goût de la mise en scène de son propre talent) et gardera même une correspondance de 20 ans avec le jeune écrivain.

En 1933, son roman La Route de Los Angeles est refusé car jugé trop cru et trop provocant (malgré une correction de son ébauche vers 1936, le roman ne sera publié qu'en 1986, après sa mort).

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Son premier roman Bandini, parait en 1938. Largement autobiographique, on y suit les pérégrinations du jeune Arturo Bandini, fils d'immigrés italiens, habile rhéteur, manipulateur, joueur et jouisseur, chercher une place au soleil à partir de son Colorado natal. L'œuvre est habile, élégante, montre un Bandini/Fante sûr de lui et de sa folie, bien en adéquation avec la personnalité de Fante : menteur, joueur, il n'a pas hésité ici, et comme il ne cessera de le faire, de travestir la réalité, pour lui donner plus de substance, plus de goût, plus de puissance. Et l'effort marche à merveille : Bandini est un héros inimitable, border-line, toujours à chercher l'extrême et la nausée dans ses envies : l'art, la philosophie, les femmes. Bandini constitue le premier quart d'un cycle autobiographique constitué de La Route de Los Angeles, Demande à la poussière, et beaucoup plus tardivement de Rêves de Bunker Hill. L'autre cycle de Fante, Molise, comprend Les Compagnons de la grappe et Mon chien Stupide.

À l'époque de Demande à la poussière (publié en 1939), Fante est encore un gamin torturé et impulsif, qui s'est installé dans un petit hôtel tenu comme une pension de famille par une dame patronnesse. Fante vit alors seul, envoie de l'argent à sa mère dès que tombe un cachet de l'American Mercury, prophétise le monde, est sans cesse tendu entre deux abîmes : les femmes et la littérature. Sa rencontre avec Joyce, une étudiante fortunée, éditrice et écrivain, qu'il épouse en juillet 1937 va lui permettre de s'adonner pendant de longs mois à ses deux passions, le golf et le jeu. Il trouve tout de même le temps d'écrire et d'éditer son plus grand succès commercial Pleins de vie dont la réussite financière lui permettra d'acquérir une maison à Malibu. Le succès de sa dernière parution lui ouvre les portes d'Hollywood où il devient un scénariste important et reconnu. De 1950 à 1956, John Fante vit sous le règne de l'abondance, il travaille notamment pour la Fox et la MGM. Durant cette période il part également travailler à Rome et à Naples où se réveille en lui la nostalgie de ses origines italiennes.

Cette carrière dans le cinéma est vraisemblablement alimentaire pour Fante, qui regrette la cruauté bruyante de son travail de romancier. Il tombe dans un oubli relatif jusqu'à ce que Charles Bukowski qui le vénère, entreprenne avec son ami et éditeur John Martin de rééditer Demande à la poussière, pour le faire redécouvrir au grand public ; mais Fante est désormais aveugle et cul-de-jatte par des complications de son diabète. Il dictera par la suite, à 74 ans, à sa femme Joyce, les épreuves de Rêves de Bunker Hill.

Fante a eu quatre enfants, dont l'écrivain Dan Fante. Il meurt en mai 1983, à l'âge de 74 ans.
 
Figure de l'excès et de la provocation, John Fante est aujourd'hui considéré comme un écrivain de premier ordre, précurseur de la Beat generation.

Œuvres traduites en français 

  • La Route de Los Angeles
  • Bandini
  • Demande à la poussière
  • Les Compagnons de La grappe
  • Pleins de vie 
  • Mon chien Stupide
  • Rêves de Bunker Hill
  • L'Orgie suivi de 1933 fut une mauvaise année 
  • Le Vin de la jeunesse 
  • Grosse faim (nouvelles) 

D'après Wikipédia

 

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07 novembre 2017

LE GANG DES REVES - LUCA DI FULVIO - 2/5

Je suis tombée sur ce livre... sur une aire d'autoroute. Un gros pavé romanesque, se déroulant dans les années 20/30 à New York : ma ville fantasme et une période de l'histoire que j'adore. Consciente qu'il ne s'agissait pas d'un roman historique à proprement parler, il n'empêche que ça se passe il y a près d'un siècle, donc ça m'intéressait !

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RESUME

New York. En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de « rêve américain ». C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Elle ne trouvera que la prostitution... Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, le petit Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Porté par cet amour impossible, il lutte de toutes ses forces pour se faire la place que sa mère n'a jamais eue.

L'AUTEUR

Luca Di Fulvio, né le 13 mai 1957 à Rome, est un homme de théâtre et un écrivain italien, auteur de roman policier, de fantastique et de littérature d'enfance et de jeunesse. Il a fondé sa propre compagnie de théâtre et travaillé entre autres avec Andrzej Wajda et Julian Beck. Il est également consultant éditorial de plusieurs maisons d'édition. Publié en 1996, son premier roman, Zelter, est une histoire de vampire. Son deuxième roman, L’Empailleur, est un thriller qui est adapté au cinéma en 2004. Sous le pseudonyme de Duke J. Blanco, il aborde la littérature d'enfance et de jeunesse. C’est avec Le Gang des rêves, premier tome d’une forme de trilogie où les personnages et les époques changent mais où les ambiances perdurent et les problématiques s’affirment, que l’on découvre vraiment l’étendue de sa poésie, la puissance de sa prose, et la justesse de sa plume. Grand succès en Italie, mais aussi en Allemagne, il est publié en France en juin 2016 et s'impose rapidement comme un succès continu de bouche-à-oreille. Les Enfants de Venise est le deuxième volet de cette trilogie. La parution du troisième volet est annoncée pour 2018.

MON AVIS

Une grande épopée romanesque qui fait découvrir le New York des années 1900/1910 (histoire de Cetta) et 1925/1930 (histoire de Christmas). C'est assez bien écrit, bien construit, avec alternance des chapitres concernant les personnages principaux : Cetta, Christmas, Ruth, Bill. Un roman qui démarre fort et bien. Mais après le premier tiers, j'ai commencé à m'ennuyer un peu : ça devient un peu longuet, les scènes s'éternisent, ce sont un peu toujours les mêmes rencontres, les mêmes histoires qui se répètent, avec beaucoup de dialogues qui "aident" à remplir les pages... Plus concis, plus dense, plus riche en émotion, ça aurait été beaucoup mieux.

Car il faut bien le dire, les personnages ne m'ont guère émue, à part Cetta, la maman, mais elle disparaît quasiment vers la moitié, au profit presque exclusif de Christmas. Qui m'agace un peu : un peu trop cliché, le môme qui s'émancipe "facilement" de sa condition parce qu'il est hyper doué, certes, mais aussi parce que - le hasard fait bien les choses - il rencontre toujours les bonnes personnes. L'incarnation parfaite du "rêve américain" - et là j'ironise - qui offre à chacun la même chance de réussir... mais surtout si vous êtes être doué, ambitieux et chanceux. Ce qui finalement ne concerne pas que l'Amérique.

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Lower East Side, début XXe

La psychologie des personnages est d'ailleurs très brouillonne, pas du tout subtile. Les réactions de Ruth par exemple m'ont déconcertée, elle semble extrêmement traumatisée (on la comprend), mais à certains moments, elle oublie "miraculeusement", sans transition...   

Par ailleurs, je n'ai pas vraiment cru à cet amour coup de foudre, qui défie le temps alors que Christmas et Ruth ont passé très peu de temps ensemble, et vécu par contre plusieurs années sans se voir. La confrontation avec la réalité intime de chacun, et de ce qu'il a vécu entretemps, me paraissait impossible, bien trop hasardeuse... et j'ai trouvé le tout assez mièvre.

Enfin, je n'ai pas du tout aimé les passages "sexe" : comme s'il était désormais impossible de sortir le moindre roman sans qu'il n'y ait des scènes hot ! Ca m'exaspère. Ca n'apporte strictement rien. Ceux qui aiment le genre peuvent se procurer de la littérature érotique ; alors pourquoi diable nous en coller partout, y compris dans des romans "grand public" où l'on ne s'y attend pas du tout. Ca m'a gâché la lecture, vraiment...

Et tout cela ne me donne pas envie de lire les autres romans de cet auteur.

