MES LECTURES CLASSIQUES

10 décembre 2018

ROMAIN GARY

Roman Kacew, devenu Romain Gary, né le 21 mai 1914 à Vilna dans l'Empire russe (actuelle Vilnius en Lituanie) et mort le 2 décembre 1980 à Paris, est un aviateur, militaire, résistant, diplomate, romancier, scénariste et réalisateur français, de langues française et anglaise.

Important écrivain français de la seconde moitié du XXe siècle, il est également connu pour la mystification littéraire qui le conduisit, dans les années 1970, à signer plusieurs romans sous le nom d'emprunt d’Émile Ajar, en les faisant passer pour l'œuvre d'un tiers. Il est ainsi le seul romancier à avoir reçu le prix Goncourt à deux reprises, sous deux pseudonymes.

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Durant toute sa vie d'adulte, dans son œuvre, dont la relecture montre le « jeu picaresque de ses multiples identités », mais aussi dans des déclarations aux médias, ainsi que dans des déclarations officielles, Romain Gary a donné des versions diverses de ses origines, faisant varier : son nom (Kacew ; de Kacew) ; son lieu de naissance (Nice, dans la région de Koursk en Russie, Wilno) ; la nationalité de son père (russe, géorgien, tatare, mongol) ; celle de sa mère (juive russe ; française), informations elles-mêmes souvent déformées par les médias. Il va jusqu'à renier son père — se présentant comme un « bâtard juif russe, mâtiné de Tartare » — ou encore laisse entendre, et courir la légende, dans divers écrits et interviews, qu'il est le fils du comédien russe Ivan Mosjoukine.

En réalité, Roman Kacew est né, suivant le calendrier julien, le 8 mai 1914 (21 mai 1914 dans le calendrier grégorien) à Vilna, dans l'Empire russe — devenu pendant l'entre-deux-guerres Wilno en Pologne, puis l'actuelle Vilnius en Lituanie. Ceci est attesté par un certificat du « rabbinat du gouvernement de Wilno » rédigé en hébreu et en russe en date du 8 mai 1914 (calendrier julien), établissant qu'il est le fils d'Arieh-Leïb Kacew et de Mina Owczyńska, mariés à Wilno le 28 août 1912. 

En 1912, son père est associé dans l'atelier et magasin de fourrures familial et fait partie de la Deuxième guilde des marchands. Il est aussi administrateur de la synagogue de la rue Zawalna. Il fait donc partie de la moyenne bourgeoisie de Wilno. Mina a d'abord été mariée à Reouven Bregstein et en a divorcé. On ne sait pas grand-chose d'autre sur ce premier mariage sinon qu'en est issu un fils du nom de Joseph Bregstein né en 1902 et qui semble avoir habité avec le jeune Roman de mars 1922 à avril 1923 avant de décéder de maladie peu après.

Roman et ses parents sont de nationalité russe, puis deviennent polonais lorsque Wilno et sa région sont intégrées à la Pologne rétablie après la Première Guerre mondiale.

Durant cette guerre, son père est mobilisé dans l'armée russe, alors que Roman est encore un très jeune enfant. Mina et Roman quittent Wilno pour Swieciany où ils passent quelques mois, puis une mesure générale d'expulsion des juifs de la zone du front les oblige à passer plusieurs années en Russie proprement dite. Les informations sur ce séjour en Russie sont assez obscures : dans ses livres, Romain Gary évoque des séjours à Koursk et à Moscou, un voyage à travers la Russie en traîneau et en train, la rencontre de matelots révolutionnaires dans un port non précisé ; durant cette période, Mina aurait été comédienne, participant aussi à l'agitprop révolutionnaire. Aucune source indépendante ne confirme ces assertions.

La présence de Mina Owczynska (et de Roman) à Wilno est attestée à partir de septembre 1921 par le registre des locataires d'un immeuble au n° 16 de la rue Wielka Pohulanka, où ils vont vivre pendant quelques années. Leur retour est sans doute consécutif à la paix de Riga (mars 1921) qui met fin à la guerre entre la Russie soviétique et la République de Pologne.

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Avec sa femme, Jean Seberg

Démobilisé, Leïb Kacew les rejoint à une date inconnue, mais il quitte le foyer en 1925 pour aller vivre avec une autre femme, Frida Bojarska, dont il a deux enfants, Walentyna (1925) et Pawel (1926). Le divorce de Mina et Leïb est prononcé en mai 1929. Romain Gary n'a pratiquement rien dit ou écrit sur la période où son père vivait avec lui et Mina à Wilno, ni sur la séparation et le divorce. Il l'a cependant revu en 1933 à Varsovie. 

Roman est ensuite élevé par sa mère, qu'il présente comme une actrice de théâtre. Après la séparation, elle connaît des problèmes financiers, car elle ne dispose plus des revenus du magasin de fourrures de son mari, et son petit atelier de chapeaux ne lui rapporte que très peu d'argent. En août 1925, elle et Roman quittent Wilno pour Swieciany, puis s'installent en 1926 à Varsovie, où sont déjà présents d'autres membres de la famille de Mina, notamment un frère, Boris (1890-1949), avocat, chez qui ils sont hébergés. Roman semble avoir été scolarisé dans un collège polonais où il est en butte à un antisémitisme au moins verbal. Il suit aussi des cours particuliers de français.

En août 1928, ils obtiennent un visa touristique pour la France. Sa mère est persuadée que dans ce pays, son fils pourra s’accomplir pleinement en tant que diplomate ou artiste.

Ils arrivent à Menton le 23 août 1928 et s'installent à Nice, où se trouvent déjà son frère Eliasz et sa famille ; le 1er octobre, Roman commence une nouvelle année scolaire au lycée Masséna, directement intégré en classe de 4e. Mina fait ensuite les démarches pour obtenir une autorisation de séjour qui est accordée, mais sous réserve qu'elle n'occupe aucun emploi. En fait, elle est obligée de gagner sa vie, vendant d’abord « au noir » des articles de luxe dans les grands hôtels de Nice ou de Cannes, puis s'occupant de vente immobilière ; un de ses clients lui confie finalement la direction d'un petit hôtel.

Utilisant désormais son prénom francisé (Romain), son fils se distingue au lycée en français, obtenant en 1929 le premier prix de récitation et en 1931 et 1932 celui de composition française. Il est reçu au baccalauréat Philosophie en juillet 1933.  

Après avoir commencé des études de droit à Aix-en-Provence, Romain Kacew part l'année suivante les poursuivre à Paris, probablement grâce à l'aide financière que lui apporte son père à l'occasion de leur rencontre à Varsovie durant l'été 1934. Il obtient la licence de droit en juillet 1938, tout en suivant parallèlement une Préparation militaire supérieure au Fort de Montrouge. Il révise au petit jour et passe l'essentiel de son temps à écrire.

C'est à cette époque qu'il publie ses premières nouvelles dans Gringoire, un hebdomadaire qui n'est pas au départ orienté à l'extrême-droite : Gary renonce courageusement aux généreuses rétributions quand le journal affiche des idées fascistes et antisémites. En 1937, plusieurs éditeurs refusent son premier roman, Le Vin des morts.

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Naturalisé français le 5 juillet 1935, il est appelé en novembre 1938 au service militaire dans l'aviation à Salon-de-Provence ; nommé caporal, il est envoyé à l'école d'observation d'Avord près de Bourges. Au terme de sa formation, il passe l'examen de sortie de l'école en mars 1939, mais est l'un des deux élèves-officiers de réserve de la promotion à échouer, probablement en raison de sa naturalisation trop récente. Il est nommé mitrailleur, au grade de sergent. En août 1939, il devient instructeur de tir à Avord et suit cette école à Bordeaux-Mérignac où elle se replie. 

Fervent admirateur du général de Gaulle, il s'évade le 20 juin 1940, voyageant de Bordeaux-Mérignac jusqu'à Alger en avion. Il se rend en car à Casablanca d'où un cargo britannique l'emmène à Glasgow, où il débarque le 22 juillet 1940. Il s'engage aussitôt dans les Forces aériennes françaises libres (FAFL). Adjudant en septembre 1940, il sert au Moyen-Orient, en Libye, et à Koufra en février 1941, en Abyssinie puis en Syrie où il contracte le typhus durant six mois. Après sa convalescence, il sert dans la défense côtière de la Palestine où il participe à l'attaque d'un sous-marin. Il est breveté officier observateur en avril 1941, promu lieutenant en décembre 1942. En février 1943, il est rattaché en Grande-Bretagne au Groupe de bombardement Lorraine. Il est affecté à la destruction des bases de lancement des missiles V1. C'est durant cette période que Romain Kacew choisit le nom de Gary - signifiant « brûle ! » à l'impératif en russe - qui sera retenu par l'état civil à partir de 1951 : Romain Gary devient la transcription de son nom à l'état civil français en octobre de cette année.

Sa mère meurt le 16 février 1941 ; dans La Promesse de l'Aube, l'écrivain raconte qu'il ne l'apprend qu'en 1944. 

En tant qu'observateur, il remplace Pierre Mendès France dans l'équipage du sous-lieutenant Arnaud Langer. Le lieutenant Gary se distingue particulièrement le 25 janvier 1944 alors qu'il se trouve dans l'avion de tête d'une formation de six appareils. Il est blessé, et le pilote Arnaud Langer est aveuglé, mais Gary guide ce dernier, le dirige, réussit le bombardement, et ramène l'avion à sa base. Cette version est contestée par le radio, René Bauden, qui relate que la blessure reçue par l'observateur, Romain Gary, ne lui aurait pas permis de ramener l'appareil à sa base, ayant causé son évanouissement.

Il effectue sur le front de l'Ouest plus de vingt-cinq missions, totalisant plus de soixante-cinq heures de vol de guerre. Il est fait compagnon de la Libération et nommé capitaine en mars 1945, à la fin de la guerre.

Après la fin des hostilités, il entame une carrière de diplomate au service de la France, en considération des services rendus pour sa libération. À ce titre, il séjourne en Bulgarie (1946-1947), à Paris (1948-1949), en Suisse (1950-1951), à New York (1951-1954) ) - où il côtoie régulièrement le jésuite Teilhard de Chardin dont la personnalité le marque profondément et lui inspire notamment le personnage du père Tassin dans Les Racines du ciel - , à Londres (1955) puis en qualité de consul général de France à Los Angeles de 1956 à 1960. De retour à Paris, il demeure sans affectation jusqu'à sa mise en disponibilité du ministère des Affaires étrangères en 1961.

En janvier 1945, Romain Gary voit son roman Éducation européenne publié par les éditions Calmann-Lévy ; il est distingué par le prix des Critiques. C'est avec Les Racines du ciel, récompensé du prix Goncourt en 1956, que sa notoriété d'écrivain grandit auprès du public. À partir de la publication de La Promesse de l'aube, en 1960, il se consacre de plus en plus à son activité d'écrivain, également sous divers pseudonymes dont l'ultime et le plus connu, Émile Ajar, marque la fin de sa carrière et ses quatre derniers romans avant sa mort. Fait unique, il obtient pour La Vie devant soi un second prix Goncourt le 17 novembre 1975, déclenchant à la fin des années 1970 « l'affaire Émile Ajar », lorsque Gisèle Halimi, l'avocate de Gary, annonce le choix initial de son client Ajar de refuser le prix, ce qui incite la presse à enquêter sur celui qu'elle croit être le véritable auteur, Paul Pavlowitch.

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Dès l’immédiat après-guerre, entre 1946 et 1956, la figure littéraire du rescapé de la Shoah hante l’œuvre romanesque de Romain Gary qui s'interroge sur comment vivre après Auschwitz. Ce n'est qu'avec l'œuvre d'Émile Ajar qu'une réponse viendra sublimer ses premiers écrits : « Celle d'un altruisme désintéressé, d'une banalité du bien qui contraste avec la banalité du mal d'un Eichmann. »

L'œuvre littéraire de Gary est marquée par un refus opiniâtre de céder devant la médiocrité humaine. Ses personnages sont fréquemment en dehors du système parce que révoltés contre tout ce qui pousse l'homme à des comportements qui lui font perdre sa dignité. Ils oscillent entre la souffrance de voir leur monde abîmé, et une lutte pour garder coûte que coûte l'espérance. On peut dire que Romain Gary vit lui-même ces combats, mêlant admirablement le dramatique et l'humour.  

L'œuvre littéraire de Romain Gary est régulièrement adaptée au cinéma et lui-même s'intéresse à la discipline à plusieurs reprises. Dès 1958, il scénarise l'adaptation de son roman Les Racines du Ciel réalisée par John Huston puis contribue au scénario du film Le Jour le plus long sorti en 1962. Romain Gary s'essaie plus tard à la réalisation de deux films dont il est l'auteur : en 1968, Les oiseaux vont mourir au Pérou, avec Jean Seberg, Pierre Brasseur et Maurice Ronet, puis, en 1972, Police Magnum avec Jean Seberg, James Mason et Stephen Boyd. Il participe aux jurys des festivals de Cannes, en 1962, et de Berlin, en 1979.

En 1978, lors d'un entretien avec la journaliste Caroline Monney, lorsque celle-ci lui pose la question : « Vieillir ? », Romain Gary répond : « Catastrophe. Mais ça ne m'arrivera pas. Jamais. J'imagine que ce doit être une chose atroce, mais comme moi, je suis incapable de vieillir, j'ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, vous connaissez ? J'ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais ».

Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980 avec un revolver Smith & Wesson de calibre 38, se tirant une balle dans la bouche. Il laisse une lettre mystérieusement datée « Jour J » et dans laquelle est notamment écrit : « Aucun rapport avec Jean Seberg » (l'actrice s'est elle-même suicidée le 30 août 1979). 

Selon Roger Grenier, éditeur et ami de Romain Gary, à propos du jour de sa mort : « j'ai essayé de reconstituer sa journée. Il avait déjeuné avec Claude Gallimard pour parler de ses impôts. Comme il devait partir en voyage le lendemain, il est allé voir l'infirmière pour lui demander quels médicaments emporter. Il se rendait à Genève pour changer son testament. Il y a des doutes... Selon certains de ses amis, il a été assassiné par une proche... Il y a deux versions qui s'opposent, je balance entre l'une et l'autre. »

Dans un recueil de confidences sous la forme d'entretiens livrés à la radio en 1980, Romain Gary faisait cette déclaration : « La seule chose qui m'intéresse, c'est la femme, je ne dis pas les femmes, attention, je dis la femme, la féminité ». Parmi les amours de jeunesse de Roman Kacew, on peut citer Christel Söderlund, une jeune journaliste suédoise qu'il rencontre à Nice en juillet 1937. Jeune mère de famille, mariée, elle suit Romain à Paris et envisage de divorcer, mais décide après quelques mois de rentrer en Suède retrouver son mari.

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Film La promesse de l'aube, inspiré de l'un de ses romans

Il tombe ensuite amoureux d'Ilona Gesmay, une jeune juive hongroise de quatre ans son aînée. Sa famille lui ayant coupé les vivres, elle décide de rentrer à Budapest en mars 1940 ; elle survivra à la guerre, mais deviendra schizophrène et ne reverra jamais Romain. Il dit d'elle qu'elle est la seule femme qu'il ait jamais aimée. Romain Gary décrit les lettres, toujours la même en fait, qu'il commence à recevoir d'elle à partir de 1953. Lui répondant, mais recevant toujours la même réponse, il apprendra qu'elle est enfermée dans un hôpital psychiatrique en Belgique et qu'elle écrit inlassablement la même lettre pendant les quelques dizaines de minutes de lucidité qu'elle a par jour. Les lettres qu'il envoie à Ilona sont interceptées par les médecins qui ne souhaitent pas provoquer un choc à la jeune femme. La sœur de cette dernière expliquera à Romain Gary qu'Ilona lorsqu'elle est lucide demande toujours des nouvelles de « son Romain ».

En avril 1945, Roman Kacew épouse la femme de lettres britannique Lesley Blanch rencontrée l'année précédente, mais l'amour d'Ilona continue à le hanter. En 1959, il fait la connaissance de l’actrice américaine Jean Seberg dont il tombe amoureux et avec qui il entame une liaison. En 1963, il divorce pour se marier avec Jean Seberg. Leur fils, Alexandre Diego Gary, est né en 1962 mais Romain, grâce à ses relations, réussit à faire établir un acte de naissance datant de 1963 pour sauvegarder les apparences. Entre 1964 et 1970, Romain Gary se rend souvent à Majorque, où il possède une villa, près d'Andratx.

Il tournera ses deux films avec Jean Seberg comme actrice principale en Espagne. En 1968, lorsque Romain Gary apprend la romance entre sa femme et Clint Eastwood pendant le tournage de La Kermesse de l'Ouest, il prend l'avion et provoque l'acteur en duel à revolver mais le « cow-boy américain » se défile. Ils se séparent et divorcent en 1970. Il rencontre en 1978 Leïla Chellabi, danseuse puis mannequin, animatrice de radio et parolière. Elle sera sa dernière compagne et son ayant-droit.

Émile Ajar

Après la disparition de Romain Gary, on apprend qu'il est le véritable auteur des quatre romans signés du pseudonyme Émile Ajar. C'est un proche parent de Romain Gary, Paul Pavlowitch (son petit-cousin) qui a tenu le rôle d’Ajar auprès de la presse. Romain Gary a déjà envoyé en 1930 des manuscrits à la NRF sous les pseudonymes de François Mermont ou de Lucien Brûlard qui ne sont cependant pas acceptés. Romain Gary est ainsi le seul écrivain à avoir jamais été récompensé deux fois par le prix Goncourt, ce qui est officiellement impossible en fonction des règles de ce concours. Il a remporté son premier prix sous son nom d'usage, pour Les Racines du ciel, en 1956, et la seconde fois sous le pseudonyme d’Émile Ajar, pour La Vie devant soi, en 1975. 

Dans son roman autobiographique Le Père adopté, Didier van Cauwelaert rapporte qu'une étudiante de la Faculté de lettres de Nice, qu'il nomme Hélène, aurait préparé, deux ans avant la révélation publique, un mémoire soutenant, au grand désarroi de ses professeurs, que Gary et Ajar étaient une seule et même personne.

Ajoutons qu'Ajar et Gary ne furent pas ses seuls pseudonymes puisqu'il est aussi l'auteur d'un polar politique sous le nom de Shatan Bogat, Les Têtes de Stéphanie, et d'une allégorie satirique signée Fosco Sinibaldi, L'Homme à la colombe.

Œuvres littéraires

Sous le nom de Romain Kacew

  • 1935 : L'Orage (nouvelle publiée le 15 février 1935 dans Gringoire)
  • 1935 : Une petite femme (nouvelle publiée le 24 mai 1935 dans Gringoire)
  • 1937 : Le Vin des morts

Sous le nom de Romain Gary

  • 1943 : Géographie humaine (nouvelle)
  • 1945 : Éducation européenne
  • 1946 : Sergent Gnama (nouvelle)
  • 1946 : Tulipe
  • 1949 : Le Grand Vestiaire
  • 1952 : Les Couleurs du jour
  • 1956 : Les Racines du ciel (prix Goncourt)
  • 1960 : La Promesse de l'aube
  • 1961 : Johnnie Cœur (théâtre)
  • 1962 : Gloire à nos illustres pionniers (nouvelles)
  • 1963 : Lady L.
  • 1965 : Adieu Gary Cooper 
  • 1965 : Pour Sganarelle (Frère Océan 1) (essai)
  • 1966 : Les Mangeurs d'étoiles (La Comédie américaine 1)
  • 1967 : La Danse de Gengis Cohn (Frère Océan 2)
  • 1967 : Dix ans après ou la plus vieille histoire du monde (nouvelle)
  • 1968 : La Tête coupable (Frère Océan 3)
  • 1969 : Adieu Gary Cooper (La Comédie américaine 2)
  • 1970 : Chien blanc
  • 1970 : Le Grec (ébauche de roman inachevé)
  • 1970 : A bout de souffle (ébauche de roman inachevé)
  • 1971 : Les Trésors de la mer Rouge
  • 1972 : Europa
  • 1973 : Les Enchanteurs
  • 1974 : La nuit sera calme (entretien fictif)
  • 1975 : Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable
  • 1975 : Les oiseaux vont mourir au Pérou
  • 1977 : Clair de femme
  • 1977 : Charge d'âme
  • 1979 : La Bonne Moitié (théâtre)
  • 1979 : Les Clowns lyriques
  • 1980 : Les Cerfs-volants
  • 1981 : Vie et mort d'Émile Ajar (posthume)
  • 1984 : L’Homme à la colombe (version posthume définitive)
  • 2005 : L'Orage (nouvelles)
  • 2007 : Tulipe ou la Protestation (théâtre : adaptation scénique du roman)
  • 2014 : Le Sens de ma vie. Entretien, préface de Roger Grenier, Gallimard

Sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi

  • 1958 : L’Homme à la colombe

Sous le pseudonyme de Shatan Bogat

  • 1974 : Les Têtes de Stéphanie

Sous le pseudonyme d’Émile Ajar

  • 1974 : Gros-Câlin
  • 1975 : La Vie devant soi (prix Goncourt)
  • 1976 : Pseudo
  • 1979 : L’Angoisse du roi Salomon

Il a également réalisé deux films.

D'après Wikipédia

 

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06 décembre 2018

*** LA TERRE CHINOISE - PEARL BUCK

Dommage... il est difficile de se procurer des livres de Pearl Buck aujourd'hui...

INCIPIT

C'était le jour du mariage de Wang Lung.

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LE DEBUT

Le roman met en scène la vie de famille dans un village chinois avant la première Guerre Mondiale. Wang Lung, jeune fermier, épouse O-Len, pour des raisons purement pratiques (lui donner des fils, l'aider aux champs). Après une période très difficile, due à la sécheresse, n'ayant plus rien à manger, le couple et ses enfants descendent vers le sud, dans un ville. Mais ils y sont encore plus misérables et Wang Lu regrette le travail de sa terre... Les mauvaises récoltes, ce n'est pas tous les ans, alors on est mieux à la campagne plutôt que mendiant en ville. Ils repartent donc chez eux, à nouveau plein d'espoir.

MON AVIS

Ce beau roman nous raconte la vie en Chine au début du XXe siècle, à travers une famille de paysans, qui habitera temporairement en ville suite à une grande famine. Nous voyons donc les deux aspects du pays, avec les premières révoltes populaires contre les riches jusqu'à la Révolution, dont il est question tout à la fin du livre.

La psychologie des membres de la famille est très bien analysée, les personnages sont attachants. Et j'aimerais bien lire la suite ! Mais ils ne sont pas réédités, on ne peut les trouver qu'en occasion, et je n'aime pas les livres d'occasion... Il va falloir attendre que - peut-être - une bonne âme se décide au moins à faire une version pour liseuses.

La traduction est un peu vieillote, ce qui est assez drôle car, quand on lit Balzac par exemple, qui vivait bien avant, on trouve le texte plus moderne que celui-ci ! Certaines phrases doivent être relues, car elles sont un peu "étranges", avec un vocabulaire et des expressions qu'on ne trouve même pas dans les dicos. Et puis pas mal de répétitions, comme par exemple les mots jouvenceau et jouvencelle qui finissaient par m'exaspérer !

Mais c'est vraiment un beau livre quand on s'intéresse à la Chine et son histoire.

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

La Terre chinoise (The Good Earth) est publié en 1931, et récompensé par le Prix Pulitzer de la fiction en 1932. Il s'agit du roman le plus vendu aux États-unis en 1931 et 1932. Il a été un facteur important pour l'attribution à Pearl Buck du Prix Nobel de littérature en 1938. C'est le premier livre d'une trilogie qui comprend Les Fils de Wang Lung (1932) et La Famille dispersée (1935).

Le roman connaît encore des rééditions de nos jours. Il est cité dans la liste des 100 livres de 1924-1944 du magazine Life. Le roman a aidé à préparer les Américains des années 1930 à considérer les Chinois comme des alliés dans la guerre à venir contre le Japon.

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La terre chinoise, film de 1937

En 1961, le Cercle norvégien du livre est créé avec pour objectif de rééditer des livres célèbres. La Terre Chinoise est le premier livre à faire l'objet d'une nouvelle distribution.

En 2004, le livre retrouve les honneurs des librairies quand l'animatrice de télévision Oprah Winfrey l'a choisi pour Oprah's Book Club.

Les couleurs en Chine

En Chine, le rouge a un sens très positif. Ayant une connotation négative dans la Chine ancienne car elle évoquait le sang, cette couleur fut portée lors des mariages pour effrayer les mauvais esprits. Son sens négatif fut ainsi oublié. Le jaune, couleur des empereurs dans la Chine ancienne, se rapporte aujourd'hui à la pornographie. Le blanc, couleur du deuil, et le noir ont un sens négatif bien qu'ils se démocratisent avec l'Occidentalisation. Le vert, comme le rouge, a un sens positif mais il est d'usage de ne pas associer ces deux couleurs.

La Chine du début du XXe siècle

Au début du XXe siècle, la dynastie Qing fait face à un dilemme : poursuivre les réformes et mécontenter une aristocratie oisive ou y mettre un terme et conforter les révolutionnaires qui prédisent la fin de ce régime. Elle s'en tient à un moyen terme et s'aliène tout le monde, en soutenant notamment la révolte des Boxers.

Frustrés par les résistances de la cour impériale aux réformes, de jeunes fonctionnaires, officiers et étudiants, inspirés par les idées révolutionnaires de Sun Yat-sen, commencent à envisager le renversement de la dynastie Qing au profit d'une république. Une révolte militaire, le soulèvement de Wuchang, le 10 octobre 1911 à Wuhan, déclenche la révolution Xinhai, qui entraîne l'abdication du dernier empereur Qing, Aixinjueluo Puyi. Un gouvernement provisoire est formé à Nankin le 12 mars 1912, présidé par Sun Yat-sen. La République de Chine est proclamée. Sun doit céder le pouvoir au général Yuan Shikai, commandant de l'armée de Beiyang. Du fait du poids des factions militaires, le nouveau pouvoir chinois est surnommé gouvernement de Beiyang. En quelques années, Yuan Shikai abolit les assemblées nationales et provinciales. Les chefs républicains doivent s'exiler, Sun se réfugiant au Japon. Yuan Shikai se fait proclamer empereur à la fin 1915. Ses prétentions impériales rencontrent une opposition déterminée de ses subordonnés militaires et, risquant une rébellion, il doit y renoncer. Il meurt peu après, en juin 1916, laissant le pouvoir vacant. Le gouvernement républicain se décompose et une ère de « seigneurs de la guerre » s'ouvre, pendant laquelle la Chine est ravagée par les luttes entre des coalitions mouvantes de chefs militaires provinciaux.

Dans les années 1920, Sun Yat-sen établit une base révolutionnaire dans le Sud, et commence à réunifier la nation. Recevant l'assistance des Soviétiques, il s'allie au petit Parti communiste chinois (PCC). Après la mort de Sun en 1925, un de ses lieutenants Tchang Kaï-chek  prend le contrôle de son parti, le Kuomintang et réussit à contrôler l'essentiel de la Chine du Sud et du Centre, grâce à une campagne militaire appelée expédition du Nord. Ayant vaincu les seigneurs de la guerre du Sud et du Centre, il obtient l'allégeance formelle de ceux du Nord. À partir de 1927, il se retourne contre les communistes, s'attaquant à leurs chefs comme à leurs troupes dans leurs bases du Sud et de l'Est, ce qui déclenche la guerre civile chinoise. En 1931, un nouveau front s'ouvre en Chine avec l'invasion japonaise de la Mandchourie. En 1934, défaits par les nationalistes et chassés de leurs bases dans les montagnes, les communistes entreprennent la Longue Marche, à travers les régions les plus désolées du pays, vers le Nord-Ouest. Ils établissent leur nouvelle base de guérilla à Yan'an, dans la province du Shaanxi.

Au cours de la Longue Marche, les communistes se réorganisent autour de Mao Zedong. La lutte acharnée entre le KMT et le PCC se poursuivit, tantôt au grand jour, tantôt secrètement pendant les quatorze longues années de l'invasion japonaise, de 1931 à 1945, bien que les deux se soient formellement alliés contre les envahisseurs au cours de la seconde guerre sino-japonaise. Le nouveau conflit contre les Japonais, déclenché en 1937 par l'incursion de l'Armée impériale japonaise sur le reste du territoire chinois, s'intègre à partir de 1941 au volet asiatique de la Seconde Guerre mondiale.

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Sun Yat Sen

La guerre civile reprend après la défaite japonaise de 1945. En 1949, le PCC occupe l'essentiel du pays. Tchang Kaï-chek se réfugie dans l'île de Taïwan avec les restes du gouvernement et des forces armées du Guomindang, et proclame Taipei capitale provisoire de la République de Chine, en attendant de pouvoir reconquérir le continent.

 

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LEWIS CAROLL

Lewis Carroll, pseudonyme de Charles Lutwidge Dodgson, né le 27 janvier 1832 à Daresbury, dans le Cheshire et mort le 14 janvier 1898 à Guildford, est un romancier, essayiste, photographe amateur et professeur de mathématiques britannique. Il vivait et travaillait à Oxford. Il est principalement connu pour son roman Les Aventures d'Alice au pays des merveilles (1865).

Charles Lutwidge Dodgson naît d’un père pasteur anglican, au sein d’une famille de onze enfants dont deux seulement se sont mariés. Tous sont comme lui gauchers et sept d'entre eux (Charles y compris) bégayent. Dans l'isolement du presbytère, ces anomalies, partagées par une communauté soudée, permettent à Charles de développer une personnalité d’enfant doué, hors des normes, dans un cocon protecteur.

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Le psychanalyste américain John Skinner estime que la gaucherie est à l’origine de cette obsession du renversement qui constitue l’un des thèmes dominants de Lewis Carroll. Dans De l’autre côté du miroir, le temps aussi bien que l’espace se trouvent inversés. On écrit à l’envers, on souffre d’abord, on se blesse ensuite. Dans ce monde bizarre, il faut s’éloigner du but pour l’atteindre. Charles Dodgson, dans son âge mûr, prenait plaisir à mystifier ses jeunes correspondantes en commençant ses lettres par la signature et en les terminant par le commencement. Quant au bégaiement, il serait peut-être à l’origine des fameux « mots-valises » à double signification. La hâte à s’exprimer, combinée avec son défaut d’élocution, aurait amené l’enfant à fondre involontairement deux mots en un seul.

Le choc sera d’autant plus fort lorsque cette jeune personnalité affrontera la "normalité" des autres enfants à l’école de Richmond puis à la Rugby School en 1845. Il en gardera un souvenir affreux en raison des brimades que lui attirent une timidité et une incommunicabilité nées de ses anomalies.

Pendant ses vacances, le jeune Charles s’amuse à éditer des revues locales. Elles sont réservées aux hôtes du presbytère de Croft-on-Tees, dans le Yorkshire, la demeure qui abrite la famille pendant vingt-cinq ans. Ces tentatives littéraires juvéniles révèlent la virtuosité de Charles à manier les mots et les événements et sa disposition très originale pour le nonsense. Il fait construire un théâtre de marionnettes par le menuisier du village et écrit des pièces pour l’animer.

En 1856, il collabore avec le magazine The Train et adopte le pseudonymes Lewis Carroll. Ce nom d'auteur est forgé à partir de ses prénoms traduits en latin — Charles Lutwidge donnant Carolus Ludovicus —, inversés et traduits à nouveau — Ludovicus Carolus donnant Lewis Carroll...

Il achète son premier appareil photographique à Londres le 18 mars 1856. Quelques jours plus tard, il se rend dans le jardin du doyen Liddell au Christ Church College pour photographier la cathédrale. Il y trouve les trois fillettes Liddell dont Alice, sa future inspiratrice, et les prend pour modèle. Rapidement, il excelle dans l’art de la photographie et devient un photographe réputé. Son sujet favori reste les petites filles mais il photographie également des connaissances : peintres, écrivains, scientifiques ainsi que des paysages, statues et même des squelettes, par curiosité anatomique.

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Alice Liddell, photogaphie de Lewis Carroll 

En 1879, il s'adonne de plus en plus à la photographie de petites filles parfois déshabillées ou nues... En 1880, il abandonne la photographie, ayant peut-être été trop loin dans son goût pour les nus, au regard de la morale victorienne... Cette passion donnera naissance à quelque trois mille clichés dont un millier ont survécu au temps et à la destruction volontaire.

Il écrit son chef-d’œuvre pour Alice Liddell, alors âgée de dix ans, est l’inspiratrice de Charles. Il lui invente des devinettes ou de belles histoires composées juste pour elles. Son manuscrit des « Aventures d’Alice sous terre » est précieusement calligraphié et illustré. Il l’offre à Alice le 26 novembre 1864. La même année, Mrs. Liddell lui refuse la permission d'inviter ses filles.

Charles rédige une deuxième version, Les Aventures d'Alice au pays des merveilles, destinée à une publication en librairie. Le succès sera immédiat. Au Noël 1888, il commencera une troisième version Alice racontée aux petits enfants.  

Alice est en porte-à-faux dans le pays des merveilles comme Charles l’est dans la réalité. Elle fait tout à rebours ou à contretemps de ce qui est convenable sur un plan social. Elle est toujours trop grande ou trop petite et a conscience de son inadaptation. La reine blanche l’accuse carrément de vivre à l’envers et lui conseille d’apprendre à croire à l’impossible. Mais au contraire de Charles qui subit la réalité, Alice ose se rebeller contre celui de l’anormalité. Elle est hardie et sereine, la projection idéalisée de son auteur.

Il écrit plus tard la suite de son roman, ce sera De l’autre côté du miroir et ce qu’Alice y trouva. Le volume paru en 1871 rencontre lui aussi un immense succès.  

En 1876 paraît La Chasse au Snark qui est l’une des meilleures réussites en vers de Lewis Carroll et l’une de ses œuvres capitales. Lewis Carroll déclare avoir commencé par le dernier vers qui lui vint à l’esprit lors d’une promenade et en remontant vers le début du poème qui se constitua pièce par pièce au cours des deux années suivantes.

Sylvie et Bruno est publié en 1889 et témoigne d’une technique entièrement renouvelée par rapport à Alice, Lewis Carroll proclame son désir d’ouvrir une nouvelle voie littéraire. L’audace est grande, pour l’époque, de la construction de deux intrigues, le rêve constamment accolé à la réalité. Le fini romanesque est démystifié d’une façon ironique et pour tout dire sacrilège pour l’époque victorienne.

Ce texte sera sa dernière création.

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Entretemps, suivant les désirs de son père, Charles est devenu mathématicien. Les succès remportés au dehors d’Oxford n’ont aucune chance d’améliorer la maigre estime accordée au professeur de mathématiques. La littérature pour enfants est un genre mineur, vaguement frivole. S’illustrer dans ce genre revient pour Charles Dodgson à marquer un peu plus sa marginalité.  

Dans l'intervalle entre ses premières publications et le succès des livres d'Alice, Dodgson s'est déplacé dans le cercle social préraphaélite. Il a d'abord rencontré John Ruskin en 1857 et est devenu ami avec celui-ci. Il a développé une relation étroite avec Dante Gabriel Rossetti et sa famille et connaît aussi William Holman Hunt, John Everett Millais et Arthur Hughes, parmi d'autres artistes.  

Dodgson exprime également de l'intérêt dans d'autres domaines. Il est l'un des premiers membres de la Society for Psychical Research. Il a écrit quelques études sur divers arguments philosophiques.  

L'existence de Dodgson n'a que peu varié au cours des vingt dernières années de sa vie, malgré sa richesse et sa renommée croissantes. Il a continué à enseigner à Christ Church jusqu'en 1881, et y a résidé jusqu'à sa mort.  

Il meurt d'une pneumonie à la suite d'une grippe le 14 janvier 1898.

Oeuvres principales

  • Alice au pays des merveilles
  • De l'autre côté du miroir 
  • La chasse au Snark
  • Sylvie et Bruno  

Il a aussi écrit de très nombreux articles et des ouvrages de mathématiques.

 

 

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03 décembre 2018

*** PARIS EST UNE FETE - ERNEST HEMINGWAY

Souvenirs de ses années parisiennes.

INCIPIT

Et puis il y avait la mauvaise saison. Elle pouvait faire son apparition du jour au lendemain, à la fin de l'automne.

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RESUME

Écrit entre 1957 et 1960, l'auteur témoigne de ses premières années d'écrivain désargenté à Paris dans les années 1920. Jeune journaliste, il abandonne son travail pour essayer de vivre de son écriture. Il arrive dans la capitale française avec Hadley, son épouse ; le couple vit d'amour et de vin frais... Les personnages et surtout les personnalités apparaissent : on rencontre la collectionneuse Gertrude Stein qui tâche de régner en prophétesse des destinées artistiques sur le petit monde des bohèmes américains de Paris ; le poète Ezra Pound que ses enthousiasmes généreux conduira aux pires erreurs ; ou l'écrivain américain Francis Scott Fitzgerald, fou et charmant... 

Le livre déborde d'amour pour la ville de Paris mais aussi un émouvant hommage à son premier amour, Hadley. Leur histoire passée est rapportée avec une belle tendresse et beaucoup de nostalgie pour cette passion exubérante et le livre se clôt sur le prélude de la rupture qui va séparer les époux.

MON AVIS

Pour un premier Hemingway... j'ai un peu mal choisi ! Il s'agit en fait de souvenirs publiés après sa mort, à partir de notes (légèrement) mises en forme et en ordre par son fils... Quoi qu'il en soit cela me donne un premier aperçu du personnage, assez attachant, qui aime sa femme, Paris, le vin, les courses hippiques, la boxe, le cyclisme, le ski. Et l'écriture ! Sur laquelle il s'interroge : comment gagner sa vie avec le seul talent, et la seule envie, que la vie vous a donnés ?

On a toute une première partie, chronologique, puis des "Vignettes" et des "Fragments" que Hemingway fils n'a sans doute pas pu incorporer dans le reste.

Le truc agaçant, c'est le "name dropping" qui parsème le texte. Pas une page où ne figure une personnalité... Les non-maniaques pourront passer outre ; moi je ne peux pas et je suis allée chercher tous les noms dans les dicos et encyclopédies. J'ai enrichi ma culture, mais quel boulot...

On notera qu'Ezra Pound figure parmi les grands amis d'Hemingway. Poète et écrivain, il est aujourd'hui surtout connu pour le virage politique qu'il a pris dans les années 30/40 (Paris est un fête se passe dans les années 20) s'enthousiasmant pour le fascisme et pour Hitler.