FAITS HISTORIQUES REELS (merci Wiki)

Ellis Island

Ellis Island est une île située à l'embouchure de l'Hudson à New York, tout près de Liberty Island (qui abrite la statue de la Liberté). Elle a été, dans la première partie du XXe siècle, l'entrée principale des immigrants qui arrivaient aux États-Unis. Les services d'immigration y ont fonctionné du 1er janvier 1892 jusqu'au 12 novembre 1954. L'île a une superficie de 11,1 hectares, dont plus de 83 % est artificielle ; elle est en forme de U pour permettre d'accueillir les bateaux à l'intérieur. La portion naturelle d'Ellis Island se situe sur l’État de New York et est complètement entourée de la portion artificielle qui se situe sur le New Jersey.  

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Ellis Island

Avant 1892, le débarquement des voyageurs se fait à Fort Clinton ou Castle Clinton, à l'extrême sud de Manhattan (aujourd'hui dans Battery Park), au grand désespoir des habitants qui se plaignent de la situation, imputant nombre de maux aux nouveaux arrivants. Ellis Island s'appellealors  Fort Gibson et est une place militaire, partie du système de défense de la ville contre la flotte britannique. L'île apparaît comme une meilleure solution, permettant d'isoler les migrants avant leur acceptation aux États-Unis et d'éviter les évasions. On la nomme Ellis Island en référence à Samuel Ellis, colon venant probablement d'Écosse, qui en fut son propriétaire dans les années 1770, avant son rachat par l'État de New York.

Durant les 62 années d'activité, plus de 8 millions d'immigrations sont enregistrées localement par l'administration de l'État de New York au Castle Garden Immigration Depot à Manhattan. 1907 est l'année la plus active à Ellis Island avec l'arrivée de 1 004 756 immigrants.  

Ceux qui présentent des signes de maladies sont renvoyés dans leur pays (cas extrême) ou mis en quarantaine sur l'île pour une très longue période. Par la suite, les immigrants se voient poser une série de 29 questions incluant leur nom, leur métier et la quantité d'argent qu'ils ont sur eux. Généralement, ces immigrants sont acceptés immédiatement et ne passent que 3 à 5 heures sur l'île. Cependant, plus de 3 000 immigrants mourront à l'hôpital. Certaines personnes sont refoulées, car on considère qu'elles risquent de rester chômeurs. Environ 2 % des arrivants voient ainsi leur admission aux États-Unis rejetée et sont renvoyés dans leur pays d'origine à cause de leur santé ou de leur passé criminel. Ellis Island est souvent surnommée The Island of Tears (l'île des pleurs) ou Heartbreak Island (l'île des cœurs brisés) à cause de ces 2 % qui ne sont pas admis après leur long voyage.
 
En 1917, des modifications des règles d'entrée limitent les flux migratoires. Un test d’alphabétisation est mis en place. C'est après 1924 et les lois sur les quotas d'immigration de Johnson-Reed, qui diminuent considérablement l'immigration et transfèrent aux ambassades le rôle de choisir les futurs arrivants, le centre devient un lieu de détention et d'expulsion pour les étrangers indésirables. La crise de 1929 réduit encore le nombre d'immigrants. L'île devient peu à peu un centre de détention provisoire (migrants indésirables, dissidents politiques...)

En novembre 1954, Ellis Island est finalement fermée. Un musée est ouvert depuis le 10 septembre 1990. Les Américains peuvent y consulter les registres pour retrouver leurs ancêtres.

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Hommes éventrant des tonneaux d'alcool

La Prohibition aux Etats-Unis (1919 à 1933)

La Prohibition fait référence à une période où la fabrication, le transport, l'importation, l'exportation et la vente de boissons alcoolisées étaient prohibés (le phénomène n'a pas touché seulement les Etats-Unis).

Le premier État à limiter les ventes de boissons alcoolisées est le Maine en 1851. En 1855, treize États américains, appelés dry states, adoptent des mesures établissant la prohibition. Dans les années 1920, un regain d'intérêt pour les États secs émerge parmi la population américaine. Ce regain d'intérêt est aussi marqué d'une forte période d'intolérance, laquelle dure environ dix ans (de 1920 à 1930) et ramène à l'avant-scène certains mouvements civils radicaux tel que le Ku-Klux-Klan. La prohibition établie à l'échelle nationale par le 18e amendement de la Constitution des États-Unis est ratifiée le 29 janvier 1919 et prend effet le 16 janvier 1920. Le Volstead Act est ensuite amendé le 17 février 1933 et autorise la production et consommation de boissons peu alcoolisées telles les bières légères ne contenant pas plus de 3,2 degrés d'alcool. Le 18e amendement est finalement retiré au cours de la même année.
 
Les mesures relatives à la prohibition sont d'abord promues et soutenues par plusieurs pasteurs désireux d'élever le niveau de moralité et d'améliorer la vie des citoyens parmi les plus pauvres, de même que par certaines femmes associant alcoolisme et violences conjugales. Les premières Ligues de tempérance font leur apparition à la fin du XVIIIe siècle. Dès la première moitié du XIXe siècle, l'État du Maine instaure la prohibition. A la fin des années 1880 le mouvement compte de nombreux lobbyistes à Washington. Alors que la plupart des brasseries américaines sont aux mains d'intérêts dirigées par des Germano-Américains ou leurs descendants, le mouvement prohibitionniste est encouragé par le sentiment germanophobe prévalant lors de la Première Guerre mondiale et l'alcool ne doit, en aucun cas, détourner les Américains de leur but essentiel : la victoire. Le 18e amendement, en 1919, est loin de faire l'unanimité, surtout au sein de l'Église catholique. En effet, il est impossible de célébrer une messe catholique sans vin ! Ainsi, le président Harding se verra dans l'obligation d'écrire un communiqué pour rassurer l'Église ainsi que le Vatican, stipulant qu'un quota d'alcool serait attribué à chaque État pour les rites religieux.

À partir du Volstead Act, la forte demande en alcool des consommateurs américains ne reste pas sans réponse. L'existence d'un grand marché potentiel suscite l'intérêt du pays voisin, le Canada, ainsi que de l'Europe. Le commerce d'importation, désormais illégal, s'organise. Face à cette situation, les forces de l'ordre sont chargées de détruire le matériel des distilleries et des brasseries afin de mieux contrôler l'entrée des marchandises aux frontières américaines.

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Les populations urbaines, en particulier celles du nord-est du pays, résistent tant bien que mal à cet interdit : à New York, par exemple, on compte plusieurs dizaines de milliers de speakeasies ou bars clandestins. Les night-clubs, symboles des Années folles avec leurs fêtes et l'épanouissement du jazz se multiplient, de même que les caves et leurs passages souterrains secrets. Les alcools de contrebande que l'on y vend proviennent d'alambics clandestins qui produisent de l'alcool souvent frelaté. On trouve même, en dehors des eaux territoriales, des bateaux offrant de l'alcool. La production et le trafic, tombant aux mains de bandes criminelles, échappent alors à tout contrôle. Dès lors, de nombreux cas de buveurs atteints de cécité ou de graves et multiples lésions cérébrales, sont répertoriés suivant l'ingestion d'alcools industriels et autres poisons chimiques. 
 
En définitive, les lois sur la Prohibition sont peu appliquées ou inefficaces. Les policiers et les juges sont, pour la plupart, soudoyés et corrompus et l'État fédéral manque de moyens pour contrôler et appliquer les lois, les frontières des États-Unis étant trop immenses.

Seules les grandes brasseries industrielles ont survécu à la prohibition mais la bière américaine est alors méprisée car elle est de mauvaise qualité. Certains jugent qu'il a fallu attendre les années 1980 pour qu'un minimum de savoir-faire soit récupéré par les brasseurs.  
 
Les opposants à la prohibition avançaient plusieurs arguments justifiant leur requête : la limitation des libertés individuelles, l'inefficacité de la loi, le manque à gagner sur les taxes et l'augmentation du chômage débouchant sur la crise économique des années 1930. En avril 1933, le président Franklin Delano Roosevelt abroge finalement le Volstead Act ce qui permit à l’État de lever de nouvelles taxes.
 
Le Mississippi, où l'alcool devint illégal dès 1907, fut le dernier État à procéder au retrait définitif de la prohibition, en 1966.

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Radio, cinéma dans les années 20

En mai 1914, en Belgique, une première radio diffuse des émissions de manière régulière, telles que des concerts. Après la Première Guerre mondiale, en 1918, Telefunken crée une filiale, Transradio, qui entre dans l’histoire en introduisant la transmission duplexée, en 1919. Aux États-Unis, Herbert Moore lance le Transradio Press Service, installé à New York. En 1920, les premiers programmes quotidiens de radiodiffusion débutent en Angleterre, aux États-Unis ainsi qu'en URSS.