Un très beau chapitre concerne F. Scott Fitzgerald, autre ami de l'auteur, élégant, alcoolique, désespéré du maigre succès de ses livres et surtout désemparé face à la trouble personnalité de sa femme adorée, Zelda qui, on le sait, finira à l'asile.

C'est fort joli. J'ai bien aimé et j'ai hâte de découvrir d'autres oeuvres.

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Paris est une fête (A Moveable Feast) est un récit autobiographique d'Ernest Hemingway publié de manière posthume en 1964 aux États-Unis et la même année en France chez Gallimard. Une édition revue et augmentée comprenant huit courts récits supplémentaires est parue outre-Atlantique en 2009 et traduite en français en 2011, également chez Gallimard. Il s'agit à l'origine de notes d'Hemingway oubliées en 1928 dans une malle Vuitton à l'hôtel Ritz de Paris. Retrouvées par l'auteur en 1956, elles ont été publiées de manière posthume en 1964 par sa veuve Mary.

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Ernest Hemingway (à gauche) devant la librairie Shakespeare and company

La génération perdue

Le terme de Génération perdue (Lost Generation) désigne un courant littéraire américain de l'entre-deux-guerres ainsi qu'une génération sociologique.

L'expression a été forgée par Gertrude Stein pour décrire un groupe d'auteurs américains expatriés à Paris durant l'entre-deux-guerres. Dans son livre Paris est une fête, Ernest Hemingway dévoile sous la forme d'une anecdote transposée que le nom de « génération perdue » n'a aucune connotation tragique, bien au contraire.

Durant les années 1920, la librairie Shakespeare and company, ouverte 12 rue de l'Odéon par Sylvia Beach sert de point de ralliement : les Américains y croisent d'autres écrivains anglo-saxons mais pas seulement. Des liens, des amitiés se forment : par exemple, Carresse et Harry Crosby lancent leur structure éditoriale, Black Sun Press, puis Eugene Jolas fonde la revue littéraire d'avant-garde Transition.

Le mouvement compte parmi ses membres Ernest Hemingway, le plus emblématique, John Steinbeck, Dos Passos, F. Scott Fitzgerald, Ezra Pound, Sherwood Anderson, Waldo Peirce, Sylvia Beach, T.S. Eliot et Gertrude Stein elle-même. Tous ont vu et raconté la perte de transcendance d'une Amérique bouleversée par les mutations sociales et morales, ainsi que l'expérience de la Première Guerre mondiale. F. Scott Fitzgerald est souvent considéré comme le chef de file de la Génération perdue.

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Au ski, avec Hadley et Bumpy

MES EXTRAITS FAVORIS

J'appris à la même époque que tout ce qu'on abandonne, bon ou mauvais, laisse un sentiment de vide. Mais si c'était quelque chose de mauvais, le vide se comblait tout seul. Dans le cas contraire, il fallait trouver quelque chose de meilleur pour refaire le plein.

***

On dit que les germes de nos actions futures sont en nous, mais je crois que pour ceux qui plaisantent dans la vie, les germes sont enfouis dans un meilleur terreau, sous une couche plus épaisse d'engrais.

***

A l'heure actuelle, ceux qui cherchent à expliquer la création littéraire sont plus nombreux que les bons écrivains. Il vous faut beaucoup de chance en plus de tout le reste, et la chance n'est pas toujours au rendez-vous. C'est regrettable mais il n'y a pas lieu de s'en plaindre, pas plus qu'il n'y a lieu de se plaindre, si vous n'êtes pas d'accord avec eux, ds critiques qui tentent de vous expliquer ce que vous faites et pourquoi vous le faites comme ci ou comme ça. Laissez-les donc à leurs explications, même s'il n'en reste pas moins difficile de réconcilier le néant qui est le vôtre et cette partie de vos lecteurs dans laquelle vous vivez et perdurez. 

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

Avançon : Morceau de fil de pêche composé d’une matière résistante (acier, kevlar…) que l’on place en bout de ligne avant le leurre pour éviter une coupure par les dents d’un poisson carnassier, notamment le brochet.

AvantsLes Avants est un village situé au-dessus de Montreux, dans le canton de Vaud, Suisse. 

Demi-fond : Course de moyenne distance par opposition à course de fond et à course de vitesse. En cyclisme : Le demi-fond est une compétition sur piste disputée derrière une moto sur des distances variables, en une ou plusieurs manches. Chaque coureur roule derrière un entraîneur à moto (surnommée moto de stayer ou de demi fond). Ces dernières portent à l'arrière un rouleau contre lequel le coureur vient coller sa roue avant afin de profiter au maximum de l'entraînement. Les coureurs pratiquant le demi-fond sont nommés stayers.

Ganay, Gustave : Gustave Valentin Ganay, né le 28 mars 1892 à Marseille et mort le 23 août 1926 à Paris, était un coureur cycliste français, qui fut l'un des grands coureurs cyclistes des années 1920.

Linart, Victor : Victor Linart, né le 26 mai 1889 à Floreffe (Belgique) et mort le 23 octobre 1977 à Verneuil-sur-Avre (Eure), est un coureur cycliste franco-belge sur piste spécialiste du demi-fond.

Margotin : Petit fagot.

Stein, Gertrude : Gertrude Stein, née le 3 février 1874 à Allegheny West en Pennsylvanie et morte le 27 juillet 1946 à l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine près de Paris, est une poétesse, écrivaine, dramaturge et féministe américaine. Elle passa la majeure partie de sa vie en France et fut un catalyseur dans le développement de la littérature et de l'art moderne. Par sa collection personnelle et par ses livres, elle contribua à la diffusion du cubisme et plus particulièrement de l'œuvre de Picasso, de Matisse et de Cézanne.

Anche : En organologie, une anche est une lamelle qui vibre pour produire le son de certains instruments de musique à vent. Elle peut être libre (comme pour l'accordéon ou l'harmonica) ou battante (pour les bois). L'anche battante peut être simple (comme pour la clarinette, le saxophone) ou double (hautbois, bombarde, etc.). Faite de roseau, de métal ou de matière plastique, elle est mise en vibration directement par le souffle producteur.

Belloc, HilaireJoseph Hilaire Pierre René Belloc (né à La Celle-Saint-Cloud le 27 juillet 1870 et mort à Guildford le 16 juillet 1953) est un écrivain anglo-français et historien naturalisé sujet britannique mais conservant sa nationalité française en 1902. Il est l'un des écrivains britanniques les plus prolifiques des années 1920. Il se consacre tout autant à la satire et la polémique qu'à la poésie et au roman. Il est en outre très engagé en politique et est un militant catholique opiniâtre. D'abord président de l’Oxford Union, il est ensuite député de Salford de 1906 à 1910. Représentant du catholicisme libéral, il propose une alternative au socialisme dans son livre L'État servileBelloc est passé à la postérité pour ses écrits poétiques, notamment ses contes moraux et ses poèmes religieux. Les plus connus sont : Jim, who ran away from his nurse, and was eaten by a lion et Matilda, who told lies and was burnt to death. Pas de traduction actuellement en France (ou épuisé).

Belloc Lowndes, Marie : Marie Adélaïde Lowndes, née Belloc, née le 5 août 1868 à Marylebone, une enclave de Londres, et morte le 14 novembre 1947 à Guildford, dans le Surrey, est une femme de lettres britannique. Pas de traduction actuellement en France (ou épuisé).

Blixen, Bror von : Le baron Bror Fredrik von Blixen-Finecke (25 juillet 1886 – 4 mars 1946), plus connu sous le nom de Bror Blixen, est un baron suédois, écrivain et chasseur de gros gibier, qui fut l'époux de Karen Blixen.

BludenzBludenz est une ville autrichienne située dans le Vorarlberg. Elle est communément appelée La porte des Alpes. Bludenz est connue pour avoir une usine de chocolat Milka et Suchard et une brasserie Fohrenburger.

Boni & Liveright : Boni & Liveright est une maison d'édition nord-américaine créée en 1917 à New York par Albert Boni et Horace Liveright et disparue en 1933. Son catalogue, devenu fameux, reflète un esprit d'ouverture aux nouveaux courants littéraires de son époque.

BovrilBovril est la marque déposée d'un extrait de bœuf épais et salé vendu dans un bocal original, inventé dans les années 1870 par le Britannique John Lawson Johnston. Dilué dans de l'eau chaude, il peut se consommer comme boisson, ou donner du goût aux soupes, aux ragoûts et au gruau, ou en tartine sur du pain. En novembre 2004, le manufacturier, Unilever, a annoncé que le Bovril, à base de bœuf, serait fait à base d'extrait de levure de bière, dans l'espoir de dissiper les craintes d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), et de rendre le produit convenable pour les végétariens. En 2006, le bœuf a été réintroduit comme ingrédient, après la levée de l'interdiction de l'importation du bœuf britannique par l'Union européenne, mais la levure de bière représente encore 24 % des ingrédients.

Chambéry : Type de vermouth élaboré à Chambéry.

Chancre : Le chancre est une ulcération, le plus souvent génitale, souvent provoquée par une IST. 

Commensal : Celui, celle qui mange à la même table qu’un autre.  Celui qui est habituellement attaché à une maison ou à un endroit. Espèce animale qui se nourrit des déchets produits par une autre mais sans causer préjudice à cette dernière.

Cooper, Diana Diana Cooper, vicomtesse Norwich, née Lady Diana Manners à Londres (Royaume-Uni) le 29 août 1892 et morte dans cette ville le 16 juin 1986, est une femme du monde britannique, figure glamour célèbre, tant à Londres qu'à Paris. Elle a fait partie du The Coterie, groupe d'intellectuels dont la plupart ont été tués pendant la Première Guerre mondiale. Elle a épousé l'un des rares survivants, Duff Cooper, plus tard ambassadeur britannique en France. Après sa mort, elle a écrit trois volumes de mémoires qui révèlent beaucoup sur la vie de la classe supérieure du début du XXe siècle.  

Crowley, AleisterEdward Alexander Crowley (12 octobre 1875 à Royal Leamington Spa dans le Warwickshire – 1er décembre 1947 à Hastings), dit Aleister Crowley, et également connu comme Maître Therion, Frater Perdurabo,The Great Beast 666 (La Bête) ou l’homme le plus malsain du monde est un écrivain, poète, occultiste, tarologue et astrologue britannique. Fils d'une riche famille protestante fondamentaliste, il abjure la foi chrétienne à l'adolescence, après la mort de son père. À Cambridge, il change son prénom d'Edward en Aleister et commence à s'intéresser à l'occultisme. Initié au sein de la Golden Dawn, il s'en détache rapidement pour poursuivre sa propre voie ésotérique, fondée sur une « magie sexuelle » sans tabou. Il dilapide sa fortune au cours de ses recherches qui le mènent partout dans le monde. Il devient rapidement très controversé, tant pour ses mœurs sexuelles que pour ses idées occultistes, mais aussi pour ses idées politiques. Germanophile, il devient indésirable en Grande-Bretagne avec la Première Guerre mondiale. Il est chassé de Sicile où il s'était installé, après divers scandales. Il continue ses errances. Il meurt d'une crise cardiaque liée à une bronchite chronique due à sa forte consommation de drogues. Aleister Crowley est surtout connu pour ses écrits sur l'occultisme.

Distingué : Chope de un litre de bière.

Donne, John : John Donne, né le 22 janvier 1572 à Londres et mort dans la même ville le 31 mars 1631, est un poète et prédicateur anglais du règne de Jacques Ier, considéré comme le chef de file de la poésie métaphysique. Son œuvre, d'une grande variété, comprend des poèmes d'amour, des sonnets religieux, des traductions du latin, des épigrammes, des élégies, des chansons et des sermons.

Dunning, Ralph Cheever : Poète, né à Détroit, Michigan, en 1878, il s'installe à Paris en 1905, où il mourra de tuberculose, dans la misère en 1930. 

FeldkirchFeldkirch est la seconde ville en nombre d'habitants du land autrichien du Vorarlberg. Située à la frontière de la Suisse et de la principauté de Liechtenstein, c'est aussi la ville la plus à l'ouest d'Autriche. Feldkirch est le siège de plusieurs institutions autrichiennes comme le tribunal régional du Vorarlberg, la direction des finances et la chambre des comptes du Vorarlberg, le CHRU du Vorarlberg, le Conservatoire régional et le service de métrologie régional.

Fielding, John : John Fielding, né à Londres le 16 septembre 1721, et mort dans la même ville le 4 septembre 1780, est un magistrat et réformateur social britannique du XVIIIe siècle qui connut la célébrité en son temps.

Flanner, Janet : Janet Flanner, 13 mars 1892 – 7 novembre 1978, est une journaliste et auteure américaine, correspondante à Paris du magazine The New Yorker de 1925 jusqu'à sa retraite en 1975. Son nom de plume était « Genêt ». Elle a également publié un roman, The Cubical City (non traduit en français) dont l'action se situe à New York.

FleurieLe fleurie est un vin français d'appellation d'origine contrôlée produit dans le département du Rhône. Vin rouge sec, il est en général fruité.

Garnett, Constance : Constance Garnett, femme d'Edward, est une traductrice, ayant introduit en Angleterre les écrivains russes (Tolstoï, Tourgueniev, Gogol, Dostoievski etc.)

Gauertal : Vallée d'altitude du Vorarlberg (Autriche).

Gaudier-Brzeska, HenriHenri Gaudier, dit Henri Gaudier-Brzeska, né le 4 octobre 1891 à Saint-Jean-de-Braye (Loiret) et mort pour la France le 5 juin 1915 à Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), est un dessinateur et sculpteur libertaire français. Il a d’abord opéré une synthèse entre le cubisme, l’abstraction et les arts primitifs. Puis à partir de 1913, il devient l’un des pionniers du vorticisme, variante britannique du futurisme. Bien qu’affichant des idées anarchistes et antimilitaristes (il a échappé au service militaire en vivant à Londres), il s’engage en 1914 et est tué le 5 juin 1915 au cours de la bataille d’Artois.

Guest, Eddie : Edgar Albert Guest (1881 Birmingham, Angleterre – 1959 Detroit, USA) est un poète américain, très populaire dans la première moitié du XXe siècle. Il était connu comme "le Poète du Peuple". Ses poèmes donnaient une vue optimiste de la vie quotidienne. 

Herrick, Myron TimothyMyron Timothy Herrick (9 octobre 1854 - 31 mars 1929) est un politicien républicain de l'Ohio. Gouverneur de 1904 à 1906, puis ambassadeur des États-Unis en France de 1912 à 1914, puis à nouveau de 1921 à 1929. Il se présente aux élections sénatoriales américaines en 1916, remportées par Atlee Pomerene. Il est citoyen d'honneur de la Ville de Paris. Très impliqué dans la reconstruction de la ville, Reims lui a dédié une place.

HippocrateHippocrate, né vers 460 avant J.-C. sur l’île de Cos et mort en 377 av. J.-C. à Larissa, est un médecin grec du siècle de Périclès, mais aussi philosophe, considéré traditionnellement comme le « père de la médecine ». Il a fondé l'école hippocratique qui a révolutionné intellectuellement la médecine en Grèce antique. Il rend la médecine distincte et autonome d'autres domaines de la connaissance, comme la théurgie et la philosophie, pour en faire une profession à part entière. C'est l'initiateur d'un style et d'une méthode d'observation clinique, et le fondateur des règles éthiques pour les médecins, à travers le serment d'Hippocrate et d'autres textes du Corpus hippocratique.

Jellicoe : John Rushworth Jellicoe, 1er vicomte Brocas et 1er comte Jellicoe, né le 5 décembre 1859, à Southampton et mort le 20 novembre 1935 à Londres, est un célèbre amiral britannique de la Première Guerre mondiale et homme d'État.

Jolson, AlAl Jolson, né Asa Yoelson le 26 mai 1886 à Seredžius en Lituanie (intégrée alors à l'Empire russe) et mort le 23 octobre 1950 à San Francisco (Californie), est un chanteur et un acteur américain dont la carrière a duré de 1911 jusqu'à sa mort en 1950. Il a été l'un des artistes de music-hall les plus populaires du XXe siècle aux États-Unis. Son influence s'étend à de grands noms du jazz comme Bing Crosby ou Eddie Fisher. En 1927, il est la vedette d'un des premiers films chantants, Le Chanteur de jazz, considéré comme étant le premier film parlant ou sonore.

Jutland, batailleLa bataille du Jutland est la plus grande bataille navale de la Première Guerre mondiale et probablement l'une des plus complexes de l'histoire. Elle opposa pendant deux jours, la Royal Navy britannique à la Kaiserliche Marine (Marine impériale allemande) en mer du Nord, à 200 km au nord-ouest de la péninsule danoise du Jutland en mai-juin 1916. Après plus de deux ans d'attente et plusieurs occasions manquées, la Grand Fleet britannique, commandée par l'admiral John Jellicoe, réussit à contraindre la Hochseeflotte, la Flotte de haute mer de la Marine impériale allemande, aux ordres de l'amiral Reinhard Scheer, à une grande confrontation au milieu de la mer du Nord. La bataille générale, impliquant au total 250 navires de tous types, commence le 31 mai 1916 et dure deux heures. À la suite des mauvaises conditions de visibilité et d'erreurs des Britanniques, elle ne fut pas décisive, malgré la supériorité numérique de ces derniers. Cependant, Jellicoe réussit à couper la route de repli des navires allemands vers leurs ports, et était persuadé d'avoir l'occasion d'une bataille décisive pour le lendemain matin. Mais Scheer, déterminé à sauver sa flotte à n'importe quel prix, traversa le dispositif britannique à la faveur de la nuit et regagna les bases de Wilhelmshaven, protégés par des champs de mines. L'affrontement a coûté quatorze bâtiments aux Britanniques et onze aux Allemands, ainsi que des milliers de victimes humaines. Les deux camps revendiquèrent chacun la victoire. Même s'il est vrai que les pertes des Britanniques en vies humaines et en navires ont été les plus importantes, les marins allemands n'étaient pas dupes et avaient conscience d'avoir échappé de peu à un désastre. La flotte de haute-mer allemande resta dès lors dans ses ports, hormis quelques brèves sorties en août 1916 et avril 1918. Certes, elle continuait de constituer une menace, obligeant les Britanniques à maintenir de nombreuses unités en mer du Nord, mais jamais plus la Marine allemande ne tenta un affrontement aussi significatif en mer du Nord. Désormais, elle allait consacrer ses principaux efforts à la guerre sous-marine.

Klosters : Klosters-Serneus est une commune suisse du canton des Grisons, située dans la région de Prättigau/Davos.

Lorimer, George HoraceGeorge Horace Lorimer (6 octobre 1867 – 22 octobre 1937) est un journaliste et écrivain américain. Il est principalement connu en tant que rédacteur en chef du Saturday Evening Post. Durant son règne éditorial, le Post accroît son tirage, passant de quelques milliers d'exemplaires à plus d'un million. Il est crédité de la découverte et du lancement d'un nombre important d'écrivains américains dont par exemple, Jack London. Il occupa aussi les fonctions d'administrateur, vice-président et président de Curtis Publishing Company, éditeur du Post.

Madlener HausLe Madlenerhaus est un refuge de montagne. Il est situé à environ 60 m sous le Bielerhöhe dans le Vorarlberg, en Autriche, à une altitude de 1986 m. Environ 10 m au-dessus de Madlenerhaus se trouve la cabane Silvretta des amoureux de la nature du Vorarlberg.

Marlowe, ChristopherChristopher Marlowe (baptisé le 26 février 1564 à Cantorbéry – mort le 30 mai 1593 à Deptford) est un dramaturge, poète et traducteur anglais de l'ère élisabéthaine. Sa mort violente, prématurée est entourée de mystère. Il passe pour l'un des précurseurs de la tragédie moderne, pour le créateur du vers blanc, et pour le père fondateur du drame élisabéthain.

MazeppaMazeppa est un poème narratif romantique écrit par George Gordon Byron en 1819, inspiré de la légende populaire d’Ivan Mazepa (1639-1709), un noble ukrainien. Selon le poème, le jeune Mazeppa, alors qu’il est page à la cour du roi Jean II Casimir Vasa, a noué une relation amoureuse avec une comtesse nommée Théresa, mariée à un homme plus âgé. Ce dernier l'ayant surpris en flagrant délit d'adultère, Mazeppa est attaché entièrement nu, le corps enduit de goudron, sur le dos d'un cheval sauvage qui l'emporte au fin fond des steppes ukrainiennes. Le poème décrit la journée du héros attaché au cheval.

Monroe, Harriet : Harriet Monroe, née le 23 décembre 1860 à Chicago dans l'Illinois et morte le 26 septembre 1936 à Arequipa au Pérou1, est une éditrice, poétesse, critique littéraire et mécène américaine. Grâce au magazine Poetry qu'elle fonde et dirige en 1912, elle a joué un rôle prépondérant dans le développement de la poésie moderne aux États-Unis.

Montafon : La vallée de Montafon fait 39 km de long, dans la région du Vorarlberg en Autriche. Elle s’étend du mont Bielerhöhe à la ville de Bludenz et est parcourue par l’Ill.

Muckraker : Un muckraker est un journaliste ou un écrivain qui enquête et publie des rapports soulevant des questions de société, généralement en rapport avec la criminalité et la corruption, impliquant souvent des élus, des dirigeants politiques et des membres influents du monde des affaires et de l'industrie.

Organologie : L’organologie a pour objet l'étude des instruments de musique et leur histoire. 

Ouida : Maria Louise de La Ramée, dite Ouida, née à Bury St Edmunds (Suffolk) le 1er janvier 1839 et morte à Viareggio (Province de Lucques) le 25 janvier 1908 est une romancière anglaise. Pas de traduction française disponible.

Perkins, Maxwell : William Maxwell Evarts Perkins (20 septembre 1884 – 17 juin 1947) a travaillé 36 ans aux Éditions Scribner et a été le découvreur et l'éditeur de (entre autres) Ernest Hemingway, F. Scott Fitzgerald et Thomas Wolfe. 

Quinn, JohnJohn Quinn (1870– 28 juillet 1924) est un avocat d'affaires américain d'origine irlandaise impliqué de façon ambiguë dans la cause indépendantiste. Grand collectionneur de manuscrits originaux, de peintures et de sculptures et protecteur d'artistes important du post-impressionnisme, il joue un rôle déterminant dans le développement de l'art moderne en faisant en 1913 reconnaître par les douanes comme œuvre d'art les productions artistiques de moins de vingt ans. Elles échappent ainsi à une taxe sur l'importation des marchandises votée par le Congrès en 1909. Ce changement dans l'application de la loi lui permet de financer la première, et gigantesque, exposition d'art contemporain aux États-Unis, l'Armory Show. L'événement, organisé par Walter Pach, provoque un choc culturel, en particulier par le scandale du Nu descendant un escalier de Marcel Duchamp. Désormais, les collectionneurs, tels les époux Aresnberg, s'ouvrent à la modernité. Lui-même constitue, avec l'assistance de sa proche amie Jeanne Foster et de son correspondant parisien Henri-Pierre Roché, une collection de premier ordre. Sa mort prématurée, à la suite d'un cancer du foie, entraîne, sur fond de défiance morale à l'égard du modernisme, une contestation de la jurisprudence qu'il avait induit et un procès retentissant, l'affaire Brancusi, qui confirme cette jurisprudence en 1928.

Sachs, Hans : Hans Sachs, né le 5 novembre 1494 et mort le 19 janvier 1576 était un poète allemand.

SchrunsSchruns est une ville autrichienne, située dans le land de Vorarlberg, il s'agit aussi d'une station de sports d'hiver. Il est arrivé que la ville accueille des compétitions internationales dont la coupe du monde de ski alpin.

Scribner : Charles Scribner’s Sons ou Scribner est une maison d’édition américaine fondée en 1846, connue notamment pour avoir été l'éditeur du Scribner's Magazine (1887-1939). Rachetée en 1984, elle fait désormais partie en tant que marque du groupe Cengage Learning.

Seldes, GilbertGilbert Vivian Seldes (né le 3 janvier 1893 et mort le 29 septembre 1970) est un intellectuel américain. Il s'est spécialisé dans la défense des formes artistiques et des médias nés ou principalement développés aux États-Unis (jazz, comic strip, comédie musicale, télévision, etc.).  

Semen : Semence, sperme.

Stearns, Harold : Né à Barre, Massachusetts en 1891, mort en 1943. Critique, journalise, essayiste durant les annéEs 20 et 30, il était membre du groupe des Américains expatriés de Paris, comme Ernest Hemingway, F. Scott Fitzgerald, etc. C'est lui qui encouragea l'éditeur Horace Liveright à publier le roman d'Hemingway In our time. Alors qu'il tente d'asseoir sa carrière à Paris, il sombre dans l'alcool et le jeu. Perpétuellement en quête d'argent à emprunter, il se fait une très mauvaise réputation. En 1932, il rentre à New York, son voyage étant payé par ses amis. Il réussira à publier deux ouvrages.

Steffens, Lincoln : Joseph Lincoln Steffens (6 avril 1866 – 9 août 1936) est un journaliste et conférencier américain, notamment célèbre pour ses articles de journalisme d'investigation, c'est une des figures du mouvement des muckrakers.

Tauchnitz : Famille d'imprimeurs et éditeurs allemands. Ils se spécialisèrent dans la diffusion en Europe de littérature en langue anglaise. Bien qu'à l'époque la notion de droits d'auteurs n'existait pas aux XIXe, la société payait les écrivains pour les traduire et les publier.  

Terza rima : La terza rima est une structure rimique particulière des strophes intercalant dans un tercet une rime issue du tercet suivant. Elle est utilisée pour la première fois par le poète italien Dante Alighieri dans son œuvre majeure la Divine Comédie.

Tschagguns : Tschagguns est une commune autrichienne du district de Bludenz dans le Vorarlberg.

VorarlbergLe Vorarlberg est le land le plus occidental de l'Autriche. Sa capitale est Brégence, sa plus grande ville est Dornbirn. Il est bordé à l'ouest par le canton suisse de Saint-Gall et le Liechtenstein, au nord par le land allemand de Bavière, au sud par le canton suisse des Grisons et à l'est par le land autrichien du Tyrol. Ce land est connu aujourd'hui pour avoir réussi à devenir autonome en énergie, par des démarches d'intelligence collective, de partage des ressources et de synergies collaboratives et coopératives, sur le modèle des villes en transition.

Wedderkop, Hermann vonHermann von Wedderkop (parfois Hans ou Harro von Wedderkop ; 29 novembre 1875 - 1956) est un écrivain et traducteur allemand. Il fut le rédacteur en chef puis directeur éditorial de la revue Der Querschnitt fondée par le galeriste Alfred Flechtheim qu'il avait rencontré à Paris en 1907. En 1931, il quitte l'Allemagne pour vivre principalement en Italie, puis, à partir de 1938 en Suisse. Il a publié une quinzaine d'essais dont trois études sur Paul Klee, Marie Laurencin et Paul Cézanne.

Allonge : En boxe, l'allonge désigne la distance relative à la longueur des segments d’un combattant. Un combattant de par sa morphologie rectiligne dispose souvent d’une envergure supérieure aux normes habituelles, ce qui pose un problème d’organisation à son adversaire – notamment pour se rendre au corps à corps. On dit quelquefois dans le jargon pugilistique que ces boxeurs là ont des « tentacules » en guise de bras.

Alpargatas : Espadrille. L'entreprise brésilienne Sâo Paulo Alpargatas, plus connue aujourd'hui pour ses célèbres tongs Havaianas, tire son nom de cette chaussure populaire rurale de la région de River Plate, faite de toile avec une semelle en corde et d'origine basque.

Bird, Bill : William Augustus Bird, dit Bill Bird (1888 ou 1889 - 1963), est un journaliste nord-américain qui, entre les deux guerres mondiales, travaillait à Paris pour l'agence Consolidated Press Association. Il acquit une presse à imprimer et le matériel annexe et fonda une imprimerie artisanale, la Three Mountains Press, spécialisée dans les livres à tirage limité. Bird imprima en particulier les deux premiers livres d’Ernest Hemingway et des ouvrages d’Ezra Pound.

Bowen, Stella : (1893–1947) Artiste peintre australienne. Elle a écrit aussi des critiques d'art et une biographie.

Brown, almanach nautiqueDepuis 1876, et sa première édition, cet ouvrage britannique de 1200 pages racontant les bonnes et mauvaises marées, les mouvements planétaires et lunaires, établissant la cartographie des balises et des bouées, ou encore offrant des conseils de pilotages, se vend toujours aujourd'hui avec un égal succès.

Chemin des DamesLe Chemin des Dames ou RD 18 CD est une route départementale française dans le département de l'Aisne entre Laon, Soissons et Reims. Le Chemin des Dames est entré dans la mémoire collective pour avoir été le théâtre de plusieurs batailles meurtrières de la Première Guerre mondiale.

Crédit socialLe crédit social est une idéologie économique et un mouvement social qui est apparu au début des années 1920. À l'origine, c'était une théorie économique développée par l'ingénieur écossais Clifford Hugh Douglas. Chaque citoyen reçoit chaque année un total de monnaie créée proportionnel à la croissance des biens et services, et inversement proportionnel au nombre de citoyens de la zone monétaire. Le nom « crédit social » dérive de son désir de faire que le but du système monétaire (« crédit ») soit l'amélioration de la société (« social »). Le crédit social est aussi appelé dividende universel, dividende social ou, de façon sans doute plus adaptée, dividende monétaire.

Crochet : En boxe, le coup de poing crocheté, en abrégé crochet, est un coup de poing circulaire délivré le plus souvent à mi-distance avec le bras semi-fléchi. Il peut être réalisé uniquement avec une action de l’épaule ou à contrario en utilisant une rotation du tronc ce qui lui donne une plus forte puissance de frappe.

Direct : En boxe, le direct est un coup de poing dans l’axe direct donné le plus souvent à longue distance ; d’où son nom de direct long.

Douglas, Clifford HughClifford Hugh Douglas, né le 20 janvier 1879 à Stockport et mort le 29 septembre 1952, est un ingénieur et un auteur britannique. Il est connu pour avoir créé le concept de Crédit social.

Gains, Larry : 1900-1983. Lawrence Samuel "Larry" Gains était un boxeur poids lourd canadien noir qui était champion du Dominion du Canada et de l'Empire britannique. L'un des meilleurs poids lourds de son époque, il s'est vu refuser la possibilité de devenir champion du monde en raison de la barre des boxeurs noirs en lice pour le titre.

Marbot, MarcellinJean-Baptiste Antoine Marcellin Marbot, baron de Marbot, plus communément appelé Marcellin de Marbot, né le 18 août 1782 au château de Larivière, à Altillac (Corrèze), mort le 16 novembre 1854 à Paris, est un général français du Premier Empire.

Maréchal des LogisLe maréchal des logis est un grade de sous-officier de la Gendarmerie nationale en usage au sein du Corps de soutien technique et administratif de la Gendarmerie nationale (CSTAGN) et du corps des gendarmes adjoints volontaires (GAV). Ce grade est également présent au sein des Armes dites de Cavalerie, au sein de l'Armée de Terre. Il correspond au grade de sergent ou de second-maître dans les autres forces armées. Le grade de maréchal des logis n'est pas à confondre avec celui de Gendarme de Garde pour la garde républicaine qui est un grade de sous-officier de gendarmerie uniquement. Contrairement au grade de maréchal des logis, le gendarme est situé entre celui de sergent et de sergent-chef.

Marsh, Lou : 1879-1936. Lewis Edwin "Lou" Marsh était un athlète et arbitre canadien et l'un des pionniers du journalisme sportif au Canada. Il a travaillé au Toronto Star pendant 43 ans.  

Masson, AndréAndré Masson, né le 4 janvier 1896 à Balagny-sur-Thérain (Oise), et mort le 28 octobre 1987 à Paris, est un peintre, graveur, illustrateur et décorateur de théâtre français qui participa au mouvement surréaliste durant les années 1920 et qui en conserva l'esprit jusque 1945. De façon plus marginale, il a également pratiqué la sculpture. Ayant échappé de peu à la mort pendant la Première Guerre mondiale et sensible aux écrits de Sade et de son ami Georges Bataille, son œuvre peut être interprétée comme un questionnement sans concession de la barbarie humaine et des comportements pervers. Cette préoccupation primant chez lui sur toute considérat on esthétique, la critique explique le rôle marginal qu'il joue dans l'art moderne par le fait qu'« il ne s'est jamais soucié de plaire ». Son influence est principalement notable à New York pendant la Seconde Guerre mondiale, où il séjourne alors, fuyant l'Allemagne nazie. Ses tableaux rompant en effet avec le schéma classique de figures se détachant sur un fond (afin de symboliser au mieux l'état de confusion mentale qui - selon lui - régit son siècle), ils servent de références aux peintres Jackson Pollock et Arshile Gorky, fondateurs de l'expressionnisme abstrait.

MonsMons est une ville francophone de Belgique située en Région wallonne. Ancienne capitale des comtes de Hainaut, chef-lieu de la province de Hainaut, elle se situe à 60 km au sud-ouest de la capitale Bruxelles. Marquée par l’histoire et riche d’un patrimoine architectural et culturel important, Mons est depuis 2002 la capitale culturelle de la Wallonie. 

Moody, Frank : Frank Moody (1900–1963) était un boxer gallois (Royaume-Uni) dont la carrière s'est étalée de 1914 à 1936. Il a gagné le championnat britannique de poids moyen en 1927 et 1928, et de léger de 1927 à 1929.  

Mûr-de-BretagneMûr-de-Bretagne est une ancienne commune des Côtes-d'Armor, dans la région Bretagne. Elle a fusionné au 1er janvier 2017 avec la commune de Saint-Guen pour devenir la commune de Guerlédan.

MurcieMurcie est une commune du sud de l'Espagne, capitale de la région de Murcie. Elle est située à 350 km au sud-est de Madrid et à 35 km de la mer Méditerranée. Avec une population de 442 203 habitants en 2011, c'est la septième ville d'Espagne. La ville, en tant que capitale de la comarca Huerta de Murcia est appelée le verger d'Europe en raison de sa longue tradition agricole et de sa production de fruits, de légumes et de fleurs et ses exportations. La ville se situe non loin du désert de Tabernas où le climat est à la limite du désertique.

Ney, Michel, maréchalMichel Ney, duc d’Elchingen, prince de la Moskowa, maréchal d’Empire, né le 10 janvier 1769 à Sarrelouis en Lorraine et fusillé le 7 décembre 1815 place de l’Observatoire à Paris, est un général français de la Révolution, élevé à la dignité de maréchal d'Empire en 1804. Le maréchal Ney, qui figure dans la première promotion des maréchaux nommés par Napoléon Ier en 1804, est surnommé par l'Empereur le « Brave des braves ».

Nivelle, Robert, général : Robert Georges Nivelle, né le 15 octobre 1856 à Tulle et mort le 22 mars 1924 à Paris, est un militaire français. Il est généralissime et commandant en chef des armées françaises pendant la Première Guerre mondiale.

Poids lourdsPoids lourds est une catégorie de poids en sports de combat. En boxe anglaise professionnelle, elle concerne les hommes pesant plus de 90,719 kg (200 livres) et les femmes pesant plus de 76,21 kg (168 livres). En boxe amateur masculine (olympique), la limite est fixée entre 81 et 91 kg ; la catégorie n'étant pas ouverte aux femmes.

PrincetonPrinceton est une ville américaine du New Jersey se trouvant dans le comté de Mercer. L’Université de Princeton est présente dans cette ville depuis 1746. Bien que Princeton soit une ville universitaire, il y a dans le voisinage de la ville de nombreux autres centres d’intérêt importants qui enrichissent sa puissance économique. Elle est équidistante de Philadelphie et de New York. Depuis le début du XXe siècle, l’apparition des services ferroviaires et des autoroutes menant à ces deux villes en ont fait une ville-dortoir. La capitale du New Jersey est la ville de Trenton, qui se situe à environ 20 km de Princeton.

Sandhurst, Académie royale deL’Académie royale militaire de Sandhurst est l'école de formation des élèves-officiers de la British Army et de ceux des pays étrangers liés par des accords de coopération. Elle est située à Sandhurst dans le Berkshire, dans le district de Bracknell Forest.

Sparring partner : Sparring-partner est un anglicisme utilisé pour désigner un partenaire d'entraînement dans certains sports, notamment dans le milieu de la boxe, des boxes pieds-poings et du tennis. Il s’agit d’un partenaire d’un certain niveau destiné à faire de l’opposition à un athlète ou champion en préparation de match. Son rôle est déterminé par l’entraîneur afin de faciliter le travail de son « élève » notamment en termes de caractéristiques et qualités se rapprochant de celles de l’adversaire à rencontrer. Il est l’élément indispensable des progrès de l’athlète. D’ailleurs un bon sparring-partner, pour un boxeur professionnel en préparation de « gros match », se monnaye avantageusement.

Strater, Henry Mike : Henry Strater surnommé Mike, né en 1896 à Louisville (Kentucky) et mort en 1987 à Palm Beach (Floride), est un artiste peintre qui fut ami d'Ernest Hemingway et d'autres figures de la lost generation.

Sweeney, CharlesCharles W. Sweeney dit Chuck Sweeney, est un pilote américain né le 27 décembre 1919 à Lowell, Massachusetts, et décédé le 16 juillet 2004 à Boston. Major dans l'US Army Air Forces durant la Seconde Guerre mondiale, il était aux commandes du bombardier B-29 Bockscar qui largua la deuxième bombe atomique offensive sur Nagasaki au Japon, le 9 août 1945. Il avait déjà participé au bombardement d'Hiroshima trois jours auparavant en pilotant un avion qui prenait des mesures sur l'explosion. Promu au rang de lieutenant colonel, Sweeney se chargea par la suite de l'entraînement des équipages de bombardiers. Son opinion demeura inchangée au sujet de l'utilisation de la bombe atomique au Japon, qu'il considérait comme un mal nécessaire. Il écrivit à ce sujet un livre War's End : An Eyewitness Account of America's Last Atomic MissionEn 1956, Sweeney devient le plus jeune brigadier général de l'armée. Il part à la retraite en 1976. Sweeney est mort en 2004 à l'âge de 84 ans à Boston.

Swing : En boxe, le coup de poing balancé ou « swing » en anglais est un coup de poing circulaire exécuté à grande distance avec un mouvement pendulaire autour de l’épaule, le bras relativement tendu.

Welter : Catégorie de poids en sports de combat. Le terme français est mi-moyen.