Les soixante-dix premiers films de Thomas Edison et de William Kennedy Laurie Dickson, de 1891 à 1895, sont tournés sans le moindre son avec le Kinétographe, et présentés au public en cet état grâce au Kinétoscope, appareil de visionnage individuel. Les films des frères Lumière, filmés et projetés sur grand écran grâce au Cinématographe, à partir de 1895, le sont également ; leur durée est identique aux films américains : 30 à 60 secondes. Précédemment, dès 1892, Émile Reynaud, qui, le premier, organise des projections de fictions animées sur grand écran, accompagnées d'une musique soulignant les ambiances et expliquant les non-dits par des cartons. Il commande pour ses Pantomimes lumineuses, les premiers dessins animés du monde, qui durent jusqu’à 5 minutes, les premières musiques du cinéma : les bandes originales du pianiste Gaston Paulin qui les interprète à chaque séance.

Les prétendus "premiers films parlants" sont en réalité des "films chantants", aussi bien Don Juan, en (1926), que Le Chanteur de jazz, en 1927. Les dialogues de ces films sont tous écrits sur des « cartons » introduits dans le montage entre les plans où l'on voit les acteurs parler. Seules sont enregistrées quelques paroles intermédiaires prononcées au cours des chants, entre deux couplets. Le véritable premier film parlant dure le temps d’une bobine, soit une dizaine de minutes ; c’est le bout d’essai du chanteur Al Jolson pour la Warner Bros : Une scène dans la plantation, réalisé en 1926. Al Jolson, grimé en pauvre Noir, y chante trois chansons, mais soudain, il regarde droit dans l’objectif de la caméra, interrompt sa chanson et se met à parler. Au cours des projections, « les spectateurs sont enthousiasmés car, ô miracle ! le chanteur s’adresse à la caméra, donc à eux, et les interpelle avec une répartie devenue célèbre, « Wait a minute, wait a minute, you ain't heard nothin' yet ! » (Attendez une minute… Ouvrez grand vos oreilles... Vous n’avez encore rien entendu !). Le succès public de ce court film est immense, à tel point que la Warner prend le risque financier de produire dans la foulée un long métrage de quatre-vingt-dix minutes, Le Chanteur de jazz qui reprend cette intervention. Ces projections sonores, qui enchantent les spectateurs, sonnent la fin du cinéma muet.

 

 

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06 novembre 2017

LA PENSE DE LEON TOLSTOÏ

Le sens de la vie 

Pour parvenir à la connaissance de soi et de sa relation à l'univers l'homme n'a que la raison, dit Tolstoï. Cependant, « ni la philosophie, ni la science, » qui « étudient les phénomènes en raison pure, » ne peuvent poser la base des rapports de l'homme et de l'univers. En fait, toutes les forces spirituelles d'une créature susceptible de souffrir, se réjouir, craindre et espérer font partie de ce rapport entre l'homme et le monde ; c'est donc par un sentiment de notre position personnelle dans le monde qu'on croit en Dieu. La foi est ainsi pour Tolstoï une « nécessité vitale » dans la vie d'un homme ; Pascal l'a démontrée de manière définitive, soutient-il en 1906. La foi n'est pas une question de volonté de croire.

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C'est la religion qui définit « notre rapport au monde et à son origine, - qu'on appelle Dieu » ; et la morale est la « règle constante, applicable à vie, qui découle de ce rapport.». Il est donc « essentiel d'élucider et d'exprimer clairement les vérités religieuses ».

« L’humanité suit l’une ou l’autre de ces deux directions : A) elle se soumet aux lois de la conscience, ou B) elle les rejette et s’abandonne à ses instincts grossiers ». D'assigner comme but à la vie humaine le bonheur personnel n'a aucun sens, parce que, 1° « le bonheur pour les uns s’acquiert toujours au détriment de celui des autres, » 2° « Si l’homme acquiert le bonheur terrestre, plus il le possédera, moins il sera satisfait, et plus il désirera, » et 3° « Plus l’homme vit, plus il est atteint inévitablement par la vieillesse, les maladies et enfin la mort qui détruit la possibilité de n’importe quel bonheur terrestre ». Cependant, « la vie est une aspiration vers un bien, un bien qui ne saurait être un mal, et [donc] une vie qui ne saurait être la mort ». « Les matérialistes méprennent ce qui limite la vie avec la vie elle-même »; « La vraie vie n'est pas la vie matérielle, mais la vie intérieure de notre esprit » ; la « vie visible » est une « aide nécessaire à notre croissance spirituelle » mais « seulement d'utilité temporaire ». Le suicide est irrationnel, déraisonnable, parce que dans la mort seule la forme de la vie change, et également immoral parce que le but de la vie n'est pas le contentement personnel « en fuyant les désagréments, » mais de se perfectionner en étant utile au monde, et vice versa.

Le « sens de la vie » est de « faire la volonté de Celui qui nous a envoyé dans ce monde, de qui nous sommes venus et à qui nous retournerons. Le mal consiste à agir contre cette volonté et le bien à l'accomplir » ; le sens de la vie dépend de l'explication que l'on se fait de la volonté de Dieu avec le secours de la raison.

Faire la volonté de Dieu procure le plus grand bonheur possible à un homme, et amène la vraie liberté. (Une conception de la liberté qu'on retrouve chez les cathares, pour qui le consalamente - baptême chrétien en son genre - avait pour vertu de « rendre la vraie liberté, » qui est « non pas le libre arbitre, mais le pouvoir de connaître le mal et de lui résister »). En remplaçant nos « désirs et leur gratification » par « le désir de faire la volonté de Dieu, de [se] donner à Lui dans [notre] état actuel, et dans tout état futur éventuel, on n'a plus « peur de la mort » ; « Et si [nos] désirs sont complètement transformés, alors il ne reste que la vie, et il n'y a pas de mort ». « C’est la seule conception qui définisse clairement l’activité de l’homme et le mette à l’abri du désespoir et des souffrances ».

Alors que faire ? « L'unique affaire de la vie humaine, c'est de comprendre les souffrances des individualités, les causes des erreurs et l'activité qu'il faut pour les diminuer. Et comment ? « Vivre dans la clarté de la lumière qui est en moi, et la placer devant les hommes ».

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Le « véritable » christianisme 

On peut résumer toute l'introspection et l'étude systématique de la théologie qui ont mené Tolstoï à abandonner le nihilisme comme suit : la religion est « la révélation de Dieu aux hommes et un mode d'adoration de la divinité, » et non un « ensemble de superstitions – comme le croient les classes privilégiées qui, influencées par la science, pensent que l'homme est dirigé par ses instincts - ni un « arrangement conventionnel ».

Tolstoï disait vouloir seulement montrer le véritable christianisme. Comme réformateur du christianisme, il dit : « Aucun homme n'a à découvrir de nouveau la loi de sa vie. Ceux qui ont vécu avant lui l'ont découverte et exprimée, et il n'a qu'à vérifier avec sa raison, et accepter ou refuser les propositions exprimées dans la tradition ». La raison nous vient de Dieu, contrairement aux traditions qui viennent des hommes et peuvent donc être fausses. La « loi n'est cachée qu'à ceux qui ne veulent pas la suivre » et qui, rejetant la raison, acceptent de confiance les affirmations de ceux y ont aussi renoncé, et « vérifient la vérité par la tradition ».

Il raisonnait en cela exactement comme un auteur qu'il cite dans Le Royaume de Dieu est en vous, Petr Chelčický, qui a vécu à l'aube de la Réforme de Jean Huss : « Les hommes reconnaissent la foi avec difficulté parce qu’elle a été souillée par les ignominies commises en son nom » ; « il faut alors garder le jugement des anciens sages [et] se servir du bon raisonnement » ; « on ne peut pas dire "Je ne sais pas ce qu’Il pense" car si on ne pouvait le connaître, personne n’aurait jamais pu croire. Il y en a plusieurs qui ont été les disciples de la foi donnée par Jésus-Christ. Sa volonté est qu’on croit à Sa loi; la foi est nécessaire pour [observer ses commandements] ; on ne peut leur être fidèle sans croire d’abord à Dieu et à ses Paroles - ils guident et instruisent ».