Beach, Sylvia : Née le 14 mars 1887 à Baltimore, Maryland et morte le 5 octobre 1962 à Paris, libraire et éditrice américaine.

 

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02 décembre 2018

SALMAN RUSHDIE

Ahmed Salman Rushdie, né le 19 juin 1947 à Bombay, est un écrivain britannique (et américain) d'origine indienne. Son style narratif, mêlant mythe et fantaisie avec la vie réelle, a été qualifié de réalisme magique. Objet en 1989 d'une fatwa de l'ayatollah Rouhollah Khomeini à la suite de la publication de son roman Les Versets sataniques, il est devenu un symbole de la lutte pour la liberté d'expression et contre l'obscurantisme religieux, principalement dans les médias occidentaux.

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Issue d'une famille aisée, Salman Fredich Rushdie quitte son pays à l'âge de treize ans pour vivre au Royaume-Uni. Il y étudie à la Rugby School puis à King's College, Cambridge. Il travaille un temps comme publicitaire chez Ogilvy & Mather. Sa langue maternelle est l'ourdou, mais la majeure partie de son œuvre est écrite en anglais.

Sa carrière d'écrivain débute avec Grimus, un conte fantastique, en partie de science-fiction qui passe inaperçu de la critique littéraire.

En 1981, il accède à la notoriété avec Les Enfants de minuit pour lequel il est récompensé du James Tait Black Memorial Prize et le Booker Prize. Les Enfants de minuit a plus tard été désigné comme le meilleur roman ayant reçu le prix Booker au cours des 25 puis des 40 dernières années.

En 1983, il est choisi par la revue littéraire Granta pour figurer dans son premier numéro consacré aux « meilleurs jeunes romanciers britanniques », avec Ian McEwan, Martin Amis, Kazuo Ishiguro et Graham Swift.

Après ce succès, Rushdie écrit un roman, La Honte, dans lequel il décrit l'agitation politique au Pakistan et dont les personnages sont inspirés de Zulfikar Alî Bhutto et du général Muhammad Zia-ul-Haq.

En 1988, la publication des Versets sataniques soulève une vague d'indignation dans le monde musulman. En novembre 1993, à la suite d'une vague d'assassinats d'écrivains en Algérie, il fait partie des fondateurs du Parlement international des écrivains (International Parliament of Writers), une organisation consacrée à la protection de la liberté d'expression des écrivains dans le monde. L'organisation est dissoute en 2003 et remplacée par l'International Cities of Refuge (ICORN).

Depuis 2000, il vit à New York et acquiert la nationalité américaine.

En 2004, il se marie (pour la quatrième fois) avec le mannequin et actrice indienne Padma Lakshmi. Trois ans plus tard, ils divorcent.

Il a soutenu les sandinistes du Nicaragua et a rejoint le groupe d'écrivains de Harold Pinter opposé à Margaret Thatcher, s'engageant également contre le racisme. Salman Rushdie s'oppose au projet du gouvernement britannique d'introduire en droit le crime de haine raciale et religieuse, ce qu'il a exposé dans sa contribution La libre expression n'est pas une offense, un recueil d'essais publié par Penguin en novembre 2005. En juin 2010, il figure parmi les signataires de la pétition en soutien à Roman Polanski lancée au lendemain de l'arrestation du cinéaste en Suisse. 

Dans une interview publiée le 8 juin 2017 par le Nouvel Observateur, il déclare qu' « il faut arrêter l'aveuglement stupide face au djihadisme qui consiste à dire que cela n'a rien à voir avec l'islam ».

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L'affaire des Versets sataniques

La publication des Versets sataniques en septembre 1988 déclenche immédiatement une vive réaction dans la communauté musulmane en raison de sa description jugée irrévérencieuse du prophète de l'islam Mahomet. Le livre décrit un prophète de Dieu nommé « Mahound » qui mélange des « vers sataniques avec le divin ». L’Inde bannit le livre dès le 5 octobre, imitée par l’Afrique du Sud le 24 novembre, puis par le Pakistan, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Somalie, le Bangladesh, le Soudan, la Tunisie, la Malaisie, l’Indonésie et le Qatar les semaines suivantes. Le 14 janvier 1989, le roman est l'objet d’un autodafé à Bradford au Royaume-Uni. Le 12 février, cinq personnes sont tuées par la police pendant une manifestation à Islamabad contre l'ouvrage.

Le 14 février 1989, une fatwa réclamant l’exécution de Rushdie est émise sur Radio Téhéran par l’ayatollah Rouhollah Khomeini, guide de la révolution de l’Iran, dénonçant le livre comme « blasphématoire » envers l’islam. Comme le roman suggère que Rushdie ne croit plus en l’islam, Khomeini le condamne aussi pour apostasie, ce qui, selon l'interprétation actuelle majoritaire d'un hadith, est passible de mort. Khomeini précise que c’est désormais la responsabilité de tout musulman d’exécuter Rushdie et ses éditeurs. 

À la suite de cette déclaration, une récompense est offerte pour la mort de Rushdie, qui est contraint de vivre dès lors sous une protection financée par les autorités britanniques. Le 24 septembre 1998, le gouvernement iranien annonce officiellement son renoncement à accomplir la fatwa, mais déclare qu'elle ne pouvait être annulée selon la loi islamique. Même si la menace de mort qui pèse sur lui n'est pas pour autant relevée, Rushdie abandonne alors son nom d'emprunt Joseph Anton.

Le 24 février, cinq personnes sont tuées par la police lors d'une manifestation devant le consulat britannique à Bombay. Plusieurs autres personnes sont mortes en Égypte et ailleurs. Des communautés musulmanes organisent des autodafés publics. Des violences sont commises à travers le monde : 

  • Attentats contre des librairies à l’université de Californie à Berkeley qui proposait le roman et contre les bureaux de Riverdale Press, un hebdomadaire du Bronx, en réponse à un éditorial qui défendait le droit de lire le livre.
  • Le 11 juillet 1991, le traducteur japonais de Rushdie Hitoshi Igarashi est poignardé à mort à l'université de Tsukuba, province d'Ibaraki, où il enseignait ; son traducteur italien a été poignardé à Milan quelques jours plus tôt.
  • En octobre 1992, il fait sa première apparition publique depuis la fatwa lancée contre lui, à Helsinki, dans le cadre de l’assemblée annuelle du Conseil nordique, au côté de Bernard-Henri Lévy, qui lui cédera son temps de parole.
  • En 1993, à Oslo, l'éditeur norvégien de Rushdie, William Nygaard, survit de justesse à plusieurs coups de feu.
  • Le 2 juillet 1993, trente-sept personnes sont tuées lorsque leur hôtel à Sivas en Turquie est incendié par des manifestants contre Aziz Nesin, le traducteur turc de Rushdie.
  • Deux ecclésiastiques, saoudien et tunisien, qui avaient dénoncé la fatwa sont abattus à Bruxelles.
  • Le musicien pop Cat Stevens — converti à l'islam depuis 1977 et ayant pris le nom de Yussuf Islam — déclara être lui-même opposé aux écrits de l'écrivain et ne montrer aucune opposition à la fatwa. La controverse soulevée par cette déclaration le poussa à préciser dans un communiqué qu'il n'encourageait pas personnellement l'application de la fatwa appelant à l'assassinat de Rushdie.

Après la mort de Khomeini en 1989, Rushdie a publié un essai en 1990, De bonne foi, en signe d’apaisement et a publié des excuses dans lesquelles il a réaffirmé son respect pour l’islam.

En 1999, l'État iranien a annoncé qu'il renonçait à appliquer la fatwa, ce qui n'empêche pas l'ayatollah Hassan Saneii, à la tête de la fondation du 15 de Khordad (bonyad-e punzdah-e khordad, soumise à l'autorité du guide de la révolution de l'Iran), de lancer régulièrement des annonces de primes pour la mort de Rushdie. Ainsi, déclare-t-il en 2003 qu'il augmentait la récompense de 2,8 millions de dollars US à 3 millions de dollars US. Le même groupe déclare le 14 février 2006 par communiqué de presse : « La fatwa de l'imam Khomeiny à propos de l'apostasie de Salman Rushdie restera en vigueur éternellement ». En septembre 2012, il porte la récompense pour le meurtre de Salman Rushdie à 3,3 millions de dollars US.

En juin 2007, Salman Rushdie est anobli et titré chevalier par la reine d'Angleterre. Cette distinction provoque la colère du Pakistan. Une résolution est votée par le parlement pakistanais exigeant le retrait de ce titre. Le ministre des Affaires étrangères, Ijaz Ul-Haq, estime que cette décoration pourrait justifier des attentats-suicide. Ces protestations officielles sont accompagnées de manifestations au Pakistan où des effigies de la reine Élisabeth II et de Salman Rushdie sont brûlées. L'Iran condamne également cette distinction et des voix politiques et religieuses rappellent que la fatwa contre l'écrivain est toujours en vigueur. D'autres réactions ont eu lieu en Égypte, en Malaisie, en Afghanistan et en Inde.

L'attaque contre la liberté de l'artiste d'une part, et contre la liberté d'expression d'autre part, suscitent une émotion considérable dans le monde, dans les pays laïcs en particulier, et nombre de personnalités et d'auteurs, tels que Milan Kundera, prennent la défense de l'écrivain et du libre-penseur.

En 1990, peu après la parution des Versets sataniques, sort un film pakistanais intitulé International Gorillay, dans lequel Rushdie est dépeint comme un comploteur désireux de causer la chute du Pakistan en ouvrant une chaîne de casinos et de boîtes de nuit dans le pays. Le film obtient une certaine popularité auprès des spectateurs pakistanais.

La British Board of Film Classification refuse de délivrer au film un certificat, entraînant de fait son interdiction en Grande-Bretagne. Cependant, deux mois plus tard, Rushdie écrit lui-même à l'organisme, déclarant que bien qu'il pense que le film soit « une bêtise incompétente et fausse », il ne porterait pas plainte si celui-ci sortait. Bien que le film ait été un succès au Pakistan, il passe inaperçu en Occident. Rushdie déclare qu'une partie du film est réellement comique, celle où son personnage torture un combattant pakistanais en lui lisant des extraits des Versets sataniques.

Analyse de l'œuvre

Rushdie est très influencé par la littérature moderne. Les Enfants de minuit emprunte des thèmes du roman Le Tambour de Günter Grass, dont Rushdie déclare qu'il a inspiré sa volonté de devenir écrivain. Le roman Les Versets sataniques est aussi clairement influencé par le roman classique russe Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov.

L'Inde et le Pakistan sont les thèmes respectivement des Enfants de minuit et de La Honte. Dans ses œuvres suivantes, Rushdie s'est tourné vers le monde occidental avec Le Dernier Soupir du Maure, explorant les liens culturels et commerciaux entre l'Inde et la péninsule Ibérique, et La Terre sous ses pieds, œuvre dans laquelle est décrite l'influence du rock 'n' roll américain sur l'Inde.

Salman Rushdie a reçu de nombreuses distinctions dont le prix littéraire de l'Union européenne. Il est aussi membre de la Royal Society of Literature et commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres. Rushdie est président du PEN American Center. Son livre Shalimar le Clown, publié en septembre 2005, a été finaliste pour le Whitbread Book Awards.

Le 24 septembre 1999, il a reçu les insignes de docteur honoris causa de l'université de Liège.

Il a été anobli le 16 juin 2007 par la reine du Royaume-Uni, Élisabeth II.

ROMANS

  • Grimus
  • Les Enfants de minuit 
  • La Honte
  • Les Versets sataniques
  • Le Dernier Soupir du Maure 
  • La Terre sous ses pieds
  • Furie
  • Shalimar le Clown
  • L'Enchanteresse de Florence
  • Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits
  • La Maison Golden

Il a aussi écrit des nouvelles, une autobiographie, des récits pour la jeunesse.

D'après Wikipédia



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29 novembre 2018

LA BOURBONNAISE - CATHERINE HERMARY-VIEILLE - 4/5

J'adore l'histoire, vous le savez, mais j'ai une prédilection pour le moyen-âge, la renaissance... et le XVIIIe !

RESUME

Histoire romancée de la duchesse du Barry, dernière favorite du roi Louis XV. Issue d'un milieu modeste, mais ambitieuse, elle est rapidement remarquée pour sa très grande beauté. Deux protecteurs, le comte du Barry et le maréchal de Richelieu, décide de lui donner une éducation parfaite, dans tous les domaines, et de la placer sur le chemin de Louis XV, afin de s'attirer ses bonnes grâces... 

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L'AUTEUR

Catherine Hermary-Vieille, née le 8 octobre 1943 dans le 15e arrondissement de Paris, est une romancière et biographe française.

Après l'obtention de son baccalauréat, elle étudie les langues O. En 1981, son premier roman, Le Grand Vizir de la nuit, inspiré du conte La Fin de Giafar et des Barmakides des Mille et Une Nuits, remporte le Prix Femina.

La plus grande part de son œuvre romanesque appartient à la veine du roman historique, notamment La Marquise des ombres (1983), récit centré sur la Marquise de Brinvilliers, célèbre empoisonneuse du XVIIe siècle, jugée et reconnue coupable dans l'Affaire des Poisons, et Merveilleuses (2011), qui évoque la France au lendemain de La Terreur. La Bête, paru en 2014, se base sur l'histoire de la Bête du Gévaudan.

En 1986, elle signe Romy, une biographie de l'actrice Romy Schneider. En 1987, elle devient chroniqueuse à Télématin.

Catherine Hermary-Vieille vit à Charlottesville en Virginie. Elle partage sa vie entre l'écriture, sa ferme et de nombreux voyages en France. Mariée avec un ingénieur, elle un fils, Maxime, né en 1978. En 1985, elle adopte une petite-fille au Liban qu'elle prénomme Yasmine, née le 10 août de la même année.

MON AVIS

J'aime Catherine Hermary-Vieille parce ses romans sont super bien écrits... et on ne peut pas toujours en dire autant de tous les auteurs de romans historiques, d'où sans doute cette réputation de "sous-littérature"...

C'est une très belle biographie, très détaillée, de la comtesse du Barry. On doutera cependant un peu de l'objectivité du portrait ; il semble que l'auteure soit tombée sous le charme de son héroïne ! Elle est belle, très belle, mais elle est aussi bonne, juste, bienveillante, généreuse, spirituelle... Mais après tout, pourquoi pas ? Grande amoureuse, elle aima passionnément Louis XV, nous dit-on, mais on sait qu'elle était aussi un peu en "service commandé" ; Catherine Hermary-Vieille choisit l'amour et là aussi, pourquoi pas après tout ? L'ouvrage est donc très romanesque ; presque trop, pourrais-je lui reprocher : les scènes d'amour sont un peu redondantes.

Mais sinon, j'adore !

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FAITS HISTORIQUES REELS (merci Wiki)

Madame du Barry

Jeanne Bécu de Cantigny, dite aussi Mademoiselle de Vaubernier, devenue par mariage comtesse du Barry, née le 19 août 1743 à Vaucouleurs (Meuse), et morte guillotinée le 8 décembre 1793 à Paris, fut de 1768 à 1774, la dernière favorite du roi Louis XV. Son origine roturière et sa jeunesse agitée ont suscité un certain nombre de pamphlets injurieux, voire orduriers.

Un maître rôtisseur parisien nommé Jean Bécu, né sous Louis XIII, a un fils prénommé Fabien, réputé comme l'un des plus beaux hommes de la capitale. Ce physique avantageux plaît à une dame de la noblesse, Séverine Bonnet de Cantigny, comtesse de Montdidier. Veuve, elle l'épouse en dépit des préjugés sociaux mais elle meurt peu après. Fabien Bécu se fait dorénavant appeler Bécu de Cantigny. Après avoir été marchand de vin, il devient cuisinier d'Isabelle de Ludres, ex-maîtresse de Louis XIV qui s'est retirée sur ses terres de Lorraine, au château de Vaucouleurs. Le 22 décembre 1693, il épouse en secondes noces Jeanne Husson, femme de chambre de la comtesse de Ludres. Sept enfants sont issus de cette union, dont Anne Bécu, née le 16 avril 1713 à Vaucouleurs. Très belle, Anne Bécu de Cantigny n'a pas une jeunesse irréprochable… Ainsi on ne sait pas qui est le père de Jeanne, future Madame du Barry. Parmi plusieurs hypothèses, la mieux fondée semble désigner Jean-Jacques-Baptiste Gomard de Vaubernier, dit en religion Frère Ange. C'est un moine du couvent des franciscains appelés Les Picpus où Anne Bécu, couturière, se rend régulièrement pour divers ouvrages. C'est ce prêtre qui, le 1er septembre 1768, bénit le mariage de Jeanne avec Guillaume du Barry. Toute sa vie, la comtesse du Barry se fera appeler (et signera) de Vaubernier. N'est-ce pas là l'aveu de son origine paternelle ? Néanmoins les héritiers Bécu ont prouvé que l'acte de mariage notant Gomard de Vaubernier comme père de Jeanne était un faux.

Une seconde naissance illégitime suit le 14 février 1747, celle de Pierre Claude Bécu, qui meurt en bas âge. La réputation d'Anne est très compromise. C'est alors qu'elle rencontre Claude Roch Billard du Monceaux, riche financier parisien. Séduit par la beauté de la jeune femme, et naturellement bienveillant, Billard du Monceaux devient son protecteur. Il l'emmène avec lui à Paris et lui procure un emploi de cuisinière. Le 18 juillet 1749, Anne Bécu épouse Nicolas Rançon, un domestique auquel Billard du Monceaux fera obtenir une charge de garde-magasin en Corse. Rançon de Montrabé est commis aux Aides et receveur des Gabelles à Fresnays. Dès cette époque, Jeanne est mise en pension dans le couvent parisien de la rue Neuve-Sainte-Geneviève. Elle y reste 9 ans, apprend l'écriture et l'orthographe, la lecture, le calcul, la musique, le dessin, la danse, la broderie, l'histoire et - bien sûr - la religion.

En 1759, après avoir passé 5 mois chez un coiffeur nommé Lametz, elle entre au service de la veuve d'un fermier général, Élisabeth de Delay de Lagarde, retirée dans son château de La Courneuve. Au contact d'une société choisie, elle acquiert alors peu à peu l'aisance et la distinction de manières qui ne la quitteront plus.

Vers 1761, elle devient vendeuse dans une boutique de mode. Jeanne se met alors à fréquenter le demi-monde. L'éblouissante beauté de la jeune fille la fait vite remarquer. Il semble avéré que, comme sa mère, Jeanne ait connu une jeunesse des plus légères...

Jeanne est reçue dans plusieurs salons parisiens où Jean-Baptiste, comte du Barry-Cérès, dit Le Roué, un gentilhomme toulousain quadragénaire, renommé dans les milieux de la galanterie pour sa dépravation et son absence totale de scrupules, fait sa connaissance en 1764 et devient son amant.

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L'année 1768 a clos pour Louis XV une décennie ponctuée de deuils familiaux : celui de sa fille Élisabeth de France, de son petit-fils aîné Louis de France, de sa petite-fille Isabelle de Bourbon-Parme, de sa favorite en titre sincèrement regrettée, Madame de Pompadour, de son gendre Philippe Ier de Parme, de son fils et héritier Louis de France, de son beau-père Stanislas Leszczynski, de sa belle-fille Marie-Josèphe de Saxe, enfin de sa femme, la discrète Marie Leszczyńska.

Le roi, toujours très beau mais vieillissant (il a alors 58 ans) et neurasthénique, est donc libre. Le ministre Étienne François de Choiseul essaie de placer alors auprès du roi Louis XV sa sœur, la duchesse de Grammont. Mais le maréchal de Richelieu, vieux libertin très bien en cour, souhaite placer une femme à sa dévotion pour contrer Choiseul. Jean-Baptiste Dubarry présente Jeanne au maréchal qui lui fait rencontrer discrètement Louis XV, au printemps 1768. En peu de temps, Louis XV s'éprend vivement de Jeanne dotée d'un charme infini et dont les talents aux jeux de l'amour lui donnent une nouvelle jeunesse.

Le roi désire faire de Mademoiselle de Vaubernier sa nouvelle favorite. Mais cela ne peut s'accomplir sans une présentation officielle à la cour par une personne y ayant ses entrées et sans que la personne présentée soit mariée. Le chevalier Jean-Baptiste Dubarry étant déjà marié, il contourne la difficulté en faisant épouser à Jeanne son frère cadet, le comte Guillaume Dubarry. Moyennant de généreuses compensations, Guillaume Dubarry accepte de contracter un mariage blanc. 

Mariée et munie d'un nom mieux sonnant que Bécu, Madame la comtesse du Barry (othographe plus brillante à la cour...) est présentée à la cour le 22 avril 1769. Pour marraine, on a recours à la comtesse de Galard de Béarn. Veuve, issue d'une très ancienne famille, âgée et surtout très endettée, elle accepte de présenter Jeanne à la cour contre paiement de ses dettes.

Jeanne s'adapte parfaitement aux usages de la cour, mais ne s'intéresse guère aux affaires et ne cherche pas à y jouer de rôle politique - ce dont Louis XV lui sait gré. Intermédiaire de la coterie du maréchal de Richelieu, elle n'est pas sans influencer discrètement telle ou telle décision, obtenant ainsi la grâce de plusieurs condamnés à mort ; mais, malgré les intrigues de la duchesse de Grammont et d'autres femmes envieuses de sa position, elle s’efforce d’être agréable à tous (contrairement à Madame de Pompadour qui ne pardonnait pas les offenses et s'en vengeait même âprement). 

Cependant, le clan Choiseul ne désarme pas. L'une de ses créatures, Pidansat de Mairobert, publie des Mémoires secrets à l'origine des attaques dont Madame du Barry sera dès lors constamment l'objet. Il diffuse, ou suscite, des chansons grivoises, des pamphlets injurieux et même des libelles pornographiques. Pour avoir conclu le mariage du Dauphin et de Marie-Antoinette, le Premier ministre se croit intouchable.

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Prévenue contre Madame du Barry dès son arrivée en France en 1770, la très jeune Dauphine au caractère entier lui voue d'emblée une vive antipathie. Encouragée par le clan Choiseul et Mesdames, filles de Louis XV, elle la traite avec un mépris affiché, refusant de lui adresser la parole, ce qui constitue une grave offense, indisposant le roi et jusqu'aux chancelleries puisqu'il faudra que l'impératrice d'Autriche elle-même impose de Vienne à sa fille un comportement plus... diplomatique. Sous l'influence de sa mère et de ses tuteurs, Marie-Antoinette finit par lui adresser une phrase de neuf mots : « Il y a bien du monde aujourd'hui à Versailles. » à l'occasion du premier de l'an.

En 1771, à la suite d'humiliations répétées envers Madame du Barry, Louis XV décide du renvoi de Choiseul et le fait remplacer par le duc d’Aiguillon, ce qui accroît encore la rancœur de Marie-Antoinette. 

On a souvent affirmé que le rôle de la comtesse du Barry en matière artistique fut inférieur à celui de Madame de Pompadour. Pourtant Madame du Barry s'est intéressée aux arts. Mais la brièveté de son « règne » (5 ans) ne lui a pas permis d'imprimer une marque comparable à celle de la précédente favorite.

Elle pratique le dessin avec talent. Elle a joué un rôle de mécène en encourageant l'artisanat d'art français. Elle inspire les plus grands artistes de son époque dont le sculpteur Louis Boizot, directeur de la manufacture de Sèvres. Elle contribue aussi à l'essor du néo-classicisme en révélant l'architecte Claude Nicolas Ledoux qui bâtit son pavillon de musique de Louveciennes, ou en passant des commandes aux peintres Joseph-Marie Vien, François-Hubert Drouais, Jean-Baptiste Greuze ou Jean-Honoré Fragonard, aux sculpteurs Félix Lecomte, Augustin Pajou ou Christophe-Gabriel Allegrain et à d'autres encore. Ses collections de meubles et objets d'art sont somptueuses et donnent naissance aux plus belles créations du menuisier en sièges Louis Delanois, de l'ébéniste Martin Carlin ou du bronzier Pierre Gouthière. D'un goût très sûr, comme en témoignent ses collections décrites par Charles Vatel, Madame du Barry a, d'une certaine manière, initié ce qui deviendra le style Louis XVI.

Par ailleurs, élégante et de goûts affirmés, la comtesse du Barry exerce une influence prépondérante sur la mode vestimentaire de son époque. Elle lance notamment la vogue des étoffes à rayures qui durera dans toute l'Europe jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

A la mort de Louis XV (10 mai 1774), son petit-fils et successeur Louis XVI, probablement inspiré par Marie-Antoinette et ses tantes, fit délivrer une lettre de cachet contre la comtesse du Barry. Le duc de La Vrillière, Louis Phélypeaux de Saint-Florentin, est chargé de la faire conduire de nuit au couvent du Pont-aux-Dames, dans le diocèse de Meaux. Puis il fait saisir ses papiers qui parviennent en partie entre les mains du clan Choiseul. Certains sont utilisés pour publier une correspondance apocryphe mêlant le vrai au faux qui paraît quelques années plus tard. Ainsi naît la légende selon laquelle la comtesse du Barry sortait du lupanar de Marguerite Gourdan.

Au bout d'un an, en avril 1775, Jeanne est libérée.

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En octobre 1776, le comte de Maurepas obtient du roi qu'elle retourne au château de Louveciennes, dont Louis XV lui avait cédé l'usufruit en 1769, et où elle se plaisait beaucoup. Elle y mène une vie paisible et heureuse, marquée par sa longue liaison avec Louis Hercule Timoléon de Cossé-Brissac et agrémentée des visites de Madame Élisabeth Vigée Le Brun, son amie.  

En 1779, elle se rend auprès de Voltaire, âgé et malade, en hommage à un homme qu'elle admirait mais aussi à la philosophie des Lumières.

En 1789, la comtesse du Barry ne cesse de soutenir de l'intérieur la contre-révolution naissante. Pour les révolutionnaires, son ancienne condition de maîtresse royale en fait une cible parfaite.

Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1791, des cambrioleurs s'introduisent en son absence dans sa chambre de Louveciennes, et emportent ses diamants et bijoux. Entre-temps, son amant, le duc de Cossé-Brissac, devenu commandant en chef de la garde constitutionnelle du Roi, dissoute par l'Assemblée législative le 29 mai 1792, est arrêté et emprisonné à Orléans et en attente de jugement par la haute cour à Paris. Le 9 septembre 1795, le convoi qui ramène à la capitale le duc et ses compagnons prisonniers passe par Versailles où ils sont massacrés. Les corps des suppliciés sont dépecés et la tête du duc est jetée par une fenêtre dans le salon de la comtesse du Barry.

Après l'exécution de Louis XVI (21 janvier 1793), alors en Grande-Bretagne à la recherche de ses bijoux, Jeanne revient précipitamment en France pour éviter l'apposition des scellés sur sa propriété de Louveciennes. Mais à cette époque, un séjour en Angleterre est assimilé à une aide aux émigrés et implique arrestation puis condamnation.

Madame du Barry est dénoncée par George Greive, identifié plus tard comme un agent anglais en France. Déclarée ennemie de la Révolution, elle est emprisonnée à Sainte-Pélagie le 22 septembre 1793. Son procès s'ouvre le 6 décembre 1793 devant le Tribunal révolutionnaire et, le lendemain, elle est condamnée à la guillotine. L'exécution eut lieu sur l'actuelle place de la Concorde, le 8 décembre 1793.  

Louis XV

Louis XV dit le « Bien-Aimé », né à Versailles le 15 février 1710 et mort le 10 mai 1774 dans la même ville, est roi de France et de Navarre du 1er septembre 1715 au 10 mai 1774.  

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Louis XV

Orphelin à l'âge de deux ans, duc d'Anjou puis dauphin de France du 8 mars 1712 au 1er septembre 1715, il succède à son arrière-grand-père Louis XIV à l'âge de cinq ans. Son pouvoir est alors délégué à son cousin, le duc d'Orléans, proclamé « Régent du Royaume », le 2 septembre 1715, jusqu'au 15 février 1723, date de l'entrée du jeune roi dans sa quatorzième année et de sa majorité, où il prend officiellement la direction du gouvernement.

Les premières années de son règne se déroulent dans un calme relatif, sous la direction prudente de plusieurs précepteurs, qui lui prodiguent une vaste culture. À sa majorité, il confie successivement le gouvernement à des proches parents, le duc d'Orléans, ex-régent, puis le duc de Bourbon, puis à l'un de ses anciens précepteurs, le cardinal de Fleury.

À la différence de Louis XIV, Louis XV n'est pas en contact direct avec la vie politique du pays. Il ne voit que rarement ses ministres et agit souvent à l'encontre de leurs attentes faute de pouvoir leur donner des directives fermes et précises, d'après les informations émanant d'un réseau secret de diplomates et d'espions qu'il a constitué. Son désintérêt pour la politique et la succession de ministres aux tendances différentes aboutissent à un affaiblissement de l'influence de la France en Europe.

Seul survivant de la famille royale stricto sensu, il bénéficie au début de son règne d'un grand soutien populaire, ce qui lui vaut le surnom de « Bien-Aimé » en 1744 après une maladie qui a failli l'emporter à Metz. Au fil des années cependant, son manque de fermeté, le dénigrement de son action par les parlementaires et une partie de la noblesse de cour, les intrigues incessantes impliquant sa maîtresse, la marquise de Pompadour, et son inconduite dans sa vie privée amènent la disparition de sa popularité, à tel point que sa mort — de la petite vérole — provoque des festivités dans Paris, comme à la suite de celle de Louis XIV.

Sous son règne, toutefois, la France connaît de grands succès militaires sur le continent européen et acquiert le duché de Lorraine et le duché de Bar, ainsi que la Corse. En revanche, elle perd le contrôle d'une grande partie de son empire colonial, au profit de la domination coloniale britannique : spécialement la Nouvelle-France en Amérique, ainsi que sa prépondérance aux Indes.

Marquise de Pompadour

Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour, duchesse de Menars, née le 29 décembre 1721 à Paris et morte le 15 avril 1764 à Versailles, est favorite de Louis XV, roi de France et de Navarre.

Son père, François Poisson a épousé Madeleine de la Motte qui appartient à une famille plus élevée. De cette union sont nés deux autres enfants : Françoise Louise, qui meurt très jeune, ainsi qu'Abel-François.

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La marquise de Pompadour

François Poisson, a débuté comme conducteur dans le service des vivres. Remarqué par les frères Pâris, des financiers liés à la famille de la Motte, il a rendu de grands services en Provence, au moment de la peste. Mais, chargé comme commissaire aux vivres du ravitaillement de Paris pendant la disette de 1725, il est accusé de trafics et ventes frauduleuses. Il est contraint de quitter le pays, et s'exile en Allemagne. Le 23 avril 1727, une commission du Conseil le déclare débiteur pour la somme de 232 430 livres. Le 12 août de la même année, une sentence du Châtelet de Paris décide la séparation de biens avec son épouse, mais leur maison est saisie. Avant son départ, François Poisson confie sa fille Jeanne-Antoinette au couvent des Ursulines à Poissy en 1727. Ce couvent est connu pour l'éducation des jeunes filles issues notamment de la bourgeoisie. La santé de Jeanne-Antoinette est fragile. Mais elle souffre aussi moralement d'une double absence : celle de son père exilé, et celle de sa mère qui mène une vie pour le moins mouvementée. En janvier 1730, Madame Poisson reprend sa fille à Paris. Jeanne-Antoinette reçoit alors une éducation soignée et l'enseignement des arts d'agrément, tels que le dessin, la musique, la peinture, la gravure, la danse, les cours de chant et de déclamation. Dans ce cadre, elle découvre le salon littéraire de Madame de Tencin, une amie de sa mère. C'est dans ce cercle que la jeune fille va apprendre l'art de la conversation et les valeurs de l'esprit.

Pendant l'éloignement de son mari, Madeleine de La Motte a entre autres amants le riche fermier général Charles François Paul Le Normant de Tournehem, célibataire et amateur d'art. L'infidélité notoire de Madeleine a fait naître l'hypothèse d'une liaison plus précoce avec Jean Pâris de Monmartel ou Le Normant, d'où la suspicion que Jeanne-Antoinette soit leur fille naturelle. 

Une légende raconte qu'à neuf ans, elle est allée consulter avec sa mère une voyante qui se serait exclamée : « Vous serez la maîtresse du roi ». Légende ou pas : lorsque le testament de la future marquise a été ouvert, on découvre qu'une dame Lebon, voyante parisienne, s'est vu allouer une pension de 600 livres par an.

Le Normant, après avoir veillé à l'éducation des enfants de sa maîtresse, dont il est le tuteur légal, fait épouser à la première dès qu'elle a vingt ans, son neveu et héritier Charles-Guillaume Le Normant d'Étiolles. Le couple a un fils, Charles Guillaume Louis, né le 26 décembre 1741, qui meurt dans sa première année. Le 10 août 1744 naît une fille, Alexandrine.

La beauté de Jeanne-Antoinette et son esprit la font connaître et elle devient l'hôtesse des salons cultivés et mondains de Paris. Madame de Tencin la présente à Madame Geoffrin et à sa fille la marquise de La Ferté-Imbault. Elle donne des représentations intimes dans le petit théâtre qu'elle a fait construire dans son château d'Étiolles, à côté de Sénart où le couple s'est installé. Cette propriété se situe dans la forêt royale et le roi vient fréquemment chasser aux abords. Madame d'Étiolles a le droit statutairement d'assister à ces chasses en calèche et se fait accompagner par un des lieutenants de la vénerie royale qui l'informe précisément sur les passages du roi pour qu'elle puisse attirer son attention. C'est au cours de l'une d'elles, durant l'été 1743, que Louis XV l'a remarquée. En effet, les frères Pâris, le cardinal de Tencin, sa sœur la marquise de Tencin et le maréchal de Richelieu veulent rentrer en grâce. La jeune Jeanne-Antoinette paraît susceptible de plaire au roi. Son mari semble d'accord, la jeune femme obéit.

Le 23 février 1745 est célébré le mariage religieux du fils du roi, le dauphin Louis, avec l'infante Marie-Thérèse d'Espagne. Des fêtes sont organisées pendant huit jours pour cet événement. Le 25 février a lieu dans la Galerie des Glaces au château de Versailles, un bal masqué où est invitée Jeanne-Antoinette, sous l'apparence de Diane chasseresse. Le roi s'entretient longuement avec la belle inconnue. Trois jours plus tard, au cours du bal offert à l'Hôtel de ville de Paris par le corps municipal, une nouvelle rencontre entre Madame d'Étiolles et Louis XV confirme l'intérêt que lui porte le roi.

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Le maréchal de Richelieu

Le 10 septembre 1745, Louis XV l'installe au château de Versailles dans un appartement situé juste au-dessus du sien, relié par un escalier secret. Le 24 juin, le roi lui fait don du domaine de Pompadour, la créant marquise, tandis que Jeanne-Antoinette obtient de son mari une séparation légale. La présentation officielle de la nouvelle favorite à Versailles, le 14 septembre 1745, nécessite une princesse de sang. Pour cette cérémonie très protocolaire, la princesse de Conti accepte d'être la marraine de Jeanne-Antoinette, en échange de l'extinction de ses dettes. Jeanne-Antoinette cherche progressivement à conquérir les différents cercles du roi, mais reste haïe par la famille royale. Les milieux dévots d'une part et les milieux aristocratiques conservateurs d'autre part concentrent leurs attaques sur la nouvelle maîtresse du roi, issue de la haute bourgeoisie et non de l'antique noblesse comme l'étaient les précédentes favorites du roi.

Le 21 mai 1746, Louis XV achète le château de Crécy pour sa maîtresse. Toujours en 1746, Louis XV donne aussi à la marquise une parcelle d'environ 6 hectares dans le parc de Versailles, au lieu-dit "Les Quinconces". Elle y fait construire en 1749 une demeure pleine de charme, avec un jardin français, un jardin fruitier, un jardin botanique et des volières, qu'elle appelle son Ermitage.  

Son ascension sociale lui vaut d'être critiquée par des pamphlets injurieux, appelés « poissonnades ». Dans ce contexte, Madame de Pompadour obtient la disgrâce du ministre, le comte de Maurepas, accusé de rechercher avec si peu de zèle les auteurs de ces libelles, d'autant qu'elle le soupçonne de complicité.

Elle obtient en 1749 le privilège royal de loger dans l'appartement du duc et de la duchesse de Penthièvre au rez-de-chaussée du corps central du château de Versailles alors que Mesdames les filles du roi le convoitent.

Pendant sa liaison avec le roi Louis XV, Jeanne-Antoinette a fait trois fausses couches. Souffrant de troubles gynécologiques, elle cesse alors toute relation sexuelle avec le roi, mais devient l'ordonnatrice de ses plaisirs pour éviter d'être remplacée par une autre favorite officielle : elle trouve des "pourvoyeurs", comme le duc de Richelieu ou Dominique-Guillaume Lebel, premier valet de chambre du roi, qui recrutent des jeunes femmes ou jeunes filles, logées dans la maison du Parc-aux-cerfs, l'actuel quartier Saint-Louis, à Versailles. Jeunes et inexpérimentées, ces éphémères maîtresses ne lui font pas d'ombre.  

Après 1750, si les relations entre le roi et sa favorite ont pris un tour platonique, Jeanne-Antoinette ne quitte pas la cour pour autant et reste dans l'entourage immédiat de la famille royale. Mme de Pompadour excelle à distraire Louis XV, lui fait découvrir les arts, organise des fêtes, des représentations théâtrales, entretient le goût du souverain pour les bâtiments et les jardins, multiplie ses résidences hors de Versailles. Ce qui explique qu'après avoir été pendant cinq ans sa maîtresse, elle reste la favorite en titre. Forte de son pouvoir, elle obtient du roi de donner titres et faveurs à son frère, Abel-François Poisson. Ce dernier est finalement nommé en 1751, directeur des Bâtiments du roi.

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Le duc de Choiseul

Le 15 juin 1754, la fille unique de la marquise, Alexandrine, dont elle a la garde et qu'elle élève telle une princesse royale, contracte une péritonite aiguë au couvent des Dames de l'Assomption, où elle reçoit son éducation. Louis XV dépêche en urgence deux de ses médecins personnels au chevet de l'enfant, mais ils arrivent trop tard. La jeune Alexandrine, âgée de neuf ans, a déjà succombé. La marquise, profondément affectée, ne se remettra jamais vraiment de ce drame.  

Le 30 juin 1760, la marquise de Pompadour fait l'acquisition du château et du marquisat de Menars, de la terre de Nozieux et de toutes leurs dépendances. En 1763, le roi érige le marquisat de Menars en duché, ce qui permet à Mme de Pompadour d'accéder au titre de duchesse.