À l'époque contemporaine, ce même principe de prééminence accordé à la vérité avait également été exprimé par l'abolitionniste William Lloyd Garrison - "La vérité pour autorité, et non l'autorité pour vérité" - que Tolstoï admirait, et dont la lutte avait largement consisté à dénoncer et démentir des ecclésiastiques et des politiciens qui donnaient leur accord moral, même par leur silence, avec l'esclavage.

La même approche a mené Tolstoï et Chelciky à des compréhensions similaires du christianisme: « en morale, Chelcicky présageait beaucoup l’enseignement de Tolstoï : il interprétait le Sermon sur la Montagne littéralement, dénonçait la guerre et les serments, s’opposait à l’union de l’Église et l’État, et disait que le devoir de tous les vrais chrétiens était de se dissocier de l’Église nationale et de retourner au simple enseignement de Jésus et Ses apôtres ». De fait, pour Tolstoï, « l'essence de l'enseignement du Christ est simplement ce qui est compréhensible par tout le monde dans les Évangiles ».

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Toutes les sectes que Tolstoï cite pour avoir admis le « vrai » christianisme ont interprété à la lettre le Sermon sur la Montagne : vaudois, cathares, mennonites, moraves, shakers, quakers, doukhobors et moloques et en réalité, tous les principes que Tolstoï met de l'avant, en parsemant ses écrits de citations des Évangiles, découlent directement de cette attitude. Les traducteurs de l'Évangile comme Martin Luther et John Wycliff ont joué un rôle important dans la vie de l'humanité, puisqu'il suffisait de « s'affranchir des perversions apportées par l'Église à la vraie doctrine du Christ ».

La « vraie » Église 

Tolstoï a annoncé sa critique de l'Église dans Ma Confession, qui constituait la préface de sa Critique de la théologie dogmatique : « Le mensonge comme la vérité était transmis par ce qu'on appelle l'Église ; Les deux étaient contenus dans la tradition, dans ce que l'on appelle l'histoire sainte et les Écritures ; il me revenait de trouver la vérité et le mensonge et de les séparer l'un de l'autre ». Si la foi d'un charbonnier inclut la croyance à la sainte Vierge ça peut lui convenir, mais cela n'est plus possible, par exemple, pour une dame cultivée qui sait que « l'humanité est issue, non d'Adam et Ève, mais du développement de la vie animale » car « il faut pour croire vraiment que la foi embrasse tous les éléments de notre connaissance ».

Selon Tolstoï (comme pour Chelcicky), le christianisme a été corrompu par son association avec le pouvoir temporel à l'époque de l'empereur Constantin Ier. L'Église a alors inventé un pseudo-christianisme qui permettait aux ecclésiastiques d'obtenir des avantages matériels en contrepartie du soutien aux représentants des autorités civiles pour continuer leur ancienne vie. Or l'approbation par les autorités religieuses d'un État qui est basé sur la violence (guerre, peine capitale, condamnation judiciaire, châtiment, etc.) est une négation directe de l'enseignement du Christ, - de plus la doctrine chrétienne interdit le statut de « maître, » la rétribution pécuniaire pour professer l'enseignement du Christ et les serments.

Tolstoï a étendu la critique de l'Église catholique qui a pris naissance à l'époque de la Réforme du XVe siècle à toutes les Églises, les sectes et les religions, et jusqu'à son époque : L'Église, - qu'elle soit orthodoxe, grecque, catholique, protestante ou luthérienne, - qui se veut seule dépositaire de la vérité, avec ses conciles et ses dogmes, et son absence de tolérance qui se manifeste par la définition d'hérésies et les excommunications, montre qu'elle n'est en réalité qu'une institution civile ; et il en est de même « des milliers de sectes ennemies les unes des autres » et « toutes les autres religions ont eu la même histoire. » Les luttes entre les Églises pour prédominer sont absurdes et témoignent seulement de la fausseté qui a été introduite dans la religion. Car la doctrine chrétienne interdit de se quereller. En fait, « seul le christianisme qui n'est pas gêné par aucune institution civile, indépendant, le vrai, peut-être tolérant ».

Dans l'histoire, ce pseudo-christianisme a pris naissance avec le concile de Nicée, quand des hommes réunis en assemblée ont déclaré que la vérité était ce qu'ils décidaient d'appeler vérité ; et « la racine du mal était la haine et la méchanceté, contre Arius et les autres ». Cette « supercherie » a mené à l'Inquisition et aux bûchers de Jean Huss et Savonarole. Il y avait eu un précédent dans les Écritures, où dans un récit superstitieux d'une réunion des disciples le caractère indiscutable de ce qu'ils ont dit a été attribuée à une « langue de feu ». Mais la doctrine chrétienne ne tient pas sa véracité de l'autorité des ecclésiastiques, ni d'un miracle quelconque, ni d'un objet qu'on dit sacré comme la Bible.

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« L'homme n'a qu'à commencer, et il verra si la doctrine vient de moi » répète Tolstoï. L'Église (« et il y a plusieurs ») a ainsi renversé le rapport entre raison et religion, et elle rejette la raison par attachement à la tradition. Mais comme l'ont expliqué Ruskin, Rousseau, Emerson, Kant, Voltaire, Lamennais, Channing, Lessing et d'autres : « Ce sont les hommes œuvrant pour la vérité par des actes de charité, qui sont le corps de l'Église qui a toujours vécu et vivra éternellement ». 

« L'objet de toute la théologie est d'empêcher de comprendre » par une déformation du sens et des mots des Écritures ; l'élaboration de dogmes et l'invention des sacrements (communion, confession, baptême, mariage, etc.) sert seulement « pour le bénéfice matériel de l'Église » ; les récits biblique de la création et du péché originel sont des mythes ; le dogme de la divinité du Christ une interprétation grossière de l'expression « Fils de Dieu » ; l'Immaculé conception et l'Eucharistie des « délires » ; la Trinité, une absurdité, et la Rédemption contredite par tous les faits qui montrent des hommes souffrants et méchants. Les dogmes sont difficiles ou impossibles à comprendre et leurs fruits sont mauvais (« envie, haine, exécutions, bannissements, meurtre des femmes et des enfants, bûcher et tortures »), tandis que la morale est claire pour tout le monde et ses fruits sont bons (« fournir de la nourriture.... tout ce qui est joyeux, réconfortant, et qui nous sert de balise dans notre histoire »). Ainsi tout personne disant croire à la doctrine chrétienne doit choisir : « le Credo ou le Sermon sur la Montagne ».

« La vraie religion peut exister dans toutes les prétendues sectes et les hérésies, seulement elle ne peut certainement pas exister où elle est jointe à un État utilisant la violence ». Ainsi, on peut comprendre que Pascal « pouvait croire au catholicisme, préférant y croire que de ne croire à rien ». Augustin, Tikhon de Zadonsk, François d'Assise et François de Sales ont contribué à montrer la véritable doctrine du Christ ; mais « ils auraient été encore plus charitables et exemplaires s’ils ne s’étaient pas montrés obéissants à de fausses doctrines. »

Tolstoï et l'espéranto

Tolstoï a fait savoir qu'il était favorable à l'espéranto, langue internationale qu'il disait avoir apprise en deux heures. « Ayant reçu, il y a six ans, une grammaire, un dictionnaire et des articles en espéranto, j'ai pu arriver facilement, au bout de deux petites heures, sinon à l'écrire, du moins à le lire couramment. […] Les sacrifices que fera tout homme de notre monde européen, en consacrant quelque temps à son étude, sont tellement petits, et les résultats qui peuvent en découler tellement immenses, qu'on ne peut se refuser à faire cet essai. »

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Tolstoï et le végétarisme 

Ancien chasseur, Léon Tolstoï adopte un régime végétarien en 1885. Il préconise le « pacifisme végétarien » et prône le respect de la vie sous toutes ses formes même les plus insignifiantes. Il écrit qu'en tuant les animaux « l'homme réprime inutilement en lui-même la plus haute aptitude spirituelle — la sympathie et la pitié envers des créatures vivantes comme lui — et qu'en violant ainsi ses propres sentiments, il devient cruel ». Il considère par conséquent que la consommation de chair animale est « absolument immorale, puisqu'elle implique un acte contraire à la morale : la mise à mort ».

Tolstoï pédagogue 
 
Il voyage et dit que partout, on fait à l’école l’apprentissage de la servitude. Les élèves récitent bêtement les leçons sans les comprendre. Mettre les enfants directement en contact avec la culture, c’est renoncer à cette programmation fastidieuse et stérile qui va du plus simple au plus compliqué. Ce qui intéresse les enfants, ce sont les sujets vivants et compliqués, où tout s’enchevêtre. Tolstoï imagine une foison de lieux culturels, où les enfants apprendraient en fréquentant ces lieux.

Tolstoï anarchiste mystique chrétien 

Tolstoï s'est toujours réclamé de son héritage chrétien et a tardivement formalisé son anarchisme politique à travers l'expression d'une mystique de la liberté tout entière enracinée dans l'exemple christique. Le bien-fondé de l'autorité et de toute forme de pouvoir visant à la limitation de la liberté personnelle est dénoncé par Tolstoï dans de nombreux articles à tonalité résolument anarchiste et motivés par une foi réfléchie dans l'injonction christique du service de l'autre. Le paradigme social dérivé de ladite règle d'or est célébré comme celui d'un monde voué à l'épanouissement de tous dans le respect réciproque et l'exaltation personnelle.

Tolstoï est donc qualifié d'anarchiste, ce qu'il n'a du reste jamais réfuté, faisant simplement remarquer que son anarchisme ne se rapporte qu'à des lois humaines que sa raison et sa conscience n'approuvent pas. « Je suis un individualiste et en tant que tel je crois au libre jeu de la nature psychologique de l’homme. Pour cette raison, les anarchistes se réclament de moi... Mon opposition au pouvoir administratif a été interprétée comme une opposition à tout gouvernement. Mais ce n’est pas vrai. Je m’oppose seulement à la violence et à l’opinion que la force fait le droit ».

La conjonction de ces deux dimensions, mystique et anarchiste fera forte impression sur le jeune Gandhi. Ce dernier entrera en contact avec Tolstoï, une correspondance s'ensuivra, et Gandhi se réclamera toute sa vie de la pensée de Tolstoï.

Tolstoï et le patriotisme 

Dans Le Patriotisme et le Gouvernement, Tolstoï montre combien « le patriotisme est une idée arriérée, inopportune et nuisible… Le patriotisme comme sentiment est un sentiment mauvais et nuisible ; comme doctrine est une doctrine insensée, puisqu’il est clair que, si chaque peuple et chaque État se tiennent pour le meilleur des peuples et des États, ils se trouveront tous dans une erreur grossière et nuisible ». Seuls les Gouvernants, utilisant la sottise facilement hypnotisable des peuples, trouvent « avantageux d’entretenir cette idée qui n’a plus aucun sens et aucune utilité ». Ils y réussissent parce qu’ils possèdent « les moyens les plus puissants pour influencer les hommes ».

D'après Wikipédia

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03 novembre 2017

QUAND MARCEL PROUST SE FAISAIT ATTACHE DE PRESSE DE LUI-MEME

C'est une édition rarissime de Du côté de chez Swann que la maison Sotheby's met en vente lundi à Paris avec, accompagnant ce trésor pour bibliophiles, quelques lettres de Marcel Proust dans lesquelles l'écrivain se révèle comme le meilleur attaché de presse de lui-même.

Le livre, estimé entre 400.000 et 600.000 euros, est l'un des cinq exemplaires numérotés de Du côté de chez Swann sur ce que d'aucuns considèrent comme le plus beau papier du monde : le "japon impérial" ou "washi".

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Trois exemplaires de ces livres rares et précieux sont à l'abri chez leur propriétaire et un quatrième a disparu durant la Seconde guerre mondiale sans jamais réapparaître. Le livre mis en vente chez Sotheby's n'était quant à lui pas réapparu publiquement depuis 1942, à l'occasion d'une vente aux enchères chez Drouot. Il avait été offert à l'origine par Marcel Proust à Louis Brun, un des responsables de la maison Grasset, en reconnaissance de son soutien, comme le rappelle l'écrivain dans sa dédicace.

Grand bibliophile, Louis Brun a ajouté à son exemplaire des documents manuscrits de Marcel Proust qu'il a fait relier en fin de volume. Ces documents, huit au total, révèlent un Marcel Proust inattendu. Pour défendre son livre, l'écrivain propose à des amis de la presse parisienne de faire publier dans leurs journaux respectifs des critiques élogieuses de son roman.

Tous les moyens sont bons pour l'écrivain. Il propose de l'argent aux journaux, écrit lui-même les articles qu'il souhaite voir publiés. En même temps, le romancier prend garde à ne pas être découvert. Les échos qu'il rédige doivent rester anonymes, insiste-t-il. Dans une lettre, il explique à Louis Brun qu'il faut dire que "c'est l'éditeur qui a rédigé cela et si on consultait le manuscrit au journal, il est préférable que ce ne soit pas mon écriture". Il demande à Louis Brun d'envoyer aux quotidiens une version dactylographiée de ses écrits, pour que personne ne puisse reconnaître son écriture. Il suggère également d'adresser les factures chez Grasset étant entendu qu'il paiera "intégralement" au bout du compte.

Quand il parle de son livre, Proust écrit que Du côté de chez Swann est "un petit chef d'œuvre". Il parle de lui à la troisième personne: "Ce que M. Proust voit, sent, est d'une complète originalité"...

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Cet éloge flatteur et non signé sera publié en première page du Journal des Débats en avril 1914. Il coûtera à l'écrivain 660 francs de l'époque, soit environ 2.000 euros. Une brève, publiée à la une du quotidien français Le Figaro, le 18 avril 1914, sera facturée 300 francs (1.000 euros) à l'écrivain. Dans une lettre à Brun, Proust se plaint amèrement que le journal ait supprimé l'adjectif "éminent" dont il se qualifiait.

Jean-Yves Tadié, grand spécialiste de Proust qui a dirigé l'édition d'A la recherche du temps perdu dans la Pléiade, explique que l'écrivain "a compris avant tout le monde l'importance de la communication, de la publicité, des relations avec les media". "Il ne ménage ni son temps ni son argent, ne reculant pas devant ce qui nous apparaîtrait aujourd'hui comme de la corruption active, puisqu'il paie les journaux pour qu'ils parlent de son livre et qu'il leur écrit ce qu'ils doivent faire paraître", affirme M. Tadié dans la préface du catalogue consacré à la vente. Pour Benoît Puttemans, spécialiste des manuscrits chez Sotheby's, interrogé par l'AFP, payer pour des critiques élogieuses était "une pratique courante à l'époque".

A la décharge de Proust, il faut rappeler qu'il dut batailler avec ardeur pour trouver un éditeur. Il essuya de nombreux refus avant que Bernard Grasset n'accepte de le publier, à frais d'auteur, en novembre 1913. Surpris par le succès du livre, Gaston Gallimard réussit à convaincre Proust de rejoindre sa maison. Ce sera avec la NRF de Gallimard que Proust obtiendra le Goncourt en 1919.

Source : AFP/Orange.fr - Octobre 2017

 

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31 octobre 2017

STENDHAL

Henri Beyle, plus connu sous le pseudonyme de Stendhal, né le 23 janvier 1783 à Grenoble et mort d'apoplexie le 23 mars 1842 à Paris, est un écrivain français, connu en particulier pour ses romans Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme.

Sa mère meurt en couches, le 23 novembre 1790, alors qu'il a sept ans. Fou de chagrin, il ne peut pleurer. Sa tante Séraphie lui reproche son insensibilité. On lui explique qu'il s'agit de la volonté divine. Il en deviendra athée.

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Le jeune Henri a peu d’estime pour son père, avocat au Parlement de Grenoble, homme taciturne, pieux, hypocrite, bourgeois qui ne pense qu’à ses affaires financières. Le précepteur qu'on lui donne, l'abbé Raillane, va détériorer leurs rapports : « Je haïssais l'abbé, je haïssais mon père, source des pouvoirs de l'abbé, je haïssais encore plus la religion au nom de laquelle ils me tyrannisaient. » Entre son père, sa tante Séraphie, « ce diable femelle » et l'abbé Raillane, « ennemi juré de la logique et de tout raisonnement droit », le jeune Henri passe une enfance malheureuse atténuée par la présence bienveillante de son grand-père maternel, Henri Gagnon, médecin célèbre de Grenoble, homme des Lumières, « extrêmement aimable et amusant », qui l'initie à la littérature : Molière, Fénelon, Voltaire, Horace, Ovide, Dante, Le Tasse, Cervantès… Sa maison place Grenette, avec sa terrasse ensoleillée, devient l'antithèse de celle de son père, « étroite, sombre, humide » et, de manière générale, Henri voit dans les valeurs des deux branches de sa famille deux mondes que tout oppose.  