Sa santé chancelle, elle contracte la tuberculose. À Versailles, elle se plaint constamment de l'air froid et humide de ses grands appartements. Jeanne-Antoinette meurt d'une congestion pulmonaire, à l'âge de 42 ans, le 15 avril 1764 à Versailles, ultime privilège, puisqu'il est interdit à un courtisan de mourir dans le lieu où résident le roi et sa cour.

Dans ses dispositions testamentaires et faute de descendance, Mme de Pompadour offre une partie de ses résidences au roi. Elle lègue également à ses amis et serviteurs des pensions viagères. Le reste de ses biens, dont le château de Menars, est transmis à son frère Abel-François.

Madame de Pompadour a apporté son soutien indéfectible à Voltaire. La marquise réconcilie l'écrivain et Louis XV. Ce retour en grâce auprès du roi, permet à Voltaire d'obtenir une charge d'historiographe en 1745 et un siège à l'Académie française en 1747. Favorable aux philosophes et au parti intellectuel, elle a permis aux écrivains d'avoir la relative liberté de répandre des idées contestataires en faisant l'éloge du système politique anglais et en prônant une monarchie éclairée. Madame de Pompadour va aussi défendre Montesquieu face aux critiques, lors de la parution de son livre De l'esprit des lois, publié en 1748. 

La marquise se faisait toujours représenter par des portraits livre en main, à côté d’un globe ou feuilletant une partition de musique… Elle exerce un véritable mécénat par de nombreuses commandes aux peintres Boucher, La Tour et van Loo. Elle fait travailler de nombreux artisans, ainsi que la manufacture de porcelaine de Vincennes, et permet le réaménagement de la manufacture de porcelaine de Sèvres pour rivaliser avec la porcelaine du Japon, de Chine ou de Saxe. Elle promeut des artistes de Sèvres, qui mettent au point des couleurs originales (le jaune jonquille, le bleu de Sèvres ou le rose « lilas » appelé « rose Pompadour », inventé par Philippe Xhrouet), des motifs en « fleurs en naturel » ou le « biscuit de Sèvres ». Elle est favorable à la construction de monuments comme la place Louis XV (actuelle place de la Concorde) et le Petit Trianon. Elle participe aussi au projet de financement pour la réalisation de l’École militaire. Personnellement, elle sait à danser, graver et jouer de la guitare.  

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La machine de Marly

Maréchal de Richelieu

Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis, duc de Fronsac puis duc de Richelieu à partir de 1715 ; prince de Mortagne, marquis du Pont-Courlay, comte de Cosnac, baron de Barbezieux, baron de Cozes et baron de Saujon, maréchal et pair de France, est un aristocrate et militaire français, né à Paris le 13 mars 1696 et mort dans la même ville le 8 août 1788.

Fils du petit-neveu du cardinal de Richelieu (1585-1642), Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis est le filleul de Louis XIV et de la duchesse de Bourgogne Marie-Adélaïde de Savoie, il s'est marié trois fois.

Surnommé « l'Alcibiade français », il se rend célèbre par ses débauches - il ne craint pas de compromettre des princesses du Sang et on prétend qu'il a même voulu séduire sa marraine, mariée à l'héritier du trône - ses aventures amoureuses (depuis les dames de la Cour jusqu’aux chambrières et aux actrices de l’Opéra) et ses duels, qui lui ont valu d'être emprisonné quatorze mois à la Bastille dans sa jeunesse.

Il y retourne pour un duel en 1716, puis le 20 mars 1719, gravement compromis dans la conspiration de Cellamare.  

On lui prête aussi une brève liaison avec Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans, duchesse de Berry, jeune veuve licencieuse à la réputation de Messaline. Bien que sachant à peine l'orthographe, il est élu à l'unanimité à l'Académie française le 25 novembre 1720. Il fait écrire son discours de réception par Fontenelle, Campistron et Destouches.

Autoritariste, il exerce une très grande influence au sein de l'Académie, manipulant les élections. Il est fait chevalier de l'ordre du Saint-Esprit le 1er janvier 1729 et membre honoraire de l'Académie des sciences en 1731.

Grâce à la protection de la Jeanne-Agnès Berthelot de Pléneuf, marquise de Prie, maîtresse du duc de Bourbon, Premier Ministre en titre après la mort du Régent, il est nommé ambassadeur à Vienne (1725-1729) puis à Dresde, où il se montre habile diplomate.

Il est commandant en chef du Languedoc de 1738 à 1755. En 1743 il est nommé Premier Gentilhomme de la Chambre et, en 1755, gouverneur de la Guyenne où il découvre et apprécie les vins de Bordeaux, appelés par les esprits moqueurs du temps « la tisane du Maréchal », qu'il introduit à la Cour qui ne buvait alors que du vin de Bourgogne ou de Champagne.

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Le château de Madame du Barry à Louveciennes

Homme de guerre valeureux, il combat avec distinction dans de nombreuses campagnes entre 1733 et 1758, prenant notamment une part décisive à la victoire de Fontenoy (1745). Il est fait maréchal de France le 11 octobre 1748, agrégé au corps des nobles génois, avec faculté de porter les armes de la république le 17 du même mois. Il prend le commandement de l’armée du Hanovre pendant la guerre de Sept Ans au cours de laquelle il gagne le surnom de « Petit Père la Maraude ».

Brillant courtisan, il exerce une grande influence sur Louis XV, jusqu'à ce que Madame de Pompadour, offensée par son refus de marier son fils, le duc de Fronsac, à sa fille, Mlle d'Étiolles, l'éloigne du Roi sans parvenir pour autant à le priver de tout crédit.

Mécène généreux mais endetté toute sa vie de par son train de vie somptueux, libertin, il est l'ami de Voltaire, qu'il reçoit souvent dans ses résidences de Paris, Versailles et Fontainebleau. Gastronome, il a laissé son nom à un plat, le « boudin à la Richelieu », boudin blanc truffé servi avec des amandes.  

Il meurt à plus de 92 ans.

Duc de Choiseul

Étienne-François de Choiseul-Beaupré-Stainville, comte puis duc de Choiseul-(Stainville) (1758) et duc d'Amboise (1764), est un homme d'État français né le 28 juin 1719 à Nancy et mort le 8 mai 1785 au château de Chanteloup. Il fut le chef du gouvernement de Louis XV entre 1758 et 1770.

Il est préoccupé par la modernisation de l'État et son renforcement face au pouvoir de l'Église, symbolisant l'alliance sociologique et politique entre une frange libérale de la noblesse européenne et la bourgeoisie progressiste d'affaires, tout comme William Pitt en Grande-Bretagne, Pombal au Portugal, Tanucci à Naples, Du Tillot à Parme, Kaunitz en Autriche.

Il est vu par ses ennemis comme un boute-feu qui a embrasé l'Europe. Bête noire de Frédéric II et de Catherine II, qui se plaignent de son interventionnisme, il a œuvré à l'alliance défensive avec la cour de Vienne, via le traité du 1er mai 1756, accélérateur de la guerre de Sept Ans.

Machine de Marly

La machine de Marly est un gigantesque dispositif de pompage des eaux de la Seine destiné à l’alimentation hydraulique des jardins du château de Marly et du parc de Versailles. Construite entre 1681 et 1682, sous le règne de Louis XIV, à Bougival, par le maître charpentier et mécanicien liégeois Rennequin Sualem, d'après le projet d’Arnold de Ville, elle s'inspire des machines d'exhaure des mines de Liège et du Harz, ce qui en fait l'une des machines les plus complexes de son temps. Elle fonctionne pendant 133 ans, mais ne parvient jamais longtemps à fournir le débit attendu, et est remplacée, en 1817, par plusieurs pompes successives plus performantes, jusqu'à des électro-pompes en 1968. 

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Le Pavillon de Musique

Château de Louveciennes dit "de Madame du Barry"

A ne pas confondre avec le "château Louis XIV" de Louveciennes, édifice récent construit par un milliardaire.

Le château de Madame du Barry à Louveciennes (Yvelines), se compose :

  • du château proprement dit, construit à la fin du XVIIe siècle par Robert de Cotte, puis agrandi et redécoré probablement par Ange-Jacques Gabriel pour Madame du Barry
  • d'un pavillon de réception appelé pavillon de musique construit par Claude Nicolas Ledoux
  • d'un parc qui a été divisé au XIXe siècle.

En 1683, Louis XIV ordonne la construction, à proximité du puisard supérieur de la machine de Marly, à l'intérieur de l'enclos de la machine, d’un pavillon pour servir de logement de fonction à Arnold de Ville, le gouverneur de cette installation hydraulique. Le bâtiment est construit par le jeune Robert de Cotte, futur architecte du roi, qui commence là sa carrière comme simple entrepreneur des Bâtiments du roi. De 1683 jusqu'à sa mort en 1722, ce pavillon est donc le logement de fonction d'Arnold de Ville, qui le meuble avec goût, organisant même un cabinet de peintures avec des œuvres de Raphael, Holbein, Van Dyck, Le Brun.

En 1769, Louis XV offre le château à sa nouvelle favorite, Madame du Barry, qui y réside jusqu'en 1793. Celle-ci fait probablement appel à Ange-Jacques Gabriel, Premier architecte du Roi, pour agrandir et redécorer le bâtiment, qui se voit alors adjoindre l’aile basse orientale, ainsi qu'un décor de boiseries sculptées qui subsiste en partie. Madame du Barry aime son château mais il n'a pas de vue sur la Seine et ne comporte pas assez de pièces de réception ; aussi, elle confie à l'architecte Claude-Nicolas Ledoux la construction, à l'aplomb de la vallée de la Seine, d'un pavillon comprenant uniquement des pièces de réception, le pavillon de musique. Des deux petits temples situés dans le parc, le temple ionique date sans doute de cette époque. Il est parfois attribué sans preuve à Claude-Nicolas Ledoux ou encore à Richard Mique.

Après la révolution et la mort de la comtesse, une partie du mobilier est apporté au château de Stors à L'Isle-Adam, domaine qui, classé bien national, est vidé puis vendu à l'avocat Isaac Ardant, riche commissionnaire des guerres proche de Masséna et de Napoléon Bonaparte 1er consul.

En 1852, le domaine est agrandi jusqu'à la Seine, mais divisé en deux lots :

  • le premier lot, comprenant le château, est acquis par le banquier Salomon Goldschmidt. En 1898, les héritiers font construire par l'architecte Henri Goury, l'entrée de style Louis XV, flanquée de deux pavillons, située chemin de la Machine. Le même architecte construit également les écuries ;
  • le second lot comprend le pavillon de musique de Claude Nicolas Ledoux et deux entrées.

Dans les années 1980, le château, comme ceux de Rosny-sur-Seine et de Millemont sont acquis en vue d'une exploitation commerciale par un couple étranger, Kiiko Nakahara et Jean-Paul Renoir, via une société japonaise du père de Mme Nakahara, M. Hideki Yokoi, appelée Nippon Sangyoo. Le couple disperse tout le mobilier, et laisse finalement la résidence à l'abandon. Squatté, le château subit diverses dégradations et, en 1994, une tentative d'enlèvement de boiseries et d'une cheminée est déjouée de justesse par la police. Le propriétaire japonais remet alors la propriété en vente. Celle-ci a été achetée par un investisseur français qui l'a soigneusement restaurée. 

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Rose Bertin

Rose Bertin 

Marie-Jeanne Bertin dite Rose Bertin, ou encore « Mademoiselle Martin », née à Abbeville le 2 juillet 1747 et morte à Épinay-sur-Seine le 21 septembre 1813, est une marchande de modes.

Fille de Nicolas Bertin, cavalier de la maréchaussée d'origine picarde, et de Marie-Marguerite Méquignon, garde-malade, Marie-Jeanne part à Paris dès seize ans pour travailler comme modiste au Trait Galant, sous les ordres de Mlle Pagelle, maison qui fournit Marguerite de Rancurel de la Saune, maitresse d'un prince du sang, le comte de Charolais et mère de ses deux filles. Celle qui se fait désormais nommer Rose Bertin rencontre par cet intermédiaire la princesse douairière de Conti, elle aussi princesse du sang, qui devient sa première protectrice.

En 1770, elle ouvre son propre magasin de modes à l'enseigne, Le Grand Mogol, dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris ; le 24 avril 1789 elle transfère ses ateliers 26 rue de Richelieu. Sa créativité et son sens des affaires font que son activité se développe rapidement et emploie bientôt trente salariées et cent-vingt fournisseurs. Elle allège les silhouettes, avec des paniers plus légers et moins encombrants, lance la mode champêtre, les robes de mousseline et les robes de grossesse. Sa clientèle est essentiellement aristocratique.

Elle jouit de la faveur de la reine de France Marie-Antoinette qui trouve en elle sa « ministre des modes » ; elle est d'ailleurs jalousée de sa proximité avec la souveraine. Cette jeune femme qui vient du bas-peuple peut être considérée comme une entrepreneuse avant l'heure, ne devant sa réussite qu'à son talent ; en outre, les métiers de conception de mode sont surtout à l'époque une affaire d'hommes : Rose Bertin inaugure avant l'heure ainsi l'ère des créatrices de mode, qui prendra son essor le siècle suivant. Elle achève la révolution opérée dans les modes par Madame de Pompadour et Madame du Barry. Elle se voit bientôt réclamée dans toutes les cours d’Europe. Les modes explosent de diversité et d’invention (coiffure à la belle poule, pouf aux sentiments, chapeau feu l’Opéra, à la Montgolfier ou à la Philadelphie…). 

Pendant la Révolution française, le destin de Rose Bertin et de Marie-Antoinette suivent des routes parallèles, se rejoignent à Versailles et se séparent sur la place de la Révolution, en octobre 1793. Elle est accusée d'entretenir les passions dispendieuses de l'ancienne souveraine. Pendant la Terreur, Bertin détruit tous ses livres de caisse et ses factures. Elle continue à travailler et n'émigre qu'au dernier moment en Angleterre.

Elle revient en 1794 et récupère ses biens mais le Premier Empire ne lui permet pas de retrouver son succès d'antan. Elle meurt en 1813, elle ne s'est jamais mariée.

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L'Ami du Peuple 

L'Ami du peuple est un journal politique français de la période révolutionnaire, créé et publié par Marat de 1789 à 1792, pour être remplacé par Le Journal de la République françaiseIl paraissait aussi sous forme de placards, signés « L'Ami du peuple », affichés sur les murs de Paris.

Lors de sa première publication, le 8 septembre 1789, le journal porte le nom de Le Publiciste parisien, après cinq numéros et une évolution de son contenu, il change de titre et devient le 16 septembre 1789 L'Ami du Peuple. Ce nom va se confondre avec celui de son créateur et rédacteur.

Marat est cité à comparaître devant le tribunal du Châtelet pour « excitations aux violences ». Trois mois durant, Marat se cache à Paris, puis s'exile à Londres, pour revenir entre le 10 et le 17 mai 1790. Pendant son absence, des exemplaires contrefaits sont publiés, en particulier par un M. Vaudin qui a publié trente numéros.

Marat commence à publier un second journal, Le Junius français, dont le premier numéro est daté du 2 juin 1790.

Le 14 septembre 1791, jour de l'acceptation de la constitution par Louis XVI, Marat quitte la France pour échapper au graveur Maquet dont il a séduit la femme pendant qu'il lui donnait asile, pour s'établir à Londres. L'Ami du peuple du 22 septembre est daté de Clermont-de-L'Oise, celui du 23 de Breteuil, celui du 27 d'un hameau proche d'Amiens, puis il revient à Paris.

La parution s'interrompt le 4 décembre 1791 et reparaît 12 avril 1792 après une interruption de quatre mois, grâce à l'argent et l'aide de Simone Evrard, devenue sa compagne, dont le beau-frère travaille dans un des ateliers qui l'imprime.

Pendant l'interruption, Marat a publié le 18 mars 1792 le prospectus d'un nouveau journal, L'école du citoyen dont le premier numéro n'est jamais paru.

La publication s'arrête définitivement au numéro daté du 21 septembre 1792 après trois années et 685 numéros.

Il se poursuivrat sous le titre Journal de la République française dont le premier numéro paraît le 25 septembre 1792, jour de la proclamation de la République par la convention. 

Club des Cordeliers

Le Club des cordeliers ou société des Amis des droits de l’homme et du citoyen est une société politique fondée le 27 avril 1790 et sise dans l’ancien réfectoire du couvent des Cordeliers de Paris. Un deuxième couvent parisien fondé par les dominicains donnera d'aillurs son nom au Club des jacobins, club révolutionnaire rival du Club des cordeliers.

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Le Club des Jacobins

Le club se pose en véritable surveillant de l’assemblée et porte un regard critique sur celle-ci. Le club se propose également d’aider les indigents : contrairement aux Jacobins, l’entrée y est libre. On entre au club sans avoir à verser de cotisation : un drapeau tendu à la sortie se charge de recueillir les dons. La carte de membre du Club des cordeliers représentait un œil ouvert : « l’œil de la vigilance révolutionnaire grand ouvert ». Plus proches des classes populaires que le Club des jacobins, ses membres prennent une part très active aux mouvements insurrectionnels qui se produisent sous l’Assemblée constituante, l’Assemblée législative et la Convention nationale. Il exprime les aspirations de la population ouvrière des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau. Véritable groupement de combat, il entretient l’agitation démocratique, surveillant les aristocrates, contrôlant les administrations, agissant par des enquêtes, des souscriptions, des pétitions, des manifestations et si besoin des émeutes.

Le 17 mai 1791, le Club des cordeliers est expulsé du couvent des Cordeliers et s’installe dans les murs de l'ancien hôtel de Genlis, dans une salle appelée jusqu'alors « musée de Paris » : située au niveau du 16-18 de la rue Dauphine.

Ce sont les Cordeliers qui, dès le 21 juin 1791, demandent la déchéance de Louis XVI après sa fuite et son arrestation à Varennes. C’est lui aussi qui organise la manifestation du Champ-de-Mars, le 17 juillet 1791. Le soir du massacre, il est fermé autoritairement par la municipalité de Paris. Il rejette la Constitution de 1791.

Momentanément vaincus (le Club est fermé et le parti démocrate liquidé), les Cordeliers retrouvent vite leur influence. Ils jouent un rôle très actif dans l’organisation de l’insurrection du 10 août 1792, qui amène la chute de la royauté en France. Ils peuvent par la suite exiger l’établissement de la Terreur et son renforcement par une vaste épuration des administrations. C’est de nouveau le Club des Cordeliers qui le 22 mai 1793 fomente une insurrection qui amène la chute des Girondins à la Convention nationale.

Après la chute des Girondins, le club se divise en indulgents (les dantonistes) et exagérés (les hébertistes). 

Vaincu par le Club des Jacobins, le Club des cordeliers devient une dépendance de celui-ci, mais subsista plus longtemps que lui, n’étant fermé qu’en avril 1795.

Le Club des Jacobins

La société des Amis de la Constitution, plus connue ensuite sous le nom de Club des Jacobins, est le plus célèbre des clubs de la Révolution française. « C’est ici que s’est préparée la Révolution, dit Georges Couthon en 1793, c’est ici qu’elle s’est faite, c’est ici que se sont préparés tous les grands événements ».

Appelé d'abord Club breton, le club tient son nom du couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré où il s’est installé en 1789.

Le Club des Jacobins est une société de pensée qui a constitué, pendant la Révolution française, à la fois un groupe de pression et un réseau d’une remarquable efficacité. L’action du club, essentielle dès le début de 1790, devient dominante entre 1792 et 1794. À cette époque, l’adjectif jacobin signifie partisan de la politique du Comité de salut public. À la fin de 1793, environ 6 000 sociétés de même type sont en correspondance avec lui dans toute la France. La chute de Robespierre marque la fin du grand rôle politique exercé par le club et entraîne sa dissolution en novembre 1794.

Depuis cette époque, le nom et l’adjectif s’appliquent à un homme, une femme ou un courant politique hostile à toute idée d’affaiblissement et de démembrement de l’État.

ENRICHISSONS NOTRE VOCABULAIRE

Bourrelier : Le bourrelier travaille la bourre et le cuir afin de réaliser des pièces d'attelage pour le travail des chevaux. Terme peu utilisé qui autrefois différenciait le bourrelier, travaillant à la campagne (attelage de travail, bât) du sellier, travaillant à la ville (voitures hippomobiles, selles...).

CéruseLa céruse, encore appelée blanc de Saturne, blanc de plomb ou blanc d'argent, est un pigment synthétique blanc opaque à base de plomb. Le blanc de plomb a servi à fabriquer des peintures et du fard blanc dès l'Antiquité. Sa toxicité est affirmée au XVIIIe siècle. Cependant, réputé être le meilleur pigment blanc, il reste en usage même après la mise dans le commerce d'alternatives, d'abord le blanc de zinc au XIXe siècle, puis le blanc de titane au XXe siècle. Son usage est interdit au début du XXe siècle. La diminution de l'emploi de la peinture à l'huile hors du domaine des beaux-arts lui a fait perdre son importance.

Chape : Une chape est une sorte de cape dont se revêtent les ecclésiastiques, employée dans la liturgie catholique.

Cretonne : La cretonne est un tissu assez fort, constitué de fils de chanvre, de lin ou de coton sur une armure de toile et dont la contexture est carrée. Elle est principalement employée pour l'ameublement (housses de protection pour les meubles, rideaux), le linge de maison (sous-taies).

Damiens, Robert François : Robert François Damiens ou Damier, né le 9 janvier 1715 à La Thieuloye, près d'Arras (Pas-de-Calais) et mort le 28 mars 1757 à Paris, condamné par la Justice pour avoir tenté d'assassiner le roi Louis XV, fut la dernière personne, en France, à subir l'écartèlement, supplice réservé au régicide sous l'Ancien Régime.

MalandrinVoleur ou vagabond dangereux. Synonymes : bandit, brigand.

OripeauOripeau désignait autrefois une mince feuille de laiton ou du cuivre battu en feuille à la manière de la feuille d'or, utilisé en remplacement de celles-ci pour imiter l'or et le bronze antique. On l'a appelé quelques fois bronze jaune, ou or en coquille, or d'Allemagne, or massif, clinquant. Oripeau désigne encore les tissus imitant le tissu d'or par le même moyen, et par extension toute étoffe de couleurs vives et criardes. Oripeaux est passé dans le langage courant pour désigner des étoffes brillantes, qui attirent l’œil et qui, vues à distance, font un certain effet. Il se dit figurément des choses qui brillent, qui ont un éclat apparent et sous lesquelles il n'y a rien de solide. Il désigne familièrement des guenilles.  

Siamoise : Tissu de luxe composé de soie et de coton, souvent rayé, et utilisé pour les vêtements féminins.

Surplis : Le surplis est un vêtement liturgique catholique de toile fine, dont les manches larges et la forme plus racourcie le distinguent de l'aube.

Barre, François-Jean Lefebvre de la : Le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre, né le 12 septembre 1745 au château de Férolles-en-Brie et mort le 1er juillet 1766 à Abbeville, est un jeune homme français issu d'une famille noble condamné à mort pour blasphème et sacrilège par le tribunal d'Abbeville, puis par la Grand-Chambre du Parlement de Paris (décapité et ensuite brûlé). Son honneur fut défendu post-mortem par Voltaire.

Biscuit : Un biscuit est une porcelaine sans glaçure, cuite au demi-grand feu. Sa surface a l'apparence du marbre. Les premières exécutions en biscuit ont été faites à la Manufacture de Sèvres.

Calas, JeanL’affaire Calas est une affaire judiciaire qui se déroule de 1761 à 1765 à Toulouse sur fond de conflit religieux entre protestants et catholiques, rendue célèbre par l'intervention de Voltaire. Jean Calas est un commerçant protestant de Toulouse. Son fils ayant été trouvé mort, Jean Calas est accusé de l'avoir assassiné pour empêcher le jeune homme de se convertir au catholicisme. Cette affaire est entachée de nombreux abus de procédure dans l'administration de la preuve. En 1765, les magistrats de la Cour royale rétablissent la veuve de Jean Calas dans ses droits, et réhabilitent la mémoire de son défunt époux.

CavagnoleLe jeu de cavagnole est un jeu d'origine génoise, notamment joué au XVIIIe siècle en France, où il est introduit dans les années 1730. Le jeu est surtout joué par les femmes de l'aristocratie. Il se compose d'un nombre variable de cartons carrés, chaque carton comportant cinq numéros, quatre dans les angles et un cinquième au centre. Chacune de ses parties comporte une illustration, généralement des petits sujets populaires. Le jeu est assimilable à une loterie où l'on parie sur les numéros qui vont sortir, un peu comme à la roulette. A tour de rôle, l'une des joueuses "tient la banque", c'est-à-dire extrait d'un sac un billet numéroté qui décide du gain ou de la perte des parieuses. On parie en mettant des jetons sur les numéros. On peut jouer un carton entier, deux numéros à cheval ou un numéro plein.

Coutil : Le coutil est une toile faite de fil de chanvre ou de lin, souvent mélangée de coton, lissée et serrée. Utilisé pour les matelas et sommiers, les vêtements de travail.

EtamineUne étamine est un tissu lâche, fait de crin, de soie ou de fil, mince et souple. Elle peut être également métallique. Ce tissu sert, dans les cuisines, dans les laiteries, aux transformations de produits laitiers (égouttage du lait caillé durant l'élaboration du fromage). Elle sert aussi à filtrer, tamiser la farine ou encore les gelées (coings, etc.). On désigne par « étamine » tout tissu ou toile fine utilisé à ces fins.

Fricot :  Ragoût, viande fricassée. Festin.

Frimas (poudré à) : Les cheveux sont légèrement poudrés et laissent transparaître leur couleur naturelle.

Gaze : Tissu très fin et très léger, de coton, de soie ou de lin, à l'aspect presque transparent. Tissu de coton très fin et aéré, généralement stérilisé, dont on se sert pour les pansements.

Hétaïre : Courtisane grecque d'un rang assez élevé. Femme vénale.

IncarnatD'une couleur vive située entre le rose et le rouge franc, et rappelant celle de la chair. 

Jaspe : Pierre siliceuse opaque et très dure; variété de calcédoine de coloration très vive et souvent bigarrée dont on fait des bijoux, des éléments d'architecture, des pièces d'ameublement. 

Pharaon : Le pharaon est un jeu de cartes, particulièrement en vogue à Versailles à la cour de Louis XV et de Louis XVI.  

Plumitif : Personne qui vit de sa plume.

Albâtre : L’albâtre est un matériau naturel blanc utilisé en taille de pierre et en sculpture. Il existe deux formes d’albâtre bien distinctes, correspondant à deux espèces minérales différentes : l’albâtre calcaire et l’albâtre gypseux sont respectivement composés de calcite et de gypse. Leur faculté de prendre un beau poli les ont inclus dans les marbres antiques jusqu’à la chute de l'Empire romain. Ils réapparurent vers le XIIe siècle et surtout à la Renaissance, où ils perdirent de leur importance en faveur des marbres modernes.

BacchantesLes Bacchantes étaient des femmes qui célébraient les mystères de Dionysos-Bacchos. Les premières qui portèrent ce nom furent les nymphes nourrices de Bacchos. Elles couraient çà et là, échevelées, à demi nues ou couvertes de peaux de tigres, la tête couronnée de lierre, le thyrse à la main, dansant et remplissant l'air de cris discordants. Elles se répétaient fréquemment le cri « Évohé ». Leur fête, appelée bacchanales, se célébrait autrefois principalement à Rome, mais aussi en Grèce et en Égypte. 

BiribiLe biribi est un jeu de hasard pur. Il s'agit d'une sorte de loterie à choix multiples, semblable à la roulette, importée d'Italie en France au début du XVIIIe siècle.  

Catogan : Le catogan est un nœud ou ruban utilisé pour attacher ou retenir les cheveux derrière la tête. Par extension, il désigne une coiffure où les cheveux sont attachés et ramassés sur la nuque. Le mot et l'expression « en catogan » s'applique aussi à la queue d'un cheval dont les crins sont coupés et rassemblés.

Damas : Le damas est une étoffe de soie, de couleur monochrome avec une armature de satin, caractérisée par un contraste de brillance entre le fond et le dessin formé par le tissage

GaranceLa garance des teinturiers est une plante vivace de la famille des Rubiacées qui fut largement cultivée pour la teinture rouge extraite de ses rhizomes.  

Libelle : Un libelle est un petit livre de caractère satirique, insultant ou diffamatoire.

MéridienneUne méridienne est un canapé sans bras dont l'un des côtés est relevé en oblique. Il servait pour la sieste.  

Organdi : L'organdi est une mousseline de coton légère et apprêtée, sans doute originaire du Turkménistan.

PalLe pal est une forme héraldique, placée verticalement au milieu de l'écu et délimitée par deux lignes verticales parallèles.

Parfiler : Défaire fil à fil. Tisser avec des fils en métal précieux, comme l’or ou l’argent. Décorer de la céramique avec des filets dorés ou argentés.

Trictrac : Jeu où l’on joue avec des dés et des dames sur un tableau de backgammon. Tableau à rebords, divisé en deux compartiments, sur lequel on joue.

Vidame :  Représentant temporel d’un évêque, d’un abbé, chargé de le défendre et de commander ses troupes. Titre de noblesse héréditaire.

Albane : Francesco Albani dit l’Albane (né le 17 août 1578 à Bologne, en Émilie-Romagne, et mort dans la même ville le 4 octobre 1660) est un peintre italien baroque du XVIIe siècle, surnommé le « peintre des Grâces » ou encore « l’Anacréon de la peinture ».

Blonde : Dentelle au fuseau du XVIIIe siècle réalisée de fils de soie écrue ou de fils d'or et d'argent.

Bougainville, Louis-Antoine de : Le comte Louis-Antoine de Bougainville, né le 12 novembre 1729 à Paris et mort dans la même ville le 31 août 1811 est un officier de marine, navigateur et explorateur français. Il a mené en tant que capitaine, de 1766 à 1769, le premier tour du monde officiel français. Les bougainvilliers ont été nommés en son honneur à la suite de spécimens collectés au Brésil par le botaniste Philibert Commerson lors de cette circumnavigation autour du monde.

Canapé à la turque : Le dossier fait le tour des trois côtés, en formant un arrondi. Un côté est parfois surélevé.

Carlin, Martin : Martin Carlin (né vers 1730 probablement à Fribourg-en-Brisgau - mort en 1785) est un ébéniste français, d'origine allemande. Reçu maître en 1766.

Cerf dix cors :  Cerf qui a pris depuis peu cinq andouillers de chaque côté.  

Clystère : Médicament liquide que l’on introduit dans le corps par l’anus, à l’aide d’une seringue ou d’un clysopompe. Lavement.

Colifichet : 1. Petit morceau de papier, de carton, de parchemin représentant une ou des figures et collé sur du bois, du velours, etc. 2. Ouvrage de broderie fait sur du papier qui lui sert de fond. 3. Menu ajustement vestimentaire qui ne sert qu’à la parure. 4. Petit ornement mesquin, mal placé ou qui n'est pas en rapport avec le lieu où il est mis. 5. Petit panneau triangulaire qui, dans une feuille de parquet, est assemblé sur chacun des quatre côtés de la feuille, entre les pièces d’onglet et le bâti, synonyme de guinguin. 6. Sorte de pâtisserie sèche et très légère, faite sans beurre et sans sel, que l'on donne à manger aux oiseaux tenus en cage. 7. Machine dont se servaient autrefois les ajusteurs pour réduire la monnaie au poids égal. 8. Passages trop fréquents qui présentent une trop grande variété de sons, tels que la broderie et les roulades, qui étonnent l'oreille sans plaire à l'esprit, sans toucher le cœur, comme le chant simple, pur et tendre. 9. Objet de peu de valeur servant de porte-bonheur. 10. Synonyme de pernette : Support destiné à protéger les poteries lors quelles sont empilées l'une dans l'autre en vue de leur cuisson au four.

Contrevent : Grand volet de bois ou de fer, qui s’ouvre et qui se ferme du côté extérieur de la fenêtre et qui sert à garantir du vent, de la pluie, du jour, etc. Pièce de bois placée obliquement entre les fermes d’une charpente pour leur donner plus de résistance contre l’action du vent.

Eau de MélisseL'Eau de mélisse des Carmes Boyer est une préparation alcoolisée à base de mélisse, une eau distillée, par abréviation « eau de mélisse ». La recette comprend 23 ingrédients, 14 plantes, 9 épices et de l'alcool à 80°. C'est, avec une marque protégée puis déposée, une recette et un flaconnage pratiquement inchangé depuis 1611, le premier exemple au monde de « produit » au sens moderne, marketing, du terme. En 1611, un médecin concocte une recette originale de boisson tonique réconfortante à base de mélisse, dont il donne la formule à un religieux carme de la rue de Vaugirard à Paris, le Père Damien. Les Carmes décident de la produire dans leur couvent, dans une officine et de la commercialiser. On l'appela alors Eau de citronnelle, autre nom de la mélisse puis Aqua Carmelitarum, ou Eau des Carmes. On s'en sert pour les bains et aussi contre l'odeur de la peste. C'est un cordial, c'est-à-dire une potion qui stimule le fonctionnement du cœur, et un tonique utilisé entre autres contre les migraines et toute sorte de petits maux quotidiens. Autrefois devenue panacée, elle soignait toutes sortes d'affections, comme la mélancolie, l'épilepsie, l'apoplexie, les congestions cérébrales. C'était aussi un digestif. Selon certaines sources, elle serait née dès le XIVe, par les Carmélites de l'abbaye de Saint-Juste, puis améliorée par un médecin, qui laissa cependant les Carmes gérer le produit.

Fauteuil cabriolet : Le Cabriolet est un fauteuil de style Louis XV léger, car l'accoudoir est dégagé, aérien, sculpté indépendamment du siège, contrairement à la bergère, dont les accoudoirs sont pleins. On le tire facilement. Le siège est très évasé pour les robes, un peu dodu ; de face les deux pieds avant sont écartés, de part et d'autre d'une ligne sinueuse, "en arbalète", les accoudoirs sont épanouis, très ouverts ; mais la différence essentielle avec le fauteuil à la Reine, vient du dossier : à la Reine il est droit ; en cabriolet, il est concave pour épouser la forme du corps.

Labille-Guiard Adélaïde : Adélaïde Labille-Guiard, dite aussi Adélaïde Labille des Vertus, née le 11 avril 1749 à Paris, où elle est morte le 24 avril 1803, est une artiste peintre, miniaturiste et pastelliste française.

LansquenetLe lansquenet est un jeu de cartes très populaire en France au cours du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle. Tombé en désuétude par la suite, il fut recréé au XIXe siècle avec des règles fortement simplifiées. Bien que l'interdiction d'y miser de l'argent fût plusieurs fois renouvelée, des fortunes y changeaient de mains, notamment durant la Régence (1715-1723).

Marchande à la toilette : Femme qui revend des vêtements, des parures, etc.

Morganatique : 1. Dans le droit successoral des souverains allemands, le mariage morganatique (non accepté par la famille) impliquait que le prince (ou la princesse) était exclu(e) de la maison souveraine, déchu(e) – ainsi que ses enfants – de ses droits au trône ; cependant l'empereur pouvait lever l'exclusive et permettre aux enfants de succéder à leur père. 2. Dans le langage courant et dans la langue littéraire, « morganatique » s'applique à tout mariage entre personnes de rang social très différent ; par exemple l'ouvrière qui épouse le fils de son patron pourra faire figure d'épouse « morganatique » ; elle sera exclue de tout pouvoir ou toute succession. 

Péristyle :  Colonnade entourant la cour intérieure d’un bâtiment ou disposée autour d’un édifice.  Galerie fermée d’un côté par une colonnade.

ProméthéeDans la mythologie grecque, Prométhée est un Titan. Figure héritée du « transmetteur du feu », Prométhée est principalement connu pour le vol du feu (le feu sacré de l'Olympe), qu'il restitue aux humains, entraînant la colère de Zeus. Zeus le condamne à être attaché à un rocher sur le mont Caucase, son foie dévoré par l'Aigle du Caucase chaque jour, et renaissant la nuit. 

Salpêtre : Nitrate de potassium, substance qui se forme naturellement sur les vieux murs, les plâtras, etc.

SavonnerieLa Manufacture de la Savonnerie est une manufacture royale de tapis située à Paris et Lodève et faisant actuellement partie de la Manufacture des Gobelins. La manufacture était à l'origine spécialisée dans la fabrication de tapis veloutés ainsi que des garnitures de siège. Ces tapis étaient utilisés par la cour de France ou comme présents royaux. Ce sont des tapis souvent de grandes dimensions, d'une qualité exceptionnelle. Ceux tissés sur les cartons de Charles Le Brun pour la Grande galerie du Palais du Louvre sont parmi les plus célèbres.

Suppuration :  Action de suppurer ; formation, écoulement du pus.

Variole : Maladie infectieuse et épidémique, très contagieuse, due à un ultra-virus, caractérisée par des symptômes généraux plus ou moins graves (malaise, fièvre, vomissements, douleurs), par une éruption de pustules formant des croûtes qui, en tombant, laissent des cicatrices déprimées, notamment sur le visage, et ayant à peu près disparu de nos jours grâce à la vaccination.

Vérole, petite : Synonyme de variole. A ne pas confondre avec vérole (tout court) : syphilis.

Basire, Claude : Claude Basire ou Bazire, né le 15 mai 1764 à Dijon et guillotiné le 5 avril 1794 à Paris, est un homme politique conventionnel français dont l’activité s’exerça durant la Révolution.

Caïphe : Joseph, dit Caïphe (en grec : Καϊάφας, Kaïaphas), est un grand prêtre du Temple de Jérusalem de 18 à la fin 36 ou au début 37. Selon le Nouveau Testament, Caïphe est le souverain sacrificateur devant lequel Jésus est conduit après son arrestation. Caïphe estime que Jésus met la nation juive en danger : « Il est préférable qu'un homme meure plutôt que la nation tout entière » argumente-t-il.

Coucou : Certaines plantes, quoique de morphologies assez diverses et éloignées, prennent en français le nom vernaculaire de coucou. Il s'agit en général de plantes prairiales ayant la particularité de fleurir au printemps, comme la primevère ou le narcisse... 

Fouquier-Tinville, Antoine : Antoine Quentin Fouquier de Tinville, dit Antoine Fouquier-Tinville, né à Herouël (Aisne) le 10 juin 1746 et mort guillotiné à Paris en place de Grève le 7 mai 1795, est un homme de loi et révolutionnaire français, accusateur public du Tribunal révolutionnaire.