Le 7 juin 1788, le jeune Henri assiste à la Journée des Tuiles du balcon de son grand-père, qui annonce les journées révolutionnaires de 1789. Par aversion pour la tyrannie familiale et la religion, Henri se sent « républicain enragé. » Sa famille est horrifiée de l'exécution de Louis XVI, lui, exulte. À l'arrivée des représentants du peuple, son père, considéré comme suspect, est incarcéré durant presque un an. Au printemps 1794, un Bataillon de l'Espérance est créé par les jacobins de Grenoble. Il veut les rejoindre, écrit une fausse lettre officielle, est découvert et grondé. En août 1794, il est délivré de l'abbé Raillane qui, ayant refusé de prêter serment, doit s'enfuir, puis, en 1797, c'est sa tante Séraphie qui meurt. Il se sent enfin libre.

Le 21 novembre 1796, à treize ans, il entre à l'École Centrale de Grenoble, école créée par la Révolution pour remplacer les collèges religieux. Il s'y fait, enfin, des camarades de son âge et se passionne pour les mathématiques, science logique par excellence. À l'automne 1798, il fait un coup d'éclat avec ses camarades : ils tirent au pistolet sur l'arbre de la Fraternité. Il s'éprend d'une comédienne, Virginie Kubly, membre d'une troupe itinérante, qui joue dans des pièces ou des opéras. Amoureux fou, il essaye divers instruments de musique et le chant, sans succès. C'est grâce à un prix en mathématique qu'il peut fuir Grenoble en octobre 1799, à seize ans, pour tenter d’entrer à l'École Polytechnique à Paris. 

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Henri arrive à Paris au lendemain du coup d'État du 18 brumaire an VII (9 novembre 1799). Il est au début un opposant à Bonaparte et à l'Empire, qu'il raille dans son Journal, et auquel il ne se rallie que plus tard. Il loge près de l’École Polytechnique, puisqu’il doit y passer le concours d'entrée. Mais son vrai projet intime, est « d’être un séducteur de femme » et d’écrire des comédies. Désirant avec ardeur un cœur ami, tout en étant extrêmement timide, n’osant parler aux femmes, il se réfugie dans la rêverie. Très gauche, il se présente à son cousin Noël Daru, et à ses fils Pierre, secrétaire général au Ministère de la Guerre, et Martial.

Il n’a nulle envie d’entrer à l’École Polytechnique et Paris le dégoûte, à s’en rendre malade : « La boue de Paris, l’absence de montagnes, la vue de tant de gens occupés passant rapidement dans de belles voitures à côté de moi connu de personne et n’ayant rien à faire me donnaient un chagrin profond. » Son état s'aggrave, il est alité, fiévreux, délirant, perd ses cheveux… Son cousin Noël Daru lui envoie un médecin puis le fait venir auprès de lui, dans son hôtel particulier de la rue de Lille. Lorsque Henri a repris des forces il essaye d'écrire des comédies, mais doute, hésite avec l'Opéra alors qu'il ne connaît pas les notes, n'arrive à rien… Les repas chez les Daru le mettent au supplice, par manque d'habitude des convenances ; par timidité, il n'ouvre pas la bouche. Il multiplie les maladresses, les Daru se demandent s’il est imbécile ou fou. Durant toute cette période, il écrit abondamment à sa jeune sœur Pauline, sa confidente et son élève. Il essaye de former son esprit, lui conseille de lire, d’apprendre l’Histoire, l’arithmétique, l’orthographe, plutôt que de faire des travaux d’aiguille ou de fréquenter les religieuses. Il fréquente également quelques Grenoblois à Paris.

Il ne sait que répondre à Noël Daru qui le presse de faire quelque chose, au moins se préparer à passer le concours de Polytechnique de la saison suivante, pour finir par lui imposer, en février, d’aller travailler, sous les ordres de son fils Pierre, au Ministère de la Guerre qui est en train de préparer la Bataille de Marengo. Il se rêvait Don Juan ou auteur de comédie à succès, il se retrouve secrétaire. Les débuts se passent mal : son écriture est illisible, il fait des fautes, met trop de « en effet » dans ses lettres, est terrorisé par son cousin, qu’il surnomme le "bœuf furibond". Ses souffrances prennent fin le 7 mai 1800. Il doit rejoindre la grande Armée avec Pierre et Martial Daru en Italie. 

Accompagné dans son périple par le capitaine Burelviller qui lui donne des cours d’équitation et le protège des dangers du voyage, il est fou de joie. Lui qui a été si protégé durant son enfance, est fasciné par la nouveauté du danger et de la situation, par la beauté des paysages.

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La Scala de Milan au XIXe

Il arrive à Milan vers le 10 juin. Immédiatement cette ville devient pour lui « le plus beau lieu de la terre. » C’est par son Journal, commencé en avril 1801, que l’on connaît son éblouissement pour la ville : la beauté des monuments, des femmes, les cafés, l’opéra surtout, La Scala, au décor fastueux, salon de la ville, où se retrouve toute la bonne société milanaise, chaleureuse, accueillante, tellement éloignée de la froideur et de la vanité parisienne. Le commissaire des guerres pour lequel il travaille, Louis Joinville, lui présente sa maîtresse, Angela Pietragrua, femme magnifique dont il tombe éperdument, et silencieusement, amoureux.

La bataille de Marengo est livrée le 14 juin 1800. À la suite de la victoire, Henri doit accompagner Pierre Daru à la citadelle d’Arona, sur le lac Majeur. Il en profite pour visiter les îles Borromées. À son retour à Milan, il fréquente à nouveau les bals et les soirées. Tous ses amis ont trouvé des maîtresses italiennes, mais lui, par timidité, par excès de romantisme, va connaître les femmes par les prostituées.

Le 23 septembre 1800, il est nommé sous-lieutenant au 6e régiment de dragons. En décembre, il est envoyé en garnison près de Brescia. Il s’y ennuie. Il revient à Milan dès qu'il le peut. Au printemps 1801, il tombe malade, probablement la syphilis contractée auprès des prostituées. Il restera fiévreux, avec des périodes de rémission. En décembre 1801, on lui accorde un congé de convalescence. Il revient à Paris début 1802. 

Il sort, fréquente les théâtres, les salons, commence à écrire des comédies, étudie le comique, suit des cours de danse, d'anglais, de grec ; il lit beaucoup… Le 20 juillet 1802, il démissionne de son poste dans l'armée. Son père lui envoie 200 francs par mois, pas assez pour Henri qui dépense pour ses cours, ses livres, son habillement… car, ne se trouvant pas beau, il tient à son élégance. Son manque d’argent le fait souffrir ; il lui attribue sa timidité, son manque d’assurance dans les salons et auprès des femmes. Le 2 décembre 1804, le Premier Consul se fait couronner Empereur par le Pape. Réaction méprisante d'Henri qui voit passer le cortège : « cette alliance si évidente de tous les charlatans. La religion venant sacrer la tyrannie, et tout cela au nom du bonheur des hommes. »

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Il tombe très amoureux de la sœur d’un ami, Victorine Mounier, rencontrée à Grenoble. Il écrit d’abord à son frère, dans l’espoir qu'il fera lire les lettres à sa sœur puis à Victorine elle-même, sans recevoir de réponse.

Il prend des cours de déclamation chez Dugazon, afin de bien lire les vers. Il y rencontre Mélanie Guilbert, dite Louason, jeune comédienne, qui lui fait oublier Victorine. Il en tombe progressivement très amoureux. À Marseille, il tente de se faire banquier, avec son ami Fortuné Mante, mais, son père ayant refusé de lui prêter les fonds nécessaires, c’est un échec. Sa vie de couple avec Mélanie finit par le lasser, il la trouve bête, tyrannique et geignarde, mais c’est elle qui part en mars 1806. Ennuyé par la ville, désœuvré, ruiné, il rentre à Paris le 10 juillet, renoue ses relations avec la famille Daru, leur demande un poste, qu'il obtient. Vers le 3 août, il est reçu franc-maçon. Le 16 octobre 1806, il suit Martial Daru en Allemagne.

Le 27 octobre, Napoléon entre à Berlin, où Henri arrive peu après. Le 29, Henri est nommé adjoint aux commissaires des guerres et envoyé à Brunswick, où il arrive le 13 novembre. Accaparé par son emploi, il trouve tout de même le temps de suivre des cours d’équitation, de tirer au pistolet, d’aller au théâtre, au café concert, à des bals… et de tomber amoureux de Wilhelmine von Griesheim, la fille de l’ancien gouverneur de la ville, tout en couchant avec d’autres femmes. Il croit être heureux. Il n’aime pourtant ni la nourriture allemande, ni leurs édredons, ni leur culture… 

Napoléon entre dans Vienne le 12 mai. Henri passe sous les ordres de Martial Daru, intendant de la province de Vienne. D'abord enchanté par le climat et la musique, il finit par s'ennuyer à mourir dans son emploi. En octobre, il pense plaire à Alexandrine Daru, l’épouse de Pierre, sans parvenir à la courtiser. Comme à son habitude, il prend une maîtresse plus accessible. Le 2 janvier 1810 il demande à être envoyé en Espagne. Sans attendre la réponse, il part pour Paris.  

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Alexandrine Daru

Martial le propose comme auditeur au Conseil d'État, son père lui fournissant le revenu nécessaire à la fonction. Profitant d’un moment d'inactivité, Henri lit, fréquente les cafés et les salons où il éprouve « la plus grande quantité d’ennui pur. » Le 10 mai 1810, on lui ordonne de rejoindre Lyon. Il décide d'ignorer cet ordre, et continue à fréquenter les théâtres, à lire, à se promener, et à écrire. Il projette d'écrire des biographies de peintres ou de musiciens afin de pallier les ignorances de ses contemporains. Il alterne moments de bonheur et mélancolie.  

Il est officiellement nommé auditeur au Conseil d'État par décret le 1er août 1810, puis, le 22 août, il devient inspecteur de la comptabilité des Bâtiments et du Mobilier de la Couronne. Il est chargé de l'inventaire des œuvres d'art des musées et palais impériaux. Il s'est acheté un cabriolet à la mode, des cachets à ses initiales, loue un appartement plus conforme à son nouveau statut. Sa situation sociale met fin à ses soucis financiers et lui fait espérer la baronnie, mais le laisse insatisfait : « Ce bonheur d’habit et d’argent ne me suffit pas, il me faut aimer et être aimé. » Et puis cet emploi lui prend son temps, ses moments de plaisir et de réflexion.

Il rêve toujours d’Italie et voudrait qu'on l’envoie en mission à Rome, mais c’est Martial Daru qui y est envoyé. Le 31 mai 1811 il trouve enfin le courage, après de longues hésitations, d'oser se déclarer à Alexandrine, lors d'un séjour dans le château des Daru de Becheville : elle lui répond qu'il ne doit voir en elle qu'une cousine qui a de l'amitié pour lui. Triste, déçu, il demande, en août, un congé de quelques jours à Pierre Daru. En réalité, il a pris une place dans une diligence pour Milan. 

Il arrive à Milan le 7 septembre, y retrouve les émotions de sa jeunesse mêlé au souvenir de celle qu'il adorait alors, Angela Pietragru. Il se rend chez elle et lui avoue l’avoir aimée. Elle en est touchée et l’introduit dans les meilleurs salons de la ville. Ils se voient régulièrement, chez elle dans la journée, à la Scala le soir. Henri est à nouveau amoureux mais la jeune femme se dérobe. Il décide de partir visiter l’Italie.

A Florence, visitant l’église Santa Croce dans l’état amoureux où l’a plongé Angela, le cœur battant, il éprouve ce qui deviendra le « Syndrome de Stendhal » : « Là, assis sur le marche-pied d’un prie-Dieu, la tête renversée et appuyée sur le pupitre, pour pouvoir regarder au plafond, les Sibylles du Volterrano m’ont donné peut-être le plus vif plaisir que la peinture m’ai jamais fait. J’étais déjà dans une sorte d’extase, par l’idée d’être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les beaux-arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, ce qu’on appelle les nerfs à Berlin ; la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber.»

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A Rome il est bouleversé par le Colisée. Il y rencontre Martial Daru, qui le presse de rentrer à Paris où son congé prolongé n’est pas du goût de son frère, Pierre. Mais Henri poursuit sa route et arrive à Naples début octobre. Après avoir visité Pompei et Herculanum, Parme, les îles Borromées, il rentre à Paris le 27 novembre 1811. L’accueil glacial de Pierre Daru ne l’empêche pas de retrouver ses activités à l’intendance de la Maison de l’Empereur, et son ancienne maîtresse, Angelina Bereyter, qui l’ennuie toujours un peu.

Le 4 décembre, Henri commence l’écriture de l’Histoire de la Peinture en Italie, se documentant à la Bibliothèque Impériale. Mais la guerre avec la Russie se prépare. Elle est officielle le 8 avril 1812, avec l’ultimatum d’Alexandre Ier. 

Le 23 juillet 1812, Henri se met en route, appelé par Pierre Daru, chargé de courriers et de paquets pour l’Empereur. Après la sanglante bataille de Borodino, l’armée pénètre dans un Moscou désert le 14 septembre. Les incendies éclatent peu après dans toute la ville. L’armée française pille les maisons dont les vitres éclatent sous la chaleur.  

Le 6 octobre, alors que Napoléon attend toujours des nouvelles du tsar, il est chargé de la direction des approvisionnements de réserve et des réquisitions. Durant un trajet, il se fait attaquer par des cosaques, et perd le manuscrit de L’Histoire de la Peinture en Italie. Le froid terrible (températures de −40 °C), la faim, la fatigue ont réduit la Grande Armée en miettes. Henri a la bonne idée de passer la Bérézina le 27 novembre, la veille de la bataille (pourtant victorieuse) et du désastre qui s’ensuivit : les ponts brûlés, les blessés abandonnés. Le 30 décembre, il part pour Dantzig puis rejoint Berlin. Il est à Paris le 31 janvier 1813. S'il a survécu à la Campagne de Russie, les souffrances de cette campagne l’ont vieilli et rendu amer : « Je suis actuellement dans un état de froideur parfait, j’ai perdu toutes mes passions », même si plus tard, auprès de ses amis, il fanfaronne en disant avoir pris la retraite « comme un verre de limonade. » Il est pressenti pour recevoir une préfecture, ce qui le laisse perplexe : « Je serai un peu humilié de n’avoir rien ; d’un autre côté, être préfet autre part que dans les quatorze départements italiens est entièrement contre mes goûts les plus chers. »

La guerre reprend et Henri est envoyé à Mayence le 19 avril. Pris de fièvre, il est envoyé en convalescence à Dresde, puis il peut enfin regagner à Paris le 14 août. Il en profite pour aller à Milan où il arrive début septembre. Le 14 novembre il doit rentrer en France et rejoindre Grenoble s’occuper de la conscription. Henri tombe à nouveau malade. Il retourne à Paris fin mars 1814. Il assiste, indifférent, aux batailles qui font rage autour de la ville. Le 6 avril 1814, l’Empereur abdique.  

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Louis XVIII entre dans Paris le 6 mai. Henri tente vaguement de proposer ses services au nouveau pouvoir, mais n’ayant plus rien à faire en France, il part à nouveau pour Milan.

Angela l’accueille très froidement, arguant que les Français sont mal vus à Milan depuis le retour des Autrichiens au pouvoir. Il part pour Gênes. Il visite Livourne, Pise, Florence… À son retour à Milan, Angela veut mettre un terme définitif à leur relation. Il hésite à se brûler la cervelle, mais se met plutôt au travail. Il termine Vies de Haydn, Mozart et Métastase qui sera publié en janvier 1815 sous le nom de Bombet, et reprend son Histoire de la peinture en Italie. Il est rapidement accusé de plagiat pour Vies de Haydn, Mozart et Métastase par le musicologue italien Giuseppe Carpani. Il est coupable (il en a, en réalité, plagié bien d’autres), mais ne l'admet pas.

Au printemps 1815, le retour de Napoléon ne l'incite pas à revenir en France. La défaite de Waterloo lui fait dire que « tout est perdu, même l’honneur. » En juillet 1815, il est sous le charme de Venise. Revenu malade à Milan, il achève l’Histoire de la peinture en Italie entre deux saignées et crise de palpitations.