GirondinsLa Gironde est le nom donné à un groupe politique siégeant à l’Assemblée législative puis à la Convention nationale, pendant la Révolution française. Les chefs de file principaux en sont Brissot et Roland. Le terme de Girondins a été popularisé au XIXe siècle, et provient de la région d'origine des premiers députés de ce groupe (Vergniaud, Guadet, Gensonné, Grangeneuve, Jean-François Ducos). Les Girondins se sont violemment affrontés aux Montagnards, incarnés par Robespierre, Danton ou Marat. Ils s'en distinguent par leur électorat, essentiellement provincial pour les Girondins tandis qu'il est parisien pour les Montagnards, par leur position sur la Guerre, voulue par eux pour affermir la Révolution, et par le sort à réserver au roi déchu, qu'ils souhaitent épargner.    

HébertistesLes hébertistes, appelés les « exagérés » pendant la Révolution française, sont principalement des membres du club des Cordeliers, appartenant pour un grand nombre aux rangs de la Montagne. Le terme est né du procès des exagérés, dont Jacques-René Hébert fut la « vedette », la figure la plus familière aux yeux du public en raison de son journal Le Père Duchesne.

Marat, Jean-Paul : Jean-Paul Marat, né le 24 mai 1743 à Boudry (Suisse) et mort assassiné le 13 juillet 1793 à Paris, est un médecin, physicien, journaliste et homme politique français. Il est député montagnard à la Convention à l’époque de la Révolution. Son assassinat par Charlotte Corday permet aux hébertistes d'en faire un martyr de la Révolution et d'installer pendant quelques mois ses restes au Panthéon.

MontagnardsLa Montagne est un groupe politique de la Révolution française, favorable à la République et opposé aux girondins. L'origine du terme reste controversée. Favorables à la République, dominés par Georges Danton, Jean-Paul Marat et Maximilien de Robespierre, les Montagnards sont hostiles à la monarchie, favorables à une démocratie centralisée, et font condamner à mort Louis XVI. En 1793, ils combattent âprement les Girondins, plus modérés, devenus alors les seuls représentants de la bourgeoisie aisée. Ils finirent par les évincer du pouvoir. Ils imposent alors la politique de Terreur. 

Pitt, William : William Pitt l'Ancien (15 novembre 1708 – 11 mai 1778), 1er comte de Chatham, est un homme d'État whig britannique qui s'est rendu célèbre en tant que ministre de la Guerre de Grande-Bretagne pendant la guerre de Sept Ans. Il mène ensuite la politique du pays au poste de Lord du sceau privé de 1766 à 1768. Il est ainsi surnommé pour le distinguer de son fils, William Pitt le Jeune, qui fut Premier ministre de 1783 à 1801 et de 1804 à sa mort en 1806. Il était également surnommé The Great Commoner (le Grand Roturier) du fait de sa longue réticence à accepter un titre jusqu'en 1766.

RegulusMarcus Atilius Regulus est un personnage politique et militaire de la République romaine, appartenant à la gens Atilia, originaire de Campanie. Commandant malheureux durant la première guerre punique, il est une figure mythique parmi les Romains célèbres. Regulus apparaît comme un symbole multiple : général plusieurs fois vainqueur, puis battu, capturé et mis à mort, il est chez Tite-Live un exemple frappant des vicissitudes de la fortune. Il représente la fidélité au serment, poussée jusqu’à la mort.  

ZamorZamor, né vers 1762 à Chittagong (actuellement au Bangladesh) et mort le 7 février 1820 à Paris, baptisé sous le prénom de Louis-Benoît, a été le page de Madame du Barry. Victime d'un trafic d'esclaves entre le Bengale et Madagascar, il retrouve la liberté en arrivant en France et entre à l'âge de 11 ans au service de la favorite royale. Ayant reçu dans sa maison une certaine éducation, il s'intéresse notamment à la philosophie de Jean-Jacques Rousseau. Pendant la Révolution française, il participe au Club des jacobins, où se retrouvent les révolutionnaires parmi les plus radicaux et se lie d'amitié avec Grieve à qui il raconte les secrets de sa maîtresse. Jeanne du Barry le chasse de son emploi. Zamor la dénonce au Comité de salut public : la comtesse est emprisonnée, condamnée à mort et guillotinée mais Zamor passe plusieurs semaines en prison, soupçonné d'être son complice. Libéré, il s'installe à Paris. En 1811, il donne des leçons d'écriture et joue du violon pour des soirées dansantes. 

LaïsLaïs de Corinthe est une célèbre courtisane grecque du Ve siècle av. J.-C., morte en -340, amante régulière de Myron. Originaire d'Hyccara, en Sicile (actuelle Carini), elle est emmenée captive en Grèce, où elle devient courtisane à Corinthe.

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 novembre 2018

ALDOUS HUXLEY

Aldous Leonard Huxley, né le 26 juillet 1894 à Godalming (Royaume-Uni) et mort le 22 novembre 1963 à Los Angeles (États-Unis), est un écrivain, romancier et philosophe britannique, membre éminent de la famille Huxley.  

Auteur de près de cinquante ouvrages , il est surtout connu pour ses romans, dont Le Meilleur des mondes roman d’anticipation dystopique ; pour des ouvrages non romanesques, comme Les Portes de la perception qui retrace les expériences vécues lors de la prise de drogue psychédélique ; et pour un large éventail d'essais.  

Vers la fin de sa vie, Huxley fut largement reconnu comme l'un des intellectuels prééminents de son temps. Il a été nominé sept fois pour le Prix Nobel de littérature.

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Aldous Huxley est le fils de l'écrivain Leonard Huxley et de sa première épouse, Julia Arnold. Son grand-père, Thomas Henry Huxley, est un des plus importants naturalistes du XIXe siècle, surnommé le « Bouledogue de Darwin ». Son frère Julian Huxley est un biologiste connu pour ses théories sur l'évolution. La famille de sa mère, quant à elle, est plutôt littéraire.

Huxley est un enfant fragile, mais fin d'esprit et doué intellectuellement. Son père, en plus d'être écrivain, exerce le métier d'herboriste, et Aldous commence à s'instruire dans le laboratoire botanique de son père, avant d'entrer à l'école Hillside, dont sa mère fut directrice jusqu'à ce qu'elle tombe gravement malade. À l'âge de neuf ans, il entre dans un internat.  

Sa mère, Julia, meurt en 1908, alors qu'Aldous n'a que quatorze ans. Le même mois, sa sœur Roberta trouve la mort dans un accident dont les circonstances n'ont pas été relatées. Trois ans plus tard, Aldous contracte une maladie (keratitis punctata) qui endommage gravement sa vision pour deux ou trois ans. Son grand frère Trev se suicide en 1914. Quasiment aveugle, Aldous est déclaré inapte au service lors de la Première Guerre mondiale. Une fois rétabli (notamment grâce à la méthode Bates à laquelle il consacrera plus tard son ouvrage L'Art de voir), il étudie la littérature anglaise au Balliol College d'Oxford.

Huxley n'est plus entretenu financièrement par son père et doit gagner sa vie. Il donne des cours de français à Eton College, où étudient Eric Blair (plus tard connu sous le nom du célèbre George Orwell) et Steven Runciman. C'est un professeur incompétent, incapable de discipline, mais il impressionne par son langage. Pendant une courte période en 1918, il est employé à l'intendance du ministère de l'Air, mais ne désire pas faire carrière dans l'administration (ni dans les affaires). 

Il termine son premier roman (impublié) à l'âge de dix-sept ans et se tourne de façon décisive vers l'écriture à l'âge de vingt ans. Il publie alors des poèmes. Journaliste, critique musical et critique d'art, il voyage et fréquente l'intelligentsia européenne de l'époque. Musicien, ami du compositeur russe Igor Stravinsky, il rencontre aussi les surréalistes à Paris. Il écrira de nombreux essais littéraires sur ces thèmes. Profondément préoccupé par les bouleversements que connaît la civilisation occidentale, il écrit pendant les années 1930 de grands romans, sur les graves menaces que fait peser le mariage du pouvoir, du progrès technique et des dérives de la psychologie telles le béhaviorisme (Le Meilleur des mondes), contre la guerre et le nationalisme (La Paix des profondeurs). 

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1954

Déjà reconnu comme satiriste et chroniqueur pendant la Première Guerre mondiale, Huxley passe la majeure partie de son temps à Garsington Manor, propriété de Lady Ottoline Morrell où se réunissent les membres du groupe de Bloomsbury tels que Bertrand Russell ou Alfred North Whitehead. Plus tard, dans Jaune de Crome (1921), il caricaturera la manière de vivre à Garsington. En 1919, il y fait la connaissance de Maria Nys, une réfugiée belge. Cette même année, John Middleton Murry, le second mari de la romancière Katherine Mansfield et proche ami de D.H. Lawrence, lui propose de rejoindre l'équipe rédactionnelle du magazine Athenaeum : Huxley accepte immédiatement cette offre et épouse rapidement Maria Nys. Ils auront ensemble un enfant, Matthew, qui deviendra épidémiologiste. Au début des années 1920, le couple part vivre avec leur jeune fils en Italie où Huxley rend de fréquentes visites à son ami D. H. Lawrence. Après la mort de ce dernier, survenue en 1930, Huxley publiera sa correspondance (1932).

En 1928, il publie un roman à fort succès Contrepoint où il donne une vision ironique de la société.  

En 1937, Huxley s'installe à Hollywood en Californie avec sa femme et son ami Gerald Heard. Heard initie Huxley à la philosophie védanta et à la méditation. Il devient alors végétarien et commence à pratiquer le yoga. Dans son livre La Fin et les Moyens (1937), Huxley affirme que dans les civilisations modernes la plupart des individus s'accordent dans le même désir d'un monde de liberté, de paix et de justice, d'amour fraternel, mais ne sont pas capables de s'accorder sur la manière d’y parvenir. Ce livre enquête ensuite sur les raisons de la confusion et du désaccord, et sur les moyens d'y remédier.

À cette période, il gagne très bien sa vie en écrivant des scénarios pour Hollywood. Cet argent lui permet d'aider des Juifs, des écrivains et des artistes fuyant l'Allemagne nazie. Il écrit, notamment, l’adaptation à l’écran d'Orgueil et préjugés (1940) et de Jane Eyre (1944).

Après la Seconde Guerre mondiale, Huxley demande la citoyenneté américaine, qui lui est refusée parce qu’il refuse d’envisager de prendre les armes pour défendre les États-Unis.

Par la suite, ses écrits sont fortement influencés par le mysticisme et par ses expériences hallucinatoires avec la mescaline, que lui fait connaître le psychiatre Humphry Osmond en 1953. 

L’épouse d'Aldous Huxley, Maria, meurt d’un cancer du sein en 1955 ; en 1956 il se remarie avec Laura Archera, elle-même auteur, et qui écrira une biographie de son mari. En 1960, on diagnostique chez lui un cancer de la gorge. Durant les années suivantes, sa santé se détériore. Trente ans après sa contre-utopie Le Meilleur des mondes il écrit le roman utopique Île, et donne des cours sur les « potentialités de l’être humain » à l’Institut Esalen. En 1959, Huxley, qui est resté citoyen britannique, refuse le titre de Knight Bachelor que lui offre le gouvernement Macmillan.

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Huxley est régulièrement invité à s’exprimer dans de prestigieuses universités américaines. Dans un discours, prononcé à l'université de Californie à Los Angeles le 20 mars 1962, il expose en détail sa vision d'une société totalitaire et en profite pour comparer la vision de George Orwell dans 1984 avec la sienne, qu'il juge bien plus efficace et durable. Il note également que certaines des techniques de contrôle des populations imaginées trente ans plus tôt étaient dorénavant disponibles ou sur le point de le devenir.

Sur son lit de mort, incapable de parler à cause d'un cancer de la gorge avancé, il demande par écrit à son épouse : « LSD, 100 µg, i.m. ». Elle lui fait une première injection de 100 µg puis il entre dans un état de méditation et de béatitude extatique. Après une deuxième injection et accompagné par sa femme et ses mots d'amour, il meurt paisiblement, le 22 novembre 1963.

Spiritualité  

Les écrits d'Huxley à partir de 1945 sont fortement influencés par le mysticisme et par ses expériences hallucinatoires. Il a décrit ces années où il s'est soumis aux psychotropes comme un paradis habituellement arrosé de bourbon. Il a été un des premiers à faire l'expérience des drogues psychédéliques sur lui-même, dans une quête d’illumination. Ses écrits sur ces expériences deviennent des classiques chez les premiers hippies. À partir de cette époque, il fréquente beaucoup la région de Big Sur avec d'autres écrivains progressistes.

Par ses expériences avec les drogues, Huxley ne cherche pas seulement une exaltation indéterminée, vague, mystérieuse et individuelle, mais plutôt à atteindre ce qu'on appelle parfois le « haut mysticisme » ; il préfère quant à lui le terme de philosophie éternelle, qu'il donne à l’un de ses livres sur ce sujet.

Pendant les années cinquante, l’intérêt de Huxley pour le domaine de la recherche psychologique ne cesse de croître. Pendant presque un an, au début des années cinquante, Huxley et le psychiatre Milton Erickson consacrent beaucoup de temps à préparer une étude commune sur les différents états de conscience. Leur projet prend fin lorsqu'un incendie de broussailles détruit la maison de Huxley à Los Angeles et leurs carnets respectifs pour cette étude.

OEUVRE

Romans

  • 1921 : Jaune de Crome (Crome Yellow)
  • 1923 : Cercle vicieux (Antic Hay)
  • 1925 : Marina di Vezza (Those barren leaves)
  • 1928 : Contrepoint (Point Counter Point)
  • 1932 : Le Meilleur des mondes (Brave New World)
  • 1936 : La Paix des profondeurs (en) (Eyeless in Gaza)
  • 1939 : Jouvence (After Many a Summer)
  • 1944 : L'éternité retrouvée (en) (Time must have a stop)
  • 1948 : Temps futurs (Ape and Essence)
  • 1955 : Le Génie et la Déesse (en) (The Genius and the Goddess)
  • 1962 : Île (Island)
  • 1967 : Les Corbeaux de Pearblossom (en) (The Crows of Pearblossom) livre jeunesse

Il a aussi écrit de nombreux essais, des nouvelles, des récits de voyages, du théâtre...

D'après Wikipédia

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24 novembre 2018

ELSA MORANTE

Elsa Morante, née le 18 août 1912 à Rome et morte le 25 novembre 1985 dans cette même ville, est une romancière, nouvelliste, poétesse et essayiste italienne.

Elle passe son enfance dans le quartier populaire du Testaccio, à Rome. Fille d'une institutrice de confession juive et d'un employé des postes, elle est en fait reconnue par Augusto Morante, surveillant dans une maison de correction. Dès l'âge de treize ans, elle publie des récits dans plusieurs journaux pour enfants et, à dix-huit ans, elle décide de se consacrer à l'écriture, quittant famille et études. Elle collabore à l'hebdomadaire Oggi, de 1939 à 1941.

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Elle épouse l'écrivain Alberto Moravia en 1941 (le couple se séparera en 1962, sans jamais divorcer). Elle le suit dans l'exil décrété par les fascistes de 1943 à 1944.

Elsa Morante publie son roman Mensonge et sortilège en 1948, qui lui vaut le prix Viareggio. En 1957, elle est lauréate du prix Strega grâce à son deuxième roman L'Île d'Arturo (L'isola di Arturo).

Elle voyage en Espagne, en URSS, en Chine et, en 1960, aux États-Unis, où elle se lie avec un jeune peintre, Bill Morrow, qui se suicide en 1962. L'année suivante, elle publie le recueil de nouvelles Le châle andalou. Elle participe ensuite à la préparation du film de Pier Paolo Pasolini L'Évangile selon saint Matthieu, sorti en 1964.

Après un silence d'une décennie, elle publie en 1974 La storia, gros roman qui suscite la polémique et devient un best-seller mondial avant d'être adapté à la télévision italienne en 1986 par Luigi Comencini.

Avec Aracoeli, paru en 1982, elle reçoit en France le prix Médicis étranger 1984.

Malade des suites d'une fracture du fémur, elle tente de se suicider en 1983. Elle meurt en 1985.

Elsa Morante est la tante de l'actrice et réalisatrice Laura Morante.

OEUVRE

Romans

  • Mensonge et Sortilège
  • L'Île d'Arturo
  • La storia
  • Aracoeli

Elle a aussi écrit des nouvelles, de la poésie, du théâtre et divers récits.

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23 novembre 2018

*** LE PAVILLON D'OR - YUKIO MISHIMA

Mes premières découvertes de la littérature japonaise sont fort intéressantes...

INCIPIT

Dès ma petite enfance, mon père, bien des fois, m'avait parlé du Pavillon d'Or.

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RESUME

Mizoguchi est le fils d'un prêtre bouddhiste (au Japon les moines bouddhistes peuvent être mariés). Il est éduqué par son père avec l'idée que le Pavillon d'or de Kyoto est le paroxysme de la beauté ; cette image devient peu à peu une fixation, une référence pour sa perception de l'esthétique. 

Pauvre et bègue, il n'a pas d'amis à l'école, et il se réfugie dans des fantasmes de vengeance. Son père, malade, l'emmène pour la première fois au Pavillon d'or en 1944. Mizoguchi est très déçu par la beauté formelle du temple, qu'il avait imaginé comme une impression plus que comme un objet formel. Il est présenté au supérieur, Tayama Dosen. Après la mort de son père, le jeune homme devient novice du Pavillon d'or.

Le jeune homme développe peu à peu une fascination exacerbée pour le temple. Il a l'ambition d'en devenir le maître... ou d'en être le destructeur.  

MON AVIS

J'aime l'écriture de Mishima ; la langue est belle, les mots choisis, et les descriptions à la fois réalistes et pleines de poésie.  

Le livre nous conte l'histoire étonnante d'un enfant différent (bègue, et qui se croit laid), qui ne supportant pas les remarques des autres sur sa différence, décide que c'est son destin : il ne sera jamais compris, donc il est inutile de chercher l'amitié ou l'amour ; sa seule motivation devient le Beau, et plus particulièrement son obsession pour le Pavillon d'Or, où il est apprenti moine. Cet enfant, puis ce jeune homme, se pose mille questions sur l'absurdité de l'existence, sur le mal de vivre et l'illusion même de la beauté. Il se demande pourquoi il est là, se dit qu'il doit avoir une mission sur terre. Une sorte de revanche, de vengeance, qui serait si remarquable que sa vie n'aura pas été vaine.

Le Pavillon d'Or, objet de tous ses fantasmes, est presque personnifié. Il veut le posséder et le temple le possède lui-même. C'est un peu comme une histoire d'amour inachevée, où l'un tue car il sait que l'autre ne lui appartiendra jamais vraiment tout entier.  

A noter aussi une très intéressante réflexion sur ce qui dure et ce qui ne dure pas. Dans le discours de ce garçon, passe une quantité de sujets existentiels qu'il analyse très finement.

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CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Le Pavillon d'or est publié en 1956.

L'auteur se base sur le fait divers de l'incendie du Pavillon d'or de Kyoto par un jeune moine bouddhiste en 1950. Le pavillon, qui avait été construit au moins en 1400, avait été préservé de la destruction à de nombreuses reprises au cours de l'histoire, aussi cet incendie choqua beaucoup les Japonais. Le narrateur du roman est Mizoguchi, l'incendiaire lui-même, affligé d'une laideur distinctive ainsi que d'un bégaiement. L'auteur explique la folie de son personnage par son obsession pour la beauté.

Le pavillon d'or

Le Kinkaku-ji (Temple du Pavillon d'or) est le nom usuel du Rokuon-ji (temple impérial du jardin des cerfs) situé à Kyōto au Japon. Ce nom est tiré du Kinkaku (« pavillon d'or »), bâtiment recouvert d'or situé dans le jardin du temple.

Dans les années 1220, le site abrite la villa Kitayamadai de Saionji Kintsune (1171-1244, chef du clan Saionji qui fait partie d'une branche des Fujiwara) ainsi que le temple Saionji, inauguré en 1224. Après le déclin des Saionji, la villa et le temple ne sont plus entretenus ; seule une mare demeure de cette époque.

Yoshimitsu (1358-1408), le 3e des shoguns Ashikaga, abdique en 1394 pour laisser la place à son fils Yoshimochi. Trois ans plus tard, en 1397, il achète le site au clan Saionji et commence à y construire une nouvelle villa, Kitayamaden, en faisant de son mieux pour en faire un lieu exceptionnel, destiné à accueillir plusieurs reliques bouddhistes. Il y réside jusqu'à sa mort. Après sa mort et conformément à ses volontés, son fils Yoshimochi en fait un temple Zen de l'école Rinzai qu'il baptise Rokuon-ji. Le temple a été incendié plusieurs fois pendant la guerre d'Ōnin (1467-1477) et seul le pavillon d'or a survécu. Le jardin a cependant gardé son aspect de l'époque.

Le 10 juin 1897, l'État japonais promulgue une loi portant sur la protection des sanctuaires et temples anciens. Le Kinkaku-ji devient la même année l'un des premiers trésors nationaux.

Le 2 juillet 1950, le Pavillon d'or est entièrement incendié, par un moine mentalement déficient ; cet événement est au centre du roman de Yukio Mishima. Le bâtiment actuel, reconstruit à l'identique, date de 1955. L'inauthenticité de ses matériaux ne le qualifiant plus comme patrimoine national exceptionnel, il a été retiré de la liste des trésors nationaux. 

En 1987, il est rénové et reçoit une nouvelle couche, cinq fois plus épaisse, de feuilles d'or. 

Il sert de shariden, contenant des reliques de Bouddha.

D'un point de vue architectural, c'est un bâtiment harmonieux et élégant qui regroupe trois types d'architecture différents :

  • le rez-de-chaussée (Hō-sui-in) est de style Shinden-zukuri, le style des palais de l'époque Heian ;
  • le premier étage (Chō-on-dō) suit le style Buke-zukuri des maisons de samouraï ;
  • le deuxième étage (Kukkyō-chō) est de style Karayō, celui des temples Zen.

Au sommet du toit couvert de bardeaux se trouve la sculpture d'un fenghuang doré, ou « phoenix chinois ».

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Guerre du Pacifique

La guerre du Pacifique comprend les campagnes menées à partir de 1941 dans la zone Asie-Pacifique, dans le cadre de l'affrontement entre les Alliés et l'empire du Japon. La politique expansionniste du Japon vise l'ensemble de la région. Cette guerre englobe l'ensemble des opérations militaires menées sur les fronts est-asiatique et océanien de la Seconde Guerre mondiale.

Le terme de guerre du Pacifique est généralement employé en Occident pour désigner cet ensemble de conflits, bien que tous les pays concernés n'aient pas été bordés par l'océan Pacifique et que les combats ne se soient pas limités aux opérations navales. Du point de vue de l'empire du Japon, cette extension de la guerre sino-japonaise est officiellement appelée guerre de la Grande Asie orientale. Après la guerre, le terme de guerre de Quinze Ans est entré en usage au Japon, faisant remonter le conflit à l'invasion de la Mandchourie en 1931.

L'extension du conflit à partir de sa base continentale en Chine et en Indochine, débute en décembre 1941, à partir de l'entrée en guerre officielle de l'empire du Japon contre les États-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l'Australie. Les Japonais connaissent des succès fulgurants au début du conflit et s'emparent de vastes territoires mais sont lentement repoussés par la supériorité industrielle américaine. Le théâtre asiatique de la Seconde Guerre mondiale se distingue du théâtre européen par le rôle capital joué par les marines de guerre dans le dénouement du conflit. En revanche, les crimes de guerre du Japon Shōwa n'ont rien à envier à ceux de l'Allemagne. Ce conflit eut d'importantes conséquences en affaiblissant les puissances coloniales européennes qui connaîtront toutes la phase de décolonisation après la guerre. La guerre se termine avec la capitulation sans conditions du Japon le 2 septembre 1945.

La guerre de Corée

La guerre de Corée a opposé, du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953, la République de Corée (Corée du Sud), soutenue par les Nations unies (alors sans la représentation de la République populaire de Chine), à la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), soutenue par la République populaire de Chine et l'Union soviétique. Elle résulte de la partition de la Corée à la suite d'un accord entre les Alliés victorieux de la guerre du Pacifique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est l'un des premiers conflits importants de la Guerre froide.

La péninsule coréenne était occupée par l'empire du Japon depuis 1910. Après la reddition du Japon en septembre 1945, États-Unis et Union soviétique se partagent l'occupation de la péninsule le long du 38e parallèle, avec au sud des forces américaines d'occupation et au nord des forces soviétiques. L'échec de la tenue d'élections libres dans la péninsule en 1948 aggrave la division entre les deux côtés ; le Nord met en place un gouvernement communiste, tandis que le Sud met en place un gouvernement pro-américain. Le 38e parallèle devient une frontière politique entre les deux États coréens. Bien que les négociations pour la réunification continuent dans les mois précédant la guerre, les tensions s'intensifient. Des escarmouches et des raids inter-frontaliers persistent. La situation se transforme en guerre ouverte lorsque des forces du Nord envahissent le Sud le 25 juin 1950. En 1950, l'Union soviétique boycotte le Conseil de sécurité des Nations unies. En l'absence d'un véto de l'Union soviétique, les États-Unis et d'autres pays votent une résolution autorisant une intervention militaire en Corée. Les États-Unis fournissent 88 % des 341 000 soldats internationaux qui aident les forces du Sud, complétées par l'assistance de vingt autres pays. Si elle n'amène pas directement de troupes sur le terrain, l'Union soviétique fournit de l'aide matérielle aux armées chinoise et nord-coréenne.

Le conflit se déroula en quatre phases principales :

  • mal préparées, face aux 200 000 soldats nord-coréens bien équipés par les Soviétiques, les forces du Sud accusent de lourdes pertes durant les deux premiers mois et, à la mi-septembre 1950, elles se retrouvent acculées dans le sud-est de la péninsule, repliées sur le périmètre de Busan ;
  • une rapide contre-offensive des forces de l'ONU, dirigées par le général MacArthur, avec un débarquement le 15 septembre à Incheon, non loin de Séoul, repousse en octobre 1950 les Nord-Coréens bien au-delà du 38e parallèle, presque jusqu'au fleuve Yalou, à la frontière chinoise ;
  • la République populaire de Chine entre en guerre aux côtés de la Corée du Nord. 1,7 million de « volontaires chinois », commandés par Peng Dehuai, forcent les Sud-Coréens et les troupes de l'ONU à se replier derrière le 38e parallèle à la mi-octobre 1950. En janvier 1951, les communistes reprennent Séoul, reconquise par les Américains en mars 1951 ;
  • au printemps 1951, ce sont les troupes onusiennes qui gagnent peu à peu du terrain au nord, et le front s'établit de nouveau aux alentours du 38e parallèle, revenant peu ou prou aux positions d'avant le début du conflit.

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Évacuation par l'US Navy de réfugiés en provenance de Corée du Nord.

Les négociations reprennent alors et la guerre s'achève le 27 juillet 1953, lorsqu'un pacte de non-agression est signé. L'accord restaure la frontière entre les deux Corées près du 38e parallèle et crée la zone coréenne démilitarisée, une zone tampon fortifiée entre les deux nations coréennes. Les deux pays étant encore officiellement en guerre, des incidents mineurs continuent de se produire encore aujourd'hui.

On estime que le conflit a fait plus de 800 000 morts parmi les militaires coréens, nordistes et sudistes, et 57 000 parmi les militaires des forces de l'ONU. Le nombre de victimes civiles est estimé à 2 millions et le nombre de réfugiés à 3 millions. La péninsule a été dévastée par les combats et les bombardements ; Séoul a été ainsi détruite à plus de 70 %.

Bouddhisme 

Le bouddhisme est une religion (notamment une religion d'État) ou, selon le point de vue occidental, une philosophie, voire les deux, dont les origines sont en Inde au Ve siècle av. J.-C. à la suite de l'éveil de Siddhartha Gautama et de son enseignement.

Le bouddhisme compte en 2005 entre 230 millions et 500 millions d'adeptes, ce qui en fait la quatrième religion mondiale, derrière (dans l'ordre décroissant) le christianisme, l'islam et l'hindouisme. L'historien des religions Odon Vallet mentionne que c'est « la seule grande religion au monde à avoir régressé au XXe siècle », en raison, notamment, des persécutions du bouddhisme en Chine et en Indochine par les régimes communistes.

Le bouddhisme présente un ensemble ramifié de pratiques méditatives, de rituels religieux (prières, offrandes), de pratiques éthiques, de théories psychologiques, philosophiques, cosmogoniques et cosmologiques, abordées dans la perspective de la bodhi, « l'éveil ». À l'instar du jaïnisme, le bouddhisme est à l'origine une tradition shramana, et non brahmanique comme l'est l'hindouisme.

Les notions de dieu et de divinité dans le bouddhisme sont particulières : bien que le bouddhisme soit souvent perçu comme une religion sans dieu créateur, la notion étant absente de la plupart des formes du bouddhisme, la vénération et le culte du Bouddha historique Siddhartha Gautama en tant que bhagavat joue un rôle important dans le Theravāda et également dans le Mahāyāna, dans lesquels il est un être éveillé ayant trois aspects ou manifestations (trikāya).

Bouddhisme japonais

Le bouddhisme au Japon a été importé de Chine et de Corée à partir des Ve et VIe siècles ; il est donc fortement influencé des bouddhismes chinois et coréen, mais aussi par le shintoïsme, principale religion au Japon née plusieurs siècles auparavant.

Son histoire peut être divisée en trois périodes, l'époque de Nara (jusqu'en 784), l'époque de Heian (794–1185) et la période post-Heian (à partir de 1185). Chaque période a vu l'introduction de nouvelles doctrines ou l'évolution d'écoles existantes, des trois grands courants du bouddhisme : hīnayāna, (voie du Petit Véhicule), mahāyāna (voie du Grand Véhicule), vajrayāna (voie du Diamant).

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Statue de Bouddha debout au Musée national de Tokyo. L'une des premières représentations connues du Bouddha, du Ie, IIe siècle de notre ère.

Shintoïsme

Le shinto, littéralement « la voie des dieux » ou « la voie du divin ») ou shintoïsme, est un ensemble de croyances datant de l'histoire ancienne du Japon, parfois reconnu comme religion. Elle mélange des éléments polythéistes et animistes. Il s'agit de la plus ancienne religion connue du Japon et particulièrement liée à sa mythologie. Le terme « shintō », ou kami no michi, est apparu pour différencier cette vieille religion du bouddhisme « importée » de Chine au Japon au VIe siècle. Ses pratiquants seraient aujourd'hui plus de cent millions au Japon.

MES EXTRAITS FAVORIS

Ce n'était donc qu'en apparence que j'étais pauvre, car, au fond de moi-même, plus que quiconcque, j'étais riche, de la richesse que j'ai dite. Qu'un jeune garçon, handicapé irrémédiablement, en arrive à penser qu'il est un être secrètement choisi, faut-il en être surpris ? J'avais le sentiment que, quelque part en ce monde, une mission m'attendait, dont je n'avais encore aucune idée.

***

Les infirmes, comme les jolies femmes, sont las d'être regardés ; ils ont la nausée de vivre continuellement cernés par le regard des autres, et c'est de leur existence même qu'ils chargent le regard qu'ils renvoient aux autres : le vainqueur est celui qui impose son regard à l'autre.

***

Ma seule fierté depuis l'enfance, me venait de ne pouvoir me faire comprendre et je ne me sentais nullement porté à vouloir m'exprimer de façon à être compris.

***

Quand je le connus mieux, j'appris qu'il avait en horreur la Beauté qui dure. Il n'aimait que ce qui s'évapore à l'instant : la musique, les arrangements de fleurs flétris en quelques jours ; il détestait l'architecture, la littérature. 

***

L'homme reçoit une partie des divers attributs de la nature ; il ne fait que les propager et multiplier grâce à un jeu facile d'équivalences et de substitutions. Tuer pour anéantir la "qualité-d'être-une-fois-pour-toutes-donnée" de la victime, c'est commettre sur toute la ligne un faux calcul. Ainsi raisonnais-je, et mes réflexions me firent apparaître une indéniable et totale différence entre l'existence du Pavillon d'Or et celle de l'être humain. D'une part, un simulacre d'éternité émanait de la forme humaine si aisément destructible ; inversement, de l'indestructible beauté du Pavillon d'Or émanait une possibilité d'anéantissement. Pas plus que l'homme, les objets voués à la mort ne peuvent être détruits jusqu'à la racine ; mais ce qui, comme le Pavillon d'Or, est indestructible, peut être aboli. Comment personne n'avait-il pris conscience de cela ? Et comment douter de l'originalité de mes conclusions ? Mettant le feu au Pavillon d'Or, trésor national depuis 1890, je commettrais un acte de pure abolition, de définitif anéantissement, qui réduirait la somme de Beauté créée par la main de l'homme.

***

Qu'elle [la mer] était houleuse ! Les vagues, sans repos, l'un suivant l'autre, roulaient vers la côte. Entre deux replis, on devinait la surface grise et lisse de l'abîme. Dans le ciel lugubre, au-dessus du large, les nuées entassées alliaient la délicatesse à la pesanteur ; car leur masse lourde, sans frontières nettes, avait comme une frange de duvet froid, d'une insurpassable légèreté, qui emprisonnait ce qu'on pouvait prendre pour un coin de ciel bleu pâle. Les collines violettes du promontoire défiaient les flots de plomb. Chaque chose était prise dans un mélange d'agitation et d'inertie, de forces sombres jamais en repos et de reflets immobilisés dans un figement minéral.

***

Je compris la psychologie des révolutionnaires. Tous ces fonctionnaires de province jaspinaient autour du brasero de fer où rougeoyaient des braises, sans soupçonner le moins du monde les transformations qui étaient à la veille de se produire sous leurs yeux aux quatre coins de la planète - sans pressentir l'imminente dislocation de cet "ordre du monde" qui était le leur.

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Un chōzuya ou temizuya est un pavillon d'ablution destiné au rite de purification cérémoniel dans le shintoïsme.

 

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20 novembre 2018

*** DRACULA - BRAM STOKER

Un pur chef-d'oeuvre de la littérature et du fantastique. La bit-litt d'aujourd'hui est une insulte à Bram Stoker.

INCIPIT

Bistritz, le 3 mai. Quitté Munich à 8h35 du soir, le 1er mai, avec l'intention d'arriver à Vienne le lendemain de bonne heure.

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LE DEBUT

Jonathan Harker, en voyage d'affaires en Europe de l'Est, décrit son périple à travers l'une des régions les plus isolées de l'Europe. Il part à la rencontre d’un noble de Transylvanie, le comte Dracula. À mesure qu'il s'aventure vers l'Est, le pays devient plus sauvage et moins moderne. Au vieil hôtel de Bistritz où il séjourne avant la dernière étape du voyage, le propriétaire et son épouse sont visiblement affligés par les intentions de Jonathan de vouloir aller au château de Dracula. Quand il insiste sur son devoir professionnel, la femme lui offre son crucifix pour le protéger. Sur le trajet de la diligence, ses compagnons de voyage, en apprenant où il va, le traitent avec la même sorte de sympathie préoccupée, lui donnant des cadeaux et le protégeant avec des charmes. Le cocher de Dracula arrive sur une calèche pour chercher Jonathan et faire la dernière partie du voyage. Jonathan est accueilli par le Comte et lui montre sa chambre avant de le conduire à une salle à manger où l'attend un excellent dîner, auquel le Comte ne touche pas. La demeure semble étrange : il n'y a aucun domestique, bien que les extraordinaires meubles et le service de table montrent que le Comte est incroyablement riche. Il n'y a aussi aucun miroir nulle part. À travers la société pour laquelle Jonathan travaille, le comte planifie d'acheter un grand domaine anglais appelé Carfax. L'Anglais utilise pour se raser son propre petit miroir afin de se raser, sans entendre Dracula s'approcher derrière lui. Surpris par la présence du comte, Jonathan se coupe puis constate que le miroir ne reflète pas l'image de son hôte. En voyant le sang couler, le comte surexcité saisit brusquement Jonathan à la gorge mais se ressaisit sur-le-champ lorsque sa main touche les perles du crucifix du jeune Anglais...

MON AVIS

Un de mes romans préférés. La structure est très vivante, car le récit se fait au travers de journaux intimes, lettres, voire articles de presse, venant des différents protagonistes (sauf Dracula). Un véritable page-turner : on veut savoir ce qui va arriver à Lucy, puis à Mina... les personnages sont extrêmement bien dessinés et l'attachante Mina est inoubliable. La jeune femme parfaite du XIXe siècle, amoureuse, bienveillante, généreuse, pudique, cultivée... et désespérée par l'atteinte du démon sur sa personne.

J'aime tant ces belles phrases au beau et riche vocabulaire ; c'est ce qui me fait apprécier plus que tout la littérature classique.

J'ai lu Dracula plusieurs fois, et je me suis toujours demandée pourquoi le comte s'en prenait à Lucy puis à Mina, toutes deux proches de Jonathan Harker, l'agent notarial qu'il a fait venir chez lui. Je me demandais quel rapport entre cet homme qui n'avait fait que son travail et les attaques du vampire, arrivé en Angleterre. Dans son film magnifique, Coppola avait inventé une petite variante : Mina était l'amour perdu de Dracula, sa réincarnation et c'est pour cela qu'il venait à Londres, spécialement pour elle.

Et puis là, ça m'a paru évident ! Jonathan réussit à s'enfuir du château du comte, il offense donc son hôte, qui craint de voir ses secrets révélés. Son intention de venir à Londres était au départ simplement motivée par le désir de faire de nouvelles victimes, de nouveaux "disciples" et d'étendre ainsi son pouvoir. Mais il veut se venger de Harker. Lucy est d'abord une proie facile, voire idéale : elle est décrite comme une jeune fille un peu légère... pour la morale victorienne, cette conduite est punie au travers de l'agression de Dracula. Qui a débarqué non loin de là. Il a jeté son dévolu un peu par hasard. Et de par l'amitié entre les deux jeunes femmes, il fait la connaissance de Mina, cet ange admirable, qu'il veut faire sienne à jamais, ce qui sera sa vengeance envers Harker et ses amis qui luttent désormais ensemble pour le détruire.  

A noter que mon livre contenait aussi une nouvelle : L'invité de Dracula, qui se lit très vite, n'apporte pas grand-chose de nouveau et m'a guère passionnée.