Il est présenté à Ludovico di Breme, dont la loge à la Scala est fréquentée par l’élite intellectuelle milanaise. C'est ainsi qu’il rencontre Lord Byron, le 16 octobre dans la loge de Ludovico di Breme. Il le décrit à son ami Crozet : « C’est le plus grand poète vivant… » Durant les jours qui suivent, Henri lui fait visiter Milan. Il tente de l’impressionner en lui racontant des anecdotes fantaisistes sur la campagne de Russie et Napoléon, dont il fait croire qu'il était très proche.

En 1817, il se rend à Paris où paraissent l’Histoire de la peinture en Italie, sous son vrai nom, et Rome, Naples et Florence sous le pseudonyme de Stendhal. En novembre 1817, il retourne à Milan accompagné de sa sœur Pauline qui vient de perdre son mari. Il entreprend une Vie de Napoléon.

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page manuscrite de Stendhal

En mars 1818, son ami Giuseppe Vismara, lui présente Matilde Dembowski. Dans un premier temps Matilde se montre touchée par son adoration timide. Mais subitement, elle se refroidit, probablement parce qu'on l'aura prévenu qu'Henri est un séducteur... Fin décembre, il commence De l'amour, pour exprimer tout ce que lui fait éprouver Matilde, véritable essai de psychologie, dans lequel il expose sa théorie de la « cristallisation ». En 1821 éclate une révolution dans le Piémont contre l'occupant autrichien. Parce qu'il est accusé de sympathie pour le carbonarisme il est expulsé de Milan par l'administration autrichienne. Il se voit obligé de regagner Paris qu'il n'aime pas.

Fin juin 1821, de retour à Paris, presque ruiné après le décès de son père, déprimé par ses adieux à Matilde, il fréquente assidument ses amis Adolphe de Mareste et Joseph Lingay. Il passe ses soirées à l’opéra ou dans les salons de la gauche Libérale, de royalistes, de savants, de peintres... Il est admiré pour sa manière de raconter des histoires, mais choque par ses sarcasmes, ses boutades, ses provocations politiques, ses idées jacobines… Son ami Lingay lui présente le jeune Prosper Mérimée, avec qui il nouera une amitié ambivalente faite de complicité et de méfiance.

En 1822 il publie dans l’indifférence générale, De l'amour. Il prend ardemment la défense du Romantisme avec Racine et Shakespeare, pamphlet en faveur de la modernité en littérature et dans tous les arts, ainsi qu’une Vie de Rossini en 1823, ouvrages qui le font connaître. Afin de gagner sa vie, il entame une intense activité de journaliste. De 1824 à 1827, il écrit des articles pour le Journal de Paris, sur les salons et sur le théâtre Italien. De 1822 à 1829, il collabore à diverses revues britanniques. Ses chroniques portent sur la vie politique, les faits divers, les mœurs, la culture de la société française sous la Restauration.

Cette époque est aussi celle des amours tumultueuses : Clémentine Curial, la fille de son amie la comtesse Beugnot. Jusqu’en 1826 ils s’aiment, s’écrivent, se déchirent. En juin 1829, c’est Alberthe de Rubempré, femme très belle et très libre, cousine de Delacroix, qui devient sa maîtresse. Il a avec elle une relation torride et de courte durée. Au retour d’un voyage en Espagne, en décembre 1829, il la retrouve dans les bras de son ami Mareste. En février 1830, c’est une jeune fille italienne, Giulia Rinieri qui lui déclare son amour. C’est chez elle qu’il passera la nuit du 29 juillet 1830 où il assistera à la Révolution de Juillet de son balcon.

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Révolution de juillet 1830

Il s'agit d'une période intellectuellement très féconde : il publie son premier roman, Armance en 1827, mal compris et mal reçu. En 1829 c’est Promenades dans Rome. Tout en écrivant de nombreuses nouvelles (Vanina Vanini, Le coffre et le revenant, Le philtre), il commence à écrire son second roman, Le Rouge et le Noir. Il paraît le 13 novembre 1830. 

Ses amis ont parlé de lui au comte Molé, ministre des Affaires étrangères de Louis-Philippe Ier. Nommé consul à Trieste, il part le 6 novembre 1830, jour où il demande la main de Giulia Rinieri, à son oncle. Elle ne lui sera pas accordée. Metternich lui refuse l'exequatur, à cause de ses positions libérales et de son mépris des Autrichiens qui transparaît dans Rome, Naples et Florence. En attendant qu'on lui trouve un autre poste, il se rend à Venise, où il fréquente le salon de la Comtesse Albrizzi. En raison de son éloignement, il ignore la réception du Rouge et le Noir. Admiré par Sainte Beuve, il est honni par Victor Hugo : « chaque fois que je tente de déchiffrer une phrase de votre ouvrage de prédilection [répondant à Rochefort, admirateur du Rouge], c’est comme si on m’arrachait une dent… Stendhal ne s’est jamais douté un seul instant de ce que c’était que d’écrire. »

Il est finalement nommé en 1831 à Civitavecchia, seul port des États Pontificaux. Là, il est terrassé par l'ennui et la bêtise : aucun salon, aucun ami, aucune jolie femme, aucune discussion intellectuelle. Il se donne du courage avec son mot d’ordre, « SFCDT (Se Foutre Carrément De Tout) » et en commençant plusieurs romans. Il participe aux fouilles archéologiques menées par son ami Donato Bucci, se rend fréquemment à Rome, voyage à Florence, Naples… Il va souvent à Sienne rejoindre Giulia Rinieri. Leur liaison continue jusqu’en juin 1833, lorsqu’elle est obligée de se marier. En mai 1836, il obtient un congé de trois ans en France, jusqu’en avril 1839, qui lui permet d'écrire ses Chroniques Italiennes et La Chartreuse de Parme. Cela lui permet aussi de faire des voyages en France, en Suisse, aux Pays-Bas, et d’en tirer le livre Mémoires d’un touriste.  

Le 6 avril, paraît La Chartreuse de Parme, qui remporte un vif succès puis l’Abbesse de Castro et trois autres chroniques en décembre de la même année. Revenu à Civitavecchia le 10 août 1839, il est à nouveau malade d’ennui. Puis il devient réellement malade, étant frappé d’une syncope le 1er janvier 1840. Cela ne l’empêche pas de tomber amoureux d’une certaine Earline en février, ni de revoir Giulia à Florence...

En septembre 1840, un article élogieux d’Honoré de Balzac sur la Chartreuse de Parme l’étonne, l’amuse et lui fait plaisir. Une autre attaque d’apoplexie le frappe en mars 1841. Le 21 octobre, il retourne à Paris, en congé maladie. Se sentant mieux, il s’engage le 21 mars 1842, à fournir des nouvelles à la Revue des Deux-Mondes, juste avant d’être foudroyé par une nouvelle attaque, le lendemain, rue Neuve-des-Capucines. Il meurt à son domicile parisien, Hôtel de Nantes au 22, rue Danielle-Casanova, le 23 mars.

Comme ultime provocation, il avait dès 1821 composé lui-même son épitaphe en italien Arrigo Beyle Milanese Scrisse Amò Visse (« Henri Beyle. Milanais. Il écrivit, Il aima, Il vécut »). Méprisé et raillé par son siècle, il ne connaîtra qu'un succès posthume comme il l'avait prédit : « Je serai connu en 1880. Je serai compris en 1930 ».

Son nom de plume est inspiré d'une ville d'Allemagne « Stendal », lieu de naissance de l'historien d'art et archéologue renommé à l'époque Johann Joachim Winckelmann, mais surtout proche de l'endroit où Stendhal vécut en 1807-1808 un moment de grande passion avec Wilhelmine de Griesheim. Ayant ajouté un H pour germaniser encore le nom, il souhaitait que l'on prononce « Standhal ».

Il a usé de très nombreux pseudonymes y compris dans ses œuvres intimes et sa correspondance. On en dénombre plus d’une centaine. Manière de se cacher, de se méfier du langage en tant que convention sociale ou désir d’être un autre : « Je porterais un masque avec plaisir ; je changerais de nom avec délices. » Il permet à Stendhal la pluralité des « moi », qui lui permet de se révolter contre une identité imposée du dehors. Avancer masqué lui permet d’être vrai. 

Romans principaux de Stendhal 

Le Rouge et le Noir
La Chartreuse de Parme
Lucien Leuwen 

Il a aussi écrit de très nombreux essais.

 

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