CE QU'EN DIT WIKIPEDIA

Dracula est un roman épistolaire publié en 1897. Il raconte l'histoire du comte Dracula, un vampire immortel qui se repaît du sang des vivants et peut les transformer à leur tour en vampires.

La complexité du personnage de Dracula renouvelée par des thèmes modernes chers à la psychanalyse comme l'association d'Éros et de Thanatos — du désir sexuel et de la mort — ou le questionnement des limites (entre la bête et l'homme, entre la vie et la mort ou entre le Bien et le Mal…) en feront un mythe moderne que le cinéma contribuera à amplifier par le biais d'adaptations.

Dracula n'est pas le premier roman fantastique à exploiter le thème du vampire. Il marque pourtant une étape cruciale dans la littérature fantastique et en particulier celle abordant ce thème ; le succès du livre et la popularité du personnage l'attestent encore aujourd'hui. Outre  le sens du récit et la maîtrise du suspense de Stoker, c'est aussi la personnalité de son personnage principal qui fonde le mythe. Le comte Dracula, au-delà de la créature d'épouvante aux pouvoirs surnaturels, est avant tout un être humain damné, un non-mort, et c'est cette dimension complexe qui assure son charme.

En effet, Dracula est un monstre mais est aussi un réprouvé, un rejeté de Dieu, une personne à craindre mais aussi à plaindre. Mina Harker exhortera ses compagnons à éprouver à son endroit non de la haine mais de la pitié, ce qui n'exclut évidemment pas de la détermination pour s'en débarrasser.

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Dracula (Gary Oldman) dans le film de Francis F. Coppola, 1992

Sources de Bram Stoker

On ne connaît pas avec certitude les documents auxquels Bram Stoker a eu accès, mais le rapprochement des éléments du roman avec les ouvrages disponibles au moment de sa conception indique que l’auteur a pu puiser aux sources suivantes :

Tout d’abord le thème du vampire apparaît dès 1819 en Angleterre, en pleine mode du roman gothique : John William Polidori (The Vampire inspiré d’une idée originale de Lord Byron), Sheridan Le Fanu (Carmilla) mais aussi, en Allemagne, Karl Von Wachsmann (L’Étranger des Carpathes en 1844), et, en France, Charles Nodier (Histoires de vampire), Théophile Gautier (La Morte amoureuse), Paul Féval (La Vampire) et surtout, cinq ans avant Dracula, Jules Verne (Le Château des Carpathes), sans oublier le roman de Marie Nizet : Le Capitaine Vampire.

Bram Stoker a par ailleurs rédigé son roman en pleine horreur médiatique suscitée par son contemporain Jack l'Éventreur, qui sévit à Londres en 1888.

Le nom du comte Dracula est calqué sur le surnom de deux voïvodes de Valachie du XVe siècle : Vlad Țepeș et son père Dracul, le « Dragon », ainsi appelé parce qu’il était membre de l’Ordre du Dragon ; Vlad Țepeș est qualifié dans certains libelles, publiés par ses ennemis, de Draculea : le « Dragonneau ». Dracul n'est d’ailleurs pas le surnom du seul Vlad, mais aussi celui d’un autre voïvode plus tardif : Mihail Ier Șuțu (1730 - 1803, règne de 1783 à 1795). La vie de ces voïvodes valaques est décrite par des sources hostiles comme Histoires de la Moldavie et de la Valachie de Johann Christian Engel, publié au début du XIXe siècle, qui les présente comme des tyrans sanguinaires, s’appuyant, gravures effrayantes à l’appui, sur les écrits de leurs ennemis. Bram Stoker a pu y avoir accès soit directement en librairie ou en bibliothèque, soit par les articles d’Ármin Vámbéry, professeur à l’université de Budapest que le Dr Abraham Van Helsing (personnage du roman) cite comme ami et source de renseignements sous le nom d’Arminius Vambery.

Stoker a pu aussi avoir en mains l’une des nombreuses nouvelles du XIXe siècle inspirées par la Tragica historia de László Turóczi, un jésuite de 1729, relatant les supposées frasques sanglantes de la comtesse Élisabeth Báthory (dans l’actuelle Slovaquie).

Le romancier évoque aussi une princesse-vampire nommée Lénore, qui, selon un reportage de Klaus Steindl diffusé sur la chaîne franco-allemande Arte, aurait pu être inspirée par les légendes entourant Éléonore-Amélie de Lobkowicz.

Puisqu’il place dans la bouche des paysans roumains des mots tels que « vrolok » et « vlkoslak », il semble que Stoker a lu les ouvrages d’Emily Gerard sur le folklore de Transylvanie, où elle décrit les « vrykolakas » (ou « vârcolac » : mort-vivant en roumain). Outre l’orthographe approximative, Bram Stoker répète une erreur d’Emily Gerard : Nosferatu, écrivent-ils, signifierait « vampire » ou « non mort » en roumain, or dans cette langue, vampire se dit vampir et non-mort : strigoi (qui a la même étymologie que « stryge ») ; quant à Nosferatu dont la forme roumaine est nesuferitu (littéralement « l’insupportable ») il désigne « l’innommable », le démon.

Enfin, la zoologie de l’époque avait déjà porté à la connaissance d’un public friand d’animaux exotiques, l’existence en Amérique du Sud d’une famille de chauves-souris hématophages, aussitôt baptisées « vampires ».

Histoire et modernité

L'Angleterre de la fin du XIXe siècle est le lieu du triomphe des deux révolutions industrielles, le lieu où se développe pleinement l'idée du progrès. Cet aspect est largement repris dans l'œuvre de Stoker puisque les personnages font largement usage des inventions récentes : la machine à écrire, le phonographe, le télégraphe, le train, etc. Toutes ces inventions sont mises en valeur et serviront à contrer les projets du comte. Inversement, la Transylvanie du XIXe siècle est un lieu où règnent le passé, les anciennes coutumes, les superstitions. Le combat entre Dracula et les autres personnages symbolise cette confrontation entre les deux mondes, l'un tourné vers l'avenir et l'autre écrasé sous le poids du passé. L'importance de la place accordée, dans le roman, au progrès scientifique s'inscrit dans la continuité du succès du mouvement naturaliste.

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Lucy et Mina (Sadie Frost et Winona Ryder)

Dracula et la science

Dracula oppose le comte vampire et son adversaire, Abraham Van Helsing, sur de nombreux points, dont celui de l'utilisation de la science : au portrait du connaisseur qui n'appréhende le savoir que comme un moyen de servir ses propres intérêts, s'oppose celui du chercheur qui met son savoir au service de l'humanité et qui reste ouvert à toutes les hypothèses, probables ou non.

Dracula, quand il était mortel, était en effet savant. Après sa mort physique, le comte a gardé ce goût du savoir. L'importance accordée à la description de sa bibliothèque, qui apparaît comme une pièce importante du château du comte, atteste ce goût, au demeurant pour des domaines diversifiés : « histoire, géographie, politique, économie, botanique, géologie, droit ». Mais cette soif de connaissance, qui concerne en premier lieu l'Angleterre, est consacrée à des fins maléfiques : il s'agit pour le comte d'approfondir ses connaissances dans le but de dominer, et ce au profit d'un seul être : lui-même.

Van Helsing est lui aussi un grand scientifique. Mais contrairement au comte, ce chercheur met sa connaissance au profit des autres. Il transmet son savoir, puisqu'il l'enseigne ; plus largement, son désir de venir à bout du comte-vampire est mû par la volonté de sauver le monde. Outre cette générosité, il est doté d'une remarquable ouverture d'esprit puisqu'il reste ouvert à toutes les branches de la connaissance, dont celles qui ne connaissent pas encore de verification scientifique – et dont le vampirisme fait partie.

Les références scientifiques

Stoker place dans la bouche de Van Helsing des références aux théories criminologiques de l'époque, notamment celles de Cesare Lombroso qui considère que le criminel est, sous bien des aspects, un être infantile. Ainsi, l'intelligence de Dracula est surtout empirique, peu inventive et répétitive. Il tire certes les leçons de ses erreurs et perfectionne son modus operandi, ce qui ne laisse pas d'effrayer Van Helsing qui insiste sur le fait qu'il faut se débarrasser du monstre avant qu'il ne devienne réellement invulnérable (son intelligence progresse lorsqu'il est à Londres, riche et complexe au niveau des interactions humaines). Mais, en même temps, son action s'inscrit toujours dans un même scénario, ce qui rend son action prévisible à ceux qui savent vraiment réfléchir. Quand il échoue (que ce soit contre les Turcs au XVe siècle dans l'Empire ottoman, ou contre Van Helsing à Londres), il se replie vers son château pour, de là, préparer une riposte. C'est ce qui permettra à Van Helsing et ses compagnons de le supprimer.

Dans le roman, il est également question d'hypnose, de transfusions sanguines et des théories de Max Nordau sur la dégénérescence sociale.

Paradoxalement, la puissance explicative de la science est remise en cause par le professeur Van Helsing lui-même: "C'est bien là le défaut de la science : elle voudrait tout expliquer; et quand il lui est impossible d'expliquer, elle déclare qu'il n'y a rien à expliquer."

Le thème de la folie

Ce thème est central dans le roman. L'un des personnages, le docteur Seward, est en effet le directeur d'un asile psychiatrique, en l'occurrence celui qui jouxte la demeure que Dracula a achetée en Angleterre, Carfax. Le mystère de la folie s'ajoute au mystère inhérent à la littérature fantastique et l'amplifie : l'un des patients de l'hôpital, Renfield, est aux ordres du prince des ténèbres. Mais davantage que le spectacle de la folie, c'est la frontière entre la folie et la raison qui est ici mise en avant : Renfield a, ainsi, des éclairs de lucidité qui le placent au-dessus des autres personnages qui, eux, ne perçoivent pas le danger contre lequel le fou les met en garde. Par ailleurs, après sa mésaventure dans le château du comte, Jonathan Harker a le sentiment de basculer dans la folie ; seule la révélation de l'existence réelle des vampires le guérira de sa crainte. L'exploitation de ce thème s'inscrit dans une perspective moderniste puisque le roman de Bram Stoker est contemporain des premières études de Sigmund Freud.

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Lucy devenue vampire

Après le succès du roman, le personnage de Dracula devient l'un des plus vigoureux mythes modernes, donnant naissance à une riche littérature fantastique autour du thème des vampires. Dans un article intitulé Les Avatars de Dracula dans la littérature contemporaine13, Jean Marigny retrace l'histoire de cette littérature qui s'est développée depuis la seconde moitié du XXe siècle et qui a su épouser des genres littéraires fort diversifiés et parfois inattendus : fantastique, bien entendu, mais également érotique, historique, policier, science-fiction, parodie, et même jeunesse. La qualité de ces écrits est extrêmement variable. 

Une suite Dracula l'Immortel a été écrite par l’arrière-petit-neveu de Bram Stoker, Dacre Stoker. Le prequel Dracula, les origines écrit par Dacre Stoker et J.D. Barker, racontant les origines de Dracula et s'inspirant de la vie de Bram Stoker, sera publié fin 2018.

A NOTER : Le roman de Bram Stoker et la filmographie des années 1920 et 1930 étaient très peu connus en Roumanie, et durant les cinquante années de 1939 à 1989 : la censure d'abord nationaliste, puis communiste ont empêché la diffusion des Dracula occidentaux en Roumanie, où le personnage de Vlad Țepeș, érigé en héros patriotique, était intouchable. Après 1989 et l'avènement de la liberté de communication et d'expression, de nombreux Roumains découvrent le personnage de Bram Stoker. Aussi Dracula, associé ou non à Vlad Țepeș et à différents lieux (notamment en Transylvanie), est-il devenu un « objectif touristique majeur ». Auberges, châteaux divers (dont celui des Habsbourg à Bran, près de Brașov), ruines, cols, villes (Curtea de Argeș, Târgoviște, Sighișoara et Bucarest) se disputent sa naissance et ses séjours. Toutes sortes d'objets l'évoquent : il est vendu en peluches à l'aéroport international de Bucarest...

Vlad Tepes

Le voïvode Vlad III Basarab, surnommé « l'Empaleur », né entre 1431 et 1436 probablement à Târgoviște en Valachie (mais, selon la légende moderne, à Sighișoara en Transylvanie) et mort en décembre 1476 près de Bucarest, est prince de Valachie en 1448, puis de 1456 à 1462 et en 1476. Un autre surnom de Vlad III, Drăculea (signifiant « fils du dragon »), fut repris par Bram Stoker pour nommer le personnage littéraire du comte vampire Dracula.

Le contexte de la première moitié du XVe siècle est mouvementé : le Saint-Empire romain germanique et les pays chrétiens d'Europe de l'Est, en particulier l'Autriche et les royaumes de Hongrie et de Pologne, sont sérieusement menacés par la poussée de l'Empire ottoman, lequel a déjà conquis les Balkans et encerclé Constantinople. Réduit à sa capitale, à quelques îles de l'Égée, à Mistra et à Trébizonde, l'Empire byzantin vit ses dernières années avant sa chute le 29 mai 1453. Les régions qui se situent entre les deux empires constituent le dernier rempart de la chrétienté (catholique et orthodoxe) contre les musulmans et sont le théâtre de batailles acharnées. Les sultans consolident leur contrôle sur les Balkans, balayant un à un les États chrétiens (Serbie, Bulgarie, despotat d'Épire, Despotat de Dobroudja) et ne s'arrêtent qu'aux portes de la Hongrie.

Durant cette période, la Valachie est une principauté qui résiste encore à la pression ottomane. Ses relations avec l'empire turc oscillent entre guerres et périodes de vassalité envers le Sultan ottoman, qui offre la paix moyennant le paiement d'un tribut. Le Voïvode étant élu, le trône est disputé, à l'époque de Vlad Țepeș, entre les familles cousines des Basarab-Dǎnescu et des Basarab-Drǎculescu. Alors que les Drǎculea négocient la paix avec les Turcs, les Dǎnescu appellent les Hongrois pour les aider à combattre le Sultan.

En 1447, le père de Vlad, Vlad II Dracul (« le Dragon », surnom dû au fait qu'il est membre de l'Ordre du Dragon), conclut une paix avec les Ottomans. Étant en guerre contre les Turcs, Jean Hunyadi, voïvode de Transylvanie et gouverneur de Hongrie depuis 1446, entreprend en novembre de la même année, en partant de Brașov, une expédition punitive contre Vlad II, considéré comme traître à l'ordre du Dragon. Ce dernier est capturé et tué à Bǎlteni, avec son premier fils Mircea II le Jeune. Parvenu à Târgoviște, Jean Hunyadi se proclame le 4 décembre 1447 « voïvode des régions transalpines » (c'est-à-dire, pour lui, « au-delà des Alpes de Transylvanie », en Valachie). Ce titre lui permet de faire élire au trône de la Valachie un des Dǎnești, le fils de Dan II, Vladislav II. Les Drǎculești sont alors évincés du pouvoir.

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Mina et Jonathan (Keanu Reeves)

Vlad Țepeș, futur Vlad III, né entre 1431 et 1436, a pu voir le jour à Târgoviște alors capitale de la Principauté, à Curtea de Argeș autre ville princière, ou encore à Bucarest comme l'affirment toutes les sources anciennes. Mais, depuis 1990, le mythe de Dracula lancé par Bram Stoker étant parvenu en Roumanie où il est commercialement exploité, une légende popularisée par l'historien roumano-américain Radu Florescu situe sa naissance à Sighișoara, ville de Transylvanie où son père exilé est censé avoir séjourné et où l'on montre depuis lors sa « maison natale ».

Quoi qu'il en soit, en 1442, Vlad Țepeș est envoyé comme otage au sultan Mourad II, avec son jeune frère Radu III le Beau. Le jeune Vlad est retenu à Andrinople (alors capitale de l'Empire ottoman, qui n'a pas encore pris Constantinople) jusqu'en 1448, et son frère Radu jusqu'en 1462. Cette période de captivité dorée chez les Turcs a joué un rôle important dans la montée au pouvoir de Vlad. Probablement s'est-il fait durant cette période des relations utiles à son ambition, et à son désir de revanche contre les Dǎnești. En sa qualité d'otage princier, il a certains privilèges tel que celui de pouvoir étudier, correspondre, disposer de pages et de serviteurs. La légende raconte que c'est à cette époque qu'il aurait assisté à ses premiers empalements, un des supplices dans l'Empire ottoman.

En 1448, profitant de l'absence de Vladislav, éloigné de Târgoviște par les combats de la seconde bataille de Kosovo contre les Turcs, Vlad III rentre d'Andrinople avec une troupe de cavalerie turque et un contingent de troupes prêtées par le pacha Mustafa Hassan pour s'emparer du trône. Mais Vladislav le chasse dès son retour, deux mois plus tard (octobre-novembre 1448), et Vlad doit s'exiler en Moldavie où règne Bogdan II Mușat. Là, il se lie d'amitié avec le futur Étienne III de Moldavie.

La chute de Constantinople aux mains des Turcs en 1453 change la donne : les chrétiens doivent faire feu de tout bois et Jean Hunyadi, qui part défendre Belgrade contre les assauts ottomans, confie à Vlad Țepeș une armée pour défendre la Valachie et la Transylvanie. Mais Vlad en profite, avec l'aide de boyards de Munténie, pour reprendre le trône de Valachie : il écrase et tue Vladislav II au combat en août 1456. Il règne ensuite pendant six ans, consolidant son pouvoir en centralisant l'autorité. Il élimine sans pitié tous les boyards qui tentent de le déstabiliser. Selon la légende du régime communiste, antérieure de quarante ans à celle liée à Dracula, il s'appuyait sur le petit peuple, qui l'adule. 

Toujours selon la légende du régime communiste, la plus petite infraction, du mensonge jusqu'au crime, put être punie de mort (le mythe dit « du pal », mais toutes les forêts du pays n'y auraient pas suffi). En fait, Vlad n'a empalé que quelques personnages, mais de haut rang : c'est ce qui a frappé les imaginations et lui a valu son surnom de Țepeș (l'empaleur). Il combat la corruption et l'intrigue en s'appuyant sur l'« Oastea domnească », l'armée princière, recrutée parmi les paysans libres. Sûr de l'efficacité de son système, Vlad place un jour une coupe en or à la fontaine de la place centrale de Târgoviște. Les voyageurs assoiffés auront le droit de se servir de la coupe, mais elle doit rester en place. La coupe ne sera jamais dérobée, et reste à sa place tout le temps du règne de Vlad.

Une autre légende encore, lancée par des sources assez généralement hostiles comme Histoires de la Moldavie et de la Valachie de Johann Christian von Engel, publiées au début du XIXe siècle, veut que lors de la guerre contre les Ottomans, Vlad ait empalé ses propres soldats blessés dans le dos (donc ayant fui devant l'ennemi) ou aurait ordonné d’empaler un soldat sur douze parmi ceux qui refusaient d’aller au combat. Le bourreau refusant, Vlad l'aurait transpercé sur le champ.

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Vlad Tepes

Il semble en revanche acquis que Vlad ait dirigé sa vengeance contre les boyards responsables de la mort de son père et de son frère Mircea. Le dimanche de Pâques 1457, il arrête toutes les familles de boyards qui font la fête à la cour princière. Après avoir empalé quelques chefs des grandes familles, il oblige les autres à marcher une centaine de kilomètres, sur un difficile chemin de chèvres. Il ne permet pas aux survivants de se reposer à leur arrivée et leur ordonne immédiatement de construire une forteresse sur les ruines d'un ancien avant-poste de son grand-père, avec vue sur la rivière. Cette place forte est bâtie au sommet du mont Poienari. Elle permet à Vlad d'avoir une vue au sud sur les terres de Valachie et au nord sur la Transylvanie. Il contrôle de cette manière la vallée qui mène de l'une à l'autre. Le chantier dure des mois et beaucoup meurent. Vlad crée une nouvelle noblesse d'armes parmi ses paysans, et réussit à se faire construire rapidement une forteresse avec l'ancienne. La légende moderne dit que ce serait le château de Bran, bien que celui-ci ne se situe pas en Valachie, mais en Transylvanie, et si ses fondations sont bien antérieures au règne de Vlad (elles datent de l'Ordre Teutonique, cantonné là entre 1211 et 1242), les murailles actuelles sont bien postérieures, datant des Habsbourg. La véritable forteresse de Vlad est identifiée aujourd'hui aux ruines de la citadelle de Poenari sur l'Argeș, en Valachie.

Plus sûr encore, car recoupé par plusieurs sources, en 1457, les marchands saxons de Transylvanie de Sibiu et de Brașov essaient de le remplacer par un « prêtre des Roumains », identifié comme étant le futur souverain Vlad IV Călugărul (Vlad IV le Moine), qui leur promet des avantages douaniers. Les commerçants de Brașov choisissent un autre prétendant, Dan III Dănicu, le frère de Vladislav II. Vlad franchit alors les Carpates et, une fois à Brașov, punit ses ennemis, jusqu'au moment où Matthias Corvin, fils de Jean Hunyadi, intervient en négociant un accord, ce qui montre les limites de l'indépendance du pouvoir de Vlad Țepeș face au pouvoir hongrois. Dan III, soutenu par Matthias, passe les Carpates depuis Brașov vers la Valachie, où il est pris et exécuté par Vlad le 22 avril 1460. Les rétorsions financières envers les marchands saxons de Transylvanie établis en Valachie sont alors sévères, et, bien qu'aucun n'ait été empalé, Vlad acquiert ainsi sa réputation de monstre auprès des Occidentaux.

Début 1462, Vlad se sent plus fort, et la participation que lui promet Matthias Corvin en personne à une expédition contre les Turcs l'enhardit jusqu'à briser son alliance avec les Ottomans. Il lance alors une campagne contre ces derniers sur le Danube, tuant plus de 30 000 hommes. Vlad perd alors l'allégeance de son frère Radu le Beau et provoque la colère du sultan Mehmed II, fils de Mourad, lorsqu'il refuse d'accéder à la demande des émissaires ottomans, le turc Hamza Bey et le phanariote Thomas Katavolinos, de payer le tribut à l'Empire ottoman, sous peine d'être envahi et de voir la Valachie transformée en province turque.

Ici la légende entre à nouveau en jeu : lorsque les émissaires du souverain ottoman refusent d'ôter leurs turbans face à lui, Vlad les leur fait clouer sur le crâne. En fait, il semble que Hamza Bey ait eu l'ordre de tuer ou de capturer Vlad s'il refusait, et que ce dernier ait pris les devants en exécutant les deux émissaires du sultan, qui envoie alors son armée. Vlad Țepeș se retire à Târgoviște non sans se livrer à des actions de guérilla dont la plus célèbre est l'attaque de nuit à Târgoviște du 17 juin 1462. Selon la légende, lorsque le sultan arrive devant Târgoviște, il aurait trouvé des officiers turcs empalés par centaines : une scène terrifiante nommée « la Forêt des Pals » et qui, elle aussi, marquera les imaginations.

Toujours est-il que c'est Radu, frère de Vlad et candidat des Turcs pour le trône de Valachie, qui, à la tête de l'armée turque et d'une partie de l'« Oastea domnească » qu'il convainc de rejoindre son camp, poursuit son frère jusqu'à la forteresse de Poenari. D'après la légende, la femme de Vlad, qui voulait s'échapper, trouve la mort en tombant du haut de la falaise que la forteresse surplombe (scène exploitée par Francis Ford Coppola dans son film Dracula). Vlad, lui, réussit à s'échapper du siège de Poenari en empruntant un passage secret à travers la montagne ou, selon la légende, en ferrant ses chevaux dans le mauvais sens pour s'échapper de nuit : ses ennemis, le lendemain, voyant des traces de sabots allant vers la forteresse, en déduisent que des cavaliers ont pénétré dans Poenari alors que Vlad en est sorti. Il est très difficile de démêler le mythe de la réalité dans cette historiographie déjà romancée du vivant de Vlad. En tout cas, Radu le Beau monte sur le trône de Valachie le 15 août 1462.

Vlad retourne alors en Transylvanie pour rencontrer Matthias Corvin qui, pense-t-il, arrive à Brașov pour se porter à son secours. Mais ses excès lui ont déjà aliéné ses alliances, et les autorités locales de Brașov qui reconnaissent Radu comme souverain depuis deux mois, achèvent de convaincre Matthias Corvin d'arrêter Vlad en novembre 1462. Vlad est maintenu prisonnier à Buda, capitale de la Hongrie (aujourd'hui une partie de Budapest) pendant douze ans ; une fois libéré, il retourne en Valachie et s'installe à Bucarest qui, à l'époque, n'est qu'une petite bourgade. Selon de nombreuses sources, c'est l'arrivée de Vlad et son troisième règne qui auraient fait prospérer la ville. Selon ces mêmes sources, Vlad lui-même aurait fait de Bucarest la capitale de la principauté.

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Vlad Tepes et les ambassadeurs turcs

En 1476, Vlad est reconnu à nouveau comme prince de Valachie, mais il ne jouit que peu de temps de son troisième règne car il est tué à la fin du mois de décembre 1476 à Bucarest, dans des circonstances aussi nébuleuses que sa naissance. Vlad Țepeș est décapité et sa tête envoyée au sultan qui l'expose sur un pieu comme preuve de sa mort.

La réalité des faits est loin de la fiction du roman Dracula ou de nombreux films et spectacles y faisant référence, mettant tous en scène un cercueil dans une crypte gothique entourée de ténébreuses montagnes.

Le « tombeau » de Vlad Țepeș est censé se situer au monastère de Snagov, sur une île proche de la capitale roumaine. Selon le célèbre historien Constantin Rezachevici, son tombeau pourrait être en fait situé au monastère de Comana. Le monastère de Comana a été fondé au milieu du XVe siècle par Vlad Țepeș et se situe dans le Județ de Giurgiu au sud de la Roumanie.

Le tombeau est censé se situer en plaine, au bord d'un lac aux rives fleuries, au monastère de Snagov, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bucarest. Mais des études récentes ont montré que ce « tombeau » ne contient que quelques ossements de chevaux sauvages fossiles, des tarpans datés du Néolithique, et ne correspondent pas aux restes du prince valaque. D'après le livre de Radu Florescu et Raymond McNally À la Recherche de Dracula, il y a deux autres tombes à Snagov : la première à l'entrée de la chapelle du monastère et la seconde au pied de l'autel. On s'accorde généralement à dire que c'est la seconde qui devrait contenir le corps (décapité) de Vlad. En 1932, une mission archéologique roumaine ouvre cette tombe et n'y trouve que des fragments d'ossements humains, mâchonnés par des bêtes. L'autre tombe est également ouverte. L'équipe d'archéologues y découvre un squelette d'homme très friable et privé de son visage, sa tête recouverte d'un tissu de soie, une épée, une médaille de l'Ordre du Dragon, une couronne, les restes d'une cape pourpre et une bague de femme, cousue à l'intérieur de la manche d'un vêtement (tradition d'amour courtois très répandue en Europe à la fin du Moyen Âge) : l'inventaire du Musée d'Histoire et d'Archéologie de Bucarest, et des photos en témoignent, mais leur attribution à Vlad est néanmoins sujette à caution, compte tenu de la « Draculomanie » sévissant en Roumanie, d'autant qu'entre-temps, le Musée d'Histoire et d'Archéologie de Bucarest, ainsi que ses réserves, ont déménagé plusieurs fois, subi des bombardements et des incendies, et la malle contenant les restes de Snagov reste à ce jour introuvable...

Le monastère de Snagov est orthodoxe, or Vlad a abjuré sa foi orthodoxe et s'était converti au catholicisme pour pouvoir bénéficier du soutien de Mathias Corvin afin de remonter sur le trône. Il est donc considéré comme un « hérétique » par les moines orthodoxes, qui n'auraient pas mis son corps en terre dans cette tombe. 

Avec l'avènement de la génétique, on s'intéresse de nouveau au corps trouvé à l'entrée de la chapelle en 1932 pour tenter de l'authentifier en comparant son ADN à celui des descendants de Vlad III encore en vie. Mais le nombre de candidats à ce titre est si élevé, que c'est financièrement inenvisageable.

Surnoms, légendes et postérité littéraire

Vlad Basarab a eu de nombreux surnoms : Țepeș (« l'Empaleur » en roumain), Drăculea (« Petit dragon » en roumain, d'où Dracula - son père Vlad II le Dragon ayant été membre de l'Ordre du Dragon).

Vlad Țepeș connaît déjà une célébrité importante de son vivant, répandue surtout par ses ennemis : les marchands saxons de Transylvanie, et Matthias Corvin, le roi de Hongrie, qui l'ont fait passer pour un souverain cruel qui empale ses ennemis. Selon leurs dires, il aurait empalé des centaines de milliers d'hommes, et en particulier, les négociants allemands de Transylvanie, les membres de la vieille noblesse, tous ceux qui se dressaient contre lui, ainsi que les prisonniers turcs.

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Légende de "Vlad l'Empaleur"

Mais, oubliée avec sa mort, cette mauvaise réputation, consignée dans les documents et les gravures d'époque, s'est repropagée avec la diffusion du personnage de Dracula, inventé par Bram Stoker pour son roman en 1897. Ce roman ne se fonde pourtant pas sur la réalité du règne de Vlad Țepeș : c'est une fiction censée se dérouler en Transylvanie et au Royaume-Uni au XIXe siècle. Néanmoins, en raison du succès de cette fiction, Vlad Țepeș est assimilé au personnage de Dracula qui a été immortalisé par Stoker sous la forme d'un vampire buvant le sang de ses victimes. L'image de la Transylvanie, et de la Roumanie, par le biais du roman de Stoker, est maintenant associée pour longtemps au comte vampire Dracula, et qui occulte la mémoire historique de Vlad Țepeș.

Origines de la légende

Sa vie est connue grâce aux sources écrites qui relatent les faits et gestes de Vlad III, prince de Valachie au milieu du XVe siècle. Mais beaucoup de ces sources romancent déjà sa biographie et en exagèrent les détails dès son vivant. Des historiens comme A. Bonfini, L. Chalcocondyle, ainsi que l'auteur anonyme des Histoires slavonnes et plus récemment Nicolae Iorga ou Dinu Giurescu ont pu supposer que les récits mettant en valeur son courage et sa probité eurent son assentiment, afin d'impressionner ses sujets et ses adversaires. En revanche les récits et les dessins qui en font un monstre de cruauté, une brute sanguinaire dont les victimes se seraient comptées par centaines de milliers, sont pour la plupart postérieurs à sa mort.

Ces récits hostiles, compilés par Johann Christian von Engel au début du XIXe siècle, expriment le ressentiment de ses adversaires, les marchands saxons de Transylvanie et les boyards de Valachie, qui ont toujours lutté pour conserver leurs privilèges dans ces régions. La diffusion en Europe centrale au XVe siècle d'écrits inspirés par cette version a été encouragée par Matthias Corvin qui cherchait à justifier son changement d'alliance : après avoir soutenu Vlad dans ses actions contre les Turcs, il soutient son frère Radu III le Beau, candidat des Ottomans, alors que Vlad est vaincu et demande de l'aide, seul à Brașov. Il est alors fort opportun que Vlad Țepeș passe pour un monstre incontrôlable.

Les historiens modernes remettent en cause ces légendes, considérant que :

  • un lieu de naissance hors de la sécurité (relative) des villes princières de Valachie, est très peu vraisemblable ;
  • les seuls monuments historiques que l'on peut rapporter avec certitude au règne de Vlad, sont la tour de Chindia à Târgoviște et, selon l'historien Lucian Boia, une aile de l'ancienne citadelle de Bucarest ("Curtea Veche" : son buste marque d'ailleurs l'endroit) ;
  • le supplice à Târgoviște (non précisé, mais humiliant et mortel) des boyards hostiles que Vlad tenait pour les assassins de son père ;
  • l'empalement en 1461 de l'ambassadeur turc Hamza Bey et son chambellan Thomas Katavolinos, qui avaient tenté de s'emparer de Vlad par la ruse (ou de l'empoisonner, selon les sources) ; ces deux graves atteintes à la condition nobiliaire (les aristocrates ne pouvaient être exécutés qu'après jugement, sans être suppliciés, ni astreints à travailler) et à l'immunité diplomatique, n'ont pu que marquer les imaginations en ce temps, mais ne font pas pour autant de Vlad Țepeș un « ami du peuple et ennemi juré de tous les aristocrates », et encore moins un « vampire ».

Vampire 

Le vampire est un type de revenant qui fait partie des grandes créatures légendaires issues des mythologies où se combinent de diverses manières l'inquiétude de l'au-delà et le mystère du sang. Suivant différents folklores et selon la superstition la plus courante, ce mort-vivant se nourrit du sang des vivants afin d’en tirer sa force vitale, ses victimes devenant parfois des vampires après leur mort. La légende du vampire puise ses origines dans des traditions mythologiques anciennes et diverses, elle se retrouve dans toutes sortes de cultures à travers le monde.

Le personnage du vampire est popularisé en Europe au début du XVIIIe siècle. Vers 1725, le mot « vampire » apparaît dans les légendes d'Arnold Paole et de Peter Plogojowitz, deux soldats autrichiens qui, lors d’une guerre entre l’Empire d'Autriche et l'Empire ottoman, seraient revenus après leur mort sous forme de vampires, pour hanter les villages de Medvegja et Kisiljevo. Selon ces légendes, les vampires sont dépeints comme des revenants en linceul qui, visitant leurs aimées ou leurs proches, causent mort et désolation. Michael Ranft écrit un ouvrage, le De masticatione mortuorum in tumulis (1728) dans lequel il examine la croyance dans les vampires. Le revenant y est complètement, et pour la première fois, assimilé à un vampire, puisque Ranft utilise le terme slave de vampyri. Par la suite, le bénédictin lorrain Augustin Calmet décrit, dans son Traité sur les apparitions (1751), le vampire comme un « revenant en corps », le distinguant ainsi des revenants immatériels tels que les stryges, fantômes et autres esprits.

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Diverses explications sont avancées au fil du temps pour expliquer l'universalité du mythe du vampire, entre autres les phénomènes de décomposition des cadavres, les enfouissements vivants, des maladies telles que la tuberculose, la rage et la porphyrie, ou encore le vampirisme clinique affectant les tueurs en série qui consomment du sang humain. Des explications scientifiques, psychanalytiques ou encore sociologiques tentent de cerner la raison qui fait que le mythe du vampire perdure à travers les siècles et les civilisations.

Le personnage charismatique et sophistiqué du vampire des fictions modernes apparaît avec la publication en 1819 du livre The Vampyre de John Polidori, dont le héros mort-vivant est inspiré par Lord Byron, Polidori étant son médecin personnel. Le livre remporte un grand succès mais c'est surtout l'ouvrage de Bram Stoker paru en 1897, Dracula, qui reste la quintessence du genre, établissant une image du vampire toujours populaire de nos jours dans les ouvrages de fiction, même s'il est assez éloigné de ses ancêtres folkloriques avec lesquels il ne conserve que peu de points communs.

Avec le cinéma, le vampire moderne est devenu une figure incontournable, aussi bien dans le domaine de la littérature que de celui des jeux vidéo, des jeux de rôle, de l'animation ou encore de la bande dessinée. La croyance en ces créatures perdure et se poursuit aussi bien dans le folklore populaire que par des sous-cultures, notamment gothiques, qui s'y identifient.

Origine du mot « vampire »

Le mot attribué pour désigner les vampires varie d'une langue à l'autre, de même que les attributs et caractéristiques attachés à la créature. Selon l'Oxford English Dictionary, le mot « vampire » apparaît dans la langue anglaise en 1734, dans un ouvrage de voyage intitulé Travels of Three English Gentlemen, publié dans le Harleian Miscellany de 1745. C'est par la langue anglaise qu'il se répand dans le monde, via la littérature puis le cinéma. Cependant, le terme anglais est originellement dérivé du mot français « vampyre », provenant lui-même de l'allemand « vampir », introduit au XVIIIe siècle par la forme serbo-croate « vāmpῑr ».

En France, après la publication du Traité sur les vampires (1746) d'Augustin Calmet, qui introduit ces créatures dans l'univers francophone, la troisième édition du Dictionnaire de Trévoux, de 1752, renvoie, sans plus, au mot « stryge » pour expliquer, au lecteur français, le concept de vampire. Le terme de vampire devient rapidement plus populaire que celui de stryge, au point qu'on commence à expliquer les stryges en les comparant aux vampires, toutes deux présentées comme créatures légendaires. On oppose ainsi les Lumières aux superstitions d'Europe de l'Est et à ceux, en France, qui reprennent celles-ci. Voltaire consacre ainsi une entrée ironique au concept dans son Dictionnaire philosophique (1764), qui se moque d'une mode qui a conduit « l’Europe a [être] infestée de vampires pendant cinq ou six ans » et à rechercher, en vain, « dans l’ancien Testament ou dans la mythologie quelque vampire qu’on pût donner pour exemple. » On finira par confondre en un seul mythe, avec Pierre Larousse, stryges et vampires. Le Nouveau Larousse illustré de 1900 est le premier dictionnaire à définir les vampires comme étant « des morts qui sortent de leur tombeau, de préférence la nuit, pour tourmenter les vivants, le plus souvent en les suçant au cou, d'autres fois en les serrant à la gorge au point de les étouffer ». C'est, semble-t-il, Arnold Paole, un supposé vampire de Serbie, qui est le premier à être dénommé « vampire », terme apparu lors de l'annexion de la Serbie à l'Autriche. Après que Vienne a obtenu le contrôle du Nord de la Serbie et de l'Oltenie, par le traité de Passarowitz, en 1718, des rapports officiels évoquent des pratiques locales d'exhumation des corps et de meurtres de supposés vampires. Ces rapports écrits, qui s'étalent de 1725 à 1732, connaissent un grand écho dans la presse d'alors. C'est en effet la forme slave qui est l'étymologie la plus probable des termes européens. Le vocable slave désignant les revenants a été par la suite systématiquement rendu par le mot « vampire ». D'après Vasmer, qui fait autorité en matière d'étymologie des langues russe et slaves, le mot d'origine est le mot "upir" existant dans toutes les langues slaves 

Caractéristiques  

Selon le médiéviste Claude Lecouteux, le mythe actuel du vampire est le résultat de « la stratification plus ou moins homogène » d'un grand nombre d'êtres et créatures surnaturels issus des divers folklores européens, en particulier slave. Le bénédictin lorrain Augustin Calmet décrit, dans son Traité sur les apparitions (1751), le vampire comme un « revenant en corps », le distinguant ainsi des revenants immatériels tels que les fantômes ou les esprits.

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Château de Bran, Roumanie, considéré à tort comme le château de Dracula

Les descriptions de vampires évoluent d'un pays à l'autre et d'une époque à une autre, mais des traits généraux peuvent être identifiés. Cette créature mort-vivante est universellement connue pour se nourrir du sang des vivants dès la nuit tombée, afin d'en tirer la force vitale qui lui permet de rester immortelle, ou plutôt non-soumise à la vieillesse. D'autres éléments indissociables sont le cercueil dans lequel il se réfugie au lever du jour afin de trouver repos et protection, et le cimetière qui forme son lieu de prédilection et son territoire. Il y pratique la « mastication » des linges enterrés avec lui. Dans de nombreuses légendes, le vampire se nourrit aussi d'excréments humains et de chair, y compris la sienne ; il pratique en effet l'automastication de sa chair et de ses vêtements. Le vampire possède enfin des canines pointues (ou crocs), ces dents lui servent à mordre ses victimes (traditionnellement au cou et durant leur sommeil) pour les vider de leur sang. L'apparence de la créature s'est construite au fil de ses apparitions dans les médias, par exemple, le port de la cape devenu indissociable de l'habillement du vampire est le résultat de l'esthétique recherchée au théâtre et au cinéma, afin d'en renforcer l'élégance et le côté inquiétant.

La figure moderne de la « vamp » est issue du mythe du vampire. Il s'agit d'une femme séduisante qui conduit l'homme à sa perte, souvent en lui volant son énergie vitale.

Transformation en vampire

Les causes d'apparition des vampires varient beaucoup d'un folklore à un autre. Dans les traditions slaves et chinoises, un corps enjambé par un animal, particulièrement un chat ou un chien, peut devenir un mort-vivant. De même, un corps blessé et non traité au moyen d'eau bouillante peut devenir un vampire. Dans le folklore russe, les vampires passent pour être d'anciens sorciers ou des personnes s'étant rebellées contre l'église orthodoxe. La croyance populaire veut que chaque personne mordue par un vampire finisse par devenir vampire à son tour.

En ce qui concerne la littérature et la culture populaire, le vampirisme est souvent présenté comme le résultat d'une malédiction, et le vampire peut choisir de transmettre celle-ci lorsqu'il mord une victime. S'ensuit la transformation (plus ou moins longue et douloureuse) de la victime, l'un des premiers signes étant l'allongement des canines.

Identification

Le vampire est universellement reconnu par sa physionomie surnaturelle. Selon le folklore populaire, il est le plus souvent dépeint comme gonflé et rougeaud, parfois violacé, ou de couleur sombre. Ces caractéristiques sont attribuées à la consommation régulière de sang. En effet, du sang suinte de leur bouche et leur nez lorsqu'ils prennent du repos dans leurs cercueils alors que leur œil gauche demeure ouvert. À l'inverse, le vampire tel qu'il a été propagé par le cinéma, est blafard et pâle. Le comte Dracula du roman de Bram Stoker apparaît d'abord comme un vieillard élégant, puis retrouve sa jeunesse au fil de ses absorptions de sang humain. Le vampire est par ailleurs couvert du linceul avec lequel il a été enterré, alors que ses dents, ses cheveux et ses ongles peuvent avoir quelque peu poussé, bien que ses crocs ne soient généralement pas affectés.

L'identification d'un vampire comporte quatre étapes, correspondant aux phases de ses manifestations. Il s'agit de reconnaître des phénomènes bizarres dans un premier temps, en général des décès en cascade suspects. Lorsque plusieurs personnes dépérissent de manière étrange, à la manière d'une épidémie, le vampire est invoqué. L'explication est d'ailleurs souvent celle de la maladie qui passait au Moyen Âge pour un signe d'activité vampirique ou de malédiction. Dès 1730, Jean Christophe Harenberg soutient que les vampires sont nés de l'imagination des malades, montrant que les signes du choléra mais aussi de la rage ou de la peste sont proches de ceux attribués aux vampires, comme le visage rubicond.

L'arrivée d'un étranger à la physionomie ou au profil étranges (claudication, denture de fer, incapacité à compter au-delà de trois, ancien métier exercé suspect — surtout ceux de boucher et de bottier) permet d'identifier un vampire. Chez les Slaves, les expressions « rouge comme un vampire » et « gros comme un vampire » attestent de cette stigmatisation des étrangers à l'allure suspecte.

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Les formes du décès sont le moyen d'identification le plus répandu. Si le corps du défunt est souple, son visage rougeâtre ou ses yeux ouverts (ou mi-clos), il passe pour un vampire potentiel. L'identification du vampire est également permise par le repérage de sa tombe. Il existe ainsi un grand nombre de rituels destinés à les identifier : en Valachie, une méthode pour mettre au jour une tombe de vampire consiste à conduire un jeune enfant vierge monté sur un étalon lui aussi vierge, très souvent de couleur noire, excepté en Albanie où il est blanc. Le cheval est censé marquer un changement d'attitude à l'approche de la tombe. Par ailleurs, des trous apparaissant dans la terre au-dessus d'une tombe sont pris pour des signes de vampirisme. Les corps suspectés d'être ceux de vampires possèdent une apparence plus saine que prévu, mais ils présentent aussi plus de chair et moins de signes de décomposition. Un corps non décomposé après quelque temps en terre suffit à faire accuser le mort d'être un vampire, particulièrement pour la religion orthodoxe où la non-putréfaction est considérée comme un signe d'activité démoniaque, par opposition à la religion catholique qui y voit une intervention divine ou une béatification. De même, un corps nu signifie que le cadavre a dévoré son linge. Le fossoyeur est par conséquent l'expert privilégié dans l'identification des vampires. Dans quelques traditions, quand les tombes soupçonnées ont été ouvertes, les villageois ont souvent décrit le cadavre comme ayant du sang frais d'une victime partout sur son visage. L'une des preuves d'une activité vampirique réside aussi dans la mort inexpliquée de bétail ou dans l'apparition de lueurs au-dessus de la tombe. Enfin, on peut reconnaître le vampire par les manifestations qu'il provoque, proches de celles d'un esprit frappeur comme le poltergeist : chutes d'objets lourds au plafond, objets qui bougent ou cauchemars.

Facultés

Selon les mythes, légendes ou auteurs, le vampire dispose de forces ou de faiblesses différentes. Ainsi, dans le roman de Bram Stoker, les facultés de Dracula sont énumérées de façon précise par l'un des personnages, le docteur Abraham Van Helsing. Les films dans lesquels a joué Bela Lugosi ont développé l'idée que les vampires possèdent un pouvoir hypnotique et un don pour la séduction leur permettant, notamment, de séduire efficacement les femmes et de s'approcher plus facilement de leurs proies. Ces créatures pourraient également lire dans les pensées. Le cinéma a pris de notables libertés par rapport aux modèles littéraires et folkloriques, en particulier concernant la nature et le mode de vie du vampire. Ainsi, par exemple, ceux-ci se voient affublés de canines exagérément grandes et adoptent un comportement sensuel.

Le vampire de fiction devient plus puissant avec l'âge, ce qui lui offre une plus grande résistance aux lieux saints ou à l'eau bénite par exemple. Il est très fort et rapide, doté d'une excellente vision nocturne. Il possède souvent la faculté de se changer en animal (thériomorphie), il peut s'agir d'un animal quelconque, uniquement du loup ou de la chauve-souris selon les auteurs, mais aussi de brume.

Protection contre le vampire

Selon Claude Lecouteux, la protection contre les vampires s'effectue en trois moments différents : quand ils viennent de naître, lors de leur décès ou quelque temps après qu'ils ont rendu l'âme et sont donc devenus les hôtes d'un monde intermédiaire entre la vie et la mort. Dans ce domaine, les traditions folkloriques se mêlent aux interprétations romanesques...

Dans les folklores européens, la protection passe par des précautions lors du décès et de l'inhumation, la plus courante étant la décapitation. Il est aussi nécessaire de protéger son habitation. Plusieurs pratiques existent pour éviter qu'un mort ne revienne comme vampire, entre autres : enterrer le corps à l'envers, percer la peau de la poitrine (une façon de « dégonfler » le vampire dont le corps a gonflé), ou placer des objets comme une faux ou une faucille à ses côtés (la tradition impose d'enterrer des objets aiguisés avec le cadavre, afin qu'ils puissent pénétrer dans la peau si celui-ci se met à se transformer en revenant), ou de les placer à proximité de la tombe pour détourner les esprits. Il s'agit d'une pratique qui rappelle celle des anciens Grecs qui plaçaient une obole pour Charon dans la bouche, sur la poitrine, dans la main ou aux côtés du défunt. D'autres méthodes généralement pratiquées en Europe préconisent la coupe des tendons dans les genoux ou le placement de graines de pavot, de millet, ou de grains de sable sur le terrain alentour de la tombe d'un vampire présumé, et ce afin d'occuper la créature qui se voit obligée de compter les grains toute la nuit.

La décapitation est surtout préconisée en Allemagne et dans les pays slaves orientaux. Il s'agit alors ensuite d'enterrer la tête aux côtés du corps, entre ses jambes, afin d'accélérer le départ de l'âme et d'éviter ainsi la création d'un revenant. On peut aussi clouer la tête, le corps ou les vêtements du supposé vampire afin d'éviter qu'il ne se lève. Les gitans pensent que transpercer d'acier ou d'aiguilles de fer le cœur du défunt, et placer dans ses yeux, ses oreilles et entre ses doigts, des morceaux de fer (ou d'aubépine) lors de l'enterrement évite qu'il ne devienne un vampire. En 2006, à Lazzaretto Nuovo près de Venise, le corps d'une femme datant du XVIe siècle a été découvert avec une brique dans la bouche, acte qui fut interprété par les archéologues comme un rituel destiné à l'empêcher de devenir vampire. D'autres rituels utilisent de l'eau bouillante répandue sur la tombe ou l'incinération du corps. Dans le Duché de Saxe allemand, un citron était placé dans la bouche du supposé vampire.

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Les folklores évoquent surtout l'utilisation d'objets particuliers : il existe en effet plusieurs objets apotropaïques censés repousser les vampires, notamment les fleurs d'ail (et non les gousses comme l'a popularisé le cinéma), dont l'odeur les indisposerait. Une branche de rosier sauvage, d'aubépine ou de verveine passent également pour être des protections contre les vampires en Europe, tandis que des branches d'aloe vera dans le dos ou près de la porte sont utilisées en Amérique du Sud. Asperger le sol de moutarde les éloigne également.

Les objets sacrés comme le crucifix, le rosaire ou l'eau bénite sont capables de les repousser ou de les blesser. Les vampires ne pourraient pas marcher sur un sol consacré comme celui des églises ou des temples, ni même traverser l'eau courante. Le miroir, dans lequel le vampire ne peut se refléter si on en croit le romancier Bram Stoker, est parfois un moyen de le repousser, mais ce rituel n'est pas universel. Dans la tradition grecque, par exemple, le Vrykolakas (ou Tympanios) possède un reflet et une ombre.

Le vampire est censé ne pouvoir entrer pour la première fois dans une habitation sans y avoir été invité par le propriétaire. Bien qu'on considère que le vampire est plus actif la nuit, il est rarement considéré comme vulnérable à la lumière du jour, contrairement à la tradition cinématographique où il ne supporte pas la lumière du soleil (mais n'est pas tué par elle).

Des récits chinois déclarent que si un vampire découvre par hasard un sac de riz, il doit en compter chaque grain. C'est un thème existant également dans des mythes du sous-continent indien aussi bien que dans les contes sud-américains de sorcières et d'autres esprits malveillants. Le vampire est obligé de compter toutes les graines d'un sac renversé devant lui, et de dénouer tous les nœuds qu'il croise, même si le jour arrive, et ne peut s'en détourner que lorsqu'il a fini de les compter.

Destruction des vampires

Les moyens pour détruire les vampires sont nombreux et variés. La plus ancienne relation de mise à mort d'un vampire, alors appelée « sangsue », apparaît dans la Chronique de Guillaume de Newbury, au XIe siècle. Le vampire étant un mort-vivant, il est déjà mort et ne peut connaître le repos éternel qu'au moyen de pratiques spéciales, entre autres un pieu dans le cœur, un clou dans la tête, une décapitation ou une crémation. La tradition populaire réclamait parfois les quatre à la fois, puis l'enterrement à l'angle d'un carrefour (avec plusieurs variantes). Le corps est parfois démembré, pratique qui est fréquemment évoquée depuis 1593 dans la littérature vampirologique. En Roumanie, l'exécution d'un vampire est appelée la « grande réparation » et doit se dérouler aux premières lueurs de l'aube. L'officiant doit enfoncer d'un seul coup le pieu, faute de quoi le vampire peut ressusciter.

Les bois de frêne sont réputés efficaces pour détruire le vampire en Russie et dans les pays baltes. En Serbie, c'est plutôt l'aubépine ou le chêne en Silésie. Le vampire peut également être terrassé par un coup de pilum au cœur ou à travers la bouche en Russie et dans le Nord de l'Allemagne, ou dans le ventre dans le Nord-Est de la Serbie. De manière générale, la mise à mort du vampire est entièrement ritualisée.

Les œuvres de fiction rapportent d'autres moyens. Abraham Van Helsing de Stoker affirme : « Quant au pieu que l'on enfonce dans son cœur, nous savons qu'il lui donne également le repos éternel, repos éternel qu'il connaît de même si on lui coupe la tête. Il ne se reflète pas non plus dans les miroirs et son corps ne fait pas d'ombre ». Dans le premier film s'inspirant du roman, Nosferatu le vampire, Murnau n'indique qu'un seul moyen permettant d'éliminer le vampire : une femme au cœur pur doit faire oublier le lever du jour au comte. C'est de là qu'est née la croyance dans les effets nocifs des rayons du soleil sur les vampires, laquelle sera exploitée dans la plupart des films. Dans le film Abraham Lincoln, chasseur de vampires, l'argent est aussi fatal pour les vampires.

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Liens avec le monde animal

Un certain nombre d'animaux ont été mis en relation avec les vampires, notamment les chauves-souris dites vampires (trois espèces de la sous-famille des Desmodontinae) qui, après leur découverte au XVIIIe siècle en Amérique du Sud par Buffon, ont été intégrées au folklore vampirique. Bien qu'aucune espèce de chauve-souris d'Europe ne se nourrisse de sang, elles ont souvent, et depuis longtemps, été associées à la figure du vampire. Cette association, totalement fictive car les chauves-souris sont incapables d'attaquer un être humain, peut s'expliquer par leurs mœurs nocturnes et leurs morsures lorsqu'on les attrape. Le comte Dracula est ainsi censé se transformer en chauve-souris, motif repris abondamment dans le cinéma d'horreur. En Europe, la chauve-souris est, comme d'autres animaux nocturnes, représentée comme une créature du Diable, et une légende des Balkans rapporte que ces animaux seraient maudits pour avoir mangé l'Eucharistie. Dans la tradition héraldique anglaise, la chauve-souris signifie la « conscience du pouvoir du chaos et des ténèbres ». Des chauves-souris furent qualifiées de « vampires » en référence au mythe vampirique puisque le terme apparaît en 1774, soit près de 30 années après la création du mot selon l'Oxford English Dictionary.

La sangsue, le moustique, le candiru (« poisson vampire du Brésil »), les lamproies, la fourmi vampire de Madagascar (Adetomyrma venatrix) et le pinson vampire (Geospiza difficilis) se nourrissent de sang. Le Vampyroteuthis infernalis, surnommé « vampire des abysses », n'est pas nommé ainsi en raison de son régime alimentaire, mais parce que ce céphalopode possède des organes produisant de la lumière (photophores) sur tout son corps et une membrane de peau relie ses huit bras, chacun bordé de rangées d'épines charnues ou pointues, rappelant la cape du vampire.

En Chine, le chat peut cacher un vampire dans son pelage. Dans d'autres pays asiatiques et les Balkans, c'est le papillon qui peut s'avérer être vampire. Dans le roman Dracula, le comte prend la forme du loup plusieurs fois, commande ces animaux et en libère un du zoo de Regent's Park. D'après Estelle Valls de Gomis, le loup était chez le peuple ancêtre des Roumains, les Daces, un animal psychopompe chargé du transport des âmes entre le monde des vivants et celui des morts.

Liens avec le monde végétal 

Les plantes parasites telles que les cuscutes sont assimilées à des vampires végétaux. La croyance en des vampires végétaux existe encore chez des gitans musulmans de Kosovo-Metohija qui considèrent que les taches rouges sur les potirons et de melons d'eau sont des marques de sang.

Créatures associées aux vampires

Si le folklore d'Europe orientale et méridionale est le berceau du vampirisme, des créatures et croyances plus ou moins similaires se retrouvent partout dans le monde, aussi bien en Europe, leur berceau d'origine, qu'en Afrique, en Asie ou dans les Amériques.

En Europe : En Grèce, et ce dès l'Antiquité, on nomme les personnes non inhumées en terre, qui se sont suicidées ou qui ont été excommuniées et qui reviennent hanter les vivants, des vrykolakas. Le terme désigne dès le XVIe siècle des créatures proches des vampires, d'autant plus qu'il signifie en langue slavonne (sa langue d'emprunt) « loup-garou ». Chez les Slaves du Sud, en Polésie (Ruthénie noire), on parle d'« esprit-amant » (Dux-ljubovnik) dans le cas d'un mort qui prend la forme d'un vampire ou d'un serpent volant. En Pologne, le Latawiec suce le sang des femmes qu'il séduit alors qu'en Roumanie ce même esprit-amant, le Zburator, agresse les personnes dans leurs lits. Dans le même pays, les strigoi sont généralement des cadavres ramenés à la vie à cause d'un animal qui a sauté par-dessus eux, mais ils peuvent être aussi des enfants illégitimes ou des changelins qui naissent avec une queue, ou alors des sorciers ayant pactisé avec le Diable. Le vampire de la mythologie roumaine est nommé Nosferat ou Nosferatu ; il s'agit généralement d'enfants mort-nés issus d'un couple illégitime. Les Dvoeduschniki slaves dissimulent leurs âmes sous une pierre et ils ne peuvent mourir tant que celle-ci s'y trouve. Dans le folklore albanais, le Dhampir est le fils du Karkanxholl (ou Lugat). Il s'agit d'un revenant qui peut être soit un animal, soit un humain possédé durant son sommeil. Le Dhampire est une créature mi-humaine et mi-vampire. Le mot « Dhampir » est associé au folklore des Roms ou des Balkans, dont les croyances ont été recueillies et décrites par T. P. Vukanović. Dans le reste de la région, des termes serbes tels que vampirovic'i, Vampijerović, Vampirić (Lampijerović en Bosnie), expressions qui signifient littéralement « fils de vampire », sont également utilisées. Il existe de nombreuses autres appellations en Europe et les créatures vampiriques ne se limitent pas à la seule région des Balkans : le folklore germanique mentionne par exemple l'Alp, esprit vampire métamorphe se changeant en chien, en porc ou en serpent, alors que le folklore portugais évoque la Bruxas, un esprit à forme d'oiseau qui se nourrit du sang des enfants.

En AfriquePlusieurs mythes africains évoquent des créatures qu'on a pu comparer à des vampires. En Afrique de l'Ouest, les Ashantis racontent qu'il existerait une créature aux dents de métal logeant dans les arbres nommée Asanbosam. La tribu Ewe parle de l’Adze, créature maléfique qui peut prendre l'apparence d'une luciole et qui chasse les enfants. Les Africains de la région à l'ouest du Cap parlent de l’Impundulu, créature qui peut se changer en un oiseau de large envergure pouvant invoquer la foudre et le tonnerre. Enfin, le peuple Betsileo de Madagascar raconte que le Ramanga boit le sang de ses victimes.

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Vampire moderne, série Twilight (Robert Pattinson)

En AmériqueDurant la fin du XVIIIe et le XIXe siècles, la croyance dans les vampires a envahi la Nouvelle-Angleterre, particulièrement à Rhode Island et dans l'Est du Connecticut. De nombreux documents parlent de familles évoquant des morts transformés en vampires. Les morts par tuberculose passaient pour revenir hanter les vivants. Le cas de Mercy Brown, adolescente de 19 ans suspectée de vampirisme qui meurt en 1892 à Exeter (Rhode Island), est le plus célèbre des États-Unis de cette époque. Son père, assisté d'un médecin, a sorti son corps de sa tombe deux mois après son décès, lui a retiré son cœur et l'a brûlé complètement. Hors de ce contexte issu des mythes européens, d'autres légendes ont pu être rapprochées du vampire. Ainsi, la Soucouyant de l'île de Trinité, les Tunda et Patasola de Colombie. Au sud du Chili, un mythe évoque un serpent suçant le sang, le Peuchen. La mythologie aztèque parle de Cihuateteo, des esprits de nouveau-nés morts à face de squelette, qui tuent les enfants et ont des relations sexuelles avec les vivants, les conduisant ensuite à la folie. Une légende des Caraïbes et de Louisiane évoque une créature hybride, le loogaroo (terme qui proviendrait du français « loup-garou »), qui amalgamerait différentes figures monstrueuses, dont celle du vampire.

En AsieLa croyance en des créatures comparées aux vampires est fortement répandue en Asie, mais aussi en Inde. Le Bhūta ou Prét est ainsi l'âme d'un mort qui erre sur terre et qui attaque les vivants à la manière d'une goule. Dans le Nord de l'Inde, le BrahmarākŞhasa est un « vampire » dont la tête est entourée d'intestins, et qui suce le sang des victimes. Il existe aussi des figures « vampiriques » au Japon, reprises par le cinéma dès 1950, comme le Nukekubi, littéralement « cou qui se détache », dont la tête peut se décrocher du corps et voler pour attaquer les vivants. Les légendes concernant des « vampires » femelles (dont certaines parties du corps peuvent se détacher) existent également aux Philippines, en Malaisie et en Indonésie. Aux Philippines elles sont de deux sortes : la tribu Tagalog parle du Mandurugo (« suceur de sang ») alors que le peuple Visayan évoque le Manananggal (« qui peut se scinder de lui-même »). Le Mandurugo est une sorte d'Aswang qui prend la forme d'une jeune fille séduisante le jour et qui se transforme la nuit venue en une créature sans ombre, avec des ailes et une langue menaçante qui lui sert à sucer le sang des victimes durant leur sommeil. Le Manananggal peut aussi sucer le sang des fœtus à travers le ventre de la mère et dévorer les entrailles des personnes malades. Le Penanggalan malaisien est une vieille ou jeune femme qui use de magie noire pour s'approprier ses victimes ; sa tête peut voler et attaquer les femmes enceintes. Les Malaisiens utilisent des charbons pour l'empêcher d'entrer dans les demeures. Le Leyak est une créature similaire du folklore de Bali. D'autres figures vampiriques féminines existent : le Kuntilanak ou Matianak en Indonésie et le Pontianak ou Langsuir en Malaysie. Le Jiangshi est la figure du vampire chinois. Il attaque les vivants pour leur voler leur énergie vitale, le qi. Il s'agit de l'âme d'un humain qui n'est pas parvenue à quitter son corps mort. Toutefois, la comparaison avec le vampire n'est pas évidente, car le Jiang shi n'a pas de pensées propres.

Histoire du vampire

Ainsi, la figure du « buveur de sang » se retrouve dans de nombreuses cultures. En revanche, le terme et le concept précis de « vampire » est récent, vient d'Europe de l'Est, et le mythe n'est réellement connu et propagé que depuis le XVIIIe siècle en Europe, avec la fixation écrite des traditions orales. Dans la majorité des cas, les « vampires » sont des revenants et des êtres maléfiques, soit victimes de suicides, soit résultat d'une possession du cadavre par un esprit malveillant. Plusieurs théories modernes font des phénomènes d'hystérie collective, d'enterrements prématurés ou de l'ignorance du processus de décomposition des cadavres, des causes expliquant la croyance dans le vampirisme, ainsi que les exécutions de vampires supposées. Auparavant, on attribuait de tels phénomènes aux démons ou aux esprits, mais aussi au Diable.

Mythe du vampire et premières religionsLa consommation de sang est souvent associée aux anciennes divinités. Ainsi, en Inde l'histoire des vetalas, sortes de goules résidant dans des corps, a été compilée dans le texte sacré du Baital Pachisi alors que le Kathasaritsagara raconte comment le roi Vikramâditya en a chassé et capturé une. Le Pishacha, esprit d'une personne mauvaise revenant hanter les vivants, possède certains attributs du vampire moderne. La déesse indienne Kâlî est supposée se nourrir de sang, entre autres celui du sacrifice, ainsi que, dans l'Égypte antique, la déesse Sekhmet. La civilisation perse est l'une des premières à évoquer le mythe de créatures buveuses de sang : il existe en effet des représentations de ces créatures sur des tessons de poterie. Dans la Grèce et la Rome antiques, les légendes et mythes parlent d'« empusa », « lamia » ou « stryge ». Avec le temps, les deux premiers termes finissent par s'appliquer à des démons et esprits. L’empusa est la fille de la déesse Hécate et passe pour sucer le sang des personnes endormies, alors que le lamia s'attaque uniquement aux enfants dans leur sommeil, à la manière des gelloudes (ou gello). Les stryges s'attaquent également aux enfants et ressemblent à des créatures mi-homme mi-oiseau avides de sang. Plusieurs femmes de la mythologie grecque partagent des caractéristiques vampiriques, telles Circé qui prépare des philtres à base de sang humain, et Médée un philtre rajeunissant à partir du même ingrédient. En effet, en Grèce antique, les « ombres » et spectres du royaume d'Hadès sont friands du sang des victimes, pratique qu'évoque l'aède Homère dans son Odyssée. Les Grecs craignent l’errance de leur âme sur Terre s’ils ne sont pas enterrés par leur famille ou leurs amis, car le repos définitif est permis par l’incinération seule, ce qui explique en partie le conflit concernant la sépulture refusée par Créon au cadavre de son neveu Polynice narré dans l’Antigone de Sophocle. Les philosophes Aristée, Platon et Démocrite soutiennent que l'âme peut demeurer auprès des morts privés de sépulture. Les âmes malheureuses et errantes se laissent alors attirer par l'odeur du sang selon Porphyre de Tyr. Les devins se servent alors de ces âmes pour deviner les secrets et les trésors. Ayant connaissance de leur présence, les hommes cherchent des moyens pour les apaiser ou les contrer. En Crète, selon Pausanias le Périégète, on enfonce dans la tête de certains morts un clou. Le poète latin Ovide aussi parle des vampires. Le poète grec Théocrite évoque aussi les empuses, spectres multiformes de la nuit pouvant se muer en monstres innommables ou en créatures de rêve, aussi appelées « démons de midi ». En l'an 217 de notre ère, Philostrate d'Athènes parle d'une empuse que démasque Apollonios de Thyane alors qu'elle a presque circonvenu Ménippe. Dans l'Empire romain, le Jus Pontificum – le droit qui réglemente le culte et la religion – prescrit que les corps ne doivent pas être laissés sans sépulture. Les tombes doivent être protégées contre les voleurs, profanateurs et ennemis, qu'ils soient naturels ou surnaturels. Les violations sont considérées comme sacrilèges et punies de mort. Lamia, une goule nécrophage, reine des succubes dévorant les fœtus et effrayant les enfants la nuit, est parfois présentée comme l'équivalent du vampire romain. De Lamia viennent les lamies, plus nécrophages que vampires, à la fois lascives, ondoyantes, serpentines, avides de stupre et de mort, aux pieds de cheval et aux yeux de dragon. Elles attirent les hommes pour les dévorer et peuvent s'apparenter aux succubes qui se nourrissent de l'énergie vitale des hommes. Pour Patrice Lajoye, il est erroné de rattacher les lamies aux vampires pour la simple raison qu'elles ne partagent pas leur caractéristique principale, le fait d'être un mort-vivant. Les stryges, démons femelles ailées et munies de serres, et les onosceles, démons aux pieds d'ânes qui s'attaquent aux voyageurs égarés, partagent des caractéristiques similaires.

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Du Moyen Âge à la RenaissanceLe folklore slave donne naissance au mythe classique du vampire. La croyance serait antérieure au christianisme, bien qu'elle ait fusionné avec celui-ci (ainsi, concernant le destin des enfants non-baptisés). Elle a été rattachée à une mythologie générale concernant les démons et les esprits, considérés dans la société slave pré-industrielle comme des réalités tangibles, pouvant interagir avec les vivants. Certains aident les hommes alors que d'autres sont destructeurs et agressifs, tels le Domovoï, la Rusalka, la Vila, la Kikimora, la Poludnitsa et le Vodianoï. Ils sont des ancêtres ou des personnes décédées dans d'étranges et terribles conditions qui reviennent hanter les vivants. Ils peuvent apparaître sous des formes variées et provoquer toutes sortes de phénomènes, comme aspirer le sang et l'énergie vitale des hommes. Les références écrites les plus anciennes sont vieux-russes. On a vu la première en 1047. La 2e concerne les vampires sous la forme de mauvais morts appelés navij. Elle date de 1092 et est contenue dans La Chronique des Temps Passés. Elle signale une épidémie à Polotsk, ville de la Russie kiévienne, provoquée par des morts malfaisants qui de nuit « galopaient dans les rues sur des chevaux invisibles et tuaient les habitants ». On ne voit de ces chevaux que les traces de leurs sabots au matin, mais tous ceux qui sortent de nuit dans la ville sont tués. Selon certaines croyances slaves, après la mort, l'âme persiste et peut évoluer sur la terre pendant 40 jours avant de rejoindre l'au-delà. Pour cette raison, les Slaves doivent laisser ouverte une fenêtre ou une porte après un décès afin de laisser l'âme libre de mouvements. Elle est supposée avoir le pouvoir de réintégrer le corps ou de blesser les vivants. Des rites d'enterrements précis permettent d'éviter cette réintégration corporelle. Cependant, certaines morts violentes posent problème. Ainsi, la mort d'un enfant non baptisé, un décès subit, ou celui d'un pécheur non contrit (comme un sorcier ou un meurtrier) sont autant de cas où l'âme refuse de se détacher du corps. Elle peut aussi revenir dans son corps dans le cas de rituels d'enterrements mal menés. Il existe aussi une croyance selon laquelle un corps peut être possédé par une autre âme en peine, cherchant à se venger des vivants. De toutes ses croyances dérive le concept slave de « vampire ». Manifestation d'une âme en peine possédant un corps en décomposition (le sien ou d'une autre personne), le vampire passe pour vouloir se venger des vivants en leur subtilisant leur sang et leur énergie vitale. Dans ces croyances populaires, il suffit d'avoir mené une mauvaise vie pour devenir vampire et l'action principale de celui-ci sera de détruire la communauté villageoise dont il est issu. Dans l'Antiquité les revenants étaient considérés comme des démons mais c'est au XIe siècle qu'apparaissent pour la première fois des morts affamés. La Chronique des temps passés, ouvrage russe, rapporte l'attaque de morts pris par la faim et s'attaquant aux vivants en 1092, à Polotsk, en Biélorussie. Au XIIe siècle, les vampires sont censés être si nombreux en Angleterre qu'ils sont brûlés pour calmer l'angoisse populaire. Plus tard, au XVIIIe siècle, Jean-Christophe Herenberg, dans Pensées philosophiques et chrétiennes sur les vampires, cite précisément deux cas en 1337 et 1347 dans lesquels les présumés coupables de vampirisme sont empalés et brûlés. De même, au XVe siècle, les épidémies de peste sont l'occasion pour la population (surtout en Europe de l’Est) d'une frénésie anti-vampire. En Moravie, l'évêque d'Olmütz, devant la multiplication des plaintes des villageois de la région, met sur pied des commissions d'enquêtes. Le premier cas de vampirisme attaché à un nom et étudié un tant soit peu est celui de Michael Caspareck en 1718. Son cas fait l'objet d'une enquête officielle en Hongrie. Très peu de données ont cependant pu parvenir jusqu'à nous, en dépit de quelques textes comme le témoignage scandinave de Saxo Grammaticus qui évoque, dans Gesta Danorum et dans la Saga d'Egil et d'Asmund le Tueur de Berserkir (début du XIIIe siècle), des morts affamés attaquant les vivants, qui ripostent en ouvrant leurs tombes, en leur coupant la tête et en les éventrant à l'aide d'un pieu. L'Europe occidentale connaît également des cas de vampirisme, mais de façon plus sporadique qu'en Moldavie ou en Bulgarie. Le procès de Gilles de Rais en 1440 ravive cependant la peur du vampire. Enfin, en 1484 le pape Innocent VIII, par la bulle Summis desiderantes affectibus reconnaît officiellement les morts-vivants et la démonologie. La Réforme protestante, Luther en tête, parle de Nachzehrer, des « prédateurs » (ou « parasites » en allemand) qui sont d'anciens morts revenus à la vie. La période médiévale est également riche en témoignages concernant les manducator, c'est-à-dire les mâcheurs, des revenants connus pour dévorer le linge enterré à leurs côtés et pour faire un bruit de mastication inquiétant. Le corpus les concernant est immense, s'étalant du XVe au XIXe siècle. Selon Claude Lecouteux, ce type de revenant a fourni le fondement principal du mythe du vampire tel qu'il existe au XXIe siècle. Il semble aussi que ce phénomène soit presque toujours lié à une épidémie de peste. Ces figures folkloriques ont même provoqué une interrogation théologique, de la part de Luther notamment qui, dans ses Propos de table, les considèrent comme des illusions diaboliques qu'il faut exorciser. Le père jésuite Gabriel Rzaczynski en atteste la croyance en Pologne dans les années 1710-1720, le religieux s'inquiétant de l'accroissement de ces figures maléfiques, qu'il nomme les Uriels. Vlad III Basarab, dit « Ţepeş » est désormais fortement associé au mythe du vampire en raison de l'amalgame commis entre cette personnalité historique du XVe siècle et le personnage littéraire de Bram Stoker dans l'ouvrage In Search of Dracula (1974) de Radu R. Florescu and Raymond T. McNally, deux universitaires de Boston. La source de la légende est une propagande lancée à l'époque contre le prince, qui pour être sanguinaire, ne l'est pourtant pas davantage que ses détracteurs contemporains. Des luttes de pouvoir de l'époque, il nous reste ces écrits plus ou moins diffamatoires qui ont fait entrer Vlad III Basarab dans l'histoire. Il reste connu dans l'imaginaire collectif sous le nom de Vlad L'Empaleur, et à sa mort, aurait été décapité afin que sa tête soit promenée au bout d'une pique dans toute la région. Les nombreuses reprises littéraires et cinématographiques ont fini par faire de Dracula un personnage de la culture populaire mondiale. Au XVIe siècle, la comtesse Élisabeth Báthory aurait également grandement inspiré les légendes de vampires. Cette aristocrate hongroise qui a vécu aux XVIe et XVIIe siècles aurait torturé et tué un nombre incertain de jeunes filles. Des légendes prétendent qu'elle les tuait dans le but de se baigner dans le sang de ses victimes afin de rester éternellement jeune. Ces histoires ont été largement écartées par les historiens modernes, mais elles subsistent dans les croyances populaires. De surcroît, les essayistes Elizabeth Miller et Michel Meurger relèvent la crédulité de certains universitaires exégètes de Dracula (tels Raymond T. Mc Nally, Radu Florescu et Jean Marigny lui-même) face aux inventions romanesques de l'ouvrage de l'écrivaine surréaliste Valentine Penrose, Erzsébeth Bathory : la comtesse sanglante (Paris, Mercure de France, 1962), « biographie frelatée et véritable roman noir [qui] accumule les motifs gothiques : bains de sang, machines à assassiner [dont une fictive vierge de fer], tortures raffinées. L'histoire, prise en otage, devient le simple décor d'une mise en scène des fantaisies sadiennes de Valentine Penrose. » Ainsi, Jean Marigny évoque-t-il les « bains de sang » censément pris par Élisabeth Báthory bien que les interrogatoires du procès de la comtesse hongroise en 1611 ne les mentionnent pas. « L'assertion n'apparaît qu'au XVIIIe siècle, peut-être en relation avec la vogue du vampirisme », précise Michel Meurger. D'après le vampirologue Jacques Sirgent, de telles rumeurs auraient été propagées afin de lutter contre le pouvoir féminin. Bien qu'elle ne présente aucun signe caractéristique des vampires (elle ne boit pas le sang), elle reste pour beaucoup l'incarnation du côté aristocratique du vampire, à l'inverse des autres témoignages qui, plus tard, porteront sur des paysans. La simultanéité entre l'émergence du vampirisme et la fin de la chasse aux sorcières suggère que les vampires prennent le rôle de boucs émissaires de ces dernières à la fin du XVIIe siècle. Le phénomène du vampirisme prend, dans la première moitié du XVIIIe siècle, une ampleur considérable, avec deux cas parmi les plus célèbres : ceux de Peter Plogojowitz et d'Arnold Kol Paole, en Serbie. Le contexte social est déjà dominé par la peur du vampire. En effet, lors de l'épidémie de peste qui ravage la Prusse orientale, en 1710, les autorités mènent systématiquement des enquêtes sur les cas de vampirisme signalés, n'hésitant pas à ouvrir les tombes. Le mot « vampire » apparaît ainsi pour la première fois en 1725, lorsqu'un rapport présente l'exhumation du récemment mort Peter Plogojowitz, un paysan serbe, cas qualifié par la suite de « vampire historique ». Plogojowitz est mort à l'âge de 62 ans, mais il serait revenu hanter son fils pour avoir de la nourriture. Après que son fils a refusé de lui en donner, il est retrouvé mort le jour suivant ; d'autres morts suspectes conduisent à accuser l'esprit de Plogojowitz. Ce cas est connu par un article daté du 31 juillet 1725, et repris par Michael Ranft dans son traité La Mastication des morts dans leurs tombeaux (1728). Le revenant y est complètement, et pour la première fois, assimilé à un vampire, puisque Ranft utilise le terme slave de « vampyri », terme qui sera repris dans toute l'Europe. Le cas d'Arnold Paole, soldat et paysan autrichien mort en 1726, est également bien documenté. Il aurait été attaqué par un vampire et est mort en faisant les foins. Après sa mort, des proches meurent dans les environs, morts attribuées à l'esprit de Paole. Il passe pour être à l'origine de deux épidémies de « vampirisme » dont la seconde, en janvier 1731, a fait l'objet d'un rapport circonstancié par le médecin militaire Johann Flückinger. Ce rapport est abondamment discuté, en particulier par l'empereur d'Autriche Charles VI qui suit l'affaire. Il a aussi été traduit par Antoine Calmet, et a fait probablement couler encore plus d'encre que le cas Plogojowitz (pour les Serbes).

Développement des récits de vampire aux XVIIe et XVIIIe siècles : Les contes de vampires apparaissent très tôt, mais trouveront leur apogée lors des XVIIe et XVIIIe siècles, où les récits de vampires se font plus nombreux. En dépit du rationalisme naissant lors du siècle des Lumières, la croyance en les vampires, telle une épidémie, se répand dans tous les domaines. Néanmoins de vives critiques de la part des érudits viendront vite prendre le contrepied de ces superstitions, si bien qu'une multitude de savants, philosophes et même d'hommes d'Église incitent la population à revenir à la raison et condamnent à travers de nombreux textes la manifestation de ce mythe en France. En 1764 dans l'article "Vampires" de son Dictionnaire philosophique paru en 1764, Voltaire condamne avec un humour caustique cette superstition. Il déclare que la croyance aux vampires est un anachronisme et une aberration dans un siècle truffé de savants, il affirme par la suite avec humour qu'il "existait bel et bien des hommes d'affaires qui sucèrent en plein jour le sang du peuple, mais ils n'étaient point morts, quoique corrompus". Gerard Van Swieten dans son Rapport médical sur les vampires en 1755, dit que cette croyance amène les populations à ne plus respecter ses morts et à violer l'asile des tombes. L'un des plus anciens témoignages concernant les vampires provient d'Istrie, dans l'actuelle Croatie, en 1672. Un supposé vampire, Jure Grando, habitant du village de Khring près de Tinjan, a causé la panique. Jure est décédé en 1656, toutefois les habitants pensent qu'il revient sucer le sang et agresser sexuellement sa veuve. Le chef du village a ordonné de percer le cœur du cadavre à l'aide d'un pieu, mais les phénomènes ont persisté et le cadavre a été décapité avec de meilleurs résultats. Le XVIIIe siècle est marqué par une chasse aux vampires dans toute l'Europe. Les rois et les ducs ordonnent des traques pour identifier et tuer les supposés vampires. En dépit des Lumières, la croyance dans les vampires s'accentue, confinant parfois à des hystéries de masse à travers toute l'Europe. La panique principale débute dans la Russie de l'Est en 1721, par une éruption d'attaques de vampires présumés. Une autre panique collective touche la monarchie des Habsbourg autrichienne de 1725 à 1734, puis s'étend à d'autres pays. Enfin, une autre légende serbe concerne Sava Savanović supposé hanter un moulin à eau et sucer le sang des meuniers. L'écrivain serbe Milovan Glišić en fait un roman fantastique. Ces derniers incidents sont bien documentés, y compris par les autorités locales, et les récits des événements sont souvent publiés à travers l'Europe. Les hystéries sont sans doute aggravées par les épidémies touchant alors le Vieux Continent, en particulier la rage, et par les rumeurs aussi. Dès 1679, Philippe Rohr consacre une dissertation aux morts qui mâchent leurs linceuls dans leurs tombes, sujet repris par la suite par Otto en 1732, puis par Michael Ranft en 1734. Ce dernier distingue des liens entre vampirisme et cauchemar et considère que les cas de vampirisme sont des illusions de l'imagination alors qu'en 1732 un anonyme qui se fait appeler « le médecin de Weimar » discute de la non-putréfaction de ces créatures, d'un point de vue théologique. En 1733, Johann Christoph Harenberg écrit un traité général sur le vampirisme puis le marquis Boyer d'Argens commente des cas locaux. Des théologiens et hommes d'Église se penchent également sur le sujet, tels que l'archevêque Giuseppe Antonio Davanzati), auteur d'une Dissertazione sopra i vampiri en 1769. Augustin Calmet, un théologien lorrain, écrit un traité de vampirologie en 1746, Traité sur les apparitions. Il y fait la synthèse des études sur le sujet et tente d'expliquer l'origine de ce qu'il considère comme une légende propre à l'Europe de l'Est. Selon lui, celle-là serait à trouver dans la sous-alimentation des peuples balkaniques. Calmet a amassé de nombreux rapports concernant les manifestations de vampires. Marie Thérèse d'Autriche envoie ses médecins personnels, Johannes Gasser et Christian Vabst, pour enquêter sur le cas de vampirisme supposé de Rosina Polakin dont le cadavre est exhumé à Hermersdorf, en 1755. Ils concluent que ceux-ci n'existent pas, et, à la suite de cette déclaration, une loi interdit l'ouverture des tombes pour chasser les vampires. En dépit de cette loi, la croyance dans les vampires a perduré dans les folklores. Selon Claude Lecouteux, les encyclopédistes ont aussi joué un rôle important dans la diffusion du mythe du vampire, notamment Collin de Plancy qui, en 1863, dans son Dictionnaire infernal, contribue à diffuser et à accréditer la croyance.

Période contemporaine :  

Le mythe du vampire réapparaît, aux XIXe et XXe siècles, à travers le roman, la bande dessinée, le cinéma, les jeux-vidéos et les jeux de rôles sous la forme de personnages charismatiques et doués de séduction, mais aussi dans les croyances populaires. Par exemple, au début des années 1970, la presse locale anglaise diffuse la rumeur selon laquelle un vampire hanterait le cimetière d'Highgate, à Londres. Des chasseurs de vampires amateurs envahissent alors les lieux et plusieurs livres réutilisent l'événement. Des événements mettant en scène des vampires proviennent également des autres continents. Ainsi, une rumeur évoquant l'attaque de vampires court au Malawi de fin 2002 à début 2003, rumeur qui se fonde sur la croyance que le gouvernement d'alors aurait été en collusion avec des vampires.

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Film Entretien avec un vampire, 1994

L'imaginaire collectif moderne ne représente plus le vampire seul. Le terme de « coven », mot écossais signifiant originairement tout rassemblement de personnes et en particulier des sorcières, est ainsi utilisé pour désigner les vampires comme collectivités. Son origine proviendrait du mouvement de sorcellerie moderne Wicca et il a été réutilisé par l'écrivain Anne Rice. On peut aussi parler des « maisons » de vampires ou de « caves » à vampires, qui ont existé en Allemagne médiévale sous le nom de Nobiskrug, désignant des auberges dans lesquelles les revenants dépensent l'argent que les vivants ont placé dans leur tombe ou dans leur bouche en les ensevelissant.

Certaines sociétés secrètes continuent à faire perdurer la croyance aux vampires, dans la continuité des enseignements d'Aleister Crowley ou d'Anton LaVey notamment. Les adeptes de la sous-culture du gothique montrent une fascination pour la figure du vampire et le style de vie Vampire lifestyle est un terme contemporain désignant une sous-culture dite gothique dont les membres consomment du sang, visionnent des films d'horreur, lisent les romans d'Anne Rice et apprécient le style victorien. Les plus extrêmes mélangent diverses formes de vampirisme : la traditionnelle (sanguine vampirism), la psychique et la symbolique hindouiste, à travers le concept d'énergie de prana. Enfin, des admirateurs modernes des vampires se font appeler les « sanguinariens ».

Les sociétés anti-vampires sont encore actives en 2012, de même que les centres de recherches consacrés au vampirisme, dont un qui a mis au point un « sérum antivampires » en 1994. Rien qu'aux États-Unis, il y aurait une quarantaine de fan clubs de ces créatures forts de plus de 50 000 membres, dont plus de 750 personnes s'identifiant comme des vampires en 1996. La croyance dans les vampires se maintient en Roumanie, durant février 2004, à propos du cas de Toma Petre qui serait devenu un vampire. Son corps a été extrait du cercueil, découpé puis incinéré. Les cendres ont été mélangées à l'eau et bues. Toutefois, les cas de vampirisme aux XIXe et XXe siècles sont rares, la pensée rationnelle triomphante faisant reculer le mythe. En 2006, deux professeurs de physique de l’University of Central Florida, C. J. Efthimiou et S. Gandhi, écrivent un article dans lequel ils montrent qu'il est mathématiquement impossible que les vampires existent, se basant sur une progression géométrique. Selon eux, si le premier vampire est apparu le 1er janvier 1600 et s'il doit se nourrir au moins une fois par mois (ce qui est beaucoup moins que ce qui est évoqué dans les différents folklores), et si chacune de ses victimes devient à son tour un vampire, alors, en l'espace de deux ans et demi, la moitié de la population humaine serait transformée en vampires...

En août 2011, des scientifiques de la Stanford University publient un article dans la prestigieuse revue Nature, intitulé The ageing systemic milieu negatively regulates neurogenesis and cognitive function, montrant que le sang de souris jeunes peut régénérer le cerveau de souris âgées en injection intraveineuse directe, et vice versa : les souris jeunes voient leurs cerveaux vieillir lorsque leur sang se mélange à celui de leurs congénères plus âgés. Une telle découverte, physiologiquement valable chez l'Homme, apporte peut-être un éclairage nouveau sur le mythe du sang réjuvénateur.

Un cas renommé de vampirisme concerne la créature légendaire appelée chupacabra (« suceur de chèvres » en espagnol) de Puerto Rico et Mexico, réputée se nourrir du sang des animaux domestiqués et qui a déclenché une hystérie collective souvent corrélée aux problèmes économiques, particulièrement dans le milieu des années 1990. Une autre créature proche du Chupacabra, le « Moca Vampire », habillée de plumes, a décimé des cheptels de bétail à Puerto Rico, en 1975, et s'est même attaquée à un homme. En Caroline du Nord, à Bolivia, la « bête de Bladenboro » s'en est pris également au bétail en 1954.

Quelques affaires et un certain nombre de crimes en série, réels sont en relation avec le vampire. Ainsi, les tueurs en série Peter Kürten et Richard Chase ont été surnommés des « vampires » par les tabloids après qu'on a découvert qu'ils buvaient le sang de leurs victimes. Fritz Haarmann, tueur en série allemand des années 1920, est simultanément qualifié de « vampire », « loup-garou » ou « homme-loup ».

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En 1932, à Stockholm, un meurtrier non identifié est appelé le « vampire tueur » en raison des circonstances du crime. Début 1962, à Venise, le vampire de Mirano, en réalité un peintre connu, s'attaque à des femmes pour les mordre au cou. En septembre 1970, le corps d'un berger de l'Estrémadure est découvert mutilé et vidé de son sang et en 1983, un homme de 39 ans atteint de troubles psychiatriques s'est attaqué à un chien pour aspirer son sang, à Vaison-la-Romaine, France. En 1996, une jeune femme qui enquête sur des disparitions de sang dans les hôpitaux de New York a évoqué un « réseau Dracula » avant de disparaître. À Anglesey en 2002, un jeune marginal de 17 ans a poignardé une nonagénaire, lui a arraché le cœur et l'a déposé sur un plateau d'argent, avant de faire cuire le sang de sa victime et de le boire, persuadé que ces actes le rendraient immortel et le changeraient en vampire. En janvier 2005, une rumeur parle d'un vampire ayant mordu des personnes à Birmingham en Angleterre. La police statue qu'aucun crime de ce genre n'a été commis et que cette histoire s'apparente à une légende urbaine. Bien réel est en revanche le tueur brésilien surnommé « Corumba le Vampire », dont l'arrestation survient en 2005 : il a tué six femmes avant de boire leur sang, disant agir sous les ordres du démon et sortait uniquement de nuit. Des affaires similaires sont mentionnées un peu partout dans le monde, aussi bien en Lettonie qu'en Roumanie au Pérou et en France.

Explications du vampirisme

Plusieurs causes rationnelles peuvent expliquer de nombreux cas de supposés vampirisme ou ont pu alimenter les fictions les concernant. Différentes pathologies longtemps inexpliquées ont pu contribuer à l'édification des légendes concernant les vampires et dessiner leurs spécificités. Des phénomènes physiques ont également été mis en avant pour expliquer les étrangetés du vampirisme supposé.

Phénomènes de décomposition, conservation des corpsSelon Paul Barber, dans Vampires, Burial and Death, la croyance dans les vampires est née dans les cultures pré-industrielles afin de donner sens à des phénomènes étranges mais scientifiquement explicables liés au processus de décomposition des cadavres. Plusieurs signes de décomposition sont en effet pris comme des marques de vampirisme. Les phénomènes gazeux ou de changements de couleurs de l'épiderme, comme la lividité cadavérique survenant lors de la décomposition du corps, sont ainsi autant de manifestations d'une activité surnaturelle pour ces cultures. Ainsi, dans le cas d'Arnold Paole, la couleur vive qui teinte le visage d'une morte exhumée a été prise comme un signe de vie post-mortem. Le sang suintant est souvent considéré comme une activité vampirique remarque Paul Barber, ainsi que l'assombrissement de la peau. La marque de gonflement du corps lors de sa décomposition, résultat de l'accumulation des gaz organiques, donne l'impression d'un corps bien en chair et produit un son semblable à celui d'un gémissement, d'un gargouillement voire de la mastication, d'où l'idée fort ancienne que les morts mangent dans leur tombeau. Il en est de même lorsque ces gaz font vibrer les cordes vocales, provoquent des flatulences ou un saignement sortant de la bouche des morts. Ainsi, dans le rapport du cas Peter Plogojowitz, l'officier mandaté parle de divers signes semblables. Après la mort, la dilatation des fluides provoque également l'explosion des racines des cheveux, donnant l'impression que ces derniers continuent à pousser alors que les phanères cessent de croître à la mort. La peau se rétracte notamment autour des follicules pileux et les muscles horripilateurs se durcissement, ce qui donne l'impression qu'ongles, poils et cheveux poussent après la mort. La morphologie de la peau et du nez se modifie par ailleurs, ce qui peut être interprété comme une régénération de ces parties du corps.

Enterrement prématuré, profanations des tombesLe mythe du vampire a longtemps été expliqué comme étant le résultat d'enterrements prématurés de personnes encore vivantes. Les croyances évoquent en effet des sons provenant des cercueils. De même, les mutilations au nez, à la tête et au visage, lors des exhumations de corps, sont considérées comme de l'autophagie de la part du vampire. Selon Paul Barber, cette explication est peu crédible car en l'absence d'air et de nourriture, les personnes enterrées vivantes ne peuvent avoir une activité suffisante pouvant être ensuite interprétée comme du vampirisme, et les sons émis par les gaz lors de la décomposition peuvent l'expliquer davantage. Une autre explication est celle de la profanation des tombes. D'autres éléments ont pu alimenter les légendes, tels que des cadavres bien préservés dans des terres riches en arsenic, substance qui favorise leur conservation.

Contagions, maladies et épidémiesLe folklore vampirique est souvent associé à des épidémies étranges ou inexpliquées, notamment au sein des petites communautés. L'explication épidémiologique est présente dans les cas de Peter Plogojowitz, d'Arnold Paole et également dans le cas de Mercy Brown. La tuberculose est souvent prise pour être la maladie génératrice de vampirisme car, à l'instar de la forme pneumonique de la peste bubonique, elle associe divers symptômes (sons produits par l'affaissement des tissus des poumons et effusion de sang sur les lèvres) passant pour vampiriques. La tuberculose possède en effet un mode de propagation qui ressemble beaucoup à certains récits de vampirisme. D'autres pathologies proches possèdent des symptômes pris pour du vampirisme, telles le lupus erythematosus, la catalepsie ou encore la porphyrie, déficit d'une des enzymes intervenant dans la dégradation de l'hémoglobine qui peut entraîner un rougissement de l'urine après exposition à la lumière ou se traduire par une hyperpilosité. On peut citer également la xeroderma pigmentosum. Les individus atteints ne peuvent s'exposer aux rayons solaires, sous peine de voir apparaître de graves lésions au niveau de la peau ; la peau acquiert aussi une couleur très pâle du fait d'un bronzage totalement inexistant. La rage a aussi été évoquée pour expliquer le mythe du vampire, car elle présente de fortes similitudes dans les symptômes et les comportements de ceux qui en sont atteints : chez les animaux, comportement agressif notamment par la morsure, hyperesthésie (sensibilité excessive des sens, à la lumière ou aux odeurs, par exemple), alors que chez les hommes, teint pâle (l'hypersensibilité à la lumière empêchant de sortir au soleil), aquaphobie (due à une hypersensibilité à l'eau)... En outre de ces symptômes qui suggèrent des similitudes avec les légendes sur le vampirisme, la rage se propage entre autres par la morsure d'animaux, notamment de chauves-souris vampires. Enfin, une épidémie de rage a sévi en Europe de l'Est au moment de l'apparition des premiers récits de vampires. Juan Gómez-Alonso, neurologue au Xeral Hospital de Vigo en Espagne, a montré que l'hypersensibilité à l'ail et à la lumière sont des symptômes rabiques. La maladie peut aussi provoquer des atteintes cérébrales qui perturbent les cycles du sommeil et entraînent une hypersexualité. Enfin la rage pousse le malade à mordre ses congénères et à avoir un filet de sang à la bouche. En 1985, le biochimiste David Dolphin propose une explication du folklore vampirique au moyen de la porphyrie. Notant que la maladie peut être traitée par l'injection intraveineuse de molécules d'hème, il a suggéré que la consommation de grandes quantités de sang par des personnes supposées vampires s'explique par un besoin d'équilibrer leur métabolisme. Ainsi, les vampires seraient les victimes de porphyrie cherchant à combler leurs déficits en hème, afin de soulager leurs symptômes, en buvant du sang. La théorie de Dolphin a été récusée scientifiquement. Cependant, sa conception explique aussi l'hypersensibilité des malades à la lumière du soleil mais Dolphin a renoncé à aller plus loin dans son hypothèse. En dépit de son manque de rigueur scientifique, la théorie de Dolphin a eu un fort retentissement médiatique et est entrée dans la croyance moderne. Cette théorie est remise au goût du jour avec une étude en 2017 sur la maladie de la protoporphyrie érythropoïétique.

Explications psychiatriquesUne pathologie rare appelée « vampirisme clinique » ou « syndrome de Renfield » (ainsi nommé en référence au personnage homonyme du roman Dracula) est un comportement qui consiste en l'ingestion de sang, humain ou animal. Elle naît généralement de l'ingestion accidentelle de son propre sang durant l'enfance (à la suite d'une blessure par exemple) et peut mener à la zoophagie puis au vampirisme sur des êtres humains. Ce comportement est le symptôme d'une affection psychiatrique qui conduit à un ensemble de pratiques déviantes, telles la nécrophagie, la nécrophilie et le nécrosadisme, et un certain nombre d'affaires criminelles y sont liées. Selon le psychiatre Richard Noll, la représentation du sang est liée, dans cette maladie, à la croyance en des pouvoirs mystiques ou surnaturels qui peuvent expliquer les folklores autour du vampire et qui rattachent ces symptômes à la schizophrénie. Selon la psychiatrie moderne, ces types de déviants sont des pervers narcissiques, figure que symbolise au mieux le mythe du vampire. Toutefois, l'absorption de sang ne relève pas forcément de la psychopathologie : jusqu'au début du XXe siècle en France, les médecins conseillent en effet aux anémiques de boire du sang frais, par exemple celui recueilli dans les abattoirs. Pour Brice Guérin, le vampire symbolise la lutte manichéenne du Bien avec le Mal et Dracula peut être vu comme un avatar de l'Antéchrist. En 1931, dans son essai de psychanalyse intitulé Le Cauchemar, Ernest Jones relève que le vampire est un symbole des pulsions inconscientes et de défense psychique. Le mythe a à voir avec les désirs infantiles pour le psychanalyste, en particulier des désirs incestueux vis-à-vis du mort. La peur du revenant est la peur des vivants de voir certains contenus inconscients refoulés revenir à la conscience, ce qui explique selon Jones pourquoi le vampire revient souvent hanter des proches parents. Cette « collusion du vampire avec le cauchemar » révélée par Jones, est bien illustrée par les figures folkloriques de la Mora tchèque et de l'Alp allemand, du Ludak lapon ou du Malong malais aussi, autant d'entités cauchemardesques qui sucent le sang des victimes endormies. Selon Freud, la répression est liée au développement de pulsions morbides. Le désir de sucer le sang peut être assimilé à du cannibalisme souvent représenté dans le folklore par la figure de l'incube, proche de celle du vampire. Jones pense ainsi que lorsque certaines pulsions sont réprimées, la régression s'exprime par du sadisme, notamment au stade anal. Le vampirisme est également en relation étroite avec la sexualité selon Jean Markale, qui pense que le rapport entre le vampire et sa victime ne peut s'exprimer qu'au travers d'une attirance amoureuse. Comme le font remarquer beaucoup d'auteurs, le folklore vampirique (dents rétractiles, baiser qui devient morsure, etc.) est une métaphore de l'acte sexuel ou, selon Jacques Lacan, du désir de succion de la mère, et le fait d'être séduit par le vampire s'apparente symboliquement à un viol puisque les canines pointues, caractéristiques du vampire moderne, permettent de transpercer la peau de la victime tout comme le sexe permet de la déflorer lors d'un viol. Les canines, qui se mettent à pousser chez la personne atteinte de vampirisme selon la croyance populaire, sont un symbole phallique universel, mais aussi la première marque d'agressivité : les dents qui se mettent à pousser chez l'enfant lui permettent pour la première fois de provoquer la douleur en mordant. La récurrence du mythe du vampire en fait un symbole immémorial de la psyché humaine selon Carl Jung et Joseph Campbell. Symbole de la part de soi dissimulée (l'Ombre), le vampire est aussi une tentative d'explication des processus psychiques survenant dans les sociétés peu développées. Le vampire peut aussi être une métaphore des secrets de famille, notamment de ceux violents qui, comme l'inceste ou l'abandon, peuvent handicaper le développement psychique du sujet.

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Interprétations politiquesLa réutilisation du mythe du vampire au XXe siècle n'est pas sans connotations politiques et idéologiques. Le comte Dracula, figure de l'aristocrate, peut ainsi être interprété comme le symbole de l'Ancien Régime. Le cinéaste allemand Werner Herzog utilise cette allusion dans son film Nosferatu, fantôme de la nuit, à travers le personnage de Jonathan Harker, jeune bourgeois qui devient un vampire après avoir été mordu, remplaçant ainsi le parasitisme social du noble. Dès 1741, en Angleterre, le mot « vampire » prend le sens de « tyran qui suce la vie de son peuple », puis Voltaire affirme que « les vrais vampires sont les moines qui mangent aux dépens des rois et des peuples ». La métaphore est perpétuée par Karl Marx qui voit dans les capitalistes des suceurs de sang, puis par Hans W. Geissendörfer, dans Jonathan, les vampires ne meurent pas (1970), qui identifie Dracula à Hitler. À l'opposé, l'écrivain Hanns Heinz Ewers, dans Vampire (1921), assimile ces créatures de la nuit aux juifs. En 1991, Les Inconnus ont créé avec Rap-Tout un clip parodique présentant les impôts français comme du vampirisme, et les hommes politiques français comme des vampires.

En littérature

Contrairement à la figure du loup-garou, qui est surtout popularisée par le cinéma, celle du vampire est principalement le résultat de la littérature du XIXe siècle, et notamment du roman de Bram Stoker, qui est devenu le symbole du mythe vampirique. Le théâtre puis le cinéma en ont grandement bénéficié jusqu'à faire du vampire un personnage fantastique incontournable.

Le thème du vampire a inspiré les poètes et écrivains depuis 1748, année à laquelle Heinrich Augustin von Ossenfelder écrit un poème intitulé Der Vampyr. En 1797, soit un siècle avant Bram Stoker, l'Allemand Goethe, dans La Fiancée de Corinthe, aborde dans ce long poème narratif, sous forme de métaphore, l'état d'une jeune femme, évoluant entre la vie et la mort et se nourrissant de sang. Avec lui, débute une riche tradition de vampires, femmes séductrices. C'est par l'intermédiaire de cette littérature allemande que le vampire fait son apparition dans la poésie romantique anglaise. Le premier texte anglais évoquant la figure du vampire demeure The Vampyre de John Stagg, publié en 1810, mais on trouve déjà des motifs vampiriques dans le poème Christabel, de Samuel Taylor Coleridge, écrit entre 1797 et 1800. C'est surtout le mouvement littéraire de la Gothic novel, initié par Horace Walpole avec Le Château d'Otrante (1764), que l'intérêt pour le vampire envahit la littérature. Le symbolisme sexuel et le personnage de la femme fatale densifient le mythe originel. Cependant, en dépit de cette explosion de romans et nouvelles, trois œuvres ont marqué l'histoire du vampirisme : Le Vampire de John William Polidori (1819), Carmilla de Sheridan Le Fanu (1872) et Dracula de Bram Stoker (1897).

La fin du XIXe siècle est marquée par la multiplication des romans sur les vampires. Après celui de Stoker, le plus célèbre demeure La Famille du vourdalak d'Alexis Konstantinovitch Tolstoï, qui retrace la transformation d'une famille russe en vampires à la suite de la mort et la contamination du père, Gorcha. Au XXe siècle, les romans qui campent un personnage vampire ou qui narrent la rencontre d'humains avec des vampires sont nombreux. Anne Rice contribue à donner une seconde jeunesse au mythe des buveurs de sang avec ses Chroniques des vampires qui débutent en 1976, et en particulier avec l'opus Entretien avec un vampire, adapté ensuite au cinéma sous le même titre. Dans cette série, Anne Rice donne une interprétation originale des origines des vampires, et axe une bonne partie de l'œuvre autour des interrogations métaphysiques et morales qui peuvent tenailler ces créatures. Dans Je suis une légende, Richard Matheson met en scène le dernier humain vivant dans un monde peuplé de vampires, tout en prétendant apporter une explication scientifique à l'existence de ces derniers.

La Saga du désir interdit et les Chroniques des vampires ont popularisé le thème vampirique auprès d'un large public au début du XXIe siècle et sont, parmi des centaines de romans sur le même thème, les seuls qui aient suscité un engouement comparable à la publication de Dracula. Par là-même, l'image symbolique du vampire s'en est trouvée modifiée : d'icône de l'horreur avec Bram Stoker, le vampire est devenu sulfureux et capable de sentiments, symbole de la libération des tabous et de la sexualité débridée avec Anne Rice. Au contraire, avec Stephenie Meyer et sa saga Twilight, le vampire est présenté comme chaste et pudibond, ce qui, d'après Alain Pozzuoli, « vide le mythe vampirique de sa substance ». La série Vampire Diaries met en scène plusieurs créatures dont le vampire, les sorcières mais aussi des lycanthropes. Ce sous-genre de la littérature a été surnommé bit-lit (littéralement, « littérature mordante »).  

Roms, Tziganes, Bohémiens, Romanichels, Gitans, Manouches, Gipsies...

J'en ai marre de ne pas savoir les différences ! C'est parti pour un cours (presque) complet :

Les Roms sont également désignés en France sous les noms de

  • Tziganes, Gitans, Bohémiens, Manouches (de façon abusive selon ceux ci) ou Romanichels (qui peut aussi être mal pris) selon les pays d'où ils sont supposés venir notamment, ou leur région.
  • par les appellations d'origine scientifique Kalés ou Sintis,
  • ou encore gens du voyage par confusion ou vision fantasmée, l'immense majorité étant sédentaire, même si beaucoup restent attachés à leur caravane. Les gens du voyages eux-mêmes restreignent souvent le nom de Rom aux Roms récemment arrivés de Roumanie, pour bien marquer leur différence et leur appartenance séculaire au territoire.

 

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Les Roms, au sens de l'Union romani internationale désigne un ensemble de populations établies dans divers pays du monde qui se considèrent comme formant un seul peuple, en raison de leur origine et de leur culture communes.

Originaires du sous-continent indien, avec des langues initiales qu'on croit venues du nord-ouest de cette région, ce peuple, constitué de minorités vivant aujourd'hui entre l'Inde et l'océan Atlantique, puis sur le continent américain, est connu par diverses dénominations exonymes locales. Rom se propose comme une appellation endonyme unique, signifiant « homme accompli et marié au sein de la communauté » en langue romani.

Présentes en Europe dès le XIe siècle, les populations roms de tous les pays formeraient ensemble, au XXIe siècle, selon une étude faite en 1994 pour le conseil de l'Europe, la minorité « la plus importante en termes numériques ».

Le terme de « Rom » est adopté par l'Union romani internationale (IRU) lors du premier Congrès international des Roms (Londres, 1971) qui a revendiqué le droit légitime de ce peuple à être reconnu en tant que tel, et a officialisé la dénomination « Rom ».

Les différents termes (Gitans, Manouches...), lorsqu'ils sont entendus dans leur sens étroit de sous-groupes qui s'excluent les uns des autres, posent des problèmes aux étymologistes, car on ne peut prouver de manière indiscutable leur filiation.

D'autres appellations, d'origine scientifique, se sont diffusées récemment : Kalés, qui peuplent la péninsule Ibérique et l'Amérique latine et qui parlent le kaló, un mélange entre castillan ou catalan et romani ; Sintis, qui peuplent l'Europe occidentale (France, Italie, Allemagne...), qui parlent le romani ainsi que les langues des pays où ils résident.

La nouvelle appellation administrative française gens du voyage, qui a remplacé celle de nomades, ne saurait être utilisée pour désigner les Roms, l'immense majorité de ceux-ci étant sédentaire. En outre l'appellation gens du voyage regroupe des personnes qui ne sont pas roms ou ne se reconnaissent pas roms...

À diverses époques, la langue française a produit différents termes qui évoquent soit des sous-ensembles soit l'ensemble des populations roms :

Boyashsvient du roumain băieș/băiaș, dérivé de baie, qui provient à son tour du hongrois bánya « mine »22 : c’était l’appellation générale des mineurs dans la Transylvanie médiévale.

Romanichelqui vient de l'adjectif romani (rom) et du nom čel (peuple, communauté, tribu).

Manouches : de manushya, qui signifie homme, être humain en sanskrit et en hindi, et qui vient du romani mnouche signifiant aussi « homme ». Le mot « Manouches » est souvent utilisé en français pour désigner une population qui vit en France et qui a des caractéristiques communes avec les Sintés d'Allemagne. Nombre de patronymes manouches en région parisienne vienne d'Alsace.

Gitansde l'espagnol gitano, qui lui-même est une déformation d’egyptiano, égyptien. Le mot Gitan désigne les Roms de la péninsule ibérique, y compris ceux qui en sont repartis en direction de la France ou des Amériques. 

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Tziganesun terme qui apparaît dans la langue française au début du XIXe siècle, probablement par calque du mot russe tsigan, lequel pourrait provenir, via l'ancien russe et le bulgare, du mot grec byzantin Atsinganos, qui est la prononciation populaire d’Athinganos : « qui ne touche pas » ou « qui ne veut pas être touché », littéralement les « intouchables ». Ce mot désigne une secte de manichéens venus des Lycaonie et Phrygie byzantines : l'élite de l'Église manichéenne, en effet ne touchant en aucun cas de la viande, du sang, ni du vin. Pour Paul Bataillard, le mot « Tsigane » provient du nom Sigynnai, cité en 485 av. J.-C., par Hérodote, pour désigner un groupe de forgerons nomades, circulant en Europe, à bord de chariots attelés à des chevaux, théorie réfutée par D.S. Barrett. Une autre hypothèse fait venir ce terme du persan Chaugan (jeu servant à l’entraînement militaire des chevaux). En décembre 2008 des associations se regroupent dans « l'Union française des associations tsiganes », ce qui permet au terme « tsigane » de conserver une légitimité sociologique et politique.

Égyptiensterme d'origine médiévale ; dans le français du XVIIe siècle, ce terme rappelle une ancienne légende selon laquelle les Roms seraient venus d'Égypte. Par exemple, Esmeralda, dans Notre-Dame de Paris, est surnommée « l'Égyptienne ». Le terme Égyptiens se retrouve également dans la formation de la dénomination en langue anglaise : Gypsy.

Bohémiensqui est utilisé à partir du XVe siècle. Plusieurs auteurs rapprochent cette appellation des lettres de protection de Sigismond, empereur du Saint-Empire, roi de Hongrie et de Bohème dont se recommandent des groupes signalés à Deventer, Bruxelles, Châtillon-sur-Chalaronne et Mâcon autour des années 1420. C'est le terme le plus couramment employé en France du XVIe au XVIIIe siècle, et son usage décline au XIXe siècle lorsqu'apparaît le terme « tsigane » dans les milieux savants et à mesure que les pouvoirs publics qui ont officialisé le terme « nomade » en 1848 dans le contexte de la colonisation algérienne, l'appliquent aux familles mobiles en métropole. 

De nombreux contes poétiques de la tradition orale circulent sur l'origine des Roms et font partie de leurs traditions. Ils en font des descendants de la divinité hindoue Rāma, ou encore de Rāmachandra, avatar de Vishnou, de Cham fils de Noé, des mages de Chaldée, des Égyptiens de l’époque pharaonique, des manichéens de Phrygie, de la Marie-Madeleine biblique, d'une des tribus perdues d'Israël, de Tamerlan, du Grand Moghol, des Mamelouks, d’anciennes tribus celtes du temps des druides, voire des Mayas, des Aztèques, des Incas... La fascination exercée par de tels mythes a encouragé ces nomades, vivant souvent de leurs talents, à se donner eux-mêmes les origines les plus mystérieuses. Quant à la tradition écrite, un récit légendaire du milieu du Xe siècle, la Chronique persane de Hamza d’Ispahan, reproduite et embellie au XIe siècle par le poète Ferdowsi, fait état de migrations de Zott, Djâts, Rom ou Dom (hommes) partant du Sind actuel vers la Perse. 

L'Inde du nord est aujourd'hui clairement identifiée comme la zone géographique d'origine des Roms, comme en témoignent la linguistique et la génétique comparées. Selon les recherches en génétique de l'UWA, les caractéristiques génétiques de la population rom permettent de démontrer leur origine indienne et d'estimer que leurs origines remontent de 32 à 40 générations environ. Dans les recherches linguistiques, la première hypothèse, plutôt européenne et anglo-saxonne, les rapproche du Sind et du Pendjab, régions dont les langues sont les plus proches des langages actuellement parlés par les Roms.

Dans les recherches sociologiques, la seconde hypothèse, plutôt indienne, se réfère à la société brahmanique, où les bouchers, les équarrisseurs, les tanneurs, les bûcherons, les fossoyeurs, les éboueurs, les chiffonniers, les ferronniers et les saltimbanques exerçaient des métiers nécessaires à la communauté, mais, considérés comme religieusement « impurs », n'avaient pas le droit d'être sédentaires et étaient hors-caste, avec toutefois une grande diversité, depuis les guerriers Rajputs (liés aux castes royales, équivalent hindou des samouraï japonais) jusqu'à ceux que l'on désigne aujourd'hui comme intouchables. En Inde, où ils sont connus sous des noms comme Banjara, Doma, Lôma, Roma ou Hanabadosh (en hindi/ourdou), ces groupes sociaux/professionnels plutôt qu'ethniques, aux origines géographiquement et socialement multiples, sont beaucoup plus mobiles et perméables que les castes traditionnelles (un enfant issu d'une union non autorisée, un proscrit pour quelque raison que ce soit sont eux aussi « impurs » et peuvent donc les rejoindre).

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Probablement pour échapper au rejet de la société brahmanique, ces groupes pourraient avoir quitté le nord de l'Inde autour de l'an 1000 vers le plateau Iranien et l'Asie centrale, où on les appelle Kaoulis et Djâts, et, à travers ce qui est maintenant l'Afghanistan, l'Iran, l'Arménie, le Caucase, le sud de l'ex-URSS et la Turquie, s'être mis, comme charriers, éleveurs de chevaux, servants et éclaireurs, au service des Mongols, qui les protègent et leur laissent, en échange, une part du butin. Avec la Horde d'or et Tamerlan, les Roms parviennent ainsi en Europe, en Anatolie et aux portes de l'Égypte. Il semble que ce faisant, ils aient été marqués dès l'origine (puisque cette origine les « constitue » en tant que peuple) par le nomadisme et la dispersion. Au XVIe siècle, ils sont attestés en Écosse et en Suède. Vers le sud ils traversent en 1425 les Pyrénées et pénètrent dans ce qui deviendra l'Espagne en 1479. On ignore si des Roms ont jamais transité par l'Afrique du Nord, comme certains le pensent. Les preuves manquent.

La plupart des Roms, une fois parvenus en Europe, se mettent sous la protection des seigneurs nobles et des monastères ou abbayes, échappant ainsi à la vindicte des cultivateurs sédentaires, et continuant à exercer leurs métiers traditionnels au service de leurs nouveaux maîtres (leur esclavage est une servitude de type féodal). Au XVIe siècle, la plupart des groupes de Roms que nous connaissons ont achevé leur installation en Europe.

Intrigués par leur apparence physique et vestimentaire, ou par leurs anneaux portés à l'oreille, les curieux accourent pour les voir, se prêtant parfois à la chiromancie qui leur est proposée. La rumeur leur prête également des tours de magie durant lesquels se vide la bourse des passants. 

Ils deviennent indésirables et tombent, dès la fin du XVe siècle, sous le coup de décrets qui vont de l’expulsion pure et simple à l’exigence de sédentarisation : ce ne sont pas les Tsiganes qui sont visés, mais les nomades. Les récalcitrants sont emprisonnés, mutilés, envoyés aux galères ou dans les colonies, et même exécutés. La récurrence de ces mesures montre leur manque d’efficacité, sauf aux Pays-Bas, qui parviennent à tous les expulser au milieu du XIXe siècle.

MES EXTRAITS FAVORIS

Nul homme, s'il n'a pas souffert de la nuit, ne peut comprendre combien douce, combien chère peut paraître l'aube.

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N'oubliez jamais que le rire qui frappe à votre porte en vous demandant la permission d'entrer n'est jamais le véritable rire. Non. C'est un roi qui entre quand et comme il le veut ! Il ne demande d'autorisation à personne ! Il ne choisit pas le moment le plus adéquat, mais s'annonce sans crier gare.

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J'ai un jour entendu un Américain définir la foi comme "ce qui nous rend capables de croire en des choses que nous savons impossibles". Je me permets de suivre cet homme. Il voulait dire qu'il nous faut garder un esprit ouvert afin d'empêcher qu'une petite parcelle de vérité n'interrompe le cours d'une vérité plus grande, comme un morceau de roche coupe une voie de chemin de fer. Nous détenons d'abord une petite parcelle de vérité, certes. Nous la conservons et veillons sur elle - mais gardons-nous en même temps de voir en elle la seule vérité de l'univers !

 

Posté par GirlyMamie à 10:32 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